samedi 25 mai 2013

Chaise pliante // Jacques Hitier

chaise pliante Tubauto, Art et décoration N°7, 1947

Après l’énigme du fauteuil d’école maternelle Mullca (crée vers 1949), une autre s’ouvre autour de Jacques Hitier avec la célèbre chaise pliante Tubauto, celle que l’on trouve dans les pique-niques au bord de la Nationale-7 et sur les grands Transatlantiques. Implicitement datée des années 1960 et présentée comme une nouveauté particulièrement fonctionnelle et élégante lors de la récente exposition consacrée au paquebot France, il a été possible d’en retrouver la trace dix ans auparavant, le plus souvent illustrée dans sa version économique (modèle nommé « Route ») – et régulièrement utilisée par Jacques Hitier dans ses articles et stands (Jacques Hitier – modernité industrielle, éd. Piqpoq, 2012). Celui-ci n’en revendique pas la paternité comme c’est toujours (malheureusement) le cas pour les meubles qu’il juge plus utilitaires que décoratifs, fruits de l’ingénierie plus que du dessin. Cependant, en lisant le numéro d’Art et décoration daté de septembre 1947 (n°7), dans l'article consacré au Salon des arts de la table organisé par Art et Industrie dans les Studios Harcourt, nous trouvons déjà une version luxueuse (« Baccara », cf. Showroom), celle qui sera rééditée pour le bateau France quinze ans plus tard… Un gouffre temporel s’ouvre sous nos yeux ! Nous voici même quelques mois avant l’année admise pour l’entrée de Jacques Hitier dans l’entreprise Tubauto… Ne croyons pas au hasard, et n’oublions pas que le designer rôde alors au milieu des grands industriels du meuble tubulaire. Signalons qu’en 1944, il travaille déjà pour Biénaise afin de réaliser en bois la célèbre chaise métallique de la marque - celle qui se plie latéralement. Il est fort possible que Jacques Hitier ait offert à un concurrent un modèle plus cossu, pliable frontalement. Enfin, cette chaise que l’on trouvait déjà exceptionnelle pour les années 1960, devient extraordinaire en 1947 même si la variante "Route" disponible dans la valise Kiss-Ply n'arrive qu'un peu plus tard, comme le montre un article daté de 1949 où l'on découvre encore un vieux modèle Tubauto - toujours pliable latéralement.

lundi 6 mai 2013

Frank Rogin // René Gabriel

 
Si, par moment, on se sent un peu isolé au Havre en trouvant ce divan-lit dans un vide-greniers en fin de matinée (vide-greniers // décroissance), pensons à ceux qui sont à New-York : là-bas, de nombreux galeristes aiment ce mobilier. Il ne faut pas manquer Tom Thomas, Pascal Boyer et, surtout, Demisch-Danant pour le Mid-Cent (1950's) ainsi que Frank Rogin pour le Modernism (1930's), les deux se croisant autour du "style Reconstruction". Faisons donc un premier tour chez Frank Rogin qui nous montre - concernant René Gabriel - de nombreux meubles, quelques rééditions, de rares photographies d'archives ainsi qu'une excellente biographie. Le galeriste se présente ainsi : "Frank Rogin représente la troisième génération d'une famille d'antiquaire et a ouvert sa propre galerie en 1993. Les séries qu'il présente se concentrent sur les designers et les architectes modernistes européens qui ont aménagé des espaces publics et privés pendant le 20ème siècle. Couvrant les différents mouvements européens de design de l'ère moderne, son inventaire comprend des pièces uniques ou produites en petites et en grande série".

A quick tour in the New York gallery of Frank Rogin (rogin.com). He offers us many vintage furniture by René Gabriel (and some contemporary editions), rare archival photographs and an excellent biography. He describes his career: "Frank Rogin, a third-generation antiques dealer, has been in business since 1993. His inventory focuses on European modernist designers and architects who have come to define the look of 20th century public and private spaces. Spanning the various modern era European design movements, the inventory includes unique pieces as well as those that were in both limited and large production".

mercredi 1 mai 2013

Pascal Quignard // L'enfance

"Trottoirs couverts" de la rue de Paris en construction, fonds Esdras-Gosse, Bibliothèque municipale du Havre

Ces derniers jours, Pascal Quignard était au Havre pour un colloque consacré à son oeuvre (les lieux de Pascal Quignard). Agnès, Chantal, Jean-Louis et des meutes d'autres quignardiens-nes allaient et venaient dans les rues de la ville. Pourquoi ? Pascal Quignard a tout simplement passé son enfance au Havre mais nous pouvons aller plus loin car ses parents figuraient parmi les premiers occupants des immeubles construits par l'Atelier d'Auguste Perret. Ils résidaient au 86 rue Bernardin-de-Saint-Pierre dans un logement exactement identique à notre Appartement témoin Perret. Après Annie Ernaux // Les années, un autre point de rencontre avec Pascal Quignard // L'enfance. Il arrive à l'âge de deux ans, en 1950, puis repart à dix, en 1958 : "La fenêtre donnait sur le port du Havre. C’étaient des ruines, des abeilles, des quais, c’étaient aussi des sirènes. J’avais six ans. Je lisais les contes et les légendes et mes pieds reposaient sur un petit établi de bois jaune devant la fenêtre qui donnait sur la mer ou plutôt sur la bourrasque grise perpétuelle. C’était ce que dans mon enfance, je m’en souviens encore, on appelait la mer." Il voit, mémorise, décrit une ville dans les ruines, la pluie, le vent, les rats et surtout la mer, celle dessinée par Taylor et Nodier, celle où sévit immanquablement la tempête. Ce n'est pas notre plage contemporaine, cette triste mer d'huile lisse comme de la crème solaire, ce n'est pas non plus une image des romantiques, c'est un surgissement de son enfance : une eau noire écumante qui sent le départ et ses dangers, une impulsion qui nous pousse vers le dehors, l'ailleurs, l'au-delà, l'origine. Pour atteindre ce lieu, il n'y a pas de reconstruction mais seulement des gravats. Pour en savoir plus, en attendant la publication des actes : une exposition à la Maison du patrimoine, un livre (Pascal Quignard une enfance havraise) et une visite guidée, les dimanches 5 et 12 mai à 15h...

These last two days, Pascal Quignard was in Le Havre for a conference on his work. Agnes, Chantal, Jean-Louis and other quignardians came in the streets of our city. Why? Pascal Quignard spent his childhood in Le Havre, but we can go further because her parents were among the first occupants of buildings constructed by Auguste Perret. They lived at 86 rue Bernardin de Saint-Pierre in exactly the same our model apartment. After Annie Ernaux, another meeting point with another author, Pascal Quignard. He arrives at two years old in 1950, then leaves at ten in 1958: "The window overlooking the port of Le Havre. They were ruins, tugboats, docks, they were also sirens.. I was six years old. I read the stories and legends and my feet rested on a small wooden desk painted yellow in front of the window overlooking the sea or rather the perpetual gray storm. It was this name, in my childhood, I still remember, the Sea" He sees, stores, describes a city in ruins, rain, wind, rats, and especially the sea, that one drawn by Taylor and Nodier, where inevitably in the storm rages. It's not our contemporary beach this sad sea oil slick like sunscreen, it's not a romantic picture, it is a surge of his childhood: a frothing black water that smells departure and its dangers, an impulse that drives us towards the outside, the other hand, beyond the origin. To reach this place, there is no reconstruction but only rubble. For more information: an exhibition at the Tourist Office (Place Auguste Perret, Le Havre), a book (Pascal Quignard, childhood in Le Havre) and a guided tour May 5 and 12...