lundi 19 mars 2018

André Arbus // mobilier architectonique

chaises présentées à la Galerie Novella

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Voici une découverte de notre ami Robert Willey (galerie Novella, Houston, Texas) : deux chaises très simples qui nous conduisent à flâner sur le chemin des Arts & Crafts " à la française ", poursuivant le layon ouvert par René Gabriel. Après l'échec du salon de la Société des Artistes décorateurs en 1947, alors que Gabriel tombe gravement malade (pour en savoir plus, il faudra lire la monographie qui sortira chez Norma en septembre...) et doit abandonner son poste de président de la SAD, l'année 1948 est celle où l'élite des créateurs français se met au " meuble de série ". On se souvient du premier essai mené par Jacques Adnet (Jacques Adnet // Brest 1947), et il est suivi par Paul Beucher et Jacques Hitier dans l'école Boulle, René-Jean Caillette et ses amis du " Groupe Saint-Honoré ", Marcel Gascoin et son cercle de jeunes créateurs qui rouvrent le salon des Arts ménagers (Meubles de série // arts ménagers) ; enfin - plus étonnant et moins connu - André Arbus pour le salon du " Beau dans l'Utile " au Pavillon de Marsan. Pour ce créateur au sommet de l'artisanat français dont l'élitisme semble un maître-mot, c'est un tournant. Le Beau dans l'Utile est à considérer au sens strict, puisque le mobilier d'Arbus est conçu pour accueillir les œuvres des " ornemanistes ", ce qui caractérise presque toutes ses créations. Il propose cette fois des meubles sobres en chêne produits en série et servant de " support " à quelques grands artistes qui se prêtent au jeu et préparent des dessins pour ses meubles : Jean Picart le Doux, Paul Levalley, Jean-Paul Delhumeau, Roger et Hélène Bezombes, Claude Besson, René Fumeron, Laure Malclès, Jacques Margerin, Jules Flandin, André Minaux, André Foy, Jean Leblanc, Marcel Pfeiffer, Théo Tobiasse, Paul Vera... La liste est époustouflante ! Difficile de savoir comment, combien, sous quelles conditions l'édition s'opère, mais les ventes que l'on trace dans la Gazette de Drouot et sur Artnet montrent que l'essai ne s'est pas limité aux exemplaires fournis pour l'exposition.

Ces meubles renouent pleinement avec la tradition Arts & Crafts. On y retrouve la simplicité et l'épaisseur qui se sont épanouies au Royaume-Uni et aux Etats-Unis depuis le tournant de 1900, alors que le vieux continent s’empêtre dans le style nouille et semble vivre au milieu des elfes. Toutefois, Arbus reste dans son domaine de prédilection, celui du Classicisme, précisant même pourquoi il construit son meuble à la manière d'une architecture, avec corniches, colonnes ou pilastres : " contrairement à la mode de l'époque, les dessus sont débordants, car il est normal que les dessus soient débordants. Ils tendent à un caractère anonyme, "banal" dans le sens où André Gide l'emploie, c'est à dire humain (celui qui veut tout tirer de soi n'arrive qu'au bizarre et au particulier) ". Voilà la parfaite définition d'un style 1940 qui se prête à la série. Chose rare, Arbus  cite le statut de ses clients : " les acheteurs de ces meubles appartiennent aux classes les plus diverses. Ce sont de grands fonctionnaires, des artistes, des critiques d'art, des dactylos, des ouvriers et même des industriels ébénistes, pour leurs besoins personnels. Cette expérience a été louée par les uns, blâmée par les autres [...] Je m'empresse de dire qu'elle ne constitue pas, à mes yeux, la seule solution du meuble de série en France. Elle représente ma modeste contribution à l'oeuvre pour laquelle des camarades travaillent avec foi. "

Série, modestie, foi, camaradie, et même banalité... Ce sont les mots-clefs pour désigner René Gabriel et le style reconstruction. Le prix représente une sorte d'exploit pour Arbus : 18.270 francs l'armoire, 10.220 francs le bahut bas, 16.150 francs le grand bahut, 4.770 francs la table. On peut le souligner car cela revient à un mois de salaire d'ouvrier, tarif qui commence à se rapprocher de René Gabriel (qui vend une salle à manger complète pour le même prix). L'article précise : " On peut les acheter à ce prix là et les premières séries sortiront en février. Ils ne sont pas au coefficient 10 des meubles les meilleur marché d'avant-guerre. C'était là le point essentiel du problème. Ces meubles n'ont pas, comme l'on dit, le caractère rustique. Il n'y a pas plus de raison de proposer à un ouvrier ou à un ingénieur de Paris des meubles rustiques que d’habiller une midinette en fermière. Ils essaient aussi de n'avoir pas ce caractère de simplicité affectée, que l'on trouve parfois dans les tentatives de cet ordre. Le snobisme de la purée n’est pas pour le peuple. Nous n’avons pas imposé de thèmes particuliers aux artistes. ll est remarquable que tous les décors évoquent la joie de vivre. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce sont les meubles d’une époque heureuse, par je ne sais quel choc en retour. Cet art spontané n’est ni torture, ni cruel, n’en déplaise aux critiques qui veulent a tout prix retrouver la dureté de l’heure dans les œuvres contemporaines. "




armoire-buffet avec panneaux décoratifs de Paul Levalley au salon du Beau dans l'Utile, mobilier Arbus, 1948 Décor d'aujourd’hui n°42, p.36


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Armoire avec panneaux décoratifs de Picart le Doux au salon du Beau dans l'Utile, mobilier Arbus 1948 Décor d’aujourd’hui n°42, p.39 

Buffet bas avec panneaux décoratifs de Théo Tobiasse au salon du Beau dans l'Utile, mobilier Arbus 1948 Décor d’aujourd’hui n°42, p.32

Buffet bas avec panneaux décoratifs anonyme au salon du Beau dans l'Utile, mobilier Arbus 1948 Décor d’aujourd’hui n°42, p.32 

Jacques Margerin, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.31

Laure Maclès, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.31

René Fumeron, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.32

René Fumeron, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p33

André Foy, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.35

ANdré Minaux, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.35

Jean Leblanc, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.35

Claude Besson, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.37

Hélène Bezombe (g.) et Roger Bezombe (dr.), panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.37

Paul Levalley, panneaux décoratifs pour André Arbus, 1948, décor d'aujourd'hui n°42, p.37






 à droite armoire avec panneaux décoratifs de René Fumeron, à gauche de Hélène Bezombe, Aguttes et Gazette de Drouot

Chaises d'André Arbus, présentée en 1948 au salon du Beau dans l'Utile, via Aguttes

   

lit d'André Arbus avec panneaux décoratif de René Fumeron, présentée en 1948 au salon du Beau dans l'Utile, via Aguttes
Tables basses d'André Arbus, présentée en 1948 au salon du Beau dans l'Utile, via Aguttes

Fauteuils d'André Arbus, présentée en 1948 au salon du Beau dans l'Utile, via Aguttes