samedi 29 novembre 2014

Le Cube Rouge // style reconstruction


Sur le boulevard Raspail, nous sommes tout juste face à la Fondation Cartier, à l'Ecole spéciale d'architecture et à Camondo... Entre art, architecture et design, c'est l'endroit idéal pour découvrir le style reconstruction - dans toute sa splendeur discrète - à la galerie "Le Cube rouge". C'est la première fois dans Paris qu'un ensemble aussi important de cette période est rassemblé et il faut remercier chaleureusement Jérôme Godin d'avoir découvert et mis en scène ces trésors à l'occasion de la sortie officielle de L'utopie domestique (éd. Piqpoq). Nous pouvons donc découvrir pendant quelques temps beaucoup de meubles de Marcel Gascoin : armoire trois portes, buffet, table, chaises, étagère, fauteuil, divan-lit ; René Gabriel est également bien représenté avec l'aide d'un petit prêt de la collection gg ; Jacques Hauville dans une série de petites étagères accompagnée d'un meuble-élément aux belles et rares proportions... Voici quelques images de Carole et de Vincent en attendant. Mais, vraiment, je conseille plutôt d'aller sur place, même aux timides qui - comme moi - n'osent généralement pas fréquenter les galeries, car Jérôme est aussi sympathique qu'abordable, ce qui ne le rend pas moins expert et compétent. Bravo Jérôme, merci pour ton travail !

On the Boulevard Raspail, we are just in front of the Cartier Foundation, Special School of Architecture and Camondo ... Between art, architecture and design, this is an ideal place to discover the reconstruction style - in all its discreet splendor - to gallery "Red Cube" (Cube rouge). This is the first time in Paris as an important set of this period furniture is collected. Thanks to Jerome Godin have discovered and directed these treasures on the occasion of the book Utopie Domestique official release (ed. piqpoq). We can discover for some time many furnitureof Marcel Gascoin: three doors wardrobe, dresser, table, chairs, shelves, armchair, sofa bed; Rene Gabriel is also well represented with the help of a small loan from the collection gg; Jacques Hauville in a series of small shelves along with a beautiful element in the furniture and rare proportions ... Here are some pictures of Carole and Vincent pending. But, really, I rather recommend going there, even to the timid who - like me - dare not usually frequent the galleries, because Jérôme is as friendly affordable, and excellent expert. Congratulations Jerome, thank you for your work!

lundi 3 novembre 2014

Lina Zervudaki (1890-1950) // créations en rotin

Les mannequins "Caroline" de Lina Zervudaki au 26ème SAD, in Art et décoration t.65, 1936 p.173

Pour poursuivre l'enquète sur l'introduction du rotin dans la reconstruction (Louis Sognot // créations et rotin), voici un autre exemple montrant comment ce matériau a été réinventé comme un luxe en partant du rustique, à la manière de la poterie de grès (Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie). Le principe de la "tradition modernisée" de la Reconstruction repose en effet sur des techniques jusqu'ici considérées comme dépassées ou rurales comme la poterie utilitaire, la vannerie en rotin, la tapisserie murale... Ces arts pauvres, rustiques, anciens, apparaissent comme le support d'une liberté alternative associée à une économie de moyen, suivant Georges-Henri Rivière qui assimile les "arts et traditions populaires" à une culture en perdition face à une industrialisation qui entre elle-même en crise. Tristement récupéré par la doctrine nazi qui veut associer la race au terroir et à l'artisanat, ce principe survit sous l'Occupation et certains élèves brillants des grandes écoles esquivent grâce à cela le S.T.O. en prétextant étudier le folklore ; mais ces jeunes créateurs vont bouleverser les codes plutôt que de rechercher une soi-disant vérité ancestrale. La technique et la matière restent à leurs yeux des supports pour la création moderne. C'est ainsi que le territoire mental de l'après-guerre est prêt à accepter à bras ouverts cette invasion néo-artisanale. C'est également ainsi que la vannerie se trouve modernisée. D'ailleurs, l'art du vannier n'est plus en osier mais en rotin, comme l'indique René Chavance dans le catalogue du Salon des arts ménagers de 1951, ce matériau a toutes les qualités, "sa flexibilité d'abord, qui se plie sans dommages aux plus capricieux décors ; sa légèreté qui permet de déplacer facilement les meubles qu'il compose ; sa solidité, son commode entretien, car il est lavable. Et nous ne sommes pas au bout. Il est imputrescible et inattaquable par les vers, il supporte sans broncher toutes les intempéries : humidité ou sécheresse, froidure ou chaleur. Enfin, il est agréable au toucher, d’une demi-élasticité confortable, plaisant aux regards, d’aspect jeune et gai". Rappelons donc qu'il a été redécouvert par trois précurseurs dans les années 1930 : Louis Sognot, Colette Guéden et, peut-être moins connue, Lina Zervudaki. Ci-après, sa biographie résumée et ses principales créations.

To extend the previous article , here is another example of rustic luxury invention. The principle of " renewed tradition " during "Reconstruction" (immediate postwar) is indeed based on techniques previously considered outdated or rural : utilitarian stoneware pottery , rattan basketry , wall tapestry ... These poor , rustic , aboriginal arts , appear as supporting a free alternative , continuing the ideas of Georges- Henri Rivière , equating Folk Art at any craft timeless. The principle survives during the war- when folklore pretext allows some brilliant students to dodge the "Service du Travail Obligatoire" (Mandatory work service) to study the land - but young designers prefer upset codes rather than to seek the truth of the Ancients. Technical and material thus remain what they are: media ! Thus the mental territory of postwar accept the invasion by a modernized basketry , art weaver who will no longer rattan wicker but . As stated René Chavance said in 1951 , it has all the qualities " flexibility first, that bends without damage to most capricious decorations ; lightweight for moving easily . . furniture he made ​​, its strength , its convenient maintenance , because it is washable and we are not at the end It does not rot and unassailable by worms , it supports all without flinching weather : humid or dry heat or coldness . Finally, it is pleasant to the touch , a comfortable semi-elasticity , pleasing to the eyes , to look young and gay . " So remember it was rediscovered by three pioneers in the 1930s : Louis Sognot , Colette Gueden and Lina Zervudaki . Below, his biography and his creations.

mercredi 22 octobre 2014

Le Corbusier à Marseille // vs style 1940



Suite à un sympathique mail de David Liaudet, rédacteur du blog archipostalecarte, voici pour identification une chose inimaginable dans l'Unité d'habitation de Marseille. Difficile de retrouver le créateur des meubles mais nous constatons immédiatement une distance avec Perriand ou Prouvé, autant qu'avec Gascoin ou Gabriel, mais une grande proximité avec le "style 1940"... L'ambiance affirme un luxe bourgeois en dégageant l'espace tout en montrant des sections épaisses, avec une excentricité si bien mesurée qu'elle évoque plutôt l'exposition de 1937 que de 1947. Et puis la touche rustico-anglo-coloniale et le masque sur le mur afin de montrer qu'on s'y connaît et qu'on aime l'aventure, qu'on a de l'argent et qu'on est puissant. Le logement idéal pour le caniche royal, soit à l'opposé de la révolution moderne, qu'elle soit radicale ou sociale. Allons plus loin et jouons le jeu en imaginant la vie d'un propriétaire pleinement satisfait d'acheter un appartement du Corbu, avec vue, et très fier de devenir par là même un homme moderne, comme il faut, sans savoir exactement ce que tout ça signifie. Il téléphone donc à un artiste décorateur de ses amis, très chic et fréquentable, qui fait venir les plus belles choses dans le goût actuel, simple mais confortable, original mais supportable. Satisfait de lui-même, l'ensemblier conseille à son client de faire photographier cette décoration qui doit remettre la mode sur le droit chemin. C'est si parfait, si léger, si équilibré dans ce cadre si original. Le photographe arrive mais le chien reste là. Tant mieux, gardons-le, il ne dépeint pas. "Ah ! Par contre, la table basse ne cadre pas tout à fait, pouvez-vous la faire tourner légèrement vers ma droite ? Merci... reculez... là... c'est parfait..." Puis la conversation se poursuit : "En faire une carte postale, vous pouvez, oui ? Oh ! Oh ! Oh ! Comme c'est amusant !" Allez, constatons que notre bonhomme a bien de l'avance : non dans la photographie, ni dans l'ameublement (où l'on note tout de même un certain décalage) mais, osons le dire, dans le profil des habitants de l'Unité... Ici comme ailleurs, hier comme aujourd'hui, le social n'est qu'un mythe destiné à séduire une élite bien plus qu'une réalité quantifiable ou mesurable. Ce cas extrême illustre une situation passée en sourdine qui mériterait pourtant d'être interrogée ! Ci-après, pour se soigner, les photographies du "véritable" appartement témoin, ouvert en juin-juillet 1949 (article du Décor d'aujourd'hui n°52), avec un mobilier qui n'était guère plus "social" mais dans un autre genre...

