"placard" apposé par René Gabriel au SAD de 1947
C'est un fait nouveau, n'en soyons pas peu fiers
fiers -, les écrits dans l'histoire des arts citent de plus en plus fréquemment le "style Reconstruction". La découverte d'un texte mis en ligne en 2012 par un conservateur du Mobilier National et d'Orsay (Yves Badetz sur
c-royan.com) m'a fait repenser à un évènement fondateur... Yves Badetz présente ainsi la
Commission du Meuble de France (CMF) comme point de départ : ce n'est pas faux du tout, le principe est ouvertement calqué sur le modèle administratif de l'
Utility Furniture Advisory Committee, reconnu en Grande-Bretagne comme point de départ du "design" (
Gordon Russell // Utility Furniture). On peut nuancer en affirmant que ce mouvement débute auparavant, quand la Grande Dépression provoque le déclassement du modernisme radical, en faisant ressurgir les fondamentaux
Arts & Crafts, mais il est certain que la CMF marque un début en France. Le paysage créatif était jusqu'ici brouillé par des querelles et une absence de soutien administratif (les initiatives se réduisant le plus souvent à l'échelle individuelle), lorsque les protagonistes du mobilier produit "en série" s'unissent une première fois autour de cette commission ; ce sont des décorateurs inscrits à la Société des Artistes décorateurs (SAD) et financés par le ministère de l'Industrie. En observant leurs projets, on remarque une lourdeur rustique et une part importante accordée à la décoration car le terme "industrie" désigne ici l'artisanat du luxe plus que l'efficacité d'un mode de production. Suivant ce paradoxe, on comprend la brève durée de la CMF qui renaît en 1947 (elle surgit une première fois en 1943-1945, sous la direction de Leleu, Old et cie) pour disparaître l'année suivante. Son principal responsable, du moins celui qui dessine le plus grand nombre de modèles dans la version CMF.2.0, René Gabriel, jette l'éponge en affichant publiquement l'échec du projet au Salon des décorateurs de 1947 et abandonne la direction de la SAD à Jacques Adnet. C'est heureux car il va alors renouer pleinement avec la modernité ! D'autant plus qu'il obtient un meilleur accueil chez les ex-UAM et autres protégés du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, comme Marcel Gascoin avec lequel il s'associe pour organiser la section ameublement dans l'Exposition internationale (
Exposition de l'urbanisme et de l'habitation // 1947), autre événement fondateur, s'il en faut, avant la réouverture du mémorable Salon des arts ménagers l'année suivante (
Meubles de série // Arts ménagers 1948).