vendredi 18 décembre 2015

Georges Tigien // le scoubidou hors Sognot

Publicité montrant le "laçage" dans une création de Georges Tigien, Maison française, janvier 1960, p.193
Publicité La Maison Européenne, Georges Tigien, Maison française avril 1963 (n°156), p.27 

Un grand merci à Havoise Mignotte qui a découvert une splendide série de meubles, jusqu'ici faussement attribués à Louis Sognot. Connaissant bien l'histoire de l'architecture et de l'ameublement, actuellement en formation à l'école Boulle, elle a rapidement compris l'erreur d'identification. Si le fil dit " scoubidou " est utilisé sur des ossatures bois par René Gabriel pour le service des constructions provisoires, en 1942-43, et par Louis Sognot pour le mobilier primé par le CTB dix ans plus tard (concours 1955 // Centre technique du bois), ils n'ont pas l'exclusivité de cette alliance. Dans l'ensemble d'Havoise Mignotte, le fil plastique est présent sur quatre tabourets, un porte-bagages d'hôtel et une corbeille à papier. L'association en elle-même signale une production destinée à l'hôtellerie, premier indice permettant de cerner le milieu du 20ème siècle, lorsque ce secteur joue un rôle privilégié dans la production moderne en série. Toutefois, d'autres indices montrent que l'on se place bien après la reconstruction : les sections coniques ou rondes des pieds, l'épaisseur importante des lacets blancs, l'architecture décomplexée des profils, l'effet baroque du lourd sur léger, ainsi que le choix du teck qui situent vers l'extrême fin des années 1950, quand les scandinaves imposent leurs marques. Il ne reste qu'à fouiller les vieux numéros de Maison française... C'est alors que l'on redécouvre, à partir de janvier 1960, le nom de Georges Tigien dans la publicité associé à une diffusion par la "Maison européenne". Dans la même période, en avril 1960, un article de Meubles et décors précise que le modèle " chauffeuse-dormeuse " se transforme sans l'aide d'aucun mécanisme " en " relaxe-télévision ", en lit ou en canapé ; les coussins sont en mousse de latex moulé ; le laçage en " fil Prenas, indéformable, incassable et inaltérable ". Créateur aujourd'hui inconnu, Georges Tigien a une marque graphique très reconnaissable grâce à ces épais joncs plastiques blancs formant des boucles bien visibles sur les rainures latérales. Nul doute que son nom va désormais circuler chez les amateurs de vintage. Les formes simples, très épurées, les pieds ronds emboutis et collés, montrent un intelligent sens de l'économie, développé grâce à ce robuste matériau plastique. Plus caractéristique encore, le choix de recouvrir d'une laque satinée noire les montants en bois afin qu'ils laissent se détacher les fils blancs, amplifiant à l'extrême la distinction entre pleins et vides - contraste qui n'est pas sans anticiper la mode des décennies suivantes... Mais non, là, c'est plus ancien. Sous le noir, ce n'est pas du toc, c'est bien du teck ! La Maison française en fait la description dans son numéro 156 d'avril 1962 : "De gros fils de nylon blanc forment le sommier et décorent l'avant de cette banquette-lit en contrastant avec le teck ou le bois laqué noir (elle existe dans ces deux versions). Le matelas mousse de latex replié le jour est revêtu extérieurement de skaï rouge (ou noir) et intérieurement de tissu de laine moutonné blanc. Les coussins-pupitres forment oreiller." Pour voir le résultat, ci-après, un ensemble vendu par Leclere à Marseille et quelques photographies prises par Havoise Mignotte...

Un courriel d'Etienne Prénas précise le contexte (ajout 12 février 2016) : "Nous avons pris connaissance de votre mail et avons lu avec plaisir le blog. Cela a réveillé beaucoup de souvenirs à mon oncle et mon père Mrs Jean Claude et Dominique Prénas qui ont côtoyé en 60 Georges Tigien avec mon grand-père Pierre Prénas au moment de la mise au point du laçage de la gamme chauffeuse, lit, chaise et tabouret. J’ai dépoussiéré le dossier consacré à Georges Tigien (La Maison Européenne) et ai retrouvé un brevet Anglais de laçage de chaise datant de 1937 qui a inspiré Georges Tigien , lui-même a déposé un brevet sur le pliage de la chauffeuse avec le design qui lui est propre. Sur ces produits le revendeur de la partie ossature bois est Marcel Pradera à Pont-de-Poitte (Pradera Meubles (SA)). Ensuite les Ets Prénas ont développé leur gamme de lit , table et banc « Serein » voir la page histoire sur notre site pour les collectivités avec laçage sur cadre acier." Grâce à ce mot sympathique, nous devinons une aventure humaine où se rencontrent un créateur moderne et deux industriels ouverts et inventifs. Nous pouvons retrouver les brevets et ainsi dater précisément la technique laçage entre septembre 1958 et avril 1959, la diffusion débutant en janvier 1960.

A big thank you to Havoise Mignotte who discovered a series of splendid furniture, hitherto falsely attributed to Louis Sognot. Familiar with history of architecture and furniture, currently training at the Ecole Boulle, she quickly understood the misidentification. If the wire says "scoubidou" is used on wooden frames by René Gabriel (for the temporary buildings board, in 1942-43) and Louis Sognot (in 1955), they dont exclusive of this alliance. Overall Havoise Mignotte, plastic wire is present on four stools, a hotel rack and a wastebasket. The association itself indicates a destination to the hotel, the first clue to certify the mid-20th century, when this area acts as a preferred customer for a modern mass production. However, other evidence that we place well after reconstruction: conic sections or round feet, the large thickness white laces, the uninhibited architectural profiles, heavy effect on lightness and the choice of teak date later 1950s, when the Scandinavian impose their brands. It remains only to search the old numbers of Maison française ... It is then that we rediscover, starting from January 1960, the name of Georges Tigien in advertising. He finds himself in April 1960 in an article of Meubles et décors which states that its "fireside-sleeper" turns without using any mechanism "to" relax-TV "in bed or sofa, the cushions are molded foam latex. The lacing "Prenas wire, dimensionally stable, unbreakable and unalterable" Unknown Creator today, Georges Tigien however, a graphic mark very recognizable through these thick white plastic rods forming loops on the lateral grooves. No doubt that his name will now move quickly in vintage lovers. Simple shapes, very clean, round feet stamped and glued, show an intelligent sense of economy, developed through this rugged plastic material. More characteristic again, choice of cover with a black satin lacquer wood studs so they leave detach the white son, amplifying to the extreme the distinction between full and empty - contrast that is not without anticipating the subsequent decades of fashion, especially in the early 1980's ... But no, it's older. Under the black, it's not fake, it's teak! To see, below, a set sold by Leclere in Marseilles and some photographs taken by Havoise Mignotte ...

mercredi 2 décembre 2015

Architecture de la guerre // du Havre à Paris

Préfabriquée d'urgence du MRU, à Pantin

Tout comme Eric (qui vient de faire cette découverte), Le Havre monte à Paris. Et voilà notre bout de province représenté par cette mini-maison préfabriquée du MRU, coincée entre deux pavillons de banlieue, à proximité des immeubles " à la Perret " de Denis Honegger. Une authentique 534.10 (exposition 2014 // habitat provisoire) est plantée là, toute petite, epsilon dans Oblivion, résidu d'une micro-histoire dont tout le monde se fout, autrefois collée au rêve d'une Sam'Suffit Front Pop', échouée sur les rivages noirs des camps de prisonniers, avant d'abriter les sinistrés de Province et les mal-logés de Paris. Quelle étrange petite baraque, n'est-ce pas ? Rêve prolétaire soigné, tellement déplacé, ici et maintenant, écrasé comme un fragment d'histoire que l'on voudrait ignorer. Eh bien, c'est fini ! Peut-être, demain, la maison sera-t-elle classée Monument historique ? Quoiqu'il en soit, il va falloir assumer cette période car la redécouverte d'Eric s'avère être un signe prémonitoire. En effet, Jean-Louis Cohen, titulaire de la chaire " architecture et forme urbaine " au Collège de France (conférence inaugurale du 21 mai 2014), prépare pour l'an prochain un cours sur l'architecture sous Vichy : cette période reniée dans le trauma de l'amnésie gaullienne va enfin être reconsidérée. Il faut que chacun assume son parcours, car l'historien annonce de belles découvertes dans l'émission de Christine Goémé (France culture - l'éloge du savoir), signalant l'absorption des logiques, des personnalités, des projets des années 1930 à l'intérieur de Vichy, avant d'être assimilé par le MRU... Va-t-il détailler les effets de la guerre sur l'architecture en France ? Peut-t-il dire que la chose est pensée avant-guerre, redessinée sous Vichy, et, en dernière étape, réalisée après la Libération ? Probablement... Va-t-il adopter le temps fluide de la micro-histoire des Petits-boutiens, souplesse qui s'oppose à la grande histoire (des guerres et des princes) par les Gros-boutiens ? Possible... Souhaitons que la querelle des Anciens et des Modernes, dans sa version Liliputienne, cesse enfin. Il faut que l'on voit les architectes-bienfaiteurs du 20ème siècle comme une étape entre les industriels-bienfaiteurs du 19ème et les designers-bienfaiteurs du 21ème : tous de puissants créateurs d'utopies, à la fois géniaux, fous, séduisants, dangereux, égoïstes, etc. Bref, complexes comme des humains ayant les leviers du pouvoir. Ceci étant dit, on pourrait commencer à identifier l'intérêt de chacun dans une part de générosité, celle qui tend a disparaître sous le règne totalitaire du rationalisme financier.

