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lundi 30 janvier 2017

Meubles David // Polymeubles


Camille et Pierre David ne débutent pas avec le Meublit (Camille et Pierre David // Meublit). Leur aventure commence bien plus tôt, du côté d'Orléans : c'est une belle et longue histoire que Pascal David nous invite à découvrir dans une biographie qu'il a entièrement rédigée. Son texte est reproduit ci-après. Les historiens y trouveront matière à satisfaction car on y décèle les obsessions des pionniers modernes " non-radicaux ", ceux qui ont mené la lutte avant que les grandes industries internationales ne prennent toute la place. Avant de lire ce passionnant récit, il faut une petite entrée en matière permettant d'éclairer le contexte et d'encourager certains à venir explorer les archives. On découvre ici la volonté commune qui animait de célèbres contemporains, René Gabriel, Marcel Gascoin ou Jacques Hitier, même si les frères David ne bénéficient pas du même soutien. Entrepreneurs autodidactes, leurs créations apparaissent plus discrètes, mais elles n'ont pas moins d'intérêt ; au contraire, leurs meubles démontrent la généralisation, à cette époque, d'un esprit d'entreprise associé à un élan créatif moderne et à une qualité encore artisanale. Bien qu'ils se placent hors du podium officiel, inscrits au premier étage du Grand Palais pendant le salon des Arts ménagers (Palmarès // Salon des arts ménagers), les " Meubles David " doivent être redécouverts, aux côtés d'autres " industriels " remarquables comme Pierre Roche (Atelier Saint-Sabin // ancien et moderne), Pierre Cruège (Tables Partroy // Pierre Cruège), Emile Seigneur (Emile Seigneur // Berceau de France), Louis Paolozzi  (Paolozzi et Guermonprez // reconstruction lyrique) et quelques noms toujours dans l'obscurité ! Sans oublier que leur situation reflète celle d'un grand nombre de ces créateurs qui vont renouveler la conception du mobilier après-guerre (Art utile // style reconstruction).

mardi 28 juin 2016

Reynold Arnould // mécanisation lyrique

Chloé regardant Cracking Port-Jérôme, série "Forces et rythmes de l'industrie", Reynold Arnould, 1958-1959, fonds MuMa Le Havre 







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Quelques photographies d'une exposition de l'Appartement témoin Perret annonçant notre départ du Havre... On y découvre une figure majeure du changement dans la Seconde École de Paris : Reynold Arnould (1919-1980). Il vient boucler un cycle ouvert par Alfred Manessier (Alfred Manessier // Appartement témoin), celui de la génération Reconstruction, inspirée par un humanisme catholique et un espoir de vérité supra-sensible. La transition figuratif-abstrait peut paraître du même ordre chez Reynold Arnould, mais lui appartient à la génération suivante, calibrée par l'Expo 58. La déréalisation des lignes et couleurs ne se situe plus dans l'hypothèse d'une vérité géométrique de la Nature ou de l'émotion, mais elle dévie vers une croyance en la machine. "La mécanisation prend les commandes", à la place de Dieu. De l'art pour les futurs Cybernautes, Cybermen, transhumanistes et autres technophiles. Ce qui était une conséquence des méthodes de production devient une fin esthétique, une idéologie. Même la peinture sur toile, si libre dans ses possibilités d'expression, se dresse, s'ordonne, se rythme, pour figurer la force du Nouveau Dieu. Né au Havre, Reynold Arnould voyage en Amérique. Il croit en la beauté industrielle, au premier degré. Il va rejoindre, par la droite patronale (du Destin Manifeste et du Streamlining), ce que les bolcheviques ont inventé à l’autre extrémité, l'apologie productiviste de la gauche sociale (de Lyssenko et du Constructivisme). Dans l'Exposition Forces et rythmes de l'industrie, que Reynold Arnould organise à Paris en 1959, pour le Musée des Arts décoratifs, ses titres rejoignent ceux de Varvara Stepanova lorsqu'elle travaille pour Rodtchenko : elle choisit Électrification, Industrie, Défrichage... lui choisira Usinage, Calcination, Cracking, Derrick, Forer, Vilebrequin, Extraction,... une école picturale du pétrole et des moteurs dont la violence lyrique annonce la fin de la reconstruction européenne et la naissance d'un mythe atlantiste, l'effacement du "luxe pour tous" et l'hégémonie de la "culture de masse". Qui parle de "culture pop'" ? Personne, espérons-le : la machine n'est belle qu'aux yeux des patrons d'industrie. Ce sont des tableaux pour chefs de bureaux. Pour d'autres, admirer une machine, c'est être renvoyé à sa condition d'esclave, condamné à vénérer ses propres chaînes : c'est une souffrance, une beauté pour les sado-masochistes...
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jeudi 19 décembre 2013

