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jeudi 30 juillet 2020

Groupe Saint-Honoré // Caillette & Cie

Décor d'aujourd'hui, n°53, nov.-déc. 1949, stand des frères Perreau, du "groupe Saint-Honoré"

Tous les sites d'histoire du design, sans exception, regardent le "groupe Saint-Honoré" comme un événement historique ; certains exagèrent déjà beaucoup en le présentant comme l'un des points de départ pour les meubles de série en France ; d'autres s'égarent encore plus loin... Par exemple, le journal La Tribune (latribune.fr) a publié en 2010 un article intitulé "Quand le design devient une industrie" où l'on trouve cette phrase saugrenue : "Sixties [sic] Sur le terrain, le groupe Saint-Honoré formé par de jeunes décorateurs ouvre à Paris un magasin coopératif destiné à diffuser du mobilier aux dimensions réalistes, démontable, escamotable, superposable et pliant..." Nul ne saura jamais où ce journaliste a puisé cette idée, ni pourquoi il place l'événement dans les années 1960, alors qu'il date de la fin de l'année 1949 : sans doute la culture orale combinée à quelques lectures en diagonale, mais certainement pas la règle d'or journalistique du "recoupement des sources" (certes, le blog Art utile n'existait pas encore).... Pardonnons, car il faut toujours se réjouir de voir, grosso modo, un rapprochement entre les univers du design et de l'industrie, même si cela reste confus. Un jour viendra où le quidam français comprendra que le "disagne" n'est pas un produit inutile et inconfortable, coûteux et luxueux, aux formes biscornues et ostentatoires, aux matières rares et précieuses, mais l'inverse ! 

Toutefois, s'il faut écrire une histoire française du design de meubles, il convient de le faire correctement, en plaçant chaque événement à sa juste place. Avant que les fake news tirés des plus mauvais journaux, et parfois des meilleurs livres, n'envahissent définitivement la toile, mieux vaut établir une chronologie... Signalons tout de suite qu'une dizaine d'événements déterminants en matière de mobilier de série précédent la formation du "groupe Saint-Honoré". Citons :

Il convient donc de redonner à ce groupe la réalité de son importance afin de voir pourquoi il fait événement et en quoi il serait spécifique. Premièrement, ce groupe n'est ni un "magasin" (encore moins "coopératif"), ni même une association, mais simplement l'union provisoire et opportune de six créateurs désirant organiser une (et une seule) exposition temporaire ! Celle-ci ne provoque pas de discontinuité dans les lignes créatives, mais se situe pleinement dans le prolongement des recherches amorcées depuis la Libération visant des meubles de série robustes, rationnels, démontables, combinables, transportables (voire transformables), économiques, etc. Bien qu'ils n'aient pas été remarqués, la plupart des membres du groupe participent aux expositions citées ci-dessus  : Hauville et Perreau ont très discrètement débuté dans l'exposition de 1947 ; puis Jacques Perreau a réalisé l'équipement de l'habitat-modèle du village d'Epron, dans le Calvados, présenté au SAM de 1949 ; de la Godelinais travaille sur divers meubles industriels aux Arts ménagers en 1949 et sur un modèle de chambre d'hôtel pour le SAD en 1949 ; quant à Bernard Durussel, il est le seul a connaître un réel succès en apparaissant une première fois au salon des Arts ménagers en 1948 grâce à ses recherches sur le mobilier en tube de métal (Bernard Durussel (1926-2014) // desserte roulante).

Reste l'hypothèse de la "jeunesse", mais la liste des participants figurant dans la revue Maison française (n° 34, janvier 1950, p.22) pousse à rejeter également cette idée simple : 41 ans pour Renan de la Godelinais (1908-1986), 30 ans pour René-Jean Caillette (1919-2004), 27 ans pour Jacques Hauville (1922-2012) ; restent les 23 ans du réellement jeune Bernard Durussel (1926-2014) et l'âge inconnu des frères Robert et Jacques Perreau (si quelqu'un à la réponse, merci de me contacter). Toutefois, ce large éventail ne dérange pas la rédaction du Décor d'aujourd'hui (n°53, nov.-déc. 1949) qui titre un peu trop vite "les jeunes s'unissent" et "en groupe des jeunes étudient les problèmes d'aujourd'hui", lançant une rumeur qui s'éternise encore de nos jours... De fait, plutôt que des "jeunes", ces créateurs sont surtout des inconnus pour les critiques. Il s'agit de nouveaux venus dans ce domaine... Et encore, la nouveauté reste relative car seul René-Jean Caillette n'a jamais exposé auparavant. Est-ce lui qui dispose des ressources permettant d'organiser cette présentation du "groupe" dans l'une des boutiques les plus luxueuse de Paris, à l'intersection de la rue du Faubourg Saint Honoré et de la rue Royale ? C'est la piste privilégiée par Patrick Favardin qui le signale comme organisateur - probablement à partir de sa documentation personnelle.

Oui, certes, mais "jeune", c'est surtout le mot nouveau ! C'est celui de la section de Marcel Gascoin au salon des artistes décorateurs la même année. "Jeune", c'est mieux que "série", si triste, tourné vers le sinistre, le social, le passé de la guerre. "Jeune", ce n'est pas forcément le créateur, c'est surtout le style,  c'est aussi le client qui veut miser sur l'avenir, sur la simplicité et qui n'a pas besoin d'être fortuné.

Quoiqu'il en soit, le véritable événement que provoque cette initiative est la mise en avant de six décorateurs méconnus dans deux articles (Maison française et Décor d'aujourd'hui). En arrière plan, s'opère discrètement l'intégration de René-Jean Caillette dans le petit cercle des premiers "créateurs de modèles de série". Au centre du cercle, Marcel Gascoin, dont deux exposants du groupe Saint-Honoré, Hauville et Durussel, sont d'anciens employés, et avec lequel les frères Perreau ont déjà travaillé pour l'Exposition internationale et les Arts ménagers... Seul Caillette était alors un inconnu aux yeux de Gascoin, qui hérite justement à cette date de l'organisation de très grands événements légués par René Gabriel : salons, expositions, chantiers d'Etat, publications, etc. Pour résumer, comme le signale Patrick Favardin dans ses Décorateurs des années 1950, l'exposition du "Groupe Saint-Honoré" marque la rencontre de Caillette et de Gascoin, et j'ajoute : un point c'est tout ! Il est fort probable qu'il s'agisse en réalité d'un "coup de com' " imaginé par des créateurs cherchant à renforcer leur position, et à se faire remarquer des critiques et d'un public supposément avisé. Ces "(plus ou moins) jeunes loups" visent un lieu de prestige en affirmant présenter un nouveau style capable de séduire la jeunesse dorée des beaux quartiers. C'était le premier événement du genre, et l'idée a certainement séduit le déjà-vieux Marcel Gascoin (né en 1907...) héritier de l'antique René Gabriel (1899, siècle d'avant...), lui-même descendant du préhistorique Francis Jourdain (1876, quand même).  Trois génération de modernes et c'est à partir de cette date que le "design" devient un "style jeune", provoquant une confusion entre la "jeunesse" et la "nouveauté", qu'il s'agisse des créateurs, de leurs créations, ou de leurs acheteurs. 

