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mardi 1 septembre 2020

Reconstruction des Vosges // Saint-Dié etc.

Mobilier de réinstallation de René Gabriel, à l'intérieur d’une ferme provisoire, coll. part.. Base Mémoire : IVR41_20128803307NUC2A. © Région Lorraine-Inventaire général. via journals.openedition.org

Ferme provisoire à Anould, entre Saint-Dié et Gerardmer (google.com/maps)

Souvenir de nos vacances - été 2020 - surtout, ne pas voyager loin, ordre de la "démocratie sanitaire". Passons sur l'inquiétude que provoque l'ajout d'un adjectif à ce mot. Obéissons, jouons avec la contrainte, cherchons un bonheur hygiénique éco-compatible après un petit saut de colibri, à trois heures de Reims : les Vosges, pays des randonneurs suréquipés, du grès rose, des épicéas, des gites à tarif exorbitant, etc. Les écrits sont nombreux ici, sur Le Corbusier rejeté par la population, sur l'architecture "moderne locale" qui l'a remplacé à Saint-Dié (beaucoup moins que St-Malo ou Giens), sur les sinistrés et la vie dans les baraquements provisoires. Mais il y a d'autres thématiques, comme la reconstruction rurale. Tout d'abord, un ouvrage à lire en ligne : La Seconde Reconstruction dans l’est des Vosges par Jean-Yves Henry (lien journals.openedition). L'auteur a étudié deux sujets des plus intéressants dans cette région : la reconstruction des fermes et les scieries hydrauliques vosgiennes (lien journals.openedition), en faisant l'exploit de ne pas citer Les grandes gueules. Ce film culte raconte la fin d'une industrie, la transition du petit hydraulique vers le gros électrique... Loin des grandes gueules, l'auteur fait le job en évitant certains sujets délicats, sous couvert d'une rigueur type "Inventaire", y compris pour la reconstruction. Par exemple, son titre interroge car la "seconde reconstruction" désigne plutôt la troisième (pour rappel : 1°-1918, 2°-1940, 3°-1944) et l'est des Vosges respecte uniquement le découpage au sens "administratif", celui du département numéroté 88 par l'ex-service des Postes & télégraphes, mais il correspond inversement à l'ouest du massif, celui de la perception commune, à la fois paysagère, historique, géographique et stratégique, on y reviendra...

L'article publié dans In Situ cible la reconstruction rurale et décrit parfaitement la typologie des fermes "provisoires" et "définitives" couvrant ce bout de territoire. Mais il est difficile en le lisant de savoir à qui sont attribuables les destructions. Ce sera le sujet de cet article. Cherchons... Rien... Le même genre de phrase se retrouve dans absolument toutes les publications concernant la région : "En novembre 1944, devant l’avancée des troupes alliées, les Allemands se retirent, dynamitant ce qui n’a pas été détruit par les bombardements des semaines précédentes." Je n'en peux plus de lire partout cette affirmation caricaturale. Qui ? Pourquoi ? Dans ce récit, les armées allemandes figurent beaucoup trop le cliché de la méchante bêtise que l'on trouve dans les blockbusters. Il doit y avoir une raison plus rationnelle. Les causes de la guerre sont toujours mauvaises, toujours répugnantes, surtout celle-là, mais la guerre en elle-même se mène malheureusement de manière le plus souvent très rationnelle. 

L'explication se trouve dans une autre publication, s'intéressant non pas au patrimoine, mais à l'histoire des Malgré-nous (MOUGEL Nadège), Les travailleurs forcés des Vosges à Pforzheim), que l'on trouve résumée ainsi (journals.openedition.org) :  
"Le débarquement, suivi de la lente marche des Alliés vers l’Est, amène les occupants à transformer le versant ouest des Vosges [cette fois au sens du massif vosgien] en une ligne fortifiée (le Schutzwall West) destinée, dès septembre 1944, à fixer l’avancée alliée par la construction d’une ligne de tranchées. Les travaux sont effectués dans une politique de travaux forcés par la population civile renforcée au départ par les Hitlerjugend venus d’Alsace et du pays de Bade et envoyés par le Gauleiter Wagner. En même temps, la population locale est soumise à la Gestapo renforcée sur place par le repli des hommes venus de l’Ouest de la France. C’est dans ce climat devenu de plus en plus pesant qu’est également lancée la lutte contre les maquis. Celui de la Piquante Pierre est liquidé moyennant 51 victimes. L’intervention personnelle de Himmler amène à la décision de mettre en œuvre une politique de terre brûlée, précédée par l’ordre de rafler de manière systématique tous les hommes de 15 à 65 ans sur une ligne de 250 km le long du versant vosgien afin de les amener travailler en Allemagne. Ce qui est alors présenté comme une mesure de précaution n’est en réalité qu’une mesure de force destinée à éviter tout contact avec d’éventuels maquis et avec les Alliés. 4 746 Vosgiens sont transférés dont 483 Bressauds qui, après une marche dans la neige vers Wesserling, parviennent par train à Pforzheim."
Eh bien ! Voilà, ce n'est pas plus compliqué. Ils détruisent tout entre septembre et novembre 1944, y compris les fermes et les habitations isolées, afin d'éviter la formation des maquis au niveau d'une frontière naturelle que les nazis espèrent consolider (c'est à dire l'ouest des reliefs vosgiens). Dans la région, il n'est donc pas étonnant qu'il soit impossible de trouver une ferme antérieure à 1944, y compris dans les coins perdus. De ce côté-ci des Vosges, c'est une destruction totale, systématique, tel que l'on en trouve presque nulle part. C'est différent du reste de la France, où les Alliés rasent villes et gros bourgs, car ils craignent de voir leurs troupes traverser des espaces urbains non-évacués, c'est à dire non-sécurisé. Dans le reste de la France, ces bombardements ont presque tout détruit en 1944-1945 - car les Alliés n'avaient aucune raison d'épargner un pays collaborateur, point de départ de missiles. Cessons d'être polis. On le sait maintenant. La France collaborait avec tant de zèle que cela inquiétait parfois les dirigeants allemands eux-mêmes. Alors, il faut mettre de côté le pays héroïque inventé a posteriori par de Gaulle et se demander, pourquoi, vraiment, tout ce bazar dans les Vosges ? Pourquoi est-ce différent dans les Vosges ?  Lorsque les soldats allemands détruisent tout, il faut toujours se demander "pourquoi ?", y compris pour tenter de comprendre l'horreur démesurée commise à Oradour. 

