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mardi 4 mai 2021

René Gabriel // Fauteuil Morris



Une fois encore, je laisse la parole, car l'histoire est riche, émouvante, digne d'être partagée.

" Nous avons acheté une ancienne et grande maison à rénover dans un petit village de Bourgogne. Elle avait été  habitée au début du siècle dernier par une famille de la petite bourgeoisie qui possédait plusieurs propriétés et appartements un peu partout en France, dont quelques-uns sur Paris. Après le décès du propriétaire durant la Seconde Guerre mondiale, la maison est devenue un lieu de vacances dans laquelle les membres de la famille venaient se reposer pendant l'été. Nous en arrivons donc à la petite histoire de ces meubles acquis pour aménager de manière plus ou moins pratique cette maison. C'était une famille très instruite, qui aimait l'art, les livres, le "stylisme", la mode, les voyages, et qui avait également les moyens de se faire plaisir. 

" Quand nous avons visité la maison, juste avant de l'acquérir, les nombreux meubles et affaires de plusieurs générations étaient encore présents. En effet, le propriétaire actuel ne souhaitait pas les récupérer. Il a juste conservé quelques objets sentimentaux. Ses enfants n'étant intéressés ni par la maison, ni par son contenu, il ne savait pas comment s'en débarrasser. Comme nous voulions remettre des meubles anciens une fois les travaux terminés, cela lui faisait plaisir de nous les donner et de voir revivre ainsi ses souvenirs familiaux. Ce sont des meubles que nous avions jugé sans valeur, perdus au milieu d'une grange parmi des objets de tout genre, dont un grand nombre étaient moisis à cause des années passées dans l'humidité.

"Je ne sais même pas comment ce fauteuil a pu rester relativement bien conservé. Nous hésitions à le mettre au feu ! Heureusement, nous nous sommes dit qu'il était en suffisamment bon état pour trouver un acquéreur sur "leboncoin". J'avais déjà mis un assez grand nombre d'annonces pour d'autres vieux objets récupérables, car nous ne pouvions pas tout conserver. Les gens regardait autour en venant chercher leur achat, mais personne n'a prêté attention à ce fauteuil alors qu'il était à côté du reste. Un jour, j'ai fini par mettre l'annonce en ligne : "fauteuil 60 €". Là, en moins de 5 minutes, trois acheteurs m'ont appelé en surenchérissant les uns sur les autres pour atteindre l'offre inimaginable de 1700 €, en liquide, sans donner ni chercher d'explication ! Cela me semblait  fou ! Pour éviter que les appels ne s'accumulent, j'ai donc décidé de stopper la vente et de faire quelques recherches.

"À peine l'annonce retirée, une personne - que je remercie pour son honnêteté - ayant relevé mon numéro de téléphone, m'envoie un bref message m'informant que le fauteuil que je cherchais à vendre était peut être "un René Gabriel". Le lendemain, en regardant de plus près, soulevant les coussins, j'ai vu sur le bois un marquage au fer "LIEUVIN" et un numéro illisible. N'y connaissant rien en meuble et encore moins en design, j'ai recherché les informations disponibles sur internet. J'ai vu des photos très ressemblantes et lu quelques articles sur René Gabriel. Parmi ceux-ci, des extraits du livre de Pierre. A tout hasard, étant tombé sur ce blog et son adresse mail, je me suis risquée à lui demander de l'aide. Je ne m'attendais pas à une réponse. Et pourtant, il m'a contacté tout de suite. Je pense que je me souviendrai toute ma vie de cette incroyable trouvaille, comme un petit trésor. En plus, c'est passionnant d'aborder tout ce pan de notre histoire qui m'était inconnu, de découvrir ainsi le "marché de l'art", et je compte continuer les recherches... Une expérience que nous n'oublierons jamais, super-enrichissante pour moi, mon mari et pour mes enfants..."

Ci-après, un mot ou deux sur ce fauteuil Morris, version René Gabriel, édité par Lieuvin vers 1946, avec quelques photos des détails.

mardi 20 avril 2021

1946 // Techniques américaines et meubles


L'Amérique qui s'expose en 1946 est encore la vraie Amérique, celle des gens moyens aux goûts moyens, avant que la Guerre Froide ne transforme le design Knoll & Co en arme culturelle comme l'a démontré Greg Castillo (Cold War on the Home Front: The Soft Power of Midcentury Design, University of Minnesota Press, 2010, 304 p.). Avant cela, L'Amérique se met à nu naïvement et montre son âme pour la dernière fois (ou son absence d'âme diront les mauvaises langues du Décor d'aujourd'hui). On y découvre la réalité pragmatique avec laquelle les différents états ont vaincu la crise des années 1930. On y voit physiquement des panneaux avec des images fascinantes, effrayantes, des camps de travail immenses où chacun possède sa minable petite maison. La grande tricherie consistant à présenter les travaux de la TVA comme réalisés  "pendant la guerre" afin de justifier l'aspect provisoire, la dureté évidente de ces logements mobiles produits en grande série. Alors que l'on présente comme "après la guerre" des modèles plus luxueux destinés à des gens socialement très éloignés. En 1946, le rêve n'est encore ni le média, ni le message. L'urgence impose le matériel, le factuel, le réel. Les intérieurs des petites prefabs exposées grandeur nature au centre du Grand Palais sont très révélateurs d'une propagande américaine inventée pour un usage "interne" et "social", qui ignore encore son potentiel "externe", qui n'a pas encore inventé le Soft Power. Les meubles installés dans ces logements reconstitués datent vraiment d'après-guerre (pour le coup) et montre que la  série est en train d'inventer une petite Middle Class : c'est à dire cet ouvrier qui a réussi, qui gagne ce qu'il faut pour acheter ce qu'il produit, qui atteint, ou sait qu'il atteindra, tout ce qu'il désire. C'est le secret du bonheur, départ de la société de consommation ; et pour Lewis Mumford, le début de l'horreur !

Ci après petit texte et les meubles de cette Amérique réelle présentée dans l'exposition de 1946. Il est effrayant de constater que ce mobilier est conforme au plus réactionnaire d'Europe, toujours en quête du moment historique parfait s'associant au folklorisme colonial-local (juste assez pour faire oublier qu'ils sont industriels). Il faut imaginer le changement qui s'opère au MoMA avec ses expositions présentant des modèles ultra-modernes. Décidément, ça se confirme : NY ce n'est pas l'Amérique ! 

