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mardi 15 décembre 2020

design 2016 // la table climatique

 

"penser-le-durable-mobilier-climatique" (youtube)


J'ai donc décidé de prendre pour cible les "Rencontres des Gobelins", celles que l'on trouve sur Dailymotion, Youtube, France Culture. Je parle bien de ce grand moment où  se croisent "les meilleurs des meilleurs" dans un lieu qui se définit lui-même comme un "campus d'excellence", associant le Mobilier national et l'ancienne manufacture royale, celle du temps de Colbert. Les conférences sont d'ailleurs parfaites lorsqu'il s'agit d'évoquer l'ancien régime, surtout dans une période allant de Jeanne-Antoinette à Marie-Antoinette. Les spécialistes des savoir-faire anciens y sont véritablement exceptionnels et admirables quand il s'agit d'évoquer l'ébéniste, le menuiser, le licier, le forgeron, le marchand mercier, les soieries, les styles, les ornements, les nuances fines (ors et décors, vernis et polis) ou les vieux faubourgs (de Saint-Marcel à Saint-Antoine). Plus le sujet est éloigné de la Modernité, meilleur est l'exposé. Par contre, cela dérape lorsque les intervenants se rapprochent de l'actualité, du présent, le pire arrive quand ils osent parler de l'avenir. Car en étant dans le "hors-sol" particulier du passé, l'individu semble incapable de s'amarrer au présent et moins encore de viser l'avenir. Comme un voyageur qui aurait choisi un siège dans le mauvais sens en s'asseyant précipitamment dans le train à grande vitesse de l'hypermodernité, il ne voit nettement que le paysage au loin derrière lui, captant quelques beautés en se disant qu'il les a manqués, mais, qu'un jour, il y reviendra tranquillement...

C'est en regardant ces vidéos et en faisant ce premier constat que je suis tombé par hasard sur la thématique que j'attendais : "penser le durable" (youtube). Deux sujets sont abordés et particulièrement caractéristiques des extrêmes de l'écologie, l'un pleinement techno-magique, l'autre totalement survivaliste (celui-là, je ne le détaille pas, je vous laisse découvrir, mais René Gabriel réutilisait déjà à ce type de recyclage, en 1930, pour rester en France...). Le techno-magicien est un designer français, Jean-Sébastien Lagrange, doublement diplômé de l’École Boulle et de l’École nationale supérieure de création industrielle. Son évidente fausse modestie, sa chemise bucheron faussement rustique, cachent mal l'arrogance insupportablement caractéristique des croyants pratiquant l'hypermodernité. Le designer parle ici d'une "table climatique" pour un marché très fructueux, l'open-space. Elle se compose de pieds en chêne, surmontés d'une tôle pliée en aluminium contenant des MCP (matériaux à changement de phase) et d'un plateau en je-ne-sais-quoi (prétendument du bois massif, mais ce n'est pas ce que l'on voit...). Il cite inévitablement Jean Prouvé. Son exposé est lamentable, exemple d'une création intuitive et inintelligible, au lieu d'être complexe mais compréhensible. Il ne saisit pas ce qu'il explique, avec peu de conviction : sait-il d'où il vient ? qui il est ? où il va ? Il se contente de répéter à l'envi qu'il a modélisé techno-magiquement sa table dans son bilan énergétique. 

Vous êtes climatosceptique, pas pour la terre, pour la table ? Eh bien ! il faut attendre la fin de sa conférence pour se rassurer en découvrant que l'intelligence terre-à-terre va se confronter à cet individu hors-sol (autre phénomène hypermoderne), car la salle pose ensuite toutes les bonnes questions : 1) combien ça coûte ? Le designer ne répond pas... 2) D'où viennent vos matériaux, quelle énergie grise ? Il ne le sait pas, ce n'est pas son problème, mais celui du fabricant.... 3) D'où vient le MCP et quel est le risque incendie ? Il répond que c'est une sorte de cire, et l'on imagine donc des abeilles ; il dit que ça obéit aux normes pour l'incendie et tout le reste... 4) Qu'est-ce que ça rapporte d'un point de vue énergétique ? Il s'embrouille, ce n'est pas son problème, mais cette fois celui de l'ingénieur... 4 bis) La salle insiste, quel rendement énergétique ? Il parvient encore à esquiver en achevant dans le style métaphysique transcendantale : qu'est-ce que tout ceci veut dire, finalement... Et l'on voit qu'au fond, gonflé par les titres et les succès, il pense que les gens en face ne comprennent rien, qu'ils ont peur de la technologie, qu'il va falloir expliquer si l'on veut avancer...