Bernard Zehrfuss // de la place pour l'inutile

Coin de cheminée chez Bernard Zehrfuss, couverture du numéro de Noël 1958 de la revue Maison Française

Rappel sur Pierre Bourdieu, ses "styles de vie" et son "choix du nécessaire"car l’utile est pour lui le luxe que l'on accorde aux pauvres... Une évidence dans cette période de fête et le rappeler peut permettre d'éviter certaines fautes de goût. Réservons l’inutile aux gens qui en ont les moyens ! A l'opposé, l'idéal franciscain n'est pas neuf et ne se limite pas aux instants festifs. Approchons plutôt les frontières morales du luxe inutile à travers cet article de Maison Française daté de Noël 1958. Depuis la "crise de 1955", les revues se sont éloignées du logement minimal et regardent désormais la maison de campagne, le mobilier international et l'antiquité, virage conservateur qu'illustre à la perfection le vieux moulin pittoresque tout meublé rustico-shaker où vit le ténor de l'opéra pas comique des grands ensembles : Bernard Zehrfuss (wiki). L'architecte inaugure alors le Palais de l'Unesco et dessine le Haut-du-Lièvre à Nancy. Ne soyons pas choqués ou étonnés par le contraste saisissant entre son cadre de vie et son oeuvre ; disons que sa demeure doit être une vitrine rassurante pour le commanditaire. Et puis la modernité y est présente, précisément dans d'inutiles œuvres d'art posées ça et là pour certifier la qualité du propriétaire, comme le mobile offert par Calder, l'aquarelle par Miró et les céramiques par Artigas, trois artistes qui collaborent à la réalisation du Palais de l’Unesco... Quant au texte accompagnant l'article, il est intitulé "les images de mon moulin" : outre un jeu de mots, le lecteur attentif peut y découvrir la signature de Ménie Grégoire, future célébrité de la radiodiffusion qui vulgarisera la psychanalyse et la sexologie dans les années 1960. Mais elle en est encore loin, ce qui permet de localiser une phrase "justificative" bien trop révélatrice, casée entre une citation de Bachelard et trois vers de Rilke : "On peut être architecte moderne sans détruire pour autant le passé : on peut aimer à la fois ce qui sera et ce qui a été". Dans tous les cas, pour lui-même, Zehrfuss va loin dans la préservation, conservant jusqu'aux cages à lapin sur le côté de son vieux moulin ! Rappelons que cette année-là, Marcel Carné abandonne ses portraits baroques et poétiques du peuple de France pour filmer "Les Tricheurs", chef-d'oeuvre souvent jugé réactionnaire. Mais la vraie question n'est pas là et semble être restée ouverte depuis lors : pour Noël, que veut-on, le Vieux-Moulin ou les cages à lapins ? Rien, la question est fausse et inutile.

Remember Pierre Bourdieu 's " lifestyle " and " choice of necessary" as useful for him the luxury that we give to the poor ... Evident in this festive period and recall can avoid some errors of taste . Reserve the useless for people who can afford it ! In contrast, the Franciscan ideal is not new and is not limited to festive occasions . Approach rather the moral boundaries of unnecessary luxury through this article of French House dated Christmas 1958. Since the "crisis of 1955 " , the journals are far from the minimum housing and now watch house, the International Style and antique, illustrated perfectly conservative shift the picturesque old mill fully furnished rustic / shaker where saw the tenor of French Housing Estate : Bernard Zehrfuss. The architect opens the Unesco Palace and draws the Haut-du-Lièvre in Nancy . Let us not be shocked or surprised by the contrast between his lifestyle and his work , saying that his remains should be reassuring the sponsor. And modernity is present precisely in unnecessary pieces of art and there asked to certify the quality of the owner , as offered by Calder , Miró and Artigas , three artists who collaborate to the implementation of the Unesco Palace ... As the accompanying article , it is called " images from my mill " . Puns apart , the careful reader can discover the signature of a future celebrity who popularize psychoanalysis and sexology during 1960's . But it is still far away, which helps locate a " supporting " phrase too revealing, Casee between a quote Bachelard and three verses of Rilke : "You can be a modern architect without destroying the past: we can love to both what is and what was . " In all cases , for himself , Zehrfuss go far in preserving , maintaining rabbit cages on the side of his old mill ! Private Joke ! Remember that this year, Marcel Carné abandons its baroque and poetic portraits of french people to film " The Cheaters ," masterpiece often considered reactionary. But the real question is not there and seems to have remained open since then : for Christmas, what do you want , Old Mill or rabbit cages ? Anything, the question is wrong and unnecessary.