PS : désolé pour le "©Terra" partout sur les photos, je n'ai pas le goût de demander à un "service public" de lever ses droits payants (on les a déjà payés, non ?)...

mercredi 18 avril 2018

René Gabriel // texte fondateur du design







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Un constat : il n'est pas aisé d'admettre une date et un lieu lorsque l'on cherche à positionner l'hypothétique "invention du design". Commençons par éviter le hors-sujet habituel en parlant de William Morris et en récitant le beau poème du Progrès Moderne écrit par Nikolaus Pevsner, semoule dans laquelle pédalent les wikicyclopedistes. Mais n'est-ce pas ainsi que s'écrit justement l'histoire, dans une concurrence des récits entre le Pareil et le Même ? Plus concrètement, aujourd'hui, au Royaume-Uni, on évoque plutôt l'Utility Furniture en 1942 (Gordon Russell // Utility Furniture). Aux Etats-Unis, certains parlent de Raymond Loewy dans les années 1930 (le design serait alors un relookage commercial, un packaging intégré, ce qui n'est pas faux), d'autres invoquent la Cranbrook Academy of Art et son rôle dans la construction d'une nouvelle hégémonie culturelle. Mais la plupart tombent d'accord pour offrir la première place sur le podium au MoMA avec son exposition Organic Design etc. (1941). En Suède,  la question ne se pose pas de la même manière, tant la chose semble ancestrale. Ici, les Arts & Crafts sont rapidement confondus avec la production de masse assurée par les guildes... Toutefois, la diffusion de Knock-Down Furniture marque le début d'un renouveau en 1946 (Nordiska Kompaniet // catalogue Triva). En Allemagne, il faudrait citer des kilomètres de publications : le Bauhaus entre en jeu, mais son modernisme ne s'impose pas immédiatement en dehors de Francfort (Bauhaus // réception française) et il sera rapidement étouffé par le Nazisme. S'il marque bien le début tragique du "mouvement Moderne", la confusion avec le design mérite d'être questionnée : est-ce seulement un "style moderne" ou bien l'annonce du design en tant que discipline, avant la production en masse ? Inversement, le fait de se diffuser suffit-il à définir le design ? Non, notons que les adeptes de la seconde hypothèse divaguent, certains allant jusqu'à remonter au début de la préhistoire ! Cela n'apporte rien. Revenons vers la France, patrie de l'Art déco et du modernisme élitaire. Que se passe-t-il ici dans les années 1940 alors que partout le dessinateur de meuble (et d'objets) s'associe à l'industrie et devient de facto "designer"... Non, ici, le terme design reste confus, au point qu'il soit nécessaire d'y ajouter le mot industriel. C'est d'ailleurs la fusion des deux en "design industriel" qui est jugée comme un moment fondateur, ouvert par le "styliste" Jacques Viénot. Il est en effet possible de considérer son livre La République des Arts, publié en 1941, comme un début (Jacques Viénot//starting point). Il concrétise ses idées par la suite en choisissant quelques exemples, qu'il publie dans la revue Art Présent à partir de 1945 (Art Présent // Reconstruction).  À l'évidence, ce n'est pas du design, au sens strict, il s'agit seulement d'une première théorie du design. La France est alors totalement en retard dans ce domaine, certains ne comprennent visiblement rien au présent, rien au passé, rien à l'avenir, enfin rien à la France, rien à l'Europe, enfin rien à rien... Cela désole celui qui semble être le premier véritable designer dans ce pays singulier, René Gabriel. Il s'exprime lucidement dans un article fondateur intitulé "Production industrielle", publié dans Techniques et architecture (5ème année, n° 7-12, février 1946, p.269). Outre les accusations habituelles en introduction, la fin du texte montre qu'il pose les bonnes questions, y compris du point de vue financier ou juridique.


mercredi 6 juillet 2016

Nordiska Kompaniet // catalogue Triva KD 1946


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Parmi les grandes légendes du design, voici un rare catalogue, tout juste rentré dans la collection GG. De 1946, il marque la naissance du mobilier scandinave en kit : Nordiska Kompaniet Triva knock down furniture. Conçue pour l'exportation, cette gamme de meubles transportables, nommée Triva (trivas : prospérer, se plaire, en suédois), a été développée par Elias Svedberg et son équipe (composée d'une vingtaine de designers, incluant Kerstin Horlin-Holmqvist, Lena Larsson, David Rosen, Astrid Sampe, Erik Worts, etc.), en réponse à un concours lancé par une guilde d'artisans suédois vers 1945, pour " les besoins de la famille moderne et adapté à la production de masse. " Ce style de mobilier avait déjà fait une apparition remarquée avec la Swedish Modern durant la New-York World Fair's en 1939 (Elias Svedberg // NK). Les premiers modèles Triva figurent ensuite dans l'aménagement d'une maison témoin de la cité jardin de Malmö (NK // Cité de Malmö). En 1946, la Team d'Elias Svedberg a pleinement développé le principe du mobilier dit assemblable, au format des paquets postaux. Les KD (knock-down, littéralement "abattu", à bas, en anglais) de la NK peuvent être livrés à travers tout le pays, mais aussi aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, dans le monde entier... Ce qui a été inventé pour pallier à la dispersion des populations dans le territoire scandinave devient un atout majeur pour l'exportation internationale. C'est ainsi que les KD et leur légèreté légendaire vont inspirer la célébrissime firme suédoise Ikea, certains modèles vont être intégrés dans les catalogues Knoll et ils influenceront aussi des créateurs français comme Jean Royère, Marcel Gascoin, Pierre Paulin, Jacques Hauville... Toutefois, il ne faut pas exagérer en croyant que la Suède est une exception mondiale, elle prolonge et amplifie une "modernité sociale" issue des Arts & Crafts qui préexiste dans toute l'Europe et aboutit sur les meubles pour sinistrés en France et en Angleterre. La puissance scandinave vient en grande part du fait d'avoir été épargnée par la guerre. L'Europe du nord peut exporter en quantité – sans se soucier des pertes industrielles ou des sinistrés – en mobilisant ses capacités productives dans une finalité plus commerciale. C'est la petite histoire que raconte cet impeccable catalogue, incluant une quarantaine de modèles sur quarante pages, tout en papier glacé, relié avec des vis en laiton, couvert par une toile de teinte naturelle imprimée "NK", avec, à l'intérieur, quelques stupéfiantes photographies...