Following a friendly email from David Liaudet, webmaster of archipostalecarte, here for identification unimaginable thing in the Unité d'habitation (Marseille). Difficult to find the creator of this furniture but we find immediately a distance with Perriand and Prouvé, as much as with Gascoin or Gabriel, but proximity to the precious "style 1940" ... The atmosphere says a bourgeois luxury by releasing the space while showing thick sections with a measured eccentricity so that it would evoke 1937 exhibition rather than 1947. And the rustic-britain-colonial style and the mask on the wall to show that we know and love the adventure, we have money and powerful. The ideal accommodation for the poodle or the opposite of the modern revolution, whether radical or social. Let's go further and play the game by imagining the life of a fully satisfied owner to buy an apartment of Corbu, with a view, and very proud to become thereby a modern man, as it should, without knowing exactly what all this means. So phone to a friend decorator, very chic and creep, which brings the most beautiful things in the current taste, simple but comfortable, original but bearable. Pleased with himself, the decorator advises his client to be photographed his interior, must put the fashion on track. It's so perfect, so light, so balanced in this context, so original. The photographer arrives but dog stays there. Good, keep it, it does not depict. "Ah! For cons, the coffee table does not fit perfectly, you can rotate it slightly to my right? Thank you ... stand back ... there ... that's fine ..." Then the conversation continues: "Make it a postcard, you can, yes: Oh Oh Oh What fun!!!!" Come on, find that our man has a head start: not in photography or in furniture (where there is still a lag) but, dare we say, in the profile of the inhabitants of the Unit ... Here as elsewhere, then as now, the social is a myth intended to seduce more than a quantifiable or measurable reality elite. This extreme case illustrates a muted past situation which nevertheless deserves to be questioned! Below, to heal, photographs of "real" show apartment opened in June-July 1949 (Décor d'aujourd'hui, No. 52), with furniture that was little more "social" but on another style...

lundi 13 octobre 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire 02


Retour sur l'exposition "Habitat provisoire - la vie quotidienne après 1944" car elle ne reste visible dans l'Atelier Perret que seulement deux petites semaines. Après un premier volet consacré au montage du baraquement (Exposition 2014 // Habitat provisoire 01), nous en proposons donc un second ayant pour sujet le mobilier. Les amateurs du genre ne seront pas déçus car ils retrouveront René Gabriel derrière cette sobre façade avec quelques pièces rarissimes : des variantes de la salle en série 120 (buffet 120, table 121, chaise 123) et l'inédite chambrée de réinstallation (armoire 154, lit 155, chevet). Ces meubles sont moins célèbres que la fameuse salle à manger de "réinstallation" (Meubles d'urgence // René Gabriel) ou que la chaise avec caillebotis, très recherchée depuis qu'elle a été publiée sur ce blog (René Gabriel // chaise économique)... Signalons enfin que la plupart des modèles exposés, contrairement aux types, n'ont pas été édités en très grande série et ont dessinés auparavant, en 1941, quand René Gabriel travaille pour le Service des constructions provisoires à destination des sinistrés de la "première reconstruction" (après l'invasion allemande). Comme beaucoup, René Gabriel reste actif hors des salons mais il va disparaître après la fin de la ligne de démarcation (novembre 1942). Il ne reviendra qu'au tout début de l'année 1944 pour présenter ces derniers modèles, attentant la seconde reconstruction, celle qui doit suivre le débarquement et la Libération...

Come Back to the exhibition "temporary house - daily life since 1944" because it remains visible in the Perret workshop only two short weeks. After a first part dedicated to the assembly of the barracks (temporary house Expo 2014), we propose a second message about furniture. Fans of this will not be disappointed because they find René Gabriel behind this sober façade with some rare pieces: the room variants of series 120 (Buffet n°120, table n°121, seat n°123) and the unprecedented resettlement chambered (cabinet n°154, bed n°155, bedside). This furniture is less famous than the dining room of "resettlement" (cf. Gabriel // emergency Furniture) or the chair with slatted highly sought since it was published on this blog (cf. Gabriel // chair Economic) ... finally noted that most of the models on display, unlike the guys, have not been published in great series and have drawn before, in 1941, when René Gabriel works for the Department of temporary buildings to disaster victims "first reconstruction" (after the German invasion). Like many, René Gabriel remains active but it will disappear after the end of the line (in November 1942). And will come at the very beginning of 1944 to present the latest models, attentant the second reconstruction, which must follow the landing and Liberation ...

vendredi 3 octobre 2014

Louis Sognot // créations en rotin

canapé, table basse, tabouret et paravent en rotin de Louis Sognot devant le garage gg

Souvenons-nous... Louis Sognot (1892-1970) est l'un des créateurs modernes qui exposent à l'UAM en 1930 ; proche de Le Corbusier, Pierre Chareau, Francis Jourdain, Rob' Mallet-Stevens, il se spécialise initialement dans le mobilier métallique... Cependant, lors de la crise des années 1930, il se tourne régulièrement vers le rotin. Après un premier essai mené sur une chaise métallique en 1932, il l'utilise de plus en plus fréquemment à destination des petites collectivités (restaurant, bar, hôtel) et dans la décoration des villas. Après-guerre, il l'intègre aussi dans un ensemble luxueux avec un lit bateau en moëlle de rotin qu'il dessine pour la fille de Paule Marrot en 1946 dont la ligne souple lui servira régulièrement de modèle. La même année, on retrouve le rotin dans un projet pour la CMF (Style reconstruction // Commission du Meuble de France), dans l'assise d'une petite chaise qui évoque son premier essai de 1932 mais sur une ossature bois car le métal manque. Enfin, il s'affirme définitivement comme le spécialiste au Salon des arts ménagers en 1951, dans le stand sur les "nouveaux matériaux". Après cet évènement, Louis Sognot sort de la phase expérimentale où il mélangeait le rotin à des structures en métal ou en bois et l'assume dans les montants - comme il l'avait fait dans un ensemble économique pour chambre d'hôtel présenté au Salon des arts ménagers en 1939 -, créant des meubles souples et vigoureux où sa patte reste identifiable même s'il se tourne parfois vers des formes traditionnelles, proches des styles Empire et Art Nouveau. A partir de 1954, des luminaires de Mouille accompagnent systématiquement ses meubles et offrent une ambiance contrastée dans les tons et les matières, à la fois rustique et précieuse, légère et chaleureuse.

jeudi 25 septembre 2014

Style Reconstruction // Commission du Meuble de France

"placard" apposé par René Gabriel au SAD de 1947

C'est un fait nouveau - n'en soyons pas peu fiers -, les écrits dans l'histoire des arts citent de plus en plus fréquemment le style Reconstruction. La découverte d'un texte mis en ligne en 2012 par un conservateur du Mobilier National et d'Orsay (Yves Badetz sur c-royan.com) m'a fait repenser à un évènement fondateur... Yves Badetz présente ainsi la Commission du Meuble de France (CMF) comme point de départ : ce n'est pas faux, le principe est ouvertement calqué sur le modèle administratif de l'Utility Furniture Advisory Committee, reconnu en Grande-Bretagne comme point de départ du "design" (Gordon Russell // Utility Furniture). On peut nuancer en affirmant que ce mouvement débute auparavant, quand la Grande Dépression provoque le déclassement du modernisme radical, en faisant ressurgir les fondamentaux Arts & Crafts, mais il est certain que la CMF marque un début en France. Le paysage créatif était jusqu'ici brouillé par des querelles et une absence de soutien administratif (les initiatives se réduisant le plus souvent à l'échelle individuelle), lorsque les protagonistes du mobilier produit "en série" s'unissent une première fois autour de cette commission ; ce sont des décorateurs inscrits à la Société des Artistes décorateurs (SAD) et financés par le ministère de l'Industrie. En observant leurs projets, on remarque une lourdeur rustique et une part importante accordée à la décoration car le terme "industrie" désigne ici l'artisanat du luxe plus que l'efficacité d'un mode de production. Suivant ce paradoxe, on comprend la brève durée de la CMF qui naît en 1946 pour disparaître l'année suivante. Son principal responsable, René Gabriel, jette l'éponge en affichant publiquement l'échec du projet au Salon des décorateurs de 1947 et abandonne la direction de la SAD à Jacques Adnet. C'est heureux car il va alors renouer avec la modernité ! D'autant plus qu'il obtient un meilleur accueil chez les ex-UAM, petits protégés du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, comme Marcel Gascoin qui est alors en charge de la section ameublement dans l'Exposition internationale (Exposition de l'urbanisme et de l'habitation // 1947), autre événement fondateur, s'il en faut, avant la réouverture du grandiose Salon des arts ménagers (Meubles de série // Arts ménagers 1948).

mercredi 17 septembre 2014

collection gg // présentation générale


Cinq ans qu’Éric et moi cheminons ensemble : pour fêter l'événement, nous avons décidé d'un nouveau lieu où stocker les trois cents meubles de notre "collection gg"... Pourquoi cette collection et cette période, la Reconstruction ? Disons que l'aventure débute en 2001 quand je tombe sur un article de la revue Maison Française intitulé "Ils ont trouvé un appartement neuf au Havre" avec le mobilier d'un certain Marcel Gascoin. C'est la fin du mythe voulant qu'il n'y ait pas d'intérieur dans l'architecture d'Auguste Perret : Le Havre n'est plus seulement un paysage... Pour ne pas l'ignorer, il fallait sortir de la grande histoire de l'architecture et pénétrer dans la petite histoire de la décoration. C'est ainsi que nous avons rencontré le style reconstruction situé derrière un "point aveugle" de notre mémoire entre Modernisme et Art déco. Il marque notre obsession parce qu'il imposait d'échapper au préjugé d'une modernité radicale, inventée "contre" : contre l'histoire, l'usage, la tradition, contre les formes et les matières du passé, et même contre l'art et l'utile ! Ce progrès qui abandonne tout derrière lui est heureusement apaisé après la guerre, une nouvelle modernité va s'épanouir hors des luttes en assumant ses héritages et ses liens à venir. C'est à ce moment que surgissent d'excellents créateurs qui imaginent un artisanat "en grande série", une mécanisation à échelle humaine fuyant la froide efficacité autant que l'ostentatoire ou le luxe ; ils redécouvrent des matériaux et des formes simples, sans pour autant reproduire le passé à l'identique. Aujourd'hui encore, le temps est venu de regarder sereinement notre héritage, admettre notre condition naturelle, notre emprisonnement sur une terre délicate, notre enfermement aux côtés du passé, et, malgré toute cette pesanteur, notre capacité à inventer un futur léger, meilleur plus que différent... une sereine joie de vivre... Bonne visite.

