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dimanche 20 mai 2018

Henri Lancel // vente Tradart

Intérieur de la villa Le Ponant au Home sur mer, créé en 1955 par Henri Lancel

La biographie de l'architecte-décorateur Henri Lancel reste un mystère, bien qu'il figure dans la prestigieuse liste des Portraits de décorateurs dressée par Pascal Renous en 1969... Les connaisseurs en "art utile" savent qu'il fait une apparition soudaine et remarquable dans le mobilier de grande série (Henri Lancel // Lévitan 1955). Les fins observateurs peuvent encore découvrir son nom par la suite, s'ils lisent les petites lignes sous les publicités Formica en 1958... Il devient un certain temps le spécialiste de ces meubles modernistes aux plateaux couverts par ce matériau robuste et vivement coloré ; sa préférence allant vers le bleu... Après ces débuts à la fois créatifs et industriels, il fait une présentation  remarquée au Salon des artistes décorateurs de 1959 en exposant un bureau de direction intégrant un luminaire exécuté par Mathieu. Cette apparition parmi les "officiels" lui permet de s'introduire dans l'ultime grand projet des artistes décorateurs français : le paquebot France ! C'est ainsi que les amateurs de Transatlantiques connaissent bien son nom, grâce à ses petites commodes en aluminium, (avec façade adaptée à la décoration de la cabine : gainée de tissu blanc, noir, bleu, ou laqué façon écaille, bleu dur ou brun). Ils comptent parmi les rares meubles retrouvés de ce "géant des mers", après son abandon au Havre et son démantèlement (en 2007), passons...

Pour en savoir plus, il est indispensable de franchir l'estuaire de la Seine, d'aller de "l'autre côté de l'eau" jusqu'à Deauville. Grâce à l'indication donnée par le commissaire priseur James Fattori, lors de sa préparation de la vente du 27 mai (Tradart), nous pouvons découvrir un intérieur d'exception permettant de retracer un projet architectural d'Henri Lancel, daté de décembre 1955. On s'aperçoit que ces fameuses petites maisons en série (Henri Lancel // Printemps 1954) n'ont pas été seulement théoriques : ce créateur déjà prolifique dans le mobilier participe également au "mouvement" des villas  modernistes. Il s'agit de la villa "Le Ponant" située au Home-sur-Mer (actuel Home-Varaville) dans le Calvados. L'ameublement n'est malheureusement pas de l'architecte, le goût des occupant allant plutôt vers une modernité plus rustique. Cependant, en matière d'éclairage, les équipements de la maison semblent bien correspondre : de très beaux luminaires de Mathieu se découvrent dans la maison - prouvant une collaboration ancienne entre le l'architecte-décorateur et le fameux éditeur.


mercredi 27 janvier 2016

Concours 1955 // Centre technique du bois

ARP, 1er Prix du CTB

Probablement insatisfaits par les choix du ministère en 1954 (concours 1954-1955 // Ministère de la reconstruction), les créateurs de meubles effectuent un rattrapage au Salon des arts ménagers en mars 1955. Ils exerçent certainement des pressions sur le Centre technique du bois (CTB, fondé en 1952) afin qu'il organise un concours parallèle. Il s'agit de sortir des propositions où les techniques avancées par Gascoin et Gabriel sont exagérées et s'appauvrissent dans un "style social", au lieu de s'améliorer et de s'ennoblir comme le désiraient les fondateurs. Un problème anticipé par Jacques Viénot avant-guerre, celui-ci voyant le meuble économique comme une équation aux solutions rares... Mais il imagine aussi une sortie tournée vers l'avenir. Si les budgets minimalistes obligent une réduction au départ (économie des matières, des gestes, etc.), il faut tabler sur un enrichissement futur, grâce aux investissements industriels et au pouvoir d'achat d'une clientèle élargie. C'est le pari de ce second concours présenté en 1955, où les prix sont relevés de 50% à 100%. Débarrassés d'une contrainte financière excessive, les candidats montrent une créativité débordante. Toutefois, un basculement se perçoit dans cette réorientation. La puissance de séduction ne réside plus dans l'idée d'un luxe accessible à tous, moins encore dans la quête classique d'une esthétique fondée sur une logique intemporelle. On ne rêve plus d'un idéal de société mais de nouveauté. Dans cette logique de mode, la modernité passe dans l'apparence et l'innovation pèse plus que la personnalité ou la qualité. Dernier changement, le ministère ne va promouvoir que ses propres candidats, sans s'occuper des résultats du nouveau concours. C'est le début d'un divorce entre État providence et marché libéral. Bien que le bois domine encore, l'événement est sur le corde raide, dans un " style reconstruction " (classique, utopique, porté par l'État) prêt à basculer dans le " style 50 " (moderne, artistique, d'essence libérale). Ci-dessous, en illustration, les ensembles primés illustrés dans Meubles et décors d'avril 1955 avec ARP, Roger Landault, Robert Debièvre, René-Jean Caillette, Louis Paolozzi, Jacques Hitier, Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