mercredi 8 juin 2016

Georges-Henri Pingusson // maison préfabriquée

projet de l'UAM au Salon d'automne 1946, Décor d'aujourd'hui n°36

La galerie Bouvier-Le Ny (sous-titrée " Mouvement moderne et Reconstruction ") se fait une fierté de présenter, dans son tout nouveau et tout beau local de la rue de Tournon, une chaise de Georges-Henri Pingusson. Les meubles de cet architecte sont rares, ainsi que ses réalisations architecturales. Pour le découvrir, on peut aller sur l’île de la Cité, revoir le Mémorial des martyrs de la déportation qui vient d'être restauré (article d'AMC). Mais il faut aussi connaître sa maison préfabriquée, conçue en 1946, pour l'Union des artistes modernes. La revue Décors d'aujourd'hui en résume le principe : " l'architecte Pingusson. observant qu'en mécanique théorique, la courbe analytique des moments de flexion d'une poutre posée sur deux appuis présentait en deux points de cette courbe, une valeur nulle, a imaginé un système utilisant des poutres préfabriquées en béton réunies en ces deux points par des éclisses en acier [brevet FR 1005213 A]. Les avantages que présente ce système pour la série diversifiée et, partant, pour la reconstruction française, sont immenses ". Elle suit un module carré de 78 cm définissant les caissons du plafond, et des travées de 2,34 mètres de large. Les montants de ciment armé préfabriqués sont placés entre les baies, faits de pièces séparées et facilement transportables, réunies par des éclisses. La maison, ainsi conçue, a été construite l'année suivant derrière le Grand Palais, lors de l’Exposition internationale (Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947), dans un projet réalisé pour le Gouvernement militaire en Sarre, en association avec la Société Silix (Metz) et les Entreprises Sarroises Associées. Les façades sont inclinées, avec " des baies destinées à recevoir le soleil comme une serre " qui évoquent les futures maison Prouvé de Meudon et de Royan (†). La revue indique encore " la volonté d'évidence de la construction ", une intelligibilité qui caractérise cette période, à l'inverse de la société de consommation dont le design d'emballage aura pour seul but de " masquer " la pauvreté du produit au détriment des pauvres gogos-acheteurs (et au bénéfice des riches actionnaires-possesseurs) ! La règle de transparence constructive est également validée dans le mobilier de Pingusson qui mélange modernité et pragmatisme, dans des modèles très architecturés, dont le dessin est simplifié à l'extrême et d'une excellente logique structurelle. Le "plywood" s'impose également, suivant la mode instaurée par les meubles pour sinistrés de René Gabriel, en reprenant les techniques en faveur dans la fabrication des avions...

mardi 31 mai 2016

Early Webbed Chairs // sangles et lanières

Elias Svedberg, fauteuil en teck blond verni et sangles en jute de teinte naturelle, vers 1950 (collection GG)

Pour répondre à une question posée par Stephane Danant, voici un petit morceau de la négligeable histoire des sangles dans l'aventure oubliée de la "modernité sociale", celle qui va aboutir sur le "style reconstruction" après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui encore, à 25 centimes le mètre linéaire, les sangles en jute permettent de fabriquer les sièges les moins coûteux, soit 5 € pour couvrir une assise et 10 € pour tout un siège avec dossier. Il est donc logique de les retrouver aujourd'hui encore dans les productions industrielles (depuis Artek jusqu'à La Redoute). Toutefois, à l'époque de son invention moderne, aux yeux du décorateur, il y a un côté nudiste dans ces sangles (ou ces lanières de cuir pour les modèles de luxe) : c'est en effet une "assise de tapissier" dépouillée de tout, sans toile, ni crin, ni bourrelet, ni tissus - presque une insulte pour le métier. Ne reste, finalement, que le support souple en quadrillage. Le premier modèle moderne semble remonter au Bauhaus, avec l'extraordinaire chaise cantilever (wiki) dessinée par Mart Stam en 1926 dont les premières assises sont en lanières entrecroisées, idéales pour un peu de souplesse dans ces meubles tout en ossature du "rationalisme clinique". On la retrouve logiquement chez Alvar Aalto qui l'adopte au début des années 1930. En même temps, Bruno Mathsson produit la chaise longue Permilla et la chaise Eva (1934) dont le "design organique" si original est indissociable du jeu des bandelettes en tissu qui épousent parfaitement les formes du bois courbé. Au même moment, en France, René Gabriel utilise des lanières sur ses chaises en bois qu'il présente une première fois au SAD. Son souci est alors économique, assumons l'idée d'un "rationalisme social". Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la technique se généralise dans un objectif pragmatique : c'est la création du "mythe guerrier" de la Firme Knoll (knoll.com), justifiant le retour au bois (cerisier) à cause des priorités de guerre avec réutilisation des surplus militaires (sangles pour parachute), des contraintes qui aboutissent sur la fameuse série 600 de Jens Risom (1942/43) et se prolongera dans d'autres modèles utilisant des sangles, comme ceux dessinés par Abel Sorenson (1946). Mais, alors que le temps passe, la découverte devient un geste, le "projet moderne" se transforme en "style moderniste", et le souci d'abaisser les coûts perd son objectif social pour basculer du côté des marges bénéficiaires des entreprises... L'utilisation des sangles est encore fréquente à la fin des années 1940, par exemple en Suède avec Elias Svedberg ou aux Etats-Unis avec Klaus Grabe. Il faudrait en comparer les coûts, les marges et les prix de vente... Ci-dessous, quelques classiques à retenir, avec des images pour la plupart puisées dans 1stdibs...


dimanche 21 février 2016

Le Havre // sauvé par les Monuments historiques

Les îlots d'habitation V40 et V41 de l'Atelier Perret "Monument historique"