Ci-après, pour changer de sujet, et se distraire un peu, quelques photographies prises dans le musée de Saint-Dié présentant un baraquement provisoire, avec ses meubles (René Gabriel) et ses objets quotidiens. Beau travail muséographique. On voit aussi que la reconstruction, c'est encore très simple, c'est très rationnel. Cela appartient toujours à la guerre et c'est exactement pour ça que les contemporains ne l'aiment pas vraiment. C'est pour ça, aussi, qu'il faut apprendre à regarder autrement. 


dimanche 1 mars 2020

Journée d'études à Lorient // ma conférence

Les conférenciers, g. à d. : Christophe Deutsch-Dumolin (Animateur du patrimoine, Lorient), Mickael Sandra (Mémoire de Soye), Patricia Drenou (directrice des Patrimoines, Lorient), Helène Caroux (service du patrimoine culturel, C.D. 93), Pierre Gencey (chercheur indépendant), Elisabeth Blanchet (photographe, association Prefab'), Ollivier Disarbois (témoin, président de l'association Les Amis des Baraques), Céline Pensec (architecte), Patrice Gourbin (maître de conférence, ENSAN), Isabelle Baguelin (chargée protection MH, DRAC Bretagne)

En souvenir de cette belle et agréable journée d'étude à Lorient, voici la photographie prise des conférenciers. De prime abord, la conclusion est simple : il faut qu'une histoire couvrant des territoires plus importants s'écrive - au moins à l'échelle de la France - et que les récits sur les baraques provisoires ne se réduisent plus seulement à une accumulation d'anecdotes récoltées à Brest, Lorient, Gonfreville, Saint-Lô, Caen, Boulogne, Saint-Dié et mille et une autres villes qui abritaient des cités provisoires... 

Cette réflexion du modérateur est particulièrement juste. Il faut voir grand, se placer au loin pour analyser ce qui tient d'une décision nationale à l'intérieur d'un mouvement international, ne serait-ce que pour les distinguer des initiatives locales qui montreront ensuite leurs spécificités territoriales.

Cependant, j'ai justement choisi pour ma présentation d'utiliser le petit bout de la lorgnette : l'égo-histoire ! Si, tout comme moi, on ne croit pas aux métarécits, que l'on préfère les accumulations, les accrétions, les structurations, disons le syncrétisme, alors l'égo-histoire et la micro-histoire restent les meilleures approches. Et c'est la mise côte-à-côte des petites choses qui laissent au lecteur le choix de se construire son propre  « roman », en triant les données par lui-même. À lui de voir s'il préfère regarder les consignes préfectorales, les brèves de comptoirs dans le bistrot de la baraque n°12, le journal du curé, ou - pourquoi pas - la vie retrouvée de ce créateur qui a conçu un mobilier idéal pour une baraque idéale éditée suivant les consignes du ministère de la Reconstruction en 1944... C'est mon choix... 

Ci-après, le texte de mon intervention sur le mobilier d'urgence.


samedi 1 février 2020

6 février 2020 // journée d'étude à Lorient



Réveil provisoire du blog afin de signaler une "journée d'étude", à Lorient :
« Les Préfabriqués, de l’urgence à l’appropriation » 

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la France doit faire face à une crise du logement sans précédent. Deux millions de sinistrés sans logement doivent être relogés. Le MRU (Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme) préconise la solution des maisons préfabriquées et des cités provisoires. Plus de 156 000 « baraques » sont érigées sur le sol français. Bâties dans l’urgence et censées être temporaires, elles ont pourtant duré beaucoup plus longtemps que prévu puisque des milliers sont toujours en place et habitées. « De l’urgence à l’appropriation » est une journée d’étude visant à comprendre l’importance de la place des baraques dans l’histoire de la Reconstruction, puis de leur appropriation par leurs habitants mais aussi par différents acteurs du monde associatif et culturel liés à la conservation du patrimoine. La journée d’étude et les visites guidées sont proposées dans le cadre de l’exposition « Préfabuleux » présentée à l’Hôtel Gabriel jusqu’au 14 juin.

Programme ci-après...

vendredi 31 janvier 2020

René Gabriel INDEX // Meubles d'urgence 1941



Préparation d'une conférence (cf. 6 février 2020 // journée d'étude à Lorient)... Parmi les données du livre René Gabriel, il n'a pas été possible (et il aurait été de peu d'intérêt) de reproduire intégralement les plans techniques des "meubles d'urgence" pour les "constructions provisoires" - destinés à des éditions en grande série ; ils ont été dessinés en 1941 dans le but de faciliter le relogement des premiers sinistrés de la Seconde Guerre mondiale. Il ne faut pas les confondre avec les "meubles de réinstallation" redécouverts depuis une dizaine d'années (Meubles de réinstallation 1944 // René Gabriel (2/2)) et désormais rentrés dans la culture générale ; il ne faut pas non plus les assimiler aux ensembles "Prioritaires" de 1944 ou de "Premier Prix" présentés au salon des Artistes décorateurs à partir de 1945, ni avec ceux plus luxueux de la marque "Clairnet" redessinés et édités à partir de 1944 ou du "Meuble de France" projet de la même période qui devait aboutir en 1947... Gabriel est très prolifique et il faut quelques années pour comprendre ! Pour s'y retrouver rapidement, il est plus simple de revenir au chapitre III du livre...

Je propose dans ce blog d'aider amateurs et professionnels à identifier ces premiers modèles historiques datant de 1941 dont les numéros sont inscrits dans les "types" : 100, 110, 120, 130, 140, 150, 160, 170, 180, 190, 200, etc. jusque 260, au moins. Ci-dessous les plans conservés s'inscrivent dans une nomenclature précise avec dix meubles par "type", le dernier chiffre indiquant sa nature : buffet (--0), table -1), banc (--2), chaise (--3), armoire parents (--4), lit parents (--5), chaise pour parents (--6), armoire enfant (--7), lit enfant (--8), chaise d'enfant (--9). Il y a donc un projet de 26 séries incluant dix meubles, soit 260 modèles, mais certains sont incomplètes, d'autres s'assimilent à des doublons car les détails manquent (par exemple le banc n°102 paraît identique au n°142, mais l'observation des types 100 et 140 dans leur ensemble montre que le 102 est probablement en caillebotis et le 142 en contreplaqué rainuré). Il manque le descriptif des meubles et de nombreux plans qui ne permettent pas toujours de différencier les matériaux ou les finitions.