Like Eric (his discovery), Le Havre is in Paris. Our province represented by that prefab mini home, wedged between two pavilions suburb, near the buildings of Denis Honegger. 534.10 authentic is planted there, tiny, epsilon in Oblivion, residue of a micro-history that everyone cares, once stuck to the dream of a Front Populaire Sam'Suffit stranded on the shores black prison camps before disaster shelter Province and poorly housed in Paris. What a strange little hut, isn't it? Neat proletarian dream, so moved, here and now, crushed as a fragment of history that we would ignore. Well, that's it! Maybe tomorrow, the house she will be classified as a historical monument? Anyway, we have to take this period as the rediscovery turns out to be a premonitory sign. Indeed, Jean-Louis Cohen, holder of the chair "architecture and urban form" at the Collège de France (inaugural conference of May 21, 2014), is preparing for next year a course on architecture under Vichy denied in this period the trauma of a Gaullist amnesia will finally be reconsidered. Everyone must assume his career as a historian announced discoveries in Christine Goémé report (France Culture Radio), signaling the absorption of logic, personalities, of the 1930 projects within Vichy, before being assimilated by the ministry of reconstruction... Will it detail the effects of war on architecture in France? Can he say that the thing is thought prewar redesigned under Vichy, and in the final stage, performed after liberation? Probably ... Will he take the time to fluid micro-history of the Little-endian, flexibility, that opposes to the straight great history (wars, princes) by Big-endian? Possible ... hope that the quarrel between the Ancients and the Moderns, in its Liliput architectural version. It is necessary that we see the benefactors-architects of the 20th century as a step between industrial-benefactor of the 19th and designers-benefactor of the 20th : all powerful creators of utopias, both awesome, crazy, seductive, dangerous , selfish, etc. In short, as complex as human in possesion of power. That said, one could start identifying the interest of each in term of generosity, one that tends to disappear since the new totalitarism of a financial rationalism..

jeudi 26 novembre 2015

Micro-musée // journée de conférences

Extrait de "pièces de vie" (Compagnie du Pianb à pouçes, ph. Thomas Malgras VdH, 2010)

Demain s'ouvre une journée de conférences intitulée Micro-musée : interpréter un espace du quotidien. L'accès est libre pour assister à différents exposés qui ont pour objectif de présenter plusieurs célèbres musées où l'architecture domestique est placée dans une démarche patrimoniale dynamique, allant de la reconstitution à l'identique jusqu'à la confrontation au présent, en passant par l'analyse sociale ou la création artistique. Les lieux représentés vont faire rêver tous les amateurs d'architectures modernes et d'autres rêves utopiques : le Familistère de Guise, le Musée d'histoire urbaine et sociale de Suresnes (avec son futur appartement témoin), le Prefab Museum de Londres et les préfabriquées du relogement d'urgence de l'association Mémoire de Soye, près de Lorient, l'association La Première Rue dans la cité radieuse de Le Corbusier à Briey, l'Unité d'habitation de Firminy-Vert et la Fédération des habitants des Unités d'habitation de Le Corbusier, l'exploration ira même jusqu'aux années 1980 avec Nemausus de Jean Nouvel. Il ne manquait que le Musée urbain Tony Garnier à Lyon, l'AMLOP et le tour était presque complet... Ce sera pour une prochaine occasion. Pour l'instant, il s'agit de poser les premières bases : en bref, comment mettre le logement urbain en musée, sans briser tous nos bons vieux rêves ? C'est la question à laquelle doivent répondre les intervenants. Ils présenteront, tour à tour, des sites culturels mettant en scène un ou plusieurs logements significatifs de l'histoire des utopies urbaines, de l'architecture et du design. Les communications concerneront la création d'outils interprétatifs permettant de s'adresser à un public élargi, l'objectif général consistant à poser les bases d'une problématique muséographique commune : trouver des techniques de préservation et de valorisation adaptées aux petits espaces du quotidien qui définissent le "micro-musée". La journée est organisée par le service Unesco-Ville d’art et d’histoire. C'est au Havre, au Musée Malraux (MuMa). Résumés ci-dessous...

Tomorrow opens a conference day entitled Micro-Museum: interpreting an everyday space. Access is free to attend these conferences which aim to present several examples of famous museums where domestic architecture is placed in a dynamic patrimonial approach, from identical reconstruction up to confrontation with present, through social analysis or artistic creation. Places represented the will to dream all lovers of modern architecture and other utopian dreams: Familistère de Guise, garden city of Suresnes (with its show flat), The Prefab Museum in London and a same experience in Lorient, the Cité radieuse of Briey (and a model apartment furnished by Pierre Guariche), the Le Corbusier Federation of the inhabitants of housing units, and an exploration until the 1980s with Jean Nouvel's Nemausus. Only missing Tony Garnier and his modern city ... It will be a next time. Now, these are the foundations: in short, how to put the urban housing inside a museum without breaking all our good old dreams? This is the question that must meet various stakeholders. They will present alternately cultural sites featuring one or more significant housing of urban utopias, modern architecture and design. Communications will concern the creation of interpretative tools to address a wider audience, the general objective of laying the foundations of a common museum problem: finding preservation and valuation techniques suitable for small everyday spaces define "micro-museum". The day is organized by the Unesco department of Le Havre. The event happens in the Malraux Museum (MuMa). Abstracts below ...

vendredi 13 novembre 2015

Poème utile // Liberté

Jean Picart le Doux, Hommage à Paul Éluard, 1952, Musée d'art et d'histoire de St-Denis

Que dire aujourd'hui de l'art utile ? Faut-il répéter les propos d'un enseignant sur Philagora : "Soyez ferme sur ce point ! L'objet d'art est inutile par rapport au besoin et à la morale : l'œuvre belle n'a de fin qu'elle-même. Au contraire, pour l'objet technique, l'utilité en détermine les caractéristiques essentielles". Voilà un philosophe qui n'interroge pas les catégories ! Oublions ces "idiots utiles" qui répètent sans réfléchir. Considérons le poème propagandiste de Paul Éluard, Liberté. Il relate l'instant où l'art se retourne en même temps que l'histoire : de la poésie à la peinture, de l'ameublement à l'architecture, du cinéma à la photographie. Produit de la violence de la Première Guerre mondiale, la folie surréaliste oublie sa lutte contre la civilisation et revient vers le réalisme afin de s'opposer à l'aberration nazie. Réalité et abstraction s'unissent et pénètrent la reconstruction, parfois la résistance. Le plus célèbre exemple de ce changement réside, à mon sens, dans ce poème. Publié une première fois en avril 1942, le texte a été réédité à Londres et parachuté par la Royal Air Force alors que débutent les bombardements stratégiques... Pour se souvenir, il faut écouter l'interprétation a cappella de Francis Poulenc, regarder la tapisserie de Jean Lurçat ou celle, plus tardive, de Jean Picart le Doux. Tapisserie et poésie renaissent aux côtés de Liberté. Les plus radicaux accusent cet " art utile " et revendiquent la supériorité de " l'art pour l'art ", des André Breton aux Benjamin Péret, pour qui la chose ne dépassent pas " la publicité pharmaceutique " ; mêmes accusations contre la Nouvelle Ecole de Paris qui revendique sa part de réalité ; attaques identiques face au mobilier de Gabriel qui cherche une modernité populaire ; idem envers l'architecture d'Auguste Perret qui se dirige vers la banalité. La beauté va d'ici peu s’industrialiser, se démocratiser, afin de lutter contre une haine déjà produite en masse. Ça agace quelques vieux snobs et autres frustrés qui désirent voler l'amour à la jeunesse. Mais le poème Liberté, il ne se lit qu'à voix haute, il s'écoute, il se partage. Il n'est pas seulement pour soi, il est pour tous. Il entrera dans les écoles. La séparation de l'utile et de l'art n'a aucun sens. L'accusation par Breton et sa troupe peut se lire comme l'aveu d'une lâcheté, justifiant l'exil plutôt que le combat. Des millions de morts, des millions de sans-abri. Puis des millions de survivants, des millions de gens à reloger. Alors il n'y a plus de question à se poser : soit on affronte et l'on travaille pour tous, soit on s'éloigne, on s'enferme dans l'entre-soi et l'on se rend coupable.

