mardi 6 décembre 2016

Patrick Favardin // décès d'un découvreur

Le livre de référence de Patrick Favardin, Les décorateurs des années 50réédité par Norma

Je prends le temps de rouvrir ce blog pour annoncer la triste nouvelle du décès de Patrick Favardin, le 28 novembre 2016. Beaucoup le connaissent bien, parmi les lecteurs de ce blog, parmi les galeristes spécialisés dans le design du meuble, parmi les amoureux de la céramique. J'ai pu le rencontrer à quelques occasions, notamment pour évoquer le mobilier de la reconstruction. Notre conversation déviait rapidement en direction de l'habitat social, car il s'agit de sa première spécialité et d'une passion commune. Il en avait gardé l'idée d'une continuité entre classicisme et modernité, entre idéalistes du XVIIIème et idéologues du XXème. Pour ceux qui ne le sauraient pas encore, la trilogie air-espace-lumière ne date évidemment pas du mouvement moderne ! J'ai un souvenir très précis de son accueil, de sa gentillesse, de sa bienveillance. Concernant la décennie 1950, il débute ses travaux en 1987, en publiant Le style 50 un moment de l'art français, aux éditions Sous le Vent-Vilo, dans la lignée des recherches pionnières menées par Yvonne Brunhammer ou Anne Bony. Mais il lui faut vingt ans pour comprendre cette période, sortir des amalgames avec l'art décoratif parisien, et saisir la diversité des créateurs français durant les Trente Glorieuses. Souvenons-nous de l'événement, en 2006, quand les éditions Norma publient Les décorateurs des années 1950. Patrick Favardin y définit trois catégories qui jalonnent la création après-guerre, la "haute couture" des décorateurs élitistes, les "modernistes" de la reconstruction et, enfin, les "jeunes loups" qui s'épanouissent une fois le tournant industriel pris, dans la seconde moitié de la décennie. Ce découpage a certainement ses limites, comme tout classement par catégorie, mais il n'a rien perdu en pertinence et montre bien les capacités de synthèse de cet auteur d'exception devant cette époque multiforme. Chacune des biographies écrites par Patrick Favardin a la même justesse. Il a su, en quelques phrases, avec les bons mots, résumer l'essentiel des créateurs de ce tournant dans la modernité, période créative qui attire tant d'amateurs, mais reste méconnue des historiens officiels.

dimanche 14 août 2016

Adieu LH // la famille s'en va...


Je me souviens de ce jour de concert. Il y avait Pat', fille de GI qui s'occupait si bien de l'accueil. Il y avait cette belle exposition sur René Gabriel qu'Eric et moi avions tant désirée, avec notre collection GG, et aussi les céramiques de Pigaglio, la tapisserie automnale de Fumeron. Comme tous les grands moments, il marque un sommet et une fin. Plus de dix ans à " valoriser " la ville reconstruite, il faut maintenant qu'elle vive sa vie, à ses risques et périls. Ce concert printanier pour vous dire que nous tournons une page. Nous partons du Havre. Nous sommes des voyageurs, il faut l'assumer. Pas encore des apatrides, mais cela ne saurait tarder. Pour marquer le coup, j'ai pris quelques photographies "de famille" dans l'Appartement témoin Perret, celui que nous abandonnons nécessairement sur place. Ce fut un vrai combat de le redécouvrir, de le ré-imaginer, de le réaliser, puis de le défendre. Aujourd'hui, le temps des pionniers est loin derrière, alors il faut partir. Ces terres ne sont pas les nôtres. L'air un peu hagard, ni triste ni joyeux, simplement résignés. L'on regarde déjà ailleurs, loin. Ci-dessous, dans les photographies de famille, je vous présente Elisabeth, Adèle, Vincent et moi. C'est pour nous une sorte de bilan septennal car nous avons bien changé depuis que Pierre Creton a tourné son film, au même endroit, en 2009, Papa, maman, Perret et moi (collection MuMA). Le lieu, lui, ne change pas ou, du moins, pas encore. Face à cette immobilité, nous nous fatiguons. Inutile de s'épuiser, il faut savoir partir. S'il existe toujours dans dix ans, je serais curieux de voir ce qu'il est devenu cet appartement. Toujours cette promesse que l'on veut  se faire, celle de se retourner à un moment donné, celle d'affronter son propre passé - mais mieux vaut laisser cette curiosité naturelle s'éteindre. C'est pourquoi il faut conserver un petit souvenir, pour mieux oublier, pour pouvoir raconter, un jour, ce qui fut une très belle aventure.

lundi 1 août 2016

Jean Lesage // Blog Meubles ABC

(lien vers le blog)

