mercredi 17 juillet 2013

Noisy-le-Sec // Cité expérimentale

Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, d'Hélène Caroux (Somogy, déc. 2012, 32 euros).

Heureusement, on vient de me remettre en mémoire un livre que j'avais oublié de signaler ici : Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, sous la direction d'Hélène Caroux (avec des textes également passionnants d'auteurs aussi remarquables que Benoît Pouvreau, Yvan Delemontey...). Tout comme la diversité du vivant augmente après les grandes extinctions dans les temps géologiques, la guerre semble provoquer un vide qui ouvre sur une création. La preuve dans ce livre où nous touchons au plus près la strate qui se dépose sur la table rase ; emprisonnée entre l'impératif de l'économie et celui de la normalisation. Ici, la cité-jardin veut renaître de ses cendres, aidée par Raoul Dautry alors tout premier ministre de la reconstruction. Outre l'ouverture et la richesse inimaginable du savoir-faire technique en architecture, on peut aussi observer le rôle-clef tenu par René Gabriel dans le mobilier : à l'exception de la maison Prouvé, il équipe la quasi-totalité des autres logements (je ne déflore pas le livre en copiant certaines images...). Dans ce domaine, la diversité ne se montre pas encore et il va falloir attendre le temps des Appartements témoins et du Salon des arts ménagers. Tant mieux pour René Gabriel qui apparaît alors comme un unique précurseur... Mais que sont devenus ces meubles ? Comme le signale Hélène Caroux (p.100), les habitants se plient d'abord aux exigences du Ministère, répondant aux sondages, vivant dans un décor imposé et laissant leurs portes ouvertes mais, en 1951, ils renoncent aux obligations jugeant "que, s'il était logique en période expérimentale de se plier aux servitudes esthétiques et utilitaires du mobilier imposé par l'administration, ils estiment anormal, une fois l'expérience terminée, de se voir maintenant dans la condition de locataire meublé" !

lundi 8 juillet 2013

Oscar Niemeyer // pour mémoire


Tout un chacun le sait, Oscar Niemeyer est bien mort le 5 décembre 2012. Tout un chacun le sait également, il avait réalisé au Havre le "théâtre - maison de la culture" en y déposant une bonne centaine de chauffeuses et poufs dessinés en 1971 ([ON1] modèle déposé aux Arts décoratifs)... La Fondation Total venait juste de retapisser quelques-uns de ces sièges et, suivant cette logique, on aurait espéré une restauration du site. Cependant, le contraire vient d'arriver. Qui sait, cette fois, que des travaux de rénovation sont actuellement menés ? Il reste peu de choses : une coque vide, plus rien à l'intérieur, même la rampe est "déconstruite". Une oeuvre de Niemeyer sans sa rampe, c'est la Joconde sans son sourire ! Passons, pour en revenir au sujet de ce blog. Oscar Niemeyer est l'une des premières figures marquantes du tournant "formaliste" des années 1940, quand les héritiers du Bauhaus assument une mutation dans l'Exposition "Brazil Builds" (MoMA, janvier 1943). L'architecture n'est plus machine et fonction mais poésie et forme. Et l'architecte, comme dans L'homme de Rio, n'est plus un maître articulant rigoureusement la commande avec les corps de métiers mais il devient une vedette déployant gestes, lignes et coloris. L'usager, la matière, la technique sont domptés par son charisme et tendent vers une liberté capricieuse et sensuelle. On connaît désormais les limites des "starchitectes" et des "ovnis urbains" mais il faut admettre que le résultat reste spectaculaire, comme ces images extraites (pour la cause militante) du film Le Havre - Espace Oscar Niemeyer produit par la Maison de la Culture du Havre, réalisé par Charles Mourier et Claude Mourieras en 1983. Souvenir, et clin d'oeil au séminaire qui se déroule en ce moment à Grasse.

lundi 1 juillet 2013

Hostellerie de la Seine // René Gabriel

 
 
Petit voyage à Polisot, près de Troyes, pour découvrir ce qu'il reste d'un hôtel particulièrement célèbre au moment de sa construction, soit de la reconstruction. Entièrement décoré par René Gabriel, toutes les revues françaises (et beaucoup hors frontières) publient des images de la célèbre "Hostellerie de la Seine" - citons : Décors d'aujourd'hui n°36, Ensembles modernes en 1946, La Maison en décembre 1946, Maison française en décembre 1946 et 1947, Mobilier et décoration en avril 1947, etc... Un succès ! Si la commande d'un hôtel est relativement courante pour un décorateur, celui-ci représente un enjeu majeur dans cette période difficile, surtout pour un créateurs de série comme René Gabriel qui va profiter de l'équipement des chambres pour tester ses modèles destinés à une production "industrielle" de qualité. Outre l'enseigne en fer forgé où l'on retrouve le style exceptionnel de son travail d'illustrateur (avec le sansonnet), René Gabriel affine ici les meubles "premier prix" proposés aux sinistrés, qu'il va exposer au Salon des artistes décorateurs puis réutiliser pour l'équipement des appartements types du Havre (lors de l'Exposition internationale de l'urbanisme en 1947). Dans le confort aimable et généreux de l'auberge de Province, le style "reconstruction" de René Gabriel vient tout juste de s'inventer : c'est ici, à Polisot...