vendredi 22 juin 2012

Biographies des décorateurs


Un emprunt au site de la galerie belge Thierry Camu (Thierry Camu Gallery, Chaussée de Waterloo, 373, 1050 Bruxelles) qui nous offre sur son site les biographies des artistes décorateurs. Ce n'est pas tout à fait notre période, et les références au verre, à la céramique et à la tapisserie sont nombreuses, mais on y retrouve un grand nombre de décorateurs de la Reconstruction : Jacques Adnet, René-Jean Caillette, Renan de la Godelinais, Michel Dufet, Jacques Dumond, Jean Fressinet, René Gabriel, Gustave Gautier, Georges Goetz, Suzanne Guiguichon, Georges Jouve, Etienne-Henri Martin, Mathieu Matégot, Jacques Mottheau, Alexandre Noll, Maxime Old, Jean Pascaud, Geneviève Pons, Maurice Pré, Renou André & Genisset Jean-Pierre, Jean Royère, Louis Sognot.

A loan to the belgian gallery website of Thierry Camu (Thierry Camu Gallery, Chaussee de Waterloo, 373, 1050 Brussels), which offers artist decorators biographies. It's not really our period, and references to glass, ceramics and tapestry are numerous, but we find many designers of Reconstruction: Jacques Adnet, René-Jean Caillette, Renan de la Godelinais, Michel Dufet, Jacques Dumond, Jean Fressinet, René Gabriel, Gustave Gautier, Georges Goetz, Suzanne Guiguichon, Georges Jouve, Etienne-Henri Martin, Mathieu Matégot, Jacques Mottheau, Alexandre Noll, Maxime Old, Jean Pascaud, Geneviève Pons, Maurice Pré, Renou André & Genisset Jean-Pierre, Jean Royère, Louis Sognot.



ADLER Rose

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Rose Adler est née le 23 septembre 1892. En 1917, elle entre à l'École d'Art décoratif de la rue Beethoven, dirigée par Andrée Legrand ; elle y restera jusqu'en 1925, mais en même temps, pressentant la nécessité de connaître parfaitement le métier de doreur, elle prend des leçons particulières avec Noulhac, remarquable technicien.

Ses premières reliures faites, en partie, sous la direction de ce maître et dans lesquelles se manifeste déjà son sens très libre des couleurs et des matières, exposées à l'École, furent acquises par des bibliophiles devenus ses clients réguliers, en particulier Paul Hébert. En 1923, à une nouvelle exposition de l'École, mais cette fois au Pavillon de Marsan, Jacques Doucet achète trois de ses reliures : elle entre ainsi en rapports avec le mécène pour lequel elle travaillera jusqu'à sa mort.
Depuis 1924, Rose Adler expose aux Salons des Artistes Décorateurs qu'elle quitte en 1929 pour faire partie de l'U.A.M. Elle participe à l'Exposition Internationale du Livre, au Petit Palais, en 1931, au groupe Chareau Cournault Gamler, en 1934, et à l'Exposition Internationale de 37, puis aux expositions de San Francisco en 39 et de New- York en 49.

Membre fondateur de la Société de la Reliure originale, elle participe à ses expositions à la Bibliothèque Nationale en 47 et 53 et à Lyon en 49. Rose Adler, dont une reliure fut acquise par la Bibliothèque Nationale en 32 et une par la Ville de Paris en 34, a des oeuvres dans les collections de bibliophiles français, anglais et américains, à la New York Library, au Musée d'Art Moderne de Paris et au Victoria and Albert Museum de Londres. Elle est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1951.

Du jour où Jacques Doucet a remarqué les reliures de Rose Adler et lui a confié des livres, et aussi la réalisation d'objets dont il suggérait l'idée, elle a subi à la fois l'influence de cet homme au goût raffiné et celle du rénovateur de la reliure, Pierre Legrain, lui-même suscité par le mécène qui désirait, pour ses livres d'écrivains et de poètes contemporains, des reliures modernes.
Rose Adler était alors une excellente technicienne et si, par la suite elle abandonna le métier et se contenta de dessiner ses reliures, elle avait acquis l'expérience de tout ce que le maquettiste peut exiger du « doreur » et elle a inventé, parce qu'elle les savait réalisables, des détails matériels d'une préciosité, d'une délicatesse féminine. Par goût et par amitié, Rose Adler a vécu et travaillé dans un milieu littéraire et artistique d'avant-garde mais, malgré les influences, reçues avec ferveur, elle a su préserver sa personnalité.

Elle construit et organise le décor d'un livre avec une logique, ,une rigueur architecturale et d'autre part elle apporte à ses conceptions une sensibilité, une grâce que n'altère jamais la moindre mièvrerie. Si son intarissable fantaisie lui a suggéré l'emploi des matières les plus variées, tous les cuirs y compris le daim, parchemin, liège, peaux de batraciens, bois, ivoire etc..., son imagination créatrice est toujours dominée par ses dons de coloriste. Rose Adler éprouve avec une intense émotion le pouvoir expressif des couleurs : elle les oppose, les associe ou les harmonise avec autant de goût que d'audace. Mêlée, dès l'origine, à la rénovation de la reliure, Rose Adler, fidèle aux principes essentiels a poursuivi ses recherches dans le même esprit, d'où la remarquable unité d'une oeuvre qui la situe parmi les maîtres de la reliure contemporaine.


ADNET Jacques

Texte extrait de la revue Elites Françaises, N° Spécial 1948

La raison d'être de l'art décoratif est de dresser le décor de notre vie, c'est pourquoi la mission essentielle de l'ensemblier consiste à créer de la beauté : celle beauté à laquelle chaque être aspire instinctivement sans pouvoir toujours la définir et dont il a besoin pour oublier les laideurs humaines et les souffrances de l'effort. Cette beauté qu'il cherche éperdument dans la nature, dans la femme, dans la mode, dans l'objet.

Président du Salon des Artistes décorateurs, Jacques Adnet joue dans l'évolution du goût un rôle important.Il fut un des premiers à lutter contre la pauvreté d'un style qui, sous prétexte de s'épurer, se dépouillait de toute substance ; en mobilisant, au profit de la décoration, des peintres, des sculpteurs, des céramistes qui n'avaient jusqu'alors travaillé qu'isolément, il contribua activement à la renaissance de l'ornementation. Et maintenant, lorsque certains artistes tombent dans l'excès contraire, J. Adnet, en bon chef d'orchestre, intervient encore : « L'idée de beauté, déclare-t-il, est essentiellement variable, elle a des aspects multiples comme une lanterne à facettes et suit les mouvements de la vie. Or, en notre époque d'austérité forcée, l'esprit et les yeux sont, par une sorte de retour aux traditions antiques, attirés par la noblesse et la simplicité. »

Pour Adnet, la noblesse est presque synonyme de grandeur, un mot dont le sens est, aujourd'hui, trop souvent oublié. D'une manière générale, le public tend à ne considérer l'art que par le petit côté, la vogue est aux bibelots charmants, aux arrangements habiles, alors que la décoration, architecture intérieure, doit être soumise aux mêmes règles d'équilibre que les façades. Quant à la simplicité, il en fait un des éléments primordiaux du beau, à condition de la considérer comme un aboutissement et non comme un point de départ. Mais une telle stylisation exige une culture générale que peu « d'ornementistes » possèdent aujourd'hui, du fait même de la spécialisation. L'artisan de la Renaissance étendait presque toujours son activité à plusieurs domaines.Il est un point enfin sur lequel le décorateur insiste particulièrement : « La beauté, si utile à l'être humain, ne doit pas se dégager exclusivement des objets et des intérieurs d'exception, il faut en faire profiter la masse du public, et les meubles de série, débités par la machine, doivent comporter un élément vivant, c'est.à dire un détail d'ornementation fait de la main de l'homme ». C'est ce que le décorateur appelle humaniser l'utile. C'est vers de telles tendances que J. Adnet se propose d'orienter, dans la mesure de ses moyens, le prochain Salon des Artistes Décorateurs.



ADNET Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Jean Adnet est né le 20 avril 1900 à Châtillon-Coligny (Loiret). Frère jumeau de Jacques Adnet, ayant reçu la même formation que lui, ils collaborèrent aux mêmes travaux, obtinrent les mêmes récompenses sous une commune signature jusqu'en 1928.
Jean Adnet diplômé de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs y eut pour maitres Aubert (décoration) et Genuys (architecture). Après son service militaire il entre avec son frère à la Maitrise que dirige alors Maurice Dufrène et dès 1923 les deux frères exposent au Salon des Artistes Décorateurs, participent à l'Exposition Internationale de 1925 dans les sections les plus diverses où ils reçoivent de nombreuses récompenses. En 1926 ils se voient attribuer la Bourse Blumenthal, pour la Pensée et l'Art français. Tandis que Jacques, succédant à Sue et Mare, prend en 1928 la Direction de la Compagnie des Arts français, Jean Adnet est nommé directeur de l'important service des étalages aux Galeries Lafayette. Membre actif de la Société des Artistes Décorateurs, sociétaire du Salon d'Automne, il expose, d'autres parts, depuis 1950, au Salon du dessin et de la peinture à l'eau où plusieurs de ses aquarelles sont acquises par l'Etat. Chargé de conférences à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, il a reçu mission de présenter l'Exposition des Textiles à Lille en 1950 et celle de l'Union des Industries textiles à Londres, octobre 1954.  Jean Adnet est chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1950.

Bien que Jean Adnet se soit entièrement consacré depuis 1928, à l'art de l'étalage, il convient de noter qu'il n'a point pour autant renoncé à son ancien métier d'ensemblier et qu'il continue de participer, occasionnellement, avec des meubles de qualité et d'un goût très sûr, à d'importantes expositions d'art décoratif. Toutefois c'est dans la mission qui lui fut confiée aux Galeries Lafayette qu'il a depuis Plus de 25 ans, affirmé sa personnalité. Mieux, il faut noter qu'il fut un des premiers à rénover, on pourrait presque dire à inventer, l'art des vitrines, à bousculer les routines et préjugés, à créer ce « musée de la rue » qui exige, du décorateur étalagiste, les dons d'un metteur en scène. Dons d'imagination, de fantaisie, d'attentif opportunisme mis incessamment à l'épreuve des fluctuations des modes et des saisons. Moyens d'expression, lumières, couleurs, formes et accessoires, tout à la fois intangibles et matériels et dont l'artiste doit jouer en très réaliste magicien. Actuellement nous sommes habitués à cette féerie journalière montée pour attirer, séduire, convaincre, et faire vendre.  Mais il ne faut point oublier que cet art fut à organiser de toutes Pièces, que des initiatives, des audaces et des efforts comme ceux de Jean Adnet, maintenant aidé par tout une équipe de jeunes artistes qu'il a formés, ont largement contribué, dans un domaine à l'origine incertain, particulier, inattendu presque secondaire, au renom du goût et de l'esprit français dont Jean Adnet a été, vis-à-vis du monde entier, un brillant et inlassable messager.


ARBUS André

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 147 de Janvier - Fevrier 1950
Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

André Arbus, né à Toulouse le 17 novembre 1903, appartient à une vieille famille d'ébénistes toulousains. Il passe par l'École des Beaux Arts de Toulouse et dès 1925 il participe à l'Exposition Internationale, puis régulièrement, aux Salons des Artistes Décorateurs et d'Automne. En 1932 il s'installe à Paris, reçoit la Bourse Blumenthal et fait une Exposition particulière à la Galerie des Quatre Chemins. A l'Exposition Internationale de 37, il présente « Une demeure en Ile de France », « La maison d'une famille française », un restaurant au Centre régional et plusieurs ensembles mobiliers. En dehors d'importantes participations aux Salons des Décorateurs, aux Expositions « Formes d'aujourd'hui », organisées par Art et Industrie, il présente en 39, la section française à l'Exposition Internationale de New York, et depuis 1950, il expose ses oeuvres de sculpteur aux Salons des Tuileries et d'Automne.

Conseiller technique de la Direction du port de Marseille, membre du Comité des Salons des Tuileries et des Artistes Décorateurs, du Conseil supérieur des Arts Décoratifs, André Arbus est professeur à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Dans le même temps qu'il réalisait de nombreuses installations privées, André Arbus recevait d'importantes commandes de l'État : Ministère de l'Agriculture, Instituts de France à Bucarest et à Stockholm ; Salon du Palais du gouvernement à Dakar et, en collaboration avec Raymond Subes, décoration de la salle Médicis à Rambouillet et Grand Collier de la Légion d'honneur, etc. Il a conçu et sculpté, en 50, le meuble à bijoux offert à S.A.R. la Princesse Elizabeth. Trois bustes d'André Arbus ont été acquis par l'État et deux de ses meubles sont l'un au musée d'Art Moderne, l'autre au musée de Malborough. Différentes compagnies maritimes lui ont confié la décoration de paquebots. André Arbus est chevalier de la Légion d'honneur depuis 49. André Arbus est un artiste aux multiples activités,' ébéniste par atavisme professionnel, décorateur par vocation, ses goûts le dirigent par une logique nécessité vers l'architecture et voici qu'il se révèle sculpteur. Son oeuvre d'une complexe fécondité est marquée, dans toutes ses expressions.

Par un respect inné et volontaire pour la tradition. André Arbus, par l'étendue de ses connaissances et travaux, intimement lié à l'art de son temps, reste convaincu que certaines proportions, certains galbes, poussés à leur extrême perfection par de grands ébénistes, particulièrement du XVIIIe siècle, répondent à des règles immuables qui demeurent valables au xxe siècle. Cet amour pour de savantes harmonies de formes, ce goût pour les bois précieux et les délicats travaux de marqueterie, pour les ornements en bronze sculpté, donnent aux meubles d'André Arbus une élégance racée ou une somptuosité de bon aloi dont il ne renie pas les sources.

Cependant « la Maison d'une famille française » à l'Exposition de 37, l'essai de meubles de série, au Salon de l'Imagerie en 46, ou le prototype de chambre d'étudiant pour la Cité Universitaire, témoignent du rôle important qu'André Arbus pourrait assumer dans les actuelles et nécessaires recherches de solutions aux problèmes de l' habitat. Bien qu'il continue à concevoir et à exécuter des ensembles mobiliers de grande classe, l'architecte semble l'emporter sur le décorateur.  Depuis 46, en qualité de Conseiller technique de la Direction du Port de Marseille, il supervise, du point de vue esthétique, les bâtiments portuaires et dessine les Plans des Phares du Planier, du Château d'If, de Cassis et du Cap Couronné et étudie le nouvel urbanisme des Martigues tandis que, d'autre part, s'affirment, dans des oeuvres récentes, les dons du sculpteur.

André Arbus semble appartenir à cette catégorie de notre espèce qui répond au nom heureux, de nos jours presque oublié, d'humaniste. Il n'est pas arrêté dans une seule branche d'activité ; ses dispositions diverses se soutiennent, et au motif plus précis de sa vocation il ajoute les apports de domaines voisins ; alors chaque objet, dépassant son terme matériel, se pare de charme spirituel.
De l'amalgame des conditions créatrices détachons d'abord l'élément de base de toute exécution, c'est-à-dire la science du métier. André Arbus reçut une formation d'ébéniste à Toulouse, dans l'atelier où son père et son grand-père s'instruisirent sous la conduite de l'aïeul, le premier de la lignée des Arbus ébénistes, celui qui obtint son grade de maître ouvrier après avoir comme « compagnon » effectué son tour de France.

Lorsque notre auteur s'établit à Paris, en 1932, il possédait la compétence artisanale indispensable à l'élaboration et le contrôle des desseins de l'imagination. En 1933 il obtint le prix Blumenthal de la décoration. Nouveau venu dans la capitale, il constatait la vogue du « rationalisme » ; éprouvant que ce genre pratiqué avec fanatisme ne pouvait aboutir qu'à la stérilisation de l'art du meuble, il décida de ne pas s'engager dans une mode contraire aux belles règles de la construction.
Brusquement Arbus reçut la révélation des purs assemblages, et cette lumière lui vint du sentiment de l'architecture, qui lui est naturel. Dès lors ses oeuvres reçurent un pouvoir de sérénité et un air de grande distinction. Les pièces très précieuses et robustes, comme établies par un architecte maître de l'oeuvre, sont logiquement pourvues ( plus précisément des meubles d'appui ) du soubassement, de la façade, de l'entablement, des ornements de sculpture, de peinture qui rehaussent l'éloquence des volumes d'ébénisterie.  Cette façon de concevoir un meuble conquit le public, car on vit que les arguments du confort de l'âme complétaient les commodités du confort physique. Rapidement s'amorça le mouvement qui fit oublier le plus irrationnel des « rationalismes ». Des modèles d'Arbus naquit un style, et maints jeunes décorateurs, depuis quelques années, contribuent par leurs variantes à le répandre.  Par la curiosité intellectuelle de toutes choses, la vivacité de ses vues, Arbus atteint à cette qualité universelle de l'entendement. C'est la raison qui se révèle, en définitive, son caractère prépondérant, une raison remuante en quête des solutions de beauté.

Le mélange de logique et de verve délicate situe Arbus dans la famille des classiques français. Il ne projette pas un retour tactique vers l'époque décorative du XVIIIe siècle, mais, héritier des vertus d'une illustre lignée, il tente, avec sa pensée originale et ses moyens d'homme du xxe siècle, d'assurer la continuité de leur ouvrage, lequel, aussi bien, se référait à d'antiques recommandations. Il faut bien s'en convaincre, la tradition n'est pas une invention des hommes, elle existe, s'impose et conduit leur destin en dehors de toute volonté.  Ayant pensé la structure de ses meubles en architecte, Arbus devait adapter sa faculté dominante à de plus vastes plans et, tout en poursuivant ses travaux d'ébéniste, il avança dans la construction des édifices. Le même goût de la mesure classique forma l'ordonnance des thèmes nouveaux. Ses premières oeuvres furent la Maison de la famille française, à l'Exposition de 1937, et un palais dressé au Salon des Artistes décorateurs (1939).

En 1942 il construisit, avec la collaboration de Lucien Rollin, plusieurs mas dans les prairies de la Crau ; ces demeures paysannes, de proportions nettes et élégantes, expriment le charme âpre de la Provence. Les travaux d'un chantier grandiose retiennent aujourd'hui ses soins. Sur l'îlot du Planier, dangereux piton émergeant à 15 milles de Marseille, s'élèvera en pierre de Cassis le phare le plus puissant de la Méditerranée. André ARBUS en est le maître d'oeuvre. La tour portant le signal lumineux a l'aspect d'une colonne géante. Auprès, étendu sur l'îlot, le bâtiment des gardiens expose sa façade marine aux lourds bossages. La plus récente information sur l'activité d'Arbus garde l'accent maritime. Après le phare, le navire. Arbus est requis comme architecte et décorateur d'un grand paquebot, en construction à Newcastle, qui fera la ligne de l'Amérique du Sud.  Plusieurs thèses s'affrontaient dans le domaine maritime : l'une consistait à faire oublier au passager qu'il était sur un navire ; on s'ingéniait à lui cacher la mer, à lui donner l'illusion de vivre dans un palais, ou dans un palace français ou exotique. Il est intéressant de voir ce qu'un esprit neuf abordant la marine va faire sur un navire et comment aussi il va concilier ses desseins avec les impératives sujétions édictées par les ingénieurs : faible hauteur des plafonds, résistance aux déformations, incurvation des ponts, protection contre l'incendie, etc.

