jeudi 19 décembre 2013

Bernard Zehrfuss // de la place pour l'inutile

Coin de cheminée chez Bernard Zehrfuss, couverture du numéro de Noël 1958 de la revue Maison Française

Rappel sur Pierre Bourdieu, ses "styles de vie" et son "choix du nécessaire"car l’utile est pour lui le luxe que l'on accorde aux pauvres... Une évidence dans cette période de fête et le rappeler peut permettre d'éviter certaines fautes de goût. Réservons l’inutile aux gens qui en ont les moyens ! A l'opposé, l'idéal franciscain n'est pas neuf et ne se limite pas aux instants festifs. Approchons plutôt les frontières morales du luxe inutile à travers cet article de Maison Française daté de Noël 1958. Depuis la "crise de 1955", les revues se sont éloignées du logement minimal et regardent désormais la maison de campagne, le mobilier international et l'antiquité, virage conservateur qu'illustre à la perfection le vieux moulin pittoresque tout meublé rustico-shaker où vit le ténor de l'opéra pas comique des grands ensembles : Bernard Zehrfuss (wiki). L'architecte inaugure alors le Palais de l'Unesco et dessine le Haut-du-Lièvre à Nancy. Ne soyons pas choqués ou étonnés par le contraste saisissant entre son cadre de vie et son oeuvre ; disons que sa demeure doit être une vitrine rassurante pour le commanditaire. Et puis la modernité y est présente, précisément dans d'inutiles œuvres d'art posées ça et là pour certifier la qualité du propriétaire, comme le mobile offert par Calder, l'aquarelle par Miró et les céramiques par Artigas, trois artistes qui collaborent à la réalisation du Palais de l’Unesco... Quant au texte accompagnant l'article, il est intitulé "les images de mon moulin" : outre un jeu de mots, le lecteur attentif peut y découvrir la signature de Ménie Grégoire, future célébrité de la radiodiffusion qui vulgarisera la psychanalyse et la sexologie dans les années 1960. Mais elle en est encore loin, ce qui permet de localiser une phrase "justificative" bien trop révélatrice, casée entre une citation de Bachelard et trois vers de Rilke : "On peut être architecte moderne sans détruire pour autant le passé : on peut aimer à la fois ce qui sera et ce qui a été". Dans tous les cas, pour lui-même, Zehrfuss va loin dans la préservation, conservant jusqu'aux cages à lapin sur le côté de son vieux moulin ! Rappelons que cette année-là, Marcel Carné abandonne ses portraits baroques et poétiques du peuple de France pour filmer "Les Tricheurs", chef-d'oeuvre souvent jugé réactionnaire. Mais la vraie question n'est pas là et semble être restée ouverte depuis lors : pour Noël, que veut-on, le Vieux-Moulin ou les cages à lapins ? Rien, la question est fausse et inutile.

Remember Pierre Bourdieu 's " lifestyle " and " choice of necessary" as useful for him the luxury that we give to the poor ... Evident in this festive period and recall can avoid some errors of taste . Reserve the useless for people who can afford it ! In contrast, the Franciscan ideal is not new and is not limited to festive occasions . Approach rather the moral boundaries of unnecessary luxury through this article of French House dated Christmas 1958. Since the "crisis of 1955 " , the journals are far from the minimum housing and now watch house, the International Style and antique, illustrated perfectly conservative shift the picturesque old mill fully furnished rustic / shaker where saw the tenor of French Housing Estate : Bernard Zehrfuss. The architect opens the Unesco Palace and draws the Haut-du-Lièvre in Nancy . Let us not be shocked or surprised by the contrast between his lifestyle and his work , saying that his remains should be reassuring the sponsor. And modernity is present precisely in unnecessary pieces of art and there asked to certify the quality of the owner , as offered by Calder , Miró and Artigas , three artists who collaborate to the implementation of the Unesco Palace ... As the accompanying article , it is called " images from my mill " . Puns apart , the careful reader can discover the signature of a future celebrity who popularize psychoanalysis and sexology during 1960's . But it is still far away, which helps locate a " supporting " phrase too revealing, Casee between a quote Bachelard and three verses of Rilke : "You can be a modern architect without destroying the past: we can love to both what is and what was . " In all cases , for himself , Zehrfuss go far in preserving , maintaining rabbit cages on the side of his old mill ! Private Joke ! Remember that this year, Marcel Carné abandons its baroque and poetic portraits of french people to film " The Cheaters ," masterpiece often considered reactionary. But the real question is not there and seems to have remained open since then : for Christmas, what do you want , Old Mill or rabbit cages ? Anything, the question is wrong and unnecessary.

lundi 16 décembre 2013

1919 Süe et Mare // Compagnie des Arts Français

Süe et Mare, modèles de série pour les sinistrés présentés au SAD de 1919, via Art et décoration - 1919, t.36, p.42

Il existe des milliers de livres sur l'Art déco et, désormais, comme pour Le Corbusier et quelques autres, on attend une synthèse historiographique ou une analyse de la réception plutôt que de s'encombrer d'une énième interprétation... Cependant, il ne faut pas manquer certains ouvrages comme 1925, quand l'Art déco séduit le monde qui vient d'être, publié chez Norma, ni un classique trop oublié, Mobilier 1910-1930, écrit par Éveline Possémé, qui vient d'être réédité par Massin. Le second a l'originalité de creuser une autre direction que celle du meuble pour milliardaires et de relater l'implication des "Anciens" dans la Reconstruction après 1914-1918. Il faut le savoir, l'Art Déco ne se limite pas seulement au luxe et provoque surtout une réaction. André Mare imagine, dès 1911, des modèles pour la série, dont une chaise mémorable en merisier ciré, à dossier gravé et assise paillée qu'il présente au Salon d’Automne. Rappelons également que Guillaume Apollinaire remarque à cette occasion son talent et écrit, noir sur blanc, dans L'Indépendant daté du 14 octobre, tout le bien qu'il en pense pour l'avenir : " J'ai parlé des ensembles mobiliers, ils montrent et tout particulièrement les ensembles d'André Mare, que le moment va arriver où nous allons enfin voir des meubles nouveaux qui ne soient pas des horreurs ". André Mare s'associe ensuite à Louis Süe et présente ses modèles dans la section du Salon des artistes décorateurs consacrée aux meubles pour les provinces dévastées en 1919. L'année suivante, Süe et Mare fondent la Compagnie des Arts Français qui leur sert à réunir de nombreux artistes et aussi à diffuser leur mobilier de série exécuté dans les usines d’aviation et d’aérostation Borel et Savary - ceci dans le cadre de la reconversion économique... C'est ainsi que Süe et Mare introduisent l'Art déco, initient la relation entre luxe et industrie, et - enfin - tissent le lien avec la construction en publiant le manifeste Architecture, pour lequel Paul Valéry écrit Eupalinos, hommage où se reconnaissent Auguste Perret et Le Corbusier… Enfin, tout fusionne un peu plus tard, en 1928, quand Süe et Mare cèdent la CAF à Jacques Adnet qui s’associe alors à Francis Jourdain, Charlotte Perriand et René Gabriel (et aux peintres Fernand Léger, Jean Lurçat, Raoul Dufy et Marc Chagall)... Ci-dessous, le texte d'Art et décoration décrivant le SAD de 1919 et la piste ouverte par Süe et Mare en image....

