mardi 28 janvier 2014

Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie (2/2)

Pierre Pigaglio et Georges Jouve sur la table de Jean Royère, Art et industrie, n°IV, juillet 1946, p.20

Pour compléter l'article ci-dessous (Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric), voici une illustration qui mérite sa propre explication : elle est prise au "Salon des arts de la table" qui, créé en 1935, vient de renaître en 1946. Ici, le fameux critique Waldemare-George (revues 1945-1955 // art et industrie) prolonge le combat postmoderne qu'il a réengagé après-guerre avec Paul Claudel dans la Galerie de l'orfèvrerie Christofle, rue Royale, dès juin 1945 ; il tente de faire revivre le grand style qui a fait la gloire de la décoration française en accumulant la liberté baroque, la sobriété Louis-XVI et l'élégance Directoire. Ici, il veut rendre visible un nouvel événement soutenu par sa revue, Art et Industrie, afin de lutter contre l'inhumanité de la mécanisation. Il pose cette question dès l'éditorial : "La vie taylorisée de demain comportera-t-elle des machines à manger semblables à celle des Temps Modernes de Chaplin ?" Ici, surtout, l'élite raffinée parisienne découvre Pierre Pigaglio dans sa première grande présentation officielle où il apparaît en mouton noir suivant un choix opéré par le si raffiné et rebelle Jean Royère. Celui-ci rompt avec l'Art déco néo-dix-huitième des autres décorateurs pour épouser une ambiance "rustique moderne" où s'alignent une cruche, une grosse soupières, des assiettes creuses et des tasse de notre ami installé à Saint-Amand-en-Pusaye, accompagné par deux sirènes aussi démonstratives qu'historicisantes de Georges Jouve. Ici, s'impose un autre bon goût, celui de nos braves artisans, celui des honnêtes gens qui aiment les douces provinces de France et les matières simples et robustes, avec la baguette de pain, la bolée de cidre, la soupe aux choux et le pâté de lapin. Ici, pour en finir, le bonheur est dans les prés, les pieds dans la terre, loin des corruptions et des illusions de la grande ville ‑ comme on veut toujours le croire -.

An illustration to complete the article below because it deserves its own explanation : Here the "Salon des arts de la table" who was born in 1935, and born again in 1946. Here , trying to relive the Grand Style that made the glory of the French decoration before the war with its baroque freedom, Louis-XVI sobriety and Directoire refinement. Here, the famous critic Waldemare-George wants to make visible this event with his journal "Art et Industrie" to fight against the inhumanity of mechanization , he asks this question from the editorial: " The life Taylorized tomorrow she will include machines similar to machine-for-eat of the Chaplin film Modern Times ? " Here , especially , the refined Parisian elite discovers Pierre Pigaglio in his first major official presentation where it appears the unacceptable face following in a choice of Jean Royère, so refined and rebel person. It decides on a warm " modern rustic " which align a jug, a large tureens, soup plates and cup of our potter maked designed by our friend and accompanied by two particularly demonstrative sirens Georges Jouve . Here, finally, imposes a rustic taste addressing an honest public , one who loves sweet provinces of France , with their simple and robust materials, with the bread "baguette" , bowl of cider , cabbage soup and rabbit pate . Here , to finish and forever , happiness is in the meadows , feet in the ground , away from corruption and illusions of the big city - as has been said - .

mercredi 15 janvier 2014

Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric (1/2)

