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vendredi 12 mars 2021

Turenne Chevallereau (1912-1987) // biographie retrouvée

Portrait de Turenne Chevallereau, chez lui, à Paris, rue de la Solidarité, vers 1939

 

    « Nous avons contacté Pierre (Art utile) après avoir découvert son livre sur René Gabriel : nous savions que notre grand-père avait travaillé un temps à ses côtés, et en parcourant le texte nous avons vu son nom revenir sur plusieurs pages ! C'était la première fois qu'il réapparaissait dans un ouvrage. Nous étions fiers, et en même temps nous nous posions cette question : pourquoi était-il tombé dans l'oubli alors qu'il avait été si proche d'un grand nombre de designers aujourd’hui reconnus ?

    Profitant du confinement, cette période étrange de repli intérieur, nous avons replongé dans les quelques archives en notre possession : gouaches, pliages, dessins, petits albums photos... Le papier bruni s'effrite, mais pourtant le coup de pinceau est toujours aussi vivant, les couleurs fraîches, les recherches de pliages incroyables... Cela nous projette dans une émouvante proximité au-delà du temps. Les petites photos qu'il développait lui-même témoignent autant de sa vie personnelle et familiale que de son travail : quelle surprise cela avait dû être pour notre grand-mère de découvrir leur appartement de jeunes mariés entièrement meublé, et de style si moderne, avec les créations de son fier époux ! Comme une offrande avant-gardiste à celle qu'il aimait. Ces meubles les suivront d'ailleurs toute leur vie dans de multiples maisons, et nous avons toujours connu les petites clés « modernistes » qui s’y rattachaient (et que notre grand-mère cachait afin qu'on ne les perde pas lors de nos parties de pirates).

    Devant la part de mystère, pour retracer son parcours, nous sommes donc en train d'organiser et compléter cette sorte de puzzle constituant nos archives, avec toutes les informations que l'on peut glaner par le biais de férus d’arts décoratifs et de design. Nous pressentons que les projets, les dessins conservés par la famille recèlent un réel intérêt artistique et historique. Nous avons donc progressivement pensé à les partager et nous espérons avoir assez de matière, un jour prochain, pour publier un ouvrage à l'image de TC, formidable grand-père curieux de tout, créatif et inventif. »

Ci-après,  quelques images du logement de Turenne Chevallereau en 1939 précédées d'une brève biographie coécrite avec Agathe et Virgile, auteurs de cette entrée en matière...

lundi 1 juin 2020

René Gabriel // 1940 - Mobilier et décoration



Il semble important de souligner que la revue de référence dans l'ameublement français, Mobilier et décoration, publie quelques rares numéros entre la déclaration de guerre (septembre 1939) et l'Occupation (juin 1940). Dans l'avant-propos de janvier 1940, les rédacteurs s'excusent auprès de leurs lecteurs pour quatre mois sans publication, qu'ils désignent comme un entr'acte... car ils ignorent évidemment qu'ils seront contraints au silence total pendant quatre années ! Ils font pour l'instant appel à la générosité des amis de la France, au nom de la Fédération d'aide aux artistes (abritée par la Fondation Rothschild et dirigée par le ministre Anatole de Monzie). Des forces sont en œuvre et une transition s'annonce, avec des noms évoquant le souvenir du drame, de l'entraide et de la reconstruction qui avaient déjà entouré la Première Guerre mondiale.

Mais cet étrange numéro, que nous pourrions qualifier de dernier rayon de soleil, est justement celui où Gabriel apparait en pleine lumière. Il n'est plus seulement l'ami et complice de Michel Dufet (qui vante depuis toujours la qualité de son travail dans la revue Décor d'Aujourd'hui), car il entre désormais dans la cour des grands : celle des artistes décorateurs reconnus par la critique internationale. Si l'auteur de ce premier article consacré à son œuvre est anonyme, il signe cependant un aveu : personne n'en parlait, mais tout le monde s'arrêtait depuis 1919 devant le stand de Gabriel au salon des Artistes décorateurs, s'étonnant de la clarté de ses ensembles composés de mobilier bon marché. Il s'agit certainement du célèbre critique d'art Bernard Champigneulle, car il replace les créations de Gabriel dès qu'un numéro reparaît en janvier 1945. Pourquoi personne n'en parlait jusqu'ici ? Parce qu'il serait gênant de faire ce genre de constat dans un pays où le luxe est artisanal et se paie au prix fort ? Ou, tout au contraire, parce que la modernité devrait toujours avoir l'apparence de la transgression pour se désigner en tant qu'avant-garde ? Les deux, en même temps, car la distinction sociale dans son ensemble est mise en danger par des gens comme Gabriel, nuisibles à l'élitisme, qu'il se positionne soit sur un plan financier (plutôt à droite), soit au niveau intellectuel (plutôt à gauche), soit dans les deux (plutôt au milieu). Pour dénoncer ça, il est convenu de parler de populisme : oui, le peuple est toujours populiste, surtout quand l'élite se veut élitiste.

Heureusement, l'acharnement de Gabriel finira par payer, ou du moins par trouver son terrain d'atterrissage, après vingt ans de condamnation à une relative errance. Il aura fallu attendre le déroulement complet de la crise des années 1930 et même le début de la Seconde Guerre mondiale pour réaliser que son style était celui de la démocratisation... Car Gabriel a bien son propre style "qui, sans paraître se soucier de la mode, ne s'essouffle jamais." Et les lecteurs de cette revue d'excellence le découvre enfin avec quelques belles illustrations qui marquent un sommet dans sa création, au moment où ses choix ne s'imposent pas encore dans l'impératif économique du mobilier d'urgence.  

Ci-après, le texte complet. Il mérite une lecture attentive et j'y ajoute deux illustrations tirées de cet article et qui ne figurent pas dans la monographie (bien qu'elle donnent une juste idée des aménagements si modernes que propose Gabriel immédiatement avant la guerre, en 1939-1940, avec son discret retour vers métal, via le tube cintré).

dimanche 20 mai 2018

Henri Lancel // vente Tradart

Intérieur de la villa Le Ponant au Home sur mer, créé en 1955 par Henri Lancel

La biographie de l'architecte-décorateur Henri Lancel reste un mystère, bien qu'il figure dans la prestigieuse liste des Portraits de décorateurs dressée par Pascal Renous en 1969... Les connaisseurs en "art utile" savent qu'il fait une apparition soudaine et remarquable dans le mobilier de grande série (Henri Lancel // Lévitan 1955). Les fins observateurs peuvent encore découvrir son nom par la suite, s'ils lisent les petites lignes sous les publicités Formica en 1958... Il devient un certain temps le spécialiste de ces meubles modernistes aux plateaux couverts par ce matériau robuste et vivement coloré ; sa préférence allant vers le bleu... Après ces débuts à la fois créatifs et industriels, il fait une présentation  remarquée au Salon des artistes décorateurs de 1959 en exposant un bureau de direction intégrant un luminaire exécuté par Mathieu. Cette apparition parmi les "officiels" lui permet de s'introduire dans l'ultime grand projet des artistes décorateurs français : le paquebot France ! C'est ainsi que les amateurs de Transatlantiques connaissent bien son nom, grâce à ses petites commodes en aluminium, (avec façade adaptée à la décoration de la cabine : gainée de tissu blanc, noir, bleu, ou laqué façon écaille, bleu dur ou brun). Ils comptent parmi les rares meubles retrouvés de ce "géant des mers", après son abandon au Havre et son démantèlement (en 2007), passons...