mercredi 27 août 2014

Psychanalyse urbaine // traumatisme et réappropriation


Dieppe bombardé - 1694, fonds médiathèque Jean-Renoir

Un long moment studieux consacré, pour le service "Unesco - Ville d'art et d'histoire", à la préparation de la journée de conférences du 12 septembre ayant pour sujet la psychanalyse urbaine, avec un sous-titre qui peut être considéré comme un cycle vital : traumatisme, reconstruction, réappropriation. Si cette approche paraît originale en France, une psychanalyste new-yorkaise me signalait encore récemment que la chose était d'une banalité à pleurer dans sa ville, où tout projet sérieux doit s'accompagner d'une interprétation psychanalytique. Cependant, nous sommes en France, très exactement de l'autre côté de l'Atlantique, au Havre ! Ici, pour marquer les 70 ans des bombardements, l'Université organise un colloque sur les bombardements en eux-mêmes (Cirtai), cherchant à établir le pourquoi du comment. Il s'agit d'un travail nécessaire mais on a le droit de le trouver excessivement premier degré ; un esprit fin pouvant y voir la marque d'un traumatisme non-encore assumé. On cherche une explication, une justification. Elargissons donc le sujet en lisant Thomas Hippler, Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires, 2014) où l'on découvrira qu'il n'y a jamais une raison mécanique. Tutto è cosa mentale. Pour passer au pourquoi du pourquoi, afin de surpasser le vide et de réinvestir le lieu dans son présent (vivant au Havre et non ailleurs), voici le programme complet de notre journée : soyons nombreux !

dimanche 20 juillet 2014

Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947


Voici enfin redécouvert le Catalogue officiel de l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation de 1947. Sur 296 pages, tous les stands sont décrits, tous les participants cités ; de longues listes exhaustives qui évoquent bien la rigueur de Paul Breton, l'organisateur, de même que le format, le papier et le plan reprennent le catalogue du Salon des arts ménagers. Cependant, l'architecture devient bien plus complexe que les appareils ménagers et cette première grande exposition reflète la montée en puissance de ce domaine : cet évènement est sans rapport avec la petite "Exposition de l'habitation" visible avant-guerre en marge du Salon des arts ménagers. C'est une vaste "Exposition internationale" avec 54 classes réunies en 5 groupes posant successivement le problème du logement (n°1) puis urbanisme (n°2), habitation (n°3), a construction (n°4 avec matériaux, construction, équipement, exécution), jardin (n°4bis) et enfin l'information (n°5 avec la codification, la presse spécialisée et la "propagande éducative")... Les illustrations de Jacques Nathan/Garamond sont impressionnantes, autant que le texte d'introduction d'André Hermand qui mérite d'être cité : "En même temps que le nombre des hommes et des femmes vivant sur la terre augmentait brutalement jusqu'à presque tripler, un exode immense et spontané déplaçait les populations des campagnes vers les villes. Et aujourd'hui, alors que l'humanité est plus riche de connaissance, de puissance et de moyens nouveaux qu'elle ne l'a jamais été, des millions d'hommes et de femmes souffrent et peinent parce que leur logis est insuffisant, surpeuplé, vétuste, malsain, ruiné, malcommode, bruyant, privé des équipements les plus élémentaires, manquant d'air, de lumière et de soleil, ouvert sur des rues étroites ou des cours sombres, ou perdus dans des lotissements sans voiries, sans eau, dans le désordre de l'improvisation. Et la guerre est venue ajouter de terribles blessures et une confusion nouvelle dans ce drame de l'habitation humaine." La solution est illustrée par les appartements types reconstitués au premier étage sur les balcons nord-est et sud-est, du "groupe-4 classe-40" avec son comité prestigieux : présidence René Gabriel (président de la SAD), vice-présidence et présentation de Marcel Gascoin (directeur de l'UAM), rapporteur Paul Beucher (Ecole Boulle)...

Here finally rediscovered the Official Catalogue of the International Exhibition 1947 of Urban Development and Housing. On 296 pages, all stands are described, all participating cities; long exhaustive lists that really evoke the rigor of Paul Breton, the organizer, as well as the format, paper and plan show the catalog of Ideal Home Exhibition. However, the architecture becomes more complex as household appliances and this first major exhibition reflects the rise in this area: this event is unrelated to the small "Fair Housing" visible prewar margin Ideal Home Exhibition. That's a big "International Exhibition" with 54 classes combined into 5 groups successively posing the problem of housing (1) and Urban Planning (2), home (No. 3), Construction (No. 4 with materials construction, equipment, execution), garden (No. 4a) and finally information (No. 5 with coding, specialized press and "educational propaganda") ... the Jacques Nathan-Garamond illustrations are impressives, like the introductory text of André Hermand which deserves to be quoted: "at the same time that the number of men and women living on the Earth increased sharply to nearly triple, a huge and spontaneous exodus moving populations the countryside to the cities. and today, when humanity is richer knowledge, power and new ways it has never been, millions of men and women suffer and struggle because their home is inadequate, overcrowded, dilapidated, unhealthy, ruined, cumbersome, noisy, deprived of the most basic equipment, lacking air, light and sun, open on narrow streets or dark courtyards, or lost in subdivisions without roads, without water, in the disorder of improvisation. And the war has added terrible injury and further confusion in this drama of human habitation. "Solution is illustrated by show flats apartments on the Grand Palais north-east and south-east first floor balconies,the " Group 4 - class 40 " with its prestigious committee: Chair René Gabriel (President of the SAD), Vice-President and presentation Gascoin Marcel (director of UAM), rapporteur Paul Beucher (director of the Ecole Boulle) ...

lundi 7 juillet 2014

Gustave Gautier // portrait d'un décorateur

une armoire de Gustave Gautier de 1953

Habitant des ISAI du Havre, Samuel adhère au petit cercle des admirateurs de la Reconstruction et de son mobilier. Déjà possesseurs d'un bahut "BB" de Marcel Gascoin, il tient par ailleurs de sa grand-mère cette solide armoire dotée de deux portes coulissantes et de poignées raidisseuses dont le profil en "aile d'avion" s'ajuste exactement à celui des montants latéraux. Une silhouette qui fait signature ! Pour l'identifier, outre une étiquette de la marque "Eros", la puissance constructive du meuble, la lourde section des planches, la parfaite finition du chêne clair ne laissent aucun doute : Gustave Gautier. Profitons de l'occasion pour revenir sur ce personnage connu pour ses tables gigognes (Gustave Gautier // tables gigognes). Il est d'abord l'adepte du "style reconstruction" préféré des critiques proches de la SAD, aussi bien illustré dans Mobilier et Décoration et Ensembles modernes que dans le Décor d'aujourd'hui et le Journal de l'ameublement. S'il fallait un classement par fréquence de représentation, il occuperait une très bonne position... Ses meubles font consensus car il est non seulement un radical, membre de l'UAM, adepte de la forme pure et de l'ossature lisible, mais il défend aussi une générosité dans les finitions et les matières, ce qui rassure pleinement les défenseurs de certaines "valeurs bourgeoises" qui formaient alors le noyau dur de la critique française. Cependant, cette surépaisseur n'est plus la prétentieuse démonstration d'une puissance de classe mais elle se réinvente dans l'objectif de reconstruire un monde sobre et robuste, agréable et durable. Il ne faut pas oublier que Gustave Gautier sort d'un camp de prisonnier et, qu'après cela, il abandonne l'architecture extérieure pour aller vers celle de l'intérieur, cherchant à inventer une ambiance protectrice, suivant un réflexe très identique à celui observé chez Guillerme et Chambron (Lille//Guillerme et Chambron). Gustave Gautier laisse se dévoiler la psychologie d'une condition et d'un temps : la modernité d'après-guerre ne peut plus tolérer un monde froid, instable, uniformisé, il fallait protéger, enkyster, "encapsuler", le vide inquiétant de la condition humaine.