Probably dissatisfied with the awards distributed by the Ministry of Housing and reconstruction, at the end of 1954, the Association des créateurs de modèles (ACMS) makes a catch in 1955 Salon des arts ménagers, certainly weighing on the Technical Centre of Wood and Furniture (CTBA, founded in 1952) that he organizes another competition. It is out of such proposals where the advanced methods by René Gabriel and Marcel Gascoin are visible but getting poorer and sink in a "social style", instead of ennobling both as desired founders. In fornt of industry that has gripped in pragmatic ways, mannered and material of reconstruction, we must rebound. In the CTBA competition, Rate undergo an increase of 50% to 100% with the avowed aim of promoting prospective, focused towards new techniques. Around Gascoin, candidates show boundless creativity. However, tipping is perceived in this shift: the power of seduction lies not in the idea of ​​a luxury for all, still carrying a classic principle but in a radically modern force of renewal. The creators are faced with the obligation to invent: the furniture definitely enters a mode logic, where innovation weighs more than the personality or quality. Other failover, the ministry will continue to promote their own candidates while the second contest will remain in relative anonymity. All this clearly marks the transition between the "style reconstruction" (classic, helped by the government) and "style 1950" (modernist, liberal). Below, illustrationfrome Meubles et décors in April 1955 with ARP, Roger Landault Robert Debiève René-Jean Caillette Louis Paolozzi, Jacques Hitier Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

jeudi 15 octobre 2015

Roger Landault // style Hard-French

Ensemble de Roger Landault, récompensé par le CTB et le prix René Gabriel en 1955, cf. abc-rogerlandault 

Le site abc-rogerlandault.blogspot.fr présente de belles photographies de meubles avec noms et numéros des "modèles" ! Un luxe de précisions tiré des archives de l'entreprise ABC dont nous aimerions, par ailleurs, connaître l'histoire. En attendant, revenons vers Roger Landault, décorateur caractéristique de la jeune génération moderniste. Contrairement aux aînés, il ne vit ni ne meurt pour une idée mais s'adapte à des changements qui vont s’accélérant. Il surgit dans le "style 1940" au sein du Studium Louvre, s'épanouit dans la série avec l'entreprise ABC, et slalome entre les matières. Théorique en 1945 (style reconstruction // commission du meuble de France), son passage au "social" débute concrètement en novembre 1953 lorsqu'il conçoit des meubles pour un HLM situé au Pecq, dont les croquis sont publiés par le Décor d'aujourd'hui. Il cherche ses marques, vole une étagère à Gascoin, une chaise à Robin Day, un fauteuil à Hauville, une table à Gabriel, des accoudoirs aux frères Perreau, une desserte à "Bocado" : emprunts qui formeront les bases de son vocabulaire. En septembre 1954, pour un tarif de vente fixé à 260.000 francs (5.600 €), il obtient le second prix au concours du MRL avec l'ensemble "Junior" édité par ABC (Concours MRL 1954 // style HLM) où figure sa première "marque de fabrique" : une corniche arquée. En 1955, il créé une autre gamme d'éléments standards (intitulée "Dakar" en 1958) avec une autre signature graphique : une corniche débordante avec encoches sur les côtés pour se raccorder aux montants latéraux. Ces "meubles ABC" sont récompensés par le Prix René Gabriel et se trouve dans l'aménagement d'un appartement type de 5 pièces en HLM pour 400.000 francs (8.600 €) dans la "Ceinture verte" (immeuble de Jean Dubuisson). Roger Landault est l'un des premiers à assumer l'épuisement des possibilités formelles offertes par un rationalisme devenu style plus que projet, avec des manières plus que des méthodes. Il réinvente donc la "ligne" en tant qu'ornement et signature, à la manière des bâtisseurs de HLM qui, au même moment, doivent dessiner des bâtiments de construction identique (suivant les règles inventées pendant la reconstruction et appauvries par l'administration). Pour y échapper, les architectes jouent sur les plans masses (en "frise grecque") et ajoutent une petite "manie" qui permet de les identifier. Le Hard French (Bruno Vayssière [biblio 1988]) s'introduit dans le meuble et l'immeuble...