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Un mot pour féliciter Pierre Huet-Micouraud qui vient de mettre en ligne, sur différents sites web, les archives des Meubles ABC : après Roger Landault (abc roget landault), voici Geneviève Dangles et Christian Defrance (abcdanglesdefrance.blogspot.fr) ainsi que Jean-Albert Lesage (abc j.a. lesage _ jeanne baglin). J'ai évidemment interrogé le blog-master sur sa motivation : " À la question : pourquoi tant de peine ? Je répondrais que ce n'est pas tant l'intérêt porté à un microcosme que l'attraction pour le mécanisme de la création, (rappelons-nous, on disait créateur de modèles). Jeune encore, ils m'épataient tous à tel point que j'avais négocié (sur une base parentale, comparable à passe-ton-bac-d'abord) le fait de pouvoir suivre les arts appliqués, à mon retour du service militaire. Landault y professait, et j'avais pour l'homme et son talent beaucoup d'estime. C'était ma voie (du moins le croyais-je) ". Malheureusement pour l'histoire du design, la disparition brutale des deux fondateurs -Jacques Micouraud (1914-1961) et Maurice Ferrer Delporte (1911-1961)- provoquera la cessation d'activités d'ABC en 1962. En 1991, son dernier représentant et ancien gérant, Roger Huet (1913-1992), le père de Pierre, va remettre l'ensemble des archives photographiques de l'entreprise à la Bibliothèque des arts décoratifs, une donation acceptée par la conservatrice en chef de l'époque, Geneviève Bonté. Il faut citer le fait et ses acteurs car, à cette date déjà lointaine, rares sont ceux qui auraient parié sur l'intérêt historique de ce genre de production...

Il convient maintenant de revenir sur la présence surprenante de Jean-Albert Lesage chez ABC. Artiste décorateur, AEEB, Jean Lesage est connu pour avoir été le " bras droit " de Jacques Adnet à partir de 1928, quand ce dernier reprend la CAF (Süe et Mare // Compagnie des arts français) et se met à présenter les jeunes créateurs les plus modernes de son temps (dont René Gabriel et Charlotte Perriand). Mais la CAF s'est enfermée dans le somptuaire. Après la Seconde Guerre mondiale, Jean Lesage a pris de l'indépendance, signe ses meubles, s'associe à différents éditeurs, et réserve à la CAF ses productions les plus " luxueuses ". En 1946, il effectue également des recherches sur la production en série en participant au fameux événement du moment : le Concours du Meuble de France (Style Reconstruction // Commission du Meuble de France). Est-ce à cette occasion qu'il rencontre les directeurs d'ABC, comme ce fut le cas pour Roger Landault ? Quoi qu'il en soit, son implication dans une production sociale le conduit à se rapprocher une fois de plus de René Gabriel, qui, probablement, l'invite ensuite à participer à l'Exposition internationale de 1947 : ce qui expliquerait la présence (jusqu'ici considérée comme étrange, si ce n'est inexplicable) de Jacques Adnet dans la Reconstruction, car celui-ci se place aux côtés de Jean Lesage dans l'appartement type de Brest (Exposition internationale // urbanisme et habitation). Jean Lesage semble ensuite coller à son temps. Il présente successivement du meuble de luxe et de série, en bois et en tube de métal, présenté aux Artistes décorateurs aussi bien qu'aux Arts ménagers. La chambre "bichrome" en bois, éditée par ABC et présentée au concours de l'hôtellerie en 1953, se situe dans ce champ d'expérimentation... Ci-dessous, quelques images évoquant la diversité de ses créations

dimanche 24 juillet 2016

Guillerme et Chambron // moderne-chic-j'sais-pas-quoi



Je viens juste de découvrir le blog "le zoo du Giraffidé" avec quelque-chose "d'énorme", comme on dit : l’émission Maison à vendre qui, par malheur, est tombée sur un parfait intérieur Guillerme et Chambron... Je n'en dirai pas plus, voyez le résultat en lisant l'article : Home staging.

jeudi 21 juillet 2016

Table rase // histoire des bombardements



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Les attaques chaotiques, dispersées, individualisées (utilisant soit des drones, soit des individus endoctrinés pour être "dronisés") remplacent aujourd'hui les bombardements aériens, reléguant cette méthode dans un passé distant. Les habituelles justifications, qui mettaient en avant l'efficacité et la précision des bombardements, disparaissent après avoir atteint un paroxysme médiatique -touchant au ridicule- avec les "frappes chirurgicales" en Irak, en 1990. Ainsi s'achève l'un des derniers mythes modernes, et son histoire est déjà décrite par Thomas Hippler dans Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires, 2014). C'était à faire, et c'est fait. Beaucoup vont cesser de demander "Pourquoi ?" en attendant une fine description stratégico-militaire ; il suffit de savoir que poètes et stratèges imaginaient à cette époque qu'une purification globale par le ciel était la meilleure méthode pour s'approprier et transformer un territoire... L'auteur donne le lieu, la date, et un nom, pour définir cette invention : le bombardement de Tripoli par l'Italie, en 1911, sous l’œil admiratif de Filipo Tommaso Marinetti, lui-même... "Marinetti, chef de file d'une avant-garde provocatrice, devient alors le chantre de l'audace, de l'énergie, du mouvement agressif, de la révolution technologique, de la brutalité sous toutes ses formes esthétiques. Il se rapproche des milieux nationalistes italiens et milite pour l'entrée en guerre de son pays. Aux côtés du futuriste Mario Carli et de l'agitateur Benito Mussolini, il fait partie des 119 personnes présentes le jour de la fondation, en mars 1919, des Faisceaux italiens de combat." nous dit Wikipedia... C'est le sang rouge artériel de la modernité brandissant la pureté, la vitesse, l'universalité, assumant la violence, qui s'oppose au sang bleu, anoxique, d'une tradition à rénover. Finesse, stabilité, territorialité : c'est fini ! À Bas ! Toutefois, le dévoilement de cette vérité sur les bombardements n'est pas si nouvelle. On pouvait comprendre le principe avant Hiroshima et Nagasaki, avant même la destructions des villes européennes en 1944. Pour le savoir, il faut lire un texte d'André Fribourg (1887-1948), professeur d'histoire, publié en septembre 1939 dans la revue hebdomadaire Notre Combat. Il est consacré à la menace aux civils. On accuse une invention allemande datant de 1914. On observe sa première utilisation à grande échelle contre la Pologne en 1939...