Residing in the "ISAI" of Le Havre, Samuel joins the small circle of admirers of Reconstruction and furniture. Already owners of a Marcel Gascoin chest, he also wishes his grandmother this solid cabinet with two sliding doors and handles with a stiffening profile "airplane wing" fits exactly to the the lateral uprights. This figure is a time signature! To identify, in addition to a brand label "Eros", the constructive power of furniture, heavy section plates, the perfect finish of light oak leaves no doubt: Gustave Gautier. Take the opportunity to return to this character known for its nesting tables (Gustave Gautier / / nested tables). It is the preferred décorator SAD in the "style reconstruction", both illustrated in Mobilier et Décoration, Ensembles modernes, Décors d'aujourd'hui and the Journal de l'ameublement. If we had ranked by frequency of performance, it would occupy a good position ... His furniture is consensus because it is not only a radical member of the UAM, a follower of pure form and frame readable but it also defends generosity in finishes and materials, which fully reassured advocates some "bourgeois values​​" which then formed the core of the French criticism. However, this allowance is not pretentious demonstration power class but it reinvents itself with the aim of reconstructing a simple and robust world, nice and durable. We must not forget that Gustave Gautier fate of a prison camp, and after that, he gave up the external architecture to go to that inside, trying to invent a protective atmosphere, following a very similar reflex that observed in Guilherme and Chambron. Gustave Gautier allowed to reveal the psychology of a condition and a time: the post-war modernity can no longer tolerate a cold world, unsteady, uniform, should be protected, encysted, "encapsulating" the disturbing empty the human condition.

lundi 23 juin 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire 01


Samedi 28 juin à 17h30, chaque lecteur de ce blog est cordialement invité à l'inauguration d'une nouvelle exposition consacrée à l'habitat provisoire (deux ans après l'Exposition 2012 // Habitat d'urgence). Un moment important car l'Atelier Perret accueille les premiers éléments d'un baraquement MRU (type 534.10) reconstitué. Le choix du module s'est porté sur la version la plus large (éléments de 120 x 240 x 12 cm) avec des blocs spécifiques (trois "fenêtres" et une "porte"), le tout réalisé en deux semaines dans l'Atelier de notre ami constructeur Denis Bréault pour un coût de 8.000 euros (3.000 bois + 1.000 huisseries + 1.000 transport et petit matériel + 3.000 en main d'oeuvre). Cette dépense représente les deux-tiers de la façade, soit le cinquième du prix total en considérant le plancher, la toiture et les fermes. Ces chiffres indiquent que ce prototype de 65m2 revient aujourd'hui à 40.000 euros sans équipement... Le provisoire ne coûte donc pas si cher sachant qu'il peut durer très longtemps puisque les modèles de 1945 tiendraient encore tous debout s'ils avaient été mieux "traités", notamment contre le feu. Ajoutons que la reconstitution est légèrement plus grande mais surtout plus solide, mieux isolée et faite pour être montée/démontée (comme pour une yourte, il n'y a donc pas besoin de permis de construire). Bref, le rêve : maison neuve à moins de 50.000 euros, écolo-déplaçable, bricolo-artisanale : mais qu'attends-t'on pour agir ?

Saturday, June 28 at 17:30, every reader of this blog is cordially invited to the opening of a new exhibition devoted to the temporary habitat (two years after a first exhibition). An important moment for the Atelier Perret hosted the first elements of a restored MRU house's (534.10 Type). The choice of module is focused on the larger version (120 meters x 240 x 12 cm) with specific blocks (three "windows" and a "door"), all made ​​in two weeks in the "atelier" of our friend Denis Breault - manufacturer at a cost of 8,000 euros (3,000 wood + 1,000 frames + 1.000 transport and small equipment + 3,000 in labor). This expense represents two-thirds of the facade, the fifth of the total price considering the floor, the roof and farms. These figures indicate that this prototype is now up to 65m2 40,000 euros without equipment ... The draft does not cost so much knowing that it can last a very long time since the 1945 models would take all still standing if they had been better "treated", especially against fire. Adding that the reconstruction is slightly larger but also stronger, better insulated and made to be mounted / dismounted (as a yurt, so there is not need permission). In short, the dream of new home for less than 50,000 euros, eco-movable-handyman...

mardi 10 juin 2014

Antoinette Poisson // René Gabriel

http://www.antoinettepoisson.com/
© photo : Sandro di Carlo Darsa, extraite de http://www.antoinettepoisson.com/

Au début de sa carrière, René Gabriel réinvente un métier. L'histoire nous est racontée dans un numéro de la revue Art et Décoration daté de janvier 1927 : ""C'est de l'esprit de révolte, c'est d'une volonté de réaction que naquit le premier papier peint dessiné par René Gabriel. Esprit d'amour aussi, amour du ton pur, de la fraîcheur, de l'équilibre, du style. Et l'un des premiers, dans la petite chambre qu'il occupait rue de Bourgogne, en 1916, le tout jeune artiste commença, sans argent, sans soutien, sans organisation ni connaissance commerciale, de dessiner et d'imprimer un premier papier peint, puis un second, puis un troisième. La Foire de Paris allait ouvrir ses portes. René Gabriel y tient boutique. Et tout de suite, cela plaît. Il y a de la demande." Il se réinvente aussi une histoire, celle d'un singulier personnage exerçant le métier de dominotier. Tiré d'un passé proto-industriel, ce travail désigne l'impression sur "dominos" au XVIIIème siècle (42 x 33 cm) avant de s'étendre à la fabrication du papier peint à la planche, par raccord des motifs imprimés sur "lés". Plus proche de William Morris qu'on veut l'admettre, la mode des néo-artisans revient aujourd’hui. Alors qu'une fois de plus l'industrie nous pousse vers une terrifiante dictature globale, alors que l'on étouffe sous le réchauffement d’une modernité désuète singeant les Golden Sixties, l'intelligence semble poindre chez de jeunes créateurs. Il n’est pas étonnant de voir qu’un autre dominotier est né. Son nom ? Antoinette Poisson. Certes, la modestie franciscaine du petit artisan qu'adoptait René Gabriel n'y est plus car le néo-artisan doit se présenter avec les manières d’aujourd’hui. Mais le principe reste le même. Tout à l’opposé de la débauche de moyens du faux-luxe produit par des robots, l’économie des gestes du dominotier rouvre la porte d’une création à peu de frais qui va reprendre force en rapprochant le créateur et la matière, en renouant avec les gestes, avec les corps. Souhaitons qu'à l'image de René Gabriel, Antoinette Poisson fasse ainsi renaître une autre technique de production démocratique ! Pour mémoire, voici ci-dessous les illustrations de l’article de 1927, avec l’outillage qui permit à René Gabriel de produire des papiers par milliers...

Starting his career , René Gabriel reinvents a trade. The story is told in a number of the magazine Art et Décoration dated January 1927 : " It is the spirit of revolt, it is a desire that the first reaction wallpaper designed by René was born Gabriel . Spirit of love also love pure tone , freshness , balance , style . And -one of the first- in the small room he occupied rue de Bourgogne , in 1916, began the fledgling artist , no money, no support, no organization or business knowledge to design and print a first wallpaper , then a second and then a third . Paris Fair was opened. René Gabriel y has a shop . And right now, it pleases . There is demand. " He then reinvents a story, that of a singular character exerting work dominotier a forgotten art, derived from a pre-industrial past that he wants to revitalize . Later William Morris and less aware of its origins , neocraftsman back today. So once more the industry pushes us towards a terrifying global dictatorship , while demography makes us fall in a collective senility, while the warming an outdated modernity drawn from the memory of the Golden Sixties we suffer , intelligence seems to be emerging among young designers It is not surprising to see another dominotier His name was born . . Antoinette Poisson true . Franciscan modesty of René Gabriel is no longer there because the neocraftsman must present valuable ways today . But the principle remains the same. Just opposite debauchery means of false luxury product by robots. The economy of dominotier gestures reopens the door of a creation inexpensively who will take power by bringing the creator and matter, reconnecting with gestures, with body. Hope that, like René Gabriel , Antoinette Poisson and do another technique reborn democratic Production ! For the record, below, here are the illustrations of the 1927 article , with the tools that allowed René Gabriel produce lès thousands, and his drawings ... without the bright colors of the dominoterie ...

lundi 2 juin 2014

premier faux Gascoin // DIY on E-BAY

Le premier faux gascoin en ce moment ici sur ebay

Pour les amateurs-traders abonnés à Capital et à la Cote du design, Marcel Gascoin est un bon placement, de ceux qui montent. Investir dans "du Gascoin", c'est disposer d'une valeur plus dynamique que la pierre tout en étant incontestablement plus transportable et plus facile à vendre... N'ironisons pas sur le drame de l'immobilier. Ne nous moquons pas non plus des "petits porteurs" car on ne peut pas demander à tout le monde d'aimer uniquement la beauté en ignorant la part vénale. Quoi qu'on en dise, la valeur financière ne se méprise pas et permet aussi de quantifier l'intérêt collectif. Donc, Gascoin n'est plus oublié ! Souvenons-nous. Il y a une douzaine d'années, on trouvait le petit tabouret "Trèfle" pour rien, il circulait dans les brocantes, trocs, puces... Mais tout change : en 2002, Patrick Favardin en parle dans ses Décorateurs des années 1950 ; en 2006, il est dans l'Appartement témoin Perret ; en 2010, Guillemette Delaporte publie une monographie chez Norma ; en 2011, une seconde est éditée chez Piqop. Les dégâts sont limités mais les prix évoluent après chaque évènement : 100, 200, 300... Depuis, les professionnels ne l'ignorent plus, certains galeristes se spécialisent dans le "style reconstruction". Gascoin est devenu googlisable mais, comme ce mobilier reste rare (car il équipait peu les collectivités et se vendait surtout à des "classes moyennes" dépourvues du sens de la conservation), l'offre et la demande se rééquilibrent en poussant les prix à s'envoler. Aujourd'hui, il faut se lever tôt pour chiner le tabouret Trèfle dont des modèles douteux partent à quatre cents euros sur ebay, d'autres encore un peu plus chers chez les petits antiquaires, mais, pour en avoir un certifié Gascoin chez un galeriste, il faut désormais compter autour de mille euros... Autre conséquence d'une trop grande pression de la demande relativement à l'offre, le premier faux de qualité vient de naître : il est vraiment très beau (trop) et, surtout, c'est un moment historique !