There are thousands books about Art Deco Style and , now , as Le Corbusier and others, we expect a historiographical synthesis or analysis of receipt rather than be another interpretation ... However , do not miss some books : "1925 , when the Art Deco seduced the world" - which has just been published by Norma - and too often forgotten classic , " Mobilier 1910-1930 " written by Eveline Possémé and reissued by Massin . The second originality digging an other direction than pieces of art for billionaires and relate the involvement of " Great Old Ones " in Reconstruction after 1914-1918 . You should know , Art Deco is not limited to luxury : André Mare imagine , from 1911 , models to the series including a memorable chair in polished cherry and engraved rush seat that has the Salon d'Automne . Also recall that Guillaume Apollinaire remark on this occasion his talent and writing  in "L'indépendant" dated October 14: "I spoke movable sets , they show especially the sets of André Mare, the time will come when we will finally see new furniture that are not horrors . " André Mare then associated with Louis Sue and presents their models in the section Salon decorators devoted to furniture for the devastated provinces in 1919. The following year, Süe and Mare founded the Compagnie des Arts Français and they use to meet many artists  to disseminate furniture series executed in aircraft factories and other industries - for the economic conversion ... Süe and Mare introduce Art Deco , initiate the relationship between luxury and industry , and - finally - the link weave construction with publishing the manifesto Architecture, for which Paul Valéry wrote "Eupalinos" - tribute which recognizes Auguste Perret ... Finally, everything merges later , in 1928, when Süe and Maresold the business to Jacques Adnet CAF which then associates with Francis Jourdain , Charlotte Perriand and René Gabriel ( and painters Fernand Léger, Jean Lurcat , Raoul Dufy and Marc Chagall ) ...

lundi 18 novembre 2013

Art Utile NOW // J&J Bruxelles

exposition de l'Atelier J&J Jean Angelats et Jonathan Renou, Brussels Design (novembre 2013)

Pour ceux qui seraient tombés par hasard sur des catalogues contemporains, le revival du "style Hitier" peut sembler évident... Mais ce n'est pas toujours du revival, n'ayons pas de préjugé et n'en soyons pas mécontents... Tout au contraire, soyons très satisfaits quand ce rapprochement marque une véritable inspiration et fusionne avec des choix pleinement contemporains. Il y a ainsi beaucoup de satisfaction à obtenir en regardant la première exposition des "Ateliers J&J" (I love Belgium), un Off qui suit de peu un autre évènement qu'il ne fallait pas manquer Brussels Festival Design Septembre... Dans leur cas, l'orientation s'est faite sciemment - de manière très cultivée - vers Hitier ou Gascoin ; ces designers contemporains ont en effet découvert chez les Grands Anciens une pertinence, une logique économe dans les gestes, les matières, les matériaux et même dans la simplicité des outils... Ils ont fouillé une convergence utile entre la morale économique du style reconstruction et la morale écologique (disons "morale" car c'est toujours un choix, une volonté, et non pas un constat, une obligation). Ce n'est donc pas du style "bio-branché" mais un élan nouveau vers l'idée de l'équipement minimal, dans cette simplicité qui survient toujours après les excès, comme celles co-inventées par Francis Jourdain et le Deutscher Werkbund après 1900. Mais il y a beaucoup plus, beaucoup beaucoup plus : l'idée d'une démocratisation intelligente, d'une qualité abordable...

Ci-après, résumé d'une rencontre le 18 septembre avec J&J. Qui sont-t'ils ? Que veulent-t'ils ? Que font-t'ils ?

mardi 5 novembre 2013

Robert Sentou // chaise de Roger Landault

chaise Betty, édition contemporaine de Sentou

"Tout commence dans le Sud-Ouest quand Robert Sentou fonde en 1947 l’usine de meubles "Bois du Périgord". Parmi les premiers, il édite des créations de grands designers. » Voici comment se présente aujourd'hui la Maison Sentou sur son site internet (sentou.fr). Elle fêtera bientôt ses 70 ans et c'est l'une des très rares fabriques françaises à avoir survécu à la grande extinction des années 1980, sans doute grâce au flair des fondateurs et à Pierre Romanet qui effectue en 1991 le tournant vers notre époque. Depuis, cette maison de Province est devenue une célèbre marque parisienne et maintient toujours une ligne de qualité à des prix relativement abordables. Attention, abordables au sens parisien car il faut quand même compter 250 euros pour cette chaise (voir chaises UAM // prix utiles)  - mais quelle chaise ! Elle est décrite ainsi par le site de vente Okxo : "Sentou réédite la chaise Betty datant de 1962 ! Sans prendre une ride et plus que jamais dans la tendance du moment, on aime ses lignes à l'esprit nordique et son style rétro intemporel. Une structure en chêne et une assise et dossier en multiplis laqué mat, légèrement incurvés et aux formes douces. ! " Une enquête montre qu'elle est plus ancienne et n'est pas scandinave mais française, typiquement dans le "style Reconstruction" d'où son côté "rétro intemporel" comme dirait le communicant. De fait, c'est la descendante d'une chaise célébrissime de Roger Landault crée en 1954 pour ABC (CTB// concours 54-55). Dessinée pour Roger Sentou en 1958, , elle se nomme Ellipse à cette époque, elle est démontable et livrable en version contreplaquée ou garnie, elle existe aussi dans une variante paillée appelée Trapèze. Ci-dessous, illustrations du modèle "rétro"... Et merci à Eric pour l'info.

mercredi 16 octobre 2013

Dinosaure normand // Normanniasaurus genceyi

un proche parent de Normanniasaurus genceyi, l'Andesaurus delgadoi (via paleo-king)
 
les falaises du Havre, site du dinosaure Normanniasaurus genceyi.
 
 Un très grand merci à Eric Buffetaut, Jean Le Loeuff et Suravech Suteethorn qui ont très sympathiquement donné mon mon au dinosaure de Normandie (Normannia), le Normanniasaurus genceyi (pour en savoir plus : site dinosauria). L'aventure débute pendant mon enfance quand je veux devenir paléontologue et que je collectionne tous les fossiles de ma région. C'est l'apothéose en été 1991, j'ai 19 ans et je cherche une fois de plus des fossiles au pied des falaises du Havre. C'est alors que je tombe sur d'importants fragments osseux aux environs du Cap de la Hève - vertèbres, hanche, fémur -. La géologie est à cette époque ma grande affaire et cette découverte inoubliable va me permettre de rencontrer Eric Buffetaut et Jean Le Loeuff, deux grands spécialistes français des dinosaures. Je vais alors passer plusieurs étés à faire des fouilles paléontologiques avec eux à Espéraza et vivre là-bas ma première expérience muséographique en voyant démarrer l'extraordinaire musée des dinosaures. Tout un univers passionnant... D'ailleurs, Normanniasaurus genceyi devrait d'ici peu être exposés à Espéraza puis au Muséum du Havre.