mardi 5 novembre 2013

Robert Sentou // chaise de Roger Landault

chaise Betty, édition contemporaine de Sentou

"Tout commence dans le Sud-Ouest quand Robert Sentou fonde en 1947 l’usine de meubles "Bois du Périgord". Parmi les premiers, il édite des créations de grands designers. » Voici comment se présente aujourd'hui la Maison Sentou sur son site internet (sentou.fr). Elle fêtera bientôt ses 70 ans et c'est l'une des très rares fabriques françaises à avoir survécu à la grande extinction des années 1980, sans doute grâce au flair des fondateurs et à Pierre Romanet qui effectue en 1991 le tournant vers notre époque. Depuis, cette maison de Province est devenue une célèbre marque parisienne et maintient toujours une ligne de qualité à des prix relativement abordables. Attention, abordables au sens parisien car il faut quand même compter 250 euros pour cette chaise (voir chaises UAM // prix utiles)  - mais quelle chaise ! Elle est décrite ainsi par le site de vente Okxo : "Sentou réédite la chaise Betty datant de 1962 ! Sans prendre une ride et plus que jamais dans la tendance du moment, on aime ses lignes à l'esprit nordique et son style rétro intemporel. Une structure en chêne et une assise et dossier en multiplis laqué mat, légèrement incurvés et aux formes douces. ! " Une enquête montre qu'elle est plus ancienne et n'est pas scandinave mais française, typiquement dans le "style Reconstruction" d'où son côté "rétro intemporel" comme dirait le communicant. De fait, c'est la descendante d'une chaise célébrissime de Roger Landault crée en 1954 pour ABC (CTB// concours 54-55). Dessinée pour Roger Sentou en 1958, , elle se nomme Ellipse à cette époque, elle est démontable et livrable en version contreplaquée ou garnie, elle existe aussi dans une variante paillée appelée Trapèze. Ci-dessous, illustrations du modèle "rétro"... Et merci à Eric pour l'info.

dimanche 13 mai 2012

Reconstruction du Havre // utopie intérieure


La donation à la Ville du Havre (serv. Unesco-Vah) des bulletins de la chambre syndicale des architectes, par Alain Brocard, nous donne le temps de découvrir quelques articles. On trouve ainsi un texte intitulé "Non, Le Havre n'est pas triste !" daté de janvier 1959 : le centre-ville du Havre semble vide alors que presque tous les sinistrés sont (enfin) relogés... Le problème évident est sa faible densité et la dispersion des habitants sur la périphérie mais les architectes veulent y voir un progrès lié à la qualité des logements reconstruits marquant l'âge d'or des "utopies intérieures" où le bien-être dans son chez-soi remplace l'urbain. Mais certains aiment encore les cinéma, la vie des des villes, et l'on découvre ainsi un célèbre café du Havre : Le Caïd...

Reception of modern architecture is so difficult in Le Havre, sad reputation of the city is not a news and Bulletin of Le Havre Architects realize this point in 1959. President of the architects in Le Havre defends his town and we offer a few articles detail photographs of the modern city: interiors of cafes (Le Caïd), cinema...

mercredi 25 janvier 2012

Franquin, Hergé, Jacobs // BD et mobilier


"Etat de siège et peau des fesses", un miracle d'après Franquin, Idées noires, 1981

Clin d'oeil au Festival d'Angoulême : n'oublions pas Franquin qui n'hésite pas à se moquer de l'antinomique " style design " et des effets de surprise commerciaux, souhaitant même le pire destin à ses utilisateurs dans Idées Noires ! En 1981, certains comprennent déjà que le modernisme est un outil au service d'Aimé de Mesmaeker, homme d'affaires avisé aidé par un designer lui-même poussé par un administrateur subtil qui " fait des miracles "... Mais ouvrons l'Enquète dans le passé. En 1958, comme pour fêter l’entrée officielle de l’esthétique moderniste en Europe avec l’Exposition Internationale de Bruxelles, la BD multiplie les hommages aux meubles contemporains : il y a l'étape franchie depuis longtemps par Spirou avec le design international ; il y a aussi une image de Tintin au Tibet, déjà un peu moins connue ; et il y a enfin – découverte d’un commentateur de ce blog (JFV) - S.O.S. Météores. Nous étions aveugles, Olrik sait bien se cacher… Mais le contexte n’est jamais le même, et il faut soumettre à la question les dessinateurs pour découvrir leurs perceptions de la modernité, puis relater les champs de la réception du mobilier et de l'architecture d'intérieur, dans la BD, autour de 1958...

As to celebrate official entry of modernist aesthetic in Europe with International Exhibition of Brussels, Comics increases the tribute to his contemporary furniture: there is the step taken by Spirou with his incomparable design, and Tintin in Tibet, already a little less known, and finally - finding by commentator on this blog (JFV) - SOS Meteors. We were blind, Olrik knows to hide ... But the context is never the same, and must submit the question these artists to discover their perceptions of modernity and then relate the fields of reception furniture and architecture modern interior, in comics, around 1958 ...