mercredi 6 juillet 2016

Nordiska Kompaniet // catalogue Triva KD 1946


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Parmi les grandes légendes du design, voici un rare catalogue, tout juste rentré dans la collection GG. De 1946, il marque la naissance du mobilier scandinave en kit : Nordiska Kompaniet Triva knock down furniture. Conçue pour l'exportation, cette gamme de meubles transportables, nommée Triva (trivas : prospérer, se plaire, en suédois), a été développée par Elias Svedberg et son équipe (composée d'une vingtaine de designers, incluant Kerstin Horlin-Holmqvist, Lena Larsson, David Rosen, Astrid Sampe, Erik Worts, etc.), en réponse à un concours lancé par une guilde d'artisans suédois vers 1945, pour " les besoins de la famille moderne et adapté à la production de masse. " Ce style de mobilier avait déjà fait une apparition remarquée avec la Swedish Modern durant la New-York World Fair's en 1939 (Elias Svedberg // NK). Les premiers modèles Triva figurent ensuite dans l'aménagement d'une maison témoin de la cité jardin de Malmö (NK // Cité de Malmö). En 1946, la Team d'Elias Svedberg a pleinement développé le principe du mobilier dit assemblable, au format des paquets postaux. Les KD (knock-down, littéralement "abattu", à bas, en anglais) de la NK peuvent être livrés à travers tout le pays, mais aussi aux États-Unis, au Royaume-Uni, en France, dans le monde entier... Ce qui a été inventé pour pallier à la dispersion des populations dans le territoire scandinave devient un atout majeur pour l'exportation internationale. C'est ainsi que les KD et leur légèreté légendaire vont inspirer la célébrissime firme suédoise Ikea, certains modèles vont être intégrés dans les catalogues Knoll et ils influenceront aussi des créateurs français comme Jean Royère, Marcel Gascoin, Pierre Paulin, Jacques Hauville... Toutefois, il ne faut pas exagérer en croyant que la Suède est une exception mondiale, elle prolonge et amplifie une "modernité sociale" issue des Arts & Crafts qui préexiste dans toute l'Europe et aboutit sur les meubles pour sinistrés en France et en Angleterre. La puissance scandinave vient en grande part du fait d'avoir été épargnée par la guerre. L'Europe du nord peut exporter en quantité – sans se soucier des pertes industrielles ou des sinistrés – en mobilisant ses capacités productives dans une finalité plus commerciale. C'est la petite histoire que raconte cet impeccable catalogue, incluant une quarantaine de modèles sur quarante pages, tout en papier glacé, relié avec des vis en laiton, couvert par une toile de teinte naturelle imprimée "NK", avec, à l'intérieur, quelques stupéfiantes photographies...


mardi 28 juin 2016

Reynold Arnould // mécanisation lyrique

Chloé regardant Cracking Port-Jérôme, série "Forces et rythmes de l'industrie", Reynold Arnould, 1958-1959, fonds MuMa Le Havre 







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Quelques photographies d'une exposition de l'Appartement témoin Perret annonçant notre départ du Havre... On y découvre une figure majeure du changement dans la Seconde École de Paris : Reynold Arnould (1919-1980). Il vient boucler un cycle ouvert par Alfred Manessier (Alfred Manessier // Appartement témoin), celui de la génération Reconstruction, inspirée par un humanisme catholique et un espoir de vérité supra-sensible. La transition figuratif-abstrait peut paraître du même ordre chez Reynold Arnould, mais lui appartient à la génération suivante, calibrée par l'Expo 58. La déréalisation des lignes et couleurs ne se situe plus dans l'hypothèse d'une vérité géométrique de la Nature ou de l'émotion, mais elle dévie vers une croyance en la machine. "La mécanisation prend les commandes", à la place de Dieu. De l'art pour les futurs Cybernautes, Cybermen, transhumanistes et autres technophiles. Ce qui était une conséquence des méthodes de production devient une fin esthétique, une idéologie. Même la peinture sur toile, si libre dans ses possibilités d'expression, se dresse, s'ordonne, se rythme, pour figurer la force du Nouveau Dieu. Né au Havre, Reynold Arnould voyage en Amérique. Il croit en la beauté industrielle, au premier degré. Il va rejoindre, par la droite patronale (du Destin Manifeste et du Streamlining), ce que les bolcheviques ont inventé à l’autre extrémité, l'apologie productiviste de la gauche sociale (de Lyssenko et du Constructivisme). Dans l'Exposition Forces et rythmes de l'industrie, que Reynold Arnould organise à Paris en 1959, pour le Musée des Arts décoratifs, ses titres rejoignent ceux de Varvara Stepanova lorsqu'elle travaille pour Rodtchenko : elle choisit Électrification, Industrie, Défrichage... lui choisira Usinage, Calcination, Cracking, Derrick, Forer, Vilebrequin, Extraction,... une école picturale du pétrole et des moteurs dont la violence lyrique annonce la fin de la reconstruction européenne et la naissance d'un mythe atlantiste, l'effacement du "luxe pour tous" et l'hégémonie de la "culture de masse". Qui parle de "culture pop'" ? Personne, espérons-le : la machine n'est belle qu'aux yeux des patrons d'industrie. Ce sont des tableaux pour chefs de bureaux. Pour d'autres, admirer une machine, c'est être renvoyé à sa condition d'esclave, condamné à vénérer ses propres chaînes : c'est une souffrance, une beauté pour les sado-masochistes...
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samedi 25 juin 2016