L'étendue du registre créateur d'Arbus va se révéler en cette circonstance ; les éléments divers du décor (lustres en verre de Venise, rampes en ferronnerie, appliques, etc.) seront, comme les meubles, conçus par lui en vue de l'harmonie de l'ensemble. C'est toujours en partant de haut, c'est-à-dire d'un domaine spirituel, qu'André ARBUS, conduit par une raison classique et le sens de l'architecture, entreprend son oeuvre jusqu'au point où l'appareil utile devient pour le regard un objet de délectation.


BEYER Paul

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 3 Avril 1956

Paul Beyer est né à Strasbourg le 9 novembre 1873. Son père y avait une importante fabrique de vitraux ; peu après la naissance de Paul, son 78 enfant, il vint se fixer à Besançon ; des difficultés de toutes sortes l'assaillirent et il mourut à la peine.  Sa veuve continua à diriger la fabrique et c'est ainsi que Paul Beyer fut d'abord initié à l'art du vitrail et reprit ensuite l'atelier familial. En 1904, la Séparation de l'Eglise et de l'Etat le ruina : il abandonna le vitrail et se consacra à la céramique. La guerre de 1914 le prend mais c'est un grand malade qu'elle libère en 1917. Beyer rejoint à Lyon sa femme et ses deux enfants, participe à des expositions puis s'installe à Paris. Il expose, dès 1928 aux salons des Artistes Décorateurs et d'Automne et prend part à diverses expositions en France et à l'étranger où il reçoit prix et récompenses. A la suite de l'Exposition de 1937 il est fait Chevalier de la Légion d'Honneur. Fin 1931 la Manufacture de Sèvres avait offert à Beyer un atelier, en 1932 elle met à sa disposition « le Vieux Moulin" ancien atelier d'Henry Cross où il restera une dizaine d'années. Des oeuvres de Beyer ont été acquises par l'Etat et figurent au Musée d'Art Moderne, et au Musée Céramique de Sèvres. En 1940 Beyer ne voulut point quitter Paris et c'est seulement en 1943 que ses amis, et en particulier P.-L. Duchartre, obtinrent qu'il se réfugiât à la Borne où un atelier lui était réservé. Beyer y travailla jusqu'à l'extrême limite de ses forces et mourut à Bourges le 10 septembre 1945. Beyer s'enorgueillissait de n'être qu'un potier. Il le fut avec conviction et joie du jour où il eut retrouvé la vieille technique rurale du grès au sel. Un accord, secret et profond comme une passion, se fit alors entre l'homme, la terre, son tour et le feu. Il aima le force rustique du grès cuit à haute température, au contact de la flamme et son austère nudité pure de tout émail, à peine voilée par les jeux du sel marin et du feu.

Déjà à Lyon, puis au Vieux Moulin, et enfin à la Borne, au milieu d'artisans eux-mêmes fidèles au grès, il éleva en potier ses formes au tour. Beyer part toujours d'un ou de plusieurs pots qu'il assemble, modèle à la main. aux oeuvres décoratives et sans mission il préféra les objets utilitaires aux formes logiques façonnées par l'usage : cruches, plats, écuelles.  Sous ses doigts habiles naquit tout un bestiaire, pris sur le vif, cocasse et humoristique. « Je ne travaille pas, affirmait-il je m'amuse ». Peut-être s'amusait-il encore, fort de la joie saine et tranquille du bon artisan, lorsqu'il dressait Vierge, saintes ou saints : la charmante petite sainte-Barbe et sa minuscule tour, saint Bon, patron des potiers, saint Nicolas avec les petits enfants au saloir, saint François aux oiseaux et son admirable saint Isidore, patron des moissonneurs, simple paysan, aux larges pieds solidement ancrés au sol, serrant à pleins bras une gerbe de blé.

Ainsi Beyer renouait avec la tradition des tailleurs d'images qui élevaient, à la croisée des chemins ou dans les églises de village, les réalistes et touchantes effigies des saints locaux. Apparentées à cet art populaire, malgré la rusticité du matériau et leur anachronisme, les statues de Beyer ont déjà pris Place parmi les authentiques chefs-d' œuvre de la céramique.



BOBOT Pierre

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Pierre Bobot est né le 16 février 1902 à Paris. Elève de l'Ecole Bernard Palissy, il entre en 1921 à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Pendant un temps il avait travaillé chez un restaurateur de laques anciens chinois : il s'initia ainsi à de difficiles techniques qui l'intéressèrent et décidèrent de sa vocation.
En 1923 il installe son propre atelier et en même temps qu'il continue ses premiers travaux, il est devenu restaurateur des Musées et Palais Nationaux, il continue ses recherches et entreprend son oeuvre personnelle.
Pierre Bobot expose depuis 1932 aux Salons d'Automne puis à ceux des Artistes Décorateurs et de la Nationale des beaux-arts et a participé aux expositions du Caire en 1938 et de New York en 1939. A l'Exposition de 1937, membre de Jury de la classe des laques présidée par Jean Dunand, il avait des oeuvres dans différentes présentations d'artistes décorateurs, panneaux, paravents, tables.
Il continue d'ailleurs à collaborer avec Leleu, Dominique, Jallot, Pascaud et compose parfois lui-même des meubles entièrement laqués ou incrustés de motifs ornementaux.
Il a reçu les prix Plumet (Société des Artistes Décorateurs) et Puvis de Chavannes (S.N.B.A.), des plaquettes de la Société d'Encouragement à l'art et à l'industrie et un diplôme d'honneur à l'Exposition de 1937.
Des oeuvres de Bobot acquises par la Ville de Paris et par l'Etat figurent à l'Hôtel de Ville, au Mobilier National, au Ministère de la Reconstruction, à l'Hôtel des Tabacs ; il a exécuté les panneaux offerts par le Président de la République à la Reine Juliana, et fait, d'autre part, d'importants travaux pour les compagnies maritimes françaises et pour le paquebot hollandais « Orange ».
Pierre Bobot qui est professeur à l'Ecole des Arts appliqués depuis 1934, a été nommé Chevalier de la Légion d'Honneur en automne 1954. Pierre Bobot après avoir employé les laques naturels a maintenant presque exclusivement adopté les laques synthétiques qui présentent les qualités esthétiques et de résistance à peu près analogues et permettent les mêmes procédés techniques.
D'autre part, ces laques sont d'un emploi inoffensifs alors que les laques végétaux dégagent des gaz toxiques dont seuls les asiatiques, Japonais ou indochinois, ne sont pas incommodés : les nouveaux produits ont ainsi permis à Bobot de se constituer un atelier d'artisans français.
Technicien éprouvé, Pierre Bobot sait apprécier la beauté propre à la laque, se Plait aux irisations d'or et d' argent et a souvent remis en honneur les laques gravées à l'imitation des anciens Coromandel chinois. il obtient aussi d'intéressants effets en superposant deux laques d'épaisseurs différentes : fond uni sur lequel se détachent des motifs ornementaux, fleurs, oiseaux, voire scènes anecdotiques, en relief.
Il conçoit surtout ses panneaux comme prétexte à de grandes compositions décoratives dont il étudie le dessin et l'iconographie avec un soin tout particulier.
L' oeuvre de Bobot évoque tout de suite ces charmantes vues panoramiques de Paris La Sainte-Chapelle, la place de la Concorde, le Carrousel, etc., ou des Plans de ports solidement architecturés, Les arbres, les scènes de chasse l'inspirent également et il sait, quand l'occasion s'en présente, comme pour la chaire de la petite église romane de Gréville, rechercher par le rythme des personnages aussi bien que par la colorations des laques, un caractère primitif, en accord avec l'édifice.
Comme il l'affirme volontiers, l'art du laqueur est un art de longue patience mais riche en moyens d'expression jamais épuisés et qui, peu à peu, se révèlent à ceux qui connaissent. et aiment sincèrement le métier.
Photo : Jean Collas


BONFILS Robert

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Robert BonfIls est né à Paris le 15 octobre 1886.En 1903, il est élève à l'École Germain Pilon, en 1905 à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs et de 1906 à 1909 à celle des Beaux Arts.
Depuis 1909, Il a exposé régulièrement au Salon d'Automne et de 1912 à celui des Artistes Décorateurs ; en 1914 à Bruxelles (peintures décoratives et objets d'art), puis aux Tuileries et dans la plupart des grandes expositions de peinture ou d'art graphique en France et à l'Étranger.
Il a été un des organisateurs de l'Exposition Internationale de 1925, a participé à 9 classes et dessiné l'affiche ; il a pris également une part importante à celle de 37.
Membre fondateur de la Société de la Reliure Originale, Il a exposé en 47 et 53 à la Bibliothèque Nationale et en 49 à Lyon. Il a exécuté dès 1913 des décors de théâtre, depuis 1915 créé des modèles de tissus Imprimés ou façonnés pour Bianchini ; en 1918 des cartons de tapisserie.
Son oeuvre de graveur a commencé en 1913 : Il a Illustré une trentaine de livres de bibliophiles et gravé plus de 250 planches, dont J.-B. Thomé a dressé le catalogue en 1937. Professeur pendant trente-deux ans à l'École Estienne et au Collège technique de jeunes filles de la rue Duperré, il a été chargé de conférences à l'École des Arts Décoratifs. Désigné en 39 pour une mission au Canada, Il n'a pu la réaliser qu'en 45-46 et l'a continuée aux U.S.A. par expositions et conférences ; en 47 Il retourne au Canada, invité par le gouvernement de Québec.
Robert Bonfils a des oeuvres, peintures et reliures, dans de nombreuses collections publiques et privées à Paris, en Province et à l'Étranger. Chevalier de la Légion d'honneur en 26, Il est Officier depuis 38. Bibliographie : Jean Bersler, Robert Bonfils, Compagnie Française des Arts Graphiques, Paris 1946.
Robert Bonfils : Deux cents vues de Paris, Larousse, 1935 ; La gravure et le livre, Paris, 1937 ; Initiation à la gravure, Flammarion 1939 Art Graphique (en collaboration avec R. Ranc) Inst. National des industries et arts graphiques, Paris 1950. L'oeuvre de Robert Bonfils, malgré son abondance et sa diversité, présente une unité : celle de sa culture et de sa sensibilité. Louis Vauxcelles, en 1933 a défini une personnalité qui n'a cessé de s'affirmer :
« Bonfils à qui nous devons des reliures, étoffes, estampes d'un goût si ingénieux est aussi, et surtout un coloriste robuste, qui construit largement, équilibre ses plans avec sûreté et use d'une matière qui vieillira bien ».
La part du peintre étant ainsi faite, nous y rattacherons, logiques affinités, les cartons de tapisserie, les décors de théâtre et aussi ceux de tissus et porcelaines. D'autre part c'est autour du livre, avec son illustration et sa reliure, que se groupent des activités, peut être préférées, et en tout cas inséparables de la personnalité et du nom de Robert Bonfils.
Illustrateur né, en même temps qu'en 1913 il expose sa première toile il achève l'illustration de Clara d'Ellebeuse qui témoigne tout de suite de ses goûts littéraires, de ses dons de graveur et de l'intérêt total qu'il porte au livre, intérêt qui l'entraînera bientôt à concevoir la reliure qui, à son tour, prend une place importante et très significative dans son oeuvre, avec ses recherches de décors, assez graphiques et d' harmonies de matières et de couleurs.
Tout au long de la carrière de Bonfils le livre et les arts graphiques, des doubles points de vue de l'art pur et didactique, auront la primauté.
Ses réalisations iront de la collaboration à des revues - Crapouillot et Feuillets d'art, à une rénovation de l'imagerie et surtout à l'illustration du livre de luxe.
Ainsi Robert Bonfils tout en poursuivant sa vie de peintre et de décorateur s'est, par son enseignement, les expositions qu'il a organisées, les études qu'il a publiées et par son Oeuvre personnelle, passionnément consacré au livre contribuant à sa connaissance et à son rayonnement.


BUTHAUD René

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

René Buthaud, né à Saintes le 14 décembre 1886, a fait ses premières études à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, puis il vient à Paris et y suit les cours de l'Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs et de l'Ecole des Beaux-Arts de 1909 à 1914. Il Y étudie peinture et gravure en taille douce et, en 1914, remporte le 1 er second Grand Prix de Rome de Gravure.
Mobilisé de 1914 à 1918, après la guerre c'est la céramique qui l'attire et il commence, dans des domaines très variés, des recherches qu'il ne cessera de poursuivre. Il expose aux salons des Artistes Décorateurs et d'Automne et obtient en 1920, le Prix Blumenthal. A l'Exposition internationale des Arts décoratifs de 1925, il est Hors concours et membre du Jury.
Depuis 1928 il fait partie du groupe d'artistes dont les œuvres sont exposées en permanence à la Galerie Rouard. A l'Exposition de 1937 il obtient un Diplôme d'honneur. Depuis 1925, René Buthaud prend part aux expositions d'art décoratif en France et à l'étranger.
De 1924 à 1926, il a dirigé, en Touraine, l'usine de céramique de l'Atelier Primavera et depuis 1931 il est professeur de décoration à l'Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux. Des œuvres de René Buthaud figurent, à Paris, dans les musées d'Art moderne et des Arts décoratifs, au Musée céramique de Sèvres et à l'étranger dans ceux de Bruxelles, de Copenhague, de Munich, du Caire, de Détroit, de Tokyo, etc... René Buthaud est Chevalier de la Légion d 'honneur depuis 1937.
René Buthaud est un passionné de céramique. s'il préfère à toutes autres les œuvres de vieux potiers chinois, il apprécie, la spontanéité et la fraîcheur de l'art populaire et, l'art nègre à toutes ses prédilections. C'est dire l éclectisme des goûts de René Buthaud qui fut d ailleurs peintre et graveur et si son nom est attaché, depuis 1937 environ, à de charmantes statuettes en faïence stannifère dont les thèmes sont inspirés par la mythologie marine, sirènes, tritons, néréides, l'ensemble de l'œuvre de l'artiste dépasse singulièrement la céramique.
Toutefois René Buthaud a marqué cet art délicat de sa personnalité et d'une aimable virtuosité qui participe de la technique du sculpteur, pour l'élégante souplesse des volumes et des rythmes, de celle du peintre pour l'éclat et la distinction des coloris, sans oublier la verve poétique et presque littéraire qui anime la grâce de ses figurines.
Dans le même temps René Buthaud a reçu commande de la Ville de Bordeaux de quatre vases monumentaux (cinq mètres de haut), en mosaïque pour le Stade, de deux grands vitraux pour le Salon des Vins de Bordeaux, de nombreux éléments décoratifs en céramique pour les écoles. Enfin, toujours à Bordeaux, il est chargé, par les Monuments Historiques, de la reconstitution de deux cadrans d'horloge du XVIIIe siècle (1,40 de diamètre) en faïence, détruits par les bombardements qui décoraient le Palais de la Bourse. La diversité des activités de l'artiste, libérées d'une étroite spécialisation, laissent encore une part, et peut-être la plus jalousement gardée, aux études, recherches et délectations du collectionneur.


CAILLETTE René-Jean

Texte extrait de la revue Mon Jardin et Ma Maison N° 59 Avril 1963

simplicité et sensibilité : deux qualités majeures que notre époque a parfois du mal à faire valoir, soit qu'elle obéisse à des systèmes esthétiques trop absolus, soit qu'elle néglige le côté émotif des objets et des choses.
Dans une architecture très rationnelle, c'est l'atmosphère lumineuse, la clarté intime, les harmonies apaisantes qui comptent. Elles sont certes, le résultat d'une savante recherche, mais une recherche d'intimité qui veut être l'expression de la plus juste sincérité.
Elle équivaut aux démarches d'un peintre en possession d'une palette bien à lui, c'est-à-dire d'un choix de couleurs personnel, qu'il dose à son gré et à travers lequel il nous communique sa vision du monde. Peut-être à ses heures creuses le décorateur R.-J. Caillette fait-il de la peinture ?
On le croirait facilement tant il sait faire vibrer les blancs
et les ocres dans une gamme qui prend successivement les nuances de la paille ou de la terre, pour que l'orangé flambe entre le chamois et le bistre. Il a donné à l'ensemble de son appartement les couleurs de sa vie intérieure, c'est probablement pour cette raison qu'elles nous paraissent si justement appliquées.
Caillette est un jeune décorateur déjà très connu pour la sûreté de son dessin. Il expose dans les plus grandes manifestations ( Salon des Artistes Décorateurs ) Foyer d'Aujourd'hui au Salon des Arts Ménagers ; Exposition Internationale de Bruxelles, etc.).
Il a réalisé de nombreuses décorations d'appartements, il a aussi créé pour la grande série beaucoup de meubles et de sièges dans des formes neuves, détachées de la tradition par un dépouillement rigoureux qui n'implique pourtant aucune sécheresse.
Son art a eu l'habileté de s'adapter aux consignes étroites de la fabrication industrielle, sans rompre avec notre sensibilité élémentaire qui exige que des formes conçues pour le bien-être de l'homme se plient A sa cambrure et A ses rondeurs.
Ainsi ses chaises de contreplaqué moulé, sans barreaux ni entretoises sont de conception audacieuse, leur galbe, leur inflexion, leur souplesse les rendent pourtant parfaitement confortables.
Dans la salle de séjour tout a été dessiné par lui et exécuté d'après ses plans.
« Je n'ai pas voulu, dit-il, faire des effets de décoration, en utilisant des matières Insolites ou des matériaux riches, j'ai recherché avant tout à équilibrer les masses, afin de dégager une impression de calme et de repos. Tout le matériel de la vie domestique étant rangé et dissimulé dans des endroits bien définis, Il restait à créer une atmosphère confiante, naturelle, le j'ai fait par la lumière, en m'entourant des objets familiers et simples que j'aime. »
En effet, nous ne sommes pas ici chez un artiste qui cherche à s'étourdir avec des artifices ; sa vie n'a peut-être rien de commun avec la nôtre, mais Il semble que ce qu'il réalise si totalement, chacun de nous y aspire confusément : vivre dans un Intérieur qui soit un autre soi-même.
L'équilibre dont Il parle a été obtenu par les bonnes proportions du mobilier et des sièges, puis par leur disposition heureuse qui isole chaque élément.
L'oeil a ainsi une vue d'ensemble agréable, mais s'Il le veut, peut aussi flâner sur les détails qui se composent avec art. Les détails, ce sont les belles plantes d'appartement qui ne cessent de se développer, les coupelles de bois, de liège, quelques bibelots de paille, des coquillages, des objets aux formes simples, mais pures.
Soucieux de ne pas limiter d'une façon définitive les emplacements de la lecture, du repos, des loisirs par un éclairage fixe, et de ne pas encombrer l'espace par des lampadaires sur pied, Caillette a eu l'originalité de prévoir de longs fils électriques qu'il retient au plafond par des pattes invisibles.
A ceux-là, il suspend dans un endroit ou un autre des groupes de lampes qu'il dissimule derrière des abat-jour cylindriques de différentes couleurs. Ainsi, répartissant la lumière comme un décorateur, Il en use sans contrainte comme un poète qui, sous l'Influence de sa fantaisie veut rendre sensible à tous l'intimité de l'habitation.
Dans une très grande pièce il reconnaît que cet arrangement serait impensable, trop de fils, trop d'imbrications d'éléments lumineux risqueraient d'apporter désordre et confusion, mais là, dans cet espace relativement petit, cette solution permet au contraire d'introduire à peu de frais de la spontanéité, de la vie et de compenser la rectitude des plans.
Et c'est bien là un des traits qui distinguent cet excellent décorateur : ne pas être l'esclave des rhétoriques, humaniser avec des moyens simples les tendances rigoureuses de la décoration moderne.