The site abc-rogerlandault.blogspot.fr presents photographs, with names of "series" and numbers of "models"! Numerous details about ABC company archives which we would, in addition, learn about its history. Meanwhile, back to Roger Landault, representative person of the young designer modernist generations. Unlike older's, he does not live and die for an idea but adapts to changes that will accelerate. He arises in the "Style 1940" for the Studium Louvre, flourishes in the serial production for the ABC Company, and slaloms between subjects. Theoretical, his "social" turn began in November 1953 when designing furniture for a council flat situated in Le Pecq, whose drawings are published by Le Décor d'aujourd'hui. He seeks its brands, steals wall-shelf of Gascoin, chair of Robin Day, armchair of Hauville, table of Gabriel, armrests of Perreau brothers, service table of "Bocado" loans that will form the basis of his vocabulary. In September 1954, for a sale price set at 260,000 francs (€ 5,600), he won the second prize in the MRL trial with the whole "Junior" edited by ABC company where his first "trademark": an arched cornice. In 1955, he created another range of standard elements (called "Dakar" in 1958) with another graphic signature: an overflowing ledge side notches to connect to lateral uprights. These "ABC Furniture" is awarded the Prix René Gabriel and ends up in the development of a standard apartment with five rooms in public housing for 400,000 francs (€ 8,600). Roger Landault is one of the first to assume the depletion of formal possibilities offered by a rationalism that project became more style, with more ways of methods. It reinvents a line-ornament as a signature, like public housing builders who at the same time should draw identical building construction (according to the rules invented for Reconstruction and impoverished by administration) then they play on Plans masses (in "Greek frieze") and add a small "mania" that identifies the author. Hard French (Bruno Vayssière) broke into the furniture ...

