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mercredi 24 février 2021

Salon des arts ménagers // 1951 Foyer d'aujourd'hui

 


La salon des arts ménagers de 1951 est connu pour sa promotion assurée par Francis Blanche et Pierre Dac, déguisés en clochards afin de vanter les merveilles du progrès, comme cette soucoupe volante servant à cuire les œufs au plat (magie de l'induction prodiguée par la fée électricité). Le gadget surgit, alors que le pays n'est pas encore très brillant. Cependant, le changement est bien présent dans le mobilier que l'on retrouve dans une présentation en "couleur", car de nombreux stands seront publiés dans l'Art ménager français l'année suivante. Ce témoignage visuel est précieux et l'on peut considérer ce salon comme le IIIe événement majeur dans l'histoire du "style reconstruction", et comme la 9e étape dans cette brève suite historique, qui ne dure que dix ans (disons 1945-1955 pour simplifier).

  1. (I) mobilier d'urgence 1941-45 pour les sinistrés 
  2. salon d'automne, dit de la Libération, en 1944
  3. première exposition de la Reconstruction en 1945
  4. salon des artistes décorateurs, 1945 (SAD n°31 1945 // meubles d'urgence)
  5. (II) exposition de 1947 (Exposition internationale // urbanisme et habitation)
  6. salon des arts ménagers, 1948 (Meubles de série // Arts ménagers 1948) et 1949
  7. salon des artistes décorateurs, 1949 (SAD n°35 1949 // catalogue)
  8. premiers "appartements types" ou témoins in situ dans les villes reconstruites, dès l'été 1949 (citons déjà 8.a - une exception : Le Corbusier à Marseille // vs style 1940)
  9. (III) salon des arts ménagers 1951, Foyer d'aujourd'hui "matériaux dans le living-room"...
  10. ...jusqu'à l'ultime événement marquant une fin dans une autre forme de démocratisation (IV) concours MRL de 1954 (Concours 1954-55 // Ministère de la Reconstruction

Au centre, le sommet, l'apogée. On le découvre dans le foyer d'aujourd'hui. Seuls quelques rares décorateurs persistent dans l'ancien "style 1940" (reliquat de la vielle histoire des arts décoratifs), mais ils parviennent à trouver une place de choix : Dominique, Leleu, Old, Royère... Ce sont les derniers, ceux qui trouvent encore le courage de prolonger une manière de faire et de vendre datant du XIXe siècle, avec une production de type artisanale (faubourg St-Antoine), une diffusion à partir des commandes faites auprès du décorateur lui-même, une réputation légèrement appuyée par quelques rares publicités égrenées dans des magazines de qualité (mais le bouche-à-oreille reste la meilleure méthode pour cette clientèle, où l'on se recommande les uns les autres). On ne parle pas de prix, c'est indécent, mais on y pense. Toutefois, il semblerait que leurs clients soient de moins en moins nombreux. C'est ainsi que la société évolue au milieu du vingtième siècle.

Non, décidément, le présent est ailleurs en 1951, et même très loin. Malheureusement René Gabriel est décédé et ne voit pas cet instant où tout se cristallise, marquant le succès incontestable de son "style", voire de ses idées. C'est alors que naît l'idée de créer le "Prix René Gabriel" afin de lui rendre hommage (wikipedia), tout en présentant un stand en son nom pour présenter ses dernières créations (c'est probablement Alain Richard qui s'y colle). La transition semble parfaite : René Gabriel, l'ami du ministre Raoul Dautry, a cédé sa place à Marcel Gascoin, l'ami du ministre Claudius Petit. Gabriel donne tout à Gascoin : ses stagiaires, ses fonctions, ses commandes, même ses poteries de Pigaglio... Et il sera naturellement nommé "Prix René Gabriel d'honneur" à titre rétrospectif. Marcel Gascoin a maintenant toutes les cartes en main, les non-choix du passé doivent devenir les grands choix du présent, c'est le vœu du ministère.