Une ambassade française // Exposition de 1925



Ouvrons le précieux portfolio édité par Charles Moreau, Une Ambassade française, et entrons dans le plus grand mythe de l'architecture et de la décoration, l'Exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes. Le somptuaire et l'excellence dominent l'événement. Bien des pavillons sont passés à la postérité, dont l'Hôtel du collectionneur de Ruhlmann (histoire-image) et l'Esprit nouveau de Le Corbusier (Fondation LC), qui tendent à représenter le tournant de 1925 à eux seuls, sur deux sommets opposés : le luxe dit "Art déco" et le dépouillement du "Mouvement moderne"... Si l'on résonne différemment, cherchant les liens plus que les séparations, c'est dans le pavillon "Une Ambassade française" que l'on trouvera l'union entre tradition et modernité qui va poser les jalons des changements à venir. Organisé par la SAD, nous y découvrons les ensembles les plus proches des aménagements intérieurs des décennies qui vont suivre. C'est la jeune "aile gauche" des décorateurs qui se rassemble ici, pour la première fois (à la droite du pavillon). Dans de petites pièces, on découvre des présentations (relativement) moins ostentatoires que dans le reste de l'Exposition de 1925, ni exagérément précieuses, ni ostensiblement modernes. Certains ensembles sont entrés dans l'histoire. Ce sont évidemment les plus démonstratifs : "Chambre de Madame" d'André Groult, avec ses meubles en galuchat aux formes voluptueuses (MAD), "Bureau-bibliothèque" à la fois viril et architecturé de Pierre Chareau (MAD), "Fumoir" extraordinairement vide et puriste de Francis Jourdain, "Salle de culture physique" des mêmes Jourdain et Chareau, ainsi que le "Hall - jardin d'hivers" de Rob' Mallet-Stevens... Mais il ne faut pas manquer la plus petite des pièces, quasi-anodine, qui annonce avec vingt ans d'avance le style reconstruction. Il s'agit de la chambre de jeune fille d'un petit nouveau, parmi les grands de la SAD, René Gabriel. Son stand est discrètement moderne, si banal à nos yeux contemporains qu'il devient invisible... Personne ne semble le voir, mais il ne faudrait pas oublier que c'est ici, et précisément dans cette chambre, durant ce moment-clef de l'Exposition de 1925, que René Gabriel invente la sobriété nouvelle d'une modernité bientôt démocratique. Ci-dessous, les photographies du portfolio avec les pièces situées dans l'aile de l'Ambassade où sont installés les décorateurs les plus modernes de la SAD (qui vont bientôt fonder l'Union de artistes modernes), dans leur succession, telles qu'elles se présentaient aux yeux des visiteurs de l'époque.

mercredi 8 juin 2016

Georges-Henri Pingusson // maison préfabriquée

projet de l'UAM au Salon d'automne 1946, Décor d'aujourd'hui n°36

La galerie Bouvier-Le Ny (sous-titrée " Mouvement moderne et Reconstruction ") se fait une fierté de présenter, dans son tout nouveau et tout beau local de la rue de Tournon, une chaise de Georges-Henri Pingusson. Les meubles de cet architecte sont rares, ainsi que ses réalisations architecturales. Pour le découvrir, on peut aller sur l’île de la Cité, revoir le Mémorial des martyrs de la déportation qui vient d'être restauré (article d'AMC). Mais il faut aussi connaître sa maison préfabriquée, conçue en 1946, pour l'Union des artistes modernes. La revue Décors d'aujourd'hui en résume le principe : " l'architecte Pingusson. observant qu'en mécanique théorique, la courbe analytique des moments de flexion d'une poutre posée sur deux appuis présentait en deux points de cette courbe, une valeur nulle, a imaginé un système utilisant des poutres préfabriquées en béton réunies en ces deux points par des éclisses en acier [brevet FR 1005213 A]. Les avantages que présente ce système pour la série diversifiée et, partant, pour la reconstruction française, sont immenses ". Elle suit un module carré de 78 cm définissant les caissons du plafond, et des travées de 2,34 mètres de large. Les montants de ciment armé préfabriqués sont placés entre les baies, faits de pièces séparées et facilement transportables, réunies par des éclisses. La maison, ainsi conçue, a été construite l'année suivant derrière le Grand Palais, lors de l’Exposition internationale (Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947), dans un projet réalisé pour le Gouvernement militaire en Sarre, en association avec la Société Silix (Metz) et les Entreprises Sarroises Associées. Les façades sont inclinées, avec " des baies destinées à recevoir le soleil comme une serre " qui évoquent les futures maison Prouvé de Meudon et de Royan (†). La revue indique encore " la volonté d'évidence de la construction ", une intelligibilité qui caractérise cette période, à l'inverse de la société de consommation dont le design d'emballage aura pour seul but de " masquer " la pauvreté du produit au détriment des pauvres gogos-acheteurs (et au bénéfice des riches actionnaires-possesseurs) ! La règle de transparence constructive est également validée dans le mobilier de Pingusson qui mélange modernité et pragmatisme, dans des modèles très architecturés, dont le dessin est simplifié à l'extrême et d'une excellente logique structurelle. Le "plywood" s'impose également, suivant la mode instaurée par les meubles pour sinistrés de René Gabriel, en reprenant les techniques en faveur dans la fabrication des avions...