Même s'il semble difficile de tisser un lien avec ce blog : je conseille vivement la lecture du dernier ouvrage d'Eric Buffetaut, Sommes-nous tous voués à disparaître ? Idées reçues sur l'extinction des espèces (Le Cavalier bleu, 2012). Il permet de comprendre le jeu nécessaire entre l'extinction et la diversité, les logiques de survivance, le minimalisme et les ressources... Conservons de la paléontologie l'idée que la diversité est la vie, bien au-delà de la dichotomie "extinction/préservation" que la nomenclature nous fait percevoir. Plus encore, il y a dans cet ouvrage un combat pour montrer qu'il est idiot d'investir des fortunes dans le but reconstituer quelques espèces disparues alors que l'on refuse aujourd'hui tout plan de sauvegarde pour celles qui disparaissent en masse, avec leurs biotopes. Et c'est là, présentement, tout de suite... Enfin, il y a maintenant une espèce de plus, même si elle a existé il y a environ 100.000 millions d'années !

lundi 7 octobre 2013

suspensions Free-Span // confort et légèreté

Fauteuil Free-Span "FS-105", attribuable à Pierre Guariche, 1950, via galerie Demisch et Danant

Les suspensions Free-Span imposent une révolution : adieu la lourdeur des sangles, gros ressorts, crin, toile de jute. Il devient possible de reproduire un confort moelleux sans encombrement, à moitié prix, grâce à des ressorts fins tendus en étoile sur lesquels reposent de simples coussins. C'est le principe du brevet international déposé en 1949 qui connaît un incontestable succès en France. C'est la fin des fauteuils Club : Marcel Gascoin est d'ailleurs le premier à exploiter ce brevet et il abandonne alors le modèle club d'Airborne (utility furniture // airborne armchair). A la fin de l'année 1950, il laisse la main à un jeune de son atelier, Pierre Guariche, mais ils sont déjà nombreux à l'utiliser : Jacques Adnet, Guy Besnard, "Le Bucheron"... Au même moment, la marque va d'ailleurs revendiquer son propre modèle, le FS-105, extraordinaire réussite que l'on doit surtout à Pierre Guariche dont le dessin a été "emprunté" par le fabriquant. Comme d'autres marques, Free-Span peut se passer du nom d'un designer car sa réputation se suffit à elle-même. L'industriel s'impose comme créateur-producteur. En 1954, 100.000 fauteuils sont édités, incluant vingt modèles dont certains se vendent très bien, comme le FS-123 avec sa variante banquette-lit. En 1955, apparaissent les célèbres divans transformables "jour et nuit" : très remarqués au Salon des arts ménagers, ils permettent à Free-Span d'avoir un stand permanent chez Lévitan. En 1957, il y a quarante modèles numérotés, du FS-105 au FS-145, mais le déclin s'amorce car la publicité indique toujours "100.000 sièges en service", signal plat pour les ressorts en étoile Free-Span, le zig-zag No-Sag s'impose déjà ...

=> Ajout d'information de Nicolas Le Du : le premier brevet Free-Span a été déposé le 19 janvier 1949 par Maximilian Heller en Grande-Bretagne (GB658846) puis amélioré par l'utilisation d'un levier de tension latéral, par Robert Bailey brevet déposé en 1954 (cf. GB788603). Les conditions de dépôt de ces brevets supposent donc une affiliation avec l'Utility Furniture.

lundi 30 septembre 2013

Ceci n'est pas... // mais qu'est-ce ?




Ils sont beaux, riches, célèbres, mais ils ont un petit défaut aux yeux de cerains : on me demande souvent "s'ils-sont-de ?" et je dois dire - plus ou moins diplomatiquement - que, malheureusement, non. Ce sont les fruits de créateurs oubliés que nous amalgamons aux grands noms car nous aimons nous simplifier la vie, nous raccrocher à quelque chose, juste un nom, au moins une date, parfois un lieu. Ne jetons la pierre à personne car nous avons tous fait l'erreur. D'où vient cette erreur ? C'est la bonne question. Notons déjà des liens : un meuble relativement commun avec un effet stylistique puissant, disons plus visible et moins rare que leur référent (car ils sont souvent plus récents). L'ayant donc en mémoire, on est heureux de pouvoir y accoler un nom. La niche étant prête, vient ensuite une mauvaise légende ou une attribution un peu rapide dans une vente. Après, c'est l'effet jurisprudence. Le bug est absorbé. Pour ces meubles, c'est la flambée des prix, les acheteurs en cherchent, les vendeurs en trouvent, les rabatteurs en chassent et l'erreur se diffuse dans le vaste univers de nos préjugés collectifs, aujourd'hui nommé Web ! Mais, voilà, ceci ne nous en dit pas plus sur les inventeurs de ces meubles. Allez, il y a des réponses ci-dessous, et je compte sur vous pour me signaler d'autres belles fausses pistes. Car ils sont beaux, ces meubles, même s'ils ne sont pas de...

dimanche 1 septembre 2013

Paolozzi et Guermonprez // reconstruction lyrique


Paolozzi revient souvent chez mes correspondants. Des messages sur placedelours en 2011 où les images circulent plus que les analyses. Puis des messages sur mon mail. Le premier est de Joël en 2012 (un bureau était en vente chez 1stDibs), et voici le dernier avec une  photographie prise chez Edy, grand amateur des années 1950 (il est facile de le remarquer). Je laisse le soin à chacun d'identifier céramiques et luminaires car la question porte aujourd'hui sur Louis Paolozzi dont le nom et les créations se confondent avec Gérard Guermonprez. Les deux designers s'intègrent bien au "style reconstruction" par leur qualité, leur mode de production, les matériaux et les finitions, tout en ayant leurs qualités propres dont la plus remarquable consiste à accentuer les contrastes de bois pour souligner une structure aux accents lyriques "à l'italienne" même si elle reste "rationnelle". Ils inventent ainsi un effet visuel photogénique nouveau pour le mobilier en bois, une marque stylistique très puissante qui leur permet d'être encore bien présent après la crise de 1955, alors qu'en France le classicisme du mobilier en bois est assimilé à la pauvreté du "social" et que la tendance est dominée par le baroquisme néo-moderne des "jeunes loups" endoctrinés par Knoll. Plus tardifs et donc plus aisés à chiner que les anciens maîtres de la Reconstruction, Guermonprez et Paolozzi sont de plus en plus présents dans les galeries de design historique (Chicplastic tente en ce moment même de vendre un fauteuil sur ebay...). Bien entendu, on préfère par instinct Paolozzi, moins connu, plus poussé dans le style, plus photogénique encore, mais il reste largement dans l'oubli : qui est-il ? D'où vient-t'ils ? Sa relation avec Guermonprez ? Paolozzi est-t'il en famille avec le célèbre artiste Eduardo Paolozzi qui est passé à Paris ? Ci dessous, rétrospective de l'aventure de Louis Paolozzi, apparaissant en 1952 chez "Godfrid", se démultipliant après le concours du C.T.B. en 1954 puis prolongeant sa carrière avec les incontournables sièges ZOL.

mercredi 17 juillet 2013

Noisy-le-Sec // Cité expérimentale

Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, d'Hélène Caroux (Somogy, déc. 2012, 32 euros).

