Prix d'une trentaine de chaises sélectionnées par l'UAM en 1950 et 1953, faisant apparaître une médiane à 100 euros
En 1950 et en 1952, l'UAM devenue "Formes Utiles" présente dans ses stands une sélection d'une trentaine de chaises. Les prix de vente apparaissent et l'on peut donc les rapporter en euros constants (tableau Insee), voir la répartition des prix puis les classer en catégories : discount à 50€, prix médian à 100€, haut de gamme à 150€, puis le "moderne chic" allant au-delà pour rejoindre les tarifs des artistes décorateurs... Notons déjà que les prix des chaises (et des meubles, ainsi que de la plupart des objets domestiques) ont peu changé. De fait, ces prix sont presque constants depuis le début du XXème siècle : tout change et rien ne change. Enfin, c'est surtout l'occasion de voir les tarifs pratiqués par les créateurs de série pour enfoncer les clous, et boucler les becs : Gascoin, Prouvé, Perriand, Hauville, Hitier, etc.
In early 1950's, U.A.M. stands presents a selection of thirty chairs. Like many everyday items, prices have finally changed little. Reported in constant euros, we can be classified : discount 50 €, median price 100 €, upscale 150 €, "modern chic" and artists decorators ... An opportunity to see prices of Gascoin, Prouvé, Perriand, Hauville, Hitier, etc.
Évoquons déjà les critères du choix opéré par l'U.A.M. en citant la revue Arts ménagers :
" La plupart des chaises photographiées dans les pages suivantes ont été présentées par l’Union des Artistes Modernes au dernier Salon des Arts Ménagers (Exposition Formes Utiles). Elles ont été réunies car elles possèdent en commun, en dépit de différences de technique et de fabrication, ces qualités essentielles : elles sont confortables, robustes, de construction simple, et, quel que soit le matériau employé pour leur exécution (rotin, bois, tissu ou métal), il a été utilisé rationnellement.
La matière et la couleur y jouent un rôle important : matières plastiques aux tons vifs, bois clairs des pays nordiques, métal laqué au tour, housses amovibles, etc. La gamme des couleurs est généralement assez étendue. Les fabricants peuvent fournir une teinte sur demande. Les créateurs ont donné à ces sièges, par le jeu des matières, des formes et des couleurs, des aspects très variés ; mais surtout, n'ayant jamais perdu de vue la fonction primordiale du siège, ils ont réalisé des modèles qui, outre leur valeur plastique, sont, avant tout, des chaises sur lesquelles on a vraiment envie de s'asseoir. "
Signe révélateur : les prix sont affichés dans les légendes de chaque article mais ils n'entrent pas dans les critères de sélection...
Mobilor bakélite, Prouvé (métal), Dupré-Hauser, Caillette, via Arts ménagers, janvier 1953, n°52
modèles de Dupré-Hauser, Caillette, Dumond, via Arts ménagers, janvier 1953, n°52
Comme nous l'avons vu, les prix oscillent entre 50 et 150 euros, les extrêmes étant un siège industriel en châtaigner à moins de 10 euros (marque NPI) et une chaise de décorateur en merisier avec assise garnie à plus de 300 euros (Goetz). Cette chaise de Goetz donne au passage la limite basse des prix habituellement pratiqués par les artistes décorateurs… Quant aux plus bas prix, ils correspondent aux modèles des industriels qui, produisant en très grande série, font chuter les coûts : d'où l'enjeu consistant à rapprocher les créateurs des industries... On remarque déjà quelques associations plus ou moins avouées qui aboutissent aux modèles les moins chers : la chaise Vibo sur une structure en chêne de René Gabriel, celle en tube de Mobilor certainement dessinée par Jacques Hitier (suivant un modèle perfectionné ensuite par Mullca), et une étrange copie française des sièges d’Alvar Aalto éditée par Gibaud, c’est ...
Concernant les créateurs de modèles de série implantés dans des ateliers plus ou moins importants, leurs prix définissent la fourchette moyenne. Par opposition à la "petite série" de l'Art déco (allant de la pièce unique à une vingtaine d'unités), leurs productions sont dites en "grande série" mais ne correspondent en réalité qu'à une édition atteignant au maximum quelques milliers d'exemplaires. L'équipement technique de ces ateliers se limite à de petites machines-outils, sans aucun rapport avec les grandes usines. Ne disposant pas de moyens importants, les créateurs sont donc contraints de pratiquer des prix quasi-artisanaux principalement dictés par l'achat des matières premières et la complexité de la mise en oeuvre.