Le premier changement important réside dans le basculement de la plupart des créateurs vers le "style Reconstruction". Il y a déjà les anciens, René Gabriel (stand d'hommage) et Marcel Gascoin lui-même, ainsi que leurs anciens employés : Alain Richard, Pierre Guariche, Jacques Hauville. Il faudrait ajouter une section spéciale pour Suzanne Guiguichon, qui appartient au tout petit club des précurseurs. Arrivent aussi de nouveaux adeptes comme Gustave Gautier, Michel Mortier, Robert et Jacques Perreau... Tout le monde commence à s'y mettre sérieusement. La revue Maison française titre "Naissance d'un style" à propos de ce salon. Son influence est telle que ce "style" va contaminer l'industrie l'année suivante. Dans Mobilier et décoration, le critique René Chavance précise un an plus tard l'étendue du phénomène dans le salon des arts ménagers (1952) : même la grande industrie " naguère encore vouée en grande partie aux imitations de styles révolus, on ne voit plus qu'une infime minorité de salles à manger Henri-II et un contingent très diminué de faux 1925. En revanche, les meubles à combinaison, démontables, superposables, escamotables qu'imposent les dimensions réduites des nouveaux logis, prennent de plus en plus de place."

Mais l'autre changement est plus discret, c'est une extinction : l'effacement des "modernes radicaux" : Jean Prouvé fait désormais de l'architecture (maison-coque) et abandonne l'idée de vendre au peuple son mobilier ultramoderne ; quant à l'UAM, elle revient au salon des arts ménagers avec la section "Formes utiles", mais en présentant des appareils sanitaires (à la manière de Duchamp), c'est à dire en renonçant provisoirement à s'occuper des meubles... Ils laissent la main. Les expérimentations dans ce domaine appartiennent désormais aux "créateurs de modèles". Une première liste est donnée dans le Décor d'aujourd'hui (n°62 de mars 1951) : "Au salon des arts ménagers... Le matériau suggère des recherches nouvelles" … le rotin (Sognot, Villain, Jallot, Klotz-Gilles), les tubes d'acier (Guariche, Hitier), le bois moulé (Gascoin), l'aluminium (Monpoix, Mortier), la laque (Guariche), le Formica - matière plastique (Renou et Génisset), les tubes et le bois (Coutant). Voici le premier indice : la modernité expérimentale dans le meuble se diversifie pleinement et ne se limite plus aux formes rationnelles du métal. Les nouveaux modernes du meuble, que l'on nommera bientôt des designers, se différencient pour la première fois, ayant pour la plupart débuté dans le "style reconstruction". Il y a donc trois histoire à raconter ici : celle du mouvement moderne, celle des artistes décorateurs, celle des designers...

Ci-après, les planches en couleur de l'Art ménager français (éd. 1952) relatant la section Foyer d'aujourd'hui au salon des arts ménagers de1951. 

jeudi 30 juillet 2020

Groupe Saint-Honoré // Caillette & Cie

Décor d'aujourd'hui, n°53, nov.-déc. 1949, stand des frères Perreau, du "groupe Saint-Honoré"

Tous les sites d'histoire du design, sans exception, regardent le "groupe Saint-Honoré" comme un événement historique ; certains exagèrent déjà beaucoup en le présentant comme l'un des points de départ pour les meubles de série en France ; d'autres s'égarent encore plus loin... Par exemple, le journal La Tribune (latribune.fr) a publié en 2010 un article intitulé "Quand le design devient une industrie" où l'on trouve cette phrase saugrenue : "Sixties [sic] Sur le terrain, le groupe Saint-Honoré formé par de jeunes décorateurs ouvre à Paris un magasin coopératif destiné à diffuser du mobilier aux dimensions réalistes, démontable, escamotable, superposable et pliant..." Nul ne saura jamais où ce journaliste a puisé cette idée, ni pourquoi il place l'événement dans les années 1960, alors qu'il date de la fin de l'année 1949 : sans doute la culture orale combinée à quelques lectures en diagonale, mais certainement pas la règle d'or journalistique du "recoupement des sources" (certes, le blog Art utile n'existait pas encore).... Pardonnons, car il faut toujours se réjouir de voir, grosso modo, un rapprochement entre les univers du design et de l'industrie, même si cela reste confus. Un jour viendra où le quidam français comprendra que le "disagne" n'est pas un produit inutile et inconfortable, coûteux et luxueux, aux formes biscornues et ostentatoires, aux matières rares et précieuses, mais l'inverse ! 

