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mercredi 30 juin 2021

René-Jean Caillette // Table à système

 




Publicité publiée dans Meubles et décors, novembre-décembre 1951

 

Merci à Paul Cordina, auteur de plusieurs ouvrages sur l'e-marketing et expert en art contemporain, qui a déniché une petite table et offert à l'Art utile quelques belles images. Voici l'un de ces meubles qui témoignent des pratiques émergentes du design en France, c'est-à-dire de la capacité à inventer des formes et des usages correspondant à une "société donnée". Le sujet est celui-ci : est-ce du style reconstruction ou du design reconstruction ? Le style se réduirait à une mode limitée dans une époque, le design prétend faire beaucoup mieux. Malheureusement, les théoriciens contemporains sont perdus au milieu d'un épais brouillard. Citons, pour dissiper les brumes, un bon vieux texte d'Etienne Souriau, avec son écriture fluide et amusante. Lui, il ne parle pas de design, mais d'art industriel (restons français) et pose une affirmation toute simple : 'L'art, dans une société donnée, c'est l'ensemble des travaux qui visent a satisfaire les besoins esthétiques de cette société. Cette nouvelle définition a deux avantages : d'abord elle marque le sérieux et l'utilité sociale de l'art (contrairement au préjugé absurde si répandu parmi les sociologues, qui y voit un simple divertissement) ; ensuite, elle rappelle à l'artiste lui-même qu'il a une vocation sociale, et son activité un but exigible" (dans "l'esthétique et l'artiste contemporain", 1968). Et cet art, après-guerre, est exactement celui que cherchent à s'approprier à la fois les artistes et les industriels afin de diffuser en masse des objets simples et utiles auprès des nouvelles classes moyennes, assoiffées de confort. D'aucun voudrait poser ainsi la question : l'initiative vient-elle des artistes ou des industries ? Les deux, mon capitaine. Oublions la dichotomie facile. Une "systémique" se forme dans une convergence nouvelle englobant des capacités et des attentes nées dans les tragiques impératifs de l'urgence. C'est une origine oubliée. 

Voici l'enjeu que résume avec discrétion cette petite table présentée à la fin de l'année 1951 : il s'agit d'un "guéridon" transformable avec plateau pouvant se lever et se déplier en portefeuille, atteignant la hauteur et le format convenant au "bridge" ou au "repas". Le système est particulièrement élégant, très astucieux : le plateau monte le long de rainures, puis il pivote pour se caler sur les montants latéraux. Le modèle a été dessiné par René-Jean Caillette, un an seulement après sa rencontre avec l'industriel Georges Charron dans le salon des arts ménagers où il venait d'être introduit par Marcel Gascoin. Caillette est entré dans le cercle Gascoin, et l'on remarque d'ailleurs dans la publicité ci-dessus un fauteuil utilisant les suspensions Free-Span (ancêtre du F.S. 105), brevet qui est alors exploité par Gascoin en France et qu'utilise un jeune de son atelier, Pierre Guariche, exactement à la même date (suspensions Free-Span // confort et légèreté). C'est encore un tout petit monde le "design" dans l'ameublement, une quinzaine de noms au grand maximum, probablement une centaine d'œuvres accessibles, guère plus. Rappelons que René-Jean Caillette présentait l'année précédente, dans le même salon, les quelques éléments qu'il avait créés pour le groupe Saint-Honoré (Groupe Saint-Honoré // Caillette & Cie) et il devait certainement confier ses plans à des artisans du faubourg St-Antoine. C'est alors qu'il rencontre le célèbre industriel Charron, directeur de la "Manufacture du meuble de France" - nom inspiré de la très officielle Commission du meuble de France qui avait fait pschitt à deux occasions, en 1945 et en 1947. L'histoire est donc celle d'une rencontre entre deux personnes qui se recherchaient, réciproquement. 

Enfin, pour en revenir à ces premiers meubles de Caillette édités par Charron, le guéridon accompagnait des lits pliants escamotables et nous découvrons dans cet ensemble une forte proximité avec celui imaginé par René Gabriel en 1950 (cf. monographie Norma, p.283), quelques mois avant son décès, toujours au salon des arts ménagers. On y trouvait la même composition pratique : la table de chevet à système y est encore plus simple, les lits reprennent les modèles pliants du "mobilier de dépannage" ; il s'agit des lits juxtaposables et même superposables qui ont été présentés au Havre dans une exposition sur l'urgence en 2012 (Habitat d'urgence // exposition), avec un système pratique breveté en 1941 (INPI FR 867231 de Santiago Girard) rapidement exploité par René Gabriel sous la marque Athéna. Cette simplicité indissociable de l'urgence est encore proche du pragmatisme de la "chambrée" des militaires, mais elle n'est plus aussi facilement décryptable chez Caillette malgré une indéniable parenté d'usage et de forme. Le système pliant des pieds est de sa propre invention, comme pour la table. Il ne s'agit pas non-plus d'une citation stylistique, comme pourrait le laisser accroire les piétements dépassant le plateau pour se transformer en anses à des fins de préhension : c'est en effet un geste moderne venu du Bauhaus, utilisé dans les tables basses et les chaises, largement exploité par Gabriel dans ses meubles en métal ou en bois... Toutefois, ici, les anses prennent sens et deviennent pleinement utiles dans la transformation du meuble. Non, cette esthétique des lignes unifiées ne se limite pas à une réinvention nécessaire pour marquer la rupture avec les discontinuités autrement baroques d'un mobilier encore gavé de décorations, telle que l'imposait le style 1940. L'utile arrive maintenant de partout, justifie tout, il déborde au sens propre. D'autre part, Caillette ajoute une réponse aux exigences qualitatives d'une clientèle qui choisit avant d'acquérir, ce que ne faisaient pas les bénéficiaires des meubles d'urgence. Ici, les bois sont légèrement plus épais, les formes plus généreuses, les découpes un petit peu plus nombreuses et subtiles. Tout ceci était nécessaire pour séduire. La simplicité du design s'affirme ainsi à la manière d'un style. La transformation est encore discrète, mais le monde commence déjà à changer. L'abondance approche très lentement, elle n'a pas encore fait totalement disparaître ses origines. Le tournant Pop s'en chargera, laissant éclater un tonnerre de formes et de couleurs qui balaiera les dernières traces des temps sombres.

Ci-après, quelques images dans les détails de la table à système acquise par Paul Cordina.

mercredi 24 février 2021

Salon des arts ménagers // 1951 Foyer d'aujourd'hui

 


La salon des arts ménagers de 1951 est connu pour sa promotion assurée par Francis Blanche et Pierre Dac, déguisés en clochards afin de vanter les merveilles du progrès, comme cette soucoupe volante servant à cuire les œufs au plat (magie de l'induction prodiguée par la fée électricité). Le gadget surgit, alors que le pays n'est pas encore très brillant. Cependant, le changement est bien présent dans le mobilier que l'on retrouve dans une présentation en "couleur", car de nombreux stands seront publiés dans l'Art ménager français l'année suivante. Ce témoignage visuel est précieux et l'on peut considérer ce salon comme le IIIe événement majeur dans l'histoire du "style reconstruction", et comme la 9e étape dans cette brève suite historique, qui ne dure que dix ans (disons 1945-1955 pour simplifier).

  1. (I) mobilier d'urgence 1941-45 pour les sinistrés 
  2. salon d'automne, dit de la Libération, en 1944
  3. première exposition de la Reconstruction en 1945
  4. salon des artistes décorateurs, 1945 (SAD n°31 1945 // meubles d'urgence)
  5. (II) exposition de 1947 (Exposition internationale // urbanisme et habitation)
  6. salon des arts ménagers, 1948 (Meubles de série // Arts ménagers 1948) et 1949
  7. salon des artistes décorateurs, 1949 (SAD n°35 1949 // catalogue)
  8. premiers "appartements types" ou témoins in situ dans les villes reconstruites, dès l'été 1949 (citons déjà 8.a - une exception : Le Corbusier à Marseille // vs style 1940)
  9. (III) salon des arts ménagers 1951, Foyer d'aujourd'hui "matériaux dans le living-room"...
  10. ...jusqu'à l'ultime événement marquant une fin dans une autre forme de démocratisation (IV) concours MRL de 1954 (Concours 1954-55 // Ministère de la Reconstruction

Au centre, le sommet, l'apogée. On le découvre dans le foyer d'aujourd'hui. Seuls quelques rares décorateurs persistent dans l'ancien "style 1940" (reliquat de la vielle histoire des arts décoratifs), mais ils parviennent à trouver une place de choix : Dominique, Leleu, Old, Royère... Ce sont les derniers, ceux qui trouvent encore le courage de prolonger une manière de faire et de vendre datant du XIXe siècle, avec une production de type artisanale (faubourg St-Antoine), une diffusion à partir des commandes faites auprès du décorateur lui-même, une réputation légèrement appuyée par quelques rares publicités égrenées dans des magazines de qualité (mais le bouche-à-oreille reste la meilleure méthode pour cette clientèle, où l'on se recommande les uns les autres). On ne parle pas de prix, c'est indécent, mais on y pense. Toutefois, il semblerait que leurs clients soient de moins en moins nombreux. C'est ainsi que la société évolue au milieu du vingtième siècle.

Non, décidément, le présent est ailleurs en 1951, et même très loin. Malheureusement René Gabriel est décédé et ne voit pas cet instant où tout se cristallise, marquant le succès incontestable de son "style", voire de ses idées. C'est alors que naît l'idée de créer le "Prix René Gabriel" afin de lui rendre hommage (wikipedia), tout en présentant un stand en son nom pour présenter ses dernières créations (c'est probablement Alain Richard qui s'y colle). La transition semble parfaite : René Gabriel, l'ami du ministre Raoul Dautry, a cédé sa place à Marcel Gascoin, l'ami du ministre Claudius Petit. Gabriel donne tout à Gascoin : ses stagiaires, ses fonctions, ses commandes, même ses poteries de Pigaglio... Et il sera naturellement nommé "Prix René Gabriel d'honneur" à titre rétrospectif. Marcel Gascoin a maintenant toutes les cartes en main, les non-choix du passé doivent devenir les grands choix du présent, c'est le vœu du ministère.

Le premier changement important réside dans le basculement de la plupart des créateurs vers le "style Reconstruction". Il y a déjà les anciens, René Gabriel (stand d'hommage) et Marcel Gascoin lui-même, ainsi que leurs anciens employés : Alain Richard, Pierre Guariche, Jacques Hauville. Il faudrait ajouter une section spéciale pour Suzanne Guiguichon, qui appartient au tout petit club des précurseurs. Arrivent aussi de nouveaux adeptes comme Gustave Gautier, Michel Mortier, Robert et Jacques Perreau... Tout le monde commence à s'y mettre sérieusement. La revue Maison française titre "Naissance d'un style" à propos de ce salon. Son influence est telle que ce "style" va contaminer l'industrie l'année suivante. Dans Mobilier et décoration, le critique René Chavance précise un an plus tard l'étendue du phénomène dans le salon des arts ménagers (1952) : même la grande industrie " naguère encore vouée en grande partie aux imitations de styles révolus, on ne voit plus qu'une infime minorité de salles à manger Henri-II et un contingent très diminué de faux 1925. En revanche, les meubles à combinaison, démontables, superposables, escamotables qu'imposent les dimensions réduites des nouveaux logis, prennent de plus en plus de place."

Mais l'autre changement est plus discret, c'est une extinction : l'effacement des "modernes radicaux" : Jean Prouvé fait désormais de l'architecture (maison-coque) et abandonne l'idée de vendre au peuple son mobilier ultramoderne ; quant à l'UAM, elle revient au salon des arts ménagers avec la section "Formes utiles", mais en présentant des appareils sanitaires (à la manière de Duchamp), c'est à dire en renonçant provisoirement à s'occuper des meubles... Ils laissent la main. Les expérimentations dans ce domaine appartiennent désormais aux "créateurs de modèles". Une première liste est donnée dans le Décor d'aujourd'hui (n°62 de mars 1951) : "Au salon des arts ménagers... Le matériau suggère des recherches nouvelles" … le rotin (Sognot, Villain, Jallot, Klotz-Gilles), les tubes d'acier (Guariche, Hitier), le bois moulé (Gascoin), l'aluminium (Monpoix, Mortier), la laque (Guariche), le Formica - matière plastique (Renou et Génisset), les tubes et le bois (Coutant). Voici le premier indice : la modernité expérimentale dans le meuble se diversifie pleinement et ne se limite plus aux formes rationnelles du métal. Les nouveaux modernes du meuble, que l'on nommera bientôt des designers, se différencient pour la première fois, ayant pour la plupart débuté dans le "style reconstruction". Il y a donc trois histoire à raconter ici : celle du mouvement moderne, celle des artistes décorateurs, celle des designers...

Ci-après, les planches en couleur de l'Art ménager français (éd. 1952) relatant la section Foyer d'aujourd'hui au salon des arts ménagers de1951. 

samedi 23 mars 2019

Fonds MRU // Marcel Gascoin en couleur, &©Terra

Arch. Vivien - Sonrel - Duthilleul ©, design Marcel Gascoin©, photo Paul Henrot©, fonds MRU©, ministère d'&©Terravia Art utile...


Bonne ou mauvaise nouvelle à propos du fonds du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme ? Autrefois, ce trésor d'images mal numérisées, caché dans le recoin du disque dur d'un ordinateur poussiéreux, était bien planqué au fond d'un bureau introuvable, au sein d'un ministère non-identifiable. Autrement dit, c'était le bon temps. Seuls quelques acharnés pouvaient joindre l'employé du ministère d'On-Ne-Sait-Quoi pour découvrir ce qu'il voulait bien leur montrer... Un bref instant, ce ministère s'est nommé Dédé, ce qui attirait évidement la sympathie : "DD" pour "Développement durable & caetera", concept datant de l'époque où malthusianisme économique et darwinisme social n'avaient pas re-franchi l'Atlantique pour entrer dans la fonction publique. "L'Internet" devait être gratuit dans "La Culture", offrant une foule de données à transmettre autour de soi (ex. Henri Salesse // reportage photographique) ! La mauvaise nouvelle, c'est que le ministère se nomme désormais "Cohésion des territoires & caetera". L'idée semblerait excellente, s'il n'y avait pas confusion entre "cohésion" et "enclosure", chaque image ayant été taguée &©Terra, comme on marque les bêtes au fer rouge avant l'arrivée du fil de fer barbelé. Le but : changer le "bien public" en "bien financier", faire tourner l'argent en rond en donnant l'impression à l'Administration de s'enrichir, mais en appauvrissant tout ce qui lui est extérieur (auteur, éditeur, diffuseur). C'est ainsi que notre ministère d'On-Ne-Sait-Quoi, ce vieux garde-champêtre d'autrefois, est devenu le ministère d'&©Terra, subissant une transformation à la Kafka, en cafard, douanier, pervenche ou plutôt garde-chasse ; car l'utilisation du fonds reste ouverte aux "agents" (Terra sur Youtube, 90 vues en 6 mois, quand même...). Les contrats sont-ils passés auprès des ayants droit ? Pas facile de distribuer la soupe sans oublier qui que ce soit, sans compter ma pomme, en tant que ré-inventeur du style Reconstruction, j'ai bien le droit à un petit quelque-chose ? Non. Nous, contribuables, qui avons déjà payé les créations, les numérisations, la "conservation", devons en remettre dans le cochon afin de venir en aide à cette financiarisation absurde et contre-productive...

Oublions la guerre GAFA-libertariens vs ETATS-conservateurs, conflit devant conduire à la fin de ce blog suivant la décision européenne du 26 mars (qui sera votée contre l'avis de 6 millions de signataires d'une pétition). En attendant la fin, levons nos verres et réjouissons-nous !

Passons à la bonne nouvelle : des images surgissent sur Flickr. Des appâts et des cacahuètes (l'avenir d'internet), mais grâce à cela on peut oublier la balafre &©Terra ([Re]construction 1945-1979 ). On y trouve quelques photographies a priori redécouvertes récemment. À propos d'une série, voici ce qu'en dit la note du ministère (écrite dans le style du genre) : "Ce reportage est le premier reportage en Kodachrome trouvé dans le fonds photographique du MRU. Il a été réalisé par Paul Henrot, photographe ami de l'architecte Lods." Oui, vrai, surtout Lods est l'ami de Gascoin qui aménage cet appartement. Il s'agit du fameux groupe des Quatre-Moulins dans le quartier Montplaisir à Boulogne-sur-Mer, sous la direction de Pierre Vivien, possiblement avec Sonrel et Duthilleul (mais différent du modèle présenté en 1947 dans l'Exposition internationale // urbanisme et habitation). En été 1951, cet appartement-type est le premier du genre a être entièrement meublé par l'ARHEC, la société de Marcel Gascoin, décorateur favori d'Eugène Claudius Petit, dans une collaboration entre le MRU et le Salon des arts ménagers. Il ouvre pour être photographié en juillet, et probablement pour les visites. Les plans ont été reproduits dans Marcel Gascoin, design utile (Piqpoq, p.18-19), et de belles photographies en grand format sont visibles dans l'édition Norma. Je diffuse donc ces clichés inédits en couleur, qui viennent compléter les illustrations déjà publiées. Goûtons la couleur : la chose est extrêmement rare à l'époque. Elle s'est produite pour l'Exposition internationale en 1947 et se reproduit en 1952 dans les ensembles du salon des Arts ménagers, toujours autour de la Team Gascoin. Il faut en profiter pour regarder les moindres détails, avec lenteur, retrouver les petits riens qui font l'ambiance moderne, ses bois clairs, ses couleurs primaires, ses luminaires (de Pierre Guariche également), ses photographies aux murs, ses tissus, papiers peints, peintures, céramiques, verres de Biot, etc. Tout ce que nous nous sommes acharnés, il y a quelques années, à reconstituer dans l'exposition Gascoin au Havre (Exposition 2011 // Marcel Gascoin).

Ci-dessous, les photographies, sans le copyright flash-ballé en pleine tête : Aux armes &©Terra...

mercredi 31 janvier 2018

Meuble Geisha 1951 // dessertes et petits meubles



Le Meuble Geisha est l'exemple même d'un produit industriel que l'on retrouve absolument partout et qui n'a laissé presque aucune trace dans les archives. On connait surtout un modèle de table pliante " attribuée " à André Groult (Félix Marcilhac, André Groult, Éd. de l'amateur 1997, p.143) et l'on peut aussi découvrir sous cette marque quelques chaises pliantes particulièrement élégantes. De Groult ou pas, élégant ou non, le Meuble Geisha a été édité et diffusé par une société anonyme implantée à Valenciennes, Les établissements Lecel. Pour le savoir, il faut simplement avoir la chance de découvrir leur brochure promotionnelle insérée en marque page, car cette entreprise ne fait visiblement aucune autre forme de publicité... Une exception cependant, Meubles et décors a publié le modèle Mic-Mac dans son numéro de janvier 1951. La date correspond presque exactement à celle de la brochure (avril 1951), il y a donc fort à parier qu'il s'agisse de l'année de lancement de la marque. Il est d'autant plus impressionnant de s'apercevoir que la plupart des modèles sont non seulement disponibles en chêne, mais aussi dans les bois nobles qui ont fait la gloire des années 1920 : acajou, noyer, érable, sycomore, palissandre et même ébène de Macassar ! Les finitions remontent de la même manière aux goûts d'avant-guerre et sont indiquées sur la page de couverture : " meubles vernis " et " meubles laqués ". Que peut-on en déduire ? Premier point, les grands actionnaires de l'industrie reprennent le principe des petits meubles transformables vulgarisé par nos créateurs de modèles de série, mais ils leur donnent une allure chic de style 1925 afin de les vendre plus aisément. Pour la table pliante, je pense notamment au modèle Bocado inventé par Marie-Françoise Mondineu (Mondineu 1950 // desserte " Bocado "), dont le brevet a été déposé six mois auparavant... On peut également constater que ces grandes entreprises, financées par les startupers du moment (à l'époque, on disait tout bêtement investisseurs), ont vraiment des capitaux importants à disposition pour se permettre l'utilisation de matériaux si précieux en 1951. Enfin, on découvre que les réseaux de diffusions appartiennent à ce même milieu financier, car ils peuvent se permettre de produire en masse sans faire la moindre publicité dans les magasines de décoration, ni ouvrir un seul stand au Salon des arts ménagers ! Dernière déduction, faite cette fois à partir de ce que l'on ne voit pas dans cette brochure, le modèle de Groult. Il s'agit probablement de la mystérieuse table pliante n°41 (dont la photographie ne figure malheureusement pas dans la brochure), ou bien ce meuble est apparu postérieurement (comme les chaises)... Mais ce grand artiste décorateur approchant des 70 ans, cette " attribution " à un modèle si différent de tout le reste de son oeuvre, dans son dessin et dans son mode de production, semble largement contestable.

samedi 26 septembre 2015

Jean-Baptiste Bouvier // Marcel Gascoin

Jean-Baptiste Bouvier : présentation du mobilier de Marcel Gascoin

Aussi original qu'irréprochable, le stand de notre ami galeriste Jean-Baptiste Bouvier, installé dans l'allée 6 du Marché Paul-Bert (Jean-Baptiste Bouvier // Saint Ouen) est l'endroit privilégié pour qui souhaite se procurer (ou tout simplement voir) du mobilier de la Reconstruction, plus particulièrement celui de Marcel Gascoin mais aussi de René Gabriel, Jacques Hitier, Gustave Gautier, accompagnés de quelques vedettes plus habituelles comme Jean Prouvé, Mathieu Matégot, Pierre Paulin. À lui seul, Jean-Baptiste Bouvier a retrouvé, sauvé et valorisé des centaines de meubles de Marcel Gascoin, parfois rares, comme les grandes tables des villages du SHAPE (dans des bâtiments bien connus des historiens de l'architecture, de Saint-Germain à Fontainebleau) ou quasi-introuvables, comme le discret petit chevet mural "UB". Sa dernière découverte : le panier en rotin adapté aux tables gigognes "TC" et "TD". Bien qu'il puisse paraître accessoire, ce panier est un complément indispensable pour ces petites tables-bureaux dont la surface est calculée afin de disposer tout juste de la place nécessaire pour écrire et qui ne permettent donc pas de s'encombrer : d'où l'utilité de ranger les livres et documents sur le côté, dans un panier. On le découvre une première fois en décembre 1951 dans une chambre modèle publié par la Maison française dans le numéro spécial "Enfance"  puis il apparaît régulièrement dans les aménagements du créateur, y compris - deux ans plus tard - dans celui de l'Appartement témoin de la Porte-Océane au Havre, un modèle de logement supervisé par Marcel Gascoin et l'Atelier d'Auguste Perret. Notons également que le rotin devient au même moment un matériau à la mode, relancé par Louis Sognot (Louis Sognot // créations en rotin) dans le Salon des arts ménagers en 1951, au sein d'une section supervisée par Marcel Gascoin, lui-même... Le rotin envahira ensuite bien des meubles et, plus encore, ceux destinés aux chambres d'enfants...

As original than impeccable, the stall of our friend Jean-Baptiste Bouvier (Marché Paul Bert, in the famous flea market of Saint-Ouen) is privileged place for those who wish to obtain (or to see) furniture of French Reconstruction, more particularly productions of Marcel Gascoin but also René Gabriel, Jacques Hitier, Gustave Gautier, along with some stars like Prouvé, Matégot, Paulin. On its own, Jean-Baptiste Bouvier found, rescued and recovered a lot of Marcel Gascoin furniture, sometimes rare, like large tables of SHAPE-villages (buildings of Saint-Germain, Fontainebleau) or substantially innaccessible as discrete wall-bedside "UB". His latest discovery: a rattan basket adapted to nesting tables "TC" or "TD". Although it may seem incidental, this basket is a necessary complement to these small-office tables whose surface is calculated to have just enough space to write, and who therefore do not allow to clutter: where the usefulness of holding books and documents on its side in a basket. The first model appeared in December 1951 in a Type Room published by the magazine Maison française, special issue about "Childhood", and appears regularly after this publication, including - two years later - in the Show flat of the Porte Oceane in Le Havre, a housing model supervised by Gascoin with Auguste Perret team. Note also that rattan becomes, at the same time, a fashionable material, revisited by Louis Sognot during the Salon des arts ménagers 1951, in a section supervised by Gascoin, himself ... Rattan become common and, even more, for children's rooms ...

vendredi 3 octobre 2014

Louis Sognot // créations en rotin



Sognot 1939 SAM in 56-01-MD édition ROUGIER Sognot fauteuil-salon lit-simple tabouret chevet

Souvenons-nous... Louis Sognot (1892-1970) est l'un des créateurs modernes qui exposent à l'UAM en 1930 ; proche de Le Corbusier, Pierre Chareau, Francis Jourdain, Rob' Mallet-Stevens, il se spécialise initialement dans le mobilier métallique... Cependant, lors de la crise des années 1930, il se tourne régulièrement vers le rotin. Après un premier essai mené sur une chaise métallique en 1932, il l'utilise de plus en plus fréquemment à destination des petites collectivités (restaurant, bar, hôtel) et dans la décoration des villas. Après-guerre, il l'intègre aussi dans un ensemble luxueux avec un lit bateau en moëlle de rotin qu'il dessine pour la fille de Paule Marrot en 1946 dont la ligne souple lui servira régulièrement de modèle. La même année, on retrouve le rotin dans un projet pour la CMF (Style reconstruction // Commission du Meuble de France), dans l'assise d'une petite chaise qui évoque son premier essai de 1932 mais sur une ossature bois car le métal manque. Enfin, il s'affirme définitivement comme le spécialiste au Salon des arts ménagers en 1951, dans le stand sur les "nouveaux matériaux". Après cet évènement, Louis Sognot sort de la phase expérimentale où il mélangeait le rotin à des structures en métal ou en bois et l'assume dans les montants - comme il l'avait fait dans un ensemble économique pour chambre d'hôtel présenté au Salon des arts ménagers en 1939 -, créant des meubles souples et vigoureux où sa patte reste identifiable même s'il se tourne parfois vers des formes traditionnelles, proches des styles Empire et Art Nouveau. A partir de 1954, des luminaires de Mouille accompagnent systématiquement ses meubles et offrent une ambiance contrastée dans les tons et les matières, à la fois rustique et précieuse, légère et chaleureuse.

jeudi 15 novembre 2012

Henri Salesse // reportage photographique

via Didier Mouchel, Reportage : Henri Salesse, éd. Gwinzegal, 2008

Séverine Liatard et Séverine Cassar viennent de présenter les photographies d'Henri Salesse sur France Culture (Fabrique de l'histoire). Redécouvert par Didier Mouchel et le Pôle Image Haute-Normandie en 2008, Henri Salesse apparaît atypique parmi les employés du ministère - ce n'est pas faux mais n'oublions pas que le niveau de formation des "photographes industriels" est alors excellent, et c'est surtout le sujet-motif d'Henri Salesse qui est atypique : la misère des quartiers insalubres ! Les photographes français ne sont alors que des techniciens, suivant leur formation et leur statut, et ils s'identifient comme tels, sans jamais se revendiquer autrement... Au Havre, par exemple, l'Etat missionne de nombreux grands photographes entre le bilan des destructions (Adrien Paris) et la propagande touristique de la ville neuve (Lucien Hervé), sans compter le chantier de Reconstruction où se croisent l'Atelier Chevojon et quelques "locaux" remarquables comme Robert Lhommet (cf. isai-canalblog) ou Gilbert Fernez. Pour en revenir au statut du photographe : ce n'est donc pas un artiste-vedette plus ou moins imposé mais un technicien appelé par un autre... Dans bien des domaines, alors que règne la modestie et l'excellence, le génie artistique se cache sous la commande administrative - des choix sont bons et d'autres pas, des photographes excellents et d'autres moins. Pour s'en faire idée plus juste, on peut profiter du fonds récemment mis en ligne par le Ministère dépositaire des archives MRU, où l'on peut voir les reportages d'Henri Salesse et bien d'autres choses : https://mediatheque.developpement-durable.gouv.fr/

Severine Cassar and Severine Liatard presented photographs of Henri Salesse on Radio-France - rediscovered by Didier Mouchel in 2008. Henri Salesse appears unusual among departmental employees - good work, but do not forget that formation of "industrial photographers" is excellent that it is mostly the subject-pattern that is atypical of the great misery slums. French photographers are technicians while, depending on their training and their status, and they identify themselves as such, never claim otherwise ... Nothing at Havre, the state gave missions many great photographers balance between destruction (Adrien Paris) and the promotion of tourism in the new town (Lucien Hervé) ... excluding photographs of the building where cross Reconstruction Workshop Chevojon and some local photographers like Robert Lhommet or Gilbert Fernez. We must return to the status of art: it is not an artist that is needed in this place, it's a technician called by another technician ... Same choices are good and others not, same technicians are excellents and others not. At this time, in many areas, the technician cache "artist" rule while modesty and excellence! See https://mediatheque.developpement-durable.gouv.fr/

mercredi 7 novembre 2012

Emile Seigneur // chaise MPF

photographie via Branca.com

En ce moment même, en vente sur le site Art & Antiques d'Alessandra Branca, cette chaise attribuée à Marcel Gascoin ; une erreur d'identification pouvant très bien se comprendre car ce modèle est un "classique" des créateurs français pendant l'immédiate après-guerre : on y retrouve Marcel Gascoin, Jacques Hauville, Roger Landault et - dans ce cas précis -  Emile Seigneur. Un ancien élève de l'école Boulle qui se spécialise très tôt dans le meuble pour enfant avant de suivre les rails de Gascoin en éditant des équipements pour petits appartements aux "meubles des Provinces de France" (MPF). Il expose au Salon de l'enfance et aux Arts ménagers. Particulièrement célèbres, ses modèles pour enfants sont largement diffusés par l'enseigne "Berceau de France" (voir l'étude du stand aux Arts ménagers de 1949 sur vintage for kids)  - avec des lits gigognes, des meubles par éléments, une commode, une petite chaise... et aussi un berceau en rotin qui va retenir l'attention de Jean Royère -. Au milieu des années 1950, il se spécialise en faisant de son nom une marque : les "Bibliothèques Seigneur" intègrant tous les équipements annexes, y compris cette élégante chaise qu'il a créé en 1951 pour MPF.

At this moment, for sale on the site Alessandra Branca Art & Antiques, this chair attributed to Marcel Gascoin; misidentification may understand because this model is a "classic" French designed during immediate post-war: there are Marcel Gascoin, Jacques Hauville Roger Landault and - in this case - Emile Seigneur. Alumnus of the Boulle school which follows the Gascoin rails when he edits complete sets for "Meubles des Provinces of France" (MPF) between 1949 and 1951. He is particularly known for children models widely distributed by the firm "Berceau of France" (see vintage for kids) - including a rattan cradle will hold attention of Jean Royère - and specialize in children furniture and making a mark with his name in the mid-1950's: "Seigneur Bibliothèque" incorporating all equipment, including this elegant chair created in 1951.

dimanche 1 juillet 2012

Tabouret 3-positions // Gascoin


Voici un moment important dans l'histoire du mobilier pour enfant : en tant que symbole de l'introduction du meuble évolutif dans l'espace domestique, le tabouret 3-positions est l'une des créations emblématiques de Marcel Gascoin. Il en existe de nombreuses variantes et on le retrouve aujourd'hui encore diffusé sous plusieurs marques. Voyage pour retracer les principales étapes de son invention entre 1947 et 1950.

Important moment in the history of "children design furniture" as a symbol of the introduction of flexible furniture in domestic space, the 3-position stool is one of most emblematic creations of Marcel Gascoin. There are many variants and is found today released by different brands. Ttrip to retrace steps of this invention, between 1947 and 1950.

lundi 20 février 2012

Guy Lagneau // école Paul-Bert (2/2)

[  r u b r i q u e   :   p a t r i m o i n e   a r c h i t e c t u r a l   d u   H a v r e ]
via Ensembles et meubles (p.94)

Petite découverte faisant suite au premier chapitre consacré à l'école Paul Bert (Guy Lagneau // école Paul-Bert 1/2) : un article d'Ensembles et meubles où figure le numéro 76 du Décor d'Aujourd'hui daté du début de l'année 1953 avec de nouvelles photographies de ce groupe scolaire à la pointe des recherches du moment. On y retrouve le mobilier Gascoin mais aussi des frises de Raynold Arnould - peintre de la Nouvelle école de Paris et futur conservateur du Musée Malraux... Ci-après, trois illustrations pour compléter le précédent article.

Discovery following the first chapter about Paul-Bert School: an article of Ensembles et meubles (1954-1955) containing photographs of this new school complex at the forefront of contemporary research. It includes Gascoin furniture but also friezes of Raynold Arnould - painter of New Paris school and future director of the Art Museum in Le Havre ...

mercredi 1 février 2012

Atelier Saint Sabin // Ancien et moderne

Chaises démontables Saint-Sabin, via ebay

L'Atelier Saint Sabin, entreprise familiale qui existe toujours et conserve sa spécialité historique, cache dès ses origines un excellent créateur : Pierre Roche, diplômé de l’école Boulle. Reconnu pour sa qualité, l'Atelier adopte à ses débuts un style à croisillons très identifiable puis, en 1953, ouvre une gamme "jeune", avec des tabourets, des chaises et de petites tables aux lignes épurées. Pratiques et colorés, ils incarnent la vogue du Gascoin, du Knoll mâtiné de scandinave, mode qui fait renaître au même moment l'entreprise d'André Sornay à Lyon. Tout ceci est dans l'air du temps, celui du gain de place : en bois, robuste, sobre, démontable... Saint-Sabin  se distinguant par une construction économe d'une logique aussi efficace qu'irréprochable.

Atelier Saint-Sabin cover certainly a creator of excellence, whose name remains secret behind the label - a nasty practice in first industrial furniture. Often known for its quality models, those furnishings adopt an executive style like Jacques Adnet. In 1953, we move to modern style, a new kind of stools and chairs arrive in catalog. Lightweight, practical, colorful, they embody the fashion style Gascoin, the first Knoll, inspiring André Sornay at the same time ... In this times: wood, sanity and removable...

mercredi 18 janvier 2012

Jacques Hauville // Chahuts

illustration d'après chahuts.com

Jacques Hauville (né en 1922) fait un retour en force un nouveau site, Chahuts, qui publie des informations sur celui qui est aujourd'hui un inconnu : « très, très grand monsieur visionnaire, dessinateur de génie ». Occasion de redécouvrir celui que l'on croit a priori formé chez Gascoin : à l'époque, on se serre surtout les coudes... Si nous sommes encore en droit de nous interroger sur sa place réelle dans le phalanstère Gascoin, Jacques Hauville est à l'évidence une figure importante parmi les créateurs de modèles de série.

Jacques Hauville (born 1922) makes a comeback on Chahuts which publishes exclusive information on this unknown figure: "another very, very great man, visionary, great designer." The website makes us more about this designer which is formed by Marcel Gascoin : at this time, They stick together ... If we are still entitled to wonder about its real place in the phalanstery Gascoin, Jacques Hauville is obviously a great figure among creators of models. Read, watch, and, on occasion, detail.

vendredi 21 octobre 2011

Guy Lagneau // école Paul-Bert (1/2)

via Construire le musée imaginaire, éditions Somogy

Au Havre, les 50 ans du Musée Malraux - actuellement (re)nommé Muma - marquent l'occasion de (re)découvrir l'architecte Guy Lagneau et l'Atelier LWD. Les articles du catalogue évoquent une première expérience de l'architecte au Havre, entre 1951 et 1955 : la construction de l'école Paul-Bert dans le quartier d'Aplemont. Pour meubler la section maternelle de cet important groupe scolaire, Guy Lagneau fait alors appel à Marcel Gascoin (voir aussi Guy Lagneau // école Paul-Bert 2/2) ...

In Le Havre, the 50th anniversary of Musée Malraux - the Muma - mark an opportunity to discover the architect Guy Lagneau (LWD factory). Catalog items evoke a first experience of the architect in Le Havre, between 1951-1955, the construction of the Paul-Bert school in the district of Aplemont. To furnish the nursery section of this important school group, Guy Lagneau asks for help Marcel Gascoin ...