On peut maintenant partir d'ici l'esprit tranquille... Les ISAI seront dans peu de temps classés au titre des Monuments Historiques. Il faut féliciter Fred et Pascal, résidents et défenseurs des ilôts V40 et V41 (v40v41.fr), à l'initiative de cette demande approuvée par la CRPS (Commission Régionale du Patrimoine et des Sites) et par tous les copropriétaires (à l'unanimité). Nous le savons, tous, ici et ailleurs, malgré l'Unesco, le "Label XXe", l'AVAP, "Ville d'art et d'histoire", et toutes les initiatives prises par la Ville depuis quelques années, le centre reconstruit n'est absolument pas à l'abri des destructions et des restaurations destructrices. Beaucoup les ont déjà remarquées le long de la rue de Paris où les finitions, qui signent la qualité du béton Perret (banché, ciselé, grésé, bouchardé, lasuré), ont été effacées par un sablage grossier ou cachées sous un indécrottable barbouillage de peinture grisâtre ou marronnasse. Mais ce n'est encore rien, relativement à ce qui se prépare... Il fallait donc en revenir une fois de plus à la sécurité des bons vieux "MH" de la Monarchie de Juillet. Ici, ils marquent l'aboutissement d'un travail de valorisation, et un soulagement, car on peut aujourd'hui compter sur les habitants pour défendre eux-mêmes et dans l'indépendance politique leur patrimoine. Quelque soit l'avenir, ce bout de Reconstruction n'est plus sous la menace d'une incompétence de décision ou d'expertise... Ici, non seulement les façades sont protégées, mais aussi les espaces communs (cours, halls, escaliers), l'intérieur du café "Au Caïd", ainsi que deux logements, dont l'Appartement témoin Perret. Question prestige, chaque lieu va pouvoir arborer la célèbre plaque émaillée au labyrinthe. Quant aux arguments, inutile de les lister, ils sont illustrés dans les photographies ci-dessous : la bonne préservation du bien et la continuité entre intérieurs et extérieurs, depuis l'échelle monumentale des perspectives donnant sur l'église Saint-Joseph et l'Hôtel de Ville, jusqu'aux détails qui entourent chaque porte d'entrée. Un exemple, pour l'anecdote, les poignées dans les halls : en acier peint dans les immeubles bas et en inox dans les tours, en fonction du nombre de passage. C'est un cas parmi tant d'autres, permettant d'illustrer le sens tout "perretien" de l'économie et du détail....

samedi 31 octobre 2015

Noisy-le-Sec // webdocumentaire

cité expérimentale du Merlan, à Noisy-le-Sec, illustration du webdocumentaire

Merci à Caroline Bougourd de m'avoir informé sur la diffusion en ligne d'Une balade au Merlan réalisé avec Robin de Mourat et Loup Cellard. Félicitation pour ce travail et souhaitons que ce patrimoine exceptionnel à échelle mondiale (et non nationale comme le dit, erreur ou lapsus, l'ABF) parvienne à survivre. S'il ne résiste pas à notre lamentable politique patrimoniale concernant cette période, l'endroit sera au moins intelligemment documenté. Notons que les réalisateurs ne ciblent pas la " vérité historique " du lieu, qu'incarne cependant avec excellence Hélène Caroux lors de ses interventions (Noisy-le-Sec // Cité expérimentale), mais laissent filer les témoignages jusqu'à ce que la cité et ses résidents glissent hors des rails. C'est alors que l'on retrouve les préjugés nés du trauma collectif, un " système de défense " bien rodé pour esquiver le point d'origine de la peur qui nous aveugle. Le premier consiste à croire que les bombardiers ont mal visé. Comme partout ailleurs, quelle bande de maladroits ! Faux, on ratisse large à l'époque, rien de chirurgical. C'est l'amputation systématique. Il nous faut assumer la logique du moment, chez les Alliés et chez les Nazis, non en militant anti-complotiste mais en analyste voyant la destruction dans sa dimension industrielle, celle qui se poursuit lors de la reconstruction dans l'urbanisme et la préfabrication. L'horreur, mais c'est ainsi. Nous retrouvons aussi l'idée d'une architecture reconstruite de style étranger, "à l'américaine". Vrai, puisque Noisy se veut une cité ouverte à toutes les expériences du monde mais, là encore, l'histoire globale démontre que le modèle du pavillon individuel naît au même instant aux US. Il faut évidemment relire Lewis Mumford qui s'en désole : ces pauvres femmes condamnées à attendre leurs maris... Et ces pauvres homme obligés de passer leur temps libre à tondre une pelouse et une haie... Ce qui se déroule à Noisy se passe aussi à NY, c'est la naissance d'un " style international populaire " dicté par l'industrie, elle-même manœuvrée par un État-providence ayant encore la puissance juridique de la dictature. C'est ce qu'il faut détricoter sous le bonheur de vivre placé en arrière d'une haie ayant entre 90 et 110 cm de haut, des portails blancs normalisés, des chemins en dalles de béton préfabriquées, des jardins d'agrément avec arbres fruitiers. On sent poindre l'effroi dans le paradis de l'ultime cité-jardin française... Bravo pour ce travail !

vendredi 9 octobre 2015

Fabien Vienne // reconstruction "éco-radicale"

Stand de Fabien Vienne, Pierre Sagui, Terzian et Louise Vienne, SAD 1946, in Décor d'aujourd'hui n°36

Inoubliables, les meubles de Fabien Vienne interrogent par leur singularité. La Cité de l'architecture et du patrimoine lui a consacré cette année une exposition et il devient aisé de savoir qui il est, ce qu'il a inventé, dans quel contexte (citéchaillot.fr et fabienvienne.com). Trop jeune pour s'imposer pendant la reconstruction - étant né en 1925 -, il parvient toutefois à figurer dans les revues Art et décoration et Décor d'aujourd'hui dès 1946, après une première présentation au Salon des artistes décorateurs. Son premier ensemble est étrangement " éco-radical " et représentatif des recherches sur le mobilier d'urgence démontable avec table, buffet, fauteuil, banc, tabouret ; ses meubles intéressent la critique de l'époque car leur conception interroge la problématique du meuble économique. "Amusante recherche vers le dépouillement total" affirme le Décor d'aujourd'hui avant de préciser qu'ils ont été exécutés par les sourds-muets d'Asnières. Fusion anticipée de l'Arte Povera et du Pop Art, ce mobilier apparaît extrêmement pauvre et très facile à produire en grande série, formé de simples planches de frêne équarries et de panneaux cloutés, stabilisés par des découpes formant un système de crochetage : une prouesse pleine d'ingéniosité qui restera isolée dans l'histoire, étant à la fois trop extrême et trop subtile pour pouvoir faire école. Cette originalité (liée à une exceptionnelle imagination 3D), Fabien Vienne va la cultiver à partir de sa première expérience professionnelle comme maquettiste chez Jean Bossu, alors que celui-ci réalise la ferme expérimentale " Le Quesnel " au sein du village témoin du Bosquel, un projet de reconstruction remontant à 1941. Ce bâtiment est extraordinaire (voir In situ, revue des patrimoines), avec un parti architectural fondé sur trois principes : les proportions du Modulor, une ossature originale et visible, un remplissage par un matériau écologique (béton de terre). Fabien Vienne va toute sa vie continuer à travailler modularité, structure et remplissage, notamment dans des meubles concrètement produits en série et présentés au Salon d'automne en 1948. Il abandonne par la suite l'ameublement mais continue de créer des "ossatures" singulières au service d'une conception économique qu'il appliquera aussi bien à l'urbanisme qu'aux jouets pour enfants ! A priori,  les meubles de ce génie des assemblages précurseur du "brutalisme" n'ont pas été retrouvés. Ils ont pour seuls équivalents les modèles pour enfants d'Hans Wegner (1944) et les prototypes en peuplier de Jacques Dumond  à destination des sinistrés (1946) mais la construction de ces derniers (par assemblage à mi-bois ou cheville) demande bien moins d'imagination...