Ci-après, présentation de quatre autres stands de l'exposition du "groupe Saint-Honoré" publiés, cette fois en noir et blanc, dans le Décor d'aujourd'hui et autres images contemporaines des mêmes créateurs...

mercredi 15 juillet 2020

Bernard Durussel (1926-2014) // desserte roulante

Desserte roulante de Bernard Durussel, modèle de 1949, éd. M A A M F


Une découverte de Sophie Pagès (ebay.frfacebook.com), cette desserte en "état neuf" a été chinée samedi dernier "au cul du camion" (comme on dit dans le métier...) et son origine serait toulousaine...  Antiquaire installée depuis 2007 près de Perpignan, sans boutique en dur, sans ligne de conduite stricte, son "inventeuse" essaie et parvient à conserver un bel œil sur les objets. Elle s'intéresse surtout aux Arts d'Asie, du Vietnam précisément, et à l'influence coloniale sur les Arts Décoratifs du XXe siècle, mais aussi à la question - si passionnante - de la reconstruction, car elle a été initiée dans ce métier par "un fou de René Gabriel", en particulier, et de l'avant-garde des "jeunes loups". À noter que Sophie Pagès a également tenu une boutique de décoration, proposant ses propres créations, en Egypte, de 2000 à 2006 : beau parcours qu'il fallait souligner en introduction.

Venons-en à sa découverte : une desserte roulante d'un modèle présenté pour la première fois au salon des Arts ménagers en mars 1949, promue par l'Association des Créateurs de Modèles de Série (ACMS) entre 1953 et 1957. Riche de tiroirs, plateaux et rangements en tout genre, elle est parfois décrite comme un "buffet roulant", summum d'un fantasme partagé par les décorateurs de ce temps-là !

En 1949, Bernard Durussel possède déjà sa propre entreprise de décoration et déclare son siège dans le 16e arrondissement de Paris, tout en publiant de nombreuses publicités dès son lancement dans les revues avant-gardistes : Maison française, Meubles et décors, Décors d'aujourd'hui... L'homme semble avoir les moyens de ses ambitions, tant par sa formation que par ses finances. Né dans les années 1920, débutant sa carrière après la Seconde Guerre mondiale, il représente parfaitement cette nouvelle génération privilégiée que l'historien d'art Patrick Favardin (1951-2016) nommait les "jeunes loups" : ceux qui chevauchent le dragon en succédant à la deuxième génération des Modernes condamnée à piétiner (pour ne pas dire trépigner) dans l'Entre-Deux-Guerres (Gabriel, Gascoin, Perriand, Prouvé...). Les "jeunes" venus en renfort sont à la fois sur-diplômés et formés auprès des créateurs les plus progressistes de leur époque. Ils voient rapidement leurs ambitions satisfaites. Dire qu'il n'y a plus de combats à mener pour promouvoir la Modernité ne serait pas juste, mais il faut bien constater que l'industrie se laisse facilement convaincre après la Libération (avec une naïveté touchante qui évoque aujourd'hui le succès des outils numériques dans le contexte de l'après-crise sanitaire).

Alumnus de Camondo (ecolecamondo.fr), Bernard Durussel appartient à la promotion n°1 de l'école, qu'il intègre dès 1944 pour ressortir diplômé en 1946 :
"En 1944, le Centre d’art et de techniques est fondé à l’initiative des décorateurs Henri Jansen, André Carlhian et Dominique (André Domin et Marcel Genevière). Il délivre un diplôme de décorateur-ensemblier. Hébergé à son ouverture dans le Musée Nissim de Camondo, il est ensuite rebaptisé École Camondo et plus tard transféré au boulevard Raspail." (madparis.fr)

Trop oublié, Durussel est l'un des seuls en France, avec Jacques Hitier et Pierre Guariche, à jouer pleinement l'alliance de l'ossature métal avec le remplissage bois. Sa première association se fait avec un industriel spécialiste de l'équipement des collectivités : la MAAMF... Il a une carrière accomplie mais discrète (35e dans les citations cf. Maison Française // sommaires n°1 à 120). Néanmoins, il se situe dans le premier cercle des "créateurs de modèles de série" (designers). Porté par Marcel Gascoin qui l'embauche dans son agence en 1948 (cf. la biographie de Gascoin éditée par Norma), son maître lui ouvre la même année la possibilité d'exposer ses propres créations au Salon des Arts ménagers (Meubles de série // Arts ménagers 1948). Il y rencontre inévitablement René Gabriel (responsable de la section où Durussel expose), alors que celui-ci travaille déjà depuis quelques temps sur des étagères fixées par une ossature métallique, dans un projet d'avant-guerre qu'il édite pour un foyer d'étudiants en 1946). Notons aussi que Prouvé est déjà bien présent dans ce domaine...

S'il rencontre ainsi plusieurs pionniers de la "deuxième génération" dès 1948, il en connaît un nouveau l'année suivante, plus proche de son âge : René-Jean Caillette. En effet, avec Jacques Hauville, Bernard Durussel est le second ancien employé de Gascoin qui participe à l'exposition organisée par Caillette sous le nom de "Groupe Saint-Honoré"... Mais son réseau est encore plus étendu en 1949, car il est aussi membre de la Société des Artistes Décorateurs et expose donc au côté d'un autre fanatique du mobilier en tube de métal, Jacques Hitier. Il n'est donc pas étonnant de le retrouver dans le salon des membres de cette société (SAD n°35 1949 // catalogue) où il présente un "mobilier pour l'hôtellerie coloniale, en tube et chêne : lit-sofa, chaise longue, fauteuil léger, table à écrire, table basse- garnitures des sièges amovibles, éd. M.A.A.M.F., rue François-Ier, Saint-Dizier"...

Son parcours est ensuite celui de tous les proches de Gascoin : membre de l'ACMS, participation à une exposition Formes Utiles / ex-UAM, une commande d'Etat en 1952 (SIV - archives nationales), etc. La liste s'achève en 2006 lorsque son nom s'inscrit dans la célèbre vente Tajan "Fonctionnalisme et Modernité".

Pour en savoir plus, l'école Camondo - qui dépose en ce moment son histoire en ligne - a retrouvé de nombreux et très intéressants éléments biographiques sur cet ancien élève. Une page de son site (ecolecamondo.wordpress) offre un récit quasi-complet de son parcours, avec webo-bibliographie (incluant le blog Art utile, merci à eux). On découvre sa date de naissance (probablement puisée dans son dossier scolaire), à partir de quoi il devient possible de retrouver son nom dans le fichier INSEE des décès (data.gouv.fr), qui signale un "DURUSSEL Bernard Louis Victor" né dans le 14e arr., le 7 juin 1926, et décédé le 22 août 2014, dans le 16 arr. Il n'y a donc pas si longtemps...

