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lundi 8 février 2021

Reconstruction post-covid // ultime révolution technique

Reconstruction post-covid : si on faisait une erreur, qui serait volontaire pour venir faucher les OGM humains ?

Vingt ans à fouiller, rechercher, étudier, écrire sur les "reconstructions" pour finalement comprendre aujourd'hui seulement la psychologie de ces périodes. Pourquoi maintenant ? Parce qu'il faut sans doute le vivre, et nous traversons justement une mini-guerre mondiale. Certes, il y a dix à trente fois moins de morts et ils sont beaucoup plus largement dispersés, mais nous préparons déjà l'idée d'une reconstruction comme l'a révélé le succès de l'expression "le monde d'après". Chacun d'entre nous a compris que les choses allaient changer pour dessiner un futur différent. On attend désormais la paix qui suivra cette guerre contre notre invisible ennemi. Pour l'instant, la propagande médiatique s'assimile à une messe avec ses rites édictés par un nouveau Vatican, sans Radio-Londres : l'OMS. La cérémonie dure depuis un an, avec assis/confiné et debout/libéré, dans l'attente de la communion du vaccin qui nous permettra d'atteindre la fameuse consubstantiation (ou la transsubstantiation, chacun choisit son option). En attendant, on trépigne. M. Tout-le-Monde suit les consignes, certains dénoncent leurs voisins, d'autres veulent résister. Mais c'est surtout la stagnation dans une attente peureuse qui prédomine... Et c'est elle qui nous pousse ensuite à  désirer tous les "progrès" : d'où l'élan des reconstructions. Ce n'est pas l'évolution des techniques pendant les guerres qui provoque la création d'un monde différent, c'est seulement l'attente résignée, la condamnation en l'espérance à défaut de réalité. Inutile de suivre l'idée idiote de la guerre qui fait progresser, qu'une tradition chevaleresque a transmise dans l'enseignement républicain, et qu'une foule de crétins répètent sans y penser (laissant accroire que ces moments de violence sont à l'origine de nos "progrès", que les cerveaux travaillent tous pour l'armée, que l'homme comme le métal s'endurcit dans l'épreuve)... Non, c'est l'attente prolongée d'une issue qui conditionne l'acceptation du changement : tous ces "progrès" préexistent, la guerre les développe dans une direction pragmatique, puis l'impératif de l'urgence (cet "état d'urgence sanitaire") les rends indispensables. En dernier lieu, la reconstruction les assimile.

Bien évidemment, certains écologistes trop optimistes dirons que ce changement sera celui de la relocalisation, du retour à une vie saine, plus proche des campagnes, avec des produits frais distribués par des voisins producteurs, néo-artisans ou néo-paysans... Bref, la régression. Tout à l'opposé, bien qu'ils suivent le même axe évolutif simpliste, les économistes trop optimistes se réjouirons de voir se confirmer leur modèle : celui des communication, du travail chez-soi, des visio-conférences, des livraisons à domicile, espérant que les Deliveroo soit bientôt remplacé par des drones hygiéniques... 

Non, ce ne sera ni l'un ni l'autre, le vrai changement se cache dans l'urgence. Ci-après l'analyse des changements qui nous attendent dans la reconstruction post-covid...

mercredi 30 décembre 2020

Jean Nouvel // l'architecture est un art utile

Citation sur fond photographie de Gérard Julien- AFP


Jusqu'à aujourd'hui l'expression "art utile" restait pour la plupart des gens un héritage flou et lointain. L'historienne des arts et de l'architecture Rossella Froissart Pezones s'attache heureusement à nous la remettre en mémoire  (In : "Poirrier Philippe, Tillier Bertrand, Aux confins des arts et de la culture. Approches thématiques et transversales XVIe-XXIe siècle, Rennes, P.U.R, 2016, pp.109-125 - cf. Hal). Cette histoire remonte la filiation jusqu'aux "arts mécaniques" médiévaux, qui deviennent des règles de convenance et d'économie pendant la Renaissance, puis se rattachent à l'humanisme des Lumières et - enfin - se cristallisent de manière évidente dans l'Encyclopédie :

"Opportunément sous-titrée Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers (1751-1772), l’entreprise éditoriale initiée par Diderot et d’Alembert rejette la séparation entre savoir et technique et fait de l’utilité sociale une catégorie essentielle pour l’évaluation de la place de l’artiste au sein de la communauté libérale et réformée. Les arts appliqués – ébénisterie, orfèvrerie, céramique… - comme les pratiques totalement dépourvues d’intentionnalité esthétique, cristallisent un même imaginaire progressiste et sont regroupés dans l’article « Art ».À la fonction morale se joint désormais le calcul commercial sans que ces visées soient perçues comme contradictoires, puisque la rationalisation de la production contribue autant au développement économique qu’elle concourt à l’avènement d’un bien-être commun."

La valorisation des arts dans l'objectif d'une utilité sociale surgit de manière limpide dans l'idéal rationnel de la Révolution. Cela interroge et dérange, car cette utilité singulière surgit lorsqu'un monde disparait (justement celui de l'artisanat domestique). Cela finit par déplaire lorsque l'utilité dérive dans le pragmatisme commercial qui agite l'industrie. Une réaction place désormais en opposition la beauté et l'utilité. Rossella Froissart Pezone cite comme l'un des exemples les plus anciens la "Préface à Mademoiselle de Maupin" par Théophile Gautier (1835) :

" il n'y a de vraiment beau que ce qui ne peut servir à rien – affirme l’écrivain - et tout ce qui est utile est laid, car c'est l'expression de quelque besoin, et ceux de l'homme sont ignobles et dégoûtants comme sa pauvre et infirme nature"

On en arrive à la séparation des deux camps, adhérant ou réfutant la possibilité d'un art social, c'est à dire d'un art qui transformerait la société. C'est l'angle choisi dans ce blog (Art utile // intentions) en partant de l'opposition sur ce point entre Proudhon et Zola. Mais il ne faudrait pas réduire l'art utile aux penseur révolutionnaires, anarchistes ou socialistes : il y a d'étranges compromis, comme celui du renouveau de l'art sacré associé au catholicisme social (Ateliers d'Art sacré), certes proche d'une certaine gauche, mais qui assume ouvertement la puissance des images dans leur pouvoir réformateur.

Rappelons aussi que l'expression "art utile" a également été réactivée par l'historien de l'art Stéphane Laurent, auquel je l'ai emprunté pour intituler ce blog (pas de raison qu'une expression assimilée à Proudhon soit la propriété de qui que ce soit...). Mais voilà que notre "art utile" se diffuse désormais partout, c'est Ben qui le vole à son tour, en 2013, pour inaugurer la Fondation du doute à Blois, et c'est aussi une question du bac qui provoque des entrelacs philosophiques (hors sujet, la plupart du temps). Tous les enseignants s'y penchent. Par exemple, Philoturgot : dès l'introduction, le correcteur entre dans le triangle infernal luxe-nécessité-technique pour finir sur l'idée d'art comme expression de "notre liberté", sans préciser qui-quoi-quel est ce "nous". Le serpent se mord la queue. Il y a aussi Philagora, plus tranché : "Soyez ferme sur ce point ! L'objet d'art est inutile par rapport au besoin et à la morale : l'œuvre belle n'a de fin qu'elle-même. Au contraire, pour l'objet technique, l'utilité en détermine les caractéristiques essentielles". On a tous compris : si t'as pas le bacho, mieux vaut en rester à Kant et Hegel. Ce baragouinage éducatifs continue ainsi de séparer les matières, comme elle a toujours su le faire. Les enseignants stagnent-ils par croyance, par obéissance, par ignorance ? Peu importe.

Face au charabia des pédagogues, nous préférons encore choisir le point de vue "archi" de Jean Nouvel. Lui aussi a récemment revendiqué un art utile. Qu'en penser ? Pouvons-nous être en accord avec ce star-architecte ? Ni oui ni non. Disons que l'architecture "globale" et "contextuelle" de ses bâtiments géants hypermodernes (que son agence tente d'enraciner dans un désert où des néo-bédouins ont été biberonnés aux pétrodollars) me séduit autant que l'architecture "globale", "zadiste", "molle" des y(a)ourtes où survivent les néo-guerriers mongols de l'écologie radicale. Ce n'est pas méchant, ni même ironique, nous aimons vraiment ces extrêmes, car il faut y voir énormément de détermination et de bonne volonté. Disons que ceci reste malheureusement de l'architecture en déshérence, paumée dans les zones, au milieu d'un désert, au raz d'un sol brûlant, frôlant la surface et la réalité sans parvenir à atterrir. Attendons qu'ils découvrent Bruno Latour et son matérialisme pratique. Regardons en géologue en caressant le sol, en creusant le sous-sol, en se tapant la tête dessus avant de penser à saisir un marteau. Pour résumer, Jean Nouvel n'est jamais très loin d'atteindre son but, certainement très proche du nôtre, du vôtre, de celui qu'il faudrait atteindre, mais il ne fait qu'effleurer prudemment ce qu'il faudrait creuser sans ménagement

Enfin, tout ce préambule déviant, mi-figue mi-raisin, pour dire un grand MERCI à Jean Nouvel. Car nous ne pouvons qu'admirer le propos qu'il tient face à la question d'Arnaud Laporte dans sa "masterclasse" qui s'adresse aux jeunes poètes en voie de disparition... Il dépasse tous les enseignements pédagogiques institutionnels en leur rappelant simplement que l'architecte n'est certainement pas un artiste. Voici l'échange, que j'ai pris soin de saisir scrupuleusement par écrit : 