Heureusement, on vient de me remettre en mémoire un livre que j'avais oublié de signaler ici : Réinventer la maison individuelle en 1945 - la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, sous la direction d'Hélène Caroux (avec des textes également passionnants d'auteurs aussi remarquables que Benoît Pouvreau, Yvan Delemontey...). Tout comme la diversité du vivant augmente après les grandes extinctions dans les temps géologiques, la guerre semble provoquer un vide qui ouvre sur une création. La preuve dans ce livre où nous touchons au plus près la strate qui se dépose sur la table rase ; emprisonnée entre l'impératif de l'économie et celui de la normalisation. Ici, la cité-jardin veut renaître de ses cendres, aidée par Raoul Dautry alors tout premier ministre de la reconstruction. Outre l'ouverture et la richesse inimaginable du savoir-faire technique en architecture, on peut aussi observer le rôle-clef tenu par René Gabriel dans le mobilier : à l'exception de la maison Prouvé, il équipe la quasi-totalité des autres logements (je ne déflore pas le livre en copiant certaines images...). Dans ce domaine, la diversité ne se montre pas encore et il va falloir attendre le temps des Appartements témoins et du Salon des arts ménagers. Tant mieux pour René Gabriel qui apparaît alors comme un unique précurseur... Mais que sont devenus ces meubles ? Comme le signale Hélène Caroux (p.100), les habitants se plient d'abord aux exigences du Ministère, répondant aux sondages, vivant dans un décor imposé et laissant leurs portes ouvertes mais, en 1951, ils renoncent aux obligations jugeant "que, s'il était logique en période expérimentale de se plier aux servitudes esthétiques et utilitaires du mobilier imposé par l'administration, ils estiment anormal, une fois l'expérience terminée, de se voir maintenant dans la condition de locataire meublé" !

lundi 8 juillet 2013

Oscar Niemeyer // pour mémoire


Tout un chacun le sait, Oscar Niemeyer est bien mort le 5 décembre 2012. Tout un chacun le sait également, il avait réalisé au Havre le "théâtre - maison de la culture" en y déposant une bonne centaine de chauffeuses et poufs dessinés en 1971 ([ON1] modèle déposé aux Arts décoratifs)... La Fondation Total venait juste de retapisser quelques-uns de ces sièges et, suivant cette logique, on aurait espéré une restauration du site. Cependant, le contraire vient d'arriver. Qui sait, cette fois, que des travaux de rénovation sont actuellement menés ? Il reste peu de choses : une coque vide, plus rien à l'intérieur, même la rampe est "déconstruite". Une oeuvre de Niemeyer sans sa rampe, c'est la Joconde sans son sourire ! Passons, pour en revenir au sujet de ce blog. Oscar Niemeyer est l'une des premières figures marquantes du tournant "formaliste" des années 1940, quand les héritiers du Bauhaus assument une mutation dans l'Exposition "Brazil Builds" (MoMA, janvier 1943). L'architecture n'est plus machine et fonction mais poésie et forme. Et l'architecte, comme dans L'homme de Rio, n'est plus un maître articulant rigoureusement la commande avec les corps de métiers mais il devient une vedette déployant gestes, lignes et coloris. L'usager, la matière, la technique sont domptés par son charisme et tendent vers une liberté capricieuse et sensuelle. On connaît désormais les limites des "starchitectes" et des "ovnis urbains" mais il faut admettre que le résultat reste spectaculaire, comme ces images extraites (pour la cause militante) du film Le Havre - Espace Oscar Niemeyer produit par la Maison de la Culture du Havre, réalisé par Charles Mourier et Claude Mourieras en 1983. Souvenir, et clin d'oeil au séminaire qui se déroule en ce moment à Grasse.

lundi 1 juillet 2013

Hostellerie de la Seine // René Gabriel

 
 
Petit voyage à Polisot, près de Troyes, pour découvrir ce qu'il reste d'un hôtel particulièrement célèbre au moment de sa construction, soit de la reconstruction. Entièrement décoré par René Gabriel, toutes les revues françaises (et beaucoup hors frontières) publient des images de la célèbre "Hostellerie de la Seine" - citons : Décors d'aujourd'hui n°36, Ensembles modernes en 1946, La Maison en décembre 1946, Maison française en décembre 1946 et 1947, Mobilier et décoration en avril 1947, etc... Un succès ! Si la commande d'un hôtel est relativement courante pour un décorateur, celui-ci représente un enjeu majeur dans cette période difficile, surtout pour un créateurs de série comme René Gabriel qui va profiter de l'équipement des chambres pour tester ses modèles destinés à une production "industrielle" de qualité. Outre l'enseigne en fer forgé où l'on retrouve le style exceptionnel de son travail d'illustrateur (avec le sansonnet), René Gabriel affine ici les meubles "premier prix" proposés aux sinistrés, qu'il va exposer au Salon des artistes décorateurs puis réutiliser pour l'équipement des appartements types du Havre (lors de l'Exposition internationale de l'urbanisme en 1947). Dans le confort aimable et généreux de l'auberge de Province, le style "reconstruction" de René Gabriel vient tout juste de s'inventer : c'est ici, à Polisot...

jeudi 20 juin 2013

Exposition 2013 // Jacques Hitier




Samedi 29 juin, à 11h, dans l'Atelier Perret (place Auguste-Perret), soyez les bienvenu-e-s à l'inauguration de l'exposition consacrée à Jacques Hitier. Bien qu'il travaille le métal et puisse être considéré comme un designer (en tant que dessinateur pour l'industrie), Jacques Hitier mérite sa place parmi les grands "créateurs" de la reconstruction, aux côtés de René Gabriel et de Marcel Gascoin. Il appartient au cercle de ceux qui cherchent alors à concillier l'humain, l'utile, le sensible, avec l'efficacité d'une production "en série", matériellement accessible. A voir, donc ! Les Havrais, et autres amateurs de paquebots, aimeront découvrir au passage ses projets pour le France et surtout l'inévitable chaise pliante Tubauto (chaise pliante // Jacques Hitier), que l'on trouvait sur les ponts des transatlantiques et - après être malencontreusement tombée du bateau - sur les terrasses des appartements modernes du Havre ... Annoncée dès janvier par la galerie Cube rouge à l'occasion de la publication de la monographie, voici donc la première exposition consacrée à Jacques Hitier avec de nombreux dessins originaux et meubles personnels (aimablement prêtés par sa famille) accompagnés de quelques pièces de la collection gg. L'ameublement est déjà en scène dans l'Appartement témoin Perret : ci-avant et ci-après, les photographies de Carole Daprey (facebook).

