jeudi 19 décembre 2013

Bernard Zehrfuss // de la place pour l'inutile

Coin de cheminée chez Bernard Zehrfuss, couverture du numéro de Noël 1958 de la revue Maison Française

Rappel sur Pierre Bourdieu, ses "styles de vie" et son "choix du nécessaire"car l’utile est pour lui le luxe que l'on accorde aux pauvres... Une évidence dans cette période de fête et le rappeler peut permettre d'éviter certaines fautes de goût. Réservons l’inutile aux gens qui en ont les moyens ! A l'opposé, l'idéal franciscain n'est pas neuf et ne se limite pas aux instants festifs. Approchons plutôt les frontières morales du luxe inutile à travers cet article de Maison Française daté de Noël 1958. Depuis la "crise de 1955", les revues se sont éloignées du logement minimal et regardent désormais la maison de campagne, le mobilier international et l'antiquité, virage conservateur qu'illustre à la perfection le vieux moulin pittoresque tout meublé rustico-shaker où vit le ténor de l'opéra pas comique des grands ensembles : Bernard Zehrfuss (wiki). L'architecte inaugure alors le Palais de l'Unesco et dessine le Haut-du-Lièvre à Nancy. Ne soyons pas choqués ou étonnés par le contraste saisissant entre son cadre de vie et son oeuvre ; disons que sa demeure doit être une vitrine rassurante pour le commanditaire. Et puis la modernité y est présente, précisément dans d'inutiles œuvres d'art posées ça et là pour certifier la qualité du propriétaire, comme le mobile offert par Calder, l'aquarelle par Miró et les céramiques par Artigas, trois artistes qui collaborent à la réalisation du Palais de l’Unesco... Quant au texte accompagnant l'article, il est intitulé "les images de mon moulin" : outre un jeu de mots, le lecteur attentif peut y découvrir la signature de Ménie Grégoire, future célébrité de la radiodiffusion qui vulgarisera la psychanalyse et la sexologie dans les années 1960. Mais elle en est encore loin, ce qui permet de localiser une phrase "justificative" bien trop révélatrice, casée entre une citation de Bachelard et trois vers de Rilke : "On peut être architecte moderne sans détruire pour autant le passé : on peut aimer à la fois ce qui sera et ce qui a été". Dans tous les cas, pour lui-même, Zehrfuss va loin dans la préservation, conservant jusqu'aux cages à lapin sur le côté de son vieux moulin ! Rappelons que cette année-là, Marcel Carné abandonne ses portraits baroques et poétiques du peuple de France pour filmer "Les Tricheurs", chef-d'oeuvre souvent jugé réactionnaire. Mais la vraie question n'est pas là et semble être restée ouverte depuis lors : pour Noël, que veut-on, le Vieux-Moulin ou les cages à lapins ? Rien, la question est fausse et inutile.

Remember Pierre Bourdieu 's " lifestyle " and " choice of necessary" as useful for him the luxury that we give to the poor ... Evident in this festive period and recall can avoid some errors of taste . Reserve the useless for people who can afford it ! In contrast, the Franciscan ideal is not new and is not limited to festive occasions . Approach rather the moral boundaries of unnecessary luxury through this article of French House dated Christmas 1958. Since the "crisis of 1955 " , the journals are far from the minimum housing and now watch house, the International Style and antique, illustrated perfectly conservative shift the picturesque old mill fully furnished rustic / shaker where saw the tenor of French Housing Estate : Bernard Zehrfuss. The architect opens the Unesco Palace and draws the Haut-du-Lièvre in Nancy . Let us not be shocked or surprised by the contrast between his lifestyle and his work , saying that his remains should be reassuring the sponsor. And modernity is present precisely in unnecessary pieces of art and there asked to certify the quality of the owner , as offered by Calder , Miró and Artigas , three artists who collaborate to the implementation of the Unesco Palace ... As the accompanying article , it is called " images from my mill " . Puns apart , the careful reader can discover the signature of a future celebrity who popularize psychoanalysis and sexology during 1960's . But it is still far away, which helps locate a " supporting " phrase too revealing, Casee between a quote Bachelard and three verses of Rilke : "You can be a modern architect without destroying the past: we can love to both what is and what was . " In all cases , for himself , Zehrfuss go far in preserving , maintaining rabbit cages on the side of his old mill ! Private Joke ! Remember that this year, Marcel Carné abandons its baroque and poetic portraits of french people to film " The Cheaters ," masterpiece often considered reactionary. But the real question is not there and seems to have remained open since then : for Christmas, what do you want , Old Mill or rabbit cages ? Anything, the question is wrong and unnecessary.