Ci-après : photographie de la desserte trouvée par Sophie Pagès ; publicités et stands de Bernard Durussel en 1949

jeudi 15 février 2018

Buffet Mado ou Madot // histoires et rumeurs



La médiacratie est un univers étrange : un petit rien sur internet peut vite devenir un grand quelque-chose dans notre quotidien. Tout est susceptible de faire boule de neige. Dans le tourbillon des effets papillons, on ne parvient plus à distinguer le simple cavalier de celui qui officie en tête. On peut être une victime innocente en croyant  manœuvrer en initié, ou l'inverse. On peut se prétendre historien et se découvrir ignorant dans son propre domaine, lorsque surgit une affaire sur le devant de la scène sans que vous en ayez jamais entendu parler. Ainsi, un jour parmi tant d'autres, quelqu'un nous parle du célèbre buffet " Mado "... Et l'on se retrouve pétrifié face à l'inconnu. Comme toujours dans ce cas, on utilise le système de défense des ignorants à l'âge du numérique (pour celui qui ne peux pas immédiatement regarder la réponse sur son portable, au risque de se discréditer). On glisse discrètement hors du sujet, on extrapole un peu... Puis on généralise juste ce qu'il faut pour faire parler, tout en acquiesçant d'un air savant... Une fois seul chez soi, doté de ces informations et loin des regards inquisiteurs, on se précipite sur internet pour vérifier. Là, c'est le drame : à l'évidence, tout le monde connait ! Deux possibilités s'offrent donc : soit on répète l'évidence, soit on va plus loin. Que découvre-t-on dans ce second cas ? Certes, l'objet existe bien. On l'a vu dans tous les foyers. Il a été vendu en masse. On le connait chez Mémé. Il nous est aussi familier que le nom " Mado ". Pourtant, de ce côté, rien n’apparaît. Pas de " Mado "... On re-fouille mieux, jusque dans les moindres recoins de l'inévitable revue Arts Ménagers. Alors ? Déception ! Pas un mot, pas un nom, le grand vide, le vaste néant ! Pas le moindre Mado en vue. On parle simplement d'un "buffet de cuisine moderne". Eureka ! Buffet moderne, Buffet Mado, surtout si la petite dernière se nomme Marie-Dominique ou Madeleine, prénoms à la mode... Voici un nom tiré d'un souvenir d'enfance, relayé par les internautes (LéBo-L'Mado-À-Mémé). On cherchera le bébé coupable plus tard...

Avant d'en venir au nom, voyons pour l'instant l'histoire de la chose : le buffet de cuisine moderne. Finissons-en une bonne fois pour toute avec les datations approximatives. Il n'y a rien de comparable dans les années 1930, ni véritablement dans la décennie suivante. La première touche arrive en 1949. Alors que nous assistons à l'explosion du " moderne bombé " (et tatoué) avec le buffet deux corps dans la salle à manger, apparaît une première version de ce meuble de cuisine populaire en bois blanc, en dernière page du catalogue des Galeries Barbès (voir Galerie Barbès [2/2] // le moderne bombé). Exactement au même moment, surgit son jumeau chez Lévitan, un peu plus rude - disons que c'est le deuxième de la famille et qu'il lui faut jouer des coudes. Cette page du catalogue Lévitan est plus intéressante car il s'y livre un combat entre la " cuisine moderne en bois blanc " avec son prototype de buffet dit " Mado " (pas cher) et la " cuisine par éléments " que propose Marcel Gascoin sous la marque Coméra (pour le même prix, ou presque). Quant on sait que René Gabriel invente le meuble moderne en bois blanc vers 1935, on peut commencer à réfléchir en historien sur cette tardive mise en concurrence. Enfin, pour les amateurs, on peut noter que le catalogue Lévitan signale une table et une chaise également éditées par Coméra, sans donner d'image, dommage ! Oublions ces affaires de spécialistes, car ce qui nous importe vraiment, c'est le " buffet de cuisine ". Il est bien là, dans ces catalogues, un peu renflé dans les coins, avec sa huche à pain pour les baguettes, ses petites vitrines dans la partie haute, laqué d'un blanc immaculé comme l'aurait voulu le grand Ripolineur (qui justifie l'appellation moderne). Les vitres peuvent être floues, mais elles ne sont pas encore gravées. Il faut avancer un peu dans le temps pour découvrir ce genre de détails. Dès 1953, un magasin de Rouen faisant de la vente à domicile, bien-nommé ' Le Meuble pour tous ", dispose déjà d'un énorme stock en catalogue. On peut ensuite revérifier chez Lévitan, la même année, la suivante, et encore la suivante, ils y sont ! Mais la mode passe, et certains sont déjà vendus à prix " sacrifié ". C'est ainsi qu'ils disparaissent avant la fin des années 1950. Un dernier mot, pour en finir avec les vieilles rumeurs, ils n'ont jamais été faits sur-mesure : il s'en vendait seulement une multitude de variétés.

Mais revenons-en à la vraie rumeur du net. Aujourd'hui, il n'est plus un seul site déco qui ne se vante d'avoir poncé son " Mado " pour le repeindre en vert anis, jaune citron, bleu métal, noir acier, gris taupe, puis calligraphié, peinturluré, hachuré,... Comme s'il fallait passer sa rage contre la blanche modernité ! Mais comment ce nom, Mado, est-il arrivé chez tout le monde sans que personne ne le voit entrer ? Pour le savoir, il faut cette fois fouiller sur internet et s'aider de l'option " date de préférence ". On découvre la première occurrence du buffet " Mado " en mars 2009, il y a maintenant presque dix ans. C'est sur un blog de jeunes parents bricoleurs nommé Alabaraque. Tout y est, au grand complet : la fausse date 1930, la fausse marque Mado, le je-l'ai-chiné pour 15 euros (est-ce vrai ?), le je-vais-le-poncer, le je-vais-ensuite... L'auteur est probablement l'inventeur de ce formidable concept rétro-vintage, peut-être même le créateur du nom " Mado ", à la tête de la cavalerie. Il fait mouche car son buffet va désormais en voir de toutes les couleurs... Deux apparitions en 2010, puis huit en 2011, déjà treize en 2012, mais l'on est toujours dans le pic d’initiés. On passe à vingt-neuf en 2013 avec une internationalisation grâce à la remarque suivante, inscrite dans les commentaires by an expert : " The 50´s cabinet is called a “Buffet Mado” it was very common in France in the 50´s and you can still buy some very cheap, sometimes less than 100 euros "(apartmentapothecary.com). Bien que la datation soit déjà mieux sentie, on remarque surtout le changement de prix, et la qualité d'un placement international dans du Mado. Alors même que toutes les places boursières s'effondrent, les Mado passent de 15 à 100 euros. Ensuite, c'est parti pour le succès  cinq pages de réponses par an en moyenne.... Aujourd'hui même, sur le Boncoin (qui fait autorité en matière d'expertise), il y a 282 " Mado " à vendre dans la rubrique mobilier. Attention, son prix atteint désormais les 300 euros, jusqu'à 500 euros pour les plus beaux. Et dire qu'il n'existe pas ! Depuis 2009, on peut parler d'une véritable affaire Mado. Alors n'hésitons pas à notre tour, soyons créatifs et affirmons que le " vrai Madot " prend un " t " ! Créons l'image qui correspond, voyons combien lisent et combien regardent seulement les photos, puis calculons le temps qu'il faut à ce Madot imagé pour qu'il prenne bien son " t " comme sur le photomontage. Quoi qu'en regardant mieux, je me demande si ce n'est pas un " f ", à la fin ?