CREUZEVAULT Henri

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

Henri Creuzevault est né à Paris le 4 avril 1905. Tout jeune, il travaille chez son père, Louis Creuzevault, relieur ; c'est en collaboration avec lui qu'il expose, en 1928, au Musée Galliera et obtient sa première récompense. En 1930, il reprend l'atelier et le fonds de commerce de la rue Villejust, qu'il transférera, en 1934, faubourg Saint-Honoré.
Il ajoute à la reliure, l'édition des livres de luxe, dont il demande l'illustration à des artistes contemporains et poursuit dès lors parallèlement les deux activités d'éditeur et de relieur. A l'Exposition Internationale de 1937, Henri Creuzevault avait reçu le Premier Prix de reliure ; en 1946, il participe à la Fondation de la Société de la Reliure Originale et prend part à ses expositions, à la Bibliothèque Nationale, en 1947 et 1953, à Lyon en 1949 et à toutes les manifestations du Livre, en France et à l'Etranger ; entre autres, à Paris, aux deux expositions des Richesses de la Librairie française et à Londres, en 1949, à l'Art Council Collection de reliures modernes anglaises et françaises du Major Abbey" ; à la Triennale de Milan, en 1954, il obtient une médaille d'or.
En 1937, la Ville de Paris lui avait commandé la reliure offerte aux princesses Elizabeth et Margaret d'Angleterre et celle du Livre d'Or pour le Monument d'Albert 1er. A la suite de la première exposition de la Reliure Originale, deux reliures : Le Bestiaire, illustré par Dufy et le Mallarmé, illustré par Despiau, lui sont demandées pour la Bibliothèque Nationale et, en 1949, il relie pour le Victoria and Albert Museum, le Buffon de Picasso.
Les activités d'Henri Creuzevault, consacrées au livre ,son édition et sa reliure, se complètent mais surtout sont logiquement soumises l'une à l'autre. Ses connaissances techniques et son expérience du métier ont déterminé autant que sa sensibilité et son goût, ses conceptions esthétiques d'ailleurs résolument axées sur les Plus libres expressions de l'art contemporain.
S'il a demandé à Laboureur d'illustrer les « Trois impostures » de Toulet, à Maillol, « Les dialogues des Courtisanes », à Roland Oudot « Sarn », à Henri Laurens « L'Odyssée », à Bernard Buffet, « La recherche de la pureté », de Giono, et « La Passion du Christ » c'est parce qu'il « voit » le livre illustré.
Mieux il a conçu ses derniers ouvrages, en particulier la Passion, comme un ensemble de gravures qui commande aussi bien la typographie que l'architecture du livre l'artiste compose son œuvre, prévoit la mise en page et c'est en étroite collaboration avec lui que l'éditeur harmonise la présentation du texte, devenu élément secondaire, avec l'image.
Cette primauté donnée à l'illustration, vient de l'inciter à entreprendre l'édition, en tirage limité, de gravures de Bulfet, Marchand, Clavé et Carzou. Et c'est encore ce même goût qui détermine le style, d'ailleurs très personnel, de ses reliures dont les thèmes sont toujours inspirés par une recherche d'accord avec l'illustration.
Ainsi pour le « Bestiaire », d'Apollinaire, il a composé un décor mosaïqué, en veau bleu sombre, non serti, sur fond grège, rappelant le rythme et la densité des bois de Dufy. Il préfère généralement les oppositions solides de couleurs et de matière aux jeux de fers et de filets dorés et joue, avec bonheur, de tonalités sombres qui s'opposent, d'une façon presque sculpturale, à la matité du cuir uni et clair.


CUVELIER Yves

Yves Cuvelier, né le 9 juin 1913 à Haubourdin (Nord), commence à peindre dès sont plus jeune âge avec sa mère apparentée au peintre J.-B. Monnoyer.
En 1929, il entre à l'Ecole des Beaux Arts de Lille où il remporte prix et médailles, puis en 1932 il est admis à l'Ecole des beaux-arts de Paris, dans l'atelier de Dewambez ; l'enseignement conventionnel de ce maître ne lui convient pas et il part pour le Maroc où il demeure dix-huit mois s'y adonnant à la peinture et particulièrement au portrait.
Il rentre en France pour accomplir son service militaire et en 1935 retourne à l'Ecole des beaux-arts ; de 1936 à 1939 il sera l'élève de Charles Guérin auquel il devra beaucoup. Il obtient une bourse d'Etat, un premier prix et expose aux Tuileries.
Mobilisé en 1940 il se remet ensuite à la peinture mais s'achemine vers la décoration (maquettes et ensembles mobiliers). A la suite de son mariage, en 1941, avec Geneviève Dupuis, élève de l'Ecole de la rue Duperré, il entreprend avec sa femme, qui restera sa collaboratrice, la création et l'édition de tissus d'ameublement et de couture.
En 1942 il installe son atelier. Depuis 1945, 11 participe aux salons de l'Imagerie et des Artistes Décorateurs dont il est sociétaire ainsi qu'à différentes expositions à l'Etranger. Nommé en 1949, professeur de dessin et de peinture, à l'Ecole Nationale des beaux-arts de Nancy, Cuvelier, tout en assurant son enseignement se consacre définitivement à son métier de décorateur.
Il collabore avec Dumond, Lesage, Renou et Genisset, Preston, Old, etc., à de très nombreux ensembles mobiliers. Ses tissus connaissent une très large diffusion à l'étranger.
La formation première d'Yves Cuvelier, qui au demeurant reste toujours peintre, l'avait évidemment préparé à sa spécialisation. Il a ainsi expérimenté l'accord des valeurs colorées et acquis un sens particulier de l'art mural. A ces nécessaires données picturales il a su ajouter une connaissance précise de son nouveau métier.
Il a étudié la question primordiale des colorants chimiques et, en ce domaine, cherché à mettre en pratique les plus récentes découvertes de la science assurant la résistance absolue à l'air, à la lumière et au lavage.
Il a adopté pour l'impression, la technique du tamis de soie, exécute ses différents cadres, un par couleur, et assure, dans son atelier parisien, l'impression et l'essai de chaque nouveau modèle.
Les tissus d' Yves Cuvelier se recommandent par l'éclat solide de tons purs et puissants presque toujours scandés de noir. Ses compositions denses, sans lourdeur, n'admettent aucun fond : le blanc lui-même joue, quand il apparaît, le ro1e d'une couleur, Ses thèmes, tous à une vaste échelle, s'inspirent parfois de la nature, hauts troncs d'arbres, branches, feuilles ou fleurs, largement interprétés et stylisés, mais il use surtout de vigoureux agencements linéaires, à motifs géométriques, qui tendent vers une ornementation de caractère assez proche de l'abstrait.
Le support, épais sergés ou satins de coton, donne à ses tissus aux fins essentiellement murales rideaux ou revêtements, un poids, une chaude matérialité qui compense heureusement le très volontaire dépouillement de volumes purs de tous décors, propres aux ensembles mobiliers contemporains.


DAUM Paul

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Paul Daum né le 28 octobre 1888, à Nancy, appartenait à une vieille famille lorraine qui, dès 1871, témoigna de son attachement à la France en quittant la terre natale pour venir s'installer à Nancy où est fondée, en 1875, l'actuelle Verrerie.
Après des études au lycée, puis à l'Institut Chimique de Nancy, Paul Daum entre, en 1911, dans la verrerie familiale. Il y reçoit, de son frère Jean (mort à Verdun en 1916), sa formation technique et artistique et aussi de son oncle Antonin Daum, dont la fertile imagination devait donner une impulsion féconde à l'art du verrier. Mobilisé en 1914, Paul Daum revient de la guerre Commandant d'escadrille avec la Légion d'honneur et 5 citations.
Appelé en 37, à la tête de la Chambre Syndicale des Cristalleries et Verreries de l'Est, il s'attache à trouver les remèdes nécessaires au maintien en activité des verreries à la main, cherchant à leur conserver, à côté des verreries mécaniques, leur originalité créatrice. Depuis 1925, il expose aux Salon des Artistes Décorateurs et d'Automne qui lui consacrera une rétrospective en 47 ; il participa à de nombreuses expositions à l'étranger, particulièrement à l'Exposition Internationale de New York en 1939.
Mobilisé en 39 comme Colonel d'aviation, démobilisé en novembre 40, il se fixe à Paris et entre dans un réseau de Résistance. Arrêté par la Gestapo dans son bureau de la rue Paradis, en février 43, il est envoyé à Fresnes, puis au camp de représailles à Sarrebrück-Neue Brem. Il y succombe en février 44.
Il est promu Commandeur de la Légion d'honneur à titre posthume, le 7 juillet 1945. La vie et les activités de Paul Daum verrier s'inscrivent exactement entre les deux guerres. Trop jeune avant 14 pour avoir été mêlé au grand mouvement de l'Ecole de Nancy avec Prouvé, Majorelle et Gallé, quand il revient à la verrerie, si le style foisonnant et naturaliste, avec ses verres colorés superposés, ses décors surajoutés et ses formes compliquées et délirantes tombait en décadence, son role, pour revenir à une conception plus saine de l'art du verre, fut capital.
Dès 1925 la réaction s'affirme par la sobriété des formes, par des recherches de transparence et l'emploi de verres monochromes ou blancs. Volonté qui s'affirme parallèlement dans la verrerie de table et décorative. De 30 à 40 Paul Daum a réalisé des objets aux formes robustes, bien équilibrées, dépouillées de tout ornement, en verre blanc épais.
profondément gravé à l'acide, de sobres décors linéaires. Il a toujours et uniquement usé du verre soufflé et tourné. L' oeuvre de Paul Daum verrier est marquée par l'exceptionnelle qualité de l' homme dont deux guerres firent un héros puis un martyr. Si son goût très sur, sa connaissance approfondie du métier ont marqué l'évolution du verre et préparé les voies nouvelles, son role professionnel et patronal a singulièrement contribué à l'essor et à la pérénnité du métier.
On ne peut avec Paul Daum penser à l'artiste sans parler de l'homme, de celui dont on a pu dire « Expliquer Paul Daum est malaisé : si nous voulons l'évoquer, ce ne sera qu'en fermant les yeux : la flamme et le mouvement ne se laissent pas décrire avec des mots ».
Il semble que cet hommage s'applique, également, par une singulière et émouvante rencontre, à son art et à son métier, à la masse de verre en fusion, jaillissante comme la flamme et à laquelle la rotation - le mouvement, impose les formes pures qu'il a recherchées et qui aujourd'hui prennent parfois le rythme et le clair élan de la flamme.


DAURAT Maurice

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Maurice Daurat est né à Bordeaux le 2 août 1880. De 1895 à 1898, il est élève à l'Ecole Germain Pilon où il ne reçoit aucune formation spécialisée mais s'initie au dessin, à la peinture et surtout à la sculpture pour laquelle, dès sa petite enfance, il avait montré un goût et des dons précoces.
Pour gagner sa vie il commença par faire des travaux de décoration modèles de broderie, tout en s'orientant vers le métal. Il fait la guerre de 1914-1918 et au retour commence à exposer aux Salons d'Automne et des Artistes Décorateurs des objets, coupes et boites en or, argent et étain.
Mais ce n'est vraiment qu'à l'Exposition de 1925 que sa personnalité se révèle : il obtient un grand prix ; dès lors il prend part à toutes les grandes manifestations d'art décoratif en France et à l'Etranger : Genève, San Francisco, Barcelone et Bruxelles (grands prix).
A l'Exposition de 1937, il est membre du Jury International, premier vice-président de la classe d'orfèvrerie (grand prix) ; en dehors de ses participations, à titre d'exposant, il exécute les vasques et fontaines des jardins du quai d'Orsay, et un vase monumental pour la rotonde de la Ville de Paris (Palais de Tokyo).
En 1935, il a exécuté l'orfèvrerie pour les légations du Canada à La Haye et à Bruxelles. L'état lui a commandé une grande vasque avec jets d'eau et la Ville de Paris, en 1945, un vase pour l'appartement du Préfet de la Seine.
Maurice Daurat a des oeuvres dans de nombreuses collections privées, des pièces en étain, et en argent au Musée des Arts Décoratifs à Paris, au Caire et au Metropolitan Muséum de New York. Grand Prix d'honneur au Salon des Artistes Décorateurs en 1949, Maurice Daurat, Chevalier de la Légion d'honneur en 1929 est officier depuis 1935.
Maurice Daurat est sculpteur autant qu'orfèvre : il exécute des formes élevées au marteau, entièrement travaillées à la main et se réclame de la vieille tradition des potiers d'étain. Bien qu'il ait employé l'or, l'argent et aussi le duralumin (toute la décoration intérieure, luminaires et objets du culte, de la chapelle d'un pensionnat élevé à Thionville par les architectes Hiriart et Tribout) son métal de choix, c'est l'étain.
Par la solide pureté des formes ménageant la valeur expressive des volumes sous les jeux de la lumière, Maurice Daurat a rendu à l'étain sa noblesse originelle et lui a assuré une Place prépondérante dans l'orfèvrerie religieuse et civile et dans la décoration intérieure. Cette sorte de victoire remportée par un artiste modeste, passionné pour son métier mais pratiquement incapable de soutenir la lutte, d'ailleurs nécessaire, Maurice Daurat la doit à la vertu essentielle de son oeuvre mais aussi à une chance providentielle.
Son envoi très important à l'Exposition de 25 fut remarqué par un homme de goût dont la fortune, pendant quelques années puisque la crise dut mettre fin brusquement à sa généreuse initiative, lui permit d'assurer à Daurat les moyens matériels de réaliser son oeuvre, installation luxueuse avenue Friedland, métal, tout lui était offert pour qu'il put exécuter ce que son imagination concevait.
L'aventure ne dura que, trois années : de 1927 à 1930, mais l'élan était donné, Daurat connu, et les amateurs avertis. Ainsi, pendant et à la suite de cette expérience, Daurat put s'exprimer dans les domaines les Plus divers : orfèvrerie de luxe, orfèvrerie religieuse, bijoux, colliers, bagues, ceintures, bracelets, aussi bien que vases, vasques, lampadaires.
Ennemi de tout décor, Daurat a choisi pour unique moyen d'expression le métal dont il exalte la beauté par des formes robustes, aux rythmes harmonieux, logiquement commandés par la mission de l'objet



DE COSTER Germaine

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

Germaine de Coster est née à Paris, le 1er septembre 1895. Douée très jeune pour le dessin, elle entre, en 1912, à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Elle travaille avec Genuys, Follot et Chadel, qui sera son maître pour la gravure. En même temps qu'elle se spécialise dans les Arts Graphiques, Germaine de Coster s'intéresse aux tissus, aux décors et costumes de théâtre (stage au Vieux-Colombier, avec Copeau et Jouvet).
Nommée, en 1921, professeur de décoration dans les Ecoles professionnelles de la Ville de Paris et depuis 1931, au Collège Technique des Arts Appliqués de la rue Duperré, elle poursuit parallèlement son œuvre de graveur et de décorateur. Elle fait, depuis 1936, partie de la Société des Artistes Décorateurs où elle fut présentée par René Gabriel et Paul Bonet, et participe régulièrement à ses salons avec des reliures exécutées par Hélène Dumas et qui seront toujours signées De Coster-Dumas.
Elle y reçoit une plaquette d'or de la Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie et y organise, en 1954, un Centre d'Information artistique. En 1949, G. de Coster expose à Lyon avec la Société de la Reliure Originale, dont le prix lui est décerné en 1951. Elle est dès lors, membre de cette Société d'artistes et de bibliophiles et participe à ses expositions à la Bibliothèque Nationale ; par ailleurs, elle prend part à toutes les grandes manifestations, en France et à l'étranger, consacrées aux Arts Graphiques et à l'Art décoratif. Membre du Comité de la S.A.D., dont elle est successivement secrétaire et vice-présidente, Germaine de Coster est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1946.
Graveur dont nous n'avons pas ici à signaler l'œuvre importante, Germaine de Coster qui est membre de la Société des Peintres-Graveurs, s'est logiquement trouvée attirée par les différents éléments constructifs du Livre, et en particulier par sa reliure. Dès ses débuts et pendant de nombreuses années elle seconda Jules Chadel dans les divers travaux qu'il exécuta pour le grand collectionneur Henri Vever et fut mise ainsi en étroits rapports avec des problèmes de décoration et singulièrement avec, ceux posés par ce livre.
Depuis ses premières reliures présentées au Salon des Artistes Décorateurs, puis à l'Exposition Internationale de 1937 jusqu'au « Pantagruel de Derain dont, selon le règlement de la Société de la R.O., lauréat, elle se vit confier la reliure pour être offerte à la Bibliothèque Nationale, la personnalité de Germaine de Coster n'a cessé de s'affirmer et prend, avec ses Plus récentes maquettes pour des livres conçus et illustrés par elle « 27 bêtes pas si bêtes » et le « Buffon ») un caractère assez particulier et résolument libéré de toute tradition.
Bien que Germaine de Coster affirme que les moyens d'expression dont elle use presqu'exclusivement : fers traçant des feux de filets droits, jaillissants et aux brusques rencontres en angles aigus l'aient influencée dans son retour au burin, c'est bien en graveur qu'elle ordonne des décors nés, presque toujours d'une fine observation de la nature et transposés avec une poétique fantaisie. Ses décors couvrent rarement la totalité du cuir aux colorations rares et sans éclat, réservant autour du motif, librement centré, de grandes Plages de silence.
Ajoutons que ses reliures, exécutées avec une impeccable maîtrise par Hélène Dumas, présentent en dehors de leurs qualités architecturales et décoratives, l'attrait d'une rare distinction.


DE LA GODELINAIS Renan

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

Renan de la Godelinais est né à Fougères, le 25 janvier 1908. Ancien élève de l'Ecole des Beaux Arts de Rennes puis, à Paris, élève et collaborateur de Ruhlmann, il continue, après la mort de celui-ci à travailler avec son neveu Porteneuve. Il exécute, à titre personnel, des travaux pour les Ministères des Finances et de l'Economie Nationale et pour les pavillons de la Presse et de la Bretagne à l'Exposition de 1937.
En 1938, il est attaché, en qualité de décorateur, aux Etablissements Michelin, où, jusqu'à la guerre, il étudie l'équipement des trains rapides sur pneumatique. Démobilisé, il devient le collaborateur de son beau-père A. Boutillier du Retail, conservateur à la Bibliothèque Nationale et Directeur du Centre de Documentation.
En 1942, il est chargé de mission au Musée National des Arts et Traditions Populaires. Il revient ensuite, plus complètement à son métier de décorateur, réalise des installations collectives, crée de nombreux mobiliers et objets tant de bois qu'en métal et en rotin destinés à être édités en série.
En 1950, après avoir été, avec R. Herbst, Ch. Perriand et André Hermant, l'un des promoteurs du mouvement « Formes Utiles » il fonde, au Louvre, au Musée des Arts Décoratifs, le Centre de Documentation de l'Habitation.
Depuis 1951, tout en poursuivant ses activités de décorateur, il assume aux Etablissements Fontaine les fonctions de Conseiller artistique et de créateur de modèles. Membre de la S.A.D, du Comité Directeur de l'U.A.M, de Formes Utiles, du Comité d'administration de l'U.A.D.C.E., du Salon d'Automne et de l'Institut d'Esthétique Industrielle, La Godelinais participe à leurs manifestations et à toutes les expositions d'Art décoratif et d'Equipement de l'Habitat, organisées en France et à l'Etranger.
Il Y a remporté Diplômes d'Honneur, Médailles et prix. Malgré leur multiplicité, les activités de La Godelinais présentent une singulière unité. Décorateur et styliste industriel, ethnographe et documentaliste, il apporte à tous ses travaux, aussi paradoxale que paraisse l'affirmation, un esprit traditionaliste. Il. connaît et comprend, par atavisme et culture, aussi bien l'art et les modes de vie d'autrefois que ceux d'aujourd'hui et il s'est assigné pour tâche d'établir la liaison entre notre époque et le passé.
Les « formes utiles » pour lesquelles il milite dans tous les domaines ont toujours existé. Parmi les objets usuels d'autrefois, il y a eu à toutes les époques des formes utiles « fonctionnelles », avant la lettre mais exécutées manuellement par des artisans parfaitement au lait de problèmes inhérents à la vie domestique.
Ces problèmes sont encore les nôtres mais il faut leur trouver des solutions industrielles, avec des matériaux nouveaux et à bon marché. Ses enquêtes ethnographiques sur le mobilier traditionnel l'ont préparé à cette rénovation aussi bien que ses stages au Centre de Documentation de la Bibliothèque Nationale l'ont familiarisé avec des méthodes qu'il met en pratique au Centre de Documentation de l'Habitation.
Centre destiné à offrir facilement et rapidement aux architectes, aux décorateurs et à tous les spécialistes de la Reconstruction et de son équipement, les renseignements professionnels et techniques nécessaires à leurs travaux. Ennemi du pastiche ou de la copie La Godelinais souhaiterait que les décorateurs s'affranchissent de toute influence étrangère et s'efforcent de créer, comme certains d'ailleurs y sont parvenus, un mobilier résolument moderne et d'esprit français.