dimanche 1 septembre 2013

Paolozzi et Guermonprez // reconstruction lyrique


Paolozzi revient souvent chez mes correspondants. Des messages sur placedelours en 2011 où les images circulent plus que les analyses. Puis des messages sur mon mail. Le premier est de Joël en 2012 (un bureau était en vente chez 1stDibs), et voici le dernier avec une  photographie prise chez Edy, grand amateur des années 1950 (il est facile de le remarquer). Je laisse le soin à chacun d'identifier céramiques et luminaires car la question porte aujourd'hui sur Louis Paolozzi dont le nom et les créations se confondent avec Gérard Guermonprez. Les deux designers s'intègrent bien au "style reconstruction" par leur qualité, leur mode de production, les matériaux et les finitions, tout en ayant leurs qualités propres dont la plus remarquable consiste à accentuer les contrastes de bois pour souligner une structure aux accents lyriques "à l'italienne" même si elle reste "rationnelle". Ils inventent ainsi un effet visuel photogénique nouveau pour le mobilier en bois, une marque stylistique très puissante qui leur permet d'être encore bien présent après la crise de 1955, alors qu'en France le classicisme du mobilier en bois est assimilé à la pauvreté du "social" et que la tendance est dominée par le baroquisme néo-moderne des "jeunes loups" endoctrinés par Knoll. Plus tardifs et donc plus aisés à chiner que les anciens maîtres de la Reconstruction, Guermonprez et Paolozzi sont de plus en plus présents dans les galeries de design historique (Chicplastic tente en ce moment même de vendre un fauteuil sur ebay...). Bien entendu, on préfère par instinct Paolozzi, moins connu, plus poussé dans le style, plus photogénique encore, mais il reste largement dans l'oubli : qui est-il ? D'où vient-t'ils ? Sa relation avec Guermonprez ? Paolozzi est-t'il en famille avec le célèbre artiste Eduardo Paolozzi qui est passé à Paris ? Ci dessous, rétrospective de l'aventure de Louis Paolozzi, apparaissant en 1952 chez "Godfrid", se démultipliant après le concours du C.T.B. en 1954 puis prolongeant sa carrière avec les incontournables sièges ZOL.

samedi 19 mai 2012

Concours 1954-55 // Ministère de la Reconstruction

stands de Pierre Cruège et de Pierre Broc au Printemps, meubles du concours CTB-MRL de 1954

En fin d'année 1954, le mobilier Reconstruction passe en mode automatique. Le Décor d'aujourd'hui (numéro 92, pp. 130-136) signale que "les organismes officiels s’occupent enfin des créateurs de meubles" et présente un article très illustré. "Le Ministère de la Reconstruction et du Logement et le Centre Technique du Bois ont sélectionné avec clairvoyance de très intéressants ensembles au Concours du mobilier de série qu'ils avaient eu le mérite d'organiser il y a plusieurs mois. Il était imposé aux concurrents la réalisation d'une chambre à coucher ou d'une salle de séjour pour le prix modeste et fort surprenant de : 75.000 fr pour la chambre à coucher, 75.000 fr pour la salle de séjour. Les ensembles réunis dans ces quatre pages sont exposés aux Grands Magasins du Printemps. Il faut s'intéresser à leurs prix de détail car l'on trouve par exemple un bahut à 29.500 fr, ou des chaises à l.925 fr." Après divers reports, l'échéance tombe le 14 septembre 1954. Les lauréats et quelques candidats sont présentés avant même d'obtenir un stand officiel au salon des arts ménagers en 1955 (dans les minuscules maisons Courant). Les amateurs remarquent quelques noms : il s'agit des frères Perreau ou de Roger Landault (cf. Roger Landault // style Hard French). Il faut aussi analyser un glissement car le premier prix remis à Pierre Cruège récompense un style plus maniériste que rationaliste. De même, la chaise Landault s'inspire d'innombrables modèles préexistants, mais elle s'avère être la plus simple et la plus économique. Rappelons que l'aménagement complet du logement - de l'armoire de chambre jusqu'à la brosse à vaisselle - était limité à 260.000 francs (env. 5.000 euros), somme allouée par l’État à un couple sinistrés. Il faut cependant constater que la diminution des coûts poussent vers une relative fragilité. Les épaisseurs rompent définitivement avec le rustique ou le cossu (qui garantissait un usage pluriséculaire), pour adopter une finesse "métastable" dans des bois plus fragiles... Concernant ces produits nouveaux, la critique n'évoquent plus vraiment le confort, ni la "robustesse", mais parle de chaises "sur lesquelles on peut espérer s'asseoir longtemps en toute sécurité". Le ton révèle une condescendance pour un "autre public". Un trimestre plus tard, le Salon des arts ménagers présente ces mêmes meubles dans les microscopiques Maisons économiques et familiales alors que les galeries du Printemps exposent les fastes d'un chic Knoll (Knoll // Printemps 1955). La rupture est brutale. Désormais, le "style Reconstruction" est un "économique et familial", bientôt un "style HLM"... Que l'on va renier de la même manière que l'architecture, dans un silence qui se prolonge encore.