Ci-après, transcription écrite d'une réponse de Jean Nouvel à Arnaud Laporte  (franceculture.fr/emissions/les-masterclasses), et quelques interrogations...

mardi 15 décembre 2020

design 2016 // la table climatique

 

"penser-le-durable-mobilier-climatique" (youtube)


J'ai donc décidé de prendre pour cible les "Rencontres des Gobelins", celles que l'on trouve sur Dailymotion, Youtube, France Culture. Je parle bien de ce grand moment où  se croisent "les meilleurs des meilleurs" dans un lieu qui se définit lui-même comme un "campus d'excellence", associant le Mobilier national et l'ancienne manufacture royale, celle du temps de Colbert. Les conférences sont d'ailleurs parfaites lorsqu'il s'agit d'évoquer l'ancien régime, surtout dans une période allant de Jeanne-Antoinette à Marie-Antoinette. Les spécialistes des savoir-faire anciens y sont véritablement exceptionnels et admirables quand il s'agit d'évoquer l'ébéniste, le menuiser, le licier, le forgeron, le marchand mercier, les soieries, les styles, les ornements, les nuances fines (ors et décors, vernis et polis) ou les vieux faubourgs (de Saint-Marcel à Saint-Antoine). Plus le sujet est éloigné de la Modernité, meilleur est l'exposé. Par contre, cela dérape lorsque les intervenants se rapprochent de l'actualité, du présent, le pire arrive quand ils osent parler de l'avenir. Car en étant dans le "hors-sol" particulier du passé, l'individu semble incapable de s'amarrer au présent et moins encore de viser l'avenir. Comme un voyageur qui aurait choisi un siège dans le mauvais sens en s'asseyant précipitamment dans le train à grande vitesse de l'hypermodernité, il ne voit nettement que le paysage au loin derrière lui, captant quelques beautés en se disant qu'il les a manqués, mais, qu'un jour, il y reviendra tranquillement...

C'est en regardant ces vidéos et en faisant ce premier constat que je suis tombé par hasard sur la thématique que j'attendais : "penser le durable" (youtube). Deux sujets sont abordés et particulièrement caractéristiques des extrêmes de l'écologie, l'un pleinement techno-magique, l'autre totalement survivaliste (celui-là, je ne le détaille pas, je vous laisse découvrir, mais René Gabriel réutilisait déjà à ce type de recyclage, en 1930, pour rester en France...). Le techno-magicien est un designer français, Jean-Sébastien Lagrange, doublement diplômé de l’École Boulle et de l’École nationale supérieure de création industrielle. Son évidente fausse modestie, sa chemise bucheron faussement rustique, cachent mal l'arrogance insupportablement caractéristique des croyants pratiquant l'hypermodernité. Le designer parle ici d'une "table climatique" pour un marché très fructueux, l'open-space. Elle se compose de pieds en chêne, surmontés d'une tôle pliée en aluminium contenant des MCP (matériaux à changement de phase) et d'un plateau en je-ne-sais-quoi (prétendument du bois massif, mais ce n'est pas ce que l'on voit...). Il cite inévitablement Jean Prouvé. Son exposé est lamentable, exemple d'une création intuitive et inintelligible, au lieu d'être complexe mais compréhensible. Il ne saisit pas ce qu'il explique, avec peu de conviction : sait-il d'où il vient ? qui il est ? où il va ? Il se contente de répéter à l'envi qu'il a modélisé techno-magiquement sa table dans son bilan énergétique. 

Vous êtes climatosceptique, pas pour la terre, pour la table ? Eh bien ! il faut attendre la fin de sa conférence pour se rassurer en découvrant que l'intelligence terre-à-terre va se confronter à cet individu hors-sol (autre phénomène hypermoderne), car la salle pose ensuite toutes les bonnes questions : 1) combien ça coûte ? Le designer ne répond pas... 2) D'où viennent vos matériaux, quelle énergie grise ? Il ne le sait pas, ce n'est pas son problème, mais celui du fabricant.... 3) D'où vient le MCP et quel est le risque incendie ? Il répond que c'est une sorte de cire, et l'on imagine donc des abeilles ; il dit que ça obéit aux normes pour l'incendie et tout le reste... 4) Qu'est-ce que ça rapporte d'un point de vue énergétique ? Il s'embrouille, ce n'est pas son problème, mais cette fois celui de l'ingénieur... 4 bis) La salle insiste, quel rendement énergétique ? Il parvient encore à esquiver en achevant dans le style métaphysique transcendantale : qu'est-ce que tout ceci veut dire, finalement... Et l'on voit qu'au fond, gonflé par les titres et les succès, il pense que les gens en face ne comprennent rien, qu'ils ont peur de la technologie, qu'il va falloir expliquer si l'on veut avancer...

Finalement, la "salle" va se répondre à elle-même : les MCP  marchent sur un cycle de 24h autour de 22°c,  température inatteignable la nuit pendant la canicule (donc inutile l'été) et également peu probable dans la journée en période froide, à moins de surchauffer (donc inutile l'hiver) ! Bref, ça ne sert à rien. Ensuite, autant lui dire, la paraffine (c'est ça les MCP, ça ne sort pas des ruches mais des barils), c'est une horreur question incendie ; genre vapeur toxique ultra-inflammable, il n'y a pas mieux... Les pauvres gens qui achètent cette table de style néo-Prouvé, qu'il faudra certainement fabriquer en Chine, n'économisent ni argent ni énergie, détruisent l'environnement, enrichissent l'industrie polluante du métal et du pétrole, ne gagnent rien à part le risque de brûler vif. Bravo champion ! 

Heureusement, des architectes spécialistes des plateformes, n'y comprenant rien non plus, l'achèteront certainement pour améliorer la performance énergétique d'un aménagement (par exemple, la reconversion dans un futur, proche, probable, lucratif, d'un supermarché en centre d'appel). Quelle bande de consommateurs. Oui, c'est ça perdre pied, c'est adopter la position du "consommateur intermédiaire", entre l'espace flou derrière et l'espace flou devant. Il se positionne bêtement dans le subir en croyant agir, sans jamais comprendre qu'il faut se contenter de chercher un entre-deux, une interaction, une médiation, sinon rien ne change... Mais, au fait, je ne voudrais pas de procès : s'il souhaite me répondre, je publierais en ligne son texte. Il est vrai qu'il y a beaucoup moins de risque à critiquer le passé que le présent. C'est peut-être pour ça que c'est désormais le passé qui progresse ?! 

Je n'ai rien contre lui, personnellement. Il n'est qu'un épiphénomène, il faudrait juste qu'il le sache... Il est très rare que je critique, car tout est critiquable et ce n'est jamais très constructif. Cependant, je prépare en ce moment un texte sur "le designer et le bûcheron" où je tente de montrer deux positions qui s'opposent dans un contexte d'hypermodernité (Gilles Lipovetsky, 1983), de trahison des élites (Christopher Lasch, 1995),  de modernité tardive (Hartmut Rosa, 2012), de mondialisation·moins (Bruno Latour, 2017). Oublions le champ politique, le constat de la mort du coche et de la multiplication des mouches a presque quarante ans : soit on continue d'avancer à l'aveugle dans une "pensée magique" (celle de l'outil techno-magique, black box, utilisable mais incompréhensible), soit on reprend en main le projet collectif (ce que Latour nomme atterrir). Poussons plus loin en affirmant que l'humain, face à l'angoisse hollywoodienne d'un monde en attente permanente de catastrophe, se replie sur lui-même, rêvant de devenir un super-héros, survivaliste (agissant seul) ou transhumain (subissant la techno-magie)... Il se remplie la tête de ces idioties, tandis que son corps s'est lentement transformé en gras consommateur blasé, engoncé dans son canapé, dépendant des biens et des images. Comme tout drogué, il ne pourra jamais s'en sortir seul. Et lui, c'est nous, alors : sortons-nous de là !

mercredi 1 mai 2019

Dinosaure normand // Normanniasaurus (2/2)

Normaniasaurus genceyi By Scott Reid 2019, sur un fond du début du crétacé inférieur au sud de l'Angleterre (Natural History Museum, alamyimages.fr)


Normanniasaurus projeté sur l'échelle de dinodata.de : un petit titan archaïque...


Très très heureux que Meig Dickson ait ajouté le Normanniasaurus dans son fameux blog a-dinosaur-a-day. Je dispose ainsi d'une description précise et abordable à fournir, pour ceux qui se poseraient éventuellement la question de savoir ce qu'est exactement un Normanniasaurus, fruit d'une vieille trouvaille faite au pied des falaises havraises (dinosaure-normand // Normanniasaurus 1/2)... A cela s'ajoutent des reconstitutions complètes, dont un dessin de Scott Reid, que j'ai placé sur un paysage de la même époque, à un endroit proche (sud Angleterre).

Voici une rapide traduction du texte de Meig Dickson - daté du 12 mars, 2019 :

Description physique : Normanniasaurus est un titanosaure assez précoce, groupe de sauropodes le plus diversifié de la période crétacée. Normanniasaurus en lui-même est un sauropode de taille petite à moyenne, probablement d'environ 12 mètres de long. Il est intéressant à plusieurs égards. Notamment, Ses connexions entre les vertèbres sont identiques aux titanosaures plus tardifs, mais uniquement à la base de la queue. Cela rendrait sa queue relativement flexible par rapport aux autres sauropodes, mais pas aussi flexible que dans les formes plus tardives de titanosaures. Contrairement à eux, il avait un dos très raide comme pour les sauropodes plus basaux, non titanosaures. Les épines des vertèbres du Normanniasaurus avaient également d'énormes trous connectés jusqu'à la queue. 