mardi 14 mars 2017

Galerie Barbès [2/2] // le moderne bombé


Après la période glorieuse qui suivit l'Exposition de 1925, reprenons l'histoire des Galeries Barbès pour rejoindre l'époque de la Reconstruction. Il faut d'abord constater que, du milieu des années 1930 à la fin des années 1940, la couverture des catalogues montre notre "bonhomme Ambois" installé confortablement dans un large fauteuil. Ce choix marketing évoque une orientation vers une idée normative du confort. Le "style Barbès" s'est trouvé. Pour d'aucuns, il se serait plutôt perdu dans une option qui va ringardiser la marque, avant de provoquer sa perte. Une étude statistique montre que les recettes habituelles s'épuisent graduellement. Les meubles historiques, qui représentaient encore les deux tiers des offres en 1926, disparaissent. Les reliquats de l'Art nouveau subissent le même sort. Le Rustique résiste un peu mieux et occupe cinq pages parmi les quarante que comprend, par exemple, le catalogue de 1949. Indatable, par conséquent indémodable et rassurant, le rustique est voué au succès dans les moments de bouleversement... Quant à l'espace libéré par ces grandes extinctions, il est occupé par des styles dits "modernes". Durant l'Entre-deux-guerres, il s'agit principalement du style 1925 et de ses variantes tardives (cf. Galerie Barbès [1/2] // dictionnaire des styles) proches des formules inventées par les grands artistes décorateurs. Par la suite, cet "Art déco" se singularise, avec des lignes exagérément déployée dans une "modernité" auto-revendiquée, mais qui ne l'est plus du tout... Et c'est là le second bouleversement enregistré par les Galeries Barbès : après avoir introduit en 1925 les styles contemporains dans les productions populaires, ce grand magasin va déployer à partir de 1935 une ligne esthétique singulière pleinement adaptée à son public. Il s'agit du "moderne bombé", où la "modernité" semble bomber le torse et se couvrir de tatouages...

lundi 16 janvier 2017

Camille et Pierre David // Meublit n°100

Premier modèle de Meublit conforme au brevet (espacenet), 1949, fonds David

Merci à Pascal David pour les informations sympathiquement communiquées qui permettent de relancer ce blog. Quoi de plus " utile ", en effet, que le Meublit créé par son père et son oncle, Pierre et Camille David. La série du meuble-lit modèle " n°100 " devient rapidement célèbre et résume à elle seule l'idée d'économie d'espace qui domine l'après-guerre et signale la fin du Cosy-corner et du petit canapé à bords abattables d'avant-guerre. Dans l'espace d'habitation, ce n'est plus un coin de chambre qui s'impose dans l'espace du " studio ", mais un lit caché, totalement transformable en meuble d'appui et pouvant servir de secrétaire. Cette radicalisation du minimalisme signifie la fin d'une idée fausse consistant à croire qu'une famille moyenne pouvait recevoir tout en montrant son lit... Trop impudique ! C'est peut-être le frottement à cette réalité sociale qui va guider le Meublit vers le succès. Mais les principes ne font pas tout. Il faut dire que le Meublit représente aussi une réelle économie de place - très pratique pour une "chambre de jeune"... En 1949, les créateurs de la reconstruction posent donc des brevets pour des lits escamotables. Le 24 juin, c'est Marcel Gascoin (Marcel Gascoin // brevets déposés) qui s'y colle et vante ainsi son modèle : " La présente invention se distingue des lits escamotables connus par un grand nombre d'avantages. La particularité la plus frappante du lit réside dans le fait qu'il est complètement indépendant quand on s'en sert, du coffre dans lequel on l'escamote ." Mais de quels autres lits parle-t'il ? Tout simplement de notre Meublit, dont le modèle a été déposé seulement trois semaines plus tôt, le 1er juin 1949, par les frères David. Ils entrent alors dans l'industrie du meuble. Déjà présents dans les brevets comme inventeurs d'un cuir métallisé pour maroquinerie en 1932, ils s'imposent dans le paysage de la reconstruction après-guerre, avant de créer deux autres marques : Polymeubles et Polysièges (Meubles David // Polymeubles). Fouillant les documents conservés par la famille, Pascal David nous apprend qu'il en a été produit environ 10.000 exemplaires - ce qui n'est pas rien au début des années 1950. Des perfectionnements sont apportés en 1951 avec une version verticale et une autre où le lit est équipé de roulettes pour, en position ouverte, se désolidariser du meuble qui le dissimule en position fermée. Il sera proposé en de nombreuses versions, une ou deux places, avec ou sans tablette, disposant d'une, deux ou trois niches. Réputée pour sa qualité, la société Epéda met au point un matelas spécial pour le Meublit. À la fin des années 1950, il trouve des marchés en Afrique du nord, particulièrement en Algérie. La RTF puis l’ORTF en feront aussi régulièrement l’acquisition pour équiper les relais hertziens, souvent implantés sur des hauteurs isolées. Ci-dessous, la copie de quelques photographies et brochures, dont une du début des années 1960 où l'on découvre les tarifs : 1.000 francs pour le lit n°100, environ 1.500 € actuels... ...

mardi 31 mai 2016

Early Webbed Chairs // sangles et lanières

Elias Svedberg, fauteuil en teck blond verni et sangles en jute de teinte naturelle, vers 1950 (collection GG)

