samedi 27 octobre 2012

Solar house // George Fred Keck

La Maison solaire de G.F. Keck, Maison française, juin 1947

Après s'être réfugié aux Etats-Unis, Maurice Barret revient avec le rêve américain en tête. Même si le verre et l'acier manquent totalement en France, il apporte avec lui un paysage avant-gardiste qu'il publie dans la revue Maison française : il s'agit de la "maison solaire" réalisée par l'architecte-ingénieur George Fred Keck en 1946 (Maison Sloan). Presque totalement préfabriquée, orientée pour une gestion optimale de la température (déjà "passive"), elle figure l'idéal américain de la Middle Class et se place à la hauteur esthétique des luxueuses villas de la Côte Ouest. Un objet futuriste et un idéal pour le Français moyen car l'espoir du pavillonnaire est déjà - encore et toujours - dans la majorité des têtes alors même que se dessine un contraste singulier avec les projets de reconstruction en immeubles collectifs. Si des expériences ponctuelles sont menées dans la cité expérimentale de Noisy-le-Sec, le pavillon du plus grand nombre se réduit pourtant au baraquement provisoires équipé d'un simple point d'eau et d'un unique poële à charbon... Mais le modèle américain de Georges F. Keck, c'est avant tout un rêve : une boîte en verre dotée de tout le confort moderne, d'une puissance visuelle démesurée. Toujours aussi prospectif de nos jours, d'un "futurisme intemporel", cet idéal iconographique montre cependant un décalage tragique avec les réalités quotidiennes des années 1940, un décalage qui n'est pas si éloigné du luxueux "art déco" que l'on exhibait sous l'Occupation : ici et là, on veut éduquer le peuple au "bon goût" de quelques privilégiés en passant par l'image. Après la bombe A, l'image est l'autre arme de la Seconde Guerre mondiale - comme l'analyse en temps réel Marshall McLuhan...

Refugee in U.S., Maurice Barret returns in France with an American dream. Even if glass and steel completely lacking in France, he brings with him an extraordinary landscape layouts that will publish in Maison Française magazine: the "solar house" by George Fred Keck in 1940 (called Sloan House). Almost completely prefabricated and oriented for optimal management of temperature ("passive"), it appears American ideal of perfect home for Middle Class, at the height of aesthetic luxury of the West Coast. Also a dream for the average French as hope of pavilion is already - and again - in the majority of heads, even though a singular contrast is drawn between this aspiration and reconstruction projects in apartment buildings or temporary huts. It retains the idea, specific experiments are conducted with the Swedish houses and from other countries in the experimental city of Noisy-le-Sec. However, the American dream is something else: this glass box with all the modern comforts of visual power disproportionate. There is this ideal as an offset tragic iconography with the daily realities of the 1940s, not so far from luxurious art deco that was shown during the Occupation - here and there, we want to educate people to the "good taste" through the image. After the bomb, the image is another weapon born during the Second World War, as will be analyzed in real time Marshall McLuhan ...

mercredi 17 octobre 2012

Marcel Gascoin // études havraises

Atelier menuiserie de l'école pratique du Havre, vers 1910

Les débuts scolaires de Marcel Gascoin vont enfin être connus dans les détails grâce aux recherches de Cyril Beneteau qui mène un travail de bénédictin sur l'histoire du Havre et de sa reconstruction. Grâce à lui, le lycée havrais Jules-Siegfried peut désormais se targuer d'avoir parmi ses anciens élèves l'un de nos de nos plus grand designer : Marcel Gascoin. Un éclairage biographique pertinent car on découvre que celui-ci était élève de 1921 à 1924 à "l'école pratique" et apparaît sur la liste des diplômés de Maistrance. L'actuel Lycée Jules-Siegfried est fondé comme "Ecole Pratique" en 1868, l'option "Ecole de Maistrance" est ajoutée en 1919 pour former des agents de maîtrise et dessinateurs pour les bureaux d’étude en mécaniques dans les chantiers de construction navale. Marcel Gascoin reçoit le brevet dans cette spécialité en 1924-25 avec la mention Bien, option "modelage" - une technique consistant à transposer un dessin ou un prototype en modèle pour une production industrielle concrète. On comprend déjà la future synthèse qu'il va opérer, entre son père qui est lui-même chef d'atelier dans l'école (certainement en menuiserie), son goût pour l'agencement des bateaux et pour le bois (qu'il dira avoir découvert dès l'enfance sur les quais du Havre) et, enfin, sa formation technique en maistrance qui s'avère finalement très proche de sa future carrière - si on considère l'importance du mobilier en bois sur les bateaux à cette époque - même s'il en parle moins que de son futur parcours dans les prestigieuses écoles et institutions parisiennes !