Toutefois, s'il faut écrire une histoire française du design de meubles, il convient de le faire correctement, en plaçant chaque événement à sa juste place. Avant que les fake news tirés des plus mauvais journaux, et parfois des meilleurs livres, n'envahissent définitivement la toile, mieux vaut établir une chronologie... Signalons tout de suite qu'une dizaine d'événements déterminants en matière de mobilier de série précédent la formation du "groupe Saint-Honoré". Citons :

Il convient donc de redonner à ce groupe la réalité de son importance afin de voir pourquoi il fait événement et en quoi il serait spécifique. Premièrement, ce groupe n'est ni un "magasin" (encore moins "coopératif"), ni même une association, mais simplement l'union provisoire et opportune de six créateurs désirant organiser une (et une seule) exposition temporaire ! Celle-ci ne provoque pas de discontinuité dans les lignes créatives, mais se situe pleinement dans le prolongement des recherches amorcées depuis la Libération visant des meubles de série robustes, rationnels, démontables, combinables, transportables (voire transformables), économiques, etc. Bien qu'ils n'aient pas été remarqués, la plupart des membres du groupe participent aux expositions citées ci-dessus  : Hauville et Perreau ont très discrètement débuté dans l'exposition de 1947 ; puis Jacques Perreau a réalisé l'équipement de l'habitat-modèle du village d'Epron, dans le Calvados, présenté au SAM de 1949 ; de la Godelinais travaille sur divers meubles industriels aux Arts ménagers en 1949 et sur un modèle de chambre d'hôtel pour le SAD en 1949 ; quant à Bernard Durussel, il est le seul a connaître un réel succès en apparaissant une première fois au salon des Arts ménagers en 1948 grâce à ses recherches sur le mobilier en tube de métal (Bernard Durussel (1926-2014) // desserte roulante).

Reste l'hypothèse de la "jeunesse", mais la liste des participants figurant dans la revue Maison française (n° 34, janvier 1950, p.22) pousse à rejeter également cette idée simple : 41 ans pour Renan de la Godelinais (1908-1986), 30 ans pour René-Jean Caillette (1919-2004), 27 ans pour Jacques Hauville (1922-2012) ; restent les 23 ans du réellement jeune Bernard Durussel (1926-2014) et l'âge inconnu des frères Robert et Jacques Perreau (si quelqu'un à la réponse, merci de me contacter). Toutefois, ce large éventail ne dérange pas la rédaction du Décor d'aujourd'hui (n°53, nov.-déc. 1949) qui titre un peu trop vite "les jeunes s'unissent" et "en groupe des jeunes étudient les problèmes d'aujourd'hui", lançant une rumeur qui s'éternise encore de nos jours... De fait, plutôt que des "jeunes", ces créateurs sont surtout des inconnus pour les critiques. Il s'agit de nouveaux venus dans ce domaine... Et encore, la nouveauté reste relative car seul René-Jean Caillette n'a jamais exposé auparavant. Est-ce lui qui dispose des ressources permettant d'organiser cette présentation du "groupe" dans l'une des boutiques les plus luxueuse de Paris, à l'intersection de la rue du Faubourg Saint Honoré et de la rue Royale ? C'est la piste privilégiée par Patrick Favardin qui le signale comme organisateur - probablement à partir de sa documentation personnelle.

Oui, certes, mais "jeune", c'est surtout le mot nouveau ! C'est celui de la section de Marcel Gascoin au salon des artistes décorateurs la même année. "Jeune", c'est mieux que "série", si triste, tourné vers le sinistre, le social, le passé de la guerre. "Jeune", ce n'est pas forcément le créateur, c'est surtout le style,  c'est aussi le client qui veut miser sur l'avenir, sur la simplicité et qui n'a pas besoin d'être fortuné.

Quoiqu'il en soit, le véritable événement que provoque cette initiative est la mise en avant de six décorateurs méconnus dans deux articles (Maison française et Décor d'aujourd'hui). En arrière plan, s'opère discrètement l'intégration de René-Jean Caillette dans le petit cercle des premiers "créateurs de modèles de série". Au centre du cercle, Marcel Gascoin, dont deux exposants du groupe Saint-Honoré, Hauville et Durussel, sont d'anciens employés, et avec lequel les frères Perreau ont déjà travaillé pour l'Exposition internationale et les Arts ménagers... Seul Caillette était alors un inconnu aux yeux de Gascoin, qui hérite justement à cette date de l'organisation de très grands événements légués par René Gabriel : salons, expositions, chantiers d'Etat, publications, etc. Pour résumer, comme le signale Patrick Favardin dans ses Décorateurs des années 1950, l'exposition du "Groupe Saint-Honoré" marque la rencontre de Caillette et de Gascoin, et j'ajoute : un point c'est tout ! Il est fort probable qu'il s'agisse en réalité d'un "coup de com' " imaginé par des créateurs cherchant à renforcer leur position, et à se faire remarquer des critiques et d'un public supposément avisé. Ces "(plus ou moins) jeunes loups" visent un lieu de prestige en affirmant présenter un nouveau style capable de séduire la jeunesse dorée des beaux quartiers. C'était le premier événement du genre, et l'idée a certainement séduit le déjà-vieux Marcel Gascoin (né en 1907...) héritier de l'antique René Gabriel (1899, siècle d'avant...), lui-même descendant du préhistorique Francis Jourdain (1876, quand même).  Trois génération de modernes et c'est à partir de cette date que le "design" devient un "style jeune", provoquant une confusion entre la "jeunesse" et la "nouveauté", qu'il s'agisse des créateurs, de leurs créations, ou de leurs acheteurs. 