jeudi 15 mai 2014

Candilis // Artcurial vente du 19 mai


mobilier pour enfants de Georges Candilis pour Port Leucate, lots 185 et 186 de la vente Artcurial du 19 mai

Il est exceptionnel sur ce site que des ventes soient évoquées mais certaines, comme celle du 19 mai chez Artcurial, deviennent incontournables (www.artcurial.com/design). L'un des directeur de cette maison et lecteur assidu de ce blog - Emmanuel Berard, que je salue cordialement au passage -, m'a signalé un objet remarquable, un dernier lot qui, last but not least, s'intègre parfaitement dans l'esprit d'Art Utile : des petits meubles pour enfants dessinés par Georges Candilis (wiki). Ce célèbre architecte du Team Ten a donc réalisé des meubles dans les années 1960, et ils sont aussi rares que parfaits. Pour ce proche de Lurçat et de Le Corbusier, c'est un coup de maître ! Afin de mieux comprendre cette création, n'oublions pas que nous sommes à cet instant au sommet d'un modernisme qui bascule déjà ouvertement vers le postmodernisme, disons plutôt l'hypermodernisme car il serait faux d'y voir une totale rupture. Après avoir été "rationnelle", puis "fonctionnelle", et enfin "utile", la modernité s'affirme "pragmatique", simplement parce qu'elle doit survivre, n'hésitant pas à se présenter différemment pour se faire accepter. Alors que l'on passe partout à une échelle froidement industrielle, les plus créatifs deviennent brutalistes, presque rustiques. Ils se "rematérialisent". Les meubles de Candilis sont d'autant plus représentatifs qu'ils ont été dessinés pour un projet marquant dans l'histoire de l'architecture : Port Leucate. Si le réancrage au territoire, à la matière, aux usages, s'y remarque immédiatement, le reste est pleinement moderne (dans le sens traditionnel du mot...). Tout est dit ici, avec quatre équerres en fonte d'aluminium et cinq ou six bouts de bois permettant d'obtenir les meubles essentiels : chaises, tabourets, tables, bancs, etc. simplicité qui s'affirme sans complexe dans le charme robuste d'une absolue radicalité conceptuelle. Bravo ! pour cette trouvaille, car ces meubles ont été sauvés de la décharge. Quelques pièces seulement, et c’est la première fois qu’elles sont présentées aux enchères...

Note du 23 mai 2014 : la belle conclusion d'une très grande vente... Déjà, l'ensemble a obtenu un prix tout à fait respectable, la paire de chaise étant adjugée à 2 300 euros, la table et le tabouret à 2000 euros. Mais, au-delà des chiffres (il y en avait des plus impressionnants ce jour-là), ce qui est véritablement intéressant, c'est que le Centre Pompidou a préempté ces deux lots ! Chacun pourra donc les voir. Merci à tous. Ci-après, belles images piochées sur le site de l'historien d'art Serge Lemoine (http://lemoine.blog.artcurial.com/).

It's exceptional on this website that sales are mentioned, but some , such as the 19 May at Artcurial become famous ( www.artcurial.com / design). One of the director of this enterprise and regular reader of this blog - Emmanuel Berard , I cordially greet the passage - pointed out to me a remarkable object, a last batch , last but not least, fits perfectly into the spirit Art Useful: small children's furniture designed by Georges Candilis (wiki) . This famous architect of Team Ten has made ​​furniture in the 1960s , and they are as rare as perfect. A student of Lurçat and Le Corbusier, and a master stroke ! To better understand this creation, do not forget that we are at this moment at the top of a modernism that switches already openly to postmodernism rather say the hyper-modernism because it would be wrong to see a complete break . After being "rational" and "functional" , and finally " useful ", modernity was "pragmatic" , simply for survive, not hesitating to look different to be accepted . As we move across a coldly industrial scale, become more creative brutalist , almost rustic . They " rematerialize " . Furniture Candilis are most representative they were designed for a project milestone in the history of architecture : Port Leucate . If réancrage the territory, material , uses , there is immediately noticeable , everything remains fully modern . Everything said here, with four brackets of cast aluminum and five or six pieces of wood to obtain essential furniture : chairs, stools , tables, benches , etc. . simplicity that says unashamedly in the rugged charm of absolute conceptual radicalism. Congratulations! for this finding, because the furniture was saved from the landfill. Some parts only , and this is the first time they are presented to the auction ... Below, beautiful images found on the website of the art historian Serge Lemoine

lundi 5 mai 2014

Villa Székely // cuisine merveilleuse


L'Art-utile dort un peu en ce moment pour une simple et bonne raison : la sortie d'un nouveau livre (le 15 en librairie), Utopie domestique, qui est à la fois le nouveau catalogue de l'Appartement témoin Perret et la synthèse de dix ans de recherches. Le choix de la couverture a été réalisé par Carole Daprey, éditrice et complice. Il fallait que l'image soit animée, en couleur, pas trop chargée, bien composée et d'un format adapté à la photogravure. Ce n'est pas simple. Heureusement, les logements présentés dans les années 1950 par Paris Match au Salon des arts ménagers sont parfaits (le choc des photos) et plus particulièrement cette "cuisine merveilleuse", intitulée Picasso, qui colle à l'Utopie domestique (le poids des mots). Cette image vient donc appuyer le titre du livre en suggérant une fusion entre un idéal abstrait et un quotidien aussi concret qu'ordinaire. Un rapprochement qui se fait sur dix ans, pendant la reconstruction. D'abord assimilée aux horreurs des totalitarismes, l'utopie globale moderne renaît en réduisant ses dimensions, cherchant d'abord à s'imposer dans l'urbanisme, puis dans l'architecture, pour finalement entrer dans l'intérieur de Monsieur Tout-le-Monde par la petite porte de la décoration... Cependant, au moment de boucler, impossible de trouver le créateur du carrelage de cette cuisine. Drame. Trop tard, donc, pour l'écrire dans le livre, mais pas pour ce blog ! La réponse se trouvait finalement dans un article de la revue Arts ménagers, publié trois ans plus tard : la cuisine a été réinstallée dans une maison commandée aux Székély, construite face au massif du Vercors. Beaucoup de talents s'unissent pour la bâtir : il y a le sculpteur Pierre Székély, la céramiste Vera Székely, le peintre André Borderie, l'architecte d'intérieur Marcel Gascoin et un architecte-conseil, Louis Babinet. Un monument historique (au sens propre) et une synthèse des arts...

Art Utile sleeps a bit in time for a simple reason : the release of a new book ( 15 in bookstores ) , Domestic Utopia, which is both the new catalog of Perret Show Flat and the synthesis of ten years of research. The choice of cover was created by Carole Daprey , editor and accomplice. It was the image is animated , color, not too heavy , well made ​​and a format suitable for photogravure . It is not simple. Fortunately, the housing shown in the 1950s by Paris Match in Ideal Home Exhibition are perfect ( shock photos) and especially this " wonderful Kitchen " , entitled Picasso, sticking to domestic utopia ( the weight of words ) . This image comes therefore support the book's title suggesting a fusion between an abstract ideal and daily banality. Approximation that is over ten years, during the reconstruction. First assimilated the horrors of totalitarianism , the modern global utopia reborn by reducing its dimensions , seeking first to win in the planning and in architecture, eventually entering the interior of average Joe - the World through the back door decoration ... However, when looping , can not find the creator of tiling the kitchen . Drama. Too late, then, to write in the book, but not for this blog! The answer is finally found in an article in the journal Household Arts , published three years later the kitchen was relocated to a house controlled Székély built facing the Vercors. Many talents unite to build : there sculptor Pierre Székély , ceramist Vera Székely , the painter André Borderie , the interior designer and architect Marcel Gascoin, Louis Babinet . A historical monument (literally ) and a synthesis of the arts ...

lundi 14 avril 2014

Gautier Delaye // Week End Chair

chaise Week-End, Pierre Gautier Delaye, collection GG

Bien que cette chaise ait 60 ans, on peut passer à côté sans la voir, on peut la croire des années 1980 avec sa couleur pin doré, on peut même la négliger comme s'il s'agissait d'un modèle récent sans excentricité. Et c'est là son génie, suivant l'aphorisme d'Auguste Perret : « Celui qui, sans trahir les matériaux ni les programmes modernes, aurait produit une œuvre qui semblerait avoir toujours existé, qui, en un mot, serait banale, je dis que celui-là pourrait se tenir pour satisfait. » Quelle est donc son histoire ? D'après une anecdote, elle se situerait au croisement d'un premier souvenir de Pierre Gautier-Delaye en vacances dans la montagne et d'un second de l'éditeur Vergnères en voyage dans les landes... Cela sent la légende car nous avons du mal à croire qu'ils n'aient pas été informés de l'existence de Charlotte Perriand ! D'autre part, si Charlotte Perriand s'inspire bien d'un mobilier économique artisanal en alliant formes rustiques, pin de section ronde et paille, c'est dans une boutique de Saint Germain des Prés qu'elle le découvre, ce style, et ce n'est qu'après son passage à Méribel que ce genre de mobilier devient un "style chalet"... L'aveu de Pierre Gautier-Delaye permet de constater qu'en montagne le "style Perriand" (Maison Minia // Perriand et Nelson) remplace le "style Le Même" (Henry-Jacques Le Même // Luxe rustique) au milieu des années 1950. Quoiqu'il en soit, le modèle de Pierre Gautier-Delaye suit sa propre histoire, allant toujours vers plus de démocratisation (et moins de confort, il faut le dire). Exposé une première fois au printemps 1954 à l'occasion du Salon des artistes décorateurs, la chaise est légèrement modifié (assise redessinée avec ses trois bandes paillées) et présentée deux ans plus tard au Salon des arts ménagers dans un ensemble au nom évocateur : "Week-End". Très remarqué, Pierre Gautier-Delaye remporte alors le prestigieux Prix René Gabriel 1956.