Concernant la matière, les bois sont les plus économiques avec le pin, le hêtre, le chêne, des arbres poussant plus ou moins vite et, en conséquence, plus ou moins coûteux et robustes... Une gamme particulièrement abordable avec structure en pin et assise en paille (Perriand) ou avec structure hêtre et assise en contreplaqué sans garniture dont les prix varient de 60 à 80 euros... Les coûts sont ensuite augmentés par l’ajout d’une garniture ou de matériaux plus coûteux comme le métal. Ainsi, la chaise Prouvé uniquement en hêtre apparait à 70 euros mais elle passe à 90 euros en tôle – un prix finalement raisonnable, tiré vers le bas grâce à une production quasi-industrielle. Concernant la chaise Gascoin, celle en chêne coûte seulement 80 euros avec siège et dossier en contreplaqué… Ce sont là les trois exceptions à moins de 100 euros. Sinon, les autres modèles en chêne avec assises garnies qui définissent pleinement le « style reconstruction » (Caillette, Dumond, Hauville) dépassent les 100 euros !
Notons que le rotin, le tube métal (hors industrie), la bakélite font monter les coûts bien au-delà de la fourchette moyenne. C'est ainsi que les modèles de Louis Sognot ou de René Herbst deviennent inabordables : on comprend mieux l'agacement de ce dernier devant les stands du Salon des arts ménagers, médisant sur l'abaissement de la qualité dans les propositions du moment (cf Meubles de série // Arts ménagers). Les anciens avant-gardistes atteignent alors des prix identiques à ceux des artistes décorateurs et du meuble sur-mesure, un singulier paradoxe ! Le début d’une justification qui va faire de la modernité non pas un projet de diffusion mais un « style » où domine une esthétique de l’industrie imaginée plus que concrète…
Prouvé (bois démontable), Guys, Herbst, via Décors d'aujourd'hui, 1950, n°54
N.P.I., Gibaud, Perriand, Caillette, Vibo, via Décors d'aujourd'hui, 1950, n°54
Sognot, Herbst (bakélite), via Décors d'aujourd'hui, 1950, n°54
Voici la liste de ces chaises par ordre alphabétique des créateurs :
_____créateur______ | _______________matériau______________ | ______prix frs_____ | __euros__ | |
Aalto | bois formé verni | 7150 frs 1952 | 151 € | |
Baumann | bois courbé + bois massif cintré | 2370 frs 1952 | 50 € | |
Caillette | hêtre + contreplaqué et coussin | 2850 frs 1950 | 77 € | |
Caillette | chêne ciré + garni tissu | 7000 frs 1952 | 148 € | |
Dumond | chêne + contreplaqué laqué | 6500 frs 1952 | 137 € | |
Dupré Hauser | tube acier chromé + cordon plastique | 12800 frs 1952 | 270 € | |
Eames | contreplaqué formé | N.C. | ||
Gabriel - Vibo | chêne + assise raphia tressé | 2300 frs 1952 | 62 € | |
Gascoin | chêne ciré + contreplaqué | 3950 frs 1952 | 83 € | |
Gascoin | chêne ciré + cannage | 6250 frs 1952 | 132 € | |
Gibaud (cf. Aalto) | lamellé collé formé | 1900 frs 1950 | 51 € | |
Gibaud (cf. Aalto) | lamellé collé formé + garni tissu | 2400 frs 1950 | 65 € | |
Goetz | Merisier ciré + garni à pelote et tissu | 14600 frs 1952 | 308 € | |
Guys | fer + vannerie | 3800 frs 1950 | 102 € | |
Hauville | chêne verni + garni et housse tissu | 6800 frs 1952 | 143 € | |
Herbst | fer laqué + contreplaqué moulé | 5400 frs 1950 | 146 € | |
Herbst - FAF | tube acier chromé + bakélite | 9600 frs 1950 | 259 € | |
Hitier - Mobilor | tube d'acier laqué + contreplaqué | 2300 frs 1952 | 48 € | |
Hitier - Mobilor | tube acier laqué + bakélite | 4000 frs 1952 | 84 € | |
N.P.I. | chataigner | 330 frs 1950 | 9 € | |
Perriand - Jeanneret | pin + paillage | 2400 frs 1950 | 65 € | |
Prouvé | Hêtre + contreplaqué | 2620 frs 1950 | 71 € | |
Prouvé | tôle d'acier laquée + contreplaqué | 4300 frs 1952 | 91 € | |
Renou-Genisset | chêne + contreplaqué | 5400 frs 1952 | 114 € | |
Rougier | Malacca + manille | 8000 frs 1952 | 169 € | |
Sognot | hêtre + rotin | 6500 frs 1950 | 175 € | |
Sognot | tube acier + contreplaqué formé | 9800 frs 1952 | 207 € | |
Svedberg - NK | bois + bouleau | 5900 frs 1952 | 124 € | |
Thonet | chêne ciré + lanières plastiques | 4960 frs 1952 | 105 € |