une vingtaine de céramiques de Pierre Pigaglio, la collection GG

Référence nécessaire au feu pendant les grands froids, la Maison du Patrimoine du Havre accueille des céramistes de mi-janvier à mi-février. Premier événement en 2014 : Pierre Pigaglio. Pour ce personnage, la part de mystère domine encore, à l'exception des informations circulant à Saint-Amand-en-Puisaye (grespuisaye.fr // Pigaglio), avec une photographie collective (grespuisaye.fr // Maubrou) et une date de naissance : 1913. Pierre Pigaglio s'y est installé de 1942~44 à 1947~50 en reprenant l'Atelier de Jean Maubrou et son tourneur, Camille Gendras. Ajoutons que l'Atelier accueille et forme, de décembre 1945 à décembre 1946, Jean Derval. S'il semble difficile de détricoter les rôles de chacun dans le quatuor Pigaglio-Maubrou-Derval-Gendras, on peut observer des variances suivant les signatures : les pièces uniquement marquées "PPigaglio" sont ultra-sobres ; quand s'ajoute "D" ou "Derval", elles sont lourdement ornementées ; quant au "PMP" (Pierre Pigaglio-Maubrou), il apparaît presque systématiquement et accompagne les nappages travaillés où se retrouvent les recettes de Maubrou, émaux dans un rouge de cuivre tournant vers le turquoise ou dans un blanc crème plus ou moins cristallisé. Au tourneur la fabrication, au maître les nappages, à l'apprenti les ornements ! Quant à Pigaglio, il impose ses formes. Son arrivée dans cet atelier est immédiatement remarquée par sa production atteignant une simplicité extrême, un moment où les modèles vernaculaires de la tradition potière renaissent en étant épurés, remodelés, "modernisés" - coupe, coupelle, assiette, vase, pichet, bonbonnière, bougeoir, pied de lampe, service à liqueur, etc. -, créant un instant identifiable entre la pièce unique et la production de masse, atténuant les débordements décoratifs de l'Art déco pour réintroduire l'utilitaire. Les critères du "style Reconstruction" s'y retrouvent donc, montrant qu'ils touchent la céramique au même titre que l'architecture et l'ameublement... Voilà l'explication de l'omniprésence de Pierre Pigaglio aux salons de la Société des artistes décorateurs de 1945 à 1949, à l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation (Paris) et à l'Exposition itinérante La céramique française contemporaine (Vienne, Baden-Baden, Berlin) en 1947. Dans le catalogue de Vienne, Renée Moutard-Uldry résume ainsi la situation : "Indiquons deux aspects assez différents en pleine et juvénile évolution de la céramique française. Nous pensons d'abord aux oeuvres inspirées ou vivifiées par des traditions régionalistes et se réclamant de la poterie populaire (Pigaglio, Madoura, Roulot, Blouzard). Enfin, une tendance nouvelle semble prendre, ces dernières années, une importance particulière : des artistes (Pouchot, Jouve, Lenoble, les 4 Potiers, Carbonell, Chevallier [s'ajouteront Callis et Derval]) renonçant au tour, préfèrent modeler ou sculpter la terre, créant ainsi des oeuvres d'un caractère nettement décoratif..." Les créateurs du modernisme social s'orientent évidement vers la première tendance, on retrouve donc Pierre Pigaglio dans les stands et boutiques de René Gabriel, Marcel Gascoin, Landault et Mortier jusqu'au début des années 1950 ; il est encore cité et illustré dans l'ouvrage de Michel Faré, La céramique française contemporaine en 1953 : "Dans ce même village [Saint-Amand-en-Puisaye], Pierre Picaglio [sic] réussit à résoudre le difficile problème d'une production artistique qui soit assez abondante pour répondre à toutes les demandes." Puis il disparaît brutalement du paysage, étouffé par la vague néo-moderniste des "Dubrocq" ! Malheureusement, quand le brutalisme refait la mode dans les années 1960, Pigaglio n'apparaît plus, une absence notoire en 1962 quand le Musée des Arts décoratifs présente les Maîtres potiers contemporains où il est juste cité comme un ancien collaborateur de Jean Derval... 3ème version 09 fév. - merci à Patrick Favardin et grespusaye.fr

A Fire reference necessary during cold weather , the "Maison du patrimoine" in Le Havre host ceramists in January-February ... First event , 2014 : Pierre Pigaglio . Let us in the introduction that the potters are singular artists who, like cooks and magicians are organized by families are transmitted secrets "recipes ", " cooking ", " wheel " , " kiln " sometimes even " factory ".  Pierre Pigaglio (born 1913) , mysterious ceramist installed 1942 /44 to 1947/50 in Saint-Amand-en-Puisaye (cf. grespuisaye.fr ) is very prestigious lineage : he moved into the Jean Maubrou factory , student of Edmond Lachenal , itself formed by Théodore Deck ! Let us add that everyone knows : Pierre Pigaglio was master of Jean Derval . Why this long lines ? Because potters cannot ignore that transmission is at the origin of invention, material leaves know that rubbing it, experience ca not be limited to words of writings or pictures because it lies only in the action. That said, here are some pictures of the GG Collection where we can see how the pottery tradition can be reshaped : cut, cup , vase, pitcher , candy box , candle holder, lamp base , liquor flask. The works are all signed Pigaglio & Maubrou with a suggestive " PMP " and / or " PPigaglio " sometimes "D" is added to indicate the intervention of Derval in decoration. Everything is in a erthenware- white to dark brown ware with occasional thin traces found pyrite.On brand Maubrou the work surface of the parts , especially on small cuts in enamel glazes with the red copper turning to turquoise, cream and more or less crystallized. But Pierre Pigaglio mainly by the extreme simplicity of its style , the potter accompanying René Gabriel , Marcel Gascoin or Roger Landault from 1945 to 1950, creating an identifiable moment between precious splendor of Art Deco and modernist style demonstrations of 1950 , between the single room and mass production - the characters of " Reconstruction style " that affects the ceramic as well as architecture and furnishings ...