You only meet once a Fabien Vienne Furniture to never forget. The Cité de l'Architecture et du Patrimoine has devoted an exhibition to him and it's so easy to know which is Fabien Vienne, which he invented and context. Too young to prevail among the model creators during reconstruction - he was born in 1925 - he nevertheless manages to be in the magazines Art & Décoration and Décor d'aujourd'hui in 1946, after a first participation to the Salon des Artistes decorateurs. This set strangely "eco-radical" is representative research on removable emergency furniture, consists of a table, two benches, a buffet and an armchair; his furniture concern the critics of the time because their singular construction questions the issue of the poor furniture. "Fun research in direction of a total despoliation" says Décor d'aujourd'hui adding that these pieces were performed by deaf-mutes. Poverty is now model, twenty years before Arte Povera. In fact, this furniture appears easy to mass produce and extremely economical, simple formed and hewn planks studded panels stabilized by recesses: a full feat of ingenuity that will remain isolated in the furniture history, being both too radical and too subtle to school. This extreme originality (due to an exceptional 3D imagination), Fabien Vienne grown since his first professional experience as a model maker at Jean Bossu, while it carries out the experimental farm "Le Quesnel" in the type village Le Bosquel a reconstruction project dating back to 1941. This building is amazing with an architectural concept based on three principles: the Modulor proportions, an original and visible framework, an ecological material (concreting clay). Throughout his life, Fabien Vienne will extend this line of research by creating singular "frames" serving an economical design that apply both to urbanism as toys for children! A priori, the first furniture of this assemblies genius have never been found. Their only equivalent children's models Hans Wegner (1944) and Jacques Dumond utility furniture (1946) but their construction (halved or pegged) requires less imagination

lundi 3 novembre 2014

Lina Zervudaki (1890-1950) // créations en rotin

Les mannequins "Caroline" de Lina Zervudaki au 26ème SAD, in Art et décoration t.65, 1936 p.173

Pour poursuivre l'enquète sur l'introduction du rotin dans la reconstruction (Louis Sognot // créations et rotin), voici un autre exemple montrant comment ce matériau a été réinventé comme un luxe en partant du rustique, à la manière de la poterie de grès (Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie). Le principe de la "tradition modernisée" de la Reconstruction repose en effet sur des techniques jusqu'ici considérées comme dépassées ou rurales comme la poterie utilitaire, la vannerie en rotin, la tapisserie murale... Ces arts pauvres, rustiques, anciens, apparaissent comme le support d'une liberté alternative associée à une économie de moyen, suivant Georges-Henri Rivière qui assimile les "arts et traditions populaires" à une culture en perdition face à une industrialisation qui entre elle-même en crise. Tristement récupéré par la doctrine nazi qui veut associer la race au terroir et à l'artisanat, ce principe survit sous l'Occupation et certains élèves brillants des grandes écoles esquivent grâce à cela le S.T.O. en prétextant étudier le folklore ; mais ces jeunes créateurs vont bouleverser les codes plutôt que de rechercher une soi-disant vérité ancestrale. La technique et la matière restent à leurs yeux des supports pour la création moderne. C'est ainsi que le territoire mental de l'après-guerre est prêt à accepter à bras ouverts cette invasion néo-artisanale. C'est également ainsi que la vannerie se trouve modernisée. D'ailleurs, l'art du vannier n'est plus en osier mais en rotin, comme l'indique René Chavance dans le catalogue du Salon des arts ménagers de 1951, ce matériau a toutes les qualités, "sa flexibilité d'abord, qui se plie sans dommages aux plus capricieux décors ; sa légèreté qui permet de déplacer facilement les meubles qu'il compose ; sa solidité, son commode entretien, car il est lavable. Et nous ne sommes pas au bout. Il est imputrescible et inattaquable par les vers, il supporte sans broncher toutes les intempéries : humidité ou sécheresse, froidure ou chaleur. Enfin, il est agréable au toucher, d’une demi-élasticité confortable, plaisant aux regards, d’aspect jeune et gai". Rappelons donc qu'il a été redécouvert par trois précurseurs dans les années 1930 : Louis Sognot, Colette Guéden et, peut-être moins connue, Lina Zervudaki. Ci-après, sa biographie résumée et ses principales créations.

To extend the previous article , here is another example of rustic luxury invention. The principle of " renewed tradition " during "Reconstruction" (immediate postwar) is indeed based on techniques previously considered outdated or rural : utilitarian stoneware pottery , rattan basketry , wall tapestry ... These poor , rustic , aboriginal arts , appear as supporting a free alternative , continuing the ideas of Georges- Henri Rivière , equating Folk Art at any craft timeless. The principle survives during the war- when folklore pretext allows some brilliant students to dodge the "Service du Travail Obligatoire" (Mandatory work service) to study the land - but young designers prefer upset codes rather than to seek the truth of the Ancients. Technical and material thus remain what they are: media ! Thus the mental territory of postwar accept the invasion by a modernized basketry , art weaver who will no longer rattan wicker but . As stated René Chavance said in 1951 , it has all the qualities " flexibility first, that bends without damage to most capricious decorations ; lightweight for moving easily . . furniture he made ​​, its strength , its convenient maintenance , because it is washable and we are not at the end It does not rot and unassailable by worms , it supports all without flinching weather : humid or dry heat or coldness . Finally, it is pleasant to the touch , a comfortable semi-elasticity , pleasing to the eyes , to look young and gay . " So remember it was rediscovered by three pioneers in the 1930s : Louis Sognot , Colette Gueden and Lina Zervudaki . Below, his biography and his creations.