mardi 11 juin 2013

Art et industrie // sommairement



Alors que le mobilier connaît un âge d’or après-guerre, les revues de décorations rouvrent la plaie de 1925, séparant artisanat et industrie, ornement et fonction, allant même jusqu'à évoquer les besoins spirituels de l'âme contre ceux, "matériels", du corps : il faut choisir son camp ! La saisie systématique des articles - éditée dans ce blog sous la rubrique sommaire - permet d'observer trois groupes en "composantes principales", déjà identifiés par Patrick Favardin : les artistes décorateurs cantonnés dans l'artisanat de luxe ("la haute couture" - style 1940), les créateurs-éditeurs de modèles proto-industriels ("les modernistes" - style reconstruction) et les designers de meubles travaillant pour de grandes marques ("les jeunes loups" - style 1950). Les trois se succèdent chronologiquement dans la revue Maison française (rédac. Solange Gorse) et, plus modérément, dans Art et décoration (Boris Lacroix). Mais il n'existe pas de suite logique, d'évolution, juste des lieux et des instants de réception plus favorables à tel ou tel groupe. Les publications spécialisées ne glissent d'ailleurs pas facilement d'une tendance à l'autre et montrent des engagements parfois très marqués... Côté moderne - du Journal de l'ameublement (André Brulliard) au Décor d'aujourd'hui (Michel Dufet) - les créateurs de série s'imposent majoritairement et sont jugés de même valeur que les décorateurs, puis les designers dominent à partir 1955. A l'inverse, pour Mobilier Décoration (René Chavance) les créateurs de série sont marginalisés (au même titre que les designers) et n'apparaissent presque pas dans les illustrations, point de vue exacerbé dans Art et industrie avec Waldemare-George. Lisons donc un éditorial de juillet 1951...

samedi 1 juin 2013

Mobilier Décoration // sommairement


Ci-dessous les sommaires d’une cinquantaine de numéros de la distinguée revue Mobilier Décoration (allant de 1946 à 1959), référence pour les antiquaires spécialisés dans l'Art déco et le style 1940. Bien qu'elle soit plus nuancée qu'Art et industrie - qui défend ouvertement le néo-Louis-XVI et s'oppose sans complexe au fonctionnalisme -, cette revue s'enferme de la même manière dans l’idée que le bon goût naît dans le luxe et se relie inévitablement à l'artisanat … Contradiction relatant une opinion dominante parmi les membres de la Société des artistes décorateurs. Sauf article consacré Salon des arts ménagers, on y découvre assez rarement le style Reconstruction, mais il faut se garder d’un jugement hâtif et lire les textes subtils de René Chavance ou de Renée Moutard-Uldry car ils ont conscience des paradoxes, ceux de l'utile et du beau, de la fonction et du décor, de la fabrique et de la finition, du dessin et de l'objet, avec une préférence certaine pour les créateurs-décorateurs cherchant à allier fonctionnalisme et matière, disons un utilitarisme aimable et cossu, un Biedermeier charnu - à la manière d'un Gautier ou d'un Dudouyt. C’est aussi l’occasion de découvrir le premier visage décoratif de quelques importantes figures qui vont migrer du "bourgeois" vers la "grande série" au début des années 1950 - citons, pour l’exemple, Albert Guénot, Roger Landault, René-Jean Caillette, Genès Babut, J.-R. Picard…

Le Top-50 de la revue (1945-1959) : 1) Leleu ; 2) Dominique ; 3) Adnet ; 4) Royère ; 5) *La Gentilhommière ; 6) Old ; 7) Gautier ; 8) Berthier ; 9) Champion ; 10) Subes ; 11) Landault ; 12) Jallot ; 13) Guiguichon ; 14) Guénot ; 15) Gabriel ; 16) Matégot ; 17) Spade ; 18) *Berceau de France ; 19) Lesage ; 20) Arbus ; 21) *Perzel ; 22) *Kobis et Lorence ; 23) Hitier ; 24) Raphaël ; 25) Printz ; 26) Sognot ; 27) Rinck ; 28) Pré ; 29) Pascaud ; 30) Guéden ; 31) Guariche ; 32) Chaleyssin ; 33) Rothschild ; 34) Pouchol ; 35) Picard ; 36) Montagnac ; 37) Charlot ; 38) *Mathieu ; 39) *Erton ; 40) Mottheau ; 41) Martin ; 42) Goetz ; 43) Dumond ; 44) Villain ; 45) Simon ; 46) Renou et Génisset ; 47) Perreau ; 48) Le Même ; 49) Laverrière ; 50) Lassalle.

samedi 25 mai 2013

Chaise pliante // Jacques Hitier

chaise pliante Tubauto, Art et décoration N°7, 1947

Après l’énigme du fauteuil d’école maternelle Mullca (crée vers 1949), une autre s’ouvre autour de Jacques Hitier avec la célèbre chaise pliante Tubauto, celle que l’on trouve dans les pique-niques au bord de la Nationale-7 et sur les grands Transatlantiques. Implicitement datée des années 1960 et présentée comme une nouveauté particulièrement fonctionnelle et élégante lors de la récente exposition consacrée au paquebot France, il a été possible d’en retrouver la trace dix ans auparavant, le plus souvent illustrée dans sa version économique (modèle nommé « Route ») – et régulièrement utilisée par Jacques Hitier dans ses articles et stands (Jacques Hitier – modernité industrielle, éd. Piqpoq, 2012). Celui-ci n’en revendique pas la paternité comme c’est toujours (malheureusement) le cas pour les meubles qu’il juge plus utilitaires que décoratifs, fruits de l’ingénierie plus que du dessin. Cependant, en lisant le numéro d’Art et décoration daté de septembre 1947 (n°7), dans l'article consacré au Salon des arts de la table organisé par Art et Industrie dans les Studios Harcourt, nous trouvons déjà une version luxueuse (« Baccara », cf. Showroom), celle qui sera rééditée pour le bateau France quinze ans plus tard… Un gouffre temporel s’ouvre sous nos yeux ! Nous voici même quelques mois avant l’année admise pour l’entrée de Jacques Hitier dans l’entreprise Tubauto… Ne croyons pas au hasard, et n’oublions pas que le designer rôde alors au milieu des grands industriels du meuble tubulaire. Signalons qu’en 1944, il travaille déjà pour Biénaise afin de réaliser en bois la célèbre chaise métallique de la marque - celle qui se plie latéralement. Il est fort possible que Jacques Hitier ait offert à un concurrent un modèle plus cossu, pliable frontalement. Enfin, cette chaise que l’on trouvait déjà exceptionnelle pour les années 1960, devient extraordinaire en 1947 même si la variante "Route" disponible dans la valise Kiss-Ply n'arrive qu'un peu plus tard, comme le montre un article daté de 1949 où l'on découvre encore un vieux modèle Tubauto - toujours pliable latéralement.

lundi 6 mai 2013

Frank Rogin // René Gabriel

 
Si, par moment, on se sent un peu isolé au Havre en trouvant ce divan-lit dans un vide-greniers en fin de matinée (vide-greniers // décroissance), pensons à ceux qui sont à New-York : là-bas, de nombreux galeristes aiment ce mobilier. Il ne faut pas manquer Tom Thomas, Pascal Boyer et, surtout, Demisch-Danant pour le Mid-Cent (1950's) ainsi que Frank Rogin pour le Modernism (1930's), les deux se croisant autour du "style Reconstruction". Faisons donc un premier tour chez Frank Rogin qui nous montre - concernant René Gabriel - de nombreux meubles, quelques rééditions, de rares photographies d'archives ainsi qu'une excellente biographie. Le galeriste se présente ainsi : "Frank Rogin représente la troisième génération d'une famille d'antiquaire et a ouvert sa propre galerie en 1993. Les séries qu'il présente se concentrent sur les designers et les architectes modernistes européens qui ont aménagé des espaces publics et privés pendant le 20ème siècle. Couvrant les différents mouvements européens de design de l'ère moderne, son inventaire comprend des pièces uniques ou produites en petites et en grande série".