En résumé, Normanniasaurus présente un mélange de traits communs aux sauropodes basaux et dérivés, ce qui indique sa position précoce dans l'évolution des titanosaures. 

Régime alimentaire : En tant que titanosaure, de petite dimension, Normanniasaurus était probablement un brouteur de niveau intermédiaire, bien qu'il soit possible qu'il puisse atteindre des niveaux de végétation élevés en cas de besoin.

Comportement : Étant encore de taille réduite, le Normanniasaurus a probablement été plus nerveux que les grands titanosaures, ayant besoin de réagir rapidement en présence d'un danger potentiel, car il ne pouvait pas compter sur sa taille (si l'on considère la présence de grands prédateurs dans sa zone, ce qui demeure incertain). Il passait la majeure partie de sa journée à brouter de la nourriture, tout en conservant le tout dans un gros estomac. Comme seuls quelques fossiles de Normanniasaurus ont été trouvés, il est difficile de dire s'il vivait en troupeaux, mais cela semble assez probable compte tenu de sa petite taille et de la nécessité de se protéger. On ne sait pas s'il aurait ou non soigné ses petits. 

Écosystème : Le Poudingue Ferrugineux s'est formé le long d'un environnement côtier, ce qui signifie que Normanniasaurus aurait interagi avec l'écosystème océanique plus que d'autres animaux de l'intérieur. Cependant, aucun autre dinosaure n'a été trouvé dans cette formation, et il y a peu d'autres fossiles, il est donc difficile de dire quels auraient été les prédateurs du Normanniasaurus en particulier, ou ses concurrents, ou simplement avec quoi il aurait interagi. Il semble y avoir d'autres titanosaures,  en élargissant l'époque et l'endroit, y compris Aepisaurus et Macrurosaurus, ce qui implique que Normanniasaurus pourrait avoir été un membre d'un écosystème assez diversifié 

Autre : Normanniasaurus est l'un des premiers titanosaures connus, bien que son emplacement précis dans le groupe reste ambiguë. Il pourrait s'agir du plus ancien Aelosaur découvert, ce qui en ferait également le seul membre de ce groupe connu en Europe. Autre possibilité, il pourrait être plus proche de Malawisaurus , qui vivait à la même époque, mais en Afrique. Si c'est un titanosaure basal, il est assez typique pour le groupe; mais s'il s'agit d'un Aeolosaur, il aurait peut-être perdu certains traits communs aux titanosaures, ce qui en ferait un cas fascinant dans l'évolution des titanosaures. 


Sources

Buffetaut, E. 1984. Une vertèbre de dinosaurien sauropode dans le Crétacé du Cap de la Hève (Normandie). Actes du Muséum d’Histoire naturelle de Rouen 7: 215 - 221.  

Le Loeuff, J., S. Suteethorn, E. Buffetaut. 2013. A new sauropod dinosaur from the Albian of Le Havre (Normandy, France). Oryctos 10: 23 - 30.

mardi 16 avril 2019

Reims-Paris // reconstruire une cathédrale

Cathédrale de Reims, sans charpente, par P. Castelnau, 1917, fonds Albert-Kahn
[Ajout du 15 mai 2019 : voir la réaction du plus grand spécialiste de la question, Frédéric Epaud, dans un article de Géo : "Six idées reçues sur la reconstruction de Notre-Dame de Paris" ]

"Incrédulité", "tristesse", Notre-Dame de Paris était en flamme cette nuit ! Comment ne pas parler de ce drame sur ce blog ? Reconstruire n'est pas uniquement un projet de société tourné vers l'avenir, il faut parfois en passer par la "reconstitution", rebâtir les piliers qui fondent notre pensée autant que notre paysage. Notre-Dame de Paris, c'est l'invention en France du Patrimoine, du Romantisme, du Gothique, ceci pour ne parler que d'un petit instant dans un millénaire d'histoires (au pluriel). C'est ici, au XIXe siècle, que s'ouvre un nouveau récit historique, plus conscient de lui-même, de son devoir de mémoriser les réalités humaines et matérielles. Comment "reconstituer" un tel lieu de mémoire ? Au préalable, il faut mener l'enquête en cherchant un précédent : évidemment, on pense à Reims en 1914-1918. Il aura fallu une bombe incendiaire, des stocks de paille accumulés au pied de l'édifice et des échafaudages en bois pour que les flammes se propagent depuis la tour nord de la façade occidentale jusqu'à la charpente (conférence de la cité de l'architecture). Le feu doit couver des heures durant et atteindre des températures très élevées pour se propager aux épaisses pièces de chêne qui la constituent. Et il faut, dans le cas de Reims, que les bombardements durent quatre ans pour provoquer l’effondrement de la voûte.

"Colère", pour ma part : contrairement à Reims, ce n'est pas la guerre qui a touché Paris, c'est la bêtise de notre temps où l'économie de quelques euros nous coûte des milliards. Le premier de nos "monuments nationaux" a brûlé à une époque où caméras, surveillance automatisée, alarmes, drones, pompes, tuyaux ne coûtent rien. Mais l'argent n'est plus là, pas la moindre piécette pour ça ou pour de menus travaux. L'argent s'enferme depuis une quarantaine d'années dans une spéculation absconse, se dissout dans l'abstraction du monde financier et dans l'irréalité de nos écrans. Le progrès du virtuel a engendré le déclin du réel, et il faut être d'une grande bêtise pour nier ce phénomène. Comme beaucoup, je suis entré dans une "fureur jaune", car je vois les esprits médiocres qui nous gouvernent ne pas comprendre que leurs économies de bouts de chandelle sont ruineuses. Ces comptables égotiques et étriqués ne voient pas l'absence d'avenir et l'effacement du passé qu'ils provoquent. Notre président, qui fut le dernier a réagir (à 23h30), probablement pris dans la panique de ses communicants, peut clamer que l'on va reconstruire : c'est son rôle dans l'ère d'une post-vérité où tout semble affaire de volonté... Moi, je sais que je ne suis pas prêt de revoir Notre-Dame, connaissant le faible taux d'écoute des personnes compétentes, sachant le triste état de la main d'oeuvre, ayant constaté la gestion de nos forêts tournées vers l'exportation... Pis encore, j'imagine la question qui se posera en découvrant la réalité de nos moyens face aux besoins : faut-il vraiment refaire à l'identique ? Cela prendrait trop de temps... Alors, on va en conclure qu'il faut du "neuf", du "vite fait bien fait", idée prônée par un quelconque "starchitecte" se présentant aux médias comme un super-héros de série télévisée. Nos comptables-gouvernants choisiront évidement cette ultime option, celle qui correspond à leur mentalité forgée sur petit écran.

"Inquiétude", également : pour Reims, le monde entier s'était déjà mobilisé, mais politiques et journalistes étaient trop occupés à fabriquer la propagande anti-allemande. Il y a eu une souscription et les milliardaires (qui étaient alors américains), quelques riches à travers le monde, ainsi qu'un bon nombre de bourgeois rémois ont vidé leurs poches en ayant une seule exigence : que cela ne brûle plus. Heureusement, la question de la reconstruction restait aux mains des "pratiquants" et des "savants", ceux qui connaissaient les faits matériels. C'était l'époque où les "intellectuels" ne travaillaient pas au service du gouvernement et affrontaient des questions populaires en y répondant avec expérience, intelligence et modestie. Associés à des architectes compétents (sans être célèbres), ils vont résoudre le problème. Un génie de l'architecture, Henri Deneux, est finalement nommé par la hiérarchie des Monuments Historiques. Il va sacrifier sa carrière et sa vie pour reconstruire la cathédrale de façon respectueuse et moderne... Il invente une charpente constituée d'éléments de ciment armé préfabriqués (photos sur wikipedia), en s'inspirant des pièces courtes imaginées par un autre génie de l'architecture : Philibert Delorme. Longue filiation, transmission de savoirs, émulation, innovation, amélioration, génie humain, abnégation, puissance financière, main d'oeuvre qualifiée, fiabilité administrative, retrait des politiques face aux experts, et beaucoup de patience : voici quelques ingrédients pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Quant à la durabilité ? Qu'elle ait fait ses preuves, en ayant déjà duré... Bref, pour Paris, on est mal barré...

Ci-dessous, le magnifique portrait d'un sculpteur devant la cathédrale de Reims, en 1917, autochrome de Paul Castelnau, fonds Albert Kahn (qui fut très sensible au drame de la destruction et à l'intelligence de la reconstruction).

lundi 19 novembre 2018

Jean Fourastié // Philippe Herlin

Karl Lagerfeld portait le gilet jaune en 2008, avec dix ans d'avance naturellement ! 