As a Polaroid (now integrated in the Picasa photo software), the reconstruction style slides into automatism. At the end of 1954, an article illustrated (Décor d'Ajourd'hui, n°92) reports that officials organism (Wood Engineering Office, Ministry of Housing) organized a competition to define modern and economic models. In 1954, the winners are Herrmann and Cruège but also we discover Landault, Perreau, Broc, Broyard, Leloup, Martinet, Heutte, Levigne, Klein, Martinet. A year later, the Engineering Office (CTB) puts the price alone : and it is not the same choice ...

jeudi 10 mai 2012

Restaurant témoin // La Saladière de Matégot

façade du restaurant la Saladière, via Joie et beauté dans la maison, p.29

Toujours pour illustrer la rupture de 1955, la création à Paris du restaurant la Saladière : les végétariens, végétaliens et amateurs de smoothies découvriront que cette tendance alimentaire n'est pas si neuve. On parle alors d'un "restaurant témoin", le premier du genre et il se doit donc de marquer la surprise dans un kitsch moderne où les couleurs retentissent sur fonds noir et doré, les formes étonnent, la légèreté se fait omniprésente... On est loin de l'auberge aux nappes Vichy et à la nourriture carnée bien cuite et copieusement saucée ! On est même - très exactement - à l'opposé...

Always to illustrate the rupture of 1955, creation of the restaurant "La Saladière": vegetarians, vegans and smoothie lovers will find that this food trend is not so new. This is known as a "witness restaurant", the first of its kind and it should mark the surprise in a modern kitsch where colors echo of black and gold funds, forms astonish, lightness is omnipresent. The sunlight. A far cry from the rustic inn with Vichy tablecloths and eating meat cooked to perfection and copious downpour!

mercredi 28 mars 2012

Henri Lancel // Lévitan 1955

catalogue Lévitan, 1955

La fin de la modernité sociale correspond à son assimilation effective par l'industrie et les grands magasins de meubles, phénomène qu'accompagne une lassitude de la critique face à la banalité des modèles primés par le ministère (Centre technique du bois // concours 1954 & 55) et une fascination pour le modernisme états-unien (Knoll France // Printemps 1955). Alors qu'architectes et décorateurs font leur shopping chez Knoll, les fabricants de meubles s'approprient la Reconstruction en tant que "style". En 1954, Henri Lancel crée plus de 150 modèles et une maison préfabriquée en bois pour les grands magasins du Printemps (Henri Lancel // Printemps 1954). En 1955, il dessine une centaine de meubles pour "Lévitan jeune" ("boilavable" et "boimétal") où l'on retrouve les marques de ses prédécesseurs. Toutefois, contrairement aux difficultés que présentaient les premières recherches, l'industrie lui offre la possibilité d'innombrables variations grâce à ses moyens d'usinage et ses budgets. À la différence de René Gabriel, Jean Prouvé, Marcel Gascoin, qui ont consacré leur vie à affiner un seul modèle optimisé pour "la série", Henri Lancel n'a besoin que de quelques mois pour en créer des dizaines concrètement produits par l'industrie. Inutile de s'acharner sur un détail, une finition, une matière, une méthode, ces petites économies n'ont plus aucun sens. Les créateurs perdent alors leur légitimité pour revendiquer une forme vraie adapté à l'industrie : elle n'existe pas. L'illusion du Bauhaus n'est plus possible et la modernité se trouve ainsi condamnée à devenir un style. Le "mobilier industriel" retrouve sa légitimité et reprend ses habitudes d'imitation, le copiage reposant désormais sur le moderne (qui remplace l'ancien) : si certains meubles de Lancel sont de véritables créations, la plupart apparaissent comme des copies ou mixtures (le bureau 953 est, par exemple, à mi-chemin de Jacques Hauville et d'Alain Richard). Quoiqu'il en soit, la création réside moins dans l'invention d'un langage moderne que dans la manipulation d'une grammaire moderniste pré-inventée. Le créateur de modèle de série n'est plus un maître dont la signature graphique est reconnaissable mais un grammairien anonyme qui sait se saisir des inventions graphiques passée pour en faire la synthèse dans une gamme (au service d'une marque)...

