mercredi 31 janvier 2018

Meuble Geisha 1951 // dessertes et petits meubles



Le Meuble Geisha est l'exemple même d'un produit industriel que l'on retrouve absolument partout et qui n'a laissé presque aucune trace dans les archives. On connait surtout un modèle de table pliante " attribuée " à André Groult (Félix Marcilhac, André Groult, Éd. de l'amateur 1997, p.143) et l'on peut aussi découvrir sous cette marque quelques chaises pliantes particulièrement élégantes. De Groult ou pas, élégant ou non, le Meuble Geisha a été édité et diffusé par une société anonyme implantée à Valenciennes, Les établissements Lecel. Pour le savoir, il faut simplement avoir la chance de découvrir leur brochure promotionnelle insérée en marque page, car cette entreprise ne fait visiblement aucune autre forme de publicité... Une exception cependant, Meubles et décors a publié le modèle Mic-Mac dans son numéro de janvier 1951. La date correspond presque exactement à celle de la brochure (avril 1951), il y a donc fort à parier qu'il s'agisse de l'année de lancement de la marque. Il est d'autant plus impressionnant de s'apercevoir que la plupart des modèles sont non seulement disponibles en chêne, mais aussi dans les bois nobles qui ont fait la gloire des années 1920 : acajou, noyer, érable, sycomore, palissandre et même ébène de Macassar ! Les finitions remontent de la même manière aux goûts d'avant-guerre et sont indiquées sur la page de couverture : " meubles vernis " et " meubles laqués ". Que peut-on en déduire ? Premier point, les grands actionnaires de l'industrie reprennent le principe des petits meubles transformables vulgarisé par nos créateurs de modèles de série, mais ils leur donnent une allure chic de style 1925 afin de les vendre plus aisément. Pour la table pliante, je pense notamment au modèle Bocado inventé par Marie-Françoise Mondineu (Mondineu 1950 // desserte " Bocado "), dont le brevet a été déposé six mois auparavant... On peut également constater que ces grandes entreprises, financées par les startupers du moment (à l'époque, on disait tout bêtement investisseurs), ont vraiment des capitaux importants à disposition pour se permettre l'utilisation de matériaux si précieux en 1951. Enfin, on découvre que les réseaux de diffusions appartiennent à ce même milieu financier, car ils peuvent se permettre de produire en masse sans faire la moindre publicité dans les magasines de décoration, ni ouvrir un seul stand au Salon des arts ménagers ! Dernière déduction, faite cette fois à partir de ce que l'on ne voit pas dans cette brochure, le modèle de Groult. Il s'agit probablement de la mystérieuse table pliante n°41 (dont la photographie ne figure malheureusement pas dans la brochure), ou bien ce meuble est apparu postérieurement (comme les chaises)... Mais ce grand artiste décorateur approchant des 70 ans, cette " attribution " à un modèle si différent de tout le reste de son oeuvre, dans son dessin et dans son mode de production, semble largement contestable.