Pour répondre à une question posée par Stephane Danant, voici un petit morceau de la négligeable histoire des sangles dans l'aventure oubliée de la "modernité sociale", celle qui va aboutir sur le "style reconstruction" après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui encore, à 25 centimes le mètre linéaire, les sangles en jute permettent de fabriquer les sièges les moins coûteux, soit 5 € pour couvrir une assise et 10 € pour tout un siège avec dossier. Il est donc logique de les retrouver aujourd'hui encore dans les productions industrielles (depuis Artek jusqu'à La Redoute). Toutefois, à l'époque de son invention moderne, aux yeux du décorateur, il y a un côté nudiste dans ces sangles (ou ces lanières de cuir pour les modèles de luxe) : c'est en effet une "assise de tapissier" dépouillée de tout, sans toile, ni crin, ni bourrelet, ni tissus - presque une insulte pour le métier. Ne reste, finalement, que le support souple en quadrillage. Le premier modèle moderne semble remonter au Bauhaus, avec l'extraordinaire chaise cantilever (wiki) dessinée par Mart Stam en 1926 dont les premières assises sont en lanières entrecroisées, idéales pour un peu de souplesse dans ces meubles tout en ossature du "rationalisme clinique". On la retrouve logiquement chez Alvar Aalto qui l'adopte au début des années 1930. En même temps, Bruno Mathsson produit la chaise longue Permilla et la chaise Eva (1934) dont le "design organique" si original est indissociable du jeu des bandelettes en tissu qui épousent parfaitement les formes du bois courbé. Au même moment, en France, René Gabriel utilise des lanières sur ses chaises en bois qu'il présente une première fois au SAD. Son souci est alors économique, assumons l'idée d'un "rationalisme social". Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la technique se généralise dans un objectif pragmatique : c'est la création du "mythe guerrier" de la Firme Knoll (knoll.com), justifiant le retour au bois (cerisier) à cause des priorités de guerre avec réutilisation des surplus militaires (sangles pour parachute), des contraintes qui aboutissent sur la fameuse série 600 de Jens Risom (1942/43) et se prolongera dans d'autres modèles utilisant des sangles, comme ceux dessinés par Abel Sorenson (1946). Mais, alors que le temps passe, la découverte devient un geste, le "projet moderne" se transforme en "style moderniste", et le souci d'abaisser les coûts perd son objectif social pour basculer du côté des marges bénéficiaires des entreprises... L'utilisation des sangles est encore fréquente à la fin des années 1940, par exemple en Suède avec Elias Svedberg ou aux Etats-Unis avec Klaus Grabe. Il faudrait en comparer les coûts, les marges et les prix de vente... Ci-dessous, quelques classiques à retenir, avec des images pour la plupart puisées dans 1stdibs...


lundi 3 mars 2014

Hall d'entrée au Havre // visite privée


entrée sur l'avenue Foch avec l'oeuvre de Louis Leygue

Visite en compagnie du célèbre architecte d'intérieur Pierre Yovanovitch et d'une architecte de son agence, Christine Lili Cheng : nous avons pu pénétrer dans le hall d'un immeuble qui borde à la fois la place de l'Hôtel-de-Ville et la rive nord de l'avenue Foch. La porte est aisée à repérer grâce à la sculpture en aile d'oiseau de Louis Leygue qui la surmonte. Dans le goût des I.S.A.I. du Havre, ce bâtiment ne s'adressait cependant pas aux familles moyennes mais aux favorisés ; on peut ainsi y découvrir le même soin constructif mais avec une plus grande générosité dans les volumes et les détails, son coût de construction étant plus élevé. Comme il est également dessiné par des membres de l'Atelier de la Reconstruction du Havre, dirigé par Auguste Perret, les réflexions qui découlent de son observation sont multiples : déjà, la construction qu'impose Auguste Perret (né en 1874) reste bien "de son temps" et n'est comparable, dans son esprit et ses finitions, qu'à celui d'autres grands précurseurs comme Adolf Loos (né en 1870) ou Frank Llyod Wright (né en 1867). Il ne faut pas confondre avec les modernistes qui font leurs armes plus tardivement... Ce qui est particulièrement saisissant, c'est l'extrême sensation de luxe procuré par le béton armé - matériau pourtant pauvre -. L'effet semble lié à la puissante présence de la structure, à la finesse d'imbrication des éléments de remplissage, à la subtilité des variations dans les constituants (grès rose, quartzite blanche, silex roux, liants teintés), ainsi qu'au contraste entre les surfaces avivées à la boucharde et celles où le mortier est laissé brut (à peine rehaussé par un "ciment pur" qui lui donne un ton légèrement plus foncé). Un constat s'en dégage : la sensation de préciosité ne s'obtient pas avec des artifices, ni des ornements, ni une matière originale, ni du rare, ni même du supposé "riche", mais seulement par l'oeil et la main de l'homme. Plus encore, l'utilisation d'une matière pauvre apparaît comme l'unique garantie de la qualité voire du génie - celui qui n'a pas à chercher à leurrer ! Ci-dessous, les photographies de Pierre Yovanovitch et Christine Lili Cheng.

It's rare that I mention in this blog my " tour guide " vacations but the opportunity present to a visit with the famous interior designer Pierre Yovanovitch and architect of his agency , Christine Cheng Lili . A pleasant meeting which inevitably leads to reflections. Luckily, we were able to enter in a building between Place de l'Hotel de Ville and Avenue Foch . The door is easy to spot with a sculpture of wing aircraft by Louis Leygue . In the style of famous ISAI , this building is , however, a further quality because it was aimed at well-off and not the " average family " . One can thus discover the same constructive care but with a more generous volumes and details for its construction cost would certainly be higher. As it is also designed by the members of the Atelier de Reconstruction du Havre, directed by Auguste Perret , the reflections arising from its observation are many: already , Auguste Perret (born 1874) is a man of his time and style construction is comparable in quality craftsmanship as the other major precursors such as Adolf Loos (b. 1870) or Frank Lloyd Wright ( b. 1867). It is important do not to confuse those men with young modernists who make their weapons during 1930s or 1950s ... Then, what is particularly striking here is the extreme feeling of luxury that gives the material - however poor - what the concrete . This seems related to the powerful presence of the structure, finesse nesting filling elements , the choice of components ( pink sandstone , white quartzite , brown flint, binders tinted) , and the contrast between the surfaces heightened and those where the mortar is left rough ( enhanced by a "pure cement" which gives a slightly darker it). One thing emerges : the feeling of preciousness is not obtained with the artifice of an original , rare or rich material , but only by the human eyes & hands. Furthermore, the use of poor material appears as the only guarantee of genius - one who does not try to deceive ! Below , photographs of Pierre Yovanovitch and Christine Lili Cheng.

lundi 17 février 2014

Lille // Guillerme et Chambron

Page d'accueil du site internet http://www.votre-maison.com/


En avril 2013, une première enquête de Nicolas Le Du - qui fouille sur internet avec un talent fou - avait conduit à retrouver les traces de l'activité de la marque Votre Maison, célèbre atelier de la métropole lilloise fondée par Robert Guillerme et Jacques Chambron. En chêne ciré, massif ou placage ébénisterie, ce mobilier représente parfaitement la branche robuste et subtilement rustique qui se greffe sur le tronc du Mouvement moderne après-guerre. Aujourd'hui même, Bernard Defraeye, qui a racheté le nom "Meuble Votre Maison" pour maintenir le service client et la distribution, m'a sympathiquement contacté pour me donner des précisions sur le devenir de l'entreprise. Celle-ci a été liquidée au milieu des années 2000 mais elle reste en activité en tant que Menuiserie Carfep et elle est toujours implantée à l'emplacement du siège historique, le 69 bis de la rue Jean-Jaurès à Ronchin. Si la fabrication initiale est stoppée (les modèles sont la propriété d'Hervé Chambron, successeur et ayant-droit), les amateurs seront heureux d'apprendre qu'ils peuvent aller à cette adresse pour restaurer, ou remettre des mousses, ou des tissus neufs, sur leur anciens "Guillerme et Chambron". Enfin, n'oublions pas que la galerie Maison Bananas, spécialisée dans cette marque, a décrit les multiples modèles de la marque Votre Maison dans un catalogue en ligne. Mais regardons déjà ce qu'en disent les responsables de l'atelier sur leur site ; ils y décrivent parfaitement leurs origines et plus largement celles d'un "style Reconstruction" :