1955: Reconstruction style is dying and the light wood passed into disuse among creators, industry takes hold of this last trend that had been designed just for that. Among the brands in that capture, Levitan is one of the first, after undertaking Henri Lancel. Thus were born the lines "boilavable" and "boimétal" ... Included lessons of Gascoin, Bessie, Landault, Hauville, Hitier, etc.. If reporters initially shows her enthusiasm, then soon forgets: so too much, although it is acknowledged that good taste finally enters into mass market ...

samedi 3 mars 2012

Knoll France // Printemps 1955

Article du Décor d'aujourd'hui, n°94, 1955

L'année 1955 est celle d'un basculement dans la création. Tout d'abord, les décorateurs et architectes de la reconstruction disparaissent définitivement des revues de décoration (cf Style Reconstruction). Ensuite, la représentation des intérieurs évolue brutalement : fini le temps du logement moyen, retour sur l'appartement du notable, la villa de l'artiste, la maison de campagne et l'objet hors de tout contexte. Pour illustrer ce changement, voici une belle série de photographies en couleur puisées dans le Décor d'aujourd'hui autour d'un événement-clef : l'exposition Knoll "Sens de l'espace et de la couleur" aux grands magasins du Printemps. Entrons dans les paradoxes d'un design à la fois kitsch et moderne (voir la revue du design).  Knoll s'impose dans un paysage créatif encore relativement tranquille. Si l'ouverture du premier magasin de la marque en France (rue de l'Abbaye, 6ème arrondissement) apparaît relativement discrète en 1951 et n'influence qu'une petite frange de clients et de créateurs de la Rive Gauche, l'exposition du Printemps est très remarquée : regardée de loin, elle fait l'effet du bouquet final dans le feu d'artifices de la modernité... On est désormais très loin du modèle social de quelques créateurs utilitaristes. A partir de ce moment, les décorateurs ne vont plus se sentir obligés de mettre dans un contexte réaliste leur mobilier et vont se fixer sur les effets photographiques, les jeux d'ombres, les perspectives, les mosaïques de couleurs, soit valoriser un meuble-objet en tant que tel, sans se soucier du reste. L'esthétique gagne ainsi sur le côté pratique et la position n'est plus obligatoirement fonctionnelle car le meuble s'impose comme une sculpture ou un objet d'art, à l'image de cette série de chaises jetées au hasard dans un grand jardin. C'est l'heure du "chic Knoll" qui va totalement bousculer la valeur d'élégance discrète de l'art décoratif car le prestige n'est désormais plus celui du sobre, du classique et du fonctionnel mais il est déterminé par la forme sculpturale, décorative et inventive du meuble-objet. Les jeunes décorateurs français semblent en avoir le souffle coupé. Alors que le style Reconstruction se retire, toute la jeune génération implante un élément Knoll dans son décor : discrète T-angle, gros Womb chair ou inévitable fauteuil Bertoïa... Jacques Hitier montre un bel exemple de cette fascination nouvelle. Alors qu'avant l'exposition il rénove le logement d'un particulier en utilisant des meubles de style, peu après il présente un appartement avec des meubles Knoll. L'effet graphique est puissant et c'est le succès immédiat puisque son ensemble fait la couverture des Intérieurs modernes de Charles Massin (édité en 1956).

The year 1955 was a shift in French decoration. First, the designers' style reconstruction "disappear almost entirely of decorating magazines. Secondly, that furniture is changing over time housing-type staged. The event that marks this change is the exhibition Knoll: the creators do not will recover, and will automatically add an icon-Knoll furniture in their decoration ...