Finalement, la "salle" va se répondre à elle-même : les MCP  marchent sur un cycle de 24h autour de 22°c,  température inatteignable la nuit pendant la canicule (donc inutile l'été) et également peu probable dans la journée en période froide, à moins de surchauffer (donc inutile l'hiver) ! Bref, ça ne sert à rien. Ensuite, autant lui dire, la paraffine (c'est ça les MCP, ça ne sort pas des ruches mais des barils), c'est une horreur question incendie ; genre vapeur toxique ultra-inflammable, il n'y a pas mieux... Les pauvres gens qui achètent cette table de style néo-Prouvé, qu'il faudra certainement fabriquer en Chine, n'économisent ni argent ni énergie, détruisent l'environnement, enrichissent l'industrie polluante du métal et du pétrole, ne gagnent rien à part le risque de brûler vif. Bravo champion ! 

Heureusement, des architectes spécialistes des plateformes, n'y comprenant rien non plus, l'achèteront certainement pour améliorer la performance énergétique d'un aménagement (par exemple, la reconversion dans un futur, proche, probable, lucratif, d'un supermarché en centre d'appel). Quelle bande de consommateurs. Oui, c'est ça perdre pied, c'est adopter la position du "consommateur intermédiaire", entre l'espace flou derrière et l'espace flou devant. Il se positionne bêtement dans le subir en croyant agir, sans jamais comprendre qu'il faut se contenter de chercher un entre-deux, une interaction, une médiation, sinon rien ne change... Mais, au fait, je ne voudrais pas de procès : s'il souhaite me répondre, je publierais en ligne son texte. Il est vrai qu'il y a beaucoup moins de risque à critiquer le passé que le présent. C'est peut-être pour ça que c'est désormais le passé qui progresse ?! 

Je n'ai rien contre lui, personnellement. Il n'est qu'un épiphénomène, il faudrait juste qu'il le sache... Il est très rare que je critique, car tout est critiquable et ce n'est jamais très constructif. Cependant, je prépare en ce moment un texte sur "le designer et le bûcheron" où je tente de montrer deux positions qui s'opposent dans un contexte d'hypermodernité (Gilles Lipovetsky, 1983), de trahison des élites (Christopher Lasch, 1995),  de modernité tardive (Hartmut Rosa, 2012), de mondialisation·moins (Bruno Latour, 2017). Oublions le champ politique, le constat de la mort du coche et de la multiplication des mouches a presque quarante ans : soit on continue d'avancer à l'aveugle dans une "pensée magique" (celle de l'outil techno-magique, black box, utilisable mais incompréhensible), soit on reprend en main le projet collectif (ce que Latour nomme atterrir). Poussons plus loin en affirmant que l'humain, face à l'angoisse hollywoodienne d'un monde en attente permanente de catastrophe, se replie sur lui-même, rêvant de devenir un super-héros, survivaliste (agissant seul) ou transhumain (subissant la techno-magie)... Il se remplie la tête de ces idioties, tandis que son corps s'est lentement transformé en gras consommateur blasé, engoncé dans son canapé, dépendant des biens et des images. Comme tout drogué, il ne pourra jamais s'en sortir seul. Et lui, c'est nous, alors : sortons-nous de là !

samedi 14 novembre 2020

Galerie Valentin // Nicolas Moulin + Reconstruction

 


La messe est dite, le nouveau cycle des saisons est annoncé : au printemps et à l'automne, nous serons confinés ; l'hiver, nous resterons à l'étable ; viendra la transhumance, l'été, où nous pourrons consommer... Oui, c'est parti, c'est maintenant, et on en a pour dix ans, vu le pourcentage des immunisés. Quelle époque ! Ce scénario semble encore insouciant car un autre virus peut apparaitre entre-temps... Quelle époque ! (bis). À moins d'accepter de devenir des transhumains, OGM mutés par des néo-vaccins... Quelle époque ! (ter).