A historic news was invited by erasing the rest. Loans to heroism, our politicians have changed green to khaki. The worst is to come. Under these conditions, what about the useful art? Should we repeat the words of the philosopher-teacher website named Philagora: "Be firm on this point The art object is useless against the need and morality: the beautiful work did end herself. In contrast, for the technical object, the utility determines its essential character ". That's a philosopher who does not question the categories because it still shudder to think Peguy, Mounier and other cultural leftists fell to the dark side ... Forget those "useful idiots" (said has the first of them) who foolishly repeat the hackneyed about Zola. Consider the poem by Paul Eluard, Liberty. It dates exactly the moment where art turns at the same times as history: from furniture to architecture, painting to poetry, film to photography. That's when the madness born surrealist absurd violence of the WW1, realism merges with fighting against nihilism of fascists and Nazis. Abstraction and realism combine to penetrate the resistance and the reconstruction. In my opinion, the best example of this change is this poem published in April 1942, the text is reprinted in London and dropped by the Royal Air Force when strategic bombing begin ... To remember, we must look the tapestry of Lurçat or, later, that of Jean Picart le Doux. Tapestry and poetry reborn to Freedom sides. That's when some people are beginning to acknowledge this "useful art" and extol the superiority of "art for art's", André Breton to Benjamin Peret, for whom this thing do not exceed "pharmaceutical advertising" ; same charges against the New School of Paris which claims its share of realism; always identical attacks tale Gabriel furniture that seeks a popular modernity; ditto to the architecture of Auguste Perret that goes to banality. Everything is about to industrialize and become democratic, which annoys snobs looking for modernity entirely at their service. But Liberty, it will only reads aloud, you can listen, it looks, it is divided. It is not for itself, but for all. Separating useful and art makes no sense, the accusation by Breton and his band reads like a delusion, hiding evil an admission of cowardice. Millions of dead, millions homeless. Then millions of survivors of millions of people to relocate. So there is no question to ask yourself: is looking at all and it works for everyone, either working for oneself and one is guilty.

mardi 10 novembre 2015

Atelier BUD // Beau - utile - durable

cf. http://www.atelierbud.com/  11, rue Hutant, 27150 Martagny, contact@atelierbud.com 02.32.15.89.15

Citons Camus : " La révolte naît du spectacle de la déraison, devant une condition injuste et incompréhensible. Mais son élan aveugle revendique l'ordre au milieu du chaos et l'unité au cœur même de ce qui fuit et disparaît [...] Il faut donc bien que la révolte tire ses raisons d'elle même, puisqu'elle ne peut les tirer de rien d'autre. Il faut qu'elle consente à s’examiner pour apprendre à se conduire. " Voilà quinze ans que nous étudions la Reconstruction car nous cherchons justement à retrouver une direction, pour fixer un nouveau cap, sortir de la révolte, passer à autre chose. Une fois la folie consumériste oubliée, Nous avons l'espoir de voir renaître la matière dans des objets simples produits en un lieu où chacun se plairait à travailler en faisant du beau, de l'utile, du durable. Alors quel bonheur de voir la trilogie vitruvienne revendiquée par l'Atelier B.U.D. créé l'an dernier. Il fabrique des meubles tout en chêne, " 100% made in Normandie ", devant voyager en péniche entre Le Havre et Paris... Voici un bel exemple pour aborder notre future réindustrialisation, quand nous redécouvrirons la valeur du travail en tant qu'accomplissement chez-soi et non comme système d'exploitation à-distance. B.U.D., c'est un bourgeons parmi ceux qui annoncent le printemps à venir. C'est écologique, économique, robuste, sans énergie grise camouflée, sans transport inutile, sans main d'oeuvre frustrée. Parole à Jean-François Marcheguet : " Au départ, une envie partagée par un groupe d’amis de proposer une initiative pérenne, alternative aux schémas d’exportation du bois français qui prévalent aujourd’hui : par containers, plus de la moitié des chênes et hêtres français exportés, part pour être transformés à l’autre bout du globe et nous être finalement revendue. À l’échelle locale, nous portons une alternative économique engagée, créative, porteuse de sens et de plaisir. Notre projet consiste, entre le Havre et Paris, à articuler les ressources locales et les talents de concepteurs et de menuisiers pour produire des meubles épurés et robustes, livrés par voie fluviale. Raison durable crée du lien entre exploitants forestiers, artisans, designers dans un processus de production et de distribution cohérent. L’atelier de Raison Durable est en capacité de transformer 20 tonnes de chêne massif, en tables, bancs et lits B.U.D, notre première production. Partagez notre démarche, faites nous connaître, parrainez nos produits. " (Spanky few) Avec plaisir ! Voici, ci-dessous, la première collection B.U.D. portant le nom du village "Martagny". Du chêne brut " le moins transformé possible et sans rien d'inutile ", on découvre des meubles lourds et secs, moyennement coûteux, un peu punitifs, évoquant les modèles radicaux pour sinistrés de René Gabriel, ceux de Fabien Vienne (Fabien Vienne // reconstruction éco-radicale) ou les meubles brutalistes de Georges Candilis (cf. Candilis // vente Artcurial).

Fifteen years ago we study the reconstruction because we know this period contains a track economic and social re-borrow, if we want to create a sustainable and durable model compatible with contemporary morals. We hope, past the consumerist madness, restart to see the matter in simple objects produced in a place where everyone is pleased to work making beautiful, useful and sustainable. Firmitas, utilitas and venustas: what a joy to see the Vitruvian trilogy claimed by Atelier BUD created last year. He makes furniture, while oak, 100% made in Normandy, before traveling by boat from Le Havre to Paris ... Here is a good example to address our future reindustrialisation, when we rediscover the value of work as accomplishment and not operating system. BUD is a bud from all those who announce the great spring to come. It's ecological, economical, robust, without energy, without undervalued transportation , without frustrated hand work. Let the floor to Jean-François Marcheget: "At the start of this project, a desire shared by a group of friends to provide a sustainable initiative, an alternative to export diagrams of French wood that prevail today: Containers, more than half of French oak and beech exported, apart to be processed at the other end of the globe and we finally be resold. Locally, we take a committed economic alternative, creative, carrier of meaning and pleasure. Our project consists, between Le Havre and Paris, to articulate local resources and talents of designers and carpenters to produce sleek and sturdy furniture, delivered by river. Sustainable Reason creates the link between loggers, craftsmen and designers in a production process and consistent distribution. The Sustainable Reason workshop is capacity to transform, by the end of September 2014, 20 tons of solid oak, tables, benches and beds BUD, our first production. Share our approach, let us know, sponsor our products." A pleasure! Here, below, the first BUD collection bearing name of the village Martagny," Crude oak as little as possible and transformed without anything unnecessary ", we discover heavy and dry furniture, moderately expensive, evoking some radical models for war victims of René Gabriel or Jacques Dumond, or Vienne, Saguy and Terzian, or - even closer - the brutalist furniture of Georges Candilis (see Candilis // Artcurial sale).

samedi 31 octobre 2015

Noisy-le-Sec // webdocumentaire

cité expérimentale du Merlan, à Noisy-le-Sec, illustration du webdocumentaire

Merci à Caroline Bougourd de m'avoir informé sur la diffusion en ligne d'Une balade au Merlan réalisé avec Robin de Mourat et Loup Cellard. Félicitation pour ce travail et souhaitons que ce patrimoine exceptionnel à échelle mondiale (et non nationale comme le dit, erreur ou lapsus, l'ABF) parvienne à survivre. S'il ne résiste pas à notre lamentable politique patrimoniale concernant cette période, l'endroit sera au moins intelligemment documenté. Notons que les réalisateurs ne ciblent pas la " vérité historique " du lieu, qu'incarne cependant avec excellence Hélène Caroux lors de ses interventions (Noisy-le-Sec // Cité expérimentale), mais laissent filer les témoignages jusqu'à ce que la cité et ses résidents glissent hors des rails. C'est alors que l'on retrouve les préjugés nés du trauma collectif, un " système de défense " bien rodé pour esquiver le point d'origine de la peur qui nous aveugle. Le premier consiste à croire que les bombardiers ont mal visé. Comme partout ailleurs, quelle bande de maladroits ! Faux, on ratisse large à l'époque, rien de chirurgical. C'est l'amputation systématique. Il nous faut assumer la logique du moment, chez les Alliés et chez les Nazis, non en militant anti-complotiste mais en analyste voyant la destruction dans sa dimension industrielle, celle qui se poursuit lors de la reconstruction dans l'urbanisme et la préfabrication. L'horreur, mais c'est ainsi. Nous retrouvons aussi l'idée d'une architecture reconstruite de style étranger, "à l'américaine". Vrai, puisque Noisy se veut une cité ouverte à toutes les expériences du monde mais, là encore, l'histoire globale démontre que le modèle du pavillon individuel naît au même instant aux US. Il faut évidemment relire Lewis Mumford qui s'en désole : ces pauvres femmes condamnées à attendre leurs maris... Et ces pauvres homme obligés de passer leur temps libre à tondre une pelouse et une haie... Ce qui se déroule à Noisy se passe aussi à NY, c'est la naissance d'un " style international populaire " dicté par l'industrie, elle-même manœuvrée par un État-providence ayant encore la puissance juridique de la dictature. C'est ce qu'il faut détricoter sous le bonheur de vivre placé en arrière d'une haie ayant entre 90 et 110 cm de haut, des portails blancs normalisés, des chemins en dalles de béton préfabriquées, des jardins d'agrément avec arbres fruitiers. On sent poindre l'effroi dans le paradis de l'ultime cité-jardin française... Bravo pour ce travail !