Although this chair was drawn there exactly 60 years can pass by without seeing it, you can believe the 1980s with his golden pine color , you can even neglect as if it were a recent model without eccentricity . It's the genius of the thing, following aphorism of Auguste Perret : "Whoever , without betraying the materials nor the modern programs have produced a work that seems to have always existed , which , in a word, would be banal , I say that one could stand satisfied. " What is his story? According to a legend, it is located at the intersection of a first remembrance of Pierre Gautier-Delaye on vacation in mountains and a second of his editor, Vergneres, traveling in pine forest... It feels good because it'simpossible that they are not aware of the existence of Charlotte Perriand . On the other hand, if Charlotte Perriand inspired many a craft economic combining rustic furniture forms , pine straw and round section is in a boutique of Saint Germain des Prés she discovers this style and only after the passage of the latter in Méribel this kind of furniture becomes " mountain cottage style " ... the confession of Peter Gautier-Delaye allows therefore to see that mountain " Perriand style " replaces " the Le Même style " (search Henry-Jacques Le Même in this blog) in the mid- 1950s. Nevertheless , the model of Pierre Gautier- Delaye will follow its history, always toward more democratization. Exposed for the first time in spring 1954 in the Salon of decorators artists , the chair is slightly modified ( redesigned with three bands) and presented two years later at the french Ideal Home Exhibition in a series aptly named " weekend ". Succesfull , Pierre Gautier- Delaye wins the prestigious "Prix René Gabriel".

samedi 15 mars 2014

Auxitec // Paul Chemetov

Siège social d'Auxitec, 171 boulevard Amiral Mouchez, Atelier Chemetov et 9bis, 2009

Si vous cherchez à visiter un bâtiment contemporain au Havre, évitez la facilité. Oublions les réhabilitations massacrantes et autres oeuvres navrantes du starchitecte, chacune à 50 millions d'euros... Voyons un bâtiment dix fois moins cher, fait pour durer un siècle : le siège d’Auxitec. C’est la construction post-Perret la plus intéressante de la ville, par sa volonté d’économie, sa discrétion, son intelligence et - surtout - son intelligibilité… Nous y reviendrons ! Fondée au Havre en 1964, Auxitec organise aujourd'hui même, à 15h et 15h45, la visite de ses locaux pour fêter ses 50 ans dans le cadre du mois de l’architecture. Le bâtiment me séduit et je vais donc m'occuper du guidage. Comme je ne cesse pas de perdre mes notes, j’ai décidé de laisser mon "brouillon" sur ce blog. Cette visite se divise en trois étapes : 1) la présentation de la société dans l’espace d’accueil ; 2) la présentation de Paul Chemetov avec un rappel historique de son oeuvre dans la salle de réunion ; 3) Un parcours dans le bâtiment lui-même, construit par Paul Chemetov et Laëtitia Comito avec les architectes locaux de l'Atelier 9bis Architecture, Cyril Leroux et Sébastien Potel...

If you are looking to visit a contemporary building in Havre, avoid ease. Forget destructive rehabilitation and other distressing works of The french starchitect, each at € 50 million ... Let a building ten times cheaper, built to withstand a century, the head office of Auxitec enterprise. This is the most interesting post-Perret city building, for commitment to economy, discretion, intelligence and - most importantly - its intelligibility ... We'll be back! Founded in 1964 in Le Havre, Auxitec organized today at 15h and 15.45 visit its premises to celebrate his 50 years during the event "month of architecture". The building attracted me and I will take care the tour. Since I don't stop wasting my notes, I decided to leave my "draft" on this blog.

lundi 3 mars 2014

Hall d'entrée au Havre // visite privée


entrée sur l'avenue Foch avec l'oeuvre de Louis Leygue

Visite en compagnie du célèbre architecte d'intérieur Pierre Yovanovitch et d'une architecte de son agence, Christine Lili Cheng : nous avons pu pénétrer dans le hall d'un immeuble qui borde à la fois la place de l'Hôtel-de-Ville et la rive nord de l'avenue Foch. La porte est aisée à repérer grâce à la sculpture en aile d'oiseau de Louis Leygue qui la surmonte. Dans le goût des I.S.A.I. du Havre, ce bâtiment ne s'adressait cependant pas aux familles moyennes mais aux favorisés ; on peut ainsi y découvrir le même soin constructif mais avec une plus grande générosité dans les volumes et les détails, son coût de construction étant plus élevé. Comme il est également dessiné par des membres de l'Atelier de la Reconstruction du Havre, dirigé par Auguste Perret, les réflexions qui découlent de son observation sont multiples : déjà, la construction qu'impose Auguste Perret (né en 1874) reste bien "de son temps" et n'est comparable, dans son esprit et ses finitions, qu'à celui d'autres grands précurseurs comme Adolf Loos (né en 1870) ou Frank Llyod Wright (né en 1867). Il ne faut pas confondre avec les modernistes qui font leurs armes plus tardivement... Ce qui est particulièrement saisissant, c'est l'extrême sensation de luxe procuré par le béton armé - matériau pourtant pauvre -. L'effet semble lié à la puissante présence de la structure, à la finesse d'imbrication des éléments de remplissage, à la subtilité des variations dans les constituants (grès rose, quartzite blanche, silex roux, liants teintés), ainsi qu'au contraste entre les surfaces avivées à la boucharde et celles où le mortier est laissé brut (à peine rehaussé par un "ciment pur" qui lui donne un ton légèrement plus foncé). Un constat s'en dégage : la sensation de préciosité ne s'obtient pas avec des artifices, ni des ornements, ni une matière originale, ni du rare, ni même du supposé "riche", mais seulement par l'oeil et la main de l'homme. Plus encore, l'utilisation d'une matière pauvre apparaît comme l'unique garantie de la qualité voire du génie - celui qui n'a pas à chercher à leurrer ! Ci-dessous, les photographies de Pierre Yovanovitch et Christine Lili Cheng.

It's rare that I mention in this blog my " tour guide " vacations but the opportunity present to a visit with the famous interior designer Pierre Yovanovitch and architect of his agency , Christine Cheng Lili . A pleasant meeting which inevitably leads to reflections. Luckily, we were able to enter in a building between Place de l'Hotel de Ville and Avenue Foch . The door is easy to spot with a sculpture of wing aircraft by Louis Leygue . In the style of famous ISAI , this building is , however, a further quality because it was aimed at well-off and not the " average family " . One can thus discover the same constructive care but with a more generous volumes and details for its construction cost would certainly be higher. As it is also designed by the members of the Atelier de Reconstruction du Havre, directed by Auguste Perret , the reflections arising from its observation are many: already , Auguste Perret (born 1874) is a man of his time and style construction is comparable in quality craftsmanship as the other major precursors such as Adolf Loos (b. 1870) or Frank Lloyd Wright ( b. 1867). It is important do not to confuse those men with young modernists who make their weapons during 1930s or 1950s ... Then, what is particularly striking here is the extreme feeling of luxury that gives the material - however poor - what the concrete . This seems related to the powerful presence of the structure, finesse nesting filling elements , the choice of components ( pink sandstone , white quartzite , brown flint, binders tinted) , and the contrast between the surfaces heightened and those where the mortar is left rough ( enhanced by a "pure cement" which gives a slightly darker it). One thing emerges : the feeling of preciousness is not obtained with the artifice of an original , rare or rich material , but only by the human eyes & hands. Furthermore, the use of poor material appears as the only guarantee of genius - one who does not try to deceive ! Below , photographs of Pierre Yovanovitch and Christine Lili Cheng.

vendredi 21 février 2014

Charlotte Perriand // fin du litige

Mobilier d'une chambre d'étudiant à la Maison de la Tunisie de Charlotte Perriand, édité par les 'Ateliers Jean Prouvé', 1952-1953 


Admiratif du travail que Jacques Barsac mène aux côtés de Pernette Perriand, je ne peux m’empêcher d'informer les lecteurs de ce blog qu'un arrêt du 19 février 2014 de la Cour de Cassation marque la fin définitive du litige qui les opposaient à d'importantes sociétés, notamment des célèbres marchands d'arts. Pour moi, le choix est toujours évident entre ceux qui étudient leur histoire et ceux qui défendent de gros intérêts financiers mais, pour la justice, il a quand même fallu attendre plus de dix ans. Chacun sait les traumatismes qu'imposent ces procédures interminables. Pour éviter le post-trauma, il faut regarder du côté de la Lumière. Heureusement, ils en ont l'occasion puisque Jacques Barsac vient juste de publier le tome 1 du "Charlotte Perriand Complete Works" chez Scheidegger und Spiess et écrit en ce moment même le tome 2...

