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lundi 20 novembre 2017

René Gabriel // révolution de 1934

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Heureux de rouvrir le blog pour signaler une découverte exceptionnelle, faite dans une salle des ventes à Soissons : il s'agit d'un discret petit fauteuil bas qui montre toute la singularité de l’œuvre de René Gabriel. Celui-ci apparaît dans une publicité à l'allure " révolutionnaire " publiée en juin 1934, où l'auteur s'inspire de François d'Assise en proclamant que le " luxe des vrais riches " (sic) réside dans une simple formule : " modestie, authenticité, allégresse, poésie ". La messe est dite ! Et voici avoué l'idéal qui a secrètement mené ce créateur vers l'alliance du dépouillement et de l'élégance, dans le but explicite d'atteindre l'essentiel en éliminant le superficiel...

René Gabriel assume ainsi un net tournant vers le social au début des années 1930, au milieu du Salon des artistes décorateur que l'on suppose trop rapidement conservateur. Là se trouve donc la véritable révolution - cette présence avant-gardiste à la SAD. Provisoirement séduit par le modernisme et le métal, après que les CIAM en aient démontré la pertinence et le faible coût à Francfort, il est l'un premiers décorateurs modernes au monde (avec Charlotte Perriand en France) à délaisser ce matériau pour revenir au bois, prenant en compte la crise industrielle et la condition ouvrière. Il dessine alors des modèles ultra-économiques aux lignes mécanisantes assumées, facilement exécutables en série dans son propre atelier et, possiblement, de ses propres mains... La démonstration est simple : il est possible de fabriquer des meubles modernes, élégants, en grande quantité et abordables (pour rappel 130 francs de 1934 correspondent à seulement 90 euros) avec des moyens réduits et des matériaux simples - tout un ensemble de contraintes sociales associées à la Grande Dépression et qui le conduisent, avec vingt ans d'avance, à inventer le style qui s'affirmera pendant la Reconstruction et deviendra celui des "années 1950".

Et ce n'est surtout pas un luxe qu'il réserve aux gens dits modestes. Pour preuve, en 1935, il installe dans son propre domicile une variante de ce fauteuil en lanières de cuir et annonce ainsi ce qui deviendra un " style " après la Libération : massivité de la structure, pieds "Directoire" cambrés grâce à une simple ligne brisée, généreux accotoirs, lanières de cuir tressées, etc. Tout est en bois avec une ossature chêne consolidée par des barreaux en hêtre de section ronde, laqués dans les tons bruns. Les photographies sont visibles dans l'article...

mardi 31 mai 2016

Early Webbed Chairs // sangles et lanières

Elias Svedberg, fauteuil en teck blond verni et sangles en jute de teinte naturelle, vers 1950 (collection GG)

Pour répondre à une question posée par Stephane Danant, voici un petit morceau de la négligeable histoire des sangles dans l'aventure oubliée de la "modernité sociale", celle qui va aboutir sur le "style reconstruction" après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui encore, à 25 centimes le mètre linéaire, les sangles en jute permettent de fabriquer les sièges les moins coûteux, soit 5 € pour couvrir une assise et 10 € pour tout un siège avec dossier. Il est donc logique de les retrouver aujourd'hui encore dans les productions industrielles (depuis Artek jusqu'à La Redoute). Toutefois, à l'époque de son invention moderne, aux yeux du décorateur, il y a un côté nudiste dans ces sangles (ou ces lanières de cuir pour les modèles de luxe) : c'est en effet une "assise de tapissier" dépouillée de tout, sans toile, ni crin, ni bourrelet, ni tissus - presque une insulte pour le métier. Ne reste, finalement, que le support souple en quadrillage. Le premier modèle moderne semble remonter au Bauhaus, avec l'extraordinaire chaise cantilever (wiki) dessinée par Mart Stam en 1926 dont les premières assises sont en lanières entrecroisées, idéales pour un peu de souplesse dans ces meubles tout en ossature du "rationalisme clinique". On la retrouve logiquement chez Alvar Aalto qui l'adopte au début des années 1930. En même temps, Bruno Mathsson produit la chaise longue Permilla et la chaise Eva (1934) dont le "design organique" si original est indissociable du jeu des bandelettes en tissu qui épousent parfaitement les formes du bois courbé. Au même moment, en France, René Gabriel utilise des lanières sur ses chaises en bois qu'il présente une première fois au SAD. Son souci est alors économique, assumons l'idée d'un "rationalisme social". Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la technique se généralise dans un objectif pragmatique : c'est la création du "mythe guerrier" de la Firme Knoll (knoll.com), justifiant le retour au bois (cerisier) à cause des priorités de guerre avec réutilisation des surplus militaires (sangles pour parachute), des contraintes qui aboutissent sur la fameuse série 600 de Jens Risom (1942/43) et se prolongera dans d'autres modèles utilisant des sangles, comme ceux dessinés par Abel Sorenson (1946). Mais, alors que le temps passe, la découverte devient un geste, le "projet moderne" se transforme en "style moderniste", et le souci d'abaisser les coûts perd son objectif social pour basculer du côté des marges bénéficiaires des entreprises... L'utilisation des sangles est encore fréquente à la fin des années 1940, par exemple en Suède avec Elias Svedberg ou aux Etats-Unis avec Klaus Grabe. Il faudrait en comparer les coûts, les marges et les prix de vente... Ci-dessous, quelques classiques à retenir, avec des images pour la plupart puisées dans 1stdibs...