DELAHERCHE Auguste

Texte extrait de la revue Art et Decoration 1921

En moins de dix ans, le romancier et poète Jean Ajalbert, qui est aussi un homme d'action, a fait de la Malmaison, qui ne contenait presque aucun souvenir du passé, un Musée fort intéressant. Et voici que, nommé administrateur de la Manufacture des Tapisseries de Beauvais, il s'efforce très heureusement d'en ranimer le silence. En même temps, actif, ingénieux, jovial secoueur d'inerties et régionaliste convaincu, il organise à Beauvais des « saisons d'art » qui attirent dans cette charmante vieille ville beaucoup de visiteurs et au cours desquelles il s'attache particulièrement à mettre en relief l'art de cette contrée.
Parmi les nobles oeuvres, peu ou point du tout connues, tapisseries, atelier de Desportes, etc., sur lesquelles, à la Cathédrale, à l'Hôtel de Ville, au Musée ou à la Manufacture de Beauvais, M. Jean Ajalbert appelle notre attention cette année, figurent de fort intéressants spécimens des poteries anciennes du Beauvaisis, qui, pour la plupart, ont été prêtées par un collectionneur fort avisé de cette contrée, M. de Carrère.
J'avoue que je n'en soupçonnais pas l'intérêt et le charme. Ces grès et ces terres vernissées, de formes très amples, d'un décor rude et sobre, que l'on fabriquait depuis le Moyen âge à Savignies et en diverses autres localités voisines, me furent une révélation. En plus de leurs mérites propres de matière, de forme et de parure, ces intéressantes pièces de céramique nous font connaître de lointaines traditions locales qui, en raison, sans doute des qualités particulières à l'argile de cette région - Bernard Palissy en parle très favorablement - ne furent jamais complètement abandonnées. Elles ont été recueillies par un enfant du pays, Auguste Delaherche qui, vivant dans ce coin du Beauvaisis, s'inspirant en poète de toutes les délicates beautés que la nature de cette région offre à sa sensibilité et à son goût, travaillant cette argile dont plusieurs générations de potiers locaux se servirent, devint un grand et glorieux céramiste.
C'est ce noble artiste contemporain qui, comme nous pouvions nous y attendre, est le triomphateur de cette captivante « saison d'art » à Beauvais. Et, certes, ce ne sont pas les lecteurs d'Art et Décoration qui en éprouveront de la surprise. Grâce aux nombreux comptes rendus que, chaque année, cette Revue donna des expositions auxquelles Auguste Delaherche participe régulièrement, surtout grâce à la très belle et très complète étude qu'y publia, en 1906, le regretté Roger Marx sur l'ensemble de cette oeuvre si marquante, et encore à un fort intéressant article de M. André Saglio sur une décoration en grès de ce créateur magistralement personnel, les fidèles de cette publication d'art n'ignorent rien des efforts d'Auguste Delaherche, des étapes de sa vie laborieuse et des conquêtes qui caractérisent chacune d'elles. Mais, à part la superbe exposition d'ensemble que, en 1907, Delaherche voulut bien faire en notre libre et vivante maison si française du Musée des Arts Décoratifs, c'est la première fois qu'il consent à réunir des pièces de toutes les époques de sa vie.
La possibilité nouvelle d'une telle étude d'ensemble était d'autant plus souhaitable que Delaherche n'a presque rien montré pendant la guerre et que depuis l'importante étude de Roger Marx et les créations du moment qui en furent le prétexte, le grand artiste inventif de la Chapelle-aux-Pots a fait fleurir autour de ses grès majestueux et de leurs splendeurs nuancées le plus délicat parterre de fines porcelaines ajourées et gravées. C'est toute une oeuvre nouvelle, de l'art le plus exquis, que, sans rien dire, ce travailleur silencieux vient d'ajouter à l'oeuvre puissante et sobrement fastueuse qui, depuis longtemps, lui vaut dans le monde la plus juste célébrité.
Sans doute, dès avant la guerre et aux diverses expositions qui la suivirent, les vitrines d'Auguste Delaherche nous ont ravis par quelques-unes de ces précieuses merveilles où s'attestent la science et le goût décoratifs, le raffinement, la sensibilité poétique de ce céramiste dont, jusqu'à ce renouvellement si heureux, on admirait plutôt la puissance et la sobre somptuosité. D'ailleurs, elles complètent l'oeuvre d'Auguste Delaherche, sans gêner en rien la floraison toujours magnifique de ses somptueux grès aux irisations si éclatantes et si fraîches. Au contraire, il semble que, bénéficiant de la délicatesse et de la grâce dont le grand céramiste fait preuve dans ses porcelaines aux tons de rêve et aux dentelles si délicates, jamais les coulées de ses émaux sur le galbe harmonieux de ses vases, n'ont eu plus de subtilité et plus de faste. De même que, dans ces toutes dernières pièces, qui font penser à un bronze prodigieusement animé de reflets et de lueurs polychromes, on est conquis par leur sourde, profonde et sévère magnificence. Les yeux et l'esprit y sont enchantés par des symphonies de lilas, de bleus, de roses, de verts, par des gammes de gris et de jaunes de la richesse la plus tendre et la plus fine.
Au Musée de Beauvais, puis à la Manufacture des. Tapisseries, après avoir constaté à quel point les toutes premières pièces d'Auguste Delaherche - cet enfant du Beauvaisis - celles surtout qu'il réalisa dans une installation de fortune, à l'Italienne, tout près de Beauvais, se rattachent aux bonnes traditions de la céramique locale, on remarque avec quelle vigueur, avec quel beau sentiment décoratif, tout de suite la forte personnalité d'un tel artiste se dégage dès que, à partir de 1887, il peut travailler chez lui, rue Blomet, à Paris. Plus tard, à Héricourt, déjà sur le territoire de cette commune de la Chapelle-aux-Pots où, depuis 1894, il possède son atelier et ses fours définitifs, dans un beau coin géographiquement connu sous le nom d'Armentières mais qui, avec un éclat plus évocateur, s'appelle aussi « Les sables rouges », il est magnifiquement lui-même.
Ses grands mérites originaux apparaissent dans tout leur éclat. Son art se révèle dans la sobre et puissante beauté que, toujours, on lui connaîtra. L'expérience et la réflexion, les impressions, les recherches et les trouvailles de cet artiste, ce que la vie et le labeur passionné apportent peu à peu dans les créations d'un homme, embellissent l'oeuvre d'Auguste Delaherche en simplifiant ses formes puissantes et en enrichissant sa couleur d'harmonies plus subtiles. Mais, presque dès ses premiers travaux, ce grand céramiste a trouvé sa voie. Depuis bientôt quarante ans qu'il a commencé à produire, une incessante recherche, d'heureuses découvertes, une floraison plus riche et plus variée, mais jamais le moindre indice de trouble et d'inquiétude sous l'influence des modes ou des idées qui passent. Voilà quarante ans que ce géant si réfléchi et si artiste sait où il veut aller et qu'il y va.
En roulant, à travers les collines boisées du Beauvaisis, vers la Chapelle-aux-Pots - où, après avoir bien regardé l'oeuvre d'Auguste Delaherche dans la salle de la Manufacture où elle est réunie pour notre enchantement, je voulais me donner la joie de surprendre son créateur en son heureux travail de chaque jour - je cherchais à me préciser à moi-même les modifications qui caractérisent le mieux cette lente évolution de l'art de notre glorieux céramiste, au cours de cette quarantaine d'années (Auguste Delaherche était un tout jeune homme lorsqu'il commença son oeuvre et aujourd'hui, après avoir jeté tant de beauté sur le monde, il est en pleine force de création et jamais son labeur ne fut plus inventif, plus fécond, ni mieux inspiré).
M'attachant à résumer mes propres impressions devant ses vases, ses coupes, ses bouteilles, ses revêtements - de murs et de cheminées, ses décorations si charmantes pour de modernes appareils de chauffage, je me disais : Avec quelle certitude et quelle volonté cet artiste, né avec les meilleurs dons du décorateur et ayant acquis par l'étude . le moyen de réaliser harmonieusement toutes les belles combinaisons de lignes et de couleurs qui se forment en son cerveau sous l'inspiration de la Nature, est allé de plus en plus vers les formes les plus simples et les décorations les plus sobres !
Au début, sans prodiguer les ornements, il ne se privait pas du plaisir d'en agrémenter ses pièces. Les fleurs, les feuillages, les tiges, s'enroulaient au flanc de ses vases et autour des anses. Mais il semble que, de très bonne heure, Delaherche n'ait plus consenti à des parures pour ainsi dire extérieures aux lignes essentielles de ses vases. De plus en plus, il a cherché la beauté dans les formes et les proportions, dans la splendeur et les délicates nuances des coulées d'émail superposées et débordantes. Tout en acquérant plus de science, il est devenu plus puissant, plus large, plus simple. Et ses décorations par les émaux, magistralement calculées d'après l'expérience - et non point obtenues au petit bonheur du feu, ainsi que trop de gens le croient - sont comme incorporées à la matière. Il était logique que ce souci prédominant de la forme amenât, en 1904, Auguste Delaherche - qui, jusqu'alors comme la plupart des céramistes, avait eu recours aux bons offices d'un ouvrier tourneur - à tourner lui-même ses pièces.
Désormais, plus de répétitions, de séries, de formes pour ainsi dire mécaniques et entre lesquelles, seul, le décor, établira des différences. Lorsque c'est un praticien qui tourne, comme l'artiste créateur ne peut lui donner pour chaque vase un dessin nouveau, nécessairement, il se répète avec un peu de monotonie ou de froideur. Mais quand c'est l'artiste lui-même qui, assis à son tour, travaille l'argile, l'inspiration lui vient tandis qu'il manie la terre. Dans le miroir où il regarde l'oeuvre naissant sous ses doigts, il voit poindre des formes qu'il accuse davantage, il voit s'établir des harmonies et proportions de lignes, qu'il accentue au gré de son inspiration. Sous sa main qui le modèle, le renfle, l'ouvre, l'allonge ou l'abaisse, le vase devient la souple expression d'une pensée personnelle.
Au moment où la voiture m'amène à la maison rustique, clairement et harmonieusement aménagée pour le labeur d'un tel artisan, avec ses ateliers, son four, son agréable « salle » où l'on cause parmi les tableaux des peintres amis et les beaux pots irisés du maître du logis, Auguste Delaherche sort de son jardin où, tout en cultivant pour sa joie les fleurs, les fruits et les plus divers légumes aux jolies formes et aux souples enroulements, il prend avec une tendresse admirative un incessant conseil de la nature. En vêtement de toile bleue qui moule son élégante majesté, sous un feutre noir qui colle souplement à la tête puissante, le vigoureux patriarche de la céramique française vient à moi, l'oeil noir, à la fois aigu et doux, avec un bon sourire. Ce n'est pas l'époque de la grande fournée annuelle où l'artiste cuit - avec quelques angoisses de l'attente, pendant quarante huit heures, impuissante ! - toutes ses préparations de l'année.
Mais je vois l'argile prendre sous ses doigts la forme de son rêve. Mais je vois Delaherche choisir dans un des innombrables bocaux où de la splendeur savamment calculée est en puissance, la secrète mixture de l'émail qui, répartie comme il le faut autour du col d'un vase, inondera ses flancs de coulées fastueuses lorsque, plus tard, les flammes du four feront leur oeuvre. Après quoi, dans l'atelier où, assis à une table chargée de petites coupes, il travaille aux décors dont il fleurit ses délicates porcelaines, longuement, paisiblement, nous parlons, Delaherche et moi, d'art et de littérature, tandis qu'il grave avec dextérité, selon un dessin soigneusement établi, la plus charmante des couronnes au flanc d'un vase en terre déjà dégourdie. En voyant avec quel art, quelle joie, quel sentiment de la beauté ce maître décorateur inscrit cette dentelle dans l'argile, je me représente le sacrifice méritoire qu'il a fait en renonçant à la parure ornementale de ses grès pour leur donner une plus sobre et plus puissante magnificence.
Mais aussi je comprends mieux que ces ravissantes porcelaines ajourées ou gravées, où il peut sans scrupules s'abandonner à son bel instinct de décorateur, soient autant de chefs-d'oeuvre qui donnent si bien l'impression d'être créés avec amour.
Texte de GEORGES LECOMTE


DELUOL Andre

Texte extrait de la revue Images de France N° 106 de Mars 1944

Aux confins de l'Ile-de-France, en bordure de la Beauce, dans un vallon tranquille et vert - la gare la plus proche est à 5 kilo-mètres et le car ne passe plus - dort un hameau d'une vingtaine d'habitations paysannes : vingt toits de tuile, autant de simples façades... L'une d'elles cependant s'orne d'une niche qu'ha-bite une statue moderne, souple et puissante à la fois : c'est la maison de Deluol, « un monsieur sculpteur », comme a dit le paysan qui l'a indiquée à l'auteur de ce texte.
Andre Deluol : un des plus jeunes représentants de l'art actuel, et peut-être un des meilleurs, parce que en dehors de toute école, un indé-pendant et, si l'on n'avait quelque peu abusé du terme, on dirait : un autodidacte.
Originaire de Valence, il gagna tout jeune Paris pour y étudier la peinture et entra à l'Ecole -des beaux-arts, mais l'enseignement académique -ne convenait guère à son caractère... Ce débutant voulait d'emblée s'attaquer aux grands -problèmes de son art, la question du relief, en particulier, le tracassait ; et pour la résoudre
il voulut, dès qu'il sut tenir un pinceau, essayer quelques recettes personnelles ; élèves et pro-fesseurs vinrent alors voir sur son chevalet comment on pouvait devenir victime de la troisième dimension !
Ce fut un tollé général, mais ce fut aussi pour Deluol l'occasion de comprendre qu'il n'avait peut-être pas « pris la bonne voie ».
Il fit alors l'achat d'outils de sculpteur et, -bravement, se mit à tailler la pierre.
Tels nos imagiers du moyen âge, qui auraient été bien surpris d'entendre parler de modelage, il n'eut pas un instant l'idée de travailler d'abord le plâtre ou la glaise...
« Tout ce que je connaissais de beau dans les musées, dit-il, tout ce que je voyais sur les façades des monuments, aux porches des cathédrales, tout ce qui avait bravé les siècles et la critique de l'homme n'était que le produit de la taille directe.
En Grèce, c'est Phidias qui donna le signal de la décadence en abandonnant ce procédé ; et s'il s'en tira avec honneur, c'est parce qu'il avait commencé par là alors que ses disciples et successeurs tombèrent vite dans le naturalisme... L'art suprême n'est pas de copier la nature.
« Un phénomène inverse se produisit dans la Rome païenne du début de l'ère chrétienne : les sculpteurs, bien qu'en possession d'une tech-nique éblouissante, piétinaient pendant que dans les catacombes des hommes simples, dépourvus de toute culture artistique, se mettaient à tailler la pierre pour faire de leurs propres mains cette croix qui dominerait leur autel, ce poisson qui l'ornerait... Ils osèrent s'attaquer à la matière, et ce fut la naissance de l'art chrétien, avec toutes les cathédrales en puissance dans leur ciseau. Seule la taille directe permet de vaincre la diffi-culté que rencontre l'esprit lorsqu'il s'agit de tracer sa pensée dans le solide ».
Et Deluol conclut : « Si nous voulons connaître une renaissance de l'art, je dirai qu'il faut rejeter toute la technique actuelle et suivre l'exemple de nos ancêtres. »
Pierre ou bois, il n'a pas de préférence. Les transports de matériaux s'avérant à peu près impossibles, il se contente des ressources locales...
Un jour il rapportait, triomphant, une vieille pierre tombale abandonnée en bordure du cime-tière ; quelques semaines auparavant il exposait chez son ami Adnet deux statues qui avaient pris naissance dans une bordure de trottoir en granit.
Mais, évidemment, il préfère le marbre.
Il a quitté son atelier de Paris pour une maison de paysan achetée peu de temps avant la guerre. Sans rien lui enlever de son carac-tère rustique il l'a « appropriée » à ses besoins. Un appentis lui sert d'atelier ; mais sept mois sur douze il travaille en plein air (c'est un des avantages de la taille directe) et laisse la dernière couvée, mi-poules mi-canards, occuper seule l'atelier.
Et ce n'est pas un des moindres attraits de cette demeure que de côtoyer tant de bêtes que l'on a peu l'habitude de voir aussi familières... et qui ne respectent pas toujours les sculptures répandues partout au hasard de la fantaisie de l'artiste ; et n'est-ce pas au contact de toute cette vie que l'oeuvre de Deluol doit d'être si humaine ?
L'amour de la vie, il se manifeste en effet dans sa maison comme en son oeuvre : le grenier lui sert de salon, de chambre d'apparat et de fruitier ; en fait, c'est la pièce d'un pirate !
Ici sont accro-chés les souvenirs de voyages, là les reliques du passé ; les oripeaux du rêve voisinent, sans aucune gêne, avec les instruments de la réalité. Nul snobisme dans cet assemblage, mais la marque d'un esprit curieux et avide de nouveauté. Sa sculpture n'est-elle pas d'ailleurs une expres-sion de mouvement ?.
Mais de l'homme et de son oeuvre on a déjà beaucoup parlé. Les uns ont pensé « Renaissance », d'autres ont cité Carpeaux ! Disons simplement que c'est un bel artiste qui travaille en accord avec le ciel de l'Ile-de-France !