Dans ces gammes très économiques, le jeu des variations devient particulièrement  intéressant et illustre la volonté de Gabriel d'offrir des modèles rationnels, utiles et susceptible de répondre aux goûts de chacun. Il existe donc des variantes sobres et rationnelles (type 100), d'autres plus élaborées (110), certaines légèrement "rustiques" (120) ou "art déco" (130), et divers... Tout ceci a été concrètement édité en série, avec des modèles plus fréquents et d'autres plus rares. Aucune étude quatitative n'a été menée - sachant que les archives montrent que des modèles ont été édité avant-guerre (marque Clairnet) et d'autres après-guerre (SBO, Lieuvin, MAS, etc.). Il est probable que sous l'Occupation et à la libération des entreprises aient été obligées de produire ces meubles.


mercredi 31 octobre 2018

Mobilier de Réinstallation // Saint-Lo 2019



Elisabeth Marie, conservatrice déléguée des antiquités et objets d’art (CDAO) du Conseil départemental de la Manche, et Robert Blaizeau, directeur du musée de Saint-Lô, réalisent actuellement un travail de recherche qui prolonge et complète le défrichage mené au Havre sur les logements dans la Reconstruction. Ils se plongent avec un plaisir évident dans ce moment de naissance du design et montent une impressionnante collection, tout en déployant la rigueur nécessaire à une sérieuse mise en mémoire en relation avec les données du territoire. Cette mémoire est celle de la Normandie dans son paysage "moderne" et "reconstruit", celui des villes et villages détruits par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. C'est un patrimoine longtemps resté invisible car il a été effacé par le "trauma" d'un événement violent et complexe, où l'invention de la société à venir (encore actuelle) jouxte un brutal effacement, où - plus terrible encore - celui qui vous détruit est aussi celui qui vous libère.

Pour comprendre ce moment déterminant dans notre histoire, ces chercheurs de la Manche se concentrent sur les objets quotidiens des habitats d'urgence et sur les logements de la Reconstruction : architecture, mobilier, ustensiles de cuisine et divers appareils domestiques... C'est un travail de médiation et de valorisation qui a débuté au début des années 2010 (Meubles de réinstallation 1944 // René Gabriel 2/2) dans un certain anonymat. Il attire désormais la télévision régionale qui vient d'y consacrer une série de reportages intitulée L'architecture de la reconstruction mal aimée en Normandie ? Tout ceci va aboutir sur un ouvrage qui fera date, La reconstruction dans la Manche (1944-1964) accompagné d'une exposition permanente dans le musée de Saint-Lô. Ce sera en 2019.

Ci-dessous, pour mémoire, les plans des "meubles de réinstallation" de René Gabriel adoptés par le service des Constructions provisoires en avril 1944, et les photographies prises très probablement lors d'une présentation dans la "pré-exposition de la Reconstruction" confiée en 1945 au Commissariat général du Salon des arts ménagers, organe associé au CNRS (cf AN-Pierrefitte fonds CNRS 20040397/1-20040397/4).  On y découvre deux ensembles que connaissent tous les Normands, et plus généralement les habitants des régions françaises sinistrées par la guerre : la salle à manger avec le buffet-vaisselier V.150, la table T.151 et les chaises gigognes A.153, la chambre avec le lit n°155 et l'armoire S.154 avec sa variante I (6 caissons sur portes, 3 caissons latéraux) et sa variante II (3 caissons sur l'ensemble).

lundi 10 septembre 2018

Reims 1920 // baraques provisoires et histoire durable



Le tocsin sonne le premier août 1914. Placardée dès le lendemain sur un mur de Reims, cette affiche suit le "désordre" provoqué par l'invasion du Grand-Duché et annonce le fameux "ordre" de mobilisation générale qui suit immédiatement et que l'on retrouve dans tous nos livres d'histoire. Le maire de Reims, Jean-Baptiste Langlet, appelle au calme ses concitoyens. L'image semble dater d'hier... En réalité elle a un siècle et provient des collections extraordinaires du musée Albert-Kahn... Qui sait que les fameux "autochromes" de la Première Guerre mondiale s'étendent plus largement ? Et pourtant, ces photographies en couleur offrent une série d'images uniques au monde, par sa volonté de couvrir systématiquement le territoire en poursuivant la logique de la Mission héliographique. On découvre Reims immédiatement après les destructions, au tout début des années 1920. Un lieu de mémoire s'est imposé depuis l'incendie de la cathédrale relayé dans le monde entier. Les historiens réécrivent l'aventure du "joyau gothique", lui offrent la première place, font de "l'école de Reims" le point de départ de la sculpture médiévale et inventent le "Sourire de Reims". La tête du fameux ange est tombée sous les bombes, mais la statue de Jeanne d'arc, elle, a résisté à l'ennemi et semble prête à en découdre. Pour dénoncer le coupable, on place de chaque côté du portail occidental les canons de 77 allemands ! On sait aujourd'hui que les choses sont plus compliquées et, si la cathédrale est déjà un modèle pour Viollet-le-Duc, elle n'est pas le lieu d'invention du gothique ou de l'ange au sourire... Peu importe la part d'exagération, les touristes arrivent en masse afin de visiter la "ville martyr" (Reims 14-18), aussi nombreux qu'à l'époque des sacres. Et les habitants installent déjà des baraquement pour que l'on puisse acheter des souvenirs, des biscuits et des bouteilles de champagne. Les grandes maisons multiplient alors les visites des caves, c'est souvent tout ce qu'il reste à voir et cela constituera une nouvelle attraction, très prisée sur ce chemin de pèlerinage emprunté par les familles de poilus.

Pendant ce temps là, partout dans la ville, des baraquements s'installent. Ce ne sont pas des logements, car la plupart des habitants se réimplantent hors de la ville, mais des commerces. On voit les ossatures se monter partout, parfois pour être remplies d'agglomérés en mâchefer ou de briques. Mais la plupart sont en bois et s'étendent dans les secteurs qui ne doivent pas être reconstruits : places, parcs, abords des grandes avenues... Ce ne sont pas les baraques "Adrian" réutilisées après avoir abrité les poilus, suivant  un récit que l'on trouve répété à l'infini sans qu'il soit contrôlé, mais la plupart sont bel et bien en bois, offrant un paysage peu banal. On pourrait imaginer que les riches forêts de la région, des Ardennes et d'Argonne, auraient pu fournir la matière première mais ces bois là étaient garnis d'éclats d'obus. Sans doute viennent-ils d'un peu plus loin, des forêts de Normandie, de Touraine, des Landes. 