"L'histoire de Votre Maison commence en 1940, en Prusse Orientale, au bord des lacs mazuriens... Un stalag, un baraquement de bois... Réunis par les absurdes conséquences d'une guerre, des hommes venus d'univers différents sont là et, parmi eux, Jacques Chambron et Robert Guillerme ... ensemble, ils livrent un combat quotidien pour vivre, pour préserver ce qui leur parait essentiel : la dignité humaine... La guerre s'éternise... Pour mieux supporter le présent, ils échafaudent des projets d'avenir... Hiver 1944, la guerre touche à sa fin, les troupes soviétiques font éclater le front de l'est, alors que les alliées avancent vers le Rhin... Viennent alors les années d'après guerre, avec les restrictions, les tickets de rationnement, le pays qu'il faut reconstruire, le quotidien qu'il faut encore et toujours assurer... Robert Guillerme et Jacques Chambron reprennent leurs anciennes activités professionnelles... Guillerme est retourné à Lille exercer son métier d'ensemblier-décorateur. Diplômé de la promotion 1934 de l'école Boule, il excelle dans l'architecture et la création de meubles d'intérieur et met son talent au service des ateliers Rogier, l'une des maisons les plus réputés de la région. De son coté, Chambron , diplômé de l'école des Arts Appliqués de Reims, a repris son activité de peintre-décorateur dans son atelier parisien de la rue Nollet... Malgré le temps et la distance, les contacts restent étroits, et les projets élaborés pour vaincre la détresse des camps deviennent ceux de la fraternité... En 1948, Jacques Chambron et sa famille quittent Paris et viennent s'installer à Lille. Le projet initial prend forme, se concrétise. Guillerme et Chambron rencontre Emile Dariosecq , propriétaire d'un atelier d'ébénisterie à la recherche de nouveaux débouchés industriels..."

The story of "Votre Maison (Your House)" begins in 1940, in East Prussia, along the mazurians lakes ... A stalag, a wooden hut ... Gathered by the absurd consequences of war, men from different worlds are there and among them Jacques Chambron and Robert Guillerme ... Together they deliver a daily struggle to live, to preserve what seems to them most: human dignity ... The war drags on ... To better support this, they devleop future projects ... Winter of 1944, the war comes to an end, Soviet troops shatter the Eastern Front, while the Allied advance to the Rhine ... Then come the post-war years, with restrictions, ration, it is necessary to rebuild the country, the daily need and yet still ensure ... Jacques Guillerme and Robert Chambron found their old professions ... Guilherme returned to Lille exercise his profession decorator. 1934 graduate of the promotion of the Ecole Boulle, he excels in architecture and creation of interior furniture and put his talent to workshops Rogier, one of the most famous factory in the region. For his part, Chambron graduated from the Applied Arts School in Reims, resumed his work as a painter and decorator in his Paris studio of the Rue Nollet ... Despite the time and distance, the contacts remain strong, and projects designed to overcome the distress of those camps become the fraternity ... In 1948, Jacques Chambron and his family leave Paris and came in Lille. The initial project is taking shape happen. Guillerme and Chambron met Emile Dariosecq owned a woodworking shop in search of new industrial opportunities ...

mercredi 15 janvier 2014

Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric (1/2)

une vingtaine de céramiques de Pierre Pigaglio, la collection GG

Référence nécessaire au feu pendant les grands froids, la Maison du Patrimoine du Havre accueille des céramistes de mi-janvier à mi-février. Premier événement en 2014 : Pierre Pigaglio. Pour ce personnage, la part de mystère domine encore, à l'exception des informations circulant à Saint-Amand-en-Puisaye (grespuisaye.fr // Pigaglio), avec une photographie collective (grespuisaye.fr // Maubrou) et une date de naissance : 1913. Pierre Pigaglio s'y est installé de 1942~44 à 1947~50 en reprenant l'Atelier de Jean Maubrou et son tourneur, Camille Gendras. Ajoutons que l'Atelier accueille et forme, de décembre 1945 à décembre 1946, Jean Derval. S'il semble difficile de détricoter les rôles de chacun dans le quatuor Pigaglio-Maubrou-Derval-Gendras, on peut observer des variances suivant les signatures : les pièces uniquement marquées "PPigaglio" sont ultra-sobres ; quand s'ajoute "D" ou "Derval", elles sont lourdement ornementées ; quant au "PMP" (Pierre Pigaglio-Maubrou), il apparaît presque systématiquement et accompagne les nappages travaillés où se retrouvent les recettes de Maubrou, émaux dans un rouge de cuivre tournant vers le turquoise ou dans un blanc crème plus ou moins cristallisé. Au tourneur la fabrication, au maître les nappages, à l'apprenti les ornements ! Quant à Pigaglio, il impose ses formes. Son arrivée dans cet atelier est immédiatement remarquée par sa production atteignant une simplicité extrême, un moment où les modèles vernaculaires de la tradition potière renaissent en étant épurés, remodelés, "modernisés" - coupe, coupelle, assiette, vase, pichet, bonbonnière, bougeoir, pied de lampe, service à liqueur, etc. -, créant un instant identifiable entre la pièce unique et la production de masse, atténuant les débordements décoratifs de l'Art déco pour réintroduire l'utilitaire. Les critères du "style Reconstruction" s'y retrouvent donc, montrant qu'ils touchent la céramique au même titre que l'architecture et l'ameublement... Voilà l'explication de l'omniprésence de Pierre Pigaglio aux salons de la Société des artistes décorateurs de 1945 à 1949, à l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation (Paris) et à l'Exposition itinérante La céramique française contemporaine (Vienne, Baden-Baden, Berlin) en 1947. Dans le catalogue de Vienne, Renée Moutard-Uldry résume ainsi la situation : "Indiquons deux aspects assez différents en pleine et juvénile évolution de la céramique française. Nous pensons d'abord aux oeuvres inspirées ou vivifiées par des traditions régionalistes et se réclamant de la poterie populaire (Pigaglio, Madoura, Roulot, Blouzard). Enfin, une tendance nouvelle semble prendre, ces dernières années, une importance particulière : des artistes (Pouchot, Jouve, Lenoble, les 4 Potiers, Carbonell, Chevallier [s'ajouteront Callis et Derval]) renonçant au tour, préfèrent modeler ou sculpter la terre, créant ainsi des oeuvres d'un caractère nettement décoratif..." Les créateurs du modernisme social s'orientent évidement vers la première tendance, on retrouve donc Pierre Pigaglio dans les stands et boutiques de René Gabriel, Marcel Gascoin, Landault et Mortier jusqu'au début des années 1950 ; il est encore cité et illustré dans l'ouvrage de Michel Faré, La céramique française contemporaine en 1953 : "Dans ce même village [Saint-Amand-en-Puisaye], Pierre Picaglio [sic] réussit à résoudre le difficile problème d'une production artistique qui soit assez abondante pour répondre à toutes les demandes." Puis il disparaît brutalement du paysage, étouffé par la vague néo-moderniste des "Dubrocq" ! Malheureusement, quand le brutalisme refait la mode dans les années 1960, Pigaglio n'apparaît plus, une absence notoire en 1962 quand le Musée des Arts décoratifs présente les Maîtres potiers contemporains où il est juste cité comme un ancien collaborateur de Jean Derval... 3ème version 09 fév. - merci à Patrick Favardin et grespusaye.fr