Pour en savoir plus, il est indispensable de franchir l'estuaire de la Seine, d'aller de "l'autre côté de l'eau" jusqu'à Deauville. Grâce à l'indication donnée par le commissaire priseur James Fattori, lors de sa préparation de la vente du 27 mai (Tradart), nous pouvons découvrir un intérieur d'exception permettant de retracer un projet architectural d'Henri Lancel, daté de décembre 1955. On s'aperçoit que ces fameuses petites maisons en série (Henri Lancel // Printemps 1954) n'ont pas été seulement théoriques : ce créateur déjà prolifique dans le mobilier participe également au "mouvement" des villas  modernistes. Il s'agit de la villa "Le Ponant" située au Home-sur-Mer (actuel Home-Varaville) dans le Calvados. L'ameublement n'est malheureusement pas de l'architecte, le goût des occupant allant plutôt vers une modernité plus rustique. Cependant, en matière d'éclairage, les équipements de la maison semblent bien correspondre : de très beaux luminaires de Mathieu se découvrent dans la maison - prouvant une collaboration ancienne entre le l'architecte-décorateur et le fameux éditeur.


samedi 7 avril 2018

Das Dorf im Warndt // Allemagne 1941




Des rumeurs sur le buffet de cuisine en bois blanc (Buffet Mado ou Madot // histoires et rumeurs) nous ont progressivement entraîné du côté obscur du design (Buffet de cuisine // Origines 1913-1937). Effectuant le tour du monde du design dans les années 1930-1950, il serait absurde de ne jamais regarder du côté de l'Allemagne : celle-ci va violemment dominer l'Europe et influencer ses voisins. Sans enter dans le dark tourism, il ne faut pas non plus se voiler la face. Mieux vaut affronter cette réalité et voir comment le design a été exploité par les totalitarismes. Sa connivence avec le fascisme, le nazisme, le stalinisme puis le capitalisme ont longtemps été mis en accusation... avant que l'on pénètre dans l'ère amnésique contemporaine... C'est pourtant dans le contexte naissant des trois ou quatre totalitarismes (si l'on y ajoute un certain libéralisme sauvage, innommé et mal-classé car nous  baignons toujours dedans) qu'est née l'idée d'afficher un design social dans des appartements témoins. Cela se passe lors du duel de mâles dominants que se livrent Mussolini et Hitler. Le premier ayant montré sa capacité à faire des logements populaires à la Triennale de Milan, le second s'y met en décidant la création d'un village situé dans la Sarre, un territoire qu'il convient de "germaniser" après son bref passage sous l'administration française. Entouré des frontières ennemies (Feind), ancienne poche communiste, ce choix n'est pas celui du hasard : il s'agit de concevoir un outil de propagande plus que de progrès ! Le village-modèle a été conçu par le service de l'urbanisme de la ville de Sarrebruck (située à une vingtaine de kilomètres) par les architectes Georg Laub et Hermann Stolpe, sous la direction de l'urbaniste Walther Kruspe, membre du Parti National Socialiste (NSDAP). D'après le site Memotransfront, ce projet a été lancé le 24 novembre 1936 et prévoit 122 logements de colons (Siedler), avec des maisons individuelles et cinq immeubles collectifs dits populaires. En 1938, les constructions sont achevées et, trois ans plus tard, en novembre 1941, un numéro de la revue Innendekoration est spécialement consacré à ce sujet, tentant de montrer par l'image une application concrète de l'idéologie nazie dans la vie quotidienne, visible dans l'urbanisme, l'architecture, l'ameublement et la décoration...

Personne ne sera surpris d'apprendre que tout cela est absolument affreux ; pour être précis, effrayant plutôt qu'affreux car le mobilier n'est pas inintéressant. Évidemment, celles et ceux attirés par l'uniforme apprécieront, mais les autres (souhaitons qu'ils·elles soient nombreux·ses) auront la nausée. Les meubles ne sont pas spécifiquement laids, ni l'architecture classico-rustico-moderne. Tout cela est extraordinairement ordinaire, et l'on a fait pire depuis. Non, c'est l'agencement, la mise en scène, l'orchestration de cette "banalité" qui fait peur. Exactement comme les êtres humains présents sur quelques photos : ce sont des enfants, qui ressemblent à tous les autres enfants à travers le monde. Rien de plus innocent et même de sympathique. Mais regardons mieux les poses et la manière de se répartir : les garçons sont en uniformes (Hitlerjugend) et étrangement alignés, certains en rang, ils se préparent déjà pour conquérir. Les filles sont isolées et tiennent la pose, ou font une ronde, mais elles sont sous contrôle et n'expriment aucune spontanéité... Le photographe ne les a pas surpris : ils tiennent la pause - assumons la faute car ce n'est pas une posture du corps mais un arrêt du temps. Ils sont venus là pour obéir dans un saisissement, car ce photographe représente le pouvoir. La plupart des gens sont donc précisément placés dans les coins, et restent immobiles comme des piquets dans des espaces vides démesurés... Et les maisons aussi sont étrangement positionnées, les chaises également. Tout est trop bien rangé, trop au milieu, trop sur le côté, trop exactement en diagonale. C'est précisément dans cette association figée du "trop" et du "banal"(qui n'est pas si évidente à remarquer) que réside l'effrayante singularité des extrêmes. Ce pouvoir sur tout (jusque dans la banalité des gestes et des objets quotidiens) peut définir le "totalitarisme" : il faudrait y repenser.

