lundi 3 novembre 2014

Lina Zervudaki (1890-1950) // créations en rotin

Les mannequins "Caroline" de Lina Zervudaki au 26ème SAD, in Art et décoration t.65, 1936 p.173

Pour poursuivre l'enquète sur l'introduction du rotin dans la reconstruction (Louis Sognot // créations et rotin), voici un autre exemple montrant comment ce matériau a été réinventé comme un luxe en partant du rustique, à la manière de la poterie de grès (Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie). Le principe de la "tradition modernisée" de la Reconstruction repose en effet sur des techniques jusqu'ici considérées comme dépassées ou rurales comme la poterie utilitaire, la vannerie en rotin, la tapisserie murale... Ces arts pauvres, rustiques, anciens, apparaissent comme le support d'une liberté alternative associée à une économie de moyen, suivant Georges-Henri Rivière qui assimile les "arts et traditions populaires" à une culture en perdition face à une industrialisation qui entre elle-même en crise. Tristement récupéré par la doctrine nazi qui veut associer la race au terroir et à l'artisanat, ce principe survit sous l'Occupation et certains élèves brillants des grandes écoles esquivent grâce à cela le S.T.O. en prétextant étudier le folklore ; mais ces jeunes créateurs vont bouleverser les codes plutôt que de rechercher une soi-disant vérité ancestrale. La technique et la matière restent à leurs yeux des supports pour la création moderne. C'est ainsi que le territoire mental de l'après-guerre est prêt à accepter à bras ouverts cette invasion néo-artisanale. C'est également ainsi que la vannerie se trouve modernisée. D'ailleurs, l'art du vannier n'est plus en osier mais en rotin, comme l'indique René Chavance dans le catalogue du Salon des arts ménagers de 1951, ce matériau a toutes les qualités, "sa flexibilité d'abord, qui se plie sans dommages aux plus capricieux décors ; sa légèreté qui permet de déplacer facilement les meubles qu'il compose ; sa solidité, son commode entretien, car il est lavable. Et nous ne sommes pas au bout. Il est imputrescible et inattaquable par les vers, il supporte sans broncher toutes les intempéries : humidité ou sécheresse, froidure ou chaleur. Enfin, il est agréable au toucher, d’une demi-élasticité confortable, plaisant aux regards, d’aspect jeune et gai". Rappelons donc qu'il a été redécouvert par trois précurseurs dans les années 1930 : Louis Sognot, Colette Guéden et, peut-être moins connue, Lina Zervudaki. Ci-après, sa biographie résumée et ses principales créations.

To extend the previous article , here is another example of rustic luxury invention. The principle of " renewed tradition " during "Reconstruction" (immediate postwar) is indeed based on techniques previously considered outdated or rural : utilitarian stoneware pottery , rattan basketry , wall tapestry ... These poor , rustic , aboriginal arts , appear as supporting a free alternative , continuing the ideas of Georges- Henri Rivière , equating Folk Art at any craft timeless. The principle survives during the war- when folklore pretext allows some brilliant students to dodge the "Service du Travail Obligatoire" (Mandatory work service) to study the land - but young designers prefer upset codes rather than to seek the truth of the Ancients. Technical and material thus remain what they are: media ! Thus the mental territory of postwar accept the invasion by a modernized basketry , art weaver who will no longer rattan wicker but . As stated René Chavance said in 1951 , it has all the qualities " flexibility first, that bends without damage to most capricious decorations ; lightweight for moving easily . . furniture he made ​​, its strength , its convenient maintenance , because it is washable and we are not at the end It does not rot and unassailable by worms , it supports all without flinching weather : humid or dry heat or coldness . Finally, it is pleasant to the touch , a comfortable semi-elasticity , pleasing to the eyes , to look young and gay . " So remember it was rediscovered by three pioneers in the 1930s : Louis Sognot , Colette Gueden and Lina Zervudaki . Below, his biography and his creations.




Lina Zervudaki est avant-guerre le symbole d'un luxe en révolte, créant du précieux à partir du vulgaire, faisant comme il se doit, de nécessité vertu. Issue de deux grandes famille, les Venizélos en Grèce et les Lesseps en France, elle naît à Athènes en 1890. Sa mère l'intéresse aux arts et son institutrice lui fait visiter les grands musées d’Europe. En 1910, ayant perdu son père et se retrouvant sans fortune, elle s'installe à Paris avec sa mère. Elle entre pour étudier la peinture et le dessin dans l’Ecole du célèbre affichiste Paul Colin. En tant qu'élève, elle présente décor de théâtre, affiches et enseignes dans différents salons de 1932 à 1935. Elle se fait remarquer au salon d'Automne de 1934 en exposant un décor intégralement blanc, "le Pays de l’âme". Les responsables des Galeries Lafayette lui passent une commande d’étalage et c'est à cette occasion qu'elle tente de réaliser elle-même des mannequins en rotin. Elle expose chez Elsa Schiaparelli pour l'ouverture de sa galerie Place Vendôme, aux côtés d'Alberto et Diego Giacometti et s'associe à un vannier situé rue Caroline, aux Batignolles, pour faire construire ses premiers mannequin en rotin. Nommés "Caroline", ils sont exposés au salon des artistes décorateurs de 1936. L'année suivante, tout en continuant sa collaboration avec les étalagistes et couturiers de Paris à New-York, elle est invitée à participer à l'Exposition Internationale de 1937, dans le Pavillon de l'élégance et dans la "Classe 38" de l'ameublement. Pendant la guerre, elle se réfugie en Suisse. Après la Libération, elle reprend ses activités à Paris. Elle expose au salon des Artistes décorateurs et réalise un stand très remarqué au Pavillon de Marsan, à l’Exposition des arts de la Table en 1950. Lina Zervudaki multiplie alors les domaines d'application du rotin : ensembles pour enfants, étalages, vitrines, fauteuils, berceaux, tables,etc. Elle bouleverse les codes historiques de la vannerie et pose les jalons d'une mode qui ne va cesser de s'accroître après elle, symbole d'un "chic économique" qui va du jardin vers l’intérieur et de la campagne vers la ville, de la véranda de mauvais goût vers les vitrines de Christian Dior et de Marcel Rochas ! Lina Zervudaki, en pleine activité, est morte des suites d’un banal accident, le 8 août 1950.



Exposition internationale de 1937, Classe 38 section de l'ameublement, in catalogue du Salon


Vitrine de Christian Dior, Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Vitrine de Christian Dior, Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Art et industrie, n°XIX p.49

Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Copie de rotin 299 Zervudaki Intérieurs modernes et anciens, juin 1949, p145

Lina Zervudaki, chambre d'enfants au Salon des arts ménagers de 1949, Maison française, juillet 1949

Lina Zervudaki, table et chaises de jardin, Maison française, octobre 1949 

Lina Zervudaki, table et chaises de salon ou de jardin, Maison française, octobre 1949

Lina Zervudaki : travailleuse corbeille, Maison française, juin 1950 ; berceau, Maison française, octobre 1949 ; fauteuil, Meubles et décors, septembre 1951


Lina Zervudaki, exposition des arts de la table 1950, Art et industrie, n°XVIII, juin 1950

Lina Zervudaki, Salon des arts de la table 1950, in Maison Française, septembre 1950