mardi 31 mai 2016

Early Webbed Chairs // sangles et lanières

Elias Svedberg, fauteuil en teck blond verni et sangles en jute de teinte naturelle, vers 1950 (collection GG)

Pour répondre à une question posée par Stephane Danant, voici un petit morceau de la négligeable histoire des sangles dans l'aventure oubliée de la "modernité sociale", celle qui va aboutir sur le "style reconstruction" après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui encore, à 25 centimes le mètre linéaire, les sangles en jute permettent de fabriquer les sièges les moins coûteux, soit 5 € pour couvrir une assise et 10 € pour tout un siège avec dossier. Il est donc logique de les retrouver aujourd'hui encore dans les productions industrielles (depuis Artek jusqu'à La Redoute). Toutefois, à l'époque de son invention moderne, aux yeux du décorateur, il y a un côté nudiste dans ces sangles (ou ces lanières de cuir pour les modèles de luxe) : c'est en effet une "assise de tapissier" dépouillée de tout, sans toile, ni crin, ni bourrelet, ni tissus - presque une insulte pour le métier. Ne reste, finalement, que le support souple en quadrillage. Le premier modèle moderne semble remonter au Bauhaus, avec l'extraordinaire chaise cantilever (wiki) dessinée par Mart Stam en 1926 dont les premières assises sont en lanières entrecroisées, idéales pour un peu de souplesse dans ces meubles tout en ossature du "rationalisme clinique". On la retrouve logiquement chez Alvar Aalto qui l'adopte au début des années 1930. En même temps, Bruno Mathsson produit la chaise longue Permilla et la chaise Eva (1934) dont le "design organique" si original est indissociable du jeu des bandelettes en tissu qui épousent parfaitement les formes du bois courbé. Au même moment, en France, René Gabriel utilise des lanières sur ses chaises en bois qu'il présente une première fois au SAD. Son souci est alors économique, assumons l'idée d'un "rationalisme social". Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la technique se généralise dans un objectif pragmatique : c'est la création du "mythe guerrier" de la Firme Knoll (knoll.com), justifiant le retour au bois (cerisier) à cause des priorités de guerre avec réutilisation des surplus militaires (sangles pour parachute), des contraintes qui aboutissent sur la fameuse série 600 de Jens Risom (1942/43) et se prolongera dans d'autres modèles utilisant des sangles, comme ceux dessinés par Abel Sorenson (1946). Mais, alors que le temps passe, la découverte devient un geste, le "projet moderne" se transforme en "style moderniste", et le souci d'abaisser les coûts perd son objectif social pour basculer du côté des marges bénéficiaires des entreprises... L'utilisation des sangles est encore fréquente à la fin des années 1940, par exemple en Suède avec Elias Svedberg ou aux Etats-Unis avec Klaus Grabe. Il faudrait en comparer les coûts, les marges et les prix de vente... Ci-dessous, quelques classiques à retenir, avec des images pour la plupart puisées dans 1stdibs...


samedi 21 mai 2016

Mondineu 1950 // desserte " Bocado "

en situation dans le logement de l'UAM, au salon Arts Ménagers de février-mars 1954, revue Arts ménagers n°59, novembre 1954