samedi 24 octobre 2015

Gustave Gautier // Villa de la Californie


Ce samedi 24 octobre a eu lieu une enchères peu ordinaire dans la salle de vente Issaly & Pichon à Cannes : le mobilier de la " Villa de la Californie ". S'agit-il de la célébrissime résidence de Pablo Picasso que sa petite fille vient de mettre en vente ? Très probablement mais peu importe car l'aménagement date de 1961, précisément l'année où Picasso quitte l'endroit. La décoration est confiée à Gustave Gautier. Ce grand décorateur est toujours en accord avec l'esprit de la reconstruction bien que son travail dans le mobilier de série reste limité (Gustave Gautier // portrait d'un décorateur), seules son premier ensemble "Eros" et ses tables gigognes apparaissent habituellement dans les ventes (Gustave Gautier // tables gigognes). Revenons en 1961, alors que l'on vient de franchir le seuil de l'Expo' 58 et que le modernisme est produit en masse par des industriels plus ou moins scrupuleux, lui respecte toujours le principe de la petite série voire du luxe de la pièce unique pour des commandes particulières. En créateur-artiste, il ne flatte pas pour autant le snobisme de sa clientèle en adoptant l'excentricité maniériste attendue, comme la plupart de ses confrères, mais conserve une discrétion et une rigueur structurelle héritées de la reconstruction et que l'on nomme désormais "brutaliste", mais un brutalisme élégant. Dans des espaces encore très dégagés, ses meubles sont d'une qualité artisanale toujours irréprochable et continuent de se renouveler dans le minimalisme robuste que Gustave Gautier avait réinventé juste après la guerre. Il évite aussi le piège contemporain des idéologues de la modernité sociale qui oscillent entre la fragilité paupérisée du " style HLM " et la rugosité plus ou moins punitive du Brutalisme orthodoxe. Ses signatures graphiques sont encore reconnaissables avec les formes cubistes enchâssées, le porte-à-faux et l'équerre inversée en support, les coussins épais, les meubles ancrés au mur qui se déploient à partir d'une table, les coins pour le feu réconfortants ; finitions, matières et couleurs restent dans la ligne de la reconstruction, avec l'ajout du métal brossé qui va s’intégrer parfaitement dans les espaces généreux et lumineux de cette villa.

Saturday, October 24 held an unusual auction in Issaly & Pichon auction room in Cannes: the furniture of the "Villa of California". Is this the famous residence of Pablo Picasso, that his little daughter has just put on sale? Most likely but no matter because it was refurbished in 1961, precisely the year when Picasso left the place. The decoration was entrusted to Gustave Gautier. This great designer is always in accord with the spirit of reconstruction although his work in the series of furniture remains limited, only its nesting tables usually appear in sales. So we just crossed the threshold of the Expo '58 when modernism is mass produced by manufacturers, more or less scrupulous, he always respects the principle of small series or luxury single room for special orders. As creator-artist, he does not flatter provided snobbery of its customers by adopting a mannerist eccentricity expected, as most of his colleagues, but retains discretion and rigor inherited structural reconstruction. In still very open spaces, its furniture is always a flawless craftsmanship and continue to renew itself in the rugged minimalism that Gustave Gautier had reinvented just after the war. It also avoids the trap of contemporary ideologues of social modernity oscillating between fragility of the impoverished "Council housing style" and roughness of a more or less punitive Brutalism. Its graphic signature are still recognizable with embedded cubist forms, cantilever and support bracket reversed, thick cushions, furniture anchored to wall that deploy from a table, corners to fire comfort; finishes; materials and colors remain in the line of reconstruction, with the addition of brushed metal that will fit perfectly into generous and luminous spaces.

jeudi 15 octobre 2015

Roger Landault // style Hard-French

Ensemble de Roger Landault, récompensé par le CTB et le prix René Gabriel en 1955, cf. abc-rogerlandault 

Le site abc-rogerlandault.blogspot.fr présente de belles photographies de meubles avec noms et numéros des "modèles" ! Un luxe de précisions tiré des archives de l'entreprise ABC dont nous aimerions, par ailleurs, connaître l'histoire. En attendant, revenons vers Roger Landault, décorateur caractéristique de la jeune génération moderniste. Contrairement aux aînés, il ne vit ni ne meurt pour une idée mais s'adapte à des changements qui vont s’accélérant. Il surgit dans le "style 1940" au sein du Studium Louvre, s'épanouit dans la série avec l'entreprise ABC, et slalome entre les matières. Théorique en 1945 (style reconstruction // commission du meuble de France), son passage au "social" débute concrètement en novembre 1953 lorsqu'il conçoit des meubles pour un HLM situé au Pecq, dont les croquis sont publiés par le Décor d'aujourd'hui. Il cherche ses marques, vole une étagère à Gascoin, une chaise à Robin Day, un fauteuil à Hauville, une table à Gabriel, des accoudoirs aux frères Perreau, une desserte à "Bocado" : emprunts qui formeront les bases de son vocabulaire. En septembre 1954, pour un tarif de vente fixé à 260.000 francs (5.600 €), il obtient le second prix au concours du MRL avec l'ensemble "Junior" édité par ABC (Concours MRL 1954 // style HLM) où figure sa première "marque de fabrique" : une corniche arquée. En 1955, il créé une autre gamme d'éléments standards (intitulée "Dakar" en 1958) avec une autre signature graphique : une corniche débordante avec encoches sur les côtés pour se raccorder aux montants latéraux. Ces "meubles ABC" sont récompensés par le Prix René Gabriel et se trouve dans l'aménagement d'un appartement type de 5 pièces en HLM pour 400.000 francs (8.600 €) dans la "Ceinture verte" (immeuble de Jean Dubuisson). Roger Landault est l'un des premiers à assumer l'épuisement des possibilités formelles offertes par un rationalisme devenu style plus que projet, avec des manières plus que des méthodes. Il réinvente donc la "ligne" en tant qu'ornement et signature, à la manière des bâtisseurs de HLM qui, au même moment, doivent dessiner des bâtiments de construction identique (suivant les règles inventées pendant la reconstruction et appauvries par l'administration). Pour y échapper, les architectes jouent sur les plans masses (en "frise grecque") et ajoutent une petite "manie" qui permet de les identifier. Le Hard French (Bruno Vayssière [biblio 1988]) s'introduit dans le meuble et l'immeuble...

The site abc-rogerlandault.blogspot.fr presents photographs, with names of "series" and numbers of "models"! Numerous details about ABC company archives which we would, in addition, learn about its history. Meanwhile, back to Roger Landault, representative person of the young designer modernist generations. Unlike older's, he does not live and die for an idea but adapts to changes that will accelerate. He arises in the "Style 1940" for the Studium Louvre, flourishes in the serial production for the ABC Company, and slaloms between subjects. Theoretical, his "social" turn began in November 1953 when designing furniture for a council flat situated in Le Pecq, whose drawings are published by Le Décor d'aujourd'hui. He seeks its brands, steals wall-shelf of Gascoin, chair of Robin Day, armchair of Hauville, table of Gabriel, armrests of Perreau brothers, service table of "Bocado" loans that will form the basis of his vocabulary. In September 1954, for a sale price set at 260,000 francs (€ 5,600), he won the second prize in the MRL trial with the whole "Junior" edited by ABC company where his first "trademark": an arched cornice. In 1955, he created another range of standard elements (called "Dakar" in 1958) with another graphic signature: an overflowing ledge side notches to connect to lateral uprights. These "ABC Furniture" is awarded the Prix René Gabriel and ends up in the development of a standard apartment with five rooms in public housing for 400,000 francs (€ 8,600). Roger Landault is one of the first to assume the depletion of formal possibilities offered by a rationalism that project became more style, with more ways of methods. It reinvents a line-ornament as a signature, like public housing builders who at the same time should draw identical building construction (according to the rules invented for Reconstruction and impoverished by administration) then they play on Plans masses (in "Greek frieze") and add a small "mania" that identifies the author. Hard French (Bruno Vayssière) broke into the furniture ...

vendredi 9 octobre 2015

Fabien Vienne // reconstruction "éco-radicale"

Stand de Fabien Vienne, Pierre Sagui, Terzian et Louise Vienne, SAD 1946, in Décor d'aujourd'hui n°36

