dimanche 7 octobre 2012

1939-1945 collaboration // Images de France

Dominique, Images de France février 1943 .

En 1939 et 1945, l'Union des artistes modernes et le Salon des arts ménagers cessent leurs activités mais le Salon des artistes décorateurs veut se maintenir et un évènement naît en 1940 : le Salon de l’imagerie, associé à la précieuse revue en couleur Images de France - apparition singulière alors que le papier manque... Car les temps sont déjà ceux du cinéma, du visuel s'insérant dans la mode vestimentaire et dans le mobilier. Cette revue donne une juste idée de la création sous l’Occupation et montre la renaissance de l'ancienne génération des artistes décorateurs. Leur élitisme s’associe alors à l’idéologie d’un épanouissement individuel de l’ouvrier dans un savoir-faire de prestige, un travail artisanal qui s’oppose à la frustration de l'ouvrier spécialisé ne voyant pas la finalité de sa tâche : détournement de l’argument socialiste de William Morris car il s’agit là d’intérêts bien particuliers ! La Compagnie des arts français publie dans cette revue une déclaration pleine-page : "la tradition française est de créer", les décorateurs signataires - Adnet, Arbus, Dominique, Jallot, Leleu, Pascaud, Printz, Prou, Rousseau et Lardin - sembler résister à l'Occupant en refusant d’être passéistes. De biens grands mots car les articles prônent la tradition ("perdue" pendant la crise de 1928-38) et s'opposent au modernisme, à la démocratisation. L'artisan prend plaisir en travaillant uniquement pour une richissime élite... Même si les ouvrages semblent ridicules dans le cadre désert du "Palais de New-York" en 1942, où se tient le Salon des artistes décorateurs et où l'on stocke en sous-sol les biens juifs réquisitionnés. Que découvre t'on ? On vante le retour de la ferronneries d’art d'un Gilbert Poillerat et la précieuse marqueterie d'un Jules Leleu. Le seul souci réaliste se limite aux difficultés d’approvisionnement (bois exotiques, tissus) ou aux réquisitions pour l'armement (métaux, solvants), Jean Royère imagine donc un "grenier aménagé sans bon d’achat" faisant de ces contraintes un levier d’action. On découvre aussi le brutalisme "premier" des meubles monoxyles d’Alexandre Noll et l'ambiance autoritaire et rustique d’une maison de campagne décorée par Maurice Jallot. Le style de l'Occupation est dans ce mélange singulier de luxe, d'élitisme et de populisme, il nous montre comment les frustrations sont instrumentalisées derrière la promesse du "bien du peuple" pour finalement servir l'intérêt d'un petit monde de privilégiés...

In 1940, Union of modern artists and homework exhibition named “Salon des arts ménagers” cease their activities, but artists decorators maintains an event and a picture exhibition born, combined with precious color magazine Images de France - singular appearance when paper runs out ... For this times they are already cinema, visual inserting in fashion clothing and furniture. Reading this magazine gives us a fair idea of creating during Occupation and we see that it is the 1925 generation of decorative artists who survive best. Their elitism is then associated with an ideology of individual development worker in a manual skill prestigious craftsmanship that opposes frustration of skilled worker not seeing the purpose of its task… An socialist argument of William Morris against mechanization, because it is of interest more than know-how. The French Company of Art publishes in this review a full-page statement: "The French tradition is to create" decorators signatories - Adnet, Arbus, Dominique, Jallot, Leleu, Pascaud, Printz, Prou, Rousseau and Lardin - argue that If they refuse to be backward-looking. Property for big words Images de France advocates tradition ("lost" during 1928-30 crisis) and opposes Modernism especially idea of democratization. The craftsman then works only for wealthy elite ... It boasts the return of ironwork art of Gilbert Poillerat  or a Jules Leleu precious inlay - even if their works seem ridiculous in the Palais de New-York (now Palais de Tokyo), where empty stands Salon decorators. Realistic concern is limited to certain supply difficulties (exotic woods, fabrics) or requisitions for weapons (metals, solvents). Jean Royère imagines an "attic without voucher" constraints by a lever action. We also discover the brutalism furniture with canoes Alexandre Noll and furniture of a neo-rustic cottage Maurice Jallot. Unique blend of luxury, elitism and Folk art: it is the new style of the Occupation! And we can understand how frustration combined with the democratic "good for people" promise can serve interests of a little world ...


la suite, en images :


Dominique, détail de la salle à manger



l'artisan de Poillerat, Images de France juillet 1943




M. Messager artisan de Leleu, Images de France septembre 1943




Jules Leleu, Images de France juillet 1942



Jean Royère, grenier sans bon d'achat, Images de France février 1943



Alexandre Noll, salle à manger en meubles monoxyle, Images de France juillet 1943



SAD de 1943 aux Tuileries, Images de France août 1943

céramiques de Lenoble, Lanel et Savin, Images de France  juillet 1943