Article du Décor d'aujourd'hui, n°94, 1955
L'année 1955 est celle d'un basculement dans la création. Tout d'abord, les décorateurs et architectes de la reconstruction disparaissent définitivement des revues de décoration (cf Style Reconstruction). Ensuite, la représentation des intérieurs évolue brutalement : fini le temps du logement moyen, retour sur l'appartement du notable, la villa de l'artiste, la maison de campagne et l'objet hors de tout contexte. Pour illustrer ce changement, voici une belle série de photographies en couleur puisées dans le Décor d'aujourd'hui autour d'un événement-clef : l'exposition Knoll "Sens de l'espace et de la couleur" aux grands magasins du Printemps. Entrons dans les paradoxes d'un design à la fois kitsch et moderne (voir la revue du design). Knoll s'impose dans un paysage créatif encore relativement tranquille. Si l'ouverture du premier magasin de la marque en France (rue de l'Abbaye, 6ème arrondissement) apparaît relativement discrète en 1951 et n'influence qu'une petite frange de clients et de créateurs de la Rive Gauche, l'exposition du Printemps est très remarquée : regardée de loin, elle fait l'effet du bouquet final dans le feu d'artifices de la modernité... On est désormais très loin du modèle social de quelques créateurs utilitaristes. A partir de ce moment, les décorateurs ne vont plus se sentir obligés de mettre dans un contexte réaliste leur mobilier et vont se fixer sur les effets photographiques, les jeux d'ombres, les perspectives, les mosaïques de couleurs, soit valoriser un meuble-objet en tant que tel, sans se soucier du reste. L'esthétique gagne ainsi sur le côté pratique et la position n'est plus obligatoirement fonctionnelle car le meuble s'impose comme une sculpture ou un objet d'art, à l'image de cette série de chaises jetées au hasard dans un grand jardin. C'est l'heure du "chic Knoll" qui va totalement bousculer la valeur d'élégance discrète de l'art décoratif car le prestige n'est désormais plus celui du sobre, du classique et du fonctionnel mais il est déterminé par la forme sculpturale, décorative et inventive du meuble-objet. Les jeunes décorateurs français semblent en avoir le souffle coupé. Alors que le style Reconstruction se retire, toute la jeune génération implante un élément Knoll dans son décor : discrète T-angle, gros Womb chair ou inévitable fauteuil Bertoïa... Jacques Hitier montre un bel exemple de cette fascination nouvelle. Alors qu'avant l'exposition il rénove le logement d'un particulier en utilisant des meubles de style, peu après il présente un appartement avec des meubles Knoll. L'effet graphique est puissant et c'est le succès immédiat puisque son ensemble fait la couverture des Intérieurs modernes de Charles Massin (édité en 1956).
The year 1955 was a shift in French decoration. First, the designers' style reconstruction "disappear almost entirely of decorating magazines. Secondly, that furniture is changing over time housing-type staged. The event that marks this change is the exhibition Knoll: the creators do not will recover, and will automatically add an icon-Knoll furniture in their decoration ...