Marie-Françoise Mondineu, née Vele, dépose le brevet de cette petite desserte roulante et pliante "Bocado", sous la référence FR1023477D, le 8 décembre 1950. Mme Mondineu produit ensuite quatre autres brevets, porte-bouteille, pieds de tables pliants, dispositifs de fixation et de pliage. Par la suite, c'est son mari, Rémy Mondineu, diplômé de l'ENSAD, qui signe les inventions afin de perfectionner le modèle. En 1958, il l'adapte à un cadre métallique, probablement pour lutter contre la concurrence de la Textable avec ses indestructibles plateaux suisses "Platex". Mais l'objet perd alors son charme, entrant brusquement dans l'esthétique des sixties. Quoiqu'il en soit, ce qui est remarquable à cette époque, c'est cette facilité à produire des idées et cette faculté à les transformer en réalité industrielle. Tout juste protégé par le premier brevet, délivré en décembre 1952, la desserte Bocado en bois est diffusée et aussitôt publiée dans une publicité du prestigieux décorateur Caminelle. Marie-Françoise et Rémy Mondineu disposent alors d'un important atelier de production qui va éditer cette petite table pendant une vingtaine d'années dans différents modèles, montants chêne ou acajou, plateaux en stratifié. Le moment de gloire arrive en 1954, lorsque la table est sélectionnée par l'UAM au Salon des arts ménagers. L'intérêt de l'invention est parfaitement décrit dans le texte du brevet : " On connaît déjà des tables (fig. 1) comportant deux plateaux mobiles, susceptibles de se ranger dans le même plan ou au contraire de se superposer, afin de réduire la largeur de l'ensemble pour passer dans les couloirs étroits et les portes. Le passage de l'une de ces positions à l'autre s'effectue par pivotement autour d'un axe. Un système de parallélogramme articulé assure la stabilité des plateaux, quelle que soit leur position. Malgré ce système de superposition des plateaux les tables de ce genre conservent un encombrement assez important qui ne peut être réduit pratiquement au-delà de la largeur de chaque plateau. La présente invention a notamment pour but d'éviter cet encombrement. Elle concerne, à cet effet, à titre de produit industriel nouveau, une table caractérisée par un cadre rigide sur lequel sont articulés un ou plusieurs panneaux susceptibles de se rabattre pour constituer des plans destinés à supporter des objets quelconques ou au contraire de se replier contre le cadre, la table étant alors réduite à un ensemble très plat facilement logeable et transportable ". Notons que les Ateliers Mondineu semblent être encore en activité, spécialisés dans l'encadrement d’œuvres d'art et installés dans le Marais (Ateliers Mondineu). Ci-dessous, des images du brevet, les premières publicités et deux annonces du Boncoin pour se procurer l'objet à petit prix !

dimanche 8 mai 2016

Robert Desnos // résistance et déportation

Robert Desnos, un ultime portrait en juin 1945

Tout le monde connaît ce tweet (à moins qu'il ne soit déjà oublié) : « parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir ». Pour Paul Éluard (poème utile // Liberté), c'est différent. Dans un discours qu'il prononce lors de la remise des cendres du poète surréaliste Robert Desnos, en octobre 1945, il affirme : « Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues. » Je l'aime beaucoup, Robert Desnos, pour ce qu'il représente et ce qu'il a fait, pour ce qu'il a été et ce qu'il aurait pu être. Et j'y suis attaché pour une autre raison : il était dans le convoi du 27 avril 1944, partant de Compiègne pour aller à Auschwitz-Birkenau, avant de partir vers Buchenwald. S'il avait survécu, peut-être aurait-il produit une poésie plus épaisse, plus rassurante, plus concrète, plus infantile, plus généreuse : une poésie de reconstruction. Mais il meurt avec le numéro 185443 tatoué sur l'avant-bras gauche, et, cousu sur la poitrine, un autre matricule surmonté d'un triangle rouge basculé sur la pointe, un "F" au centre. Je connais d'autres victimes de ce convoi, ayant la même tenue, probablement le même triangle, peut-être en couvrait-il un second d'une autre couleur. Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais. J'ose imaginer qu'ils se sont rencontrés avant les Marches de la mort, quand ils avaient la force de résister. Internet permet de retrouver des liens inattendus, de rentrer dans une micro-histoire qui croise les ouragans de la grande histoire, avec ses épisodes horribles et ses moments d'espoirs. Peut-être, désormais, allons-nous cesser de rechercher un ancêtre glorieux, un grand duc ou un petit bâtard, pour enfin construire une histoire retournée, un arbre généalogique ayant le tronc en haut et les branches vers le bas, avec un feuillage touffu où nos ancêtres croisent les poètes, se battent pour la Liberté et ne meurent plus dans l'oubli ! Chacun peut chercher un nom, désormais, dans le Livre-mémorial de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

dimanche 21 février 2016

Le Havre // sauvé par les Monuments historiques

Les îlots d'habitation V40 et V41 de l'Atelier Perret "Monument historique"