Hommage aux classes moyennes. Bien qu'elles ne séduisent plus personne, jalousées d'en bas et méprisées d'en haut, elles représentent pourtant l'ultime trace d'un rêve passé dont l'avenir n'est jamais advenu : Trente Glorieuses qui durèrent vingt ans, période extraordinaire où les " masses " s'élevaient en bloc et partageaient une impression de richesse et un rêve de progrès ; ce temps passé où chacun était persuadé et satisfait d'être " moyen ", sachant de ce simple fait qu'il allait vivre mieux. Une époque lointaine, presque oubliée, inévitablement ignorée par ceux qui n'ont jamais eu besoin d'un " Grand Espoir ". Pourtant, je me souviens bien qu'il semblait ridicule de parler de ses ancêtres millionnaires, de ses grands-parents prolétaires, de ses origines étrangères - seule la réussite de tous au moment présent (ou dans un avenir proche) importait. Le racisme (ethnique, social, générationnel, sexuel) était en voie de disparition. Nous vivions dans un univers mental où régnait une sorte d'égalité des chances. Loin, aussi, le temps où les ruraux s'installaient en HLM, sourire aux lèvres, sachant qu'il s'agissait simplement du premier étage affiché dans l'ascenseur social. Ce n'était qu'une parenthèse : tout nous replonge désormais dans la société de classes (mais sans noblesse), dans cette horrifiante génétique des élites vantée par les blockbusters. Depuis, le sympathique individu moyen s'est fait ridiculiser par tous les géants du cinéma et par quelques nains de la politique. Il devient, aux yeux de la sociologie des millennials, un trans-classe dans une France désormais divisée en trois : les winners urbains, les losers périphériques, les outsiders banlieusards, banlieue qui ne fait plus " lien " dans un entre-deux mais se construit en " dehors ". Chacun cherche désormais à s'identifier au Bon, à la Brute ou au Truand. Aujourd'hui, dans ces trois France qui implosent, une seule chose reste partagée : le sentiment d'un effondrement imminent. Moral, écologique, économique, social ? Chacun saisit le scénario de son choix dans le film catastrophe de sa propre réalité quotidienne. Quel gâchis !

Pour lutter, il faut se souvenir. Relisant à sa manière Jean Fourastié, l'économiste Philippe Herlin (adepte de twitter), dans un ouvrage publié par Eyrolles, plus sérieux que ne le laisse entendre son titre racoleur (Pouvoir d'achat - le grand mensonge) repose des équations simples, celles qu'effectuait Fourastié : par exemple " emploi <=> consommation / production (locale évidemment) " ou ce calcul que j'aime particulièrement " prix réel <=> prix relatif (du lieu, de l'époque) / salaire (du lieu, de l'époque) ". Pour ça, l'inventeur des Trente Glorieuses choisissait le salaire moyen (inutilisable aujourd'hui), Herlin prend le SMIC (loin des réalités aussi), des choix trop idéologiques à mon sens. Il serait plus rigoureux de choisir le salaire médian. Passons. Tout cela pour dire que la mathématique élémentaire de Fourastié-Herlin relate bien ce que tous les ex-moyens ont en mémoire : la vie s'améliorait jusqu'au milieu des années 1970, puis tout se dégrade de diverses manières. Loin de la politesse de l'INSEE dans sa définition du "niveau de vie", Philippe Herlin ajoute déjà l'immobilier. Ce n'est pas rien. Mais le plus sympathique pour les amateurs d'histoire du quotidien réside dans une foule de diagrammes en bâtons donnant l'évolution de la valeur des produits les plus banals : inévitable machine à laver, improbable camembert, délectable champagne... Tout y passe, et l'on y apprend pourquoi le prix du poulet chute alors que celui d'une séance chez le coiffeur reste inchangé. On y découvre la tension entre le progrès technique, la vente en masse, le nombre de travailleurs, la triste et peu rentable exportation de la chaîne de production, la fausse concurrence organisée, etc. Tout ceci est loin du rapport convenu entre " l'offre et la demande " (qu'il faudrait nommer théorie libérale du nez-dans-le-guidon). Malheureusement, dans cet ouvrage, il est peu question de mobilier ou d'architecture. D'autre part, le dernier chapitre insiste sur le logement, mais l'analyse est trop superficielle, plus instinctive que réflexive, pas ou peu documentée, donc décevante. Il est vrai que l'on veut toujours être constructif après avoir été critique, mais dans cet autre domaine il ne faut pas aller trop vite.

Il convient d'être plus subtil et de ne pas globaliser les Trente Glorieuses. Tout d'abord, divisons-les en trois sous-périodes : la reconstruction d'un idéal (1944-1954), l'expansion consumériste (1955-1968), le désenchantement idéologique (1968-1973). Regardons maintenant l'évolution de notre quotidien et de nos logements en fonction de ça. Observons, lors de la dernière phase, le début du revival des cités-jardins (anti-urbaines par essence) sous forme d'étalement pavillonnaire... Concluons. Ci-après, pour fuir la simplicité d'une relecture trop utilitariste de Fourastié, voici " La fin du Grand Espoir ", chapitre de conclusion d'un excellent article subtilement intitulé " Jean Fourastié ou le prophète repenti " (Régis Boulat, Vingtième Siècle. Revue d'histoire, 2006/3 (no 91), pp. 111-123 - extrait de cairn info).


mercredi 18 avril 2018

René Gabriel // texte fondateur du design







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Un constat : il n'est pas aisé d'admettre une date et un lieu lorsque l'on cherche à positionner l'hypothétique "invention du design". Commençons par éviter le hors-sujet habituel en parlant de William Morris et en récitant le beau poème du Progrès Moderne écrit par Nikolaus Pevsner, semoule dans laquelle pédalent les wikicyclopedistes. Mais n'est-ce pas ainsi que s'écrit justement l'histoire, dans une concurrence des récits entre le Pareil et le Même ? Plus concrètement, aujourd'hui, au Royaume-Uni, on évoque plutôt l'Utility Furniture en 1942 (Gordon Russell // Utility Furniture). Aux Etats-Unis, certains parlent de Raymond Loewy dans les années 1930 (le design serait alors un relookage commercial, un packaging intégré, ce qui n'est pas faux), d'autres invoquent la Cranbrook Academy of Art et son rôle dans la construction d'une nouvelle hégémonie culturelle. Mais la plupart tombent d'accord pour offrir la première place sur le podium au MoMA avec son exposition Organic Design etc. (1941). En Suède,  la question ne se pose pas de la même manière, tant la chose semble ancestrale. Ici, les Arts & Crafts sont rapidement confondus avec la production de masse assurée par les guildes... Toutefois, la diffusion de Knock-Down Furniture marque le début d'un renouveau en 1946 (Nordiska Kompaniet // catalogue Triva). En Allemagne, il faudrait citer des kilomètres de publications : le Bauhaus entre en jeu, mais son modernisme ne s'impose pas immédiatement en dehors de Francfort (Bauhaus // réception française) et il sera rapidement étouffé par le Nazisme. S'il marque bien le début tragique du "mouvement Moderne", la confusion avec le design mérite d'être questionnée : est-ce seulement un "style moderne" ou bien l'annonce du design en tant que discipline, avant la production en masse ? Inversement, le fait de se diffuser suffit-il à définir le design ? Non, notons que les adeptes de la seconde hypothèse divaguent, certains allant jusqu'à remonter au début de la préhistoire ! Cela n'apporte rien. Revenons vers la France, patrie de l'Art déco et du modernisme élitaire. Que se passe-t-il ici dans les années 1940 alors que partout le dessinateur de meuble (et d'objets) s'associe à l'industrie et devient de facto "designer"... Non, ici, le terme design reste confus, au point qu'il soit nécessaire d'y ajouter le mot industriel. C'est d'ailleurs la fusion des deux en "design industriel" qui est jugée comme un moment fondateur, ouvert par le "styliste" Jacques Viénot. Il est en effet possible de considérer son livre La République des Arts, publié en 1941, comme un début (Jacques Viénot//starting point). Il concrétise ses idées par la suite en choisissant quelques exemples, qu'il publie dans la revue Art Présent à partir de 1945 (Art Présent // Reconstruction).  À l'évidence, ce n'est pas du design, au sens strict, il s'agit seulement d'une première théorie du design. La France est alors totalement en retard dans ce domaine, certains ne comprennent visiblement rien au présent, rien au passé, rien à l'avenir, enfin rien à la France, rien à l'Europe, enfin rien à rien... Cela désole celui qui semble être le premier véritable designer dans ce pays singulier, René Gabriel. Il s'exprime lucidement dans un article fondateur intitulé "Production industrielle", publié dans Techniques et architecture (5ème année, n° 7-12, février 1946, p.269). Outre les accusations habituelles en introduction, la fin du texte montre qu'il pose les bonnes questions, y compris du point de vue financier ou juridique.


mercredi 4 avril 2018

Le Havre (1517-2017) // massacre patrimonial

ce projet de mentule spiralée n'est malheureusement pas une blague, c'est signé et vendu....




