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chaises en merisier et table bridge sur modernism.com |
La reconstruction et son "art utile" ne correspondent pas véritablement aux productions luxueuses de la CAF (Compagnie des arts français) dirigée par Jacques Adnet depuis 1928, qui a abandonné depuis longtemps sa vocation première (1919 Sue et Mare // CAF) pour s'affilier à un modernisme moins social et plus formel, d'ordre esthétique et artisanal. Pourtant, à l'invitation de Marcel Gascoin, probablement dans la volonté de pousser les membres de la société des artistes décorateurs à se rapprocher des créateurs de l'Union des artistes modernes, Jacques Adnet, et son bras-droit Jean Lesage, participent à l'Exposition internationale de 1947 (Exposition internationale // urbanisme et habitation). Ils présentent quelques meubles pour l'Appartement type de la ville de Brest. Ces prototypes, conçus dans un « style Directoire » revisité, se déclinent en chaise, fauteuil bridge, fauteuil de salon, table ronde, table carrée, table basse, et dans de grands lits jumeaux... Un style Directoire que l'on peut également retrouver à partir de 1951 dans les meubles de série en bois produits par l'Atelier Saint-Sabin avant d'être repris par Manufrance (Atelier Saint-Sabin // Ancien et moderne), même les experts des grandes salles des ventes s'y trompent... Mais Adnet les invente bien plus tôt, la première fois en 1946 dans un ensemble bridge en version noir et or, dans les locaux de la CAF, accompagnés par les grandes tapisseries vertes de Lucien Coutaud. D'un intérêt certain pour comprendre les hésitations parcourant l'immédiate après-guerre, et bien qu'ils soient d'une qualité indéniable, les lits présentés à Brest ne résistent pas à l'analyse. Créés pour être exécutés en grande série, leur qualité est loin de correspondre aux moyens financiers de leurs destinataires, à la simplicité d'entretien souhaité quand on ne dispose pas d'aide domestique (les croisillons), à l'économie de matière et à la légèreté indispensable pour le transport, ni même aux usages - les lits jumelés obéissant aux habitudes de la grande bourgeoisie, mais pas aux pratiques courantes des sinistrés. Jacques Adnet, habitué à la pièce unique et à des commanditaires aisés, ne parvient pas à trouver le chemin d'une classe moyenne qui apparaît pourtant comme la clientèle future. Chant du signe d'une décoration française qui hésite encore entre ses héritages et ses inventions, les critiques des revues comprennent déjà qu'il faut se tourner du côté du Mouvement moderne ou des productions plus modestes de René Gabriel et de Marcel Gascoin.
1947, Jacques Adnet exposes furniture for affected people in model apartment (Brest). Currently featuring the "parents room" of the model apartment of Le Havre, the furniture shows difficulty to understand decorators average demand. Both beds are also visible in the Modernism Gallery (1500 Ponce de Leon Blvd., 2nd Floor - Coral Gables, FL. 33134)