Paul Marchandeau, maire de la ville à partir de 1925, se lasse vite et dénonce ces constructions qui donnent à la ville "un aspect semblable aux cités du Transvaal ou du Colorado quand on découvre un filon" (cité par le journal L'Union, le 7 octobre 2016). Et ce n'est pas faux. Mieux encore, contrairement aux clichés du Far West, on dispose à Reims de très belles images aux couleurs vives avec les devantures de boutiques. Inutile de revoir La ruée vers l'or, on y est déjà, et tout en couleur ! On l'appelle la "Ville en bois" et elle est implantée sur les Promenades entre la Porte de Mars, la gare et le cirque. L'architecture semble singulière, minimale et fonctionnelle - sans aucun doute héritée des constructions traditionnelles qui entourent les grandes forêts françaises. Les dessins sur les façades et les intérieurs de boutiques nous replongent cependant dans les Années folles. Le phénomène est étonnant, mais on dispose, grâce à ces autochromes, d'une ressource beaucoup plus riche et plus sensible sur la Première que sur la Deuxième Guerre mondiale, où le noir et blanc domine. Il faut également bien mesurer le fait que la première reconstruction est mieux couverte par la propagande car les destructions sont celles de l'ennemie et les vainqueurs sont d'autant plus fiers de montrer les résultats. Pour la Seconde Guerre mondiale, la quasi-totalité des bombardements étaient ceux des Alliés et il devient très gênant d'évoquer l'étendu des dégâts et la lenteur du redressement. Il faut à peine dix ans pour reconstruire Reims (1918-1928) et plus de vingt pour Le Havre (1945-1965)... Il ne s'agit pas seulement d'une affaire de budgets, il y existe une grande différence dans la perception, pleinement comparable aux politique de valorisation menées sur les sites de la victoire de Verdun et de la défaite du Chemin des Dames, le premier lieu que l'on va glorifier, et le second que l'on va s'acharner à effacer...

samedi 31 octobre 2015

Noisy-le-Sec // webdocumentaire

cité expérimentale du Merlan, à Noisy-le-Sec, illustration du webdocumentaire

Merci à Caroline Bougourd de m'avoir informé sur la diffusion en ligne d'Une balade au Merlan réalisé avec Robin de Mourat et Loup Cellard. Félicitation pour ce travail et souhaitons que ce patrimoine exceptionnel à échelle mondiale (et non nationale comme le dit, erreur ou lapsus, l'ABF) parvienne à survivre. S'il ne résiste pas à notre lamentable politique patrimoniale concernant cette période, l'endroit sera au moins intelligemment documenté. Notons que les réalisateurs ne ciblent pas la " vérité historique " du lieu, qu'incarne cependant avec excellence Hélène Caroux lors de ses interventions (Noisy-le-Sec // Cité expérimentale), mais laissent filer les témoignages jusqu'à ce que la cité et ses résidents glissent hors des rails. C'est alors que l'on retrouve les préjugés nés du trauma collectif, un " système de défense " bien rodé pour esquiver le point d'origine de la peur qui nous aveugle. Le premier consiste à croire que les bombardiers ont mal visé. Comme partout ailleurs, quelle bande de maladroits ! Faux, on ratisse large à l'époque, rien de chirurgical. C'est l'amputation systématique. Il nous faut assumer la logique du moment, chez les Alliés et chez les Nazis, non en militant anti-complotiste mais en analyste voyant la destruction dans sa dimension industrielle, celle qui se poursuit lors de la reconstruction dans l'urbanisme et la préfabrication. L'horreur, mais c'est ainsi. Nous retrouvons aussi l'idée d'une architecture reconstruite de style étranger, "à l'américaine". Vrai, puisque Noisy se veut une cité ouverte à toutes les expériences du monde mais, là encore, l'histoire globale démontre que le modèle du pavillon individuel naît au même instant aux US. Il faut évidemment relire Lewis Mumford qui s'en désole : ces pauvres femmes condamnées à attendre leurs maris... Et ces pauvres homme obligés de passer leur temps libre à tondre une pelouse et une haie... Ce qui se déroule à Noisy se passe aussi à NY, c'est la naissance d'un " style international populaire " dicté par l'industrie, elle-même manœuvrée par un État-providence ayant encore la puissance juridique de la dictature. C'est ce qu'il faut détricoter sous le bonheur de vivre placé en arrière d'une haie ayant entre 90 et 110 cm de haut, des portails blancs normalisés, des chemins en dalles de béton préfabriquées, des jardins d'agrément avec arbres fruitiers. On sent poindre l'effroi dans le paradis de l'ultime cité-jardin française... Bravo pour ce travail !

vendredi 9 octobre 2015

Fabien Vienne // reconstruction "éco-radicale"

Stand de Fabien Vienne, Pierre Sagui, Terzian et Louise Vienne, SAD 1946, in Décor d'aujourd'hui n°36

Inoubliables, les meubles de Fabien Vienne interrogent par leur singularité. La Cité de l'architecture et du patrimoine lui a consacré cette année une exposition et il devient aisé de savoir qui il est, ce qu'il a inventé, dans quel contexte (citéchaillot.fr et fabienvienne.com). Trop jeune pour s'imposer pendant la reconstruction - étant né en 1925 -, il parvient toutefois à figurer dans les revues Art et décoration et Décor d'aujourd'hui dès 1946, après une première présentation au Salon des artistes décorateurs. Son premier ensemble est étrangement " éco-radical " et représentatif des recherches sur le mobilier d'urgence démontable avec table, buffet, fauteuil, banc, tabouret ; ses meubles intéressent la critique de l'époque car leur conception interroge la problématique du meuble économique. "Amusante recherche vers le dépouillement total" affirme le Décor d'aujourd'hui avant de préciser qu'ils ont été exécutés par les sourds-muets d'Asnières. Fusion anticipée de l'Arte Povera et du Pop Art, ce mobilier apparaît extrêmement pauvre et très facile à produire en grande série, formé de simples planches de frêne équarries et de panneaux cloutés, stabilisés par des découpes formant un système de crochetage : une prouesse pleine d'ingéniosité qui restera isolée dans l'histoire, étant à la fois trop extrême et trop subtile pour pouvoir faire école. Cette originalité (liée à une exceptionnelle imagination 3D), Fabien Vienne va la cultiver à partir de sa première expérience professionnelle comme maquettiste chez Jean Bossu, alors que celui-ci réalise la ferme expérimentale " Le Quesnel " au sein du village témoin du Bosquel, un projet de reconstruction remontant à 1941. Ce bâtiment est extraordinaire (voir In situ, revue des patrimoines), avec un parti architectural fondé sur trois principes : les proportions du Modulor, une ossature originale et visible, un remplissage par un matériau écologique (béton de terre). Fabien Vienne va toute sa vie continuer à travailler modularité, structure et remplissage, notamment dans des meubles concrètement produits en série et présentés au Salon d'automne en 1948. Il abandonne par la suite l'ameublement mais continue de créer des "ossatures" singulières au service d'une conception économique qu'il appliquera aussi bien à l'urbanisme qu'aux jouets pour enfants ! A priori,  les meubles de ce génie des assemblages précurseur du "brutalisme" n'ont pas été retrouvés. Ils ont pour seuls équivalents les modèles pour enfants d'Hans Wegner (1944) et les prototypes en peuplier de Jacques Dumond  à destination des sinistrés (1946) mais la construction de ces derniers (par assemblage à mi-bois ou cheville) demande bien moins d'imagination...