Toutefois, nous ne sommes pas là pour vérifier la justesse de l'analyse d'Arendt et digresser sur ses implications. Il faut en revenir aux faits et aux meubles.  L'architecte signalé dans toute les légendes est un certain Karl Sützer, mais il n'a laissé aucune trace. Ce fut le héros d'un jour, pas glorieux. La plupart de ses meubles évoquent grossièrement le design anglais des Arts & Crafts (Gordon Russel) avec quelques citations scandinaves (Carl Malmsten), mais sans finesse à cause d'ajouts rustiques (accentuation des caissons, effets de doucines, d'accolades). Seul un fauteuil à oreilles de Karl Nothhelfer détonne dans cette ambiance par son côté confortable et organique, presque chaleureux. Mais il n'est qu'une imitation d'un modèle suédois. On le dirait perdu. Le créateur reste encore dans les mémoires et il le mérite, c'est bien le seul. Par contre, cette cité vaut surtout en tant qu'élément de comparaison avec ce que les Suédois réalisent au même moment à Malmö et qui ouvrira ses portes en 1944-45 (Nordiska Kompaniet // Cité de Malmö). Il faut analyser : qu'est-ce qui ne fonctionne pas ici et qui marche parfaitement à Malmö ? C'est la question.


samedi 24 octobre 2015

Gustave Gautier // Villa de la Californie


Ce samedi 24 octobre a eu lieu une enchères peu ordinaire dans la salle de vente Issaly & Pichon à Cannes : le mobilier de la " Villa de la Californie ". S'agit-il de la célébrissime résidence de Pablo Picasso que sa petite fille vient de mettre en vente ? Très probablement mais peu importe car l'aménagement date de 1961, précisément l'année où Picasso quitte l'endroit. La décoration est confiée à Gustave Gautier. Ce grand décorateur est toujours en accord avec l'esprit de la reconstruction bien que son travail dans le mobilier de série reste limité (Gustave Gautier // portrait d'un décorateur), seules son premier ensemble "Eros" et ses tables gigognes apparaissent habituellement dans les ventes (Gustave Gautier // tables gigognes). Revenons en 1961, alors que l'on vient de franchir le seuil de l'Expo' 58 et que le modernisme est produit en masse par des industriels plus ou moins scrupuleux, lui respecte toujours le principe de la petite série voire du luxe de la pièce unique pour des commandes particulières. En créateur-artiste, il ne flatte pas pour autant le snobisme de sa clientèle en adoptant l'excentricité maniériste attendue, comme la plupart de ses confrères, mais conserve une discrétion et une rigueur structurelle héritées de la reconstruction et que l'on nomme désormais "brutaliste", mais un brutalisme élégant. Dans des espaces encore très dégagés, ses meubles sont d'une qualité artisanale toujours irréprochable et continuent de se renouveler dans le minimalisme robuste que Gustave Gautier avait réinventé juste après la guerre. Il évite aussi le piège contemporain des idéologues de la modernité sociale qui oscillent entre la fragilité paupérisée du " style HLM " et la rugosité plus ou moins punitive du Brutalisme orthodoxe. Ses signatures graphiques sont encore reconnaissables avec les formes cubistes enchâssées, le porte-à-faux et l'équerre inversée en support, les coussins épais, les meubles ancrés au mur qui se déploient à partir d'une table, les coins pour le feu réconfortants ; finitions, matières et couleurs restent dans la ligne de la reconstruction, avec l'ajout du métal brossé qui va s’intégrer parfaitement dans les espaces généreux et lumineux de cette villa.

Saturday, October 24 held an unusual auction in Issaly & Pichon auction room in Cannes: the furniture of the "Villa of California". Is this the famous residence of Pablo Picasso, that his little daughter has just put on sale? Most likely but no matter because it was refurbished in 1961, precisely the year when Picasso left the place. The decoration was entrusted to Gustave Gautier. This great designer is always in accord with the spirit of reconstruction although his work in the series of furniture remains limited, only its nesting tables usually appear in sales. So we just crossed the threshold of the Expo '58 when modernism is mass produced by manufacturers, more or less scrupulous, he always respects the principle of small series or luxury single room for special orders. As creator-artist, he does not flatter provided snobbery of its customers by adopting a mannerist eccentricity expected, as most of his colleagues, but retains discretion and rigor inherited structural reconstruction. In still very open spaces, its furniture is always a flawless craftsmanship and continue to renew itself in the rugged minimalism that Gustave Gautier had reinvented just after the war. It also avoids the trap of contemporary ideologues of social modernity oscillating between fragility of the impoverished "Council housing style" and roughness of a more or less punitive Brutalism. Its graphic signature are still recognizable with embedded cubist forms, cantilever and support bracket reversed, thick cushions, furniture anchored to wall that deploy from a table, corners to fire comfort; finishes; materials and colors remain in the line of reconstruction, with the addition of brushed metal that will fit perfectly into generous and luminous spaces.

jeudi 15 octobre 2015

Roger Landault // style Hard-French

Ensemble de Roger Landault, récompensé par le CTB et le prix René Gabriel en 1955, cf. abc-rogerlandault 

Le site abc-rogerlandault.blogspot.fr présente de belles photographies de meubles avec noms et numéros des "modèles" ! Un luxe de précisions tiré des archives de l'entreprise ABC dont nous aimerions, par ailleurs, connaître l'histoire. En attendant, revenons vers Roger Landault, décorateur caractéristique de la jeune génération moderniste. Contrairement aux aînés, il ne vit ni ne meurt pour une idée mais s'adapte à des changements qui vont s’accélérant. Il surgit dans le "style 1940" au sein du Studium Louvre, s'épanouit dans la série avec l'entreprise ABC, et slalome entre les matières. Théorique en 1945 (style reconstruction // commission du meuble de France), son passage au "social" débute concrètement en novembre 1953 lorsqu'il conçoit des meubles pour un HLM situé au Pecq, dont les croquis sont publiés par le Décor d'aujourd'hui. Il cherche ses marques, vole une étagère à Gascoin, une chaise à Robin Day, un fauteuil à Hauville, une table à Gabriel, des accoudoirs aux frères Perreau, une desserte à "Bocado" : emprunts qui formeront les bases de son vocabulaire. En septembre 1954, pour un tarif de vente fixé à 260.000 francs (5.600 €), il obtient le second prix au concours du MRL avec l'ensemble "Junior" édité par ABC (Concours MRL 1954 // style HLM) où figure sa première "marque de fabrique" : une corniche arquée. En 1955, il créé une autre gamme d'éléments standards (intitulée "Dakar" en 1958) avec une autre signature graphique : une corniche débordante avec encoches sur les côtés pour se raccorder aux montants latéraux. Ces "meubles ABC" sont récompensés par le Prix René Gabriel et se trouve dans l'aménagement d'un appartement type de 5 pièces en HLM pour 400.000 francs (8.600 €) dans la "Ceinture verte" (immeuble de Jean Dubuisson). Roger Landault est l'un des premiers à assumer l'épuisement des possibilités formelles offertes par un rationalisme devenu style plus que projet, avec des manières plus que des méthodes. Il réinvente donc la "ligne" en tant qu'ornement et signature, à la manière des bâtisseurs de HLM qui, au même moment, doivent dessiner des bâtiments de construction identique (suivant les règles inventées pendant la reconstruction et appauvries par l'administration). Pour y échapper, les architectes jouent sur les plans masses (en "frise grecque") et ajoutent une petite "manie" qui permet de les identifier. Le Hard French (Bruno Vayssière [biblio 1988]) s'introduit dans le meuble et l'immeuble...