A Fire reference necessary during cold weather , the "Maison du patrimoine" in Le Havre host ceramists in January-February ... First event , 2014 : Pierre Pigaglio . Let us in the introduction that the potters are singular artists who, like cooks and magicians are organized by families are transmitted secrets "recipes ", " cooking ", " wheel " , " kiln " sometimes even " factory ".  Pierre Pigaglio (born 1913) , mysterious ceramist installed 1942 /44 to 1947/50 in Saint-Amand-en-Puisaye (cf. grespuisaye.fr ) is very prestigious lineage : he moved into the Jean Maubrou factory , student of Edmond Lachenal , itself formed by Théodore Deck ! Let us add that everyone knows : Pierre Pigaglio was master of Jean Derval . Why this long lines ? Because potters cannot ignore that transmission is at the origin of invention, material leaves know that rubbing it, experience ca not be limited to words of writings or pictures because it lies only in the action. That said, here are some pictures of the GG Collection where we can see how the pottery tradition can be reshaped : cut, cup , vase, pitcher , candy box , candle holder, lamp base , liquor flask. The works are all signed Pigaglio & Maubrou with a suggestive " PMP " and / or " PPigaglio " sometimes "D" is added to indicate the intervention of Derval in decoration. Everything is in a erthenware- white to dark brown ware with occasional thin traces found pyrite.On brand Maubrou the work surface of the parts , especially on small cuts in enamel glazes with the red copper turning to turquoise, cream and more or less crystallized. But Pierre Pigaglio mainly by the extreme simplicity of its style , the potter accompanying René Gabriel , Marcel Gascoin or Roger Landault from 1945 to 1950, creating an identifiable moment between precious splendor of Art Deco and modernist style demonstrations of 1950 , between the single room and mass production - the characters of " Reconstruction style " that affects the ceramic as well as architecture and furnishings ...


mardi 2 avril 2013

chaise d'enfant // Berceau de France


Après quelques images d'archives et une chaise modèle adulte (Emile Seigneur // chaise MPF), voici la version enfant imaginée par Émile Seigneur en 1949 pour le "Berceau de France", récente acquisition de la collection GG (showroom). C'est un très bel objet pour illustrer le style Reconstruction, vis à vis de son utilisateur - l'enfant, emblème de la période - et aussi pour l'honnêteté de sa ligne. Entièrement en chêne massif ciré, le parti constructif prédomine avec des assemblages parfaitement visibles - toutes les pièces étant directement emboîtées ou chevillées. Elle ne supporte d'être comparée qu'à une icône, Charlotte Perriand, mais la rusticité est beaucoup plus discrète dans le cas présent. La solidité et le côté sculptural de l'assise et du dossier évoquent aussi la "Peter chair" d'Hans Wegner bien qu'ici le côté ludique se réduise à une lisibilité pédagogique : l'enfant peut comprendre la construction de l'objet sans pour autant en devenir le constructeur ! Disons qu'elle est "honnête", au sens Arts & Crafts, soit "intelligible"...

After the chair adult model and some archive (Emile Seigneur // chaise MPF), here is the child version devised by Emile Seigneur in 1949 for the "Berceau de France" - collection GG (see  showroom). It is a beautiful object to illustrate the style of Reconstruction, with respect to the user - child, the emblem of this period - and also for the honesty of his line. Fully waxed solid oak, the dominant party with constructive assemblies perfectly visible - all parts are nested directly or pegged. It can compared to an icon: Charlotte Perriand, but rusticty is much subtle in this case. The strength and sculptural side of the seat and backrest also evoke the "Peter chair" of Hans Wegner although here the playful side is reduced to a pedagogical clarity: the child can understand the construction of this object without thereby becoming a handyman!

dimanche 10 mars 2013

Jacques Hitier // appartement témoin



Très heureux de présenter le premier épisode de l''exposition Jacques Hitier dans l'Appartement témoin Perret au Havre, en complément de la sortie de la monographie Jacques Hitier - modernité industrielle publiée aux éditions Piqpoq. Les plus pressés peuvent déjà y découvrir quelques meubles prêtés par la famille, la galerie Cube rouge ou venant des collections GG et CD (j'ai effectué la muséographie avec l'aide très précieuse de mes habituels complices : Denis Bréaut, Elisabeth Chauvin et Eric Garzena). Pour l'instant, l'aménagement se limite à l'appartement mais, fin juin, elle entrera également dans la maison du patrimoine, avec les gouaches des ensembles les plus emblématiques, pour une inauguration officielle. En attendant, voici les premières photographies...

Very pleased to present the first episode of the exhibition ''Jacques Hitier in Auguste Perret model apartment", Le Havre, in addition to the  new monograph Jacques Hitier - modernité industrielle, Piqpoq editions. We can already discover some furniture lent by the family, the "Cube Rouge" antiques and privates collections GG and CD (I made scenography with the invaluable assistance of my usual accomplices Denis Bréaut, Elisabeth Chauvin and Eric Garzena). Now, development is limited to the apartment, but, it will also come in the "Maison du patrimoine"  in June, with gouaches of the most iconic furniture for an official opening. In the meantime, here are first photos ...