jeudi 25 septembre 2014

Style Reconstruction // Commission du Meuble de France

"placard" apposé par René Gabriel au SAD de 1947

C'est un fait nouveau, n'en soyons pas peu fiersfiers -, les écrits dans l'histoire des arts citent de plus en plus fréquemment le "style Reconstruction". La découverte d'un texte mis en ligne en 2012 par un conservateur du Mobilier National et d'Orsay (Yves Badetz sur c-royan.com) m'a fait repenser à un évènement fondateur... Yves Badetz présente ainsi la Commission du Meuble de France (CMF) comme point de départ : ce n'est pas faux du tout, le principe est ouvertement calqué sur le modèle administratif de l'Utility Furniture Advisory Committee, reconnu en Grande-Bretagne comme point de départ du "design" (Gordon Russell // Utility Furniture). On peut nuancer en affirmant que ce mouvement débute auparavant, quand la Grande Dépression provoque le déclassement du modernisme radical, en faisant ressurgir les fondamentaux Arts & Crafts, mais il est certain que la CMF marque un début en France. Le paysage créatif était jusqu'ici brouillé par des querelles et une absence de soutien administratif (les initiatives se réduisant le plus souvent à l'échelle individuelle), lorsque les protagonistes du mobilier produit "en série" s'unissent une première fois autour de cette commission ; ce sont des décorateurs inscrits à la Société des Artistes décorateurs (SAD) et financés par le ministère de l'Industrie. En observant leurs projets, on remarque une lourdeur rustique et une part importante accordée à la décoration car le terme "industrie" désigne ici l'artisanat du luxe plus que l'efficacité d'un mode de production. Suivant ce paradoxe, on comprend la brève durée de la CMF qui renaît en 1947 (elle surgit une première fois en 1943-1945, sous la direction de Leleu, Old et cie) pour disparaître l'année suivante. Son principal responsable, du moins celui qui dessine le plus grand nombre de modèles dans la version CMF.2.0, René Gabriel, jette l'éponge en affichant publiquement l'échec du projet au Salon des décorateurs de 1947 et abandonne la direction de la SAD à Jacques Adnet. C'est heureux car il va alors renouer pleinement avec la modernité ! D'autant plus qu'il obtient un meilleur accueil chez les ex-UAM et autres protégés du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, comme Marcel Gascoin avec lequel il s'associe pour organiser la section ameublement dans l'Exposition internationale (Exposition de l'urbanisme et de l'habitation // 1947), autre événement fondateur, s'il en faut, avant la réouverture du mémorable Salon des arts ménagers l'année suivante (Meubles de série // Arts ménagers 1948).

mardi 28 janvier 2014

Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie (2/2)

Pierre Pigaglio et Georges Jouve sur la table de Jean Royère, Art et industrie, n°IV, juillet 1946, p.20

Pour compléter l'article ci-dessous (Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric), voici une illustration qui mérite sa propre explication : elle est prise au "Salon des arts de la table" qui, créé en 1935, vient de renaître en 1946. Ici, le fameux critique Waldemare-George (revues 1945-1955 // art et industrie) prolonge le combat postmoderne qu'il a réengagé après-guerre avec Paul Claudel dans la Galerie de l'orfèvrerie Christofle, rue Royale, dès juin 1945 ; il tente de faire revivre le grand style qui a fait la gloire de la décoration française en accumulant la liberté baroque, la sobriété Louis-XVI et l'élégance Directoire. Ici, il veut rendre visible un nouvel événement soutenu par sa revue, Art et Industrie, afin de lutter contre l'inhumanité de la mécanisation. Il pose cette question dès l'éditorial : "La vie taylorisée de demain comportera-t-elle des machines à manger semblables à celle des Temps Modernes de Chaplin ?" Ici, surtout, l'élite raffinée parisienne découvre Pierre Pigaglio dans sa première grande présentation officielle où il apparaît en mouton noir suivant un choix opéré par le si raffiné et rebelle Jean Royère. Celui-ci rompt avec l'Art déco néo-dix-huitième des autres décorateurs pour épouser une ambiance "rustique moderne" où s'alignent une cruche, une grosse soupières, des assiettes creuses et des tasse de notre ami installé à Saint-Amand-en-Pusaye, accompagné par deux sirènes aussi démonstratives qu'historicisantes de Georges Jouve. Ici, s'impose un autre bon goût, celui de nos braves artisans, celui des honnêtes gens qui aiment les douces provinces de France et les matières simples et robustes, avec la baguette de pain, la bolée de cidre, la soupe aux choux et le pâté de lapin. Ici, pour en finir, le bonheur est dans les prés, les pieds dans la terre, loin des corruptions et des illusions de la grande ville ‑ comme on veut toujours le croire -.

An illustration to complete the article below because it deserves its own explanation : Here the "Salon des arts de la table" who was born in 1935, and born again in 1946. Here , trying to relive the Grand Style that made the glory of the French decoration before the war with its baroque freedom, Louis-XVI sobriety and Directoire refinement. Here, the famous critic Waldemare-George wants to make visible this event with his journal "Art et Industrie" to fight against the inhumanity of mechanization , he asks this question from the editorial: " The life Taylorized tomorrow she will include machines similar to machine-for-eat of the Chaplin film Modern Times ? " Here , especially , the refined Parisian elite discovers Pierre Pigaglio in his first major official presentation where it appears the unacceptable face following in a choice of Jean Royère, so refined and rebel person. It decides on a warm " modern rustic " which align a jug, a large tureens, soup plates and cup of our potter maked designed by our friend and accompanied by two particularly demonstrative sirens Georges Jouve . Here, finally, imposes a rustic taste addressing an honest public , one who loves sweet provinces of France , with their simple and robust materials, with the bread "baguette" , bowl of cider , cabbage soup and rabbit pate . Here , to finish and forever , happiness is in the meadows , feet in the ground , away from corruption and illusions of the big city - as has been said - .

mercredi 15 janvier 2014

Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric (1/2)