DESPRES Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Né à Souvigny le 15 juin 1889, Jean Després s'initie très jeune au métier d'orfèvre à la dure école de vieux artisans du Marais et suit, le soir, des cours de dessin ; il marque bientôt un vif goût pour la peinture.
La guerre de 1914 le prend ; à sa libération il abandonne toutes activités picturales pour se consacrer au métal - argent, or, étain, qu'il travaille au marteau. Il oriente ses recherches vers des conceptions résolument modernes et expose pour la première fois aux Indépendants ; depuis 1928 aux salons des Artistes Décorateurs, d'Automne, à la Nationale des Beaux Arts puis aux Tuileries et participe à toutes les grandes expositions à l'Etranger.
Médaille d'or de l'aéro-club de France, en 1936, pour des coupes et bijoux se rapportant à l'aviation, diplôme d'honneur à l' Exposition Internationale de 1937 et prix des Arts Décoratifs ; hors concours aux expositions de l'Artisanat à titre de créateur - exécutant. S'est toujours occupé activement des problèmes corporatifs ; Président de Syndicat depuis 1940, Délégué professionnel à la Protection artistique, au bureau International de la Bijouterie - Orfèvrerie, Rapporteur pour l'orfèvrerie à la Commission des Récompenses de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie.
Jean Després est Chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1938. Bibliographie : Waldemar George, Jean Fougère.- Jean Després. Ed. Riegel, 1952. Jean Després orfèvre, artisan passionné pour son métier aime à travailler de ses mains et ne répète jamais aucune Pièce. Les obligations professionnelles - clientèle et expositions à Paris - ne l'ont jamais détaché de son Morvan où il puise, si ce n'est son inspiration, du moins un goût terrien et bourguignon - pour la vigueur rustique, l'ampleur généreuse de formes qui caractérisent son orfèvrerie de table où figurent en première Place Pichets et taste-vin.
Jean Després a eu, et continue d'avoir, une influence très personnelle sur l'évolution du bijou. Sa dernière affectation lors de la guerre - dessinateur technique pour l'aviation - a joué un rôle déterminant dans l'orientation de ses premières recherches. En dessinant cames, bielles ou engrenages, il a compris la beauté des pièces de mécanique.
Ses bijoux sont la logique conséquence de cette découverte expérimentale. S'il s'est peu à peu libéré de cette influence, il est demeuré fidèle aux formes solides, pures, où les arêtes vives s'allient curieusement aux galbes de la forme ronde. Il aime à opposer les colorations des ors blancs ou rouges et la matité claire de l'argent et s'il a été appelé à monter des Pierres précieuses, ses bagues, clips, bracelets, colliers les plus beaux, se contentent des jeux de métaux incrustés d'ivoire, de laque, de cristal de roche, d'onyx, d'agates, de turquoises ou de topazes. Jean Després, peut-être grâce à son voisinage avec la basilique de Vézelay - dont il organise, en collaboration avec le Musée d'art Moderne, les expositions d'art sacré - s'est particulièrement intéressé aux problèmes de l'orfèvrerie religieuse pour lesquels il a trouvé des solutions où la beauté originelle du métal est exaltée par la valeur expressive de volumes harmonieusement équilibrés.


DUFET Michel

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Michel Dufet est né à Deville-les-Rouen le 8 décembre 1888. Ancien élève de l'Ecole Supérieure des beaux-arts pour l'architecture et la peinture il fait partie de l'Ordre des architectes. Dès 1913 il fonde la Société M.A.M. où il présente des modèles de meubles.
Depuis 1919 il expose aux salons d'Automne et des Artistes Décorateurs dont il fut d'emblée sociétaire. Il présente au Salon d'Automne de 26 un important ensemble mobilier d'esprit cubiste ; participe à l'Exposition Coloniale de 31 avec les Bureaux du Maréchal Lyautey et du Commissaire Général ; à l'Exposition Internationale 37 il organise avec René Gabriel la classe des papiers peints dont il dessine la présentation, il est nommé en 38 architecte d'opération de la Participation française à l'Exposition de New - York.
Il a aménagé les installations privées de nombreuses personnalités parisiennes. Particulièrement intéressé par les bateaux il avait organisé la salle de jeux des enfants pour la première " lie de France " et a exécuté depuis de grands ensembles de luxe pour le " Foch ", le " Normandie ", l' " Ile de France " et surtout s'est spécialisé dans l'architecture et la décoration intérieure de yachts privés.Depuis 1924 et jusqu'en 39 il dirige, en collaboration avec Léandre Vaillat la Galerie d'art du Bûcheron (meubles de luxe et de série). En 1918 il avait créé les " Feuillets d'art ", en 23 il est appelé à Rio pour diriger la " Red Star " afin de déterminer un mouvement d'art décoratif moderne, depuis il a collaboré à la fondation ou à la rédaction de quotidiens et périodiques ; il est rédacteur en
Dès 1928 Bourdelle l'avait chargé d'établir les plans du musée qu'il voulait faire édifier place d'Iéna. Il a participé à l'organisation de l'actuel Musée Bourdelle et se consacre depuis lors par expositions, conférences, etc., à Paris, en Province et à l'Etranger à la diffusion de l'oeuvre du Maître. Michel Dufet chevalier de la Légion d'Honneur depuis 36 a été promu Officier en 52. . Les activités de Michel Dufet sont multiples et variés, si depuis quelques années il donne le meilleur de son temps à l'œuvre de Bourdelle il continue à militer par articles et conférences pour l'art moderne. Il a travaillé pendant toute sa carrière à l'élaboration d'un « style d'aujourd'hui » en tenant compte à la fois des exigences ; de la vie actuelle, de l'évolution esthétique et des apports du machinisme.
Si son goût, et les importantes commandes qui lui ont été confiées, l'ont amené à concevoir des ensembles raffinés et de luxe, à utiliser les matériaux les Plus divers - il a construit des bureaux, aux volumes harmonieux, tout en zinc - sa curiosité scientifique et son imagination l'ont entraîné dans de savantes adaptations mécaniques.
C'est ainsi qu'il a réalisé la chambre et le cabinet de travail de l'ancien directeur de Comoedia, M. Rovera, dont les meubles, objets, luminaires, chauffage se transformaient, surgissaient, s'intensifiaient ou se neutralisant par un geste le déclic d'un des boutons d'un vaste tableau de commande.
Cette application spectaculaire et occasionnelle n'en correspondait pas moins à des préoccupations très précises « la télé mécanisation de l'équipement humain ", annexe logique des mobiliers de série. Pour Michel Dufet ce dernier problème commande tous les autres et ne saurait trouver de solution valable que par une fabrication industrielle analogue à celle pratiquée en Amérique pour les châssis d'automobiles. Il envisagerait l'exécution d'éléments interchangeables qui pourraient, par l' heureux équilibre de proportions, par l'emploi judicieux de matériaux nouveaux se prêter a de multiples combinaisons excluant l'uniformité. L'ingéniosité le goût, les connaissances scientifiques de l'artiste doivent, selon Michel Dufet, collaborer à l'organisation rationnelle de l'habitat… l'art décoratif répondrait ainsi à sa double mission esthétique et sociale.
chef de la revue " Décor d'Aujourd'hui" depuis 33.


DUMOND Jacques

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

Jacques Dumond est né à Paris le 13 octobre 1906, d'une famille d'artisans. Après l'École Boulle (1923-27), il fait un stage chez l'architecte Patout. Ses premières réalisations, villa à Bucarest pour le Ministre de France en Roumanie, datent de 1927.
En même temps qu'il exécute des Installations particulières, Il reçoit des commandes du Mobilier National : Bureau du Chancelier de l'Ordre de la Libération en 47 ; mobilier pour MM. Dumaine, chef du Protocole et Mécherit, à l'Élysée, pour le Général Eisenhower à Marnes la Coquette ; installation et mobilier, en collaboration avec Henri Navarre, du magasin de vente de l'Administration des Monnaies et Médailles ; de la Banque d' AIgérie et de Tunisie ; d'un service du Crédit National ; de l'Institut Forestier tropical dans son nouvel Immeuble de Nogent ; salons et salle à manger de l'Ambassade de France à Sarrebruck, etc.
Jacques Dumond, depuis 1944, expose régulièrement aux Salons des Artistes Décorateurs, d'Automne et des Arts Ménagers, a participé en 51 à l'Exposition « Preuves » et a été choisi pour représenter le meuble français de luxe à la Triennale de Milan ; en 53, Il a organisé la présentation de l'Exposition du Congrès International d'Esthétique Industrielle.
Jacques Dumond, membre du Bureau de la Société des Artistes Décorateurs (1er vice-président depuis 1950), du Comité directeur de l'U.A.M., du bureau de l'Institut d'Esthétique Industrielle et du Comité d'Organisation de « Formes utiles », professeur à l'École Normale Supérieure des Arts Décoratifs depuis 1947, est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1953.
Jacques Dumond est architecte autant que décorateur. Bien qu'à l'Ecole Boulle il ait choisi l'atelier d'ébénisterie, que l'expérience acquise et ses goûts fassent de lui un excellent technicien du meuble, il ne conçoit pas celui-ci isolément mais lié à l'ensemble architectural et à des problèmes d'esthétiques précis : un mobilier doit se concevoir en fonction de l'espace qu'il occupe et de l'ambiance à laquelle il participe ; une ordonnance intérieure est faite d'éléments abstraits : volumes, couleurs, lumière que l'architecte décorateur doit organiser.
Un meuble doit être construit en rapports avec sa fonction et ses vertus esthétiques et matérielles doivent assurer sa durée. dépouillé de tous éléments non essentiels, la couleur et l'emploi, sur le support bois, de matériaux nouveaux, doivent y figurer l'apport nécessaire de la fantaisie et de la sensibilité.
Jacques Dumond estime qu'un décorateur, pour exercer efficacement son art et son métier, doit avoir des connaissances très étendues, allant du plus petit détail réaliste jusqu'aux généralités esthétiques les Plus abstraites. Il professe que pour être de son temps un artiste doit collaborer avec l'ingénieur dont le rôle est essentiel dans l'évolution actuelle de l'équipement de l'habitat. Mais ainsi envisagée, d'un point de vue logique et rationnel, l'oeuvre de l'artiste n'aura de valeur vraiment humaine qu'à la condition d'être conçue en fonction des besoins et goûts de l'individu ou de la collectivité.
Ainsi intervient une nécessité psychologique, d'une importance déterminante. Ces convictions, ces principes, personnellement acquis, expérimentés, devaient, de toute évidence, entraîner l'adhésion de Jacques Dumond à l'Union des Artistes Modernes dont il est membre du Comité directeur.


EAMES Charles

Texte extrait de la revue Meubles et Décors N° 845 Décembre 1968

Charles Eames : un homme de très grande classe. son véritable tempérament : celui d'un artiste évidemment mais aussi d'un poète et jusqu'à un certain point d'un véritable visionnaire. C'est lors d'une conférence, à la suite d'une question posée par une auditrice, que le siège a été évoqué.
Il l'a été davantage le lendemain lors d'une réunion de presse rue des saints-pères dans les nouvelles salles d'exposition du « Mobilier International ». Nous avons appris sur le créateur de sièges des particularités que l'on ne soupçonnait pas. Le première, et non la moindre, c'est qu'en fait Eames a été conduit à se pencher sur le domaine du siège à la suite de demandes d'amis.
Son optique initiale n'a point été du tout la recherche de modèles pour un industriel. Au terme du processus qu'il a développé transparaît très nettement le temps réel, (et considérable), qu'il lui a fallu pour mettre au point chaque modèle : replaçant sans cesse sur le métier ses ébauches et même ses réalisations successives. Tout a été étudié, pesé, avec une extraordinaire minutie y compris les machines pour leur fabrication.
Dans la perspective de considérations d'ordre si l'on peut dire esthétique, la pensée créatrice de Eames semble être dominée par deux préoccupations : d'une part, celle de la recherche d'une ligne universelle et, d'autre part, celle d'un fonctionnalisme rigoureux. Cette universalité est à la fois conforme à l'ingénium d'une personnalité comme la sienne et à une orientation logique de la production actuelle.
En ce qui concerne le souci du fonctionnalisme, Eames le pousse très loin car il aboutit en fait à y ramener, à y concentrer, et à y subordonner toute la puissance de son imagination créatrice. Il se soucie relativement peu de sa contribution au décor, son voeu le plus cher étant, en définitive, que son siège passe inaperçu. Ce sont là, on en conviendra, des réflexions assez peu courantes dans la bouche d'un créateur, dans celle d'un homme ne possédant pas la classe de Eames, elles pourraient prendre une mauvaise résonance.
En l'occurrence rien de tel. Elles situent en réalité le problème du cadre contemporain de nos habitats sur son plan réel. Bien rares, hélas, sont actuellement ceux capables de les exprimer et de les concrétiser.
En France, la réputation de Eames demeure à peu près exclusivement attachée aux sièges qui portent son nom : chaises en bois moulé, en fibre de verre, en aluminium et, surtout, son « Iounge chair... Une remarque : Charles Eames ne, créé pas ses chaises en tant que type élémentaire, il ne les considère pas comme un article simple mais comme une combinaison d'éléments possédant chacun ses propres fonctions : un siège, un dossier, et un piètement.
Ces éléments sont complets par eux-mêmes et doivent ensuite être réunis. L'endroit où Ils sont assemblés et la façon dont Ils le sont est un problème de la plus grande importance pour Charles Eames. Pour joindre siège et piètement, il a développé son plot de caoutchouc vulcanisé, caractéristique technique la plus marquante de ses chaises. Le même principe est apparent dans ses sièges de la série aluminium où la garniture est tendue dans une armature en aluminium. L'usage que fait Eames de la technologie dans la création a eu dans le monde entier une profonde influence.
Ci-dessous une courte notice biographique qui intéressera certainement nos lecteurs :
Charles Eames est ne en 1907 à Saint-Louis. Ce n'est pas un spécialiste. Comme Il l'avoue lul-même, lorsqu'iI voyage Il se prétend sur son passeport architecte.En réalité Il passe aisément d'une actlvité à une autre. L'emploi de projections multiples sur écran comme moyen de dlffusion lui a été d'un grand secoura. Pour l'exposition américaine de Moscou en 1959, Il a réalisé et produit un film qui a projeté des Images décrivant la vie aux Etats-Unis simultanément sur sept écrans.
Il a utilisé cette méthode également pour son film qui présentait « United Science Exhlblt » à l'exposition Internationale de Seattle en 1962. Outre ses films sur l'Information, le mobilier, les fouets, les festivals, Eames a réalisé plusieurs séquences pour la télévision, en particulier pour The Fabulous Fifties. et « The Good Years », produits par Leland Hayward.
En 1960, Charles Eames a organisé l'exposition « Mathematlca » - A Word of numbers an Beyonds » - pour I.B.M. et pour cette même Société Il a mis au point son pavillon pour l'exposition mondiale de New York 1964. Il continue de s'intéresser aux problèmes du mobilier contemporain pour Herman Eames Miller Inc. Eames dirige son propre bureau avec sa femme Ray, assisté par un petit groupe de collaborateurs.
En 1960 Charles et Ray Eames ont été les premiers lauréats du . Kaufmann International Award. en récompense des travaux exceptionnels dans le domaine de la création Industrielle. Il vit à Santa Monica en Californie, dans la maison qu'il a conçue en 1948, entièrement composée d'éléments standards d'acier et de verre.
Cet article est accompagné de deux photographies montrant des superbes réalisations de Charles Eames :
( ci-dessus ) Fauteuil pivotant Lounge-Chair, avec repose-pieds. Piétement en fonte d'aluminium et tube d'acier, carcasse en contreplaqué moulé laqué de palissandre, garniture en mousse de latex et duvet, habillage en cuir.
Collection Herman MILLER, édition INTERFORM.
( En bas à droite ) Fauteuils « Lobby Chair. Piétements avec ou sans roulettes et accoudoirs en fonte d'aluminium injectée, carcasse en contreplaqué moulé, garniture en mousse de latex, habillage cuir ou tissu.
Table « Segmented » plateau rond, ovale, carré ou rectangulaire en noyer, palissandre ou marbre, piètement par éléments permettant la réalisation de tables de toutes dimensions.
Collection Herman MILLER, édition INTERFORM.


FOUQUET Pierre

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

Pierre Fouquet est né à Paris, le 4 novembre 1909. Après avoir passé son enfance dans la région albigeoise, il revient, à Il ans, à Paris, montre à l'Ecole communale des dispositions pour le dessin qui lui valent d'entrer en 1923 à l'Ecole des Arts appliqués où il reste 4 années avec, entre autres, Chadel, Wlerick et les céramistes Chabrier et Boéton pour maîtres.
Il fréquente le Cours Montparnasse où il étudie le modelage et se prépare au professorat, il travaille dans une faïencerie, à Sceaux, puis chez Raoul Lachenal ; puis retourne à la faïencerie de Sceaux où il est contremaître et créateur de modèles et occupe successivement de 1929 à 1939 différents emplois (chez Robj et dans les ateliers Sauzéa), dans l'industrie privée.
De 1939 à 1941, il est à la Manufacture de Sèvres dans le service de décoration dirigé par Gensoli. En 1941, il est nommé professeur de céramique à l'Ecole des Métiers d'Art où il organise les ateliers et l'enseignement ; en 1952, il est chef auxiliaire de travaux au Conservatoire national des Arts et Métiers et, depuis 1954, chargé de cours à l'Ecole des Arts appliqués.
Depuis 1948, Pierre Fouquet expose régulièrement au Salon des Artistes Décorateurs et y obtient le Prix Plumet ; à l'Exposition internationale de Florence il reçoit un diplôme d'honneur ; enfin à l'Exposition internationale de la Céramique, à Cannes, été 1955, il remporte une médaille d'or et l'un des deux prix attribués à la France : le prix de la réalisation céramique.
L'Etat et la Ville de Paris ont acquis des œuvres de Pierre Fouquet. Tout enfant Pierre Fouquet a vu travailler des potiers ; auprès de ces artisans il a appris ce qu'est un métier soumis aux exigences usuelles, il en a conservé le respect du travail bien fait, de l'œuvre durable et répondant à sa mission. Il s'efforce de donner, et de faire conserver, à ses élèves ces principes fondamentaux.
En 1942 il a installé à Verrières le Buisson ses ateliers et construit ses fours. D'abord faïencier, puis se consacrant de Plus en plus au grand feu, Pierre Fouquet, en technicien averti et complet, dessine ses formes, compose et prépare ses terres et émaux, tourne ses pièces, les décore si nécessaire et finalement les cuit au feu de bois.
Influencé par les primitifs Chinois et Coréens il continue ainsi la lignée des grands maîtres contemporains : Chaplet, Lenoble, Decoeur plus épris de la terre, des émaux et de leurs transmutations sous l'action du feu, que du décor.
La forme ample, simple importe surtout et le décor, extrêmement discret, incorporé ou incisé dans la terre et sous l'émail n'a qu'un rôle complémentaire. A la fine transparence des porcelaines, aux grès minces, il donne des tons blancs et satinés, rosés, ivoirins ou céladons ; aux grès naturels, gris ou rouges, il réserve les tons robustes bleus, verts, bronze, noirs, et les engobés, dont les possibilités ornementales s'apparentent à celles des pièces archaïques grecques et romaines.
Pierre Fouquet cuisant à 1280° obtient ainsi des pâtes fermées, sonores et imperméables. Passionné pour son métier, seules comptent pour lui la beauté matérielle et esthétique de l'œuvre dont il poursuit, dans le silence de son atelier champêtre, la difficile réalisation.