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Pétition : https://www.petitions24.net/petition_contre_le_projet_de_la_tour_videcoq
Analyse : http://archipostalecarte.blogspot.fr/2018/04/projet-videcoq-le-havre-une-catastrophe.html

Pour ceux qui l'ignoreraient encore, Le Havre est un cas unique au monde de patrimoine de la Reconstruction entièrement préservé : plus de 10 000 logements et une dizaine d'ensembles monumentaux dessinés par Auguste Perret et les célèbres membres de son Atelier, cent hectares à parcourir et à découvrir sans autres interventions que celles d'Oscar Niemeyer, Georges Candilis, Guy Lagneau, Guillaume Gillet... Impossible de faire mieux ! Du coup, le champ du possible ne s'ouvre qu'en direction du pire. Et le pire arrive, comme prévu. Pour tout avouer, cela n'est pas pour rien dans mon départ précipité hors de cette ville... Les non-initiés pouvaient se réjouir d'une inscription par l'Unesco sur la Liste du Patrimoine mondial. Moi-même, pourtant septique, je croyais encore à la protection du classement au titre des Monuments Historiques et à la rigueur des ABF qui défendent l'intérêt de notre patrimoine contre les puissances de l'argent. Hum ! Humpf ! Humpf ! Pardon, j'ai avalé de travers. Bref, je pensais pouvoir partir l'esprit libre (Le Havre // sauvé par les Monuments Historiques) et vivre paisiblement dans l'exil. Eh bien, non ! J'étais déjà loin et heureux quand Claude et Jean sont venus me trouver afin de m'annoncer le massacre. La vie havraise vous rattrape, où que vous soyez. Et mes amis me signalent une monstruosité incongrue qui va pousser d'ici peu, en plein milieu de la célèbre perspective du bassin du Commerce. Cet " Objet Voyant Non Identifié " est destiné à " re-densifier l'hyper-centre ", selon des experts locaux, grâce à ses 70 logements (rappel, pour ceux qui ont des problèmes avec les maths : 10 000 + 70 = 10 070). Mais, dans un rationalisme politique, on voit se dessiner un mode de calcul différent partant de cette tour-tournante.

C'est la première dans une longue série qui s'annonce - une sorte de test grandeur nature - et si celle-là passe, alors la voie sera huilée, les autres pourront se glisser sans entraves...

J'ai entendu Claude et Jean. Bien que ce ne soit pas dans mes habitudes, je signe la pétition, en me justifiant le plus sérieusement possible : " STOP ! Comment peut-on défendre à la fois l'Unesco et cette destruction paysagère, sur la perspective la plus emblématique du Havre ? Comment ose-t-on mettre en avant l'idée de dynamiser ce quartier grâce à quelques crèches, sur l'emplacement même des écoles que la municipalité vient de fermer ? Comment est-il possible d'imaginer que la décroissance du Havre n'est liée qu'à un problème de logements, et à cet endroit précis ? Comment des architectes peuvent-ils être assez incultes et prétentieux pour imposer un projet si médiocre aux côtés d'Auguste Perret et d'Oscar Niemeyer ? Comment justifier le silence des responsables locaux, des médias, des experts ? Une seule explication : le vide, la peur, le désarroi que provoque la MISERE STRUCTURELLE du Havre. Oui, la détresse intellectuelle et financière, voici la seule cause de la décroissance, celle de nos cités industrielles aux élites déconfites, incapables de se RENOUVELER LÀ OU IL FAUT. Acharnement à ne pas voir ses atouts, à les gaspiller. Restons-en au patrimoine moderne : démantèlement du paquebot France, castration de Niemeyer (pour une bibliothèque frigide), destruction du terminal des Transatlantiques (sous prétexte d'une usine que l'on savait fantoche). Le coupable n'est pas le tyran, mais celui qui marche à ses côtés en silence. " Voilà, c'est dit.

En font-ils exprès ? À l'évidence, on se moque une fois de plus de la naïveté des provinciaux. Voir, ci-après...

jeudi 15 février 2018

Buffet Mado ou Madot // histoires et rumeurs



La médiacratie est un univers étrange : un petit rien sur internet peut vite devenir un grand quelque-chose dans notre quotidien. Tout est susceptible de faire boule de neige. Dans le tourbillon des effets papillons, on ne parvient plus à distinguer le simple cavalier de celui qui officie en tête. On peut être une victime innocente en croyant  manœuvrer en initié, ou l'inverse. On peut se prétendre historien et se découvrir ignorant dans son propre domaine, lorsque surgit une affaire sur le devant de la scène sans que vous en ayez jamais entendu parler. Ainsi, un jour parmi tant d'autres, quelqu'un nous parle du célèbre buffet " Mado "... Et l'on se retrouve pétrifié face à l'inconnu. Comme toujours dans ce cas, on utilise le système de défense des ignorants à l'âge du numérique (pour celui qui ne peux pas immédiatement regarder la réponse sur son portable, au risque de se discréditer). On glisse discrètement hors du sujet, on extrapole un peu... Puis on généralise juste ce qu'il faut pour faire parler, tout en acquiesçant d'un air savant... Une fois seul chez soi, doté de ces informations et loin des regards inquisiteurs, on se précipite sur internet pour vérifier. Là, c'est le drame : à l'évidence, tout le monde connait ! Deux possibilités s'offrent donc : soit on répète l'évidence, soit on va plus loin. Que découvre-t-on dans ce second cas ? Certes, l'objet existe bien. On l'a vu dans tous les foyers. Il a été vendu en masse. On le connait chez Mémé. Il nous est aussi familier que le nom " Mado ". Pourtant, de ce côté, rien n’apparaît. Pas de " Mado "... On re-fouille mieux, jusque dans les moindres recoins de l'inévitable revue Arts Ménagers. Alors ? Déception ! Pas un mot, pas un nom, le grand vide, le vaste néant ! Pas le moindre Mado en vue. On parle simplement d'un "buffet de cuisine moderne". Eureka ! Buffet moderne, Buffet Mado, surtout si la petite dernière se nomme Marie-Dominique ou Madeleine, prénoms à la mode... Voici un nom tiré d'un souvenir d'enfance, relayé par les internautes (LéBo-L'Mado-À-Mémé). On cherchera le bébé coupable plus tard...

Avant d'en venir au nom, voyons pour l'instant l'histoire de la chose : le buffet de cuisine moderne. Finissons-en une bonne fois pour toute avec les datations approximatives. Il n'y a rien de comparable dans les années 1930, ni véritablement dans la décennie suivante. La première touche arrive en 1949. Alors que nous assistons à l'explosion du " moderne bombé " (et tatoué) avec le buffet deux corps dans la salle à manger, apparaît une première version de ce meuble de cuisine populaire en bois blanc, en dernière page du catalogue des Galeries Barbès (voir Galerie Barbès [2/2] // le moderne bombé). Exactement au même moment, surgit son jumeau chez Lévitan, un peu plus rude - disons que c'est le deuxième de la famille et qu'il lui faut jouer des coudes. Cette page du catalogue Lévitan est plus intéressante car il s'y livre un combat entre la " cuisine moderne en bois blanc " avec son prototype de buffet dit " Mado " (pas cher) et la " cuisine par éléments " que propose Marcel Gascoin sous la marque Coméra (pour le même prix, ou presque). Quant on sait que René Gabriel invente le meuble moderne en bois blanc vers 1935, on peut commencer à réfléchir en historien sur cette tardive mise en concurrence. Enfin, pour les amateurs, on peut noter que le catalogue Lévitan signale une table et une chaise également éditées par Coméra, sans donner d'image, dommage ! Oublions ces affaires de spécialistes, car ce qui nous importe vraiment, c'est le " buffet de cuisine ". Il est bien là, dans ces catalogues, un peu renflé dans les coins, avec sa huche à pain pour les baguettes, ses petites vitrines dans la partie haute, laqué d'un blanc immaculé comme l'aurait voulu le grand Ripolineur (qui justifie l'appellation moderne). Les vitres peuvent être floues, mais elles ne sont pas encore gravées. Il faut avancer un peu dans le temps pour découvrir ce genre de détails. Dès 1953, un magasin de Rouen faisant de la vente à domicile, bien-nommé ' Le Meuble pour tous ", dispose déjà d'un énorme stock en catalogue. On peut ensuite revérifier chez Lévitan, la même année, la suivante, et encore la suivante, ils y sont ! Mais la mode passe, et certains sont déjà vendus à prix " sacrifié ". C'est ainsi qu'ils disparaissent avant la fin des années 1950. Un dernier mot, pour en finir avec les vieilles rumeurs, ils n'ont jamais été faits sur-mesure : il s'en vendait seulement une multitude de variétés.

Mais revenons-en à la vraie rumeur du net. Aujourd'hui, il n'est plus un seul site déco qui ne se vante d'avoir poncé son " Mado " pour le repeindre en vert anis, jaune citron, bleu métal, noir acier, gris taupe, puis calligraphié, peinturluré, hachuré,... Comme s'il fallait passer sa rage contre la blanche modernité ! Mais comment ce nom, Mado, est-il arrivé chez tout le monde sans que personne ne le voit entrer ? Pour le savoir, il faut cette fois fouiller sur internet et s'aider de l'option " date de préférence ". On découvre la première occurrence du buffet " Mado " en mars 2009, il y a maintenant presque dix ans. C'est sur un blog de jeunes parents bricoleurs nommé Alabaraque. Tout y est, au grand complet : la fausse date 1930, la fausse marque Mado, le je-l'ai-chiné pour 15 euros (est-ce vrai ?), le je-vais-le-poncer, le je-vais-ensuite... L'auteur est probablement l'inventeur de ce formidable concept rétro-vintage, peut-être même le créateur du nom " Mado ", à la tête de la cavalerie. Il fait mouche car son buffet va désormais en voir de toutes les couleurs... Deux apparitions en 2010, puis huit en 2011, déjà treize en 2012, mais l'on est toujours dans le pic d’initiés. On passe à vingt-neuf en 2013 avec une internationalisation grâce à la remarque suivante, inscrite dans les commentaires by an expert : " The 50´s cabinet is called a “Buffet Mado” it was very common in France in the 50´s and you can still buy some very cheap, sometimes less than 100 euros "(apartmentapothecary.com). Bien que la datation soit déjà mieux sentie, on remarque surtout le changement de prix, et la qualité d'un placement international dans du Mado. Alors même que toutes les places boursières s'effondrent, les Mado passent de 15 à 100 euros. Ensuite, c'est parti pour le succès  cinq pages de réponses par an en moyenne.... Aujourd'hui même, sur le Boncoin (qui fait autorité en matière d'expertise), il y a 282 " Mado " à vendre dans la rubrique mobilier. Attention, son prix atteint désormais les 300 euros, jusqu'à 500 euros pour les plus beaux. Et dire qu'il n'existe pas ! Depuis 2009, on peut parler d'une véritable affaire Mado. Alors n'hésitons pas à notre tour, soyons créatifs et affirmons que le " vrai Madot " prend un " t " ! Créons l'image qui correspond, voyons combien lisent et combien regardent seulement les photos, puis calculons le temps qu'il faut à ce Madot imagé pour qu'il prenne bien son " t " comme sur le photomontage. Quoi qu'en regardant mieux, je me demande si ce n'est pas un " f ", à la fin ?