You only meet once a Fabien Vienne Furniture to never forget. The Cité de l'Architecture et du Patrimoine has devoted an exhibition to him and it's so easy to know which is Fabien Vienne, which he invented and context. Too young to prevail among the model creators during reconstruction - he was born in 1925 - he nevertheless manages to be in the magazines Art & Décoration and Décor d'aujourd'hui in 1946, after a first participation to the Salon des Artistes decorateurs. This set strangely "eco-radical" is representative research on removable emergency furniture, consists of a table, two benches, a buffet and an armchair; his furniture concern the critics of the time because their singular construction questions the issue of the poor furniture. "Fun research in direction of a total despoliation" says Décor d'aujourd'hui adding that these pieces were performed by deaf-mutes. Poverty is now model, twenty years before Arte Povera. In fact, this furniture appears easy to mass produce and extremely economical, simple formed and hewn planks studded panels stabilized by recesses: a full feat of ingenuity that will remain isolated in the furniture history, being both too radical and too subtle to school. This extreme originality (due to an exceptional 3D imagination), Fabien Vienne grown since his first professional experience as a model maker at Jean Bossu, while it carries out the experimental farm "Le Quesnel" in the type village Le Bosquel a reconstruction project dating back to 1941. This building is amazing with an architectural concept based on three principles: the Modulor proportions, an original and visible framework, an ecological material (concreting clay). Throughout his life, Fabien Vienne will extend this line of research by creating singular "frames" serving an economical design that apply both to urbanism as toys for children! A priori, the first furniture of this assemblies genius have never been found. Their only equivalent children's models Hans Wegner (1944) and Jacques Dumond utility furniture (1946) but their construction (halved or pegged) requires less imagination

mercredi 15 juillet 2015

Tous à Ploemeur // préfabriqués 534-10 et UK-100

Le mail René-Gabriel à Ploemeur...

Prolongeons cet été notre tour de France des villes reconstruites, allons donc respirer le bon air breton. Rendez-vous près de Lorient, guidés par trois bonnes raisons : le futur "musée des préfabriqués" (Mémoire de Soye), l'exposition d'Elisabeth Blanchet sur les prefabs en Grande-Bretagne (prefabmuseum.uk) et celle des photographies du MRU sur la reconstruction de Lorient (lorient.fr)... Outre le troisième événement, les choses se passent à Ploemeur, ville accolée à Lorient qui accueille l'association Mémoire de Soye dans le parc du château du même nom où se trouvaient de nombreuses habitations provisoires après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la cité se "re-reconstruit", grâce à douze ans d'efforts ininterrompus de Mickaël Sendra, dans un très beau projet soutenu par le dynamique maire de Ploemeur, Ronan Loas. Deux beaux modèles d'habitats provisoires sont aujourd'hui visibles sur le site, les préfabriqués 534-10 et UK-100 (prefab UK-100 // perfect housing). Ils viennent juste d'obtenir un classement "Monument historique" par la Commission régionale du patrimoine et des sites. En attendant la suite, afin de compléter ce que j'ose espérer voir comme l'embryon (déjà bien mature) d'un futur grand musée de plein air sur l'habitation (voire le design et la préfabrication), tout se passe dans la sympathie et la modestie ; ceci préfigure une vraie réussite car il y a autant d'humanité que de rigueur dans ce travail : le choix du mobilier, l'orientation internationale des recherches, en direction de la Grande-Bretagne (avec prefab et utility furniture) ou des Etats-Unis (Tennesse Valley Authority), sans compter l'enthousiasme collectif. Tout y est, de la petite histoire à la grande, du drame à l'espoir, du passé à sa redécouverte, et surtout du présent à l'avenir car la question du logement reste de premier ordre dans notre société et ne laisse pas d'interroger. Un grand merci à Mickaël, Martine, Eric, "chez Ginette" et autres amis de Soye pour l'accueil.

Extend our summer tour of rebuilt cities in France, breathe the fresh air in Brittany. Events near Lorient, guided by three good reasons: the future "prefabricated Museum" (Soye), the exhibition of Elisabeth Blanchet on prefabs in Great Britain (prefabmuseum.uk) and the photographs of MRU of rebuilding Lorient ... In addition to the third event, the place to be is Ploemeur, Lorient city contiguous to hosting the Soye memory association in a castle park, which were located temporary housing after World War II. Today, the city "re-rebuilt" through twelve years of unremitting efforts Mickaël Sendra, in a very beautiful project supported by the dynamic mayor of Ploemeur, Ronan Loas. Two beautiful models of transitional habitats are now visible on the site, prefabricated 534-10 and UK-100. They just get a ranking "Historical Monument" by the Regional Commission of heritage and sites. Pending further to add to what I hope to see as the embryo (already mature well) of a future great outdoor museum housing (or even design and prefabrication), everything happens in sympathy and modesty; This foreshadows a real success because there are so many that humanity rigor in this work: the choice of furniture, the international orientation of research towards Britain (with prefab housing and utility furniture) or States States (Tennessee Valley Authority), including collective enthusiasm. Everything is here, from the small to the great history, from tragedy to hope, from past to his rediscovery, especially present and future because the housing issue remains first class position in our society and we interrogated. A big thank you to Mickaël Martine, Eric, "Ginette home" and other friends Soye for the reception.