FRESSINET Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 3 Avril 1956

Jean Fressinet est né à Saint-Etienne le 29 juin 1889. Lauréat de l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Lyon, il fonde à Paris, en 1920, après sept années de service militaire et de guerre, un atelier de création de modèles pour différentes industries et se spécialise, à partir de 1923 dans les travaux d'architecture et de décoration.
Il est nommé, en 1932, Directeur de l'Ecole des Arts appliqués à l'Industrie où il restera jusqu'en 1953. Fressinet a pris régulièrement part aux Salon des Artistes Décorateurs depuis 1925 et à toutes les grandes expositions en France et à l'étranger : Arts Décoratifs de 1925 (classé hors concours avec commandes de l'Etat) ; Coloniale de 1931 (Grand Prix), de 1937 architecte de la classe 43 et de différentes présentations et ensembles mobiliers (hors concours et vice-président du jury) ; il remporte grands prix et médailles aux expositions de Bruxelles, Saint-Louis, Liège, Milan, Barcelone.
Depuis 1936 il organise l'architecture du « Foyer d' Aujourd'hui » au Salon des Arts ménagers et a assuré celle de la classe 35 à l'Exposition de l'Urbanisme et de l'Habitation en 1947. Fressinet a aménagé (architecture et mobilier) en France et à l'étranger, résidences, hôtels particuliers, appartements, magasins de luxe, salles de théâtre, de conseil d'administration et la Chapelle du Christ-Roi à Nogent.
L'Etat et le Mobilier National ont acquis meubles et tapis de Fressinet qui, en outre, a reçu commande du Monument aux morts de la guerre 1914 - 1918 à Saint-Rambert et celui du Souvenir Français à l'aviateur Pégoud. Membre des comités de la S.A.D., de l'U.A.D.C.E., de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie Jean Fressinet est Chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1936.
Pressinet a eu, dès ses débuts à Lyon, la chance de connaître un des Pionniers avec Auguste Perret de l'architecture moderne.
Tony Garnier avec lequel il collabora, à l'Exposition de 1925 pour les Pavillons de Lyon et de Saint-Etienne. C'est du reste à cette exposition que Pressinet affirma, par son importante participation à huit classes sa personnalité d'architecte et de décorateur. Dès lors, et comme il continuera toujours de le faire, non seulement tous les meubles avaient été conçus et dessinés par lui, mais aussi les maquettes des vitraux, tapis, tissus, papiers peints, etc.
Il fut, d'autre part, avec René Gabriel, un des premiers à étudier puis à entreprendre l'exécution en série d'ensembles mobiliers d'un esprit nouveau en accord avec l'évolution du goût et surtout avec des nécessités d'ordre économique auxquelles les progrès de la machine pouvaient apporter des solutions satisfaisantes.
Conception alors audacieuse maintenant universellement adoptée. Mais tout de suite Pressinet souhaita, comme il n'a cessé de le professer dans ses conférences aux industriels et dans son enseignement, la nécessaire alliance de l'esthétique, de la technique et de la logique : que meubles ou objets fonctionnels et soigneusement exécutés sachent demeurer harmonieux et beaux.
Pressinet qui a collaboré à de nombreuses revues et ouvrages spécialisés se défend d'être un théoricien il a toujours donné forme et réalité à ses principes. c'est ainsi qu'avant 1930 il collaborait avec l'architecte Paul Noulin à l'édification d'une cité modèle dans l'Est, à Mancieulles, avec salle de spectacles, maison commune, centre culturel, terrains de sports et logements individuels ou groupés pour ingénieurs et ouvriers.
Dans le même temps, il concevait des installations de luxe, mais dans un esprit toujours moderne et rationnel. Résidence de S. M. l'Empereur d'Annam, Palais de S. E. Sarag-el-Dine Pacha au Caire ; château du comte de Bouhée à Saint-Cloud, hôtel particulier du Dr A. Charpentier à Paris.


GABRIEL René

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

René Gabriel, né le 14 septembre 1890 à Maisons Alfort, a été élève de l'École Germain Pilon de 1912 à 14 et de l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de 14 à 17. Il a exposé depuis 1919 aux Salons des Artistes Décorateurs et d'Automne des papiers peints et meubles. Après une importante participation à l'Exposition Internationale de 25, Il expose : en 26 au Musée Galliera ; en 34 aux Galeries Bernheim et Charpentier, des porcelaines et au Salon de la Lumière, des ensembles mobiliers ; en 35,37 et 38 aux Arts Ménagers, des mobiliers de série. A l'exposition de 37 participe à de nombreuses classes, en particulier au Village des Enfants, au Pavillon des Artistes Décorateurs avec une Maison de week-end et dans celui de l'Enseignement, avec l'École des Arts Appliqués. Il a également exposé aux Salons de l'Imagerie et à l'Étranger : en 1921, Exposition d'Art français en Rhénanie (papiers peints) ; en 30, à Anvers (tapis) ; en 33, Exposition de la Manufacture de Sèvres à La Haye (porcelaines) ; en 36, VIe Triennale de Milan ; en 38, au Caire ; en 39, à New York, Pavillon de la France (ensembles mobiliers).

Professeur à l'École des Arts Appliqués depuis 24, collaborateur de la Manufacture de Sèvres depuis 27, chef d'atelier à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs depuis 46, membre du Conseil d'Administration de l'Union centrale des Arts Décoratifs, du Comité de la Fédération Nationale de l'Ameublement, etc.  Président de la Société des Artistes Décorateurs de 44 à 47, nommé chevalier de la Légion d'honneur en 49, René Gabriel est mort le 30 octobre 1950. René Gabriel rêva d'abord d'être « dominotier » : en 1920 il ouvre, rue Solferino, à l'enseigne du « Sansonnet » un petit magasin de papiers peints imprimés à la planche, puis compose la couverture des premiers « Almanach des Saisons » ; après un voyage en Toscane, la Bourse Blumenthal lui a été attribuée, il illustre « Le pèlerin d'Assise » de Léon Chancerel. Dès 1927 il fait des décors de théâtre puis imagine, en collaboration avec son ami Chancerel, d'ingénieux dispositifs d'architecture théâtrale et le Plateau d'Etude qui sera réalisé dans la classe de l'Enfance à l'Exposition de 37" en 27 il peint, pour Louis Jouvet les décors de « Léopold le Bien Aimé » et de « L'eau fraîche » et fonde en 34 à Neuilly, les Ateliers d'art.

Mais ces activités selon son coeur et son imagination, ne l'empêchent pas de poursuivre ses études d'architecture et de mobilier qui devaient le conduire à aborder tout particulièrement le problème de la fabrication en série. Là il dut mener une lutte acharnée contre toutes sortes d'obstacles et de préjugés. En dehors des qualités esthétiques et rationnelles qui caractérisent son oeuvre : meubles pratiques, simples, accueillants, humains, égaillés de couleurs vives, René Gabriel eut l'incomparable et difficile mérite d'orienter vers l'avenir les problèmes de l'équipement et de la décoration de l'habitat.

Modeste, discret, travaillant jusqu'à l'extrême limite de ses forces, René Gabriel a été en même temps qu'un audacieux novateur, un artiste complet dont le goût et la sensibilité s'exprimaient dans des domaines les plus divers, sans oublier sa passion pour les fleurs.  Comme l'a si bien exprimé Léon Moussinac dans l'émouvant hommage qu'il lui a rendu « La vie de René Gabriel est exemplaire, elle reflète la volonté, le don de soi, la passion contenue, la foi silencieuse, la haute simplicité, l'amour du métier et le désir d'assurer aux belles choses de France, la continuité d'une tradition de qualité, durable et profonde ».


GAUTIER Gustave

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Gustave Gautier, né le 30 avril 1911 à Nantes, commence à dessiner tout jeune avec son grand-père Edouard Robert, maître imprimeur à Nantes.
Attiré par l'architecture, il entre à l'Ecole des beaux-arts de Nantes ; en 1931 il est à Paris et choisit, à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, la section d'architecture.
Encore à l'Ecole il entre en rapport avec l'Union des Artistes Modernes (U.A.M.) et finalement travaille chez René Herbst où il trouve l'esprit et le soutien moral qu'il recherchait. A l'Exposition de 1937, il obtient sa première récompense officielle pour sa collaboration à la présentation de la section du livre (Bibliothèque Nationale).
La guerre arrête ses études et débuts d'activité artistique ; il revient en 1945 des camps allemands et reprend contact avec l'U.A.M. mais abandonne l'architecture pour la décoration dont l'évolution répond mieux à l'orientation de ses recherches et de ses goûts. A partir de 1947 il expose au Salon d'Automne, (section de l'U.A.M.) puis aux Salons des Arts ménagers et des Artistes décorateurs où il présente ses meubles de série en éléments démontables et continue à participer à Paris et à l'Etranger aux manifestations d'art décoratif.
En dehors de la décoration intérieure, d'appartements, de villas et de magasins de luxe, surtout en Bretagne, il collabore avec des industriels pour l'édition de meubles de série. Membre de l'U.A.M., de la Société du Salon d'Automne, des Artistes Décorateurs, de l'Union des artistes décorateurs créateurs d'ensemble et de l'Association des créateurs de meubles de série, Gustave Gautier a reçu en 1949 et 1952, des plaquettes de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie.
Les goûts et les convictions esthétiques de Gustave Gautier le dirigèrent spontanément vers le groupe de l' U.A .M. et son stage chez René Herbst acheva de le gagner à des principes auxquels il adhéra sans réserve. Fidèle à des principes, absence de décor, formes rationnelles, adaptées à la fois à l'usage et au cadre architectural, il les marqua tout de suite de sa personnalité. Gustave Gautier aime les volumes robustes, simples et il sait obtenir d'intéressants effets décoratifs des éléments fonctionnels. Il désire que les meubles fassent partie du mur, aient un lien sensible et logique avec l'architecture de la Pièce qui est parfois ceinturée d'un cadre de bois, faisant solives, boites à rideaux ou permettant des éclairages indirects, les seuls dont il use, il a horreur des lampes qu'il a prohibées, ses meubles eux-mêmes sont souvent équilibrés par une sorte de cadre alors que les parois sont presque toujours transparentes, laissant apparaître ici les livres, là des objets « naturels » « coquillages », « papillons », « fossiles », « roses des sables », grès ou verreries qui apportent, à côté de la rigueur des formes, l'élément sensible.
D'ailleurs la glace joue un rôle important dans ses meubles, particulièrement dans ses petites tables volantes. Quant aux tissus il les aime sobres et généralement unis ou à fines rayures. Les cheminées sont aussi objet de ses recherches, il les trouve indispensables au confort et au rythme d'une Pièce.
Bien que ces différentes recherches esthétiques, ces raffinements et un goût très marqué pour les belles matières relèvent d'installations de luxe, il emploie de préférence alors les bois clairs, sycomore, merisier, citronnier vernis, Gustave Gautier s'est en même temps spécialisé dans la création et l'étude des ensembles mobiliers édités en grande série mais dans lesquels s'affirme toujours son goût pour un rationalisme humain et généreux.


GENSOLI Maurice

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Maurice Gensoli est né le 4 juillet 1892 à Oran. Son père était verrier et initia tôt son fils au métier tout en projetant d'y adjoindre le vitrail. C'est ainsi que Gensoli, encore élève au lycée d'Oran allait travailler auprès du Maître verrier Marcel Haussaire chez lequel il resta jusqu'au régiment.
Il devança l'appel et demanda d'être affecté au 1er Cuirassiers de Paris, espérant, ce qu'il ne put réaliser qu'occasionnellement, suivre des cours dans une école spécialisée.
Libéré en septembre 14 la guerre le reprend, blessé puis réformé il se trouve libre à l'armistice, mais sans emploi.
Un temps il créé des modèles de jouets pour une petite fabrique que dirigeait un de ses amis, à Meaux. En 21, René Chavance le présente à Le Chevalier-Chevignard directeur de la Manufacture de Sèvres où il est accepté comme artiste libre ; après l'Exposition de 25 il devient Chef du service de la décoration ; en 27 à son retour de Copenhague où il avait été .. échangé « avec Jean Gauguin , son poste lui est confirmé. Depuis il dirige les travaux exécutés par la Manufacture soit d'après des projets d'artistes extérieurs soit d'après ceux des décorateurs attachés à la Maison.
Cette importante et absorbante charge lui laisse cependant la possibilité d'entreprendre et de poursuivre son œuvre personnelle. Depuis 22 Gensoli expose au Salon des Artistes Décorateurs et de 24 au Salon d'Automne et participe à de nombreuses expositions en France et à l'Etranger ; il remporte prix et diplômes et reçoit des plaquettes d'or de la Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie ; délégué à la Société française de céramique, membre du jury de la Manufacture de Sèvres, Gensoli a exécuté des fontaines en céramiques pour les paquebots .." Normandie " et " Liberté " et a des œuvres dans les musées de la Ville de Paris et de l'Etat. Chevalier de la Légion d'honneur en 38, Maurice Gensoli a été promu Officier en 52.
Bien que le rôle de Gensoli en qualité de chef du Service de la Décoration à la Manufacture Nationale de Sèvres ait eu, et continue à avoir, une singulière influence sur l'évolution de la céramique contemporaine c'est sur son oeuvre personnelle qu'il convient ici de donner quelques précisions. . Rompu à toutes les techniques Gensoli, chimiste expérimenté, est surtout attiré par les recherches de matières et de colorations. Ses grès grand feu ou ses porcelaines sont cuits à très haute température (1.400°) « son art est réfléchi ..
il résiste aux incidences du feu,' partant de données expérimentales voisines de l'alchimie il s'efforce de rester maître des transmutations qu'il a conçues, et ses pièces sont toujours tournées puis modelées en fonction de la nature de l'émail qu'elles recevront.
Gensoli a banni toutes tonalités vives ou violentes,' bien qu'il ait usé avec bonheur de certaines colorations sombres et graves il apparaît tel le maître des gris délicatement nuancés et ses beiges rosés (à base d'or) sont une douceur sensuelle.
La qualité particulière de ces revêtements colorés, s'obtient par un lent et minutieux travail de préparation jeux de fond invisibles sur la Pièce terminée mais qui servent à retenir l'émail, à lui donner des résonances, une souplesse presque vivante.
Gensoli conçoit ses' formes, toujours inspirées par la nature .. galbes les plus purs du corps humain ou parfois rythmes ou volutes de certains coquillages, indépendamment de tout usage.
Ses vases n'attendent point de fleurs mais au contraire tendent à se refermer et sont souvent sommés d'un bouchon dont le décor témoigne de réminiscences asiatiques, volontairement recherchées Pour faire chanter la beauté nue de la matière magnifiée par des émaux aux harmonies sensibles, secrètes, silencieuses...


GOETZ Georges

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

Georges Goetz est né à Paris le 30 août 1910. Son père, sculpteur sur bois, dirigeait un important atelier dans le faubourg où il reçut les éléments d'une formation qui, en même temps qu'elle le destinait à l'Ecole Boulle où il fit partie de la promotion de Maxime Old, Jean Lesage et Sébastien l'incita, par son ambiance particulièrement cultivée à se familiariser avec les musées et l'histoire de l'art.
Il étudie l'archéologie, à l'Ecole du Louvre, l'ethnologie, puis sera un des fondateurs de la Société des Océanistes dont le siège est au musée de l'Homme. Il collabore avec René Prou, Francis Jourdain puis Albert Guénot. Il s'établit à son compte après la Libération.
Depuis 1930, il participait aux salons des Artistes décorateurs où il a reçu des plaquettes de la Société d'encouragement à l'Art et à l'Industrie. A l'Exposition de 1937, une médaille d'or lui est attribuée.
Membre du Comité et du Conseil d'administration de l'U.A.D.C.E. Georges Goetz a été nommé en 1946 professeur à l'Ecole des Arts appliqués. En dehors de réalisation d'ordre privé, le Mobilier national lui a confié d'importants travaux : salle de Commission de la Direction des Arts et Lettres, Mobilier national d'Alsace et de Lorraine ; bureau du Maréchal Juin aux Invalides et salon de réception du Cabinet du Ministre des P.T.T. Il a aménagé et décoré, d'autres parts, le bureau du Président Directeur général de la Compagnie Transatlantique ; la bibliothèque salle de conférence des Laboratoires Spécia et la salle à manger de réception du Directeur général de la Régie Renault.
De sa formation première dans l'atelier paternel, Georges Goetz, en constant rapports avec des artisans spécialisés et par obligation cultivés, y acquit le goût du bois et une curiosité intellectuelle qui l'entraîna dans des domaines les plus divers. D'autre part, ses stages auprès de décorateurs, et surtout de Francis Jourdain, eurent une grande influence sur ses convictions esthétiques.
Toutefois, les premières commandes qui lui furent confiées par le Mobilier National, avec nécessité de s'adapter au cadre, l'empêchèrent de manifester son attirance pour des formules résolument modernes. Bien qu'il ait eu parfois cette liberté et qu'il ait, entre autres, établi un excellent modèle de siège exposé aux « Formes utiles », c'est dans son enseignement Plus que dans la pratique qu'il se Plaît à diffuser les principes auxquels il tient et qu'il s'efforce d'inculquer à ses élèves.
Evidemment il reste fidèle au bois et particulièrement aux bois de pays à l'état naturel, bien travaillés et c'est en sculpteur qu'il recherche la valeur expressive du volume ;fidèle aux exemples donnés par Francis Jourdain, il recommande une foncière honnêteté devant tous les problèmes et enseigne le respect de la tradition dans l'esprit plus que dans la forme.
Il souhaite que le nécessaire rationalisme ne soit point théorique : un meuble, conçu pour l'homme doit s'adapter sans rigueur à ses habitudes, à ses besoins et à toutes les incidences de sa vie journalière.
Il estime enfin que la connaissance du métier doit s'accompagner d'une solide culture générale préférable à une étroite spécialisation : l'artisan doit se libérer de son établi s'il veut réaliser une oeuvre. Il croit que les jeunes sérieusement préparés sont Plus que tous autres, aptes à participer à la création du style d'aujourd'hui


GUIGUICHON Suzanne

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Suzanne Guiguichon est née à Paris le 1 er septembre 1901 ; élève à l'Ecole de la rue Madame, où professait Maurice Dufrène , de 1921 à 29 elle est dessinatrice à la '' Maîtrise " qu'il dirige.En 1930 elle s'installe à son compte et dès lors participe à toutes les expositions :
salons des Artistes Décorateurs, d'Automne, des Arts Ménagers et aux manifestations d'art décoratif à l'Etranger.
Elle remporte plaquette et diplômes : médaille d'or à l'Exposition des Arts Décoratifs de 25, et Grand Prix d'Honneur à l'Exposition Internationale de 37 ; plaquette d'or de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, prix du Rotin et prix du Syndicat hôtelier au salon des Décorateurs de 53.
En même temps qu'elle conçoit et réalise de nombreuses installations privées elle reçoit des commandes de l'Etat : pour le Ministère de l'Agriculture, la salle à manger des Eaux et Forêts ; un boudoir pour une ambassade ; le bureau du maire à la mairie du VIe arrondissement ; la chambre de M. Paul Auriol au Château de Rambouillet et réalise, pour la Cité Universitaire les prototypes de chambres d'étudiants, Pavillons des Ingénieurs des Arts et Métiers et du Maroc.
Professeur depuis 15 ans à l'Ecole de la rue de Seine (ancienne école de la rue Madame), depuis 53 au Collège technique de la rue Duperré, elle est chargée de programme à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Suzanne Guiguichon membre de plusieurs comités à l'Exposition de 37, a été membre du bureau et du Comité de la S.A.D. pendant plusieurs années, est actuellement membre du bureau de l'U.A.D.C.E. (Beucher Président), de la Commission Nationale du Ministère du Travail, etc.
Suzanne Guiguichon apporte à ses conceptions décoratives des qualités essentiellement féminines. Pratique, elle s'applique à trouver des solutions aimables, élégantes à tous les problèmes journaliers, qu'il s'agisse de l'ordonnance et de l'ameublement de la pièce unique dont elle fut une des premières réalisatrices, de l'agencement ingénieux de meubles, bar, argentier, secrétaire, cheminée à habillage muraux, ou simplement de l'invention de petits meubles, porte-tasse, pupitre à livres ou revues, tablettes de sièges, concourant au confort et à l'agrément de l'usager.
A côté de ces raffinements fonctionnels Suzanne Guiguichon compose et étudie avec soins des meubles qu'elle continue de faire exécuter par les artisans de son maître Maurice Dufrène, elle aime les bois clairs, en particulier le sycomore, mais aussi certains bois sombres, telle poirier, dont l'opposition ou l'alliance lui tiennent lieu de décor.
Suzanne Guiguichon, préfère dans ses ordonnances intérieures, les meubles muraux aux meubles isolés mais, dans certains cas, elle use avec goût et fantaisie d'éléments légers en rotin ou en fins tubes de tôle laquée : charmantes volières dressées au milieu de petits jardins de cactées ou de fleurs.
Elle cherche par tous les moyens à créer une ambiance harmonieuse, aussi dessine-t-elle les maquettes de tissus, tapis, surtouts de table, céramiques, lampes, luminaires, en un mot de tous les objets familiers, dont elle confie l'exécution à des artisans spécialisés.


