dimanche 14 août 2016

Adieu LH // la famille s'en va...


Je me souviens de ce jour de concert. Il y avait Pat', fille de GI qui s'occupait si bien de l'accueil. Il y avait cette belle exposition sur René Gabriel qu'Eric et moi avions tant désirée, avec notre collection GG, et aussi les céramiques de Pigaglio, la tapisserie automnale de Fumeron. Comme tous les grands moments, il marque un sommet et une fin. Plus de dix ans à " valoriser " la ville reconstruite, il faut maintenant qu'elle vive sa vie, à ses risques et périls. Ce concert printanier pour vous dire que nous tournons une page. Nous partons du Havre. Nous sommes des voyageurs, il faut l'assumer. Pas encore des apatrides, mais cela ne saurait tarder. Pour marquer le coup, j'ai pris quelques photographies "de famille" dans l'Appartement témoin Perret, celui que nous abandonnons nécessairement sur place. Ce fut un vrai combat de le redécouvrir, de le ré-imaginer, de le réaliser, puis de le défendre. Aujourd'hui, le temps des pionniers est loin derrière, alors il faut partir. Ces terres ne sont pas les nôtres. L'air un peu hagard, ni triste ni joyeux, simplement résignés. L'on regarde déjà ailleurs, loin. Ci-dessous, dans les photographies de famille, je vous présente Elisabeth, Adèle, Vincent et moi. C'est pour nous une sorte de bilan septennal car nous avons bien changé depuis que Pierre Creton a tourné son film, au même endroit, en 2009, Papa, maman, Perret et moi (collection MuMA). Le lieu, lui, ne change pas ou, du moins, pas encore. Face à cette immobilité, nous nous fatiguons. Inutile de s'épuiser, il faut savoir partir. S'il existe toujours dans dix ans, je serais curieux de voir ce qu'il est devenu cet appartement. Toujours cette promesse que l'on veut  se faire, celle de se retourner à un moment donné, celle d'affronter son propre passé - mais mieux vaut laisser cette curiosité naturelle s'éteindre. C'est pourquoi il faut conserver un petit souvenir, pour mieux oublier, pour pouvoir raconter, un jour, ce qui fut une très belle aventure.

lundi 1 août 2016

Jean Lesage // Blog Meubles ABC

(lien vers le blog)

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Un mot pour féliciter Pierre Huet-Micouraud qui vient de mettre en ligne, sur différents sites web, les archives des Meubles ABC : après Roger Landault (abc roget landault), voici Geneviève Dangles et Christian Defrance (abcdanglesdefrance.blogspot.fr) ainsi que Jean-Albert Lesage (abc j.a. lesage _ jeanne baglin). J'ai évidemment interrogé le blog-master sur sa motivation : " À la question : pourquoi tant de peine ? Je répondrais que ce n'est pas tant l'intérêt porté à un microcosme que l'attraction pour le mécanisme de la création, (rappelons-nous, on disait créateur de modèles). Jeune encore, ils m'épataient tous à tel point que j'avais négocié (sur une base parentale, comparable à passe-ton-bac-d'abord) le fait de pouvoir suivre les arts appliqués, à mon retour du service militaire. Landault y professait, et j'avais pour l'homme et son talent beaucoup d'estime. C'était ma voie (du moins le croyais-je) ". Malheureusement pour l'histoire du design, la disparition brutale des deux fondateurs -Jacques Micouraud (1914-1961) et Maurice Ferrer Delporte (1911-1961)- provoquera la cessation d'activités d'ABC en 1962. En 1991, son dernier représentant et ancien gérant, Roger Huet (1913-1992), le père de Pierre, va remettre l'ensemble des archives photographiques de l'entreprise à la Bibliothèque des arts décoratifs, une donation acceptée par la conservatrice en chef de l'époque, Geneviève Bonté. Il faut citer le fait et ses acteurs car, à cette date déjà lointaine, rares sont ceux qui auraient parié sur l'intérêt historique de ce genre de production...

Il convient maintenant de revenir sur la présence surprenante de Jean-Albert Lesage chez ABC. Artiste décorateur, AEEB, Jean Lesage est connu pour avoir été le " bras droit " de Jacques Adnet à partir de 1928, quand ce dernier reprend la CAF (Süe et Mare // Compagnie des arts français) et se met à présenter les jeunes créateurs les plus modernes de son temps (dont René Gabriel et Charlotte Perriand). Mais la CAF s'est enfermée dans le somptuaire. Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Lesage a pris de l'indépendance, signe ses meubles, s'associe à différents éditeurs, et réserve à la CAF ses productions les plus " luxueuses ". En 1946, il effectue également des recherches sur la production en série en participant au fameux événement du moment : le Concours du Meuble de France (Style Reconstruction // Commission du Meuble de France). Est-ce à cette occasion qu'il rencontre les directeurs d'ABC, comme ce fut le cas pour Roger Landault ? Quoi qu'il en soit, son implication dans une production sociale le conduit à se rapprocher une fois de plus de René Gabriel, qui, probablement, l'invite ensuite à participer à l'Exposition internationale de 1947 : ce qui expliquerait la présence (jusqu'ici considérée comme étrange, si ce n'est inexplicable) de Jacques Adnet dans la Reconstruction, car celui-ci se place aux côtés de Jean Lesage dans l'appartement type de Brest (Exposition internationale // urbanisme et habitation). Jean Lesage semble ensuite coller à son temps. Il présente successivement du meuble de luxe et de série, en bois et en tube de métal, présenté aux Artistes décorateurs aussi bien qu'aux Arts ménagers. La chambre "bichrome" en bois, éditée par ABC et présentée au concours de l'hôtellerie en 1953, se situe dans ce champ d'expérimentation... Ci-dessous, quelques images évoquant la diversité de ses créations