Admiring the work of Jacques Barsac with Pernette Perriand, I must inform readers of this blog a judgment dated of 19 February 2014, the Supreme Court marks the definitive end of the litigation that opposed them to major corporations, including arts dealers. For me, the choice is obvious between those who study history and those who defend the financial interests but, for french justice, it still took fifteen years ! Everyone knows the trauma imposed these lengthy procedures. To avoid post-trauma, we must look the Light. Fortunately, they have the opportunity Jacques Barsac just published first Volume of "Charlotte Perriand Complete Works" in Scheidegger und Spiess, and writing the second volume at this moment ...

lundi 17 février 2014

Lille // Guillerme et Chambron

Page d'accueil du site internet http://www.votre-maison.com/


En avril 2013, une première enquête de Nicolas Le Du - qui fouille sur internet avec un talent fou - avait conduit à retrouver les traces de l'activité de la marque Votre Maison, célèbre atelier de la métropole lilloise fondée par Robert Guillerme et Jacques Chambron. En chêne ciré, massif ou placage ébénisterie, ce mobilier représente parfaitement la branche robuste et subtilement rustique qui se greffe sur le tronc du Mouvement moderne après-guerre. Aujourd'hui même, Bernard Defraeye, qui a racheté le nom "Meuble Votre Maison" pour maintenir le service client et la distribution, m'a sympathiquement contacté pour me donner des précisions sur le devenir de l'entreprise. Celle-ci a été liquidée au milieu des années 2000 mais elle reste en activité en tant que Menuiserie Carfep et elle est toujours implantée à l'emplacement du siège historique, le 69 bis de la rue Jean-Jaurès à Ronchin. Si la fabrication initiale est stoppée (les modèles sont la propriété d'Hervé Chambron, successeur et ayant-droit), les amateurs seront heureux d'apprendre qu'ils peuvent aller à cette adresse pour restaurer, ou remettre des mousses, ou des tissus neufs, sur leur anciens "Guillerme et Chambron". Enfin, n'oublions pas que la galerie Maison Bananas, spécialisée dans cette marque, a décrit les multiples modèles de la marque Votre Maison dans un catalogue en ligne. Mais regardons déjà ce qu'en disent les responsables de l'atelier sur leur site ; ils y décrivent parfaitement leurs origines et plus largement celles d'un "style Reconstruction" :

"L'histoire de Votre Maison commence en 1940, en Prusse Orientale, au bord des lacs mazuriens... Un stalag, un baraquement de bois... Réunis par les absurdes conséquences d'une guerre, des hommes venus d'univers différents sont là et, parmi eux, Jacques Chambron et Robert Guillerme ... ensemble, ils livrent un combat quotidien pour vivre, pour préserver ce qui leur parait essentiel : la dignité humaine... La guerre s'éternise... Pour mieux supporter le présent, ils échafaudent des projets d'avenir... Hiver 1944, la guerre touche à sa fin, les troupes soviétiques font éclater le front de l'est, alors que les alliées avancent vers le Rhin... Viennent alors les années d'après guerre, avec les restrictions, les tickets de rationnement, le pays qu'il faut reconstruire, le quotidien qu'il faut encore et toujours assurer... Robert Guillerme et Jacques Chambron reprennent leurs anciennes activités professionnelles... Guillerme est retourné à Lille exercer son métier d'ensemblier-décorateur. Diplômé de la promotion 1934 de l'école Boule, il excelle dans l'architecture et la création de meubles d'intérieur et met son talent au service des ateliers Rogier, l'une des maisons les plus réputés de la région. De son coté, Chambron , diplômé de l'école des Arts Appliqués de Reims, a repris son activité de peintre-décorateur dans son atelier parisien de la rue Nollet... Malgré le temps et la distance, les contacts restent étroits, et les projets élaborés pour vaincre la détresse des camps deviennent ceux de la fraternité... En 1948, Jacques Chambron et sa famille quittent Paris et viennent s'installer à Lille. Le projet initial prend forme, se concrétise. Guillerme et Chambron rencontre Emile Dariosecq , propriétaire d'un atelier d'ébénisterie à la recherche de nouveaux débouchés industriels..."

The story of "Votre Maison (Your House)" begins in 1940, in East Prussia, along the mazurians lakes ... A stalag, a wooden hut ... Gathered by the absurd consequences of war, men from different worlds are there and among them Jacques Chambron and Robert Guillerme ... Together they deliver a daily struggle to live, to preserve what seems to them most: human dignity ... The war drags on ... To better support this, they devleop future projects ... Winter of 1944, the war comes to an end, Soviet troops shatter the Eastern Front, while the Allied advance to the Rhine ... Then come the post-war years, with restrictions, ration, it is necessary to rebuild the country, the daily need and yet still ensure ... Jacques Guillerme and Robert Chambron found their old professions ... Guilherme returned to Lille exercise his profession decorator. 1934 graduate of the promotion of the Ecole Boulle, he excels in architecture and creation of interior furniture and put his talent to workshops Rogier, one of the most famous factory in the region. For his part, Chambron graduated from the Applied Arts School in Reims, resumed his work as a painter and decorator in his Paris studio of the Rue Nollet ... Despite the time and distance, the contacts remain strong, and projects designed to overcome the distress of those camps become the fraternity ... In 1948, Jacques Chambron and his family leave Paris and came in Lille. The initial project is taking shape happen. Guillerme and Chambron met Emile Dariosecq owned a woodworking shop in search of new industrial opportunities ...

mardi 4 février 2014

Journal de l'ameublement // Sommaires 1951-1958

en 1998, le numéro 1000 en version française du  "Décors" offre un historique, actuellement version néerlandaise en vente sur ebay (Décors 1000)

Je remets en haut de l'affiche les sommaires du Journal de l'ameublement - Meubles et décors suite aux informations envoyées par Noël Hostens, architecte-ingénieur, expert des meubles des Ateliers d'art De Coene (nous y reviendrons). Cette revue est la plus intéressante qui soit pour les "créateurs de modèles de série", devant le Décor d'aujourd'hui et La Maison Française, avec un ton abordable et un prix incroyable : 45 frs, presque dix fois moins cher que ses concurrents ! Cette revue a une très longue histoire et se nomme alternativement Journal de l'Ameublement (de 1915 à avr. 1936, d'avr. 1941 à 1944, d'avr. 1952 à oct. 1958) et Meubles et décors (de mai 1936 à juil. 1939, de 1945 à mai 1952, de nov. 1958 à avr. 1971), avant d'être re-titrée Décors. Sa ligne éditoriale est surtout révisée de 1951 à 1958 quand elle prend le format in folio d'un journal alors qu'elle a déjà plus de 600 numéros au compteur. Cette revue était avant cette date plus traditionnelle mais son directeur, Louis Brulliard, se décide à changer lourdement son orientation pour en faire un outil de communication engagé exclusivement dans la promotion du meuble moderne édité en grande série. Les sélections sont de qualité avec un grand format richement illustré qui permet de toucher un public large et jeune, désargenté mais sensible à la nouveauté. A l'opposé du snobisme vieillissant de l'Art déco, les articles vantent des meubles économiques produits en quantité, ceci pour réduire à néant le préjugé d'une industrie française condamnée à meubler les milliardaires rétrogrades. Très engagé, Louis Brulliard veut imposer un modernisme social qui réunirait les héros du moment en France comme le fait "Form" en Suède, "Goedwonen" en Hollande, "Werkbund" en Allemagne ou "Formes Nouvelles" en Belgique... Ce qui explique sans aucun doute le passage en édition belge bilingue (français / néerlandais) dès 1958 mais les temps ont alors changé !