Inoubliables, les meubles de Fabien Vienne interrogent par leur singularité. La Cité de l'architecture et du patrimoine lui a consacré cette année une exposition et il devient aisé de savoir qui il est, ce qu'il a inventé, dans quel contexte (citéchaillot.fr et fabienvienne.com). Trop jeune pour s'imposer pendant la reconstruction - étant né en 1925 -, il parvient toutefois à figurer dans les revues Art et décoration et Décor d'aujourd'hui dès 1946, après une première présentation au Salon des artistes décorateurs. Son premier ensemble est étrangement " éco-radical " et représentatif des recherches sur le mobilier d'urgence démontable avec table, buffet, fauteuil, banc, tabouret ; ses meubles intéressent la critique de l'époque car leur conception interroge la problématique du meuble économique. "Amusante recherche vers le dépouillement total" affirme le Décor d'aujourd'hui avant de préciser qu'ils ont été exécutés par les sourds-muets d'Asnières. Fusion anticipée de l'Arte Povera et du Pop Art, ce mobilier apparaît extrêmement pauvre et très facile à produire en grande série, formé de simples planches de frêne équarries et de panneaux cloutés, stabilisés par des découpes formant un système de crochetage : une prouesse pleine d'ingéniosité qui restera isolée dans l'histoire, étant à la fois trop extrême et trop subtile pour pouvoir faire école. Cette originalité (liée à une exceptionnelle imagination 3D), Fabien Vienne va la cultiver à partir de sa première expérience professionnelle comme maquettiste chez Jean Bossu, alors que celui-ci réalise la ferme expérimentale " Le Quesnel " au sein du village témoin du Bosquel, un projet de reconstruction remontant à 1941. Ce bâtiment est extraordinaire (voir In situ, revue des patrimoines), avec un parti architectural fondé sur trois principes : les proportions du Modulor, une ossature originale et visible, un remplissage par un matériau écologique (béton de terre). Fabien Vienne va toute sa vie continuer à travailler modularité, structure et remplissage, notamment dans des meubles concrètement produits en série et présentés au Salon d'automne en 1948. Il abandonne par la suite l'ameublement mais continue de créer des "ossatures" singulières au service d'une conception économique qu'il appliquera aussi bien à l'urbanisme qu'aux jouets pour enfants ! A priori,  les meubles de ce génie des assemblages précurseur du "brutalisme" n'ont pas été retrouvés. Ils ont pour seuls équivalents les modèles pour enfants d'Hans Wegner (1944) et les prototypes en peuplier de Jacques Dumond  à destination des sinistrés (1946) mais la construction de ces derniers (par assemblage à mi-bois ou cheville) demande bien moins d'imagination...

You only meet once a Fabien Vienne Furniture to never forget. The Cité de l'Architecture et du Patrimoine has devoted an exhibition to him and it's so easy to know which is Fabien Vienne, which he invented and context. Too young to prevail among the model creators during reconstruction - he was born in 1925 - he nevertheless manages to be in the magazines Art & Décoration and Décor d'aujourd'hui in 1946, after a first participation to the Salon des Artistes decorateurs. This set strangely "eco-radical" is representative research on removable emergency furniture, consists of a table, two benches, a buffet and an armchair; his furniture concern the critics of the time because their singular construction questions the issue of the poor furniture. "Fun research in direction of a total despoliation" says Décor d'aujourd'hui adding that these pieces were performed by deaf-mutes. Poverty is now model, twenty years before Arte Povera. In fact, this furniture appears easy to mass produce and extremely economical, simple formed and hewn planks studded panels stabilized by recesses: a full feat of ingenuity that will remain isolated in the furniture history, being both too radical and too subtle to school. This extreme originality (due to an exceptional 3D imagination), Fabien Vienne grown since his first professional experience as a model maker at Jean Bossu, while it carries out the experimental farm "Le Quesnel" in the type village Le Bosquel a reconstruction project dating back to 1941. This building is amazing with an architectural concept based on three principles: the Modulor proportions, an original and visible framework, an ecological material (concreting clay). Throughout his life, Fabien Vienne will extend this line of research by creating singular "frames" serving an economical design that apply both to urbanism as toys for children! A priori, the first furniture of this assemblies genius have never been found. Their only equivalent children's models Hans Wegner (1944) and Jacques Dumond utility furniture (1946) but their construction (halved or pegged) requires less imagination

samedi 26 septembre 2015

Jean-Baptiste Bouvier // Marcel Gascoin

Jean-Baptiste Bouvier : présentation du mobilier de Marcel Gascoin

Aussi original qu'irréprochable, le stand de notre ami galeriste Jean-Baptiste Bouvier, installé dans l'allée 6 du Marché Paul-Bert (Jean-Baptiste Bouvier // Saint Ouen) est l'endroit privilégié pour qui souhaite se procurer (ou tout simplement voir) du mobilier de la Reconstruction, plus particulièrement celui de Marcel Gascoin mais aussi de René Gabriel, Jacques Hitier, Gustave Gautier, accompagnés de quelques vedettes plus habituelles comme Jean Prouvé, Mathieu Matégot, Pierre Paulin. À lui seul, Jean-Baptiste Bouvier a retrouvé, sauvé et valorisé des centaines de meubles de Marcel Gascoin, parfois rares, comme les grandes tables des villages du SHAPE (dans des bâtiments bien connus des historiens de l'architecture, de Saint-Germain à Fontainebleau) ou quasi-introuvables, comme le discret petit chevet mural "UB". Sa dernière découverte : le panier en rotin adapté aux tables gigognes "TC" et "TD". Bien qu'il puisse paraître accessoire, ce panier est un complément indispensable pour ces petites tables-bureaux dont la surface est calculée afin de disposer tout juste de la place nécessaire pour écrire et qui ne permettent donc pas de s'encombrer : d'où l'utilité de ranger les livres et documents sur le côté, dans un panier. On le découvre une première fois en décembre 1951 dans une chambre modèle publié par la Maison française dans le numéro spécial "Enfance"  puis il apparaît régulièrement dans les aménagements du créateur, y compris - deux ans plus tard - dans celui de l'Appartement témoin de la Porte-Océane au Havre, un modèle de logement supervisé par Marcel Gascoin et l'Atelier d'Auguste Perret. Notons également que le rotin devient au même moment un matériau à la mode, relancé par Louis Sognot (Louis Sognot // créations en rotin) dans le Salon des arts ménagers en 1951, au sein d'une section supervisée par Marcel Gascoin, lui-même... Le rotin envahira ensuite bien des meubles et, plus encore, ceux destinés aux chambres d'enfants...

As original than impeccable, the stall of our friend Jean-Baptiste Bouvier (Marché Paul Bert, in the famous flea market of Saint-Ouen) is privileged place for those who wish to obtain (or to see) furniture of French Reconstruction, more particularly productions of Marcel Gascoin but also René Gabriel, Jacques Hitier, Gustave Gautier, along with some stars like Prouvé, Matégot, Paulin. On its own, Jean-Baptiste Bouvier found, rescued and recovered a lot of Marcel Gascoin furniture, sometimes rare, like large tables of SHAPE-villages (buildings of Saint-Germain, Fontainebleau) or substantially innaccessible as discrete wall-bedside "UB". His latest discovery: a rattan basket adapted to nesting tables "TC" or "TD". Although it may seem incidental, this basket is a necessary complement to these small-office tables whose surface is calculated to have just enough space to write, and who therefore do not allow to clutter: where the usefulness of holding books and documents on its side in a basket. The first model appeared in December 1951 in a Type Room published by the magazine Maison française, special issue about "Childhood", and appears regularly after this publication, including - two years later - in the Show flat of the Porte Oceane in Le Havre, a housing model supervised by Gascoin with Auguste Perret team. Note also that rattan becomes, at the same time, a fashionable material, revisited by Louis Sognot during the Salon des arts ménagers 1951, in a section supervised by Gascoin, himself ... Rattan become common and, even more, for children's rooms ...

vendredi 25 septembre 2015

Yvan delemontey // reconstruire la France

Yvan Delemontey, Reconstruire la France. L' aventure du béton assemblé 1940-1955, éditions de la Villette, 2015

Cet ouvrage relate l'aventure de l'architecture au moment où celle-ci passe de l'artisanat à l'industrie, depuis la production en série "à pied d'oeuvre" jusqu'à la préfabrication de masse en usine. Le tout est analysé sous l'angle matériel de la construction et non comme une épopée spirituelle. C'est ainsi que l'auteur aborde sans complexe la manière dont la théorie fonctionnaliste et mécaniste moderne se fait happer par la logique des BTP. L'architecture de Corbu, Lods, Perret est moins présente que l'entreprise Mopin, Thireau-Morel ou Camus, les doctrines modernes se fixant dans des procédés techniques et des règlements administratifs. Suivant cette approche par assimilation, on constate que l'architecture connaît la même histoire que l'ameublement : les dates sont identiques, les mutations aussi, les logiques économiques et politiques coïncident. Résumons-les. Après une phase juridique pendant laquelle les idées modernes sont lissées et diffusées (sous l'Occupation), les chantiers expérimentaux se multiplient et marquent un moment exceptionnel d'émulation entre ingénieurs et architectes (pendant la reconstruction) puis, vers le milieu des années 1950, survient un basculement. Si une certaine variété formelle continue à s'afficher, la diversité technique et la finalité morale s'amenuisent à mesure que l'économie porte de plus en plus sur la main d'oeuvre. La conclusion tombe sur un élan moderne figé dans la rationalisation économique et la tradition esthétique. Cette interprétation historique revient à évoquer le passage du "projet moderne" au "style moderniste", ce qui se lit plus facilement dans l'ameublement (Henri Lancel // Lévitan). Sans doute les créateurs de meubles assument mieux cette transition car ils sont habitués à se faire traiter de "dessinateurs", "modistes", "stylistes" ou "moderniste" alors que la plupart des architectes se revendiquent encore des "arts majeurs", même s'ils sont ‑ depuis lors ‑ à la botte de l'industrie. Il faudrait aujourd'hui oublier le mot "architecte" et parler de "designer de bâtiment", pour s'obliger à faire le deuil d'une certaine modernité ou (ce que je souhaite de tout cœur) à se ressaisir et à reprendre position.