JANNIOT Alfred Auguste

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 9 de Juin 1935

En 1924, le monument aux Morts de la ville de Nice, orné de bas-reliefs d'un lyrisme puissant, révélait un nom : Janniot, dont c'était la première grande manifestation.
L'année suivante, à l'Exposition des arts décoratifs, on retrouvait ce nom sur un groupe particulièrement harmonieux au pavillon de Ruhlmann. Enfin, en 1931, après plusieurs années, ceux qui avaient suivi Janniot au travers de ses oeuvres et qui en attendaient une plus importante, où il pût exprimer le résultat de ses études, de ses recherches et de son silence, voyaient s'achever le Musée permanent des colonies, fait en collaboration avec l'architecte Laprade.
Le dessin et la composition de cette fresque extérieure, admirable tapisserie de pierre, la force du relief et le jeu savant des lumières et des ombres (qu'il faut d'autant plus admirer que la surface sculptée n'a que 17 centimètres d'épaisseur...) consacraient le talent et la réputation méritée de Janniot. De modeste ascendance parisienne, Janniot, qui manifeste très jeune une volonté convaincue dans son attirance vers l'art et que des difficultés matérielles ne rebuteront pas, suit les cours du soir, trouve le temps nécessaire pour produire, et vendre des dessins de bijoux et enfin est admis à l'Ecole des beaux-arts.
Sa ténacité, son indépendance, sa personnelle compréhension (qui fera dire un peu plus tard à un critique qu'il est un révolté) sont récompensées : en 1919, il est grand prix de Rome.
Luttant sans cesse pour se parfaire, pour exprimer avec une pleine sincérité et une constante amélioration cette puissance qu'il sent en lui, Janniot reste un simple, comme tout grand créateur, il est passionné, mais il demeure accessible et humain. L'atelier de la rue de Bagneux, au fond d'une impasse presque rustique où le silence aide à la pensée et à l'effort, est tout empreint de la personnalité du maître.
Dessins, esquisses, maquettes, pierres et marbres, bronzes sur lesquels glisse une lumière profonde, tout exprime l'amour de la beauté, le plaisir de transformer la pensée et les choses vivantes en matière sculptée. On participe à la joie puissante de ce regard lorsqu'il se pose sur les formes de la nature : de
1a feuille de l'arbre à la musique d'un corps ; harmonie des mouvements et surtout de l'architecture, car ses oeuvres sont avant tout « monumentales ", en ce sens qu'elles s'inscrivent d'elles-mêmes dans une architecture. 11 y a un lien évident entre le morceau qu'il travaille, la composition dont ce morceau fera partie et l'ensemble où elle trouvera son emplacement.
Et c'est là la plus nette expression de Janniot. 11 le dit lui-même d'une manière si simplement définitive, debout dans son atelier, en tenue de travail, avec les yeux clairs de ceux qui vivent pour ce qu'ils veulent exprimer : « Travailler pour les murs, c'est l'expression la plus noble de l'art. » L'équilibre des formes dans la sculpture, c'est ce que Janniot aime et exprime avant tout. On retrouve ici la conviction de Michel-Ange, qui cherchait avec autant d'amour les proportions du socle qui sert de piédestal à la statue antique de Marc-Aurèle que celles de ces magnifiques palais et ces escaliers étonnants qui l'entourent sur la place du Capitole. 11 y a là un exemple dont devraient s'inspirer les artistes contemporains. La sculpture et l'architecture ne doivent former qu'un même ensemble.
C'est la pure tradition grecque. La sculpture doit être comprise comme telle. Une oeuvre d'art ne peut exister en tant que valeur que si elle vit par son idée poétique et le don, base du talent, qui sera au départ de toute expression. L'arrangement qui appartient à tous les arts exclut bien souvent, et maintenant surtout ce matériau véritable qui est l'idée poétique. A ce sujet Rodin avait eu un jugement sévère, mais bien amusant sur Anatole France en disant de lui que, « s'il faisait bien la sauce, il ratait souvent le lapin... » Avec Janniot, devant cet équilibre, cette conviction qui apparait justifiée par la perfection des volumes, devant cette harmonie française dont il se réclame, on ne peut s'empêcher de penser avec moins d'inquiétude au grand trouble des arts majeurs de nos jours.
11 y aurait cependant beaucoup à dire, et peut-être cela sortirait-il du cadre exact de cet article, sur l'hésitation, le manque de sincérité, les erreurs des architectes et des sculpteurs modernes. La gêne qu'on ressent devant la plupart des récentes réalisations provient-elle de cette sorte d'internationalisme dû aux facilités de communication et de transport ?
Il y a là une erreur, qui pourrait devenir grave si l'on perdait de vue le sens « national » que donnent les indispensables et différentes conditions de sensibilité inhérentes aux races, aux sites, aux climats. L'essence même de l'art est l'harmonie, prenons garde de la détruire. Cette affirmation : « S'il pleut dans le Nord, il y a du soleil dans le Midi », qu'un paysan de chez nous prononçait sans penser au delà du bon sens et de l'immédiate évidence de cette constatation, devrait être présente à tous. Janniot, lui, du moins, reste Français de culture, d'indépendance, d'expression et de talent.
Madame Anne Demeurisse ayant droit de l'oeuvre de Janniot est présidente de l'Association Alfred Auguste Janniot .
N'hesitez pas à prendre contact avec cette association qui défend l'oeuvre de l'artiste.
14 rue Saulnier 75009 Paris
Tel : 01 48 01 69 14 .
Vous pouvez également visiter le site Internet de l'association :
http://www.janniot.com
Un ouvrage est disponible aux éditions Somogy ainsi qu'au siège de l'association. Une exposition est prévue prochainement à New York.


JOUVE Georges

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Georges Jouve est né le 7 décembre 1910 à Fontenay-sous-Bois.
Il sort en 1929 de l'Ecole Boulle et suit les cours de plusieurs académies libres de peinture. Orienté par sa famille vers l'architecture et la décoration murale, la guerre, puis la captivité, mettent fin à ces projets. Evadé il se fixe, jusqu'à la Libération, à Dieulefit, vieux village provençal de potiers.
D'origine méditerranéenne, Jouve retrouve des traditions ancestrales et prend contact avec la terre et un métier qui deviendra définitivement le sien. En 1945 il s'installe à Paris et aborde à la fois la céramique monumentale et les recherches de matière. Il expose dans différentes galeries, participe régulièrement aux Salons de l'Imagerie, dont il fut membre du Comité directeur et des Artistes Décorateurs dont il est sociétaire.
A l'Exposition de l'Urbanisme à Paris, en 1947, il obtient une médaille d'argent pour un revêtement mural. Il prend une part importante aux expositions présentées par le Ministère de l'Education Nationale : Rio de Janeiro 1946, Barcelone 1947, Milan et Helsinki 1948, Toronto et Lisbonne 1949 et à celles présentées par le Ministère des Affaires Etrangères sur le plan culturel : Vienne 1947, Baden-Baden 1948, Le Caire 1949, Rome 1950.
Georges Jouve a organisé les expositions de la Céramique contemporaine française à Burmingham en 1947 et à Copenhague en 1950. L'Etat français a acquis, pour une chapelle classée en Bretagne, l'autel exposé à Rio de Janeiro et le Victoria and Albert Museum, une des pièces qui figurèrent à Burmingham. Depuis l'été 1954 Jouve a quitté Paris pour installer ses ateliers à Aix-en-Provence.
L'évolution de la personnalité et de l'art de Jouve correspond à un des aspects particuliers et symptomatiques de la céramique contemporaine. Alors que certains artisans s'efforcent - non sans mérites, à défendre la tradition des potiers de terre avec des objets résolument utilitaires, que de grands artistes consacrent toute leur vie à de savantes recherches de formes et de matières pour créer des Pièces uniques, vases, coupes de vitrines et de musées, nombre de céramistes, et singulièrement parmi ceux de la jeune génération, renouant avec une tradition séculaire, mais un temps abandonnée, tendent à rendre à cet art sa mission décorative : revêtements muraux, fontaines et vases de jardins. Bien que Jouve soit, comme tout potier aimant vraiment la terre, parti du pot et de l'objet utilitaire, il a bientôt partiellement renoncé à la forme tournée pour une technique assez proche du modelage et de la sculpture. Si le sens des volumes, la vie de la forme dans l'espace - voire en plein air - le passionnent et lui inspirent de belles réussites d'un caractère souvent monumental, il reste par l'inspiration sensible à la nature ; nous pensons à ses coupes vigoureusement incurvées, enroulées comme des vastes coquillages, à ses variations sur les thèmes branches, à ses oiseaux curieusement stylisés, à toutes ses oeuvres jaillies d'une imagination et d'une verve créatrice inlassablement en éveil.
Toutefois les recherches de Jouve restent toujours axées sur la matière qu'il aime généreuse, profonde, aux tonalités sobres et solides : noirs luisants, blancs crémeux, jaunes ou verts de prairie qui donnent à ses céramiques, quelles que soient leurs fins, une saine et robuste vertu terrienne.



LABOURET Auguste

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Auguste Labouret est né le 20 mars 1871 à Laon. Ancien élève de l'Ecole Ne Supérieure des Beaux-Arts il exerce depuis cinquante-cinq ans son métier de maître-verrier et de mosaïste.
Sociétaire du Salon d'Automne depuis sa fondation et de la Société des Artistes Décorateurs depuis 1912, il a participé à toutes leurs manifestations et aux Expositions de Milan, Anvers, Liège, Bruxelles, Rome, Philadelphie, New-York, Buenos-Aires, etc Hors concours à l'Exposition Internationale de 1925, président de la classe 40 (vitraux) à celle de 37, lauréat de la Société Centrale d'Architecture (prix Sédille), premier prix du concours des Fontaines lumineuses à Barcelone, Labouret est président du Syndicat général des Cristalleries et verreries d'art de France, ancien président de la Chambre Syndicale des Maîtres Verriers ; vice-président du jury à l'Ecole des Métiers ; membre du jury à l'Exposition Nationale du Travail et de l'Ecole des Arts Appliqués à l'Industrie.
Auguste Labouret, restaurateur de vitraux anciens de nombreux monuments historiques, créateur du vitrail en dalles de verre cloisonné ciment, a exécuté à ce titre un grand saint Christophe à l'Exposition de 1937 et les vitraux, pour des chapelles entre autres à Poitiers et au Canada où il a réalisé des ensembles de verrières pour la Cathédrale Sainte-Anne-de-Beaupré, près de Québec. Il a exécuté de nombreux revêtements de mosaïque, en particulier le sol de l'Office du Tourisme à Paris, toute la décoration murale et lumineuse, en dalles de verre taillé au burin de la salle à manger du Normandie et selon ce même procédé de hauts luminaires pour l'église Saint-Odile. Auguste Labouret est chevalier de la Légion d'honneur depuis 1937.
Auguste Labouret maître verrier et mosaïste est, en ces deux domaines, d'ailleurs assez proches (le vitrail n'est-il point une mosaïque translucide ?) un chercheur passionné qui ne se contente pas d'exécuter les importantes commandes qui lui sont confiées mais s'efforce, par de constantes exPériences et inventions techniques, de mul-tiplier les modes d'expression de ses matériaux de choix.. le verre et le marbre. C'est ainsi qu'après avoir restauré pendant des années des verrières anciennes, il a imaginé l'emploi d'éPaisses dalles de verres de couleurs juxtaposées et maintenues da' :ts une gangue de ciment coulé sur une armature métallique. Il obtient ainsi, en taillant ses verres avec la « marteline » le vieux marteau adopté par les grecs et les romains pour la mosaïque, une transparence colorée qui s'oppose à l'opacité constructive du ciment. Vitraux d'un grand pouvoir expressif et d'une solidité à l'épreuve des siècles.
Partant, de même pour la mosaïque, d'une connaissance approfondie de techniques anciennes, il a remis en usage certains procédés négligés, tels, pour les revêtements de sol, l'emploi du granito-marbre avec joints de dilatation en cuivre, voire en alluminium.
Ne connaissant d'autre limites que celles de son imagination, de son intarrissable désir d'inventer, de tirer parti aussi bien de la cave que du grenier mais aussi, quand il le faut, de sèrieuses salles officielles il s'efforce de réaliser -paradoxale entreprise -tout en préservant une liberté totale -quant aux thèmes et moyens d'expressions -des ordonnances et des meubles qui aient -malgré l'absence de principes -chance de ne point se démoder et de durer.
Pour ces mosaïques murales il a parfois employé de petits éléments de marbre, incrustés en relief dans le ciment et ensuite taillés au marteau qui, pour telle grande figure de Christ, donnent une sensibilité tactile et efficace à la matière. L' oeuvre d'Auguste Labouret, nombreuse, diverse, foisonnante d'inventions techniques au service d'une inlassable imagination créatrice se poursuit, surtout au Canada, où la décoration de grands édifices religieux lui est confiée.


LALIQUE René

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 3 Avril 1956

René Lalique est né à Hay (Marne) en 1860. On ne sait rien de précis sur sa formation. Avant 1892 il est dessinateur chez un bijoutier rue de la Paix pour lequel il fait anonymement des modèles. Vers 1892 il se libère, s'installe rue Thérèse et réalise des bijoux sous son nom. Il se révèle, encore assez modestement, au Salon des Artistes Français de 1895.
Il prend dès lors part aux salons annuels triomphe à l'Exposition Internationale de 1900, et sera invité en Russie, en Angleterre, aux Etats-Unis. En 1904, il fait édifier sa maison du Cours La Reine dont il est le seul architecte ; le verre, avec les deux grandes portes, extérieure et intérieure et les lustres aux serpents, intervient dans son œuvre. Vers la même époque, Coty lui demande des étiquettes pour ses parfums : de l'étiquette, qu'il conçoit en verre, au flacon il n'y a qu'un pas et Lalique étudie, sans abandonner encore le bijou, ce nouveau problème.
Il monte une usine à Combes-la-Ville où jusqu'en 1914, il travaille pour Coty, mais réalise aussi quelques pièces uniques. Pendant la guerre il fabrique de la verrerie de laboratoire pour l'Institut Pasteur. En 1918-19, il construit une nouvelle et très moderne usine en Alsace, à Wingen, que son fils Marc dirigera à partir de 1921. Dès lors Lalique n'est plus, qu'un maître verrier et il introduit le verre dans l'architecture :
Salle à manger du Paris (1920) ;
Fontaine et Pavillon de Sèvres (1925) ;
Maître autel du Couvent de la Délivrande à Caen (1930) ;
Fontaines des Champs-Elysées (1932) ;
Maître autel, vitraux et grille de choeur de l'Eglise Saint-Hélier à Jersey (1933) ;
Salle à manger du Normandie (1936) ;
Service et surtout du Roi d'Angleterre (1938),
etc.
En 1930, il avait participé à l'organisation d'une exposition rétrospective de son oeuvre au Pavillon de Marsan. René Lalique, grand officier de la Légion d'honneur, meurt à Paris le 1er mai 1945. René Lalique était un homme modeste, secret. son oeuvre seule et ses retentissements nous renseignent sur le cours de ses activités. Nul doute qu'il eût acquis une grande culture, une connaissance des arts de tous les pays et de tous les temps, mais dont le souvenir matériel, jamais, n'apparaît dans ses conceptions aussi personnelles qu'audacieuses.
Il fut, peut-être inconsciemment, influencé par la littérature et l'art de son époque. ses bijoux, en complète rupture avec une production sans goût et routinière, reflètent, aussi évidemment que certaines toiles de Maurice Denis, de Bonnard ou de Gauguin, les influences successives des poètes symbolistes et de l'art du japon.
Fervent observateur de la nature, il l'introduit, plantes, oiseaux, poissons, d'abord dans ses bijoux, ensuite dans le verre mais, épris de compositions savantes et harmonieuses, il échappa au naturalisme de l'Ecole de Nancy. En réalité Lalique fut, par ses goûts, son intelligence et ses dons, surtout attiré par la Renaissance Italienne. curieux de toutes les techniques, il fut à la fois dessinateur, peintre, sculpteur, orfèvre, émailleur.
Verrier, il s'apparente bien plus à l'universalité d'un Benvenuto de Cellini qu'aux spécialistes de son temps. Il fut cependant, à d'autres égards dans l'actualité mieux un précurseur en n'hésitant pas, après avoir conçu et réalisé dans les deux domaines du bijou et du verre, des pièces uniques et de grand prix, à donner des modèles d'objets d'usage courant exécutables en série.
Pour arriver à ces résultats, d'un intérêt à la fois artistique et social, il s'ingénia à susciter des procédés qui renouvelèrent et enrichirent la technique traditionnelle du verre.


LAVERRIERE Janette

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 3 Avril 1956

Née le 29 décembre 1909 à Lausanne, Janette Laverrière commence à s'initier aux principes essentiels du métier auprès de son père, l'architecte Alphonse Laverrière, fait ses études à l'Ecole cantonale de dessin et d'art appliqué de Lausanne, puis suit les cours de la Gewerbe Schule à Bâle.
Elle vient ensuite à Paris et de 1932 à 1933, elle fait un stage chez Ruhlmann. A partir de 1944 elle poursuit ses activités sous sa propre responsabilité : elle réalise de nombreuses installations publiques et privées. Janette Laverrière a participé depuis 1936 aux Salons de la Société des Artistes Décorateurs dont elle est membre actif depuis 1938 ; membre fondateur de l'Union des Artistes Décorateurs Créateurs d'Ensembles, elle a exposé aux salons de l'Imagerie et à partir de 1944 à ceux des Arts Ménagers.
Janette Laverrière, à laquelle ont été attribué des plaquettes de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, une Médaille d'Or à l'Exposition Internationale de 1937 et le Prix de la Société Formica au Salon des Artistes Décorateurs de 1948 a reçu, en 1945 et 1950, des commandes de l'Etat qui a également acquis un de ses meubles au Salon des Arts Ménagers.
Architecte d'intérieur et décorateur, janette Laverrière, par sa formation et par ses goûts, est résolument de son temps. elle en accepte les inventions, les progrès et les servitudes en limitant au strict nécessaire ses attaches avec le passé. Elle aime les matériaux nouveaux. Formica, aluminium, tubes de métal laqué et dalles de glace.
Si elle a réalisé des bureaux pour des établissements commerciaux ou publics, elle préfère la complexité des problèmes proposés par la demeure privée. De la salle de séjour à la « cuisine-combinée », de la nursery aux chambres à coucher, elle tend à organiser les solutions que lui suggèrent la personnalité et les habitudes de l'usager.
Ainsi, elle aime les couleurs pures et vives, mais c'est toujours le cas particulier qui en détermine le choix et les rapports. Si elle se Plie volontiers aux impératifs du fonctionnalisme, elle cherche à mettre en évidence l'élément constructif et logique et à lui donner une valeur décorative.
Elle s'ingénie à trouver des modèles de meubles dont les combinaisons répondent de façon pratique et agréable à l'exiguïté du logis d'aujourd'hui. Les sièges enfin l'intéressent particulièrement et font l'objet de nombreuses études et projets.
elle les conçoit, aussi bien d'ailleurs que la Plupart de ses meubles, pour la fabrication en série, tout en s'efforçant de conserver, aux uns et aux autres, une aimable originalité.