Alors, pour changer de refrain, que nous dit l'art sur cette fameuse époque ? Tout d'abord, il faut remonter en arrière : au milieu du XXe siècle, l'art était utile et promettait le confort moderne pour le "plus grand nombre" grâce à la technique. Les artistes du progrès matériel sont donc des techniciens, des architectes, des décorateurs. Mais où en est l'art aujourd'hui même ? Peut-on identifier de la même manière un support ou une expression qui correspondrait au mieux à notre imaginaire actuel, à nos représentations esthétiques, à nos émotions partagées, à nos désirs collectifs, à nos peurs ? Encore une mauvaise nouvelle : tout espoir a disparu lorsque l'on a lu Considération sur l’état des Beaux-Arts de Jean Clair... Comment ne pas admettre avec lui la fin des arts au profit des pacotilles ? Depuis quarante ans, immeubles, meubles, tableaux, sculptures se transforment en supports provisoires programmés pour être de bons placements spéculatifs. Dans la civilisation du progrès financier, l'artiste-artisan se transmute en marketeur-communicant. La technique s'achève en technologie. Tout s'arrête là, quelque part dans les années 1980. Vraiment ?

Fin ou début ? Il faut se remémorer les années 1990 et la fascination qu'exerce alors Photoshop. L'art redevient illusion. La pensée magique de Lascaux, de la chapelle Sixtine, des formes nouvelles du mouvement Moderne, tout cela renaît dans l'hyper-réalisme virtuel. Nous y croyons, massivement. La sensation est tellement partagée qu'elle donne naissance au verbe "photoshoper" : visages parfaits, textures plastifiées, surfaces hygiénisées... La purification protestante gagne sa bataille contre la souillure catholique, avant l'arrivée de la violence islamiste. Tout est affaire de religion ? Mon Dieu, non ! Cet affrontement reflète l'air du temps, mais l'art fait mieux. Il agit de manières sympathique, empathique, esthétique. Il mémorise et parfois - beaucoup plus rarement - il anticipe.  Au tournant des années 2000, les photographes nordiques sont à la mode car ils suivent le logiciel, épurent corps, paysages, intérieurs, mettent en image le happy end de l'Histoire prophétisé par Fukuyama. Cet art n'anticipe pas, il fige, interroge peu et s'effraie vite face au vide du Moi au milieu du Rien, ou du Rien au milieu du Moi... Non, mais décidément... Quelle époque ! (der) A contrario, Gilbert & George se rebiffent : Nous au centre de tout. Ils poussent la profusion, déplacent le libre Pop Art vers le numérique. Dans leur art pour tous, Photoshop devient photo-copiage, polychromique, excentrique, baroque. Absolutely Fabulous ! Inutile de s'étendre, tout le monde les connaît. Il y avait aussi Pascal Monteil. Avant qu'il ne se mette au tissage "réel", il utilisait Photoshop comme du photo-tissage. Il disloque les perspectives et invente des paysages, amplifiant "hystériquement" la distance de tous les éléments qui entrent dans ses univers de synthèse, comme ses naturistes qui flottent au milieu de la verdure. C'est l'an 2000.... 

La technologie ne donne qu'une illusion de rapprochement et creuse d'autant plus les distances. Concluons : la médiation du virtuel impacte la pratique du réel, inverse les relations. Elle détruit la chaleur, abolit l'idée de proximité. La technologie nous écarte, elle nous fige dans l'illusion. Le réel, il ne se réduit pas à une citation de Lacan : on ne s'y cogne pas d'un coup, on s'y frotte en permanence. Si l'on s'y cogne, c'est que l'on est déjà très très loin. Le réel est liquide, on baigne dedans. Il devient dur uniquement pour ceux qui tombent de haut...