lundi 13 octobre 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire 02


Retour sur l'exposition "Habitat provisoire - la vie quotidienne après 1944" car elle ne reste visible dans l'Atelier Perret que seulement deux petites semaines. Après un premier volet consacré au montage du baraquement (Exposition 2014 // Habitat provisoire 01), nous en proposons donc un second ayant pour sujet le mobilier. Les amateurs du genre ne seront pas déçus car ils retrouveront René Gabriel derrière cette sobre façade avec quelques pièces rarissimes : des variantes de la salle en série 120 (buffet 120, table 121, chaise 123) et l'inédite chambrée de réinstallation (armoire 154, lit 155, chevet). Ces meubles sont moins célèbres que la fameuse salle à manger de "réinstallation" (Meubles d'urgence // René Gabriel) ou que la chaise avec caillebotis, très recherchée depuis qu'elle a été publiée sur ce blog (René Gabriel // chaise économique)... Signalons enfin que la plupart des modèles exposés, contrairement aux types, n'ont pas été édités en très grande série et ont dessinés auparavant, en 1941, quand René Gabriel travaille pour le Service des constructions provisoires à destination des sinistrés de la "première reconstruction" (après l'invasion allemande). Comme beaucoup, René Gabriel reste actif hors des salons mais il va disparaître après la fin de la ligne de démarcation (novembre 1942). Il ne reviendra qu'au tout début de l'année 1944 pour présenter ces derniers modèles, attentant la seconde reconstruction, celle qui doit suivre le débarquement et la Libération...

Come Back to the exhibition "temporary house - daily life since 1944" because it remains visible in the Perret workshop only two short weeks. After a first part dedicated to the assembly of the barracks (temporary house Expo 2014), we propose a second message about furniture. Fans of this will not be disappointed because they find René Gabriel behind this sober façade with some rare pieces: the room variants of series 120 (Buffet n°120, table n°121, seat n°123) and the unprecedented resettlement chambered (cabinet n°154, bed n°155, bedside). This furniture is less famous than the dining room of "resettlement" (cf. Gabriel // emergency Furniture) or the chair with slatted highly sought since it was published on this blog (cf. Gabriel // chair Economic) ... finally noted that most of the models on display, unlike the guys, have not been published in great series and have drawn before, in 1941, when René Gabriel works for the Department of temporary buildings to disaster victims "first reconstruction" (after the German invasion). Like many, René Gabriel remains active but it will disappear after the end of the line (in November 1942). And will come at the very beginning of 1944 to present the latest models, attentant the second reconstruction, which must follow the landing and Liberation ...

lundi 23 juin 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire 01


Samedi 28 juin à 17h30, chaque lecteur de ce blog est cordialement invité à l'inauguration d'une nouvelle exposition consacrée à l'habitat provisoire (deux ans après l'Exposition 2012 // Habitat d'urgence). Un moment important car l'Atelier Perret accueille les premiers éléments d'un baraquement MRU (type 534.10) reconstitué. Le choix du module s'est porté sur la version la plus large (éléments de 120 x 240 x 12 cm) avec des blocs spécifiques (trois "fenêtres" et une "porte"), le tout réalisé en deux semaines dans l'Atelier de notre ami constructeur Denis Bréault pour un coût de 8.000 euros (3.000 bois + 1.000 huisseries + 1.000 transport et petit matériel + 3.000 en main d'oeuvre). Cette dépense représente les deux-tiers de la façade, soit le cinquième du prix total en considérant le plancher, la toiture et les fermes. Ces chiffres indiquent que ce prototype de 65m2 revient aujourd'hui à 40.000 euros sans équipement... Le provisoire ne coûte donc pas si cher sachant qu'il peut durer très longtemps puisque les modèles de 1945 tiendraient encore tous debout s'ils avaient été mieux "traités", notamment contre le feu. Ajoutons que la reconstitution est légèrement plus grande mais surtout plus solide, mieux isolée et faite pour être montée/démontée (comme pour une yourte, il n'y a donc pas besoin de permis de construire). Bref, le rêve : maison neuve à moins de 50.000 euros, écolo-déplaçable, bricolo-artisanale : mais qu'attends-t'on pour agir ?

Saturday, June 28 at 17:30, every reader of this blog is cordially invited to the opening of a new exhibition devoted to the temporary habitat (two years after a first exhibition). An important moment for the Atelier Perret hosted the first elements of a restored MRU house's (534.10 Type). The choice of module is focused on the larger version (120 meters x 240 x 12 cm) with specific blocks (three "windows" and a "door"), all made ​​in two weeks in the "atelier" of our friend Denis Breault - manufacturer at a cost of 8,000 euros (3,000 wood + 1,000 frames + 1.000 transport and small equipment + 3,000 in labor). This expense represents two-thirds of the facade, the fifth of the total price considering the floor, the roof and farms. These figures indicate that this prototype is now up to 65m2 40,000 euros without equipment ... The draft does not cost so much knowing that it can last a very long time since the 1945 models would take all still standing if they had been better "treated", especially against fire. Adding that the reconstruction is slightly larger but also stronger, better insulated and made to be mounted / dismounted (as a yurt, so there is not need permission). In short, the dream of new home for less than 50,000 euros, eco-movable-handyman...