Le Top-50 de la revue (1951-1958) : 1) Caillette, 2) Richard, 3) Gascoin, 4) Flachet, 5) Paulin, 6) Hauville, 7) Gautier, 8) Saint-Sabin, 9) Hitier, 10) Landault, 11) Guermonprez, 12) Paolozzi, 13) Durussel, 14) Guariche, 15) Perreau, 16) Free-Span, 17) Motte, 18) Simard, 19) ARP, 20) Dangles et Defrance, 21) Mortier, 22) Biny, 23) Guérard, 24) Dumond, 25) Rozier, 26) Groupe-4, 27) Dangles, 28) Godfrid, 29) Knoll, 30) Ramos, 31) Baillon, 32) Disderot, 33) Erton, 34) Seigneur, 35) Le Manach et Hubschverlin, 36) Oscar, 37) Poisson, 38) Airborne, 39) Meyer, 40) Polymeubles, 41) Sognot, 42) Pré, 43) Crozatier, 44) Guiguichon, 45) Old, 46) Royère, 47) Steiner, 48) Caminelle, 49) Monpoix, 50) Perriand

mardi 28 janvier 2014

Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie (2/2)

Pierre Pigaglio et Georges Jouve sur la table de Jean Royère, Art et industrie, n°IV, juillet 1946, p.20

Pour compléter l'article ci-dessous (Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric), voici une illustration qui mérite sa propre explication : elle est prise au "Salon des arts de la table" qui, créé en 1935, vient de renaître en 1946. Ici, le fameux critique Waldemare-George (revues 1945-1955 // art et industrie) prolonge le combat postmoderne qu'il a réengagé après-guerre avec Paul Claudel dans la Galerie de l'orfèvrerie Christofle, rue Royale, dès juin 1945 ; il tente de faire revivre le grand style qui a fait la gloire de la décoration française en accumulant la liberté baroque, la sobriété Louis-XVI et l'élégance Directoire. Ici, il veut rendre visible un nouvel événement soutenu par sa revue, Art et Industrie, afin de lutter contre l'inhumanité de la mécanisation. Il pose cette question dès l'éditorial : "La vie taylorisée de demain comportera-t-elle des machines à manger semblables à celle des Temps Modernes de Chaplin ?" Ici, surtout, l'élite raffinée parisienne découvre Pierre Pigaglio dans sa première grande présentation officielle où il apparaît en mouton noir suivant un choix opéré par le si raffiné et rebelle Jean Royère. Celui-ci rompt avec l'Art déco néo-dix-huitième des autres décorateurs pour épouser une ambiance "rustique moderne" où s'alignent une cruche, une grosse soupières, des assiettes creuses et des tasse de notre ami installé à Saint-Amand-en-Pusaye, accompagné par deux sirènes aussi démonstratives qu'historicisantes de Georges Jouve. Ici, s'impose un autre bon goût, celui de nos braves artisans, celui des honnêtes gens qui aiment les douces provinces de France et les matières simples et robustes, avec la baguette de pain, la bolée de cidre, la soupe aux choux et le pâté de lapin. Ici, pour en finir, le bonheur est dans les prés, les pieds dans la terre, loin des corruptions et des illusions de la grande ville ‑ comme on veut toujours le croire -.

An illustration to complete the article below because it deserves its own explanation : Here the "Salon des arts de la table" who was born in 1935, and born again in 1946. Here , trying to relive the Grand Style that made the glory of the French decoration before the war with its baroque freedom, Louis-XVI sobriety and Directoire refinement. Here, the famous critic Waldemare-George wants to make visible this event with his journal "Art et Industrie" to fight against the inhumanity of mechanization , he asks this question from the editorial: " The life Taylorized tomorrow she will include machines similar to machine-for-eat of the Chaplin film Modern Times ? " Here , especially , the refined Parisian elite discovers Pierre Pigaglio in his first major official presentation where it appears the unacceptable face following in a choice of Jean Royère, so refined and rebel person. It decides on a warm " modern rustic " which align a jug, a large tureens, soup plates and cup of our potter maked designed by our friend and accompanied by two particularly demonstrative sirens Georges Jouve . Here, finally, imposes a rustic taste addressing an honest public , one who loves sweet provinces of France , with their simple and robust materials, with the bread "baguette" , bowl of cider , cabbage soup and rabbit pate . Here , to finish and forever , happiness is in the meadows , feet in the ground , away from corruption and illusions of the big city - as has been said - .

mercredi 15 janvier 2014

Pierre Pigaglio // les céramiques d'Eric (1/2)

une vingtaine de céramiques de Pierre Pigaglio, la collection GG

Référence nécessaire au feu pendant les grands froids, la Maison du Patrimoine du Havre accueille des céramistes de mi-janvier à mi-février. Premier événement en 2014 : Pierre Pigaglio. Pour ce personnage, la part de mystère domine encore, à l'exception des informations circulant à Saint-Amand-en-Puisaye (grespuisaye.fr // Pigaglio), avec une photographie collective (grespuisaye.fr // Maubrou) et une date de naissance : 1913. Pierre Pigaglio s'y est installé de 1942~44 à 1947~50 en reprenant l'Atelier de Jean Maubrou et son tourneur, Camille Gendras. Ajoutons que l'Atelier accueille et forme, de décembre 1945 à décembre 1946, Jean Derval. S'il semble difficile de détricoter les rôles de chacun dans le quatuor Pigaglio-Maubrou-Derval-Gendras, on peut observer des variances suivant les signatures : les pièces uniquement marquées "PPigaglio" sont ultra-sobres ; quand s'ajoute "D" ou "Derval", elles sont lourdement ornementées ; quant au "PMP" (Pierre Pigaglio-Maubrou), il apparaît presque systématiquement et accompagne les nappages travaillés où se retrouvent les recettes de Maubrou, émaux dans un rouge de cuivre tournant vers le turquoise ou dans un blanc crème plus ou moins cristallisé. Au tourneur la fabrication, au maître les nappages, à l'apprenti les ornements ! Quant à Pigaglio, il impose ses formes. Son arrivée dans cet atelier est immédiatement remarquée par sa production atteignant une simplicité extrême, un moment où les modèles vernaculaires de la tradition potière renaissent en étant épurés, remodelés, "modernisés" - coupe, coupelle, assiette, vase, pichet, bonbonnière, bougeoir, pied de lampe, service à liqueur, etc. -, créant un instant identifiable entre la pièce unique et la production de masse, atténuant les débordements décoratifs de l'Art déco pour réintroduire l'utilitaire. Les critères du "style Reconstruction" s'y retrouvent donc, montrant qu'ils touchent la céramique au même titre que l'architecture et l'ameublement... Voilà l'explication de l'omniprésence de Pierre Pigaglio aux salons de la Société des artistes décorateurs de 1945 à 1949, à l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation (Paris) et à l'Exposition itinérante La céramique française contemporaine (Vienne, Baden-Baden, Berlin) en 1947. Dans le catalogue de Vienne, Renée Moutard-Uldry résume ainsi la situation : "Indiquons deux aspects assez différents en pleine et juvénile évolution de la céramique française. Nous pensons d'abord aux oeuvres inspirées ou vivifiées par des traditions régionalistes et se réclamant de la poterie populaire (Pigaglio, Madoura, Roulot, Blouzard). Enfin, une tendance nouvelle semble prendre, ces dernières années, une importance particulière : des artistes (Pouchot, Jouve, Lenoble, les 4 Potiers, Carbonell, Chevallier [s'ajouteront Callis et Derval]) renonçant au tour, préfèrent modeler ou sculpter la terre, créant ainsi des oeuvres d'un caractère nettement décoratif..." Les créateurs du modernisme social s'orientent évidement vers la première tendance, on retrouve donc Pierre Pigaglio dans les stands et boutiques de René Gabriel, Marcel Gascoin, Landault et Mortier jusqu'au début des années 1950 ; il est encore cité et illustré dans l'ouvrage de Michel Faré, La céramique française contemporaine en 1953 : "Dans ce même village [Saint-Amand-en-Puisaye], Pierre Picaglio [sic] réussit à résoudre le difficile problème d'une production artistique qui soit assez abondante pour répondre à toutes les demandes." Puis il disparaît brutalement du paysage, étouffé par la vague néo-moderniste des "Dubrocq" ! Malheureusement, quand le brutalisme refait la mode dans les années 1960, Pigaglio n'apparaît plus, une absence notoire en 1962 quand le Musée des Arts décoratifs présente les Maîtres potiers contemporains où il est juste cité comme un ancien collaborateur de Jean Derval... 3ème version 09 fév. - merci à Patrick Favardin et grespusaye.fr

A Fire reference necessary during cold weather , the "Maison du patrimoine" in Le Havre host ceramists in January-February ... First event , 2014 : Pierre Pigaglio . Let us in the introduction that the potters are singular artists who, like cooks and magicians are organized by families are transmitted secrets "recipes ", " cooking ", " wheel " , " kiln " sometimes even " factory ".  Pierre Pigaglio (born 1913) , mysterious ceramist installed 1942 /44 to 1947/50 in Saint-Amand-en-Puisaye (cf. grespuisaye.fr ) is very prestigious lineage : he moved into the Jean Maubrou factory , student of Edmond Lachenal , itself formed by Théodore Deck ! Let us add that everyone knows : Pierre Pigaglio was master of Jean Derval . Why this long lines ? Because potters cannot ignore that transmission is at the origin of invention, material leaves know that rubbing it, experience ca not be limited to words of writings or pictures because it lies only in the action. That said, here are some pictures of the GG Collection where we can see how the pottery tradition can be reshaped : cut, cup , vase, pitcher , candy box , candle holder, lamp base , liquor flask. The works are all signed Pigaglio & Maubrou with a suggestive " PMP " and / or " PPigaglio " sometimes "D" is added to indicate the intervention of Derval in decoration. Everything is in a erthenware- white to dark brown ware with occasional thin traces found pyrite.On brand Maubrou the work surface of the parts , especially on small cuts in enamel glazes with the red copper turning to turquoise, cream and more or less crystallized. But Pierre Pigaglio mainly by the extreme simplicity of its style , the potter accompanying René Gabriel , Marcel Gascoin or Roger Landault from 1945 to 1950, creating an identifiable moment between precious splendor of Art Deco and modernist style demonstrations of 1950 , between the single room and mass production - the characters of " Reconstruction style " that affects the ceramic as well as architecture and furnishings ...