Early school cursus of Marcel Gascoin will finally be known in detail through research that leads Cyril Beneteau painstaking work on the history of Le Havre and its reconstruction. Thanks to him, in Le Havre, the Jules Siegfried High School can now boast among its alumni one of our our largest designer, Marcel Gascoin. Lighting biographical relevant because discovered that he was a student here from 1921 to 1924/25 where it appears on the list of graduates of this Industrial School founded in 1908 for designed to train supervisors and designers for offices mechanical study shipbuilding. Marcel Gascoin will receive a certificate with honors in the "modeling" - specialty of transposing a drawing or prototype model for concrete industrial applications. It already includes future synthesis that will operate between a father foreman in school practice (carpentry), a taste for boats and wood (he discovered from childhood on docks of Le Havre), and finally, the technical training that is ultimately very close to his future career - if one considers the importance of wooden furniture on the boat at this time - even if he speaks less than its future course in the prestigious Parisian institutions!

jeudi 11 octobre 2012

Exposition internationale // urbanisme et habitation

Marcel Gascoin, Sotteville-lès-Rouen, d'après Ensembles modernes

Entre le retour en force de l'Art déco sous l'Occupation (images de France  // 1940-44) et la renaissance du Salon des arts ménagers en 1948 (meubles de série // arts ménagers), le modernisme social apparaît une première fois aux yeux du public dans "l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation" en 1947. Beaucoup critiquèrent alors l’absence de position tranchée d'un Etat qui refusait à la fois la main-mise des avant-gardes internationales et celle des acteurs locaux désireux d’un style "régional". En y regardant de près, principalement en parcourant le numéro 41 du Décor d'aujourd'hui, l'Exposition apparaît finalement cohérente, pleinement dans son temps et certainement plus que le modernisme radical ou le néo-régionalisme : la reconstruction des villes montre des immeubles aux formes neuves et rationnelles dont les plans obéissent à la normalisation nouvelle du confort. L'ameublement suit les principes de production en série car le directeur de l'exposition - Paul Breton - fait appel à Marcel Gascoin pour diriger l'aménagement des appartements exposés. On a juste assez d'acier pour armer le béton et de bois pour l'ameublement, on manque cruellement de charbon pour faire tourner les grosses industries : la modernité doit être économique, tolérante, rester modeste... et l'on comprend ainsi mieux la place de premier ordre offerte à Auguste Perret et René Gabriel et l'abandon des créateurs prônant une innovation dispendieuse. Décideurs et créateurs semblent vouloir en finir avec les doctrines radicales : concilier l'ingéniosité et l'intelligibilité, utiliser la machine, pour démocratiser, et la main de l'homme, pour y ajouter la beauté. Il faut lier la production mécanisée au travail artisanal... Dans une approche mêlant standardisation et Arts & Crafts, chaque ville, chaque projet, chaque intérieur trouve un caractère différent - comme le montre les logements-types exposés, dont les célèbres exemples de Sotteville-lès-Rouen, du Havre et de Boulogne-sur-Mer.

After the comeback artists-decorators during the Occupation (see Images of France), social modernism reborn in the International Exhibition of Urban Planning and Housing, in 1947. Many criticized then absence of clear-cut position of a government which refused the stranglehold of the Parisian avant-garde, on the contrary, others - wanting a style "regional" - denounced the silence imposed on local decision-makers . If you look closely, this exhibition is finally consistent and fully adheres to its time, even more than the "Modern Movement" or neo-regionalism that the Vichy government had sought to revive: the inner planes obey the new standards of comfort and furnishings strictly follows the principles of mass production, the director of exhibition - Paul Breton - who uses Marcel Gascoin to lead stands design. It has just enough steel to reinforce concrete, there is a lack of coal to run industries ... The modernity must be tolerant and economic, to be modest, and it includes the best place in the first rank given to Auguste Perret and René Gabriel. The creators want to finish with the radical doctrines: concillier ingenuity and intelligibility, use the machine to democratize products and hand-make to beauty, connect the mechanization with handcrafted finishes ... Approach in Arts & Crafts revival, every city, every project, every home has a different character - as shown by the three famous examples of Sotteville-lès-Rouen, Le Havre and Boulogne-sur-Mer.

dimanche 7 octobre 2012

1939-1945 collaboration // Images de France

Dominique, Images de France février 1943 .

