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Aurélien Jeauneau, "La Reconstruction de la France, de 1945 à 1955", dans : Aladin antiquités, n°388, mai 2021, pp.26-31. |
Le magazine des professionnels et collectionneurs d'antiquités vient de mettre dans nos kiosques un bel et long article : pour 5 euros, Aladin nous offre un excellent résumé bien illustré sur le design reconstruction, avec des indices sur les prix courants (disons à un tarif pro', dur à obtenir pour les amateurs). Ainsi, sans prétention, Aladin coupe l'herbe sous le pied à de nombreuses revues jugées plus précieuses qui n'ont encore jamais abordé ce sujet, ou presque. Sans doute restent-t-elles prisonnières d'une ligne éditoriale imposée par un Colbert ou un néo-Colbert ? Plus sérieusement, il faut constater que le marché de l'art est actuellement en train de repositionner les pièces de son puzzle historique pour faire une petite place à la Reconstruction (avec majuscule, en tant que période historique). L'ultime expression du mouvement art déco se déplace légèrement vers l'arrière et le vieux "style 1940" trouve de nouvelles bornes temporelles : elle entre en scène dans l'exposition internationale de 1937 et se retire plus ou moins discrètement en 1945... Après cette date, dix années se libèrent pour notre design reconstruction (avec minuscule, comme les styles). Oui, la reconstruction parvient enfin à jouer des coudes et à se faufiler avec ses piétements aiguilles entre le gros fauteuil à moustache de style 1940 et le clinquant canapé pop des années 1950. Il faudra un jour trancher : avant ce sont plutôt des "styles" (art nouveau, art déco, et même moderne), après c'est du design (pop, post-moderne, etc. jusqu'à nos contemporains). La reconstruction possède donc un peu des deux, mi-style, mi-design. Mais ce "design libéré" est parfaitement présenté en ouverture de l'article :
"Si la plupart des grands courants des arts décoratifs du XXe siècle sont aujourd'hui identifiés, il subsiste comme un flou autour de l'immédiate après-guerre. Le mobilier de la reconstruction semble transitoire. En réalité, il est fondateur ! Gros plan sur dix ans de créations au service de la France."
L'auteur est bien le même Aurélien Jeauneau que nous connaissons comme l'un des auteurs figurant sur la couverture de la monographie Pierre Guariche, éditée par Norma l'an dernier. Il en est le spécialiste installé à Saint-Ouen (Marché Paul Bert Allée 6 Stand 93). Mais nous apprenons en lisant avec attention cet article qu'il est aussi plus discrètement présent comme antiquaire ayant pignon sur rue den plein centre-ville de Bordeaux (19, rue Notre-Dame), dans la galerie Pradier-Jeauneau (instagram). On y découvrira en septembre une exposition sur la Reconstruction : événement à ne pas manquer !