C'est un scoop de France-3 Baie de Seine (15 février). Il faut féliciter Fred et Pascal, résidents et défenseurs des "ISAI" (blog ISAI-lehavre), à l'initiative de cette demande, et tous les autres copropriétaires qui ont approuvé à l'unanimité. Nous le savons, tous, ici et ailleurs, malgré l'Unesco, le Label XXe, l'AVAP, "Ville d'art et d'histoire", et toutes les initiatives prises par la Ville depuis quelques années, le centre reconstruit n'était pas à l'abri des destructions et des restaurations destructrices. Beaucoup les ont remarquées le long de la rue de Paris où les finitions, qui signent la qualité du béton Perret (banché, ciselé, grésé, bouchardé, lasuré), ont été effacées par un sablage grossier ou cachées sous un indécrottable barbouillage de peinture grisâtre ou marronnasse. Il fallait en revenir aux bons vieux "MH" qui marquent l'aboutissement d'un travail de valorisation, et un soulagement car on peut aujourd'hui compter sur les habitants pour défendre indépendamment leur patrimoine. Quelque soit l'avenir, la reconstruction n'est plus sous la menace d'une incompétence de décision ou d'expertise. Non seulement les façades sont protégées, mais aussi les espaces communs (cours, halls, escaliers), l'intérieur du café "Au Caïd", ainsi que deux logements, dont l'Appartement témoin Perret. Question prestige, chaque lieu va pouvoir arborer la célèbre plaque émaillée au labyrinthe. Quant aux arguments, inutile de les lister, ils sont illustrés dans les photographies ci-dessous : la bonne préservation du bien et la continuité entre intérieurs et extérieurs, depuis l'échelle monumentale des perspectives donnant sur l'église Saint-Joseph et l'Hôtel de Ville, jusqu'aux détails qui entourent chaque porte d'entrée. Un exemple, pour l'anecdote, les poignées dans les halls : en acier peint dans les immeubles bas et en inox dans les tours, en fonction du nombre de passage. C'est un cas parmi tant d'autres, permettant d'illustrer le sens tout "perretien" de l'économie et du détail....

France-3 Television News : two buildings in Le Havre have been registered as a historical monument. Congratulate Fred and Pascal, residents and defenders of Perret (blog ISAI-lehavre), on the initiative of this application, and all owners have unanimously approved: they saved ISAI of Le Havre, two blocks, the V40 and V41. We know, despite Unesco, the rebuilt city is not safe from destruction or destructive restorations (as can be seen along the Rue de Paris where concrete –  shuttered, chiseled, bushhammered – were removed by violent sandblasting or hidden under a brow painting). For ISAI, it will not be the same register, and one can rely on residents to defend their position in front of administration, in every detail. Not only the facades were classified but also public areas (courses, halls, stairs), inside the cafe "Au Caïd" and the Perret Show flat with furniture. This is, for me and for others, a relief: whatever the future of this heritage, it no longer belongs only to the Municipality initiatives. Finally, a question of prestige, each of these places will soon be able to wear the famous enamelled plate maze. As for the arguments validated by the commission, they are shown in the photographs below: the preservation of the property (only windows have been replaced) and continuity between interior and exterior, from the monumental scale given by prospects on Saint-Joseph Chuch and Hotel de Ville, to details and finishes around all doors. A small example for the record, the door handles: in painted steel for low buildings, in stainless steel for towers, spends more people ... One case among many other, but it shows that even the smallest nooks, is found everywhere the Perret principle.

mercredi 27 janvier 2016

Concours 1955 // Centre technique du bois

ARP, 1er Prix du CTB

Probablement insatisfaits par les choix du ministère en 1954 (concours 1954-1955 // Ministère de la reconstruction), les créateurs de meubles effectuent un rattrapage au Salon des arts ménagers en mars 1955. Ils exerçent certainement des pressions sur le Centre technique du bois (CTB, fondé en 1952) afin qu'il organise un concours parallèle. Il s'agit de sortir des propositions où les techniques avancées par Gascoin et Gabriel sont exagérées et s'appauvrissent dans un "style social", au lieu de s'améliorer et de s'ennoblir comme le désiraient les fondateurs. Un problème anticipé par Jacques Viénot avant-guerre, celui-ci voyant le meuble économique comme une équation aux solutions rares... Mais il imagine aussi une sortie tournée vers l'avenir. Si les budgets minimalistes obligent une réduction au départ (économie des matières, des gestes, etc.), il faut tabler sur un enrichissement futur, grâce aux investissements industriels et au pouvoir d'achat d'une clientèle élargie. C'est le pari de ce second concours présenté en 1955, où les prix sont relevés de 50% à 100%. Débarrassés d'une contrainte financière excessive, les candidats montrent une créativité débordante. Toutefois, un basculement se perçoit dans cette réorientation. La puissance de séduction ne réside plus dans l'idée d'un luxe accessible à tous, moins encore dans la quête classique d'une esthétique fondée sur une logique intemporelle. On ne rêve plus d'un idéal de société mais de nouveauté. Dans cette logique de mode, la modernité passe dans l'apparence et l'innovation pèse plus que la personnalité ou la qualité. Dernier changement, le ministère ne va promouvoir que ses propres candidats, sans s'occuper des résultats du nouveau concours. C'est le début d'un divorce entre État providence et marché libéral. Bien que le bois domine encore, l'événement est sur le corde raide, dans un " style reconstruction " (classique, utopique, porté par l'État) prêt à basculer dans le " style 50 " (moderne, artistique, d'essence libérale). Ci-dessous, en illustration, les ensembles primés illustrés dans Meubles et décors d'avril 1955 avec ARP, Roger Landault, Robert Debièvre, René-Jean Caillette, Louis Paolozzi, Jacques Hitier, Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