A quick tour in the New York gallery of Frank Rogin (rogin.com). He offers us many vintage furniture by René Gabriel (and some contemporary editions), rare archival photographs and an excellent biography. He describes his career: "Frank Rogin, a third-generation antiques dealer, has been in business since 1993. His inventory focuses on European modernist designers and architects who have come to define the look of 20th century public and private spaces. Spanning the various modern era European design movements, the inventory includes unique pieces as well as those that were in both limited and large production".

mercredi 1 mai 2013

Pascal Quignard // L'enfance

"Trottoirs couverts" de la rue de Paris en construction, fonds Esdras-Gosse, Bibliothèque municipale du Havre

Ces derniers jours, Pascal Quignard était au Havre pour un colloque consacré à son oeuvre (les lieux de Pascal Quignard). Agnès, Chantal, Jean-Louis et des meutes d'autres quignardiens-nes allaient et venaient dans les rues de la ville. Pourquoi ? Pascal Quignard a tout simplement passé son enfance au Havre mais nous pouvons aller plus loin car ses parents figuraient parmi les premiers occupants des immeubles construits par l'Atelier d'Auguste Perret. Ils résidaient au 86 rue Bernardin-de-Saint-Pierre dans un logement exactement identique à notre Appartement témoin Perret. Après Annie Ernaux // Les années, un autre point de rencontre avec Pascal Quignard // L'enfance. Il arrive à l'âge de deux ans, en 1950, puis repart à dix, en 1958 : "La fenêtre donnait sur le port du Havre. C’étaient des ruines, des abeilles, des quais, c’étaient aussi des sirènes. J’avais six ans. Je lisais les contes et les légendes et mes pieds reposaient sur un petit établi de bois jaune devant la fenêtre qui donnait sur la mer ou plutôt sur la bourrasque grise perpétuelle. C’était ce que dans mon enfance, je m’en souviens encore, on appelait la mer." Il voit, mémorise, décrit une ville dans les ruines, la pluie, le vent, les rats et surtout la mer, celle dessinée par Taylor et Nodier, celle où sévit immanquablement la tempête. Ce n'est pas notre plage contemporaine, cette triste mer d'huile lisse comme de la crème solaire, ce n'est pas non plus une image des romantiques, c'est un surgissement de son enfance : une eau noire écumante qui sent le départ et ses dangers, une impulsion qui nous pousse vers le dehors, l'ailleurs, l'au-delà, l'origine. Pour atteindre ce lieu, il n'y a pas de reconstruction mais seulement des gravats. Pour en savoir plus, en attendant la publication des actes : une exposition à la Maison du patrimoine, un livre (Pascal Quignard une enfance havraise) et une visite guidée, les dimanches 5 et 12 mai à 15h...

These last two days, Pascal Quignard was in Le Havre for a conference on his work. Agnes, Chantal, Jean-Louis and other quignardians came in the streets of our city. Why? Pascal Quignard spent his childhood in Le Havre, but we can go further because her parents were among the first occupants of buildings constructed by Auguste Perret. They lived at 86 rue Bernardin de Saint-Pierre in exactly the same our model apartment. After Annie Ernaux, another meeting point with another author, Pascal Quignard. He arrives at two years old in 1950, then leaves at ten in 1958: "The window overlooking the port of Le Havre. They were ruins, tugboats, docks, they were also sirens.. I was six years old. I read the stories and legends and my feet rested on a small wooden desk painted yellow in front of the window overlooking the sea or rather the perpetual gray storm. It was this name, in my childhood, I still remember, the Sea" He sees, stores, describes a city in ruins, rain, wind, rats, and especially the sea, that one drawn by Taylor and Nodier, where inevitably in the storm rages. It's not our contemporary beach this sad sea oil slick like sunscreen, it's not a romantic picture, it is a surge of his childhood: a frothing black water that smells departure and its dangers, an impulse that drives us towards the outside, the other hand, beyond the origin. To reach this place, there is no reconstruction but only rubble. For more information: an exhibition at the Tourist Office (Place Auguste Perret, Le Havre), a book (Pascal Quignard, childhood in Le Havre) and a guided tour May 5 and 12...

lundi 22 avril 2013

Vide-greniers // décroissance

moment de gloire, angle des rues Saint-Jacques et de Paris photographié par Lucien Hervé, via Le Point

Depuis ce matin sur France Culture, pour Sylvain Kahn (les idées claires), c'est officiel, Le Havre n'est plus une vaste Global City branchée mais s'inscrit parmi les Schrinking Cities, aux côtés d'autres villes moyennes françaises "louzeuses" comme Saint-Etienne, Douai, Lens, Béthune, Valenciennes, Thionville, Troyes, etc. sans parler d'exemples internationaux comme Détroit, Turin, Manchester. Villes de l'épopée industrielle en décroissance, atteignant actuellement la faillite. Elles s'appauvrissent dans une réduction, vieillissent, perdent leurs activités et leurs habitants. Les actifs et les familles fuient, seuls restent les vieillards et 'une élite locale qui retrouve ses réflexes grégaires, se renferme et se nécrose dans la démagogie de ses anciennes représentations, celles du monde industriel. Tout ceci était amplement prévisible, anticipant l'avenir proche de l'Occident et celui plus lointain du monde... Me voici "déclinologue" et mon ami Stéphane R. me conseille donc de lire Hervé Kempf : Fin de l'Occident, naissance du monde - (2013), Comment les riches détruisent la planète (2011) et L'oligarchie, ça suffit, vive la démocratie (2011). Mais que faire d'autre ? Tout simplement, regardons le passé pour nous ressaisir de l'avenir, souvenons-nous du moment d'impulsion et récoltons les gravats, les déblais d'une renaissance, les restes d'une reconstruction, les traces d'un passé moderne. Il faut flâner dans les vide-greniers, fouiller les interstices dans le junkspace. Pour imaginer, voici la récolte de ce dimanche dans la "foire-à-tout" de la rue de Paris. Chaises provisoirement attribuées à Renou et Génisset, deux lits de René Gabriel, et des chauffeuses paillées pouvant se réunir en méridienne - extraordinaire travail des années 1940 bien qu'encore non-identifié (si vous avez une idée, n'hésitez pas... merci d'avance).