vendredi 21 décembre 2012

prefab UK 100 // perfect housing

notice de montage, archives nationales de Fontainebleau


Mickaël Sendra et Martine Câtel viennent de déposer un splendide projet pour le Parc de Soye, entre Ploemeur et Lorient : le remontage d'une maison préfabriquée américaine "UK 100". Déjà, félicitons le président de la très dynamique association Mémoire de Soye pour avoir redécouvert l'histoire en détail de ce logement idéal dessiné entre 1942 et 1945 par le Building Research Establishment et la Federal Public Housing Authority, version à bas prix de la maison solaire (Solar House // George Fred Keck), elle-même descendante des villas californiennes pour milliardaires... Les Etats-Unis sont, à cette époque, un bien bel exemple du progrès imaginé par l'élite ensuite décliné vers la Middle puis la Working Class. On comprend mieux le rêve américain ! On peut retenir comme responsable politique Philip M. Klutznick (commissioner, Washington, D.C.) et les producteurs Longfellow Building (Portola, Californie), City Lumber Company (Bridgeport, Connecticut) . Quant aux initiales "U.K.", elles évoquent leur destination initiale, le Royaume-Uni, mais celui-ci abandonne ce projet trop coûteux et préfère produire lui-même les logements préfabriqués. La France reprend finalement cette commande pour héberger d'urgence les victimes des bombardements. Il en arrive un peu plus de 8.000 que l'on va implanter dans certaines villes sinistrées : Boulogne-sur-Mer, Le Havre, Pont-Audemer, Caen, Lorient, etc. Il en reste désormais très peu. La dernière restante à Caen (ville du Memorial amnésique), située dans l'école des Beaux-Arts, va très bientôt être détruite : on cherche donc un sauveur, ou un investisseur... Car son intérêt dans l'histoire mondiale de l'architecture moderne est incontestable, on y découvre toute la modernité : préfabrication, transport, montage par éléments, confort, sans compter l'économie des matières et des énergies. En 1945, la maison est une "star" que l'on expose face à la Maison Blanche et devant le Victorian & Albert Museum. Certes, en France, on ne sait pas les "assembler" et on aura bien des problèmes, au point de les surnommer "maisons de carton", titre d'un film tourné au Havre cette année (Matthieu Simon).

Mickaël Sendra and Martine Câtel submitted a splendid project in Lorient (Britain, France), to save a U.S. prefab nammed "UK 100". Already congratulate the President of the dynamic organization "Memoire de Soye" - he have rediscovered the story in detail of this house. Designed between 1942 and 1945 by the Building Research Establishment and the Federal Public Housing Authority, it's a low cost version of the Solar House (George Fred Keck), itself a descendant of California houses(Richard Neutra)... A fine example of progress envisioned by the elite then declined to the Middle and Working Class. We understand better the American Dream! We may retain as politician Philip M. Klutznick (commissioner, Washington, DC) and industrials :  Longfellow Building (Portola, CA), City Lumber Company (Bridgeport, Connecticut). Initials "UK" evoke their original purpose, United Kingdom of course, but U.K. prefers produce himself and finally gives this command too expensive. France takes to host for bombing victims. It comes over 8,000 that we will implement in some cities affected: Boulogne-sur-Mer (Nord), Le Havre, Pont-Audemer and Caen (Normandy), Lorient or Brest (Britain). For their interest in world history of modern architecture is undeniable, Here, we discover all the modernity: prefabrication, transport, mounting elements, and comfort, mention the democratic component of an economy in materials and energy . In 1944-45, this house is a "star" which is exposed in front of the White House and the Victorian & Albert Museum. While in France, it is not really "get" and there will be many problems to the point. The nickname "Our cardboard houses" as a report in Le Havre (by Matthieu Simon).

lundi 9 juillet 2012

SAD n°31 1945 // meubles d'urgence

Albert Guénot, SAD 45, La Construction Moderne, août 1945


Le Salon des artistes décorateurs de 1945 est présenté dans le Palais de New-York (actuel Palais de Tokyo), il se divise en deux sections aux projets très opposés... La première prolonge les créations de luxe imaginées sous l’Occupation et concerne des œuvres que l’on présente dès lors comme le témoignage vivant d’un art français capable de surmonter les épreuves (1939-1945 // Images de France collaboration)... Mais même la revue qui avait basculé du côté le plus luxueux, Plaisir de France, finit par regarder ce qu'il se passe dans la série car la justification facile du luxe comme tradition se plie trop évidemment aux intérêts de certains et ne trompe personne. La seule création digne d'intérêt relativement à son temps est donc la section consacrée aux meubles de série dirigée par Etienne-Henri Martin et René Gabriel, marquant le retour des décorateurs dans une vocation plus "démocratique", surtout dans la catégorie dite "prioritaire". Car il existe différentes gammes : "série" (soit de prix inconnu), "moyenne" (petite série des grands magasins), "prioritaire" (grande série usinable), mais il y a surtout la confirmation d'un maître du genre : René Gabriel qui avait annoncé ce changement lors d'une première présentation au salon d'automne de 1944 dit "Salon de la Libération".

Citons la liste des participants de cette présentation dans la série figurant dans le catalogue de la SAD : Henri Boulanger (sér.), Jacques-Edouard Chevalier (moy. et sér. MPF - Mobilier des Provinces de France), Turenne Chevallereau (moy.), René Crevel (prio., démontable), Henri-Julien Dalmau (sér.), Maurice Dufrène (moy), René Gabriel (sér. Debladis, prio. Sarnin et Graudé), Albert Guénot (sér. Pomone), Suzanne Guiguichon (prio.), Maheut et Lerambert (prio.), Etienne-Henri Martin (moy. magasin du Louvre), Maxime Old (moy.), Jean-Maurice Rothschild (sér.), Louis Sognot (moy.),  

Ci-après quelques images et commentaires tirés des revues...

samedi 23 juin 2012

Habitat d'urgence // exposition


Inauguration ce matin, 11h,  à l'Atelier Perret  de la première exposition sur l'habitat d'urgence au Havre. Avec la projection d'un film de Matthieu Simon : Nos maisons en carton comprenant les interviews de nombreux habitants des anciennes "cités provisoires". On y découvre aussi tous les meubles de sinistrés (entre autre de la collection GG) et la reproduction de quelques plans de René Gabriel provenant des Archives nationales de Fontainebleau. En vitrine, des galoches, des annuaires, et le souvenir d'un habitant célèbre au Havre : Julien Guillemard. Il aurait fallu citer aussi Gilles-Maurice Dumoulin... Ci-après, l'intégralité des textes présentés dans l'exposition.

Inauguration this morning, 11am, Atelier Perret, the first exhibition on emergency shelter in Le Havre. With a film of Matthieu Simon: Nos maisons en carton / Our cardboard houses - including interviews with many residents of temporary housing after the ww2. And also furniture (collection GG) and some René Gabriel blueprints (from the National Archives of Fontainebleau). On Display: vintage clogs, directories, and the illustrated diary of Julien Guillemard.

jeudi 15 mars 2012

Architecture d'urgence // histoire à écrire


baraquement près du Bassin du Roy, Le Havre, fonds des Musées historiques

Sur ce blog, le libellé urgence donne accès à une série d'articles consacrés aux logements et aux meubles d'urgence en France, après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Rappelons juste que les sinistrés sont alors les plus nombreux dans toute l'histoire des catastrophes dites humaines ou naturelles (10.000.000 d'Européens). Une histoire qui, justement, n'a jamais été écrite et semble ne pas vouloir se transmettre dans un refus d'envisager l'inimaginable ! Et l'on reproduit donc toujours les mêmes erreurs...

