samedi 31 octobre 2015

Noisy-le-Sec // webdocumentaire

cité expérimentale du Merlan, à Noisy-le-Sec, illustration du webdocumentaire

Merci à Caroline Bougourd de m'avoir informé sur la diffusion en ligne d'Une balade au Merlan réalisé avec Robin de Mourat et Loup Cellard. Félicitation pour ce travail et souhaitons que ce patrimoine exceptionnel à échelle mondiale (et non nationale comme le dit, erreur ou lapsus, l'ABF) parvienne à survivre. S'il ne résiste pas à notre lamentable politique patrimoniale concernant cette période, l'endroit sera au moins intelligemment documenté. Notons que les réalisateurs ne ciblent pas la " vérité historique " du lieu, qu'incarne cependant avec excellence Hélène Caroux lors de ses interventions (Noisy-le-Sec // Cité expérimentale), mais laissent filer les témoignages jusqu'à ce que la cité et ses résidents glissent hors des rails. C'est alors que l'on retrouve les préjugés nés du trauma collectif, un " système de défense " bien rodé pour esquiver le point d'origine de la peur qui nous aveugle. Le premier consiste à croire que les bombardiers ont mal visé. Comme partout ailleurs, quelle bande de maladroits ! Faux, on ratisse large à l'époque, rien de chirurgical. C'est l'amputation systématique. Il nous faut assumer la logique du moment, chez les Alliés et chez les Nazis, non en militant anti-complotiste mais en analyste voyant la destruction dans sa dimension industrielle, celle qui se poursuit lors de la reconstruction dans l'urbanisme et la préfabrication. L'horreur, mais c'est ainsi. Nous retrouvons aussi l'idée d'une architecture reconstruite de style étranger, "à l'américaine". Vrai, puisque Noisy se veut une cité ouverte à toutes les expériences du monde mais, là encore, l'histoire globale démontre que le modèle du pavillon individuel naît au même instant aux US. Il faut évidemment relire Lewis Mumford qui s'en désole : ces pauvres femmes condamnées à attendre leurs maris... Et ces pauvres homme obligés de passer leur temps libre à tondre une pelouse et une haie... Ce qui se déroule à Noisy se passe aussi à NY, c'est la naissance d'un " style international populaire " dicté par l'industrie, elle-même manœuvrée par un État-providence ayant encore la puissance juridique de la dictature. C'est ce qu'il faut détricoter sous le bonheur de vivre placé en arrière d'une haie ayant entre 90 et 110 cm de haut, des portails blancs normalisés, des chemins en dalles de béton préfabriquées, des jardins d'agrément avec arbres fruitiers. On sent poindre l'effroi dans le paradis de l'ultime cité-jardin française... Bravo pour ce travail !