Préfabriquée d'urgence du MRU, à Pantin |
Tout comme Eric (qui vient de faire cette découverte), Le Havre monte à Paris. Et voilà notre bout de province représenté par cette mini-maison préfabriquée du MRU, coincée entre deux pavillons de banlieue, à proximité des immeubles " à la Perret " de Denis Honegger. Une authentique 534.10 (exposition 2014 // habitat provisoire) est plantée là, toute petite, epsilon dans Oblivion, résidu d'une micro-histoire dont tout le monde se fout, autrefois collée au rêve d'une Sam'Suffit Front Pop', échouée sur les rivages noirs des camps de prisonniers, avant d'abriter les sinistrés de Province et les mal-logés de Paris. Quelle étrange petite baraque, n'est-ce pas ? Rêve prolétaire soigné, tellement déplacé, ici et maintenant, écrasé comme un fragment d'histoire que l'on voudrait ignorer. Eh bien, c'est fini ! Peut-être, demain, la maison sera-t-elle classée Monument historique ? Quoiqu'il en soit, il va falloir assumer cette période car la redécouverte d'Eric s'avère être un signe prémonitoire. En effet, Jean-Louis Cohen, titulaire de la chaire " architecture et forme urbaine " au Collège de France (conférence inaugurale du 21 mai 2014), prépare pour l'an prochain un cours sur l'architecture sous Vichy : cette période reniée dans le trauma de l'amnésie gaullienne va enfin être reconsidérée. Il faut que chacun assume son parcours, car l'historien annonce de belles découvertes dans l'émission de Christine Goémé (France culture - l'éloge du savoir), signalant l'absorption des logiques, des personnalités, des projets des années 1930 à l'intérieur de Vichy, avant d'être assimilé par le MRU... Va-t-il détailler les effets de la guerre sur l'architecture en France ? Peut-t-il dire que la chose est pensée avant-guerre, redessinée sous Vichy, et, en dernière étape, réalisée après la Libération ? Probablement... Va-t-il adopter le temps fluide de la micro-histoire des Petits-boutiens, souplesse qui s'oppose à la grande histoire (des guerres et des princes) par les Gros-boutiens ? Possible... Souhaitons que la querelle des Anciens et des Modernes, dans sa version Liliputienne, cesse enfin. Il faut que l'on voit les architectes-bienfaiteurs du 20ème siècle comme une étape entre les industriels-bienfaiteurs du 19ème et les designers-bienfaiteurs du 21ème : tous de puissants créateurs d'utopies, à la fois géniaux, fous, séduisants, dangereux, égoïstes, etc. Bref, complexes comme des humains ayant les leviers du pouvoir. Ceci étant dit, on pourrait commencer à identifier l'intérêt de chacun dans une part de générosité, celle qui tend a disparaître sous le règne totalitaire du rationalisme financier.