The site abc-rogerlandault.blogspot.fr presents photographs, with names of "series" and numbers of "models"! Numerous details about ABC company archives which we would, in addition, learn about its history. Meanwhile, back to Roger Landault, representative person of the young designer modernist generations. Unlike older's, he does not live and die for an idea but adapts to changes that will accelerate. He arises in the "Style 1940" for the Studium Louvre, flourishes in the serial production for the ABC Company, and slaloms between subjects. Theoretical, his "social" turn began in November 1953 when designing furniture for a council flat situated in Le Pecq, whose drawings are published by Le Décor d'aujourd'hui. He seeks its brands, steals wall-shelf of Gascoin, chair of Robin Day, armchair of Hauville, table of Gabriel, armrests of Perreau brothers, service table of "Bocado" loans that will form the basis of his vocabulary. In September 1954, for a sale price set at 260,000 francs (€ 5,600), he won the second prize in the MRL trial with the whole "Junior" edited by ABC company where his first "trademark": an arched cornice. In 1955, he created another range of standard elements (called "Dakar" in 1958) with another graphic signature: an overflowing ledge side notches to connect to lateral uprights. These "ABC Furniture" is awarded the Prix René Gabriel and ends up in the development of a standard apartment with five rooms in public housing for 400,000 francs (€ 8,600). Roger Landault is one of the first to assume the depletion of formal possibilities offered by a rationalism that project became more style, with more ways of methods. It reinvents a line-ornament as a signature, like public housing builders who at the same time should draw identical building construction (according to the rules invented for Reconstruction and impoverished by administration) then they play on Plans masses (in "Greek frieze") and add a small "mania" that identifies the author. Hard French (Bruno Vayssière) broke into the furniture ...

mercredi 22 octobre 2014

Le Corbusier à Marseille // vs style 1940



Suite à un sympathique mail de David Liaudet, rédacteur du blog archipostalecarte, voici pour identification une chose inimaginable dans l'Unité d'habitation de Marseille. Difficile de retrouver le créateur des meubles mais nous constatons immédiatement une distance avec Perriand ou Prouvé, autant qu'avec Gascoin ou Gabriel, mais une grande proximité avec le "style 1940"... L'ambiance affirme un luxe bourgeois en dégageant l'espace tout en montrant des sections épaisses, avec une excentricité si bien mesurée qu'elle évoque plutôt l'exposition de 1937 que de 1947. Et puis la touche rustico-anglo-coloniale et le masque sur le mur afin de montrer qu'on s'y connaît et qu'on aime l'aventure, qu'on a de l'argent et qu'on est puissant. Le logement idéal pour le caniche royal, soit à l'opposé de la révolution moderne, qu'elle soit radicale ou sociale. Allons plus loin et jouons le jeu en imaginant la vie d'un propriétaire pleinement satisfait d'acheter un appartement du Corbu, avec vue, et très fier de devenir par là même un homme moderne, comme il faut, sans savoir exactement ce que tout ça signifie. Il téléphone donc à un artiste décorateur de ses amis, très chic et fréquentable, qui fait venir les plus belles choses dans le goût actuel, simple mais confortable, original mais supportable. Satisfait de lui-même, l'ensemblier conseille à son client de faire photographier cette décoration qui doit remettre la mode sur le droit chemin. C'est si parfait, si léger, si équilibré dans ce cadre si original. Le photographe arrive mais le chien reste là. Tant mieux, gardons-le, il ne dépeint pas. "Ah ! Par contre, la table basse ne cadre pas tout à fait, pouvez-vous la faire tourner légèrement vers ma droite ? Merci... reculez... là... c'est parfait..." Puis la conversation se poursuit : "En faire une carte postale, vous pouvez, oui ? Oh ! Oh ! Oh ! Comme c'est amusant !" Allez, constatons que notre bonhomme a bien de l'avance : non dans la photographie, ni dans l'ameublement (où l'on note tout de même un certain décalage) mais, osons le dire, dans le profil des habitants de l'Unité... Ici comme ailleurs, hier comme aujourd'hui, le social n'est qu'un mythe destiné à séduire une élite bien plus qu'une réalité quantifiable ou mesurable. Ce cas extrême illustre une situation passée en sourdine qui mériterait pourtant d'être interrogée ! Ci-après, pour se soigner, les photographies du "véritable" appartement témoin, ouvert en juin-juillet 1949 (article du Décor d'aujourd'hui n°52), avec un mobilier qui n'était guère plus "social" mais dans un autre genre...

Following a friendly email from David Liaudet, webmaster of archipostalecarte, here for identification unimaginable thing in the Unité d'habitation (Marseille). Difficult to find the creator of this furniture but we find immediately a distance with Perriand and Prouvé, as much as with Gascoin or Gabriel, but proximity to the precious "style 1940" ... The atmosphere says a bourgeois luxury by releasing the space while showing thick sections with a measured eccentricity so that it would evoke 1937 exhibition rather than 1947. And the rustic-britain-colonial style and the mask on the wall to show that we know and love the adventure, we have money and powerful. The ideal accommodation for the poodle or the opposite of the modern revolution, whether radical or social. Let's go further and play the game by imagining the life of a fully satisfied owner to buy an apartment of Corbu, with a view, and very proud to become thereby a modern man, as it should, without knowing exactly what all this means. So phone to a friend decorator, very chic and creep, which brings the most beautiful things in the current taste, simple but comfortable, original but bearable. Pleased with himself, the decorator advises his client to be photographed his interior, must put the fashion on track. It's so perfect, so light, so balanced in this context, so original. The photographer arrives but dog stays there. Good, keep it, it does not depict. "Ah! For cons, the coffee table does not fit perfectly, you can rotate it slightly to my right? Thank you ... stand back ... there ... that's fine ..." Then the conversation continues: "Make it a postcard, you can, yes: Oh Oh Oh What fun!!!!" Come on, find that our man has a head start: not in photography or in furniture (where there is still a lag) but, dare we say, in the profile of the inhabitants of the Unit ... Here as elsewhere, then as now, the social is a myth intended to seduce more than a quantifiable or measurable reality elite. This extreme case illustrates a muted past situation which nevertheless deserves to be questioned! Below, to heal, photographs of "real" show apartment opened in June-July 1949 (Décor d'aujourd'hui, No. 52), with furniture that was little more "social" but on another style...

jeudi 19 décembre 2013

Bernard Zehrfuss // de la place pour l'inutile

Coin de cheminée chez Bernard Zehrfuss, couverture du numéro de Noël 1958 de la revue Maison Française