LE CHEVALLIER Jacques

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Jacques Le Chevallier est né à Paris le 26 juillet 1896. De 1911 à 1915 il a suivi les cours de l'Ecole Nationale des Arts Décoratifs. Peu après sa démobilisation, en 1920, il est appelé par Louis Barillet et participe à la création de son atelier de vitrail. Une longue collaboration s'établit jusqu'en 1945 à laquelle prendra part Théo Hanssen Au cours de ces années.
Jacques Le Chevallier ne cessera de poursuivre de nombreuses recherches personnelles : peinture, tapisserie, gravure sur bois, imagerie, luminaire.
Membre de la Société des Artistes Décorateurs et sociétaire du Salon d'Automne , depuis 1925, membre fondateur de l'U.A.M. Depuis 1928 il a participé. fréquemment par l'envoi de peintures et d'aquarelles aux Salons d'Automne, Indépendants, de la peinture à l'Eau (Achats par la Ville de Paris). Il a fait des tapisseries exécutées à Aubusson dont les premières ont été exposées au Petit-Palais.
Depuis 1945, Jacques Le Chevallier a installé, à Fontenay-aux-Roses son propre atelier de vitrail.
Il a créé un nombre important de verrières commandées, pour la France, par la Direction de l'Architecture, le Clergé ou les Coopératives de Reconstruction. Eglises de Doullens, La Roche-Posay, Condé-sur-Noireau, Saint-Hilaire du Harcouët, Bourg-en-Bresse, etc... Cathédrales de Besançon, Toulouse, Angers (ensemble de la restauration et vitraux modernes). Les Relations Culturelles lui ont confié le chœur de Notre-Dame de Trèves.
Citons encore les grandes verrières d'Echternach et diverses églises ou chapelles en Suisse et en Belgique. En 1948, il organise avec Maurice Rocher, le Centre d'Art Sacré. Depuis 1952, il est chargé d'un cours de vitrail à l'Ecole Supérieure des Beaux-Arts. Trois aspects de la personnalité et des activités de Jacques Le Chevallier s'imposent. le théoricien, l'artiste aux multiples recherches et le Maître Verrier. Jacques Le Chevallier est convaincu que l'art n'a point dans la société moderne sa juste Place. Par des articles, conférences et par son enseignement, il s'efforce de lutter contre cette déficience.
Rappelant que le rôle de l'ancien artisanat, source et véhicule de l'activité artistique, ne correspond absolument plus aux exigences économiques de notre temps, il affirme que seul, un artiste riche d'une formation profonde dépassera le stade des habiletés routinières et que les grands métiers d'art ne peuvent être renouvelés que par des talents largement épanouis. Chercheur passionné, nous signalerons entre autres, ses audacieuses réalisations de luminaires vers 1930 exécutées avec R. Koechlin . (Album de Jean Prouvé , Le Métal, Ed. J. Moreau).
L'oeuvre du maître-verrier apparaît d'autre part comme inséparable du nom de Jacques Le Chevallier. Peintre, il pense que le vitrail est le point d'insertion idéal entre la peinture « sensible » et l'art monumental. Le Chevallier exécute lui-même ses maquettes et peint sur les verres qu'il a choisi avec toute la liberté que cette technique permet (la réalisation technique, coupe et sertissage, est assurée par des spécialistes).
Préoccupé de la valeur symbolique et expressive des thèmes qui lui sont proposés, il s'attache à donner à chaque vitrail la valeur d'une véritable création et joue à ce titre un rôle prépondérant dans l'actuelle évolution de l'Art sacré. Il a réalisé également des vitraux abstraits et il est persuadé que l'architecture moderne gagnerait souvent à être animée par l'apport vivant d'une surface lumineuse et colorée.


LEGRAIN Pierre

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Pierre Legrain est né à Levallois-Perret le 2 octobre 1889. Fils d'un riche industriel, il connut une enfance heureuse. Elève au Collège Sainte-Croix, à 12 ans, il convainc ses parents qu'il doit abandonner ce genre d'études, " se cultiver " lui-même et apprendre le dessin : il suit les cours de l'Ecole Germain Pilon et poursuit ses études, sa culture frappera toux ceux qui le connurent. Très sportif il alla au delà de ses forces et, successivement, le jeune homme si favorisé, se trouve atteint dans sa santé - double lésion de l'aorte, son père ruiné meurt peu après, et c'est la misère.
Pour subvenir aux besoins de sa mère il doit se plier aux plus rudes besognes, mais il continue à dessiner et c'est ainsi qu'il entre en rapport avec Paul Iribe . Il exécute pour lui les travaux les plus divers et acquiert une remarquable maîtrise : minuscules maquettes en volumes, puis modèles de meubles, bijoux, décors, etc. Pendant la guerre, réformé Legrain s'obstine et après avoir été affecté à des travaux de terrassements il est chargé d'un service de secrétariat qui lui permet de dessiner, pour l'" Assiette au beurre ", le " Journal ", le Témoin et, Le mot " de Paul Iribe .
Marié, Legrain installe sa petite maison de la rue du Val de Grâce où avec des moyens de fortune et des éléments hétéroclites, il aménage la charmante demeure familière à tous les artistes. Il connaît alors Jacques Doucet - 1919 - qui lui demande de relier ses livres, puis lui commande des meubles et toutes sorts d'objets précieux. Legrain reçoit le prix Blumenthal et les commandes affluent. Dès 1920 il avait exposé au Salon des Artistes Décorateurs ses premières reliures ; en novembre 1923 il en organise une exposition particulière à la Galerie Briant-Robert : c'est une révélation.
Aux décorateurs de 1924 il participe avec Pierre Chareau, Ruhlmann, Mallet Stevens et Paul Poiret au sensationnel ensemble mobilier, La réception et l'intimité d'un appartement moderne ". De 25 à 29, avec une sorte de frénésie créatrice, Legrain poursuit en même temps ses activités de décorateur et de relieur et installe sa nouvelle demeure Villa Brune. Le jour même de l'emménagement, le 17 juillet 1929, il succombe à une crise cardiaque. Le nom de Pierre Legrain apparaît inséparable de la renaissance de la reliure contemporaine.
Mais il convient de ne point oublier que c'est à l'instigation de Jacques Doucet que le dessinateur et ensemblier se trouva inopinément engagé dans cet art de la reliure auquel rien ne semblait le préparer si ce n'est la diversité de ses dons, sa culture et son esprit d'avant-garde. Les décors de Pierre Legrain sont presque toujours abstraits, linéaires, la lettre du titre devient souvent motif ornemental mais ses compositions, malgré leur apparente liberté, sont conçues avec une rigueur architecturale. Renonçant aux bruns, rouges et verts habituels il a usé de cuirs et aussi de matières imprévues aux tonalités claires et rares dont les harmonies, délicates, raffinées, s'accordent avec la pureté de ses rythmes.
La réussite fut éblouissante et, bien que l'aventure ne dura qu'une dizaine d'années, Legrain a marqué définitivement l'art du livre et son influence demeure toujours présente,' toutefois elle ne doit point laisser oublier les activités du décorateur. En même temps qu'il travaillait pour Jacques Doucet, Mme Jeanne Tacharp lui commandait l'installation de sa demeure parisienne puis de sa villa de la Celle Saint-Cloud où des serrures aux éclairages, des meubles à l'argenterie et jusqu'au jardin, conçu comme une reliure où le maroquin était de gazon et les mosaïques en fleurs, tout avait été créé par Legrain.
Après la mort de Jacques Doucet l'enthousiaste et fastueux Pierre Meyer lui confiait l'aménagement de son hôtel de l'avenue Montaigne.Là, Legrain put, avec des moyens illimités donner libre cours à son imagination créatrice et à sa fantaisie. Mais malgré le bonheur que lui causaient ces réalisations Legrain envisageait de modérer ses activités de décorateur et de se consacrer au livre. Ainsi Pierre Legrain au moment où le destin allait interrompre son oeuvre, choisissait instinctivement la place qui lui était déjà assignée dans l'art contemporain.


LENOBLE Emile

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Emile Lenoble, né à Paris le 24 novembre 1875, a fait ses études à l'Ecole Jean-Baptiste Say.
A 18 ans, il entre à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs puis travaille, en qualité de dessinateur, chez le céramiste industriel Loebnitz. La famille Lenoble habitait Choisy-le-Roi où Ernest Chaplet, le rénovateur de la céramique contemporaine, avait installé ses ateliers.
Les rencontres se firent d'abord aux berges de la Seine, en pêchant, puis vers 1900 le vieux maître accueillait le jeune Lenoble : il lui apprit à tourner puis, peu à peu, l'initie aux secrets du métier : la vocation d'Emile Lenoble est dès lors fixée.
En 1905 il épouse la fille de Chaplet, partage son atelier et présente ses premières oeuvres, en 1906, à la Galerie Georges Petit à côté de celles de son beau-père. En 1907, Chaplet meurt. Lenoble s'installe définitivement dans son propre atelier. Les débuts furent difficiles jusqu'au jour où, Salomon Reinach lui fit commande d'un service de table pour sa villa de Beaulieu, construite par Pontremoli, où tout était de style grec.
De cette époque datent d'incessantes et passionnées recherches de matières auxquelles l'avait préparé l'enseignement et les expériences de son Maître. Membre fondateur des salons des Artistes décorateurs, d'Automne et des Tuileries où il expose régulièrement, Emile Lenoble, dont l'art et la personnalité jouent un rôle de tout premier plan dans l'histoire de la céramique française, participe à toutes les grandes expositions en France et à l'Etranger dont les musées tiennent à honneur ainsi que ceux de Paris, Petit Palais, Musées d'Art moderne et des Arts Décoratifs à acquérir ses oeuvres.
Lorsque la Bretagne, où il s'était réfugié pour les fuir, fut envahie par les Allemands, il ne put supporter l'épreuve et mourut à Crozon, le 14 août 1940. Emile Lenoble était chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1925.
On ne peut évoquer l'art d'Emile Lenoble sans rappeler tout ce qu'il a dû au génial artisan qui fut son maître, ChaPlet fut le premier à aimer la terre pour elle-même, à rechercher pour la parer les réactions savantes des oxydes métalliques mais aussi à lui rendre sa beauté « élémentaire », dépouillée de tous décors.
ChaPlet fut hanté, comme le sera à son tour Emile Lenoble, par l'austère magnificence des céramiques chinoises et coréennes dont il sut retrouver les colorations puissantes et graves : sang de boeuf, foie de mulet, bruns roux, pourpre, lie de vin et merveilleux blancs purs.
Emile Lenoble s'il usa de quelques sobres décors, chevrons, grecques, entrelacs, feuillages stylisés, qu'il incisait dans la terre, aima surtout la rustique beauté de formes amples, généreuses, on aimerait dire à sa propre image, solides comme une force de la nature. Les émaux aux colorations rares, objets de ses incessantes recherches, il ne les voulait point revêtements superficiels mais incorporés à la terre avec laquelle ils formaient, sous l'action d'une cuisson en four clos allant jusqu'à 1.300°, une matière nouvelle aux splendeurs parfois cachées jusque dans les secrètes anfractuosités du pot ou de l'amphore : bleus de mer ardents, tumultueux et bouillonnants comme l'écume, pains brûlés rugueux et sourds, noirs denses et durs comme une gemme.
Artiste toujours insatisfait, Emile Lenoble brisait sans merci toutes les Pièces qui ne répondaient point à sa passion, à son idéal : elles s'en allaient humblement enrichir « le cimetière aux pots)) où les précieux éclats de céramique, de porcelaine, les débris abandonnés disaient la lutte de l'homme et du feu et le drame angoissant de la création.


LINOSSIER Claudius

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Claudius Linossier né à Lyon le 21 novembre 1893 est mort dans sa ville natale le 8 octobre 1953.
Tout jeune il commença à travailler le métal : d'abord, dans une maison d'orfévrerie religieuse à Lyon, puis dans deux ateliers parisiens. Il connaissait déjà tous les secrets de la technique quand, frappé par la pauvreté d'invention et l'esprit de routine qui caractérisaient ce beau métier, il vint un temps travailler chez le Maître Dinandier Jean Dunand ; auprès de cet artiste, il entrevit toutes les perspectives d'un art que l'un et l'autre allaient vivifier, rénover. Mais tenant à entreprendre seul et selon sa personnalité, ses recherches, Linossier quitta Paris, non sans avoir longuement médité, au Musée du Louvre, devant les vases grecs dont la pureté des formes, la sobriété des décors devaient le hanter.
Rentré à Lyon, il s'installa à la Croix Rousse, son premier et modeste atelier et commença une oeuvre qui lui valut bientôt la Bourse Florence Blumenthal et plus tard, un grand prix à l'Exposition Internationale de 1937. Bien qu'il demeura toujours à Lyon, Linossier participa régulièrement aux salons de la Nationale des Beaux-Arts, de la Société des Artistes Décorateurs et d'Automne,où sa femme Hélène Linossier, peintre de talent, exposait en même temps que lui. Linossier faisait partie du groupe "Les Artisans français contemporains" Decoeur, Lenoble, Decorchemont, Daurat ", etc., dont la galerie Rouard, quand le cycle des expositions fut interrompu, continua à présenter les oeuvres. Un an avant de mourir, Linossier avait perdu sa femme : l'homme et l'artiste ne purent supporter cette cruelle épreuve ; incapable de se remettre au travail ni de surmonter sa douleur, le 23 juin 1953 il fondait la bourse Hélène Linossier, destinée à créer trois prix annuels pour les élèves de l'école des Beaux Arts de Lyon, en souvenir de la compagne sans laquelle la vie n'avait pour lui plus de sens. Claudius Linossier était Chevalier de la Légion d'honneur. Claudius Linossier malgré ses attaches avec l'activité artistique de Paris est demeuré, tout au long de sa vie, stritement Lyonnais. Il fut l'homme de la Croix Rousse, de cette colline où vécut, pendant des siècles, une population d'ouvriers d'art : les canuts, tisseurs de soieries. Il a hérité des vertus du bon artisan épris de perfection technique mais aussi de cette liberté d'expression d'où naissent tant de délicats ou somptueux chefs-d'oeuvre.
La dinanderie, tout comme le tissage, est un métier difficile aux servitudes inexorables mais, ici et là, la main est maîtresse de son oeuvre. La technique du métal est primitive et dure : l'artisan en battant au marteau, sur l'enclume, le chevalet ou la bigorne, la feuille de métal lui impose une forme qui lentement s'élève et se retirent. Les formes inventées par Linossier sont simples : vases ronds, coupes, plats ; jamais aucun ornement adventice ne vient rompre la pureté des galbes. Le décor lui-même est conçu en fonction de cette forme dont il met en valeur les rythmes essentiels. Si Linossier s'est parfois inspiré du corps humain -visages ou danseuses- il les a voulu d'un archaÏsme stylisé mais pas ses plus belles pièces s'ornent simplement d'éléments géométriques : jeux de losanges, de grecques, de disques ou de chevrons organisés avec une harmonieuse élégance.
Linossier n'a jamais recours aux émaux ni aux laques. Par une très personnelle et savante technique ses décors sont constitués par des incrustations de métaux qu'il patina un temps à l'acide, puis renonçant à ce procédé trop instable, il adopta définitivement l'oxydation au chalumeau. Le corps des pièces, en cuivre rouge ou en ferro-nickel aux tonalités noires, est éclairé, suivant les cas, par les gris nuancés de l'argent, les ors pâles du cuivre jaune ou les pourpres sombres du cuivre rouge magnifiés, sensibilisés par la violente et primitive action du feu.


LUCE Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Jean Luce est né à Paris le 25 mal 1895.
Il n'est passé par aucune école d'art, mais a eu sous les yeux, dès sa jeunesse,les objets en céramique que vendait son père dans la vieille maison qu'Il avait reprise en 1888 ; bien décidé à rénover les « services de table », Jean Luce dessine modèles et formes et installe, en 1923, rue la Boétie, l'actuelle maison dont, à partir de 1931, Il assure la direction.
Jean Luce expose pour la première fois en 1911, au musée Galliera, à partir de 1913 au Salon d'Automne et participe à toutes les expositions de la Société des Artistes Décorateurs ainsi qu'aux expositions d'art décoratif organisées en France et à l'Étranger. Membre du Jury aux Expositions Internationales de 1925 et 1937, Président de la classe de Céramique et Verrerie de la future Exposition des Arts et embellissements de la vie, ancien Président de la Société des Artistes Décorateurs, ancien Membre du Comité Technique de la Manufacture de Sèvres, Jean Luce est professeur au Collège des Arts Appliqués de la rue du Petit Thouars.
Jean Luce a des pièces au Musée des Arts Décoratifs et dans divers musées à l'Étranger ; Il a dessiné les modèles de porcelaine et de verrerie pour le Normandie, qui restent en usage sur les bateaux de la Compagnie Générale Transatlantique ; le service de la Ville de Paris destiné à l'Hôtel de Lauzun et celui du général Eisenhower pour le S.H.A.P.E.
Jean Luce est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1937. Dès 1911 Jean Luce a entrepris de rénover le décor de la table. Cette initiative paraît répondre à la plus élémentaire logique et cependant elle exigeait, et exige encore, une certaine audace : les assiettes, les couverts de luxe ou modestes, restent, souvent encore, au milieu de meubles, objets, tissus modernes, de désuets pastiches des styles anciens. Parce qu'il était convaincu de la nécessité de cette rénovation, Jean Luce est devenu créateur de modèles.
Bien qu'il n'ait jamais été fabricant il s'est initié à tous les secrets du métier et s'efforce toujours de concevoir dessins et formes (dont il modèle lui même les éléments essentiels) répondant avec aisance aux exigences techniques. Il s'est simultanément attaqué aux problèmes de la forme et du décor harmonisant les unes et les autres avec un constant souci de pureté, de raffinement et aussi d'aimable rationalisme.
Ainsi il a, peu à peu élaboré un style définitivement marqué par sa personnalité et ses goûts, style dont la primauté est, en ce domaine de la table, unanimement reconnue. Les assiettes ont été doucement évasées en galbe incurvé, soupières et légumiers dépouillés de toutes complications ornementales ont trouvé dans une logique soumission fonctionnelle une élégance de volumes et de rythmes.
Le Marly a souvent perdu son décor au profