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mercredi 1 mai 2019

Dinosaure normand // Normanniasaurus (2/2)

Normaniasaurus genceyi By Scott Reid 2019, sur un fond du début du crétacé inférieur au sud de l'Angleterre (Natural History Museum, alamyimages.fr)


Normanniasaurus projeté sur l'échelle de dinodata.de : un petit titan archaïque...


Très très heureux que Meig Dickson ait ajouté le Normanniasaurus dans son fameux blog a-dinosaur-a-day. Je dispose ainsi d'une description précise et abordable à fournir, pour ceux qui se poseraient éventuellement la question de savoir ce qu'est exactement un Normanniasaurus, fruit d'une vieille trouvaille faite au pied des falaises havraises (dinosaure-normand // Normanniasaurus 1/2)... A cela s'ajoutent des reconstitutions complètes, dont un dessin de Scott Reid, que j'ai placé sur un paysage de la même époque, à un endroit proche (sud Angleterre).

Voici une rapide traduction du texte de Meig Dickson - daté du 12 mars, 2019 :

Description physique : Normanniasaurus est un titanosaure assez précoce, groupe de sauropodes le plus diversifié de la période crétacée. Normanniasaurus en lui-même est un sauropode de taille petite à moyenne, probablement d'environ 12 mètres de long. Il est intéressant à plusieurs égards. Notamment, Ses connexions entre les vertèbres sont identiques aux titanosaures plus tardifs, mais uniquement à la base de la queue. Cela rendrait sa queue relativement flexible par rapport aux autres sauropodes, mais pas aussi flexible que dans les formes plus tardives de titanosaures. Contrairement à eux, il avait un dos très raide comme pour les sauropodes plus basaux, non titanosaures. Les épines des vertèbres du Normanniasaurus avaient également d'énormes trous connectés jusqu'à la queue. 

En résumé, Normanniasaurus présente un mélange de traits communs aux sauropodes basaux et dérivés, ce qui indique sa position précoce dans l'évolution des titanosaures. 

Régime alimentaire : En tant que titanosaure, de petite dimension, Normanniasaurus était probablement un brouteur de niveau intermédiaire, bien qu'il soit possible qu'il puisse atteindre des niveaux de végétation élevés en cas de besoin.

Comportement : Étant encore de taille réduite, le Normanniasaurus a probablement été plus nerveux que les grands titanosaures, ayant besoin de réagir rapidement en présence d'un danger potentiel, car il ne pouvait pas compter sur sa taille (si l'on considère la présence de grands prédateurs dans sa zone, ce qui demeure incertain). Il passait la majeure partie de sa journée à brouter de la nourriture, tout en conservant le tout dans un gros estomac. Comme seuls quelques fossiles de Normanniasaurus ont été trouvés, il est difficile de dire s'il vivait en troupeaux, mais cela semble assez probable compte tenu de sa petite taille et de la nécessité de se protéger. On ne sait pas s'il aurait ou non soigné ses petits. 

Écosystème : Le Poudingue Ferrugineux s'est formé le long d'un environnement côtier, ce qui signifie que Normanniasaurus aurait interagi avec l'écosystème océanique plus que d'autres animaux de l'intérieur. Cependant, aucun autre dinosaure n'a été trouvé dans cette formation, et il y a peu d'autres fossiles, il est donc difficile de dire quels auraient été les prédateurs du Normanniasaurus en particulier, ou ses concurrents, ou simplement avec quoi il aurait interagi. Il semble y avoir d'autres titanosaures,  en élargissant l'époque et l'endroit, y compris Aepisaurus et Macrurosaurus, ce qui implique que Normanniasaurus pourrait avoir été un membre d'un écosystème assez diversifié 

Autre : Normanniasaurus est l'un des premiers titanosaures connus, bien que son emplacement précis dans le groupe reste ambiguë. Il pourrait s'agir du plus ancien Aelosaur découvert, ce qui en ferait également le seul membre de ce groupe connu en Europe. Autre possibilité, il pourrait être plus proche de Malawisaurus , qui vivait à la même époque, mais en Afrique. Si c'est un titanosaure basal, il est assez typique pour le groupe; mais s'il s'agit d'un Aeolosaur, il aurait peut-être perdu certains traits communs aux titanosaures, ce qui en ferait un cas fascinant dans l'évolution des titanosaures. 


Sources

Buffetaut, E. 1984. Une vertèbre de dinosaurien sauropode dans le Crétacé du Cap de la Hève (Normandie). Actes du Muséum d’Histoire naturelle de Rouen 7: 215 - 221.  

Le Loeuff, J., S. Suteethorn, E. Buffetaut. 2013. A new sauropod dinosaur from the Albian of Le Havre (Normandy, France). Oryctos 10: 23 - 30.

mercredi 16 octobre 2013

Dinosaure normand // Normanniasaurus (1/2)

un proche parent de Normanniasaurus genceyi, l'Andesaurus delgadoi (via paleo-king)
 
les falaises du Havre, au fond le site de la découverte du Normanniasaurus genceyi.
 
Un très grand merci à Eric Buffetaut, Jean Le Loeuff et Suravech Suteethorn qui ont sympathiquement donné mon mon au dinosaure de Normandie (Normannia), le Normanniasaurus genceyi (pour en savoir plus : site dinosauria). L'aventure débute très jeune : comme beaucoup d'enfants, je veux devenir paléontologue ! Je collectionne tous les fossiles de ma région. La passion dure assez longtemps et c'est l'apothéose en été 1990 : j'ai alors 19 ans et je cherche une fois de plus des fossiles au pied des falaises du Havre... et je découvre d'importants fragments osseux aux environs du Cap de la Hève - vertèbres, hanche, fémur -. La géologie est à cette époque ma grande affaire et cette découverte inoubliable va me permettre de rencontrer Eric Buffetaut et Jean Le Loeuff, deux grands spécialistes français des dinosaures. Je vais ensuite passer quelques étés à faire des fouilles paléontologiques avec leur équipe à Espéraza, vivant là-bas ma toute première expérience muséographique lors des débuts extraordinaires du musée des dinosaures. Tout un univers passionnant... D'ailleurs, Normanniasaurus genceyi devrait d'ici peu être exposés à Espéraza avant de revenir dans les réserves du Muséum du Havre (où il dormait depuis vingt ans).

Même s'il semble difficile de tisser un lien avec ce blog : je conseille vivement la lecture du dernier ouvrage d'Eric Buffetaut, Sommes-nous tous voués à disparaître ? Idées reçues sur l'extinction des espèces (Le Cavalier bleu, 2012). Il permet de comprendre le jeu nécessaire entre l'extinction et la diversité, les logiques de survivance, le minimalisme, les ressources... Conservons de la paléontologie l'idée que la diversité est la vie, bien au-delà de la dichotomie "extinction/préservation" que la nomenclature nous fait percevoir. Plus encore, il y a dans cet ouvrage un combat pour montrer qu'il est idiot d'investir des fortunes dans le but reconstituer quelques espèces disparues alors que l'on refuse aujourd'hui tout plan de sauvegarde pour celles qui disparaissent en masse, avec leurs biotopes. Et c'est là, présentement, tout de suite... Enfin, il y a maintenant une espèce de plus, même si elle a existé il y a environ 100.000 millions d'années !