une vingtaine de céramiques de Pierre Pigaglio, la collection GG

Référence nécessaire au feu pendant les grands froids, la Maison du Patrimoine du Havre accueille des céramistes de mi-janvier à mi-février. Premier événement en 2014 : Pierre Pigaglio. Pour ce personnage, la part de mystère domine encore, à l'exception des informations circulant à Saint-Amand-en-Puisaye (grespuisaye.fr // Pigaglio), avec une photographie collective (grespuisaye.fr // Maubrou) et une date de naissance : 1913. Pierre Pigaglio s'y est installé de 1942~44 à 1947~50 en reprenant l'Atelier de Jean Maubrou et son tourneur, Camille Gendras. Ajoutons que l'Atelier accueille et forme, de décembre 1945 à décembre 1946, Jean Derval. S'il semble difficile de détricoter les rôles de chacun dans le quatuor Pigaglio-Maubrou-Derval-Gendras, on peut observer des variances suivant les signatures : les pièces uniquement marquées "PPigaglio" sont ultra-sobres ; quand s'ajoute "D" ou "Derval", elles sont lourdement ornementées ; quant au "PMP" (Pierre Pigaglio-Maubrou), il apparaît presque systématiquement et accompagne les nappages travaillés où se retrouvent les recettes de Maubrou, émaux dans un rouge de cuivre tournant vers le turquoise ou dans un blanc crème plus ou moins cristallisé. Au tourneur la fabrication, au maître les nappages, à l'apprenti les ornements ! Quant à Pigaglio, il impose ses formes. Son arrivée dans cet atelier est immédiatement remarquée par sa production atteignant une simplicité extrême, un moment où les modèles vernaculaires de la tradition potière renaissent en étant épurés, remodelés, "modernisés" - coupe, coupelle, assiette, vase, pichet, bonbonnière, bougeoir, pied de lampe, service à liqueur, etc. -, créant un instant identifiable entre la pièce unique et la production de masse, atténuant les débordements décoratifs de l'Art déco pour réintroduire l'utilitaire. Les critères du "style Reconstruction" s'y retrouvent donc, montrant qu'ils touchent la céramique au même titre que l'architecture et l'ameublement... Voilà l'explication de l'omniprésence de Pierre Pigaglio aux salons de la Société des artistes décorateurs de 1945 à 1949, à l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation (Paris) et à l'Exposition itinérante La céramique française contemporaine (Vienne, Baden-Baden, Berlin) en 1947. Dans le catalogue de Vienne, Renée Moutard-Uldry résume ainsi la situation : "Indiquons deux aspects assez différents en pleine et juvénile évolution de la céramique française. Nous pensons d'abord aux oeuvres inspirées ou vivifiées par des traditions régionalistes et se réclamant de la poterie populaire (Pigaglio, Madoura, Roulot, Blouzard). Enfin, une tendance nouvelle semble prendre, ces dernières années, une importance particulière : des artistes (Pouchot, Jouve, Lenoble, les 4 Potiers, Carbonell, Chevallier [s'ajouteront Callis et Derval]) renonçant au tour, préfèrent modeler ou sculpter la terre, créant ainsi des oeuvres d'un caractère nettement décoratif..." Les créateurs du modernisme social s'orientent évidement vers la première tendance, on retrouve donc Pierre Pigaglio dans les stands et boutiques de René Gabriel, Marcel Gascoin, Landault et Mortier jusqu'au début des années 1950 ; il est encore cité et illustré dans l'ouvrage de Michel Faré, La céramique française contemporaine en 1953 : "Dans ce même village [Saint-Amand-en-Puisaye], Pierre Picaglio [sic] réussit à résoudre le difficile problème d'une production artistique qui soit assez abondante pour répondre à toutes les demandes." Puis il disparaît brutalement du paysage, étouffé par la vague néo-moderniste des "Dubrocq" ! Malheureusement, quand le brutalisme refait la mode dans les années 1960, Pigaglio n'apparaît plus, une absence notoire en 1962 quand le Musée des Arts décoratifs présente les Maîtres potiers contemporains où il est juste cité comme un ancien collaborateur de Jean Derval... 3ème version 09 fév. - merci à Patrick Favardin et grespusaye.fr

A Fire reference necessary during cold weather , the "Maison du patrimoine" in Le Havre host ceramists in January-February ... First event , 2014 : Pierre Pigaglio . Let us in the introduction that the potters are singular artists who, like cooks and magicians are organized by families are transmitted secrets "recipes ", " cooking ", " wheel " , " kiln " sometimes even " factory ".  Pierre Pigaglio (born 1913) , mysterious ceramist installed 1942 /44 to 1947/50 in Saint-Amand-en-Puisaye (cf. grespuisaye.fr ) is very prestigious lineage : he moved into the Jean Maubrou factory , student of Edmond Lachenal , itself formed by Théodore Deck ! Let us add that everyone knows : Pierre Pigaglio was master of Jean Derval . Why this long lines ? Because potters cannot ignore that transmission is at the origin of invention, material leaves know that rubbing it, experience ca not be limited to words of writings or pictures because it lies only in the action. That said, here are some pictures of the GG Collection where we can see how the pottery tradition can be reshaped : cut, cup , vase, pitcher , candy box , candle holder, lamp base , liquor flask. The works are all signed Pigaglio & Maubrou with a suggestive " PMP " and / or " PPigaglio " sometimes "D" is added to indicate the intervention of Derval in decoration. Everything is in a erthenware- white to dark brown ware with occasional thin traces found pyrite.On brand Maubrou the work surface of the parts , especially on small cuts in enamel glazes with the red copper turning to turquoise, cream and more or less crystallized. But Pierre Pigaglio mainly by the extreme simplicity of its style , the potter accompanying René Gabriel , Marcel Gascoin or Roger Landault from 1945 to 1950, creating an identifiable moment between precious splendor of Art Deco and modernist style demonstrations of 1950 , between the single room and mass production - the characters of " Reconstruction style " that affects the ceramic as well as architecture and furnishings ...


mercredi 17 juillet 2013

Noisy-le-Sec // Cité expérimentale

Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, d'Hélène Caroux (Somogy, déc. 2012, 32 euros).

Heureusement, on vient de me remettre en mémoire un livre que j'avais oublié de signaler ici : Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, sous la direction d'Hélène Caroux (avec des textes également passionnants d'auteurs aussi remarquables que Benoît Pouvreau, Yvan Delemontey...). Tout comme la diversité du vivant augmente après les grandes extinctions dans les temps géologiques, la guerre semble provoquer un vide qui ouvre sur une création. La preuve dans ce livre où nous touchons au plus près la strate qui se dépose sur la table rase ; emprisonnée entre l'impératif de l'économie et celui de la normalisation. Ici, la cité-jardin veut renaître de ses cendres, aidée par Raoul Dautry alors tout premier ministre de la reconstruction. Outre l'ouverture et la richesse inimaginable du savoir-faire technique en architecture, on peut aussi observer le rôle-clef tenu par René Gabriel dans le mobilier : à l'exception de la maison Prouvé, il équipe la quasi-totalité des autres logements (je ne déflore pas le livre en copiant certaines images...). Dans ce domaine, la diversité ne se montre pas encore et il va falloir attendre le temps des Appartements témoins et du Salon des arts ménagers. Tant mieux pour René Gabriel qui apparaît alors comme un unique précurseur... Mais que sont devenus ces meubles ? Comme le signale Hélène Caroux (p.100), les habitants se plient d'abord aux exigences du Ministère, répondant aux sondages, vivant dans un décor imposé et laissant leurs portes ouvertes mais, en 1951, ils renoncent aux obligations jugeant "que, s'il était logique en période expérimentale de se plier aux servitudes esthétiques et utilitaires du mobilier imposé par l'administration, ils estiment anormal, une fois l'expérience terminée, de se voir maintenant dans la condition de locataire meublé" !