Rappel sur Pierre Bourdieu, ses "styles de vie" et son "choix du nécessaire"car l’utile est pour lui le luxe que l'on accorde aux pauvres... Une évidence dans cette période de fête et le rappeler peut permettre d'éviter certaines fautes de goût. Réservons l’inutile aux gens qui en ont les moyens ! A l'opposé, l'idéal franciscain n'est pas neuf et ne se limite pas aux instants festifs. Approchons plutôt les frontières morales du luxe inutile à travers cet article de Maison Française daté de Noël 1958. Depuis la "crise de 1955", les revues se sont éloignées du logement minimal et regardent désormais la maison de campagne, le mobilier international et l'antiquité, virage conservateur qu'illustre à la perfection le vieux moulin pittoresque tout meublé rustico-shaker où vit le ténor de l'opéra pas comique des grands ensembles : Bernard Zehrfuss (wiki). L'architecte inaugure alors le Palais de l'Unesco et dessine le Haut-du-Lièvre à Nancy. Ne soyons pas choqués ou étonnés par le contraste saisissant entre son cadre de vie et son oeuvre ; disons que sa demeure doit être une vitrine rassurante pour le commanditaire. Et puis la modernité y est présente, précisément dans d'inutiles œuvres d'art posées ça et là pour certifier la qualité du propriétaire, comme le mobile offert par Calder, l'aquarelle par Miró et les céramiques par Artigas, trois artistes qui collaborent à la réalisation du Palais de l’Unesco... Quant au texte accompagnant l'article, il est intitulé "les images de mon moulin" : outre un jeu de mots, le lecteur attentif peut y découvrir la signature de Ménie Grégoire, future célébrité de la radiodiffusion qui vulgarisera la psychanalyse et la sexologie dans les années 1960. Mais elle en est encore loin, ce qui permet de localiser une phrase "justificative" bien trop révélatrice, casée entre une citation de Bachelard et trois vers de Rilke : "On peut être architecte moderne sans détruire pour autant le passé : on peut aimer à la fois ce qui sera et ce qui a été". Dans tous les cas, pour lui-même, Zehrfuss va loin dans la préservation, conservant jusqu'aux cages à lapin sur le côté de son vieux moulin ! Rappelons que cette année-là, Marcel Carné abandonne ses portraits baroques et poétiques du peuple de France pour filmer "Les Tricheurs", chef-d'oeuvre souvent jugé réactionnaire. Mais la vraie question n'est pas là et semble être restée ouverte depuis lors : pour Noël, que veut-on, le Vieux-Moulin ou les cages à lapins ? Rien, la question est fausse et inutile.

Remember Pierre Bourdieu 's " lifestyle " and " choice of necessary" as useful for him the luxury that we give to the poor ... Evident in this festive period and recall can avoid some errors of taste . Reserve the useless for people who can afford it ! In contrast, the Franciscan ideal is not new and is not limited to festive occasions . Approach rather the moral boundaries of unnecessary luxury through this article of French House dated Christmas 1958. Since the "crisis of 1955 " , the journals are far from the minimum housing and now watch house, the International Style and antique, illustrated perfectly conservative shift the picturesque old mill fully furnished rustic / shaker where saw the tenor of French Housing Estate : Bernard Zehrfuss. The architect opens the Unesco Palace and draws the Haut-du-Lièvre in Nancy . Let us not be shocked or surprised by the contrast between his lifestyle and his work , saying that his remains should be reassuring the sponsor. And modernity is present precisely in unnecessary pieces of art and there asked to certify the quality of the owner , as offered by Calder , Miró and Artigas , three artists who collaborate to the implementation of the Unesco Palace ... As the accompanying article , it is called " images from my mill " . Puns apart , the careful reader can discover the signature of a future celebrity who popularize psychoanalysis and sexology during 1960's . But it is still far away, which helps locate a " supporting " phrase too revealing, Casee between a quote Bachelard and three verses of Rilke : "You can be a modern architect without destroying the past: we can love to both what is and what was . " In all cases , for himself , Zehrfuss go far in preserving , maintaining rabbit cages on the side of his old mill ! Private Joke ! Remember that this year, Marcel Carné abandons its baroque and poetic portraits of french people to film " The Cheaters ," masterpiece often considered reactionary. But the real question is not there and seems to have remained open since then : for Christmas, what do you want , Old Mill or rabbit cages ? Anything, the question is wrong and unnecessary.

mercredi 17 juillet 2013

Noisy-le-Sec // Cité expérimentale

Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, d'Hélène Caroux (Somogy, déc. 2012, 32 euros).

Heureusement, on vient de me remettre en mémoire un livre que j'avais oublié de signaler ici : Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, sous la direction d'Hélène Caroux (avec des textes également passionnants d'auteurs aussi remarquables que Benoît Pouvreau, Yvan Delemontey...). Tout comme la diversité du vivant augmente après les grandes extinctions dans les temps géologiques, la guerre semble provoquer un vide qui ouvre sur une création. La preuve dans ce livre où nous touchons au plus près la strate qui se dépose sur la table rase ; emprisonnée entre l'impératif de l'économie et celui de la normalisation. Ici, la cité-jardin veut renaître de ses cendres, aidée par Raoul Dautry alors tout premier ministre de la reconstruction. Outre l'ouverture et la richesse inimaginable du savoir-faire technique en architecture, on peut aussi observer le rôle-clef tenu par René Gabriel dans le mobilier : à l'exception de la maison Prouvé, il équipe la quasi-totalité des autres logements (je ne déflore pas le livre en copiant certaines images...). Dans ce domaine, la diversité ne se montre pas encore et il va falloir attendre le temps des Appartements témoins et du Salon des arts ménagers. Tant mieux pour René Gabriel qui apparaît alors comme un unique précurseur... Mais que sont devenus ces meubles ? Comme le signale Hélène Caroux (p.100), les habitants se plient d'abord aux exigences du Ministère, répondant aux sondages, vivant dans un décor imposé et laissant leurs portes ouvertes mais, en 1951, ils renoncent aux obligations jugeant "que, s'il était logique en période expérimentale de se plier aux servitudes esthétiques et utilitaires du mobilier imposé par l'administration, ils estiment anormal, une fois l'expérience terminée, de se voir maintenant dans la condition de locataire meublé" !

lundi 1 juillet 2013

Hostellerie de la Seine // René Gabriel

 
 
Petit voyage à Polisot, près de Troyes, pour découvrir ce qu'il reste d'un hôtel particulièrement célèbre au moment de sa construction, soit de la reconstruction. Entièrement décoré par René Gabriel, toutes les revues françaises (et beaucoup hors frontières) publient des images de la célèbre "Hostellerie de la Seine" - citons : Décors d'aujourd'hui n°36, Ensembles modernes en 1946, La Maison en décembre 1946, Maison française en décembre 1946 et 1947, Mobilier et décoration en avril 1947, etc... Un succès ! Si la commande d'un hôtel est relativement courante pour un décorateur, celui-ci représente un enjeu majeur dans cette période difficile, surtout pour un créateurs de série comme René Gabriel qui va profiter de l'équipement des chambres pour tester ses modèles destinés à une production "industrielle" de qualité. Outre l'enseigne en fer forgé où l'on retrouve le style exceptionnel de son travail d'illustrateur (avec le sansonnet), René Gabriel affine ici les meubles "premier prix" proposés aux sinistrés, qu'il va exposer au Salon des artistes décorateurs puis réutiliser pour l'équipement des appartements types du Havre (lors de l'Exposition internationale de l'urbanisme en 1947). Dans le confort aimable et généreux de l'auberge de Province, le style "reconstruction" de René Gabriel vient tout juste de s'inventer : c'est ici, à Polisot...