Whereas for years, this book recounts an adventure when architecture passes from craft to industry, production "on site" to mass prefabrication factory. Everything is analyzed in terms of construction and not a silly spiritual epic leading to the current highs. Thus the author unashamedly discusses how the functionalist theory and modern mechanist is caught up by the logic of construction. The architecture of Corbu, Prouvé, Perret is less present than Mopin, Thireau-Morel or Camus enterprises, modern doctrines freezing processes in technical and administrative regulations (still valid). In its receipt, architecture knows the same story as furniture: the dates are the same, mutations also, economic and political logics coincide. Summarize them: After a heavy legal phase where modern ideas are smoothed and assimilated (during Occupation), experimental projects are multiplying and mark an emulation moment between engineers and architects (during reconstruction) and, a failover occurs in the mid-1950s. If some formal variety continues to be displayed, the technical diversity and moral purpose are dwindling as the economy more and more bears on labor (and less and less on transport). The conclusion falls on destruction of modernity through economic rationalization, an interpretation to be broadcast because its advocates are few. However, a few elements seem too told me: passage of the "modern project" in "modernist style" who reads well in furniture. No doubt the designer furniture assume more easily this position because they are accustomed to being called "designers", "milliners", "stylists" or "modernist" while most architects still claiming "major arts" but - since then - they are under industral's thumb.


mardi 22 septembre 2015

Cadeau Boncoin // Guillerme et Chambron


Ce message s'adresse à ceux qui souhaitent se meubler " art utile ", dans la version cossue, d'une lourdeur assumée mais pour un prix raisonnable : découvrez ce bel ensemble " Votre Maison ". Comme la plupart des meubles créés et diffusés par cette marque, il a probablement été édité dans les années 1980 et se vend en ce moment sur le Boncoin, pour moins de 1000 euros... chaise " Thierry ", bahut " Raphaël ", lampadaire " portemanteau ", etc. Demandez les références de l'annonce sur ce mail et prévoyez ensuite un bon camion et un assez long voyage. Pour d'autres renseignements : voir ce nouveau site pourvotremaison.blogspot.fr

vendredi 28 août 2015

1910 Deutsche Werkstätten // Salon d'automne

Richard Riemerschmid, fondateur du Werkbund, au Salon d'automne, Art et décoration 1910

Pour comprendre l'insertion du style Shaker (Shaker // guerre de religions) dans la modernité française, passons d'un siècle à l'autre, de la guerre des religions à celle des nations. En 1910, les ateliers munichois (Deutsche Werkstätten münchen) s'introduisent au Salon d'automne à l'invitation de Frantz Jourdain, touchent immédiatement le fils de l'initiateur, Francis Jourdain (Francis Jourdain // château Gourdon), avant de se répercuter sur Gabriel puis d'impacter Gascoin et tous les designers de meubles. Dans la revue Art et décoration, l'article de Maurice Pillard Verneuil n'est pourtant pas flatteur : " Une telle exposition peut-elle avoir une influence quelconque sur l'art décoratif français ? Je n'hésite pas à dire non, et non de façon absolue. Le Bavarois est certes plus proche de nous que le Prussien ; mais il demeure Germain cependant. Et jamais notre goût latin ne pourra recevoir une direction quelconque du goût germanique. [...] La lourdeur, la brutalité dans les contrastes, la richesse trop ostensible, la crudité des tons ne sauraient répondre à nos goûts, qui réclament la souplesse, la mesure, la grâce et l'harmonie. ". Il analyse les sources : " Je vois la trace d'influences directes et nombreuses : le style Biedermeier, le Second Empire, les styles anglais s'y retrouvent aisément. Et l'impression dominante est celle d'un Louis-Philippe alourdi, enrichi, germanisé. […] Pourquoi le Louis-Philippe ? S'il est une époque mesquine, lourde, sans grâce, c'est bien celle-là ! Époque de petit bourgeoisisme à idées étroites, sans aucun sens esthétique, et d'où l'art semble volontairement exclu. " Derrière l'accusation se trouve toujours l'imaginaire religieux car le bourgeois représente un goût protestant pour le confort matériel dans un classicisme boursouflé, c'est le Jugendstil en chêne et sans ornement de Richard Riemerschmid. Quant au Français, noble et catholique de la Contre-Réforme, il préfère son Art nouveau en acajou, ornementés barocco-maniéristo-rococo. Le conflit classique/baroque révélé par Anthony Blunt se prolonge. Mais il faut lire Deborah Silverman (biblio, 1994) pour comprendre qu'il s'agit d'une lutte de l'intérieur contre l'extérieur, de la féminité contre la virilité. C'est ainsi que l'individualisme libertin français et son raffinement introspectif, jusqu'ici méprisant vis-à-vis du goût bourgeois et de son intérêt paternaliste pour l'ouvrier, va muter : les plus sensés comprennent la vanité et l'égoïsme d'une culture pour-soi séparant l'art et l'utile. Il faut remettre l'art dans l'utile, remodeler le classique, réinventer la convention, ennoblir le bourgeois, sortir la créativité de son enfermement ornemental afin d'en faire un projet architectural. Mais il faudra attendre (Süe et Mare // Compagnie des Arts Français).

To understand the insertion of Shakers in the French modernity, moving from a century, from Wars of religions to wars of nations. In 1910, the Munich Arts and handcrafts workshops (Deutsche Werkstätten münchen) are introduced in Autumn Salon at the invitation of Frantz Jourdain immediately affect his son, Francis Jourdain, before Gabriel then pass on to impact Gascoin and all furniture designers. In the magazine Art et decoration, an article of Maurice Pillard Verneuil is not flattering: "Can Such exposure have any influence on French decorative art I do not hesitate to say no, and definitively not . The Bavarians absolutely is certainly closer to us than the Prussian, but he remains however Germain And never our Latin flavor will not receive any direction from the Germanic taste [...] The heaviness, brutality in contrasts.. , wealth too ostentatious crudeness tones can not meet our tastes, which demand flexibility, measurement, grace and harmony. ". It analyzes the sources: "I see the trace of direct and numerous influences: the Biedermeier style, the Second Empire, the British styles and find it easily the dominant impression is that of a Louis Philippe burdened enriched , germanized. [...] Louis Philippe: Why? If it is a mean time, heavy, graceless, it's this one! Time of bourgeoisism small narrow ideas, without any aesthetic sense, and where art seems deliberately excluded. "Behind the accusation is always religious because the filter says a Protestant bourgeois taste for material comfort in a bloated classicism, the Jugendstil oak unadorned of Richard Riemerschmid. As for the French, noble and Catholic, born in the Counter-Reformation, he prefers his Art Nouveau, rich in barocco-maniéristo-rococo ornaments. The classical / baroque conflict revealed by Sir Anthony Blunt continues. But we must also hear the interpretation of Deborah Silverman (in his excellent book Art Nouveau in France) to understand that this is also a struggle from inside against the outside , femininity against virility. French libertine individualism and introspective refinement, against contemptuous of bourgeois taste and its paternalistic interest for the working class will mutate: the most sensible include vanity and selfishness a culture between art and useful: you have to put art in the useful, reshape the classic, reinvented the convention, ennobling bourgeois and finally out the creativity of its ornamental confinement into a architecture.

mardi 25 août 2015

1820-1890 Shaker // guerres de religions

le livre édité cette année par Assouline

Frédéric, ami et animateur du site Renaissance du design (où il présente sa belle collection de meubles Reconstruction) vient de me signaler une exposition réalisée par François Laffanour (galerie Downtown) associé au spécialiste du marché de l'art Philippe Ségalot dans un stand du TEFAF. Le mobilier Shaker (1820-1890) s'est invité ici. Son lien avec le Mouvement moderne est évident et se retrouve dans le titre du catalogue, Shaker - function, purity, perfection, qui décrit les pièces majeures du Shaker Museum à Mount Lebanon (Pennsylvanie, à proximité des fameux dinosaures du Carnegie Museum). Le lien est connu et incontestable entre cette modernité ancestrale et certains espoirs artistiques ou politiques modernes mais il dépasse le « purisme », la relation « forme-fonction » et la « perfection » de quelques proportions rustico-classiques (qui correspondent aux attentes formelles des modernistes contemporains plutôt qu'aux idéaux fondateurs d'un William Morris). Il faut creuser nos imaginaires religieux pour savoir en quoi « ceci » nous semble suffisamment vrai pour que l'on puisse toujours croire en « cela »... Une analyse weberienne nous guide vers l'origine des modèles que partagent ces radicaux protestants avec leurs cousins états-uniens, britanniques, scandinaves, germaniques ou helvètes dans leurs obsessions de pureté et d'hygiène sur fond de prophétisme, de terre promise, de destinée manifeste. Une belle bande « d'agités » à la fois touchante et inquiétante qui révulsait les catholiques d'Europe du sud, en pleine phase bling-bling ! La bonne question consiste à se demander pourquoi cette modernité typiquement puritaine gagne du terrain à la fin du XIXème et contamine l'Occident et sa périphérie au siècle suivant, y compris des fiefs catholiques comme l'Italie ou la France. Sans doute, la vague migratoire de 1870, la Longue Dépression, la Première Guerre mondiale, le Krach de 1929, la Révolution nationale de Pétain, les bombardements et la reconstruction, sans parler de la crise écologique actuelle, imposent un esprit de repentance et de dépouillement. Prise de convulsions, provoquées par cette réalité fluctuante, la pensée française oscille entre abondance et pauvreté, allant de l'introversion bénédictine à l'errance franciscaine. La seconde tendance se fond bien dans l'idéal type shaker et sa production économique, utilitaire, traditionnelle (d'un purisme naturel et originel) mais il reste une contradiction à pointer, non-réglées par les vieux traités de paix, entre la joyeuse « transgression » hystérique des franciscains et la triste « performance » normative que s'imposaient au quotidien ces singuliers Shakers qui, loin d'être complètement secoués, tremblaient devant dieu (Libération, 20 août 1996).

Frederic, friend and webmaster of Renaissance du design (he presented his collection of furniture) just pointed me an exhibition by Francois Laffanour (gallery Downtown) associated with the art market specialist Philippe Ségalot in a stand of TEFAF. The Shaker furniture (1820-1890) was invited here. Its link with the Modern Movement is obvious and is reflected in the title of the catalog, Shaker - function, purity, perfection, which describes the major pieces of Shaker Museum in Mount Lebanon (Pennsylvania, close to the famous Carnegie Dinosaur Museum). The link is known and undisputed between this ancestral modern and some artistic or modern political hopes but it exceeds the "purism", the relation between form and function" and the "perfection" of a few rustic-classic proportions (which correspond to formal expectations neomodernist contemporaries rather than founding ideals of William Morris). You have to dig our religious imagination to know what "this" seems true enough that one can always believe in "that" ... An weberian analysis guiding us in direction of of these radicals models orignin. Protestants with their state-uniens cousins, British, Scandinavian, German or Helvetian in their purity and hygiene obsessions prophetic background, promised land of manifest destiny. A fine of "restless" Band both touching and disturbing that revolted Catholics in southern Europe in the throes bling-bling! The right question is: why this typical Puritan modernity is gaining ground in the late nineteenth century and contaminates all the West civilisation and periphery in the twentieth, including Catholic strongholds such as Italy or France? Without doubt, the migratory wave of 1870, the Long Depression, World War II, the Crash of 1929, the National Revolution of Petain, bombings and reconstruction, not to mention the current ecological crisis, require a spirit of repentance and recount. Convulsing caused by this changing reality, French thought oscillates between abundance and poverty, ranging from introversion to the Benedictine Franciscan wandering. The second trend blends in well with the ideal type shaker of economic production, utility, traditional (a natural and original purism) but there is a contradiction to point, not settled by the old treaties of peace between the joyful hysterical "transgression" Franciscan and sad normative "performance" than was needed every day these singular Shakers who, far from being completely shaken, trembling before God (Libération, 20 August 1996).

lundi 20 juillet 2015

Palmarès // Salon des arts ménagers 1956

couverture du catalogue officiel du salon des arts ménagers de 1956

Pour qui voudrait ranger par ordre d'importance les designers de meubles français au milieu des années 1950, le catalogue du salon des arts ménagers offre de superbes listes, plus particulièrement en 1956 quand le « style reconstruction » atteint le sommet de son succès. En effet, l'art et la manière des meubles en bois économiques sont digérés par la majorité des grandes fabriques, ce qui oblige les jeunes créateurs à se renouveler dans un design plus graphique, suivant un "style international" rationalisé (désormais états-uniens) que nous dirons "moderniste" en réservant précieusement le mot "moderne" pour des horizons plus larges ! Comme tout sommet, il marque à la fois la fin d'une montée et l'amorce d'une descente. En attendant la chute, on découvre dans l'aile sud du Grand Palais une présentation d'ensembles mobiliers par tous les créateurs qui auront marqué la première moitié de la décennie. Évidemment, les stands ne sont pas rangés au hasard. La crème de la crème est dans l'exposition « Formes utiles » de l'UAM (Union des artistes modernes) qui présente, cette année-là, des tables inventées par huit artistes. Ensuite, Marcel Gascoin continue de tenir bien en main le bâton de relais que lui a transmis René Gabriel, veillant à placer ses favoris dans le stand pour les membres de l'Association des créateurs de meubles de série (ACMS = 18 noms à bien retenir). La troisième marche est réservée à des meubles un peu plus luxueux qu'occupent les autres invités de la prestigieuse section du Foyer d'aujourd'hui (FA = 24 noms à regarder de près). Hors du podium, ce ne sont plus des invités mais des entreprises et des créateurs qui doivent payer leur place afin d'apparaître dans les salles du premier étage de l'aile sud réservées aux « industries »: salles Sud, Sud-ouest (SO), Sud-Est (SE) et rotondes, avec 53 entreprises, à trier soi-même, incluant une dizaine de décorateurs non représentés ailleurs. On peut aussi constater que certains s'affichent partout, l'exemple type étant Jacques Hitier qui est à la fois dans l'ACMS pour ses créations modernes, dans le FA pour une édition de La Méridienne et dans le double stand professionnel SO-09/11 chez Tubauto... Listes ci-dessous avec les publicités de meubles publiées dans ce catalogue...

For who would arrange in order of importance the French furniture designers in the mid-1950s, the catalog of household arts fair offers superb name list, particularly in 1956 when the "reconstruction style" reached the peak of its success. Indeed, the art and practice of economic wooden furniture are digested by the majority of factories, forcing young artists to renew themselves in a more graphic design, following an "international style" streamlined (now state-uniens) we say "modernist" in carefully reserving the word "modern" for wider horizons! Like any top, it marks both the end of a climb and the beginning of a descent. Until the fall, we discover in the south wing of the Grand Palais a presentation of furniture sets by all the designers who have marked the first half of the decade. Obviously, the stands are not randomised. The cream of the crop is in the exhibition "Useful Forms" of the UAM (Union of Modern Artists) which has, in that year, tables invented by eight artists. Then Marcel Gascoin continue to keep under control the stick relay that sent him René Gabriel, ensuring his favorite place in the stand for the members of designer furniture Association (Association des créateurs de modèles de série ACMS = 18 names to remember). The third step is for the slightly more luxurious furnishings occupy the other guests of the prestigious section of the Home today (Foyer d'aujourd'hui FA = 24 names to look closely). Off the podium, are no longer guests but companies and creators who have to pay their exhibition stand to appear in the first floor of the south wing rooms for "industries": South halls, Southwest (SO ), Southeast (SE) and rotundas, with 53 companies, sort oneself, including ten designers not represented elsewhere. We can also see that some appear everywhere, the typical example being Jacques Hitier which is both in the ACMS for his modern creations in the FA for an edition by La Méridienne and professional stand in the double SO-09/11 at Tubauto ...

mercredi 15 juillet 2015

Tous à Ploemeur // préfabriqués 534-10 et UK-100

Le mail René-Gabriel à Ploemeur...

Prolongeons cet été notre tour de France des villes reconstruites, allons donc respirer le bon air breton. Rendez-vous près de Lorient, guidés par trois bonnes raisons : le futur "musée des préfabriqués" (Mémoire de Soye), l'exposition d'Elisabeth Blanchet sur les prefabs en Grande-Bretagne (prefabmuseum.uk) et celle des photographies du MRU sur la reconstruction de Lorient (lorient.fr)... Outre le troisième événement, les choses se passent à Ploemeur, ville accolée à Lorient qui accueille l'association Mémoire de Soye dans le parc du château du même nom où se trouvaient de nombreuses habitations provisoires après la Seconde Guerre mondiale. Aujourd'hui, la cité se "re-reconstruit", grâce à douze ans d'efforts ininterrompus de Mickaël Sendra, dans un très beau projet soutenu par le dynamique maire de Ploemeur, Ronan Loas. Deux beaux modèles d'habitats provisoires sont aujourd'hui visibles sur le site, les préfabriqués 534-10 et UK-100 (prefab UK-100 // perfect housing). Ils viennent juste d'obtenir un classement "Monument historique" par la Commission régionale du patrimoine et des sites. En attendant la suite, afin de compléter ce que j'ose espérer voir comme l'embryon (déjà bien mature) d'un futur grand musée de plein air sur l'habitation (voire le design et la préfabrication), tout se passe dans la sympathie et la modestie ; ceci préfigure une vraie réussite car il y a autant d'humanité que de rigueur dans ce travail : le choix du mobilier, l'orientation internationale des recherches, en direction de la Grande-Bretagne (avec prefab et utility furniture) ou des Etats-Unis (Tennesse Valley Authority), sans compter l'enthousiasme collectif. Tout y est, de la petite histoire à la grande, du drame à l'espoir, du passé à sa redécouverte, et surtout du présent à l'avenir car la question du logement reste de premier ordre dans notre société et ne laisse pas d'interroger. Un grand merci à Mickaël, Martine, Eric, "chez Ginette" et autres amis de Soye pour l'accueil.