dimanche 8 mai 2016

Robert Desnos // résistance et déportation

Robert Desnos, un ultime portrait en juin 1945

Tout le monde connaît ce tweet (à moins qu'il ne soit déjà oublié) : « parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir ». Pour Paul Éluard (poème utile // Liberté), c'est différent. Dans un discours qu'il prononce lors de la remise des cendres du poète surréaliste Robert Desnos, en octobre 1945, il affirme : « Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues. » Je l'aime beaucoup, Robert Desnos, pour ce qu'il représente et ce qu'il a fait, pour ce qu'il a été et ce qu'il aurait pu être. Et j'y suis attaché pour une autre raison : il était dans le convoi du 27 avril 1944, partant de Compiègne pour aller à Auschwitz-Birkenau, avant de partir vers Buchenwald. S'il avait survécu, peut-être aurait-il produit une poésie plus épaisse, plus rassurante, plus concrète, plus infantile, plus généreuse : une poésie de reconstruction. Mais il meurt avec le numéro 185443 tatoué sur l'avant-bras gauche, et, cousu sur la poitrine, un autre matricule surmonté d'un triangle rouge basculé sur la pointe, un "F" au centre. Je connais d'autres victimes de ce convoi, ayant la même tenue, probablement le même triangle, peut-être en couvrait-il un second d'une autre couleur. Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais. J'ose imaginer qu'ils se sont rencontrés avant les Marches de la mort, quand ils avaient la force de résister. Internet permet de retrouver des liens inattendus, de rentrer dans une micro-histoire qui croise les ouragans de la grande histoire, avec ses épisodes horribles et ses moments d'espoirs. Peut-être, désormais, allons-nous cesser de rechercher un ancêtre glorieux, un grand duc ou un petit bâtard, pour enfin construire une histoire retournée, un arbre généalogique ayant le tronc en haut et les branches vers le bas, avec un feuillage touffu où nos ancêtres croisent les poètes, se battent pour la Liberté et ne meurent plus dans l'oubli ! Chacun peut chercher un nom, désormais, dans le Livre-mémorial de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

samedi 23 janvier 2016

Candilis II... le retour // vente Leclere

Présentation du mobilier Georges Candilis de la galerie Clément Cividino

Après un article rédigé il y a presque deux ans (Candilis // Artcurial vente du 19 mai), il faut revenir sur ce sujet qui fait boule de neige depuis la préemption du Centre Pompidou. Un article de L'Indépendant a depuis donné les circonstances de cette redécouverte : " Pour en arriver là, il a fallu le lent et minutieux travail de Clément Cividino, l'artisan de la renaissance de l'Hexacube de Candilis qui a conçu l'exposition présentée à Leucate pour le centenaire de l'architecte en juillet 2013. "En 2004, tout ce qui était encore sur place aux Carrats a été jeté dans deux bennes avant que la saison ne commence. Ce mobilier en bois ne correspondait plus aux exigences des normes de sécurité", raconte Clément Cividino qui a retrouvé, quelques années plus tard, lors de ses recherches sur Candilis, les rares chaises et tables abandonnées sur place dans des placards. Personne ne s'intéressait alors à Candilis… Mais la passion et la détermination ont fini par porter leurs fruits pour ce collectionneur atypique. " Il faut toujours en passer par cette phase de rejet, de détestation, de re-normalisation, parfois de destruction, pour ensuite re-découvrir. Chacun comprend désormais l'intérêt de l'hyper-simplicité du brutalisme rationnel de Georges Candilis et d'Anja Blomstedt. Qui peut, aujourd'hui, ne pas avoir de sympathie pour ce moment où l'on voulait réduire, démultiplier, alléger l'habitat, et finalement s'en désaliéner afin d'être toujours plus libre et plus humain. Un sommet atteint plus tard, visible en détail à travers deux beaux articles consacrés aux Hexacubes, dans As-tu-déja-oublié  et dans archipostalecarte. Après la redécouverte, chacun attend désormais la renaissance. Mais ces beaux meubles scolaires qui nous replongent dans les Goldens Sixties, ne doivent pas faire oublier que les Seventies qui vont suivre étaient plutôt une utopie pour adultes. Peut-être la fin de la projection du rêve encore normatif issu de la reconstruction ? Mais voilà presque 50 ans que nous rétro-pédalons. Le monde s'enferme, s'encombre, s'alourdît pour se protéger d'un je-ne-sais-quoi qui a fini par devenir quelque-chose, suivant le principe de la prophétie autoréalisatrice. Maintenant, ça suffit. Souhaitons que cet intérêt soit le signe précurseur d'un intelligent retournement. Ci-après le mobilier de la vente Leclere du 9 février 2016...

After an article published two years ago, we must return to this subject that snowballed since the acquisition by the Centre Pompidou. An article in L'Independent gives the circumstances of this discovery: "To get there, it took the slow and painstaking work of Clement Cividino, the architect of the renaissance of Hexacube who Candilis designed, an exhibition in Leucate for the architect's centenary in July 2013. "In 2004, everything was still there to Carrats was thrown into two buckets before the season begins. The wooden furniture no longer met the requirements of safety standards, "said Clement Cividino who found a few years later, during his research on Candilis, the few chairs and tables abandoned in place in cupboards. Nobody s' so interested in Candilis ... But the passion and determination finally pay off for this atypical collector." Always go through that rejection phase of detestation, re-normalization, sometimes destructive and then re-discover. Everyone now understands the value of brutalism and hyper-rational simplicity of Georges Candilis and Anja Blomstedt. Who can today have no sympathy for that moment when you wanted to reduce leverage, reduce habitat, and eventually alienate in order to be ever more free, more human. A peak later visible in detail through two fine articles on the Hexacubes in  As-tu-déja-oublié and archipostalecarte. After the rediscovery, everyone expects rebirth. But these beautiful school furniture that take us back in the Sixties Goldens, must not forget that the Seventies that followed were rather a utopia for adults. Perhaps the end of the projection of the dream still normative resulting from the reconstruction? But now, almost 50 years that we back-pedaling. The world is locked up, is a hitch, gets heavier to protect anything that eventually become something much, according to the principle of self-fulfilling prophecy. Now is enough. Let us hope that this interest is the early sign of a smart turnaround. Below Leclere sale, February 9, 2016 ...


jeudi 26 novembre 2015

Micro-musée // journée de conférences

Extrait de "pièces de vie" (Compagnie du Pianb à pouçes, ph. Thomas Malgras VdH, 2010)

Demain s'ouvre une journée de conférences intitulée Micro-musée : interpréter un espace du quotidien. L'accès est libre pour assister à différents exposés qui ont pour objectif de présenter plusieurs célèbres musées où l'architecture domestique est placée dans une démarche patrimoniale dynamique, allant de la reconstitution à l'identique jusqu'à la confrontation au présent, en passant par l'analyse sociale ou la création artistique. Les lieux représentés vont faire rêver tous les amateurs d'architectures modernes et d'autres rêves utopiques : le Familistère de Guise, le Musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes (avec son futur appartement témoin), le Prefab Museum de Londres et les préfabriquées du relogement d'urgence de l'association Mémoire de Soye, près de Lorient, l'association La Première Rue dans la cité radieuse de Le Corbusier à Briey, l'Unité d'habitation de Firminy-Vert et la Fédération des habitants des Unités d'habitation de Le Corbusier, l'exploration ira même jusqu'aux années 1980 avec Nemausus de Jean Nouvel. Il ne manquait que le Musée urbain Tony Garnier à Lyon, l'AMLOP et le tour était presque complet... Ce sera pour une prochaine occasion. Pour l'instant, il s'agit de poser les premières bases : en bref, comment mettre le logement urbain en musée, sans briser tous nos bons vieux rêves ? C'est la question à laquelle doivent répondre les intervenants. Ils présenteront, tour à tour, des sites culturels mettant en scène un ou plusieurs logements significatifs de l'histoire des utopies urbaines, de l'architecture et du design. Les communications concerneront la création d'outils interprétatifs permettant de s'adresser à un public élargi, l'objectif général consistant à poser les bases d'une problématique muséographique commune : trouver des techniques de préservation et de valorisation adaptées aux petits espaces du quotidien qui définissent le "micro-musée". La journée est organisée par le service Unesco-Ville d’art et d’histoire. C'est au Havre, au Musée Malraux (MuMa). Résumés ci-dessous...