mardi 22 janvier 2013

Maison Larsson // micromusée


séjour de la Maison Larsson, via Visitsweden

A la fin du XIXe siècle, prolongeant la famille victorienne et le style Arts & Crafts, les Larsson inventent la famille moderne dans le creuset du Romantisme, se faisant une petite place bien à eux entre l'excentricité bourgeoise du "Dandy" et la marginalité prolétaire de l'anarchiste. Pays de "la vie de Bohème", la France fait rêver les artistes suédois qui viennent à Grez-sur-Loing pour y chercher une vie libre où la nature fait motif. C'est ici que Carl Larsson rencontre Karin Bergöö. En 1888, ils retournent au pays et s'installent à Sundborn - près de Falun, au centre de la Suède - ; ils y aménagent une maison de rêve qui devient à la fois leur résidence principale et leur travail. Madame à la déco, Monsieur au dessin, les Larsson fabriquent ainsi un remède contre la noirceur romantique, un antidote à Edvard Munch ! Dans l'ouvrage Notre maison (1894), en "illustrant"  la beauté d'un revival sans lieu ni âge (mais aussi très Gustavien), Carl Larsson montre un bonheur retrouvé, remet en valeur un artisanat do-it-yourself et s'oppose ainsi à la mécanisation en poursuivant le travail de William Morris. Il lutte contre le réel, imagine une famille idéale vivant dans un confort plus populaire que bourgeois, plus rustique que précieux, plus traditionnel que novateur, et surtout plus libre que convenu. Attention, tout est relatif, il y a encore la sacralité de la chambre de Monsieur et surtout la "nursery" où Madame dort aux côtés de ses petites filles... Paradoxe plus subtil, les aquarelles de Carl Larsson doivent leur originalité - la simplicité des lignes et des couleurs - à leur destination : une reproduction mécanisée pour être diffusées à grande échelle ! Il y a une hybridation cachée dans cette oeuvre où la vérité intime et naturelle ne l'est absolument pas. Comme pour rappeler cette vieille évidence : l'image n'est pas la chose.

At the end of the nineteenth century, extended Victorian family and Arts & Crafts, the Larssons invented a modern family in the crucible of Romanticism, between originality of "Dandy" and anarchist marginality. Countries of "the bohemian life", France therefore dream Swedish artists who come to Grez-sur-Loing to seek a life of freedom with a natural motif. It's here that Carl Larsson Karin Bergöö meeting. In 1888, they returned to the country and settled in Sundborn - near Falun in central Sweden - and they will settle a particular dream home becomes both their primary residence and work. Lady at the decor, to Mister drawing, the Larssons make a remedy against the dark romantic, an antidote to Edvard Munch! In the book Our house (1894), showing the beauty of a revival without place or age, Carl Larsson draws happiness, presents worth a craft DIY to oppose mechanization. His images are fighting against the real, imagine an ideal family living in comfort more popular than bourgeois, more rustic than precious, more traditional than innovative, especially freer agreed. But it's relative, there is still room the sacredness of Mr and especially the "nursery" where Mrs. sleeping alongside her little girls ... A greater paradox, watercolors by Carl Larsson owe their style - simple lines and colors - at a large-scale reproduction print! Carl Larsson drawings are widely distributed in the Scandinavian countries and in Germany more ... There is therefore a lie in this work - the intimate and natural truth is not - a rather obvious : the image is not the thing!

jeudi 22 novembre 2012

Henry-Jacques Le Même // luxe rustique


chalet "Le Caribou", Maison Française , janvier 1950

Dans l'arrière boutique, évoquons Pierre Chapo et la gamme "week-end" de Gautier-Delaye, puis cherchons quelques ancêtres, Guillerme et Chambron, un mot sur l'inévitable Charlotte Perriand... Enfin, arrivons-en à l'initiateur du genre en France : l'architecte Henry-Jacques Le Même qui appartient pleinement à la génération des artistes-décorateurs et ressurgit après-guerre avant de disparaitre du paysage médiatique vers 1950. Formé par Jacques-Emile Rulhmann et proche de Pol Abraham, il débute en construisant un chalet pour la famille Rothschild à Megève, en 1925. C'est là qu'il traçe un triple lien entre "Art déco", "Mouvement moderne" et "traditions populaires", faisant naître une branche de la modernité qui échappe à la radicalité hygiéniste de l'usine-laboratoire pour se fondre dans la robustesse vernaculaire du gîte rural. Après la randonnée en montagne, nos explorateurs du "dehors" cherchent à fuir les intempéries, le froid et l'humidité, la tempête et l'orage, en rentrant dans un "dedans" raffiné et surprotégé. Une odeur de feu de bois se dégage dans un chez-soi protecteur où il est possible de se laisser aller en toute confiance, de s'abandonner. Des planchers lourds, des murs crépis ou lambrissés offrent un intérieur rustique, épais, indestructible. Le confort ne se limite pas à un "équipement", il devient une ambiance qui semble ressurgir de la nuit des temps, puisé dans l'abri primitif où l'homme préhistorique cherchait à se protéger des bêtes sauvages ! C'est dans cet imaginaire qu'il faut se plonger pour découvrir un fragment de la modernité du XXème siècle, quand se multiplient chalets, stations et sanatoriums.