Probably dissatisfied with the awards distributed by the Ministry of Housing and reconstruction, at the end of 1954, the Association des créateurs de modèles (ACMS) makes a catch in 1955 Salon des arts ménagers, certainly weighing on the Technical Centre of Wood and Furniture (CTBA, founded in 1952) that he organizes another competition. It is out of such proposals where the advanced methods by René Gabriel and Marcel Gascoin are visible but getting poorer and sink in a "social style", instead of ennobling both as desired founders. In fornt of industry that has gripped in pragmatic ways, mannered and material of reconstruction, we must rebound. In the CTBA competition, Rate undergo an increase of 50% to 100% with the avowed aim of promoting prospective, focused towards new techniques. Around Gascoin, candidates show boundless creativity. However, tipping is perceived in this shift: the power of seduction lies not in the idea of ​​a luxury for all, still carrying a classic principle but in a radically modern force of renewal. The creators are faced with the obligation to invent: the furniture definitely enters a mode logic, where innovation weighs more than the personality or quality. Other failover, the ministry will continue to promote their own candidates while the second contest will remain in relative anonymity. All this clearly marks the transition between the "style reconstruction" (classic, helped by the government) and "style 1950" (modernist, liberal). Below, illustrationfrome Meubles et décors in April 1955 with ARP, Roger Landault Robert Debiève René-Jean Caillette Louis Paolozzi, Jacques Hitier Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

samedi 23 janvier 2016

Candilis II... le retour // vente Leclere

Présentation du mobilier Georges Candilis de la galerie Clément Cividino

Après un article rédigé il y a presque deux ans (Candilis // Artcurial vente du 19 mai), il faut revenir sur ce sujet qui fait boule de neige depuis la préemption du Centre Pompidou. Un article de L'Indépendant a depuis donné les circonstances de cette redécouverte : " Pour en arriver là, il a fallu le lent et minutieux travail de Clément Cividino, l'artisan de la renaissance de l'Hexacube de Candilis qui a conçu l'exposition présentée à Leucate pour le centenaire de l'architecte en juillet 2013. "En 2004, tout ce qui était encore sur place aux Carrats a été jeté dans deux bennes avant que la saison ne commence. Ce mobilier en bois ne correspondait plus aux exigences des normes de sécurité", raconte Clément Cividino qui a retrouvé, quelques années plus tard, lors de ses recherches sur Candilis, les rares chaises et tables abandonnées sur place dans des placards. Personne ne s'intéressait alors à Candilis… Mais la passion et la détermination ont fini par porter leurs fruits pour ce collectionneur atypique. " Il faut toujours en passer par cette phase de rejet, de détestation, de re-normalisation, parfois de destruction, pour ensuite re-découvrir. Chacun comprend désormais l'intérêt de l'hyper-simplicité du brutalisme rationnel de Georges Candilis et d'Anja Blomstedt. Qui peut, aujourd'hui, ne pas avoir de sympathie pour ce moment où l'on voulait réduire, démultiplier, alléger l'habitat, et finalement s'en désaliéner afin d'être toujours plus libre et plus humain. Un sommet atteint plus tard, visible en détail à travers deux beaux articles consacrés aux Hexacubes, dans As-tu-déja-oublié  et dans archipostalecarte. Après la redécouverte, chacun attend désormais la renaissance. Mais ces beaux meubles scolaires qui nous replongent dans les Goldens Sixties, ne doivent pas faire oublier que les Seventies qui vont suivre étaient plutôt une utopie pour adultes. Peut-être la fin de la projection du rêve encore normatif issu de la reconstruction ? Mais voilà presque 50 ans que nous rétro-pédalons. Le monde s'enferme, s'encombre, s'alourdît pour se protéger d'un je-ne-sais-quoi qui a fini par devenir quelque-chose, suivant le principe de la prophétie autoréalisatrice. Maintenant, ça suffit. Souhaitons que cet intérêt soit le signe précurseur d'un intelligent retournement. Ci-après le mobilier de la vente Leclere du 9 février 2016...

After an article published two years ago, we must return to this subject that snowballed since the acquisition by the Centre Pompidou. An article in L'Independent gives the circumstances of this discovery: "To get there, it took the slow and painstaking work of Clement Cividino, the architect of the renaissance of Hexacube who Candilis designed, an exhibition in Leucate for the architect's centenary in July 2013. "In 2004, everything was still there to Carrats was thrown into two buckets before the season begins. The wooden furniture no longer met the requirements of safety standards, "said Clement Cividino who found a few years later, during his research on Candilis, the few chairs and tables abandoned in place in cupboards. Nobody s' so interested in Candilis ... But the passion and determination finally pay off for this atypical collector." Always go through that rejection phase of detestation, re-normalization, sometimes destructive and then re-discover. Everyone now understands the value of brutalism and hyper-rational simplicity of Georges Candilis and Anja Blomstedt. Who can today have no sympathy for that moment when you wanted to reduce leverage, reduce habitat, and eventually alienate in order to be ever more free, more human. A peak later visible in detail through two fine articles on the Hexacubes in  As-tu-déja-oublié and archipostalecarte. After the rediscovery, everyone expects rebirth. But these beautiful school furniture that take us back in the Sixties Goldens, must not forget that the Seventies that followed were rather a utopia for adults. Perhaps the end of the projection of the dream still normative resulting from the reconstruction? But now, almost 50 years that we back-pedaling. The world is locked up, is a hitch, gets heavier to protect anything that eventually become something much, according to the principle of self-fulfilling prophecy. Now is enough. Let us hope that this interest is the early sign of a smart turnaround. Below Leclere sale, February 9, 2016 ...