Extend our summer tour of rebuilt cities in France, breathe the fresh air in Brittany. Events near Lorient, guided by three good reasons: the future "prefabricated Museum" (Soye), the exhibition of Elisabeth Blanchet on prefabs in Great Britain (prefabmuseum.uk) and the photographs of MRU of rebuilding Lorient ... In addition to the third event, the place to be is Ploemeur, Lorient city contiguous to hosting the Soye memory association in a castle park, which were located temporary housing after World War II. Today, the city "re-rebuilt" through twelve years of unremitting efforts Mickaël Sendra, in a very beautiful project supported by the dynamic mayor of Ploemeur, Ronan Loas. Two beautiful models of transitional habitats are now visible on the site, prefabricated 534-10 and UK-100. They just get a ranking "Historical Monument" by the Regional Commission of heritage and sites. Pending further to add to what I hope to see as the embryo (already mature well) of a future great outdoor museum housing (or even design and prefabrication), everything happens in sympathy and modesty; This foreshadows a real success because there are so many that humanity rigor in this work: the choice of furniture, the international orientation of research towards Britain (with prefab housing and utility furniture) or States States (Tennessee Valley Authority), including collective enthusiasm. Everything is here, from the small to the great history, from tragedy to hope, from past to his rediscovery, especially present and future because the housing issue remains first class position in our society and we interrogated. A big thank you to Mickaël Martine, Eric, "Ginette home" and other friends Soye for the reception.

lundi 22 juin 2015

Exposition 2015 // René Gabriel


L'Appartement témoin aménagé pour l'exposition "René Gabriel" suivant son indication : "harmonie blanc, orange, rouille" (fonds RG - 031/044)

Le 4 juillet à 11h : inauguration de l'exposition sur René Gabriel, à la Maison du patrimoine du Havre. Toujours la même équipe en action, à mes côtés, me soutenant, me supportant : Denis Bréault et son fils, Quentin, à la manœuvre, Elisabeth Chauvin, aux commandes, Patricia Dubuc, à l'accueil, et ce très cher complice, Eric Garzena, à l'arrière cette fois. Je ne vais pas faire semblant d'être optimiste car rien ne s'y prête. Malgré tout, cet aménagement semble être le plus beau (il succède à d'autres expositions sur Marcel Gascoin et sur Jacques Hitier, qui ne sont pas des moindres dans mon souvenir). Il y a pourtant un supplément d'âme chez le père spirituel de la « modernité sociale ». Sans un compromis, c'est franciscain, avec quelque-chose d'ancestral. Il se dégage une esthétique terreuse, méditerranéenne, atavique, immédiatement sensible dans les tons dominants, les bois bruts, les céramiques, la tapisserie, substrat aride sur lequel poussent trois plantes vertes. Voici le plein été où la terre grise affleure entre les touffes d'herbes racornies et, avec elle, la paille jaune, le bois sec, la sieste du chasseur. Une inquiétude : pas le moindre bruit, aucun grillon à l'horizon. Il y a quelque chose de lourd qui survit dans cette ambiance brûlante, comme si un Grand Ancien - peut-être Cthulhu lui-même - restait tapi sous le parquet. Oui, l'été, c'est aussi la saison où l'on découvre les agarics des trottoirs nés dans les profondeurs de la terre, poussant sous le gravier ou le bitume, dans l'absence de lumière, pour jeter leurs spores dans le soleil de juillet (avant qu'une foule aveugle ne les piétine). Il semblerait que l'avenir appartienne toujours aux générations suivantes. Les « rhizomes » de Deleuze ne sont que du mycélium, ses « dehors » des sporophores. Tout est lent, épais, résistant, du moins tout ce qui cache la véritable nouveauté, l'univers à venir, l'air libre. Un changement s'annonce, il n'a pas encore adopté une forme précise.

July 4 at 11 am: opening of the exhibition on René Gabriel at the Heritage House of Le Havre. Always the same team in action, at my side, supporting me, supporting me, Denis Breault and his son, Quentin, maneuvering, Elisabeth Chauvin, in charge, Patricia Dubuc, hospitality, and very expensive accomplice, Eric Garzena, behind this front. I will not pretend to be optimistic because nothing is right. Nevertheless, this development seems to be the best (there follows other exhibitions about Marcel Gascoin or Jacques Hitier, not least in my memory). Yet there is more soul in the spiritual father of the "social modernity." Without a compromise, it is Franciscan, with some-thing ancestral. It emanates an earthy aesthetic, Mediterranean, atavistic immediately noticeable in the dominant tones, raw wood, ceramics, tapestry, dry substrate on which grow lean plants. Here is the summer when the gray earth flush between clumps of shriveled grass and, with it, the straw, dry wood, the nap of the hunter. One concern: no noise, no cricket on the horizon. There is something heavy that survives in this burning atmosphere, as if an Ancient - perhaps Cthulhu himself - remained crouched under the floor. Yes, summer is also the season where we discover sidewalks agarics born in the depths of the earth, growing under gravel or asphalt, in the absence of light, to shed their spores in July sun (before a blind crowd tramples). It seems that the future still belongs to future generations. The "rhizomes" of Deleuze are only a mycelium, its "outside" are sporophores. Everything is slow, thick, strong, at least all that hides the real novelty, the coming universe, outdoors. A change is coming, it has not yet adopted a specific form.

vendredi 2 janvier 2015

Auguste Perret // Reconstruction de Mulhouse


Merci à Sandrine et Hervé pour cette découverte : voici Le Havre ! Mais il y a vingt ans, avant la mode, bien avant la protection patrimoniale, avant même l'existence d'une charte paysagère... Nous sommes ici à Mulhouse, dans un quartier encore peu considéré par ses habitants bien qu'il soit en plein centre ville et dans l'une des architectures les plus élégantes du XXe siècle. Oui, c'est bien signé par Auguste Perret avec sa "marque" dans l'urbanisme, dans l'architecture ainsi que dans tous les détails de construction : son béton grésé, bouchardé, lavé avec ses gravillons en grès rose, en quartzite et en calcaire blanc ; ce sont aussi ses ferronneries, huisseries, corniches, claustras ; tout y est car, en 1950, il obtient un contrat de "conseiller technique pour la reconstruction de Mulhouse" (cf. cité de l'architecture) et d'ingénieur. Il influence donc très fortement les architectes chargés du "carrefour de Bâle", Pierre Lauga (ici sur archipostcard) et Daniel Girardet dans l'urbanisme, Henri Perrin et R. Schmitt dans les opérations. Tout y est superbe et surtout "dans son jus", sans le moindre ravalement ! Un bon support pour se sensibiliser à l'architecture du Mouvement moderne en n'ignorant surtout pas que Mulhouse a ses chances dans ce domaine puisqu'elle est située à une demi-heure du Vitra Design Museum et à peine plus de la Fondation Beyeler. Ci-dessous, une promenade avec une vingtaine de photographies suivant l'itinéraire recommandé : depuis la gare, passez devant le "bâtiment annulaire" heureusement déjà célèbre, remontez un peu la rue du Sauvage pour ensuite redescendre et filer à l'est du boulevard Clemenceau, finir par la rue Poincaré pour enfin revenir vers la gare en passant par la rue du Havre ! Tiens, un appartement à louer ? Non, vraiment, quand tout converge à ce point, il n'y a plus de coïncidence possible...

Thank you to Sandrine and Herve for this discovery: Here, Le Havre! But twenty years ago, before fashion, before the world heritage, even before the existence of a landscape protection charter ... We are here in Mulhouse, in an area still considered horrible by its inhabitants although this is one of the most elegant architecture of the twentieth century. Yes, this part of the city center is signed by Auguste Perret with his "brand" in urban planning, architecture and in all construction details: its concrete, bushhammered, washed gravel with pink sandstone, quartzite and white limestone; they are also its ironwork, door frames, cornices, trellises; everything is because, in 1950, Perret obtained a contract for "technical adviser for the reconstruction of Mulhouse" and engineer. He very strongly influences the architects in charge of the "crossroads of Basel," (see archipostcard blog) Pierre Lauga and Daniel Girardet in urban planning, Henri Perrin and R. Schmitt in operations. Everything is beautiful and especially "in its own juice", without any facelift! Good support to raise awareness of the Modern Movement in architecture especially not knowing that Mulhouse has a chance in this area since it is located a half hour from the Vitra Design Museum and just over the Beyeler Fondation. Below, a walk with a score of photographs along the recommended route: from the station, go to the "ring building" Fortunately already famous, go up the street a bit and then go down the Wild and spinning Eastern Boulevard Clemenceau, ending with the Poincaré Street to finally get back to the station through the streets of Le Havre! Here, an apartment for rent? No, really, when everything converges to this point, there is no possible coincidence ...