In a back room of a famous antique shop, we discuss the range of Pierre Chapo and "weekend" furniture of Gautier-Delaye, followed with some ancestors as Guillerme Chambron and inevitable Charlotte Perriand ... Finally, we discuss identify an initiator in France: the architect Henry Jacques Le Même fully belongs to the generation of artists and designers resurfaced after the war before disappearing around 1950. Formed by Jacques-Emile Rulhmann and friend of Pol Abraham, he began building a chalet in Megève for the Rothschilds in 1925. He draws a link between "Art Deco", "Modern Movement" and "folk", giving rise a branch of modern radicalism that escapes hygienist factory-laboratory to blend in robustness vernacular cottage. After hiking alpine, our explorers "outside" looking to escape the weather, cold and humidity, storm and tempest, on entering an "inside" refined and overprotected. Smell of fire emerges in a protective home where it is possible to let go confidently to surrender. Heavy floors, paneled or plastered walls provide a rustic interior, thick, indestructible. The comfort is not limited to "equipment", it becomes an atmosphere that seems to resurface from immemorial times, drawn from the primitive shelter where prehistoric man was trying to protect wild animals! It is in this imaginary need to discover a fragment of the modernity in the twentieth century, when multiplied chalets, ski resorts and sanatoriums.

jeudi 10 mai 2012

Restaurant témoin // La Saladière de Matégot

façade du restaurant la Saladière, via Joie et beauté dans la maison, p.29

Toujours pour illustrer la rupture de 1955, la création à Paris du restaurant la Saladière : les végétariens, végétaliens et amateurs de smoothies découvriront que cette tendance alimentaire n'est pas si neuve. On parle alors d'un "restaurant témoin", le premier du genre et il se doit donc de marquer la surprise dans un kitsch moderne où les couleurs retentissent sur fonds noir et doré, les formes étonnent, la légèreté se fait omniprésente... On est loin de l'auberge aux nappes Vichy et à la nourriture carnée bien cuite et copieusement saucée ! On est même - très exactement - à l'opposé...

Always to illustrate the rupture of 1955, creation of the restaurant "La Saladière": vegetarians, vegans and smoothie lovers will find that this food trend is not so new. This is known as a "witness restaurant", the first of its kind and it should mark the surprise in a modern kitsch where colors echo of black and gold funds, forms astonish, lightness is omnipresent. The sunlight. A far cry from the rustic inn with Vichy tablecloths and eating meat cooked to perfection and copious downpour!

dimanche 1 avril 2012

Henri Lancel // Printemps 1954

Henri Lancel, maison des Grands magasins du Printemps - 1954

Au milieu des années 1950, en France, les villas modernistes poussent en bord de mer, de fleuve ou de forêt, mais elles sont encore trop rares pour inspirer la Villa Arpel dans Mon Oncle de Jacques Tati. Par contre, dès 1954, un jeune décorateur et architecte de formation, Henri Lancel, présente dans les Grands magasins du Printemps une maison qui va marquer les esprits : chemin de pierre, entrée vitrée et poirier courant sur le mur sont les preuves accablantes de sa parenté avec la Villa Arpel... Là nait un kitsch où l'idéal du Mouvement moderne se transforme en "modernisme", quand les formes dites pures, rationnelles, ergonomiques (souvent imaginées avant-guerre) s'utilisent comme des ornements - un regard critique que Jacques Tati est très certainement le premier à poser, du moins sous forme d'humour !

1956 in France, modernist villas starting to build around the beaches, rivers or forests, but they are too rare to inspire "Villa Arpel" of Jacques Tati in the film Mon Oncle. By cons, two years ago, the young designer Henri Lancel, architect, presented in the Grands magasins du Printemps, a home that will make an impression: stone path, glass in entrance and pear along the wall are the overwhelming evidence of kinship ... Here is born a kitsch, indicating ideal of the Modern Movement is transformed into "modernism" - where the forms called "pure" and "rational" are used as ornaments. Jacques Tati is one of the first in the world to understand that!

samedi 3 mars 2012

Knoll France // Printemps 1955

Article du Décor d'aujourd'hui, n°94, 1955

L'année 1955 est celle d'un basculement dans la création. Tout d'abord, les décorateurs et architectes de la reconstruction disparaissent définitivement des revues de décoration (cf Style Reconstruction). Ensuite, la représentation des intérieurs évolue brutalement : fini le temps du logement moyen, retour sur l'appartement du notable, la villa de l'artiste, la maison de campagne et l'objet hors de tout contexte. Pour illustrer ce changement, voici une belle série de photographies en couleur puisées dans le Décor d'aujourd'hui autour d'un événement-clef : l'exposition Knoll "Sens de l'espace et de la couleur" aux grands magasins du Printemps. Entrons dans les paradoxes d'un design à la fois kitsch et moderne (voir la revue du design).  Knoll s'impose dans un paysage créatif encore relativement tranquille. Si l'ouverture du premier magasin de la marque en France (rue de l'Abbaye, 6ème arrondissement) apparaît relativement discrète en 1951 et n'influence qu'une petite frange de clients et de créateurs de la Rive Gauche, l'exposition du Printemps est très remarquée : regardée de loin, elle fait l'effet du bouquet final dans le feu d'artifices de la modernité... On est désormais très loin du modèle social de quelques créateurs utilitaristes. A partir de ce moment, les décorateurs ne vont plus se sentir obligés de mettre dans un contexte réaliste leur mobilier et vont se fixer sur les effets photographiques, les jeux d'ombres, les perspectives, les mosaïques de couleurs, soit valoriser un meuble-objet en tant que tel, sans se soucier du reste. L'esthétique gagne ainsi sur le côté pratique et la position n'est plus obligatoirement fonctionnelle car le meuble s'impose comme une sculpture ou un objet d'art, à l'image de cette série de chaises jetées au hasard dans un grand jardin. C'est l'heure du "chic Knoll" qui va totalement bousculer la valeur d'élégance discrète de l'art décoratif car le prestige n'est désormais plus celui du sobre, du classique et du fonctionnel mais il est déterminé par la forme sculpturale, décorative et inventive du meuble-objet. Les jeunes décorateurs français semblent en avoir le souffle coupé. Alors que le style Reconstruction se retire, toute la jeune génération implante un élément Knoll dans son décor : discrète T-angle, gros Womb chair ou inévitable fauteuil Bertoïa... Jacques Hitier montre un bel exemple de cette fascination nouvelle. Alors qu'avant l'exposition il rénove le logement d'un particulier en utilisant des meubles de style, peu après il présente un appartement avec des meubles Knoll. L'effet graphique est puissant et c'est le succès immédiat puisque son ensemble fait la couverture des Intérieurs modernes de Charles Massin (édité en 1956).

The year 1955 was a shift in French decoration. First, the designers' style reconstruction "disappear almost entirely of decorating magazines. Secondly, that furniture is changing over time housing-type staged. The event that marks this change is the exhibition Knoll: the creators do not will recover, and will automatically add an icon-Knoll furniture in their decoration ...

mercredi 15 février 2012

Maison Minima // Nelson et Perriand

croquis de la "Maison familiale Minimum", Art et décoration, n°7, 1947

La revue Art et Décoration, à la manière de Mobilier et Décoration, reste  longtemps callée sur l'Art déco et le luxe moderne, passant ainsi partiellement à côté du modernisme social ; il faut pourtant reconnaitre que l'article rédigé dans le numéro de juillet 1947 sur l'Exposition internationale  complète bien le regard des autres revues centrées sur Lods, Perret ou Sonrel (Exposition internationale // urbanisme et habitation) . On y découvre surtout - un vrai régal - cinq belles photographies prises à l'intérieur de la singulière "Maison  familiale minimum" de Paul Nelson aménagée par Charlotte Perriand.