lundi 1 juillet 2013

Hostellerie de la Seine // René Gabriel

 
 
Petit voyage à Polisot, près de Troyes, pour découvrir ce qu'il reste d'un hôtel particulièrement célèbre au moment de sa construction, soit de la reconstruction. Entièrement décoré par René Gabriel, toutes les revues françaises (et beaucoup hors frontières) publient des images de la célèbre "Hostellerie de la Seine" - citons : Décors d'aujourd'hui n°36, Ensembles modernes en 1946, La Maison en décembre 1946, Maison française en décembre 1946 et 1947, Mobilier et décoration en avril 1947, etc... Un succès ! Si la commande d'un hôtel est relativement courante pour un décorateur, celui-ci représente un enjeu majeur dans cette période difficile, surtout pour un créateurs de série comme René Gabriel qui va profiter de l'équipement des chambres pour tester ses modèles destinés à une production "industrielle" de qualité. Outre l'enseigne en fer forgé où l'on retrouve le style exceptionnel de son travail d'illustrateur (avec le sansonnet), René Gabriel affine ici les meubles "premier prix" proposés aux sinistrés, qu'il va exposer au Salon des artistes décorateurs puis réutiliser pour l'équipement des appartements types du Havre (lors de l'Exposition internationale de l'urbanisme en 1947). Dans le confort aimable et généreux de l'auberge de Province, le style "reconstruction" de René Gabriel vient tout juste de s'inventer : c'est ici, à Polisot...

samedi 27 octobre 2012

Solar house // George Fred Keck

La maison solaire présentée à l'exposition des techniques américaines, en 1946, fonds MRU

Après s'être réfugié aux Etats-Unis, Maurice Barret revient avec un rêve américain en tête. Même si le verre et l'acier manquent totalement en France, il apporte avec lui un paysage avant-gardiste qu'il publie dans la revue Maison française : il s'agit de la "maison solaire" réalisée par l'architecte-ingénieur George Fred Keck en 1946 (Maison Sloan). Presque totalement préfabriquée, orientée pour une gestion optimale de la température (déjà "passive"), elle figure l'idéal américain de la Middle Class et se place à la hauteur esthétique des luxueuses villas de la Côte Ouest. Un objet futuriste et un idéal pour le Français moyen car l'espoir du pavillonnaire est déjà - encore et toujours - dans la majorité des têtes alors même que se dessine un contraste singulier avec les projets de reconstruction en immeubles collectifs. Si des expériences ponctuelles sont menées dans la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, le pavillon du plus grand nombre se réduit pourtant au baraquement provisoires équipé d'un simple point d'eau et d'un unique poële à charbon... Mais le modèle américain de Georges F. Keck, c'est avant tout un rêve : une boîte en verre dotée de tout le confort moderne, d'une puissance visuelle démesurée. Toujours aussi prospectif de nos jours, d'un "futurisme intemporel", cet idéal iconographique montre cependant un décalage tragique avec les réalités quotidiennes des années 1940, un décalage qui n'est pas si éloigné du luxueux "art déco" que l'on exhibait sous l'Occupation : ici et là, on veut éduquer le peuple au "bon goût" de quelques privilégiés en passant par l'image. Après la bombe A, l'image est l'autre arme de la Seconde Guerre mondiale - comme l'analyse en temps réel Marshall McLuhan...

Ci-après, les images dans les détails  publiés dans Maison française n°8 (juin 1947)...

vendredi 9 décembre 2011

1913 Francis Jourdain // Château Gourdon



Le Château Gourdon était il y a peu un musée des Arts décoratifs. La mémoire d’internet est là pour le saluer – le Web jouissant d’une hypermnésie. Il se souvient de tout, mais pour combien de temps ? Piochons les informations, retrouvons la muséographie, extrayons chaque meuble sur le site de Christie’s. Puis remettons le tout sur les blogs afin d'engendrer une mémoire en boule de neige. Car le musée est fermé, son responsable (Laurent Negro) venant d’accomplir un acte de dispersion en mars dernier. Parmi les trésors du luxe Art déco et du modernisme, un seul nom me faisait vraiment vibrer : Francis Jourdain. Pourquoi ?

Chateau Gourdon was recently a Decorative Arts Museum. Memory of Internet is there to greet him - Web enjoys hypermnesia. It remembers everything, for how long? Seek information, find the museum, extract every piece of furniture on Christie's website. Then put it all on blogs to generate a snowball memory. Because this museum is closed, manager (Laurent Negro) dispersed the collection in March. Among the treasures of luxury Art Deco and Modernism, just one name really made ​​me thrill: Francis Jourdain. Why?

vendredi 1 juillet 2011

Auguste Perret // la reconstruction



Redécouvert grâce à la patrimonialisation de son œuvre, souvent perçu comme un "constructeur"
et parfois même regardé comme un "simple technicien", on étudie trop peu le regard qu’Auguste Perret porte sur les usages et les intérieurs. Impossible de parler simplement de fonction car il n’est pas fonctionnaliste : un handicap - aujourd’hui encore - face au troupeau d'architectes et de designers ânonnant la-forme-suit-la-fonction ! Fouillons la question. Partons du premier numéro du Décor d'aujourd'hui publié après la guerre, au début de l'année 1946, relisons l'introduction puis l'article d'Auguste Perret. Regardons ensuite comment se construisent de tels propos à travers quatorze extraits - ni plus ni moins - tirés d'un ouvrage de référence : Auguste Perret, Anthologie des écrits, conférences et entretiens (Christophe Laurent et al., éditions du Moniteur, 2006). Un livre très complet où il ne manque que l'article du Décor d'aujourd'hui... On découvre ainsi la complexité du personnage qui n’est pas un inventeur mais un architecte, au sens noble du mot : celui qui organise en toute conscience, puise dans le passé et le présent, cherche les méthodes et les compétences permettant d’exprimer au mieux l’Art de bâtir. Sans doute l’une de ses principales "découvertes méthodologiques" consiste à articuler structure et remplissage, relier le domaine scientifique de la matière (donc d’une vérité tiré du matériau, de la gravitation, du climat, de la technique productive) avec le domaine subjectif des usages (disons le relativisme des sciences sociales, des normes), l'un proche de l'immuabilité et l'autre de la flexibilité. Dans cette oeuvre, forme et fonction ne jouent pas dans les mêmes temporalités, l'architecture apparait donc comme l'art de trouver les plus justes "points d'appui".