Ci-après, présentation de quatre autres stands de l'exposition du "groupe Saint-Honoré" publiés, cette fois en noir et blanc, dans le Décor d'aujourd'hui et autres images contemporaines des mêmes créateurs...

samedi 19 mai 2012

Concours 1954-55 // Ministère de la Reconstruction

stands de Pierre Cruège et de Pierre Broc au Printemps, meubles du concours CTB-MRL de 1954

En fin d'année 1954, le mobilier Reconstruction passe en mode automatique. Le Décor d'aujourd'hui (numéro 92, pp. 130-136) signale que "les organismes officiels s’occupent enfin des créateurs de meubles" et présente un article très illustré. "Le Ministère de la Reconstruction et du Logement et le Centre Technique du Bois ont sélectionné avec clairvoyance de très intéressants ensembles au Concours du mobilier de série qu'ils avaient eu le mérite d'organiser il y a plusieurs mois. Il était imposé aux concurrents la réalisation d'une chambre à coucher ou d'une salle de séjour pour le prix modeste et fort surprenant de : 75.000 fr pour la chambre à coucher, 75.000 fr pour la salle de séjour. Les ensembles réunis dans ces quatre pages sont exposés aux Grands Magasins du Printemps. Il faut s'intéresser à leurs prix de détail car l'on trouve par exemple un bahut à 29.500 fr, ou des chaises à l.925 fr." Après divers reports, l'échéance tombe le 14 septembre 1954. Les lauréats et quelques candidats sont présentés avant même d'obtenir un stand officiel au salon des arts ménagers en 1955 (dans les minuscules maisons Courant). Les amateurs remarquent quelques noms : il s'agit des frères Perreau ou de Roger Landault (cf. Roger Landault // style Hard French). Il faut aussi analyser un glissement car le premier prix remis à Pierre Cruège récompense un style plus maniériste que rationaliste. De même, la chaise Landault s'inspire d'innombrables modèles préexistants, mais elle s'avère être la plus simple et la plus économique. Rappelons que l'aménagement complet du logement - de l'armoire de chambre jusqu'à la brosse à vaisselle - était limité à 260.000 francs (env. 5.000 euros), somme allouée par l’État à un couple sinistrés. Il faut cependant constater que la diminution des coûts poussent vers une relative fragilité. Les épaisseurs rompent définitivement avec le rustique ou le cossu (qui garantissait un usage pluriséculaire), pour adopter une finesse "métastable" dans des bois plus fragiles... Concernant ces produits nouveaux, la critique n'évoquent plus vraiment le confort, ni la "robustesse", mais parle de chaises "sur lesquelles on peut espérer s'asseoir longtemps en toute sécurité". Le ton révèle une condescendance pour un "autre public". Un trimestre plus tard, le Salon des arts ménagers présente ces mêmes meubles dans les microscopiques Maisons économiques et familiales alors que les galeries du Printemps exposent les fastes d'un chic Knoll (Knoll // Printemps 1955). La rupture est brutale. Désormais, le "style Reconstruction" est un "économique et familial", bientôt un "style HLM"... Que l'on va renier de la même manière que l'architecture, dans un silence qui se prolonge encore.

As a Polaroid (now integrated in the Picasa photo software), the reconstruction style slides into automatism. At the end of 1954, an article illustrated (Décor d'Ajourd'hui, n°92) reports that officials organism (Wood Engineering Office, Ministry of Housing) organized a competition to define modern and economic models. In 1954, the winners are Herrmann and Cruège but also we discover Landault, Perreau, Broc, Broyard, Leloup, Martinet, Heutte, Levigne, Klein, Martinet. A year later, the Engineering Office (CTB) puts the price alone : and it is not the same choice ...