The magazine Art et Décoration, callee remains long on Art Deco and modern luxury, and partly from beside the social modernism, we must nevertheless recognize that the article written in July 1947 on the International Exhibition of urbanism and housing complements the look of other journals (focusing on Marcel Lods, Auguste Perret or Pierre Sonrel). It reveals above all - a real treat - five beautiful photographs taken inside the singular "Minimum Family Houses" of Paul Nelson furnished by Charlotte Perriand.

samedi 28 janvier 2012

Nordiska Kompaniet // Cité de Malmö

Cité jardin de malmö, 1942-1948, via Malmo.se

Epargnée dans une sombre époque, la Suède est l'un des seuls pays européens à poursuivre les recherches en architecture pendant la Seconde Guerre mondiale. La cité jardin de Malmö montre ainsi l'aboutissement de certaines doctrines régionalistes : passionnant, tant pour le traitement paysagé que pour l'aménagement intérieur. Ici ouvre aussi, vers 1945, l'un des premiers logements témoins d'Europe. Il connait un grand succès et devient la visite incontournable des architectes de la Libération fascinés par le modèle scandinave. Aux côtés d'Alvar Aalto, on y découvre - bien plus nouveau - les meubles de la Nordiska Kompaniet d'Elias Svedberg, dans un décor d'Astrid Sampe (voir Elias Svedberg // Nordiska Kompaniet).

In a dark time, during the WW2, Sweden is one of the few European countries to continue architecture research. The garden city of Malmö show the result of a singular regionalist doctrines : exciting, both for the landscape conception for interior design. Here also, in 1944, one of the first open model appartment in Europe. It's a great success and a classical visit for architects during post-war period, fascinated by the Scandinavian model. Alongside Alvaar Alto, we discover - new time - furniture designed by Elias Svedberg, in a Astrid Samper decor.

mercredi 25 janvier 2012

Franquin, Hergé, Jacobs // BD et mobilier


"Etat de siège et peau des fesses", un miracle d'après Franquin, Idées noires, 1981

Clin d'oeil au Festival d'Angoulême : n'oublions pas Franquin qui n'hésite pas à se moquer de l'antinomique " style design " et des effets de surprise commerciaux, souhaitant même le pire destin à ses utilisateurs dans Idées Noires ! En 1981, certains comprennent déjà que le modernisme est un outil au service d'Aimé de Mesmaeker, homme d'affaires avisé aidé par un designer lui-même poussé par un administrateur subtil qui " fait des miracles "... Mais ouvrons l'Enquète dans le passé. En 1958, comme pour fêter l’entrée officielle de l’esthétique moderniste en Europe avec l’Exposition Internationale de Bruxelles, la BD multiplie les hommages aux meubles contemporains : il y a l'étape franchie depuis longtemps par Spirou avec le design international ; il y a aussi une image de Tintin au Tibet, déjà un peu moins connue ; et il y a enfin – découverte d’un commentateur de ce blog (JFV) - S.O.S. Météores. Nous étions aveugles, Olrik sait bien se cacher… Mais le contexte n’est jamais le même, et il faut soumettre à la question les dessinateurs pour découvrir leurs perceptions de la modernité, puis relater les champs de la réception du mobilier et de l'architecture d'intérieur, dans la BD, autour de 1958...

As to celebrate official entry of modernist aesthetic in Europe with International Exhibition of Brussels, Comics increases the tribute to his contemporary furniture: there is the step taken by Spirou with his incomparable design, and Tintin in Tibet, already a little less known, and finally - finding by commentator on this blog (JFV) - SOS Meteors. We were blind, Olrik knows to hide ... But the context is never the same, and must submit the question these artists to discover their perceptions of modernity and then relate the fields of reception furniture and architecture modern interior, in comics, around 1958 ...

vendredi 20 janvier 2012

Van der Meeren // Kiel Anvers 1953

Applique, inspirée de l'Appartement modèle de Kiel, 1953, via artnet.fr

Appartement témoin ou type, en France, appartement modèle en Belgique, marquent une émulation autour du logement moderne. Voyageons en Belgique : après le temps des précurseurs et de la Reconstruction, une nouvelle génération s'impose... En 1953, "Formes Nouvelles" ouvre un appartement modèle à Evere puis 15 logements au Kiel, à Anvers, dans le grand ensemble créé par Braem, Maeremans et Maers : "Le Nouvel Habitat", ouvert de juin à juillet, accueille plus de 50 000 visiteurs. Naissance d'une hypermodernité aux marges, où l'on découvre Raymond Van Loo, Max Deyaert, et surtout le célèbre Willy Van der Meeren (ou "VDM" pour les initiés) qui édite ses premiers meubles emblématiques chez Tubax : applique, tables basses gigognes boomerang, table de repas, chaise, buffet, étagères murales,...

Show flat or flat-type in France, "model apartment" in Belgium, all mark a modern emulation around the housing. Travel in Belgium after the time of precursors, Louis-Herman De Koninck and Marcel Baugniet, when a new generation is needed ... Beginning in 1953, Formes Nouvelles opens an apartment in Evere landscape and 15 other homes on the Kiel at Antwerp: "New Habitat", opened in June and July, they welcome more visitors 50.000. Birth where we discover Raymon Van Loo, Max Deyaert, and especially Willy Van der Meeren (VDM) who publishes Tubax furniture: Applies, boomerang coffee tables, dining table, chair, wall shelves, ...

lundi 2 janvier 2012

Kitchen stories // La Reconstruction

La cuisine "d'autrefois" via Techniques et architecture 1947, n°5-6 série 7 p. 243

Dans l'imaginaire du mouvement moderne, les cuisines d'autrefois ont en commun l’image désuète d’une promiscuité malsaine, conduisant parfois à dormir dans une salle-cuisine ou un office-cuisine pour des raisons de chauffage. Dans le regard des modernes, la cuisine est le lieu même de l'inacceptable, de la saleté, de la pauvreté, du confinement : le monde rural, la famille d'ouvriers, le carcan des domestiques... C'est ici que se concentre la misère sociale aux yeux des puristes modernes qui poursuivent leur lutte contre la "pièce à feu" d'un "sombre Moyen Âge" catholique ! Ces lieux renfermés et odorants symboles de misère humaine apparaissent inévitablement à l’opposé des espaces nobles, lumineux, aérés, que figurent le salon et le séjour. Ils sont tout au contraire des marques de la distinction, c'est à dire le luxe de l'inutile. Ici, et non là-bas, on peut vivre en société chez soi, l'homme n'est pas condamné à boire au troquet et à fuir sa mégère, mais il peut prendre un verre chez lui et venir avec ses amis pour présenter son logement, sa belle décoration, ses meubles, sa femme, ses enfants. Quel progrès ! Révolution dans la reconstruction : cuisine et salon se rapprochent, les symboles basculent ! Résumé d'une brève étude ci-après...