Since this morning, on France Culture radio, it's official for Sylvain Kahn, Le Havre is not a large city connected world but is a Schrinking City, alongside other French medium-sized cities as Saint-Etienne, Douai, Lens, Bethune, Valenciennes, Thionville, Troyes, etc.. and other international examples like Detroit, Turin, Manchester. These cities of the industrial era enter in decline, currently reaching bankruptcy. They deplete in a reduction, lose their business and their people. Assets, families and executives fleeing, when local elite is paralyzed and necrosis in the ancient representations of the industrial model, favoring an "expansion" sentenced to image more than acts, more demagogic that to practice. All this was more than expected, anticipating the close of the Occident and the more distant future of the world ... What to do? Look back to regroup for the future, remember the pulse time and reap the rubble, the rubble of a renaissance, the remains of a reconstruction, the traces of a modern past. Must wander the garage sales, rummage gaps in junkspace. To imagine, this is our collection this Sunday in the "attic sale" rue de Paris. Chairs provisionally allotted to Renou and Genisset two beds created by René Gabriel, and large chairs may meet in meridian - extraordinary work of 1940 although still unidentified (if you have an idea ... thank you in advance).

mardi 2 avril 2013

chaise d'enfant // Berceau de France


Après quelques images d'archives et une chaise modèle adulte (Emile Seigneur // chaise MPF), voici la version enfant imaginée par Émile Seigneur en 1949 pour le "Berceau de France", récente acquisition de la collection GG (showroom). C'est un très bel objet pour illustrer le style Reconstruction, vis à vis de son utilisateur - l'enfant, emblème de la période - et aussi pour l'honnêteté de sa ligne. Entièrement en chêne massif ciré, le parti constructif prédomine avec des assemblages parfaitement visibles - toutes les pièces étant directement emboîtées ou chevillées. Elle ne supporte d'être comparée qu'à une icône, Charlotte Perriand, mais la rusticité est beaucoup plus discrète dans le cas présent. La solidité et le côté sculptural de l'assise et du dossier évoquent aussi la "Peter chair" d'Hans Wegner bien qu'ici le côté ludique se réduise à une lisibilité pédagogique : l'enfant peut comprendre la construction de l'objet sans pour autant en devenir le constructeur ! Disons qu'elle est "honnête", au sens Arts & Crafts, soit "intelligible"...

After the chair adult model and some archive (Emile Seigneur // chaise MPF), here is the child version devised by Emile Seigneur in 1949 for the "Berceau de France" - collection GG (see  showroom). It is a beautiful object to illustrate the style of Reconstruction, with respect to the user - child, the emblem of this period - and also for the honesty of his line. Fully waxed solid oak, the dominant party with constructive assemblies perfectly visible - all parts are nested directly or pegged. It can compared to an icon: Charlotte Perriand, but rusticty is much subtle in this case. The strength and sculptural side of the seat and backrest also evoke the "Peter chair" of Hans Wegner although here the playful side is reduced to a pedagogical clarity: the child can understand the construction of this object without thereby becoming a handyman!

dimanche 31 mars 2013

Marcel Gascoin // brevets déposés




Les amateurs d'archives sont rares car les démarches sont fastidieuses : rendez-vous - à justifier -, temps et volumes limités : "voici trois cartons à ouvrir"... finalement le bon dossier se trouve sous les yeux de notre voisin... Sans compter les sources multiples : archives nationales, dépôt d'un ministère envoyé au diable bouilli, fonds d'une préfecture au secret, dossier d'une commune sous des toiles d'araignée, dépôt privé ou privatisé... Cependant, d'ici dix ou vingt ans, il n'y aura plus grand chose à faire grâce à la numérisation, sauf à surfer sur des sites qui se fatigueront à notre place pour découvrir les bons gisements. Voilà qui nous mène des premières découvertes consacrées aux industriels Didier Rozaffy et Albert Ducrot jusqu'à Marcel Gascoin...  J'avais ainsi localisé deux brevets sur un site américain puis un lecteur de ce blog - Nicolas le Du - m'a très aimablement contacté pour me donner l'adresse du site officiel http//worlwide.espacenet.com (advanced search) et le mode d'emploi. Il suffit de renseigner la ligne inventor puis de valider, et alors nous trouvons, par exemple, onze brevets déposés entre 1946 et 1976 par "gascoin marcel". En allant sur original document, nous découvrons alors les textes descriptifs et bien souvent les dessins comme la bibliothèque modulable (1946), le lit escamotable (1949), les éléments de rangement (1950) et la table transformable ronde-carrée (1951). Bien d'autres créateurs peuvent être tracés...

Those who love archives are rare because the process is tedious: appointments - to justify - volumes and time limited : "here are three boxes to open" - "Thanks" but finally the correct folder is located in front of our neighbor. Besides multiple sources: National Archives, Ministry sent a deposit in the middle of nowhere, papers from a prefecture in secret, file a town in cobwebs, private or privatized deposit ... However, ten or twenty years, there will be very simple with scanning, to surf sites that get tired for us to discover the good location. In the meantime, we stagnate in an in-between place, so you have a pipe to locate a track - here a copy of the archives of the Ministry of Industry (...), filed Pharma-Paris (?) Dispatched (!?) and then digitized in the United States (phew!) ... And that brings us the first discoveries from Didier Rozaffy, Albert Ducrot to Marcel Gascoin - who deposited two patents on what he sees as "technical innovation" as much as furniture: storage elements (1950) and the transformable table (1951) - it may be a first for a french furniture designer and this explains its position on "design", seeking to protect its models and consider them as "industrial products".

dimanche 10 mars 2013

Jacques Hitier // appartement témoin



Très heureux de présenter le premier épisode de l''exposition Jacques Hitier dans l'Appartement témoin Perret au Havre, en complément de la sortie de la monographie Jacques Hitier - modernité industrielle publiée aux éditions Piqpoq. Les plus pressés peuvent déjà y découvrir quelques meubles prêtés par la famille, la galerie Cube rouge ou venant des collections GG et CD (j'ai effectué la muséographie avec l'aide très précieuse de mes habituels complices : Denis Bréaut, Elisabeth Chauvin et Eric Garzena). Pour l'instant, l'aménagement se limite à l'appartement mais, fin juin, elle entrera également dans la maison du patrimoine, avec les gouaches des ensembles les plus emblématiques, pour une inauguration officielle. En attendant, voici les premières photographies...

Very pleased to present the first episode of the exhibition ''Jacques Hitier in Auguste Perret model apartment", Le Havre, in addition to the  new monograph Jacques Hitier - modernité industrielle, Piqpoq editions. We can already discover some furniture lent by the family, the "Cube Rouge" antiques and privates collections GG and CD (I made scenography with the invaluable assistance of my usual accomplices Denis Bréaut, Elisabeth Chauvin and Eric Garzena). Now, development is limited to the apartment, but, it will also come in the "Maison du patrimoine"  in June, with gouaches of the most iconic furniture for an official opening. In the meantime, here are first photos ...