On peut enfin découvrir, grâce à la galerie Valentin, un autre artiste pionnier de l'illusion photoshopée : Nicolas Moulin, l'auteur de "Vider Paris", un ensemble photographique impressionnant réalisé entre 1999 et 2001, juste avant l'attentat du WTC... A cette date, il colle des parois de béton brut au bas des immeubles parisiens, remplace les rues par des voies express, sans humain, sans mouvement. Il pose des hypothèses pour expliquer ce vide, sans donner d'explication : il sent, il ressent, il pressent. Il rend les surfaces brutes, mais détruit toute possibilité de frottement. Aujourd'hui, il (re)crée une ville extraordinaire, une architecture oubliée dans un désert. Il invente une cité hypermoderne dans des paysages photographiques recomposés, toujours en ajoutant de la texture, celle-là même que l'on voulait supprimer pour améliorer le monde réel dans les années 1990. Puis il produit des maquettes architecturales en carton-bois, comme en fabriquent les étudiants. Singulier inversement, si révélateur : l’image d’abord, la construction ensuite. Et si l'ultra-réalisme de l'image décidait du réel. Oui, tout commence là, quelque part dans les années 1990.

Il concrétise ainsi le rêve moderne jusqu'au bout, juste avant l'oubli et l'effacement total, c'est à dire au moment de la belle ruine ! Tout le monde répète cette phrase de Perret, celle sur les ruines. Et je suis heureux de voir aux côtés des œuvres de Nicolas Moulin qui nous parlent du rêve fascinant, effrayant et presque oublié des Modernes, quelques créations majeures des décorateurs de la Reconstruction, sommet d'un monde réel aujourd'hui relégué dans un lointain passé. 

Bravo à la galerie Valentin pour m'avoir fait découvrir cet artiste, et à Athome_paris pour cet excellent choix de mobilier. Merci à Philippe Valentin et à Christine Barjou pour cette belle unionCi-après le texte de Christine Barjou, et trois photos prises dans la galerie Valentin...

mardi 10 novembre 2015

Atelier BUD // Beau - utile - durable

cf. http://www.atelierbud.com/  11, rue Hutant, 27150 Martagny, contact@atelierbud.com 02.32.15.89.15

Citons Camus : " La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible. Mais son élan aveugle revendique l'ordre au milieu du chaos et l'unité au cœur même de ce qui fuit et disparaît [...] Il faut donc bien que la révolte tire ses raisons d'elle même, puisqu'elle ne peut les tirer de rien d'autre. Il faut qu'elle consente à s’examiner pour apprendre à se conduire. " Voilà quinze ans que nous étudions la Reconstruction car nous cherchons justement à retrouver une direction, pour fixer un nouveau cap, sortir de la révolte, passer à autre chose. Une fois la folie consumériste oubliée, Nous avons l'espoir de voir renaître la matière dans des objets simples produits en un lieu où chacun se plairait à travailler en faisant du beau, de l'utile, du durable. Alors quel bonheur de voir la trilogie vitruvienne revendiquée par l'Atelier B.U.D. créé l'an dernier. Il fabrique des meubles tout en chêne, " 100% made in Normandie ", devant voyager en péniche entre Le Havre et Paris... Voici un bel exemple pour aborder notre future réindustrialisation, quand nous redécouvrirons la valeur du travail en tant qu'accomplissement chez-soi et non comme système d'exploitation à-distance. B.U.D., c'est un bourgeons parmi ceux qui annoncent le printemps à venir. C'est écologique, économique, robuste, sans énergie grise camouflée, sans transport inutile, sans main d'oeuvre frustrée. Parole à Jean-François Marcheguet : " Au départ, une envie partagée par un groupe d’amis de proposer une initiative pérenne, alternative aux schémas d’exportation du bois français qui prévalent aujourd’hui : par containers, plus de la moitié des chênes et hêtres français exportés, part pour être transformés à l’autre bout du globe et nous être finalement revendue. À l’échelle locale, nous portons une alternative économique engagée, créative, porteuse de sens et de plaisir. Notre projet consiste, entre le Havre et Paris, à articuler les ressources locales et les talents de concepteurs et de menuisiers pour produire des meubles épurés et robustes, livrés par voie fluviale. Raison durable crée du lien entre exploitants forestiers, artisans, designers dans un processus de production et de distribution cohérent. L’atelier de Raison Durable est en capacité de transformer 20 tonnes de chêne massif, en tables, bancs et lits B.U.D, notre première production. Partagez notre démarche, faites nous connaître, parrainez nos produits. " (Spanky few) Avec plaisir ! Voici, ci-dessous, la première collection B.U.D. portant le nom du village "Martagny". Du chêne brut " le moins transformé possible et sans rien d'inutile ", on découvre des meubles lourds et secs, moyennement coûteux, un peu punitifs, évoquant les modèles radicaux pour sinistrés de René Gabriel, ceux de Fabien Vienne (Fabien Vienne // reconstruction éco-radicale) ou les meubles brutalistes de Georges Candilis (cf. Candilis // vente Artcurial).