En 1939 et 1945, l'Union des artistes modernes et le Salon des arts ménagers cessent leurs activités mais le Salon des artistes décorateurs veut se maintenir et un évènement naît en 1940 : le Salon de l’imagerie, associé à la précieuse revue en couleur Images de France - apparition singulière alors que le papier manque... Car les temps sont déjà ceux du cinéma, du visuel s'insérant dans la mode vestimentaire et dans le mobilier. Cette revue donne une juste idée de la création sous l’Occupation et montre la renaissance de l'ancienne génération des artistes décorateurs. Leur élitisme s’associe alors à l’idéologie d’un épanouissement individuel de l’ouvrier dans un savoir-faire de prestige, un travail artisanal qui s’oppose à la frustration de l'ouvrier spécialisé ne voyant pas la finalité de sa tâche : détournement de l’argument socialiste de William Morris car il s’agit là d’intérêts bien particuliers ! La Compagnie des arts français publie dans cette revue une déclaration pleine-page : "la tradition française est de créer", les décorateurs signataires - Adnet, Arbus, Dominique, Jallot, Leleu, Pascaud, Printz, Prou, Rousseau et Lardin - sembler résister à l'Occupant en refusant d’être passéistes. De biens grands mots car les articles prônent la tradition ("perdue" pendant la crise de 1928-38) et s'opposent au modernisme, à la démocratisation. L'artisan prend plaisir en travaillant uniquement pour une richissime élite... Même si les ouvrages semblent ridicules dans le cadre désert du "Palais de New-York" en 1942, où se tient le Salon des artistes décorateurs et où l'on stocke en sous-sol les biens juifs réquisitionnés. Que découvre t'on ? On vante le retour de la ferronneries d’art d'un Gilbert Poillerat et la précieuse marqueterie d'un Jules Leleu. Le seul souci réaliste se limite aux difficultés d’approvisionnement (bois exotiques, tissus) ou aux réquisitions pour l'armement (métaux, solvants), Jean Royère imagine donc un "grenier aménagé sans bon d’achat" faisant de ces contraintes un levier d’action. On découvre aussi le brutalisme "premier" des meubles monoxyles d’Alexandre Noll et l'ambiance autoritaire et rustique d’une maison de campagne décorée par Maurice Jallot. Le style de l'Occupation est dans ce mélange singulier de luxe, d'élitisme et de populisme, il nous montre comment les frustrations sont instrumentalisées derrière la promesse du "bien du peuple" pour finalement servir l'intérêt d'un petit monde de privilégiés...

In 1940, Union of modern artists and homework exhibition named “Salon des arts ménagers” cease their activities, but artists decorators maintains an event and a picture exhibition born, combined with precious color magazine Images de France - singular appearance when paper runs out ... For this times they are already cinema, visual inserting in fashion clothing and furniture. Reading this magazine gives us a fair idea of creating during Occupation and we see that it is the 1925 generation of decorative artists who survive best. Their elitism is then associated with an ideology of individual development worker in a manual skill prestigious craftsmanship that opposes frustration of skilled worker not seeing the purpose of its task… An socialist argument of William Morris against mechanization, because it is of interest more than know-how. The French Company of Art publishes in this review a full-page statement: "The French tradition is to create" decorators signatories - Adnet, Arbus, Dominique, Jallot, Leleu, Pascaud, Printz, Prou, Rousseau and Lardin - argue that If they refuse to be backward-looking. Property for big words Images de France advocates tradition ("lost" during 1928-30 crisis) and opposes Modernism especially idea of democratization. The craftsman then works only for wealthy elite ... It boasts the return of ironwork art of Gilbert Poillerat  or a Jules Leleu precious inlay - even if their works seem ridiculous in the Palais de New-York (now Palais de Tokyo), where empty stands Salon decorators. Realistic concern is limited to certain supply difficulties (exotic woods, fabrics) or requisitions for weapons (metals, solvents). Jean Royère imagines an "attic without voucher" constraints by a lever action. We also discover the brutalism furniture with canoes Alexandre Noll and furniture of a neo-rustic cottage Maurice Jallot. Unique blend of luxury, elitism and Folk art: it is the new style of the Occupation! And we can understand how frustration combined with the democratic "good for people" promise can serve interests of a little world ...