On this blog, the label urgence gives an access to a series of articles devoted to emergency housing and furniture in France, after the World War II. Just remember that victims are the most numerous in history of human and natural disasters (10 million Europeans). A continental story, precisely, was never written and seems not to want to convey in a refusal to imagine the unimaginable! Then we redo the same mistakes ...

mercredi 14 mars 2012

René Gabriel // chaise économique

plan des archives nationales et l'une des chaises de la collection GG

Voici une pièce de musée (si ce musée existe un jour) : une chaise pour sinistrés réalisée conformément au plan n°103 signé René Gabriel après une commande ministérielle en 1943 (passons provisoirement sur ce point). Difficile de faire plus économique car les temps sont très lourds en France... Petite taille, mini pièce de bois, assise en caillebotis, découpes ultra simples - seul l'élément avant du siège étant adouci. Voici la chaise minimale !

Here is a museum piece (if this museum is one day): a chair made ​​for disaster victims in accordance with plan No. 103 signed René Gabriel after a ministerial order in 1943. Difficult to make more economic because times are very heavy in France ... Small mini piece of wood, slatted base, cuts ultra simple - only the front element of the seat being softened. Here the minimum chair!

vendredi 2 décembre 2011

Gordon Russell // Utility Furniture


Etrangement chinés en France, venant d'une maison en Normandie, ce mobilier apparait dans le tout premier catalogue d'Utility Furniture. Il appartient à la gamme Chiltern, imaginée en octobre 1942 par Edwin Clinch, Herbert Cutler et Gordon Russel ; la table pour living-room est parfois signée par Gordon Russel qui dirige l'équipe et les chaises "modèle 3" sont attribué à Clinch (Design Council Slide Collection). L'objectif de ces meubles apparait dans la première note émise par le Comité consultatif sur sur le mobilier utilitaire : « Des meubles de bonne construction, robustes, simples mais au design agréable et vendu à un prix raisonnable, tout en assurant le maximum d'économie en matières premières et en travail ». Faut-il donc une guerre pour y arriver ?

Curiously discovered in France, from Normandy, these pieces appear in the Utility Furniture catalog . They belong to the Chiltern range, first series conceived in October 1942 by Edwin Clinch and Herbert Cutler. dining table is created by Russell who heads the team, and chairs are "model 3" by Clinch. Aim of these products is shown in the first brief from the Advisory Committee on Utility Furniture : "Furniture of good, sound construction in simple but agreeable designs for sale at reasonable prices, and ensuring the maximum economy of raw materials and labour". Do we need a war to get there?

mardi 1 novembre 2011

Utility Furniture // Airborne armchair

via 1STDIBS - galerie Lastcentury

Un tour sur 1STDIBS et nous découvrons une série de fauteuils Airborne, signalés d’origine française. Bien entendu, ils sont charmants et so frenchy avec des lignes de fauteuil club et une taille très réduite (environ 70x80 cm). Nous y reconnaissons le style et le minimalisme caractéristique de l'immédiate après-guerre. Parfois attribués à Jacques Adnet, les plans proviennent en réalité des services d’aviation de Grande-Bretagne et sont diffusés Outre-Manche comme Utility Furniture : bel exemple d'une reprise technique dans la reconversion de l''économie de guerre. Cependant, ils connaissent un succès plus important en France grâce à leur ligne "art déco" et à un diffuseur de premier ordre : Marcel Gascoin.

A ride on 1STDIBS and we discover a series of Airborne armchairs, reported French origin. Of course, they are charming and so frenchy with their lines of club chair, very small. We recognize in these characteristics postwar period of French Art déco. Sometimes attributed to Jacques Adnet, the plans really come GB Aviation Services and are distributed as Utility Furniture: example of a technical rebound in reconversion of war economy. But they are an important success in France with a first class broadcaster: Marcel Gascoin.


samedi 15 octobre 2011

Meubles de réinstallation 1944 // René Gabriel (2/2)

via blog Photograff

Après une rapide psychanalyse consacrée au syndrome du collectionneur de buffets (Meubles d'urgence // rené Gabriel (1/2)), voici la sérieuse et officielle Histoire... Car le mobilier pour sinistrés entre enfin dans le jeu historique. Il a fallu trois ans et demi entre une publication sur Wikipédia (article René Gabriel édité en mars 2008) et cette reconnaissance. Deux actualités marquent cette étape, d'un côté le blog d'expert "Authenticité" y consacre une page d'actualité et, de l'autre, plus officiel, le Conseil Général de la Manche présente un ensemble complet dans une exposition sur la Reconstruction du département.

Read the full story... Furniture for victims of Rene Gabriel finally makes history. It took three years between publication citing this furniture on Wikipedia (René Gabriel section published in March 2008) and this recognition. Two news mark this point, on the one hand a blog expert spends a news page and on the other hand, more formal, the Conseil général de La Manche (Normandy) set in an exhibition about the reconstruction of the department whith a complete set of furniture.

samedi 17 septembre 2011

Habitat d'urgence // Le Havre (3/3)


"baraquement', fonds Julien Guillemard à la Bibliothèque municipale du Havre

Initialement prévue en début d'année, l'Atelier Perret va présenter l'exposition sur "l'architecture d'urgence" en 2012, s'appuyant sur les témoignages des habitants du Havre, sur le mobilier de l'Entr'aide et sur les maisons (baraques françaises, chalets suédois ou préfabriquées américaines) qui subsistent encore dans l'agglomération havraise... Cette exposition repose sur un premier travail mené en collaboration avec l'historienne Clotilde Redon. Voici un texte sur cette histoire à redécouvrir, au Havre, en France, et dans le monde entier... Ci-dessous, extrait du dossier de presse (cf. dossier Archives municipales).

The "Atelier Perret" present the exhibition "emergency architecture" in 2012, relying on the inhabitants of Le Havre testimony, on the furniture and Mutual Aid, on houses (french barracks , swedish chalets or US prefabricated houses) that remain in the town of Le Havre ... This exhibition is based on an initial study conducted in collaboration with the historian Clotilde Redon. Here is a text in this story to rediscover, in Le Havre, France, and worldwide ... The following excerpt from the press kit (see Municipal Archive folder).