Tomorrow opens a conference day entitled Micro-Museum: interpreting an everyday space. Access is free to attend these conferences which aim to present several examples of famous museums where domestic architecture is placed in a dynamic patrimonial approach, from identical reconstruction up to confrontation with present, through social analysis or artistic creation. Places represented the will to dream all lovers of modern architecture and other utopian dreams: Familistère de Guise, garden city of Suresnes (with its show flat), The Prefab Museum in London and a same experience in Lorient, the Cité radieuse of Briey (and a model apartment furnished by Pierre Guariche), the Le Corbusier Federation of the inhabitants of housing units, and an exploration until the 1980s with Jean Nouvel's Nemausus. Only missing Tony Garnier and his modern city ... It will be a next time. Now, these are the foundations: in short, how to put the urban housing inside a museum without breaking all our good old dreams? This is the question that must meet various stakeholders. They will present alternately cultural sites featuring one or more significant housing of urban utopias, modern architecture and design. Communications will concern the creation of interpretative tools to address a wider audience, the general objective of laying the foundations of a common museum problem: finding preservation and valuation techniques suitable for small everyday spaces define "micro-museum". The day is organized by the Unesco department of Le Havre. The event happens in the Malraux Museum (MuMa). Abstracts below ...

vendredi 13 novembre 2015

Poème utile // Liberté

Jean Picart le Doux, Hommage à Paul Éluard, 1952, Musée d'art et d'histoire de St-Denis

Que dire aujourd'hui de l'art utile ? Faut-il répéter les propos d'un enseignant sur Philagora : "Soyez ferme sur ce point ! L'objet d'art est inutile par rapport au besoin et à la morale : l'œuvre belle n'a de fin qu'elle-même. Au contraire, pour l'objet technique, l'utilité en détermine les caractéristiques essentielles". Voilà un philosophe qui n'interroge pas les catégories ! Oublions ces "idiots utiles" qui répètent sans réfléchir. Considérons le poème propagandiste de Paul Éluard, Liberté. Il relate l'instant où l'art se retourne en même temps que l'histoire : de la poésie à la peinture, de l'ameublement à l'architecture, du cinéma à la photographie. Produit de la violence de la Première Guerre mondiale, la folie surréaliste oublie sa lutte contre la civilisation et revient vers le réalisme afin de s'opposer à l'aberration nazie. Réalité et abstraction s'unissent et pénètrent la reconstruction, parfois la résistance. Le plus célèbre exemple de ce changement réside, à mon sens, dans ce poème. Publié une première fois en avril 1942, le texte a été réédité à Londres et parachuté par la Royal Air Force alors que débutent les bombardements stratégiques... Pour se souvenir, il faut écouter l'interprétation a cappella de Francis Poulenc, regarder la tapisserie de Jean Lurçat ou celle, plus tardive, de Jean Picart le Doux. Tapisserie et poésie renaissent aux côtés de Liberté. Les plus radicaux accusent cet " art utile " et revendiquent la supériorité de " l'art pour l'art ", des André Breton aux Benjamin Péret, pour qui la chose ne dépassent pas " la publicité pharmaceutique " ; mêmes accusations contre la Nouvelle Ecole de Paris qui revendique sa part de réalité ; attaques identiques face au mobilier de Gabriel qui cherche une modernité populaire ; idem envers l'architecture d'Auguste Perret qui se dirige vers la banalité. La beauté va d'ici peu s’industrialiser, se démocratiser, afin de lutter contre une haine déjà produite en masse. Ça agace quelques vieux snobs et autres frustrés qui désirent voler l'amour à la jeunesse. Mais le poème Liberté, il ne se lit qu'à voix haute, il s'écoute, il se partage. Il n'est pas seulement pour soi, il est pour tous. Il entrera dans les écoles. La séparation de l'utile et de l'art n'a aucun sens. L'accusation par Breton et sa troupe peut se lire comme l'aveu d'une lâcheté, justifiant l'exil plutôt que le combat. Des millions de morts, des millions de sans-abri. Puis des millions de survivants, des millions de gens à reloger. Alors il n'y a plus de question à se poser : soit on affronte et l'on travaille pour tous, soit on s'éloigne, on s'enferme dans l'entre-soi et l'on se rend coupable.

A historic news was invited by erasing the rest. Loans to heroism, our politicians have changed green to khaki. The worst is to come. Under these conditions, what about the useful art? Should we repeat the words of the philosopher-teacher website named Philagora: "Be firm on this point The art object is useless against the need and morality: the beautiful work did end herself. In contrast, for the technical object, the utility determines its essential character ". That's a philosopher who does not question the categories because it still shudder to think Peguy, Mounier and other cultural leftists fell to the dark side ... Forget those "useful idiots" (said has the first of them) who foolishly repeat the hackneyed about Zola. Consider the poem by Paul Eluard, Liberty. It dates exactly the moment where art turns at the same times as history: from furniture to architecture, painting to poetry, film to photography. That's when the madness born surrealist absurd violence of the WW1, realism merges with fighting against nihilism of fascists and Nazis. Abstraction and realism combine to penetrate the resistance and the reconstruction. In my opinion, the best example of this change is this poem published in April 1942, the text is reprinted in London and dropped by the Royal Air Force when strategic bombing begin ... To remember, we must look the tapestry of Lurçat or, later, that of Jean Picart le Doux. Tapestry and poetry reborn to Freedom sides. That's when some people are beginning to acknowledge this "useful art" and extol the superiority of "art for art's", André Breton to Benjamin Peret, for whom this thing do not exceed "pharmaceutical advertising" ; same charges against the New School of Paris which claims its share of realism; always identical attacks tale Gabriel furniture that seeks a popular modernity; ditto to the architecture of Auguste Perret that goes to banality. Everything is about to industrialize and become democratic, which annoys snobs looking for modernity entirely at their service. But Liberty, it will only reads aloud, you can listen, it looks, it is divided. It is not for itself, but for all. Separating useful and art makes no sense, the accusation by Breton and his band reads like a delusion, hiding evil an admission of cowardice. Millions of dead, millions homeless. Then millions of survivors of millions of people to relocate. So there is no question to ask yourself: is looking at all and it works for everyone, either working for oneself and one is guilty.

lundi 20 juillet 2015

Palmarès // Salon des arts ménagers 1956

couverture du catalogue officiel du salon des arts ménagers de 1956

Pour qui voudrait ranger par ordre d'importance les designers de meubles français au milieu des années 1950, le catalogue du salon des arts ménagers offre de superbes listes, plus particulièrement en 1956 quand le « style reconstruction » atteint le sommet de son succès. En effet, l'art et la manière des meubles en bois économiques sont digérés par la majorité des grandes fabriques, ce qui oblige les jeunes créateurs à se renouveler dans un design plus graphique, suivant un "style international" rationalisé (désormais états-uniens) que nous dirons "moderniste" en réservant précieusement le mot "moderne" pour des horizons plus larges ! Comme tout sommet, il marque à la fois la fin d'une montée et l'amorce d'une descente. En attendant la chute, on découvre dans l'aile sud du Grand Palais une présentation d'ensembles mobiliers par tous les créateurs qui auront marqué la première moitié de la décennie. Évidemment, les stands ne sont pas rangés au hasard. La crème de la crème est dans l'exposition « Formes utiles » de l'UAM (Union des artistes modernes) qui présente, cette année-là, des tables inventées par huit artistes. Ensuite, Marcel Gascoin continue de tenir bien en main le bâton de relais que lui a transmis René Gabriel, veillant à placer ses favoris dans le stand pour les membres de l'Association des créateurs de meubles de série (ACMS = 18 noms à bien retenir). La troisième marche est réservée à des meubles un peu plus luxueux qu'occupent les autres invités de la prestigieuse section du Foyer d'aujourd'hui (FA = 24 noms à regarder de près). Hors du podium, ce ne sont plus des invités mais des entreprises et des créateurs qui doivent payer leur place afin d'apparaître dans les salles du premier étage de l'aile sud réservées aux « industries »: salles Sud, Sud-ouest (SO), Sud-Est (SE) et rotondes, avec 53 entreprises, à trier soi-même, incluant une dizaine de décorateurs non représentés ailleurs. On peut aussi constater que certains s'affichent partout, l'exemple type étant Jacques Hitier qui est à la fois dans l'ACMS pour ses créations modernes, dans le FA pour une édition de La Méridienne et dans le double stand professionnel SO-09/11 chez Tubauto... Listes ci-dessous avec les publicités de meubles publiées dans ce catalogue...

