samedi 25 juin 2016

Une ambassade française // Exposition de 1925



Ouvrons le précieux portfolio édité par Charles Moreau, Une Ambassade française, et entrons dans le plus grand mythe de l'architecture et de la décoration, l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Le somptuaire et l'excellence dominent l'événement. Bien des pavillons sont passés à la postérité, dont l'Hôtel du collectionneur de Ruhlmann (histoire-image) et l'Esprit nouveau de Le Corbusier (Fondation LC), qui tendent à représenter le tournant de 1925 à eux seuls, sur deux sommets opposés : le luxe dit "Art déco" et le dépouillement du "Mouvement moderne"... Si l'on résonne différemment, cherchant les liens plus que les séparations, c'est dans le pavillon "Une Ambassade française" que l'on trouvera l'union entre tradition et modernité qui va poser les jalons des changements à venir. Organisé par la SAD, nous y découvrons les ensembles les plus proches des aménagements intérieurs des décennies qui vont suivre. C'est la jeune "aile gauche" des décorateurs qui se rassemble ici, pour la première fois (à la droite du pavillon). Dans de petites pièces, on découvre des présentations (relativement) moins ostentatoires que dans le reste de l'Exposition de 1925, ni exagérément précieuses, ni ostensiblement modernes. Certains ensembles sont entrés dans l'histoire. Ce sont évidemment les plus démonstratifs : "Chambre de Madame" d'André Groult, avec ses meubles en galuchat aux formes voluptueuses (MAD), "Bureau-bibliothèque" à la fois viril et architecturé de Pierre Chareau (MAD), "Fumoir" extraordinairement vide et puriste de Francis Jourdain, "Salle de culture physique" des mêmes Jourdain et Chareau, ainsi que le "Hall - jardin d'hivers" de Rob' Mallet-Stevens... Mais il ne faut pas manquer la plus petite des pièces, quasi-anodine, qui annonce avec vingt ans d'avance le style reconstruction. Il s'agit de la chambre de jeune fille d'un petit nouveau, parmi les grands de la SAD, René Gabriel. Son stand est discrètement moderne, si banal à nos yeux contemporains qu'il devient invisible... Personne ne semble le voir, mais il ne faudrait pas oublier que c'est ici, et précisément dans cette chambre, durant ce moment-clef de l'Exposition de 1925, que René Gabriel invente la sobriété nouvelle d'une modernité bientôt démocratique. Ci-dessous, les photographies du portfolio avec les pièces situées dans l'aile de l'Ambassade où sont installés les décorateurs les plus modernes de la SAD (qui vont bientôt fonder l'Union de artistes modernes), dans leur succession, telles qu'elles se présentaient aux yeux des visiteurs de l'époque.




N°10: Antichambre de Paul Follot (coll. R. Crevel, R. Delamarre, Genet et Michon)

N°11: Chambre de Madame d'André Groult (avec P. Brandt, G. Fouquet, R. Templier)

N°11: Chambre de Madame d'André Groult (avec P. Brandt, G. Fouquet, R. Templier)

N°12: Chambre de jeune fille de René Gabriel (avec J. Perzel, J. et J. Martel, Schenk)

N°13 : Boudoir par René Prou ; et n°14: Salle de bains par Eric Bagge 

N°15 : Chambre d'enfant de Lucie Renaudot (avec Laure Albin Guillot, Paule Marrot, Evelyne Dufau, Annette Selmersheim, Carlège et Hellé)

N°18 : Salle à manger, René Joubert et Philippe Petit (avec E. Chassaing, L. Lanel, Martial, R. Oudot)

N°19 : Bureau-Bibliothèque par Pierre Chareau (avec Dalbert, Hélène Lantier, P. Legrain, J. Lurçat)

N°20 : Salon par André Domin et Genevrière (avec Ch. Hairon, H. Lantier, L. Maclès)

N°21 : Fumoir de Francis Jourdain (avec G. Bastard, J. et J. Martel, Massoul, Lachenal, E. Schenck, J. Socard)

N°22 : Salle de Culture physique et salle de repos, Pierre Chareau architecte, Francis Jourdain décorateur (avec Dalbert, Sonia Delaunay, Lurçat, Ed. Schenk)

N°23 : Hall - Jardin d'hivers de Rob. Mallet-Stevens (avec L. Barillet, Delaunay, Guevrekian, Léger, Laurens, A. Nau)

N°24 : Salon de musique de P.-L. Sézille (avec Ed. Bénédictus, Ch. Hairon, Jeanés, R. Lalique, J. Leleu, Schenk)