vendredi 1 mars 2013

Henri Salesse // enquête sociologique près de Rouen

via Didier Mouchel, Reportage : Henri Salesse, éd. Gwinzegal, 2008

Henri Salesse apparaît atypique parmi les employés du ministère chargé de collecter les images de la reconstruction - ce n'est pas faux mais n'oublions pas que le niveau de formation des "photographes industriels" est alors excellent, et c'est surtout le sujet-motif d'Henri Salesse qui est atypique : la misère des quartiers insalubres ! Les photographes français ne sont alors que des techniciens, suivant leur formation et leur statut, et ils s'identifient comme tels, sans jamais se revendiquer autrement... Au Havre, par exemple, l'Etat missionne de nombreux grands photographes entre le bilan des destructions (Adrien Paris) et la propagande touristique de la ville neuve (Lucien Hervé), sans compter le chantier de Reconstruction où se croisent l'Atelier Chevojon et quelques "locaux" remarquables comme Robert Lhommet ou Gilbert Fernez. Pour en revenir au statut du photographe : ce n'est donc pas un artiste-vedette plus ou moins imposé mais un technicien appelé par un autre... Dans bien des domaines, alors que règne la modestie et l'excellence, le génie artistique se cache sous la commande administrative - des choix sont bons et d'autres pas, des photographes excellents et d'autres moins. VOIR : https://mediatheque.developpement-durable.gouv.fr/

mardi 22 janvier 2013

Maison Larsson // micromusée


séjour de la Maison Larsson, via Visitsweden

A la fin du XIXe siècle, prolongeant la famille victorienne et le style Arts & Crafts, les Larsson inventent la famille moderne dans le creuset du Romantisme, se faisant une petite place bien à eux entre l'excentricité bourgeoise du "Dandy" et la marginalité prolétaire de l'anarchiste. Pays de "la vie de Bohème", la France fait rêver les artistes suédois qui viennent à Grez-sur-Loing pour y chercher une vie libre où la nature fait motif. C'est ici que Carl Larsson rencontre Karin Bergöö. En 1888, ils retournent au pays et s'installent à Sundborn - près de Falun, au centre de la Suède - ; ils y aménagent une maison de rêve qui devient à la fois leur résidence principale et leur travail. Madame à la déco, Monsieur au dessin, les Larsson fabriquent ainsi un remède contre la noirceur romantique, un antidote à Edvard Munch ! Dans l'ouvrage Notre maison (1894), en "illustrant"  la beauté d'un revival sans lieu ni âge (mais aussi très Gustavien), Carl Larsson montre un bonheur retrouvé, remet en valeur un artisanat do-it-yourself et s'oppose ainsi à la mécanisation en poursuivant le travail de William Morris. Il lutte contre le réel, imagine une famille idéale vivant dans un confort plus populaire que bourgeois, plus rustique que précieux, plus traditionnel que novateur, et surtout plus libre que convenu. Attention, tout est relatif, il y a encore la sacralité de la chambre de Monsieur et surtout la "nursery" où Madame dort aux côtés de ses petites filles... Paradoxe plus subtil, les aquarelles de Carl Larsson doivent leur originalité - la simplicité des lignes et des couleurs - à leur destination : une reproduction mécanisée pour être diffusées à grande échelle ! Il y a une hybridation cachée dans cette oeuvre où la vérité intime et naturelle ne l'est absolument pas. Comme pour rappeler cette vieille évidence : l'image n'est pas la chose.

At the end of the nineteenth century, extended Victorian family and Arts & Crafts, the Larssons invented a modern family in the crucible of Romanticism, between originality of "Dandy" and anarchist marginality. Countries of "the bohemian life", France therefore dream Swedish artists who come to Grez-sur-Loing to seek a life of freedom with a natural motif. It's here that Carl Larsson Karin Bergöö meeting. In 1888, they returned to the country and settled in Sundborn - near Falun in central Sweden - and they will settle a particular dream home becomes both their primary residence and work. Lady at the decor, to Mister drawing, the Larssons make a remedy against the dark romantic, an antidote to Edvard Munch! In the book Our house (1894), showing the beauty of a revival without place or age, Carl Larsson draws happiness, presents worth a craft DIY to oppose mechanization. His images are fighting against the real, imagine an ideal family living in comfort more popular than bourgeois, more rustic than precious, more traditional than innovative, especially freer agreed. But it's relative, there is still room the sacredness of Mr and especially the "nursery" where Mrs. sleeping alongside her little girls ... A greater paradox, watercolors by Carl Larsson owe their style - simple lines and colors - at a large-scale reproduction print! Carl Larsson drawings are widely distributed in the Scandinavian countries and in Germany more ... There is therefore a lie in this work - the intimate and natural truth is not - a rather obvious : the image is not the thing!

dimanche 13 janvier 2013

Jacques Hitier // Cube Rouge



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Exposition jusque fin février à la galerie Le Cube Rouge - Deux adresses : galerie au 11 rue Lalande, 75014 Paris (à 11 mètres de la rue Daguerre Métro Denfert Rochereau) et exposition dans l'annexe, 11 rue Ernest Cresson.

Exhibition, until the end of February, at "Le Cube Rouge" - Two addresses: the gallery; at 11 rue Lalande, 75014 Paris (Métro Denfert Rochereau) and exposure in the showroom, 11 rue Ernest Cresson.


jeudi 3 janvier 2013

Albert Ducrot // table "Révélation"



La table portefeuille "Révélation" est crée en 1952 sous le nom de "Magic". Brevetée en 1953, c'est l'un des rares meubles de cette période à être édité en grande série. Elle cumule les atouts : robustesse incontestable, gain de place évident grâce à son système dépliant et réhaussable. Il en existe de nombreux modèles adaptés aux différents goûts des clients avec, chose rare pour un produit industriel, une gamme moderne (ligne "junior"). Son créateur est Albert Ducrot (1900-1964), directeur de l'entreprise Ducal. Tapissier de formation, il s'installe dans le Faubourg Saint Antoine en 1923 puis il va reprendre l'industrie familiale de fabrique de siège. Cossu, souvent historicisant, rustique et parfois même froufrouteux, le style Ducal reste marqué par le Paris des Années folles mais son génie réside dans les systèmes de transformation que le directeur de la marque met au point avec l'aide d'un mécanicien, ajusteur et serrurier, ancien ouvrier des usines Renault, Monsieur Chauvin (voir ducal.info). Singulier mélange entre le délicat confort du tapissier-décorateur et la brutalité mécanique de l'automobile, le paradoxe des "systèmes" devient le symbole même de la marque. Ducal redessine et rebaptise le fauteuil Morris ("Bang"), la table portefeuille ("Révélation") et la fameuse banquette-lit ("Merveille") qui est éditée en centaines de milliers d'exemplaires ! Avec des noms qui frappent, connus pour être solides et intelligents, les meubles Ducal sont les vedettes des années 1950...

The transformable table "Revelation" was created in 1952 under the name "Magic". Patented in 1953, this is one of the few furniture of this period to be published in mass. It combines the advantages: robustness indisputable, obvious space saving thanks to its brochure and Raisable. There are many models to suit different tastes of customers, a rarity for an industrial product, a modern range (line "junior"). Its creator is Ducrot Albert (1900-1964), director of the company Ducal. Upholsterer training, he settled in the Faubourg Saint Antoine in 1923 then it will resume cottage industry factory seat. Cossu, often historicizing, rustic and even froufrouteux the Ducal style is marked by the Paris of the Golden Twenties, but his genius lies in processing systems as the director of the brand develops with the help of a mechanic, with a worker formed in Renault car factory. Unique mix of delicate comfort upholsterer decoration and brutality mechanical automobile, the paradox of "systems" becomes a symbol of the brand. Redesigned and renamed the ducal chair Morris ("Bang"), the holding table ("Revelation") and the famous sofa bed ("Wonder") is published in hundreds of thousands of copies! With names that strike, known to be strong and intelligent, the Ducal furniture are featured during the 1950's ...