For who would arrange in order of importance the French furniture designers in the mid-1950s, the catalog of household arts fair offers superb name list, particularly in 1956 when the "reconstruction style" reached the peak of its success. Indeed, the art and practice of economic wooden furniture are digested by the majority of factories, forcing young artists to renew themselves in a more graphic design, following an "international style" streamlined (now state-uniens) we say "modernist" in carefully reserving the word "modern" for wider horizons! Like any top, it marks both the end of a climb and the beginning of a descent. Until the fall, we discover in the south wing of the Grand Palais a presentation of furniture sets by all the designers who have marked the first half of the decade. Obviously, the stands are not randomised. The cream of the crop is in the exhibition "Useful Forms" of the UAM (Union of Modern Artists) which has, in that year, tables invented by eight artists. Then Marcel Gascoin continue to keep under control the stick relay that sent him René Gabriel, ensuring his favorite place in the stand for the members of designer furniture Association (Association des créateurs de modèles de série ACMS = 18 names to remember). The third step is for the slightly more luxurious furnishings occupy the other guests of the prestigious section of the Home today (Foyer d'aujourd'hui FA = 24 names to look closely). Off the podium, are no longer guests but companies and creators who have to pay their exhibition stand to appear in the first floor of the south wing rooms for "industries": South halls, Southwest (SO ), Southeast (SE) and rotundas, with 53 companies, sort oneself, including ten designers not represented elsewhere. We can also see that some appear everywhere, the typical example being Jacques Hitier which is both in the ACMS for his modern creations in the FA for an edition by La Méridienne and professional stand in the double SO-09/11 at Tubauto ...

jeudi 1 janvier 2015

Boncoin.fr // nouveaux arrivages



(message posté le 1er août 2014 réactualisé) parmi les millions de photographies en ligne sur leboncoin.fr, il y a tout ça ! Cependant, les yeux qui surveillent ces annonces sont légions et les plus incroyables trouvailles disparaissent vite... Et Hop ! C'est ainsi que le tableau de chasse s'assimile à une compulsion collective, faisant se toucher la préciosité et la vulgarité (meubles d'urgence // René Gabriel 1/2). Cependant, contrairement à la complexité demandée quand il s'agit d'aimer la banalité, la quète du rare et du précieux est évidente pour tout le monde : la beauté - à l'instar de la bonté - est la norme la mieux partagée. Nous aimons tous jouer à la chasse au trésor... Heureusement, pour balayer cette évidence, Wikipedia cite Jacques Le Goff dans la rubrique Leboncoin.fr et ouvre une amusante dimension anarco-médiévale : "D'une certaine façon, leboncoin.fr est au XXIe siècle ce que la foire était au Moyen Âge. À cette époque, il n'y avait pas tellement de boutiques, ni en ville ni à la campagne. Le grand centre où les gens se procuraient de tout, c'était les foires. J'analyse plutôt l'essor du Bon Coin comme une expression de la « débrouillardise » française. C'est cet état d'esprit qui a attiré un nombre incalculable de gens vers Paris très tôt. Le site démocratise l'acquisition de produits dont une grande partie du prix peut être liée aux intermédiaires. Il propose un retour à la vie de qualité médiévale, avec convivialité et entraide. Il apparaît également très efficace sur le marché de l'immobilier, de l'automobile et de l'emploi, ce dernier point étant particulièrement important actuellement." Ajoutons un nouveau marché de l'art où chacun devra apprendre à être son propre expert, à exprimer son goût ! En attendant, voici des trésors photographiques où le préciosité est banalisée.

Among millions of photographs online in leboncoin.fr, there all! However, eyes that monitor these ads are legion and most amazing finds disappear quickly ... And Hop! Thus the table hunting is assimilated to a collective compulsion, by touching the preciousness and vulgarity (emergency furniture // René Gabriel 1/2). However, unlike the complexity required when it comes to love banality, the quest of rare and precious is obvious to everyone: the beauty - like kindness - is the best shared standard. We all like to play treasure hunt ... Fortunately, to sweep this evidence, Wikipedia.fr cites Jacques Le Goff in the section Leboncoin.fr and opens a fun anarcho-medieval dimension: "In a way, is leboncoin.fr the twenty-first century that the fair was in the Middle Ages. At that time, there were not so many shops or in town or in the countryside. The large center where people of every procured was fairs . I analyze rather the rise of Bon Coin as an expression of "resourcefulness" French. It is this spirit that has attracted countless people to Paris early. The site democratizes product acquisition a large part of the price can be linked to intermediaries. It offers a return to the medieval quality of life, with warmth and support. It also appears very effective in the real estate market, automotive and employment This latter point is particularly important now. " Add a new art market where everyone must learn to be his own expert to express his taste! Meanwhile, here's photographic treasures where the preciousness become commonplace.

mercredi 27 août 2014

Psychanalyse urbaine // traumatisme et réappropriation


Dieppe bombardé - 1694, fonds médiathèque Jean-Renoir

Un long moment studieux consacré, pour le service "Unesco - Ville d'art et d'histoire", à la préparation de la journée de conférences du 12 septembre ayant pour sujet la psychanalyse urbaine, avec un sous-titre qui peut être considéré comme un cycle vital : traumatisme, reconstruction, réappropriation. Si cette approche paraît originale en France, une psychanalyste new-yorkaise me signalait encore récemment que la chose était d'une banalité à pleurer dans sa ville, où tout projet sérieux doit s'accompagner d'une interprétation psychanalytique. Cependant, nous sommes en France, très exactement de l'autre côté de l'Atlantique, au Havre ! Ici, pour marquer les 70 ans des bombardements, l'Université organise un colloque sur les bombardements en eux-mêmes (Cirtai), cherchant à établir le pourquoi du comment. Il s'agit d'un travail nécessaire mais on a le droit de le trouver excessivement premier degré ; un esprit fin pouvant y voir la marque d'un traumatisme non-encore assumé. On cherche une explication, une justification. Elargissons donc le sujet en lisant Thomas Hippler, Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires, 2014) où l'on découvrira qu'il n'y a jamais une raison mécanique. Tutto è cosa mentale. Pour passer au pourquoi du pourquoi, afin de surpasser le vide et de réinvestir le lieu dans son présent (vivant au Havre et non ailleurs), voici le programme complet de notre journée : soyons nombreux !

lundi 3 mars 2014

Hall d'entrée au Havre // visite privée


entrée sur l'avenue Foch avec l'oeuvre de Louis Leygue

Visite en compagnie du célèbre architecte d'intérieur Pierre Yovanovitch et d'une architecte de son agence, Christine Lili Cheng : nous avons pu pénétrer dans le hall d'un immeuble qui borde à la fois la place de l'Hôtel-de-Ville et la rive nord de l'avenue Foch. La porte est aisée à repérer grâce à la sculpture en aile d'oiseau de Louis Leygue qui la surmonte. Dans le goût des I.S.A.I. du Havre, ce bâtiment ne s'adressait cependant pas aux familles moyennes mais aux favorisés ; on peut ainsi y découvrir le même soin constructif mais avec une plus grande générosité dans les volumes et les détails, son coût de construction étant plus élevé. Comme il est également dessiné par des membres de l'Atelier de la Reconstruction du Havre, dirigé par Auguste Perret, les réflexions qui découlent de son observation sont multiples : déjà, la construction qu'impose Auguste Perret (né en 1874) reste bien "de son temps" et n'est comparable, dans son esprit et ses finitions, qu'à celui d'autres grands précurseurs comme Adolf Loos (né en 1870) ou Frank Llyod Wright (né en 1867). Il ne faut pas confondre avec les modernistes qui font leurs armes plus tardivement... Ce qui est particulièrement saisissant, c'est l'extrême sensation de luxe procuré par le béton armé - matériau pourtant pauvre -. L'effet semble lié à la puissante présence de la structure, à la finesse d'imbrication des éléments de remplissage, à la subtilité des variations dans les constituants (grès rose, quartzite blanche, silex roux, liants teintés), ainsi qu'au contraste entre les surfaces avivées à la boucharde et celles où le mortier est laissé brut (à peine rehaussé par un "ciment pur" qui lui donne un ton légèrement plus foncé). Un constat s'en dégage : la sensation de préciosité ne s'obtient pas avec des artifices, ni des ornements, ni une matière originale, ni du rare, ni même du supposé "riche", mais seulement par l'oeil et la main de l'homme. Plus encore, l'utilisation d'une matière pauvre apparaît comme l'unique garantie de la qualité voire du génie - celui qui n'a pas à chercher à leurrer ! Ci-dessous, les photographies de Pierre Yovanovitch et Christine Lili Cheng.

It's rare that I mention in this blog my " tour guide " vacations but the opportunity present to a visit with the famous interior designer Pierre Yovanovitch and architect of his agency , Christine Cheng Lili . A pleasant meeting which inevitably leads to reflections. Luckily, we were able to enter in a building between Place de l'Hotel de Ville and Avenue Foch . The door is easy to spot with a sculpture of wing aircraft by Louis Leygue . In the style of famous ISAI , this building is , however, a further quality because it was aimed at well-off and not the " average family " . One can thus discover the same constructive care but with a more generous volumes and details for its construction cost would certainly be higher. As it is also designed by the members of the Atelier de Reconstruction du Havre, directed by Auguste Perret , the reflections arising from its observation are many: already , Auguste Perret (born 1874) is a man of his time and style construction is comparable in quality craftsmanship as the other major precursors such as Adolf Loos (b. 1870) or Frank Lloyd Wright ( b. 1867). It is important do not to confuse those men with young modernists who make their weapons during 1930s or 1950s ... Then, what is particularly striking here is the extreme feeling of luxury that gives the material - however poor - what the concrete . This seems related to the powerful presence of the structure, finesse nesting filling elements , the choice of components ( pink sandstone , white quartzite , brown flint, binders tinted) , and the contrast between the surfaces heightened and those where the mortar is left rough ( enhanced by a "pure cement" which gives a slightly darker it). One thing emerges : the feeling of preciousness is not obtained with the artifice of an original , rare or rich material , but only by the human eyes & hands. Furthermore, the use of poor material appears as the only guarantee of genius - one who does not try to deceive ! Below , photographs of Pierre Yovanovitch and Christine Lili Cheng.