jeudi 22 novembre 2012

Henry-Jacques Le Même // luxe rustique


chalet "Le Caribou", Maison Française , janvier 1950

Dans l'arrière boutique, évoquons Pierre Chapo et la gamme "week-end" de Gautier-Delaye, puis cherchons quelques ancêtres, Guillerme et Chambron, un mot sur l'inévitable Charlotte Perriand... Enfin, arrivons-en à l'initiateur du genre en France : l'architecte Henry-Jacques Le Même qui appartient pleinement à la génération des artistes-décorateurs et ressurgit après-guerre avant de disparaitre du paysage médiatique vers 1950. Formé par Jacques-Emile Rulhmann et proche de Pol Abraham, il débute en construisant un chalet pour la famille Rothschild à Megève, en 1925. C'est là qu'il traçe un triple lien entre "Art déco", "Mouvement moderne" et "traditions populaires", faisant naître une branche de la modernité qui échappe à la radicalité hygiéniste de l'usine-laboratoire pour se fondre dans la robustesse vernaculaire du gîte rural. Après la randonnée en montagne, nos explorateurs du "dehors" cherchent à fuir les intempéries, le froid et l'humidité, la tempête et l'orage, en rentrant dans un "dedans" raffiné et surprotégé. Une odeur de feu de bois se dégage dans un chez-soi protecteur où il est possible de se laisser aller en toute confiance, de s'abandonner. Des planchers lourds, des murs crépis ou lambrissés offrent un intérieur rustique, épais, indestructible. Le confort ne se limite pas à un "équipement", il devient une ambiance qui semble ressurgir de la nuit des temps, puisé dans l'abri primitif où l'homme préhistorique cherchait à se protéger des bêtes sauvages ! C'est dans cet imaginaire qu'il faut se plonger pour découvrir un fragment de la modernité du XXème siècle, quand se multiplient chalets, stations et sanatoriums.

In a back room of a famous antique shop, we discuss the range of Pierre Chapo and "weekend" furniture of Gautier-Delaye, followed with some ancestors as Guillerme Chambron and inevitable Charlotte Perriand ... Finally, we discuss identify an initiator in France: the architect Henry Jacques Le Même fully belongs to the generation of artists and designers resurfaced after the war before disappearing around 1950. Formed by Jacques-Emile Rulhmann and friend of Pol Abraham, he began building a chalet in Megève for the Rothschilds in 1925. He draws a link between "Art Deco", "Modern Movement" and "folk", giving rise a branch of modern radicalism that escapes hygienist factory-laboratory to blend in robustness vernacular cottage. After hiking alpine, our explorers "outside" looking to escape the weather, cold and humidity, storm and tempest, on entering an "inside" refined and overprotected. Smell of fire emerges in a protective home where it is possible to let go confidently to surrender. Heavy floors, paneled or plastered walls provide a rustic interior, thick, indestructible. The comfort is not limited to "equipment", it becomes an atmosphere that seems to resurface from immemorial times, drawn from the primitive shelter where prehistoric man was trying to protect wild animals! It is in this imaginary need to discover a fragment of the modernity in the twentieth century, when multiplied chalets, ski resorts and sanatoriums.

jeudi 28 juin 2012

SAD n°35 1949 // catalogue


Présenté du 10 juin au 15 juillet 1949 au Grand-Palais, le 35e Salon de la Société des artistes décorateurs se veut une synthèse autour des "âges de la vie", ce sujet devant servir de prétexte pour aborder tous les types de production. Laissons donc de côté "l'âge viril" (qui nous montre que la rudesse n'est pas propre aux modernes radicaux !) ainsi que ceux de la maturité et de la discrétion - acaparés par les vieux maîtres de l'Art déco - et regardons les trois sections consacrées aux meubles de série : l'enfance dirigée par Colette Guéden, la jeunesse par Marcel Gascoin, et enfin "l'hôtellerie et le tourisme" par René Gabriel. Petite visite en parcourant le listing du catalogue officiel.

Presented in the Grand Palais, June to July 1949, the 35th Exhibition of the Society of Decorative Artists (SAD) is a synthesis around the "ages of life", this matter would be an excuse to address all types of production. Let us leave aside "manhood" (which shows that roughness is not just to modern radicalism!) As well as maturity and discretion ages - old masters of Art Deco field - and look at three sections for industrial furniture : Children led by Colette Gueden, youth by Marcel Gascoin, and finally "hotels and tourism" by René Gabriel. Short visit in listing of official catalog.

mardi 6 mars 2012

Gustave Gautier // tables gigognes

tables gigognes de Gustave Gautier, collection GG

Dans le paysage des créateurs de la Reconstruction, Gustave Gautier (cf. biographie sur Docantic) s'associe à l'idée de robustesse en utilisant de larges sections de chêne et de solides assemblages. Cependant, il existe un domaine où il allège avec bonheur ses lignes : les "petites tables volantes" gigognes servant de porte-plantes ou de dessertes. Il donne ainsi sens à ce type de tables souvent plus décoratives qu'utiles... Un bref historique et quelques photographies.

Among the designers of Reconstruction, Gustave Gautier (see biography on Docantic) supported the idea of ​​robustness using large sections of solid oak and assemblies. However, there is one area where it lightens with happiness his lines: "small nasting tables" using pull-door plants or cofee tables. A brief history and some photographs from the GG collection.

vendredi 17 février 2012

Hôtel Normandie // Renou et Genisset

fauteuil conçu pour l'hôtel Normandie au Havre, Renou et Genisset, collection GG

Acquis au flair - ce qui arrive assez rarement - nous avons finalement identifié ce modèle de fauteuil : une création pour Le Havre... Il est dessiné pour l'hôtel trois étoiles nommé "Normandie" donnant sur le bassin du Commerce, un petit bijou architectural de la Reconstruction bien connu des Havrais. Par chance, les décorateurs des chambres sont André Renou et Jean-Pierre Genisset qui participent au Salon des Artistes décorateurs de 1949 sur le thème de la chambre d'hôtel dans une section dirigée par René Gabriel (SAD n°35 // catalogue). On y découvre donc le mobilier des chambres du Havre - dont ce fauteuil...

Feeling acquired, which rarely happens, we figured out this model of armchair: a creation for Le Havre ... Designed for the three star hotel named "Normandy" overlooking the basin of Commerce, this Reconstruction architectural gem of Jacques Poirrier is well known in Le Havre. Fortunately, the designers of the rooms are Andre Renou and Jean-Pierre Genisset (see biography on Docantic website) participating in the Salon des Artistes decorateurrs 1949 on the theme of hotel bedroom. It reveals so the furniture in the rooms of Havens - whose this chairs of "GG collection" ...

mercredi 18 janvier 2012

Jacques Hauville // Chahuts

illustration d'après chahuts.com

Jacques Hauville (né en 1922) fait un retour en force un nouveau site, Chahuts, qui publie des informations sur celui qui est aujourd'hui un inconnu : « très, très grand monsieur visionnaire, dessinateur de génie ». Occasion de redécouvrir celui que l'on croit a priori formé chez Gascoin : à l'époque, on se serre surtout les coudes... Si nous sommes encore en droit de nous interroger sur sa place réelle dans le phalanstère Gascoin, Jacques Hauville est à l'évidence une figure importante parmi les créateurs de modèles de série.

Jacques Hauville (born 1922) makes a comeback on Chahuts which publishes exclusive information on this unknown figure: "another very, very great man, visionary, great designer." The website makes us more about this designer which is formed by Marcel Gascoin : at this time, They stick together ... If we are still entitled to wonder about its real place in the phalanstery Gascoin, Jacques Hauville is obviously a great figure among creators of models. Read, watch, and, on occasion, detail.