Fifteen years ago we study the reconstruction because we know this period contains a track economic and social re-borrow, if we want to create a sustainable and durable model compatible with contemporary morals. We hope, past the consumerist madness, restart to see the matter in simple objects produced in a place where everyone is pleased to work making beautiful, useful and sustainable. Firmitas, utilitas and venustas: what a joy to see the Vitruvian trilogy claimed by Atelier BUD created last year. He makes furniture, while oak, 100% made in Normandy, before traveling by boat from Le Havre to Paris ... Here is a good example to address our future reindustrialisation, when we rediscover the value of work as accomplishment and not operating system. BUD is a bud from all those who announce the great spring to come. It's ecological, economical, robust, without energy, without undervalued transportation , without frustrated hand work. Let the floor to Jean-François Marcheget: "At the start of this project, a desire shared by a group of friends to provide a sustainable initiative, an alternative to export diagrams of French wood that prevail today: Containers, more than half of French oak and beech exported, apart to be processed at the other end of the globe and we finally be resold. Locally, we take a committed economic alternative, creative, carrier of meaning and pleasure. Our project consists, between Le Havre and Paris, to articulate local resources and talents of designers and carpenters to produce sleek and sturdy furniture, delivered by river. Sustainable Reason creates the link between loggers, craftsmen and designers in a production process and consistent distribution. The Sustainable Reason workshop is capacity to transform, by the end of September 2014, 20 tons of solid oak, tables, benches and beds BUD, our first production. Share our approach, let us know, sponsor our products." A pleasure! Here, below, the first BUD collection bearing name of the village Martagny," Crude oak as little as possible and transformed without anything unnecessary ", we discover heavy and dry furniture, moderately expensive, evoking some radical models for war victims of René Gabriel or Jacques Dumond, or Vienne, Saguy and Terzian, or - even closer - the brutalist furniture of Georges Candilis (see Candilis // Artcurial sale).

mardi 10 juin 2014

Antoinette Poisson // René Gabriel

http://www.antoinettepoisson.com/
© photo : Sandro di Carlo Darsa, extraite de http://www.antoinettepoisson.com/

Au début de sa carrière, René Gabriel réinvente un métier. L'histoire nous est racontée dans un numéro de la revue Art et Décoration daté de janvier 1927 : ""C'est de l'esprit de révolte, c'est d'une volonté de réaction que naquit le premier papier peint dessiné par René Gabriel. Esprit d'amour aussi, amour du ton pur, de la fraîcheur, de l'équilibre, du style. Et l'un des premiers, dans la petite chambre qu'il occupait rue de Bourgogne, en 1916, le tout jeune artiste commença, sans argent, sans soutien, sans organisation ni connaissance commerciale, de dessiner et d'imprimer un premier papier peint, puis un second, puis un troisième. La Foire de Paris allait ouvrir ses portes. René Gabriel y tient boutique. Et tout de suite, cela plaît. Il y a de la demande." Il se réinvente aussi une histoire, celle d'un singulier personnage exerçant le métier de dominotier. Tiré d'un passé proto-industriel, ce travail désigne l'impression sur "dominos" au XVIIIème siècle (42 x 33 cm) avant de s'étendre à la fabrication du papier peint à la planche, par raccord des motifs imprimés sur "lés". Plus proche de William Morris qu'on veut l'admettre, la mode des néo-artisans revient aujourd’hui. Alors qu'une fois de plus l'industrie nous pousse vers une terrifiante dictature globale, alors que l'on étouffe sous le réchauffement d’une modernité désuète singeant les Golden Sixties, l'intelligence semble poindre chez de jeunes créateurs. Il n’est pas étonnant de voir qu’un autre dominotier est né. Son nom ? Antoinette Poisson. Certes, la modestie franciscaine du petit artisan qu'adoptait René Gabriel n'y est plus car le néo-artisan doit se présenter avec les manières d’aujourd’hui. Mais le principe reste le même. Tout à l’opposé de la débauche de moyens du faux-luxe produit par des robots, l’économie des gestes du dominotier rouvre la porte d’une création à peu de frais qui va reprendre force en rapprochant le créateur et la matière, en renouant avec les gestes, avec les corps. Souhaitons qu'à l'image de René Gabriel, Antoinette Poisson fasse ainsi renaître une autre technique de production démocratique ! Pour mémoire, voici ci-dessous les illustrations de l’article de 1927, avec l’outillage qui permit à René Gabriel de produire des papiers par milliers...

Starting his career , René Gabriel reinvents a trade. The story is told in a number of the magazine Art et Décoration dated January 1927 : " It is the spirit of revolt, it is a desire that the first reaction wallpaper designed by René was born Gabriel . Spirit of love also love pure tone , freshness , balance , style . And -one of the first- in the small room he occupied rue de Bourgogne , in 1916, began the fledgling artist , no money, no support, no organization or business knowledge to design and print a first wallpaper , then a second and then a third . Paris Fair was opened. René Gabriel y has a shop . And right now, it pleases . There is demand. " He then reinvents a story, that of a singular character exerting work dominotier a forgotten art, derived from a pre-industrial past that he wants to revitalize . Later William Morris and less aware of its origins , neocraftsman back today. So once more the industry pushes us towards a terrifying global dictatorship , while demography makes us fall in a collective senility, while the warming an outdated modernity drawn from the memory of the Golden Sixties we suffer , intelligence seems to be emerging among young designers It is not surprising to see another dominotier His name was born . . Antoinette Poisson true . Franciscan modesty of René Gabriel is no longer there because the neocraftsman must present valuable ways today . But the principle remains the same. Just opposite debauchery means of false luxury product by robots. The economy of dominotier gestures reopens the door of a creation inexpensively who will take power by bringing the creator and matter, reconnecting with gestures, with body. Hope that, like René Gabriel , Antoinette Poisson and do another technique reborn democratic Production ! For the record, below, here are the illustrations of the 1927 article , with the tools that allowed René Gabriel produce lès thousands, and his drawings ... without the bright colors of the dominoterie ...

lundi 18 novembre 2013

Art Utile NOW // J&J Bruxelles

exposition de l'Atelier J&J Jean Angelats et Jonathan Renou, Brussels Design (novembre 2013)

Pour ceux qui seraient tombés par hasard sur des catalogues contemporains, le revival du "style Hitier" peut sembler évident... Mais ce n'est pas toujours du revival, n'ayons pas de préjugé et n'en soyons pas mécontents... Tout au contraire, soyons très satisfaits quand ce rapprochement marque une véritable inspiration et fusionne avec des choix pleinement contemporains. Il y a ainsi beaucoup de satisfaction à obtenir en regardant la première exposition des "Ateliers J&J" (I love Belgium), un Off qui suit de peu un autre évènement qu'il ne fallait pas manquer Brussels Festival Design Septembre... Dans leur cas, l'orientation s'est faite sciemment - de manière très cultivée - vers Hitier ou Gascoin ; ces designers contemporains ont en effet découvert chez les Grands Anciens une pertinence, une logique économe dans les gestes, les matières, les matériaux et même dans la simplicité des outils... Ils ont fouillé une convergence utile entre la morale économique du style reconstruction et la morale écologique (disons "morale" car c'est toujours un choix, une volonté, et non pas un constat, une obligation). Ce n'est donc pas du style "bio-branché" mais un élan nouveau vers l'idée de l'équipement minimal, dans cette simplicité qui survient toujours après les excès, comme celles co-inventées par Francis Jourdain et le Deutscher Werkbund après 1900. Mais il y a beaucoup plus, beaucoup beaucoup plus : l'idée d'une démocratisation intelligente, d'une qualité abordable...

Ci-après, résumé d'une rencontre le 18 septembre avec J&J. Qui sont-t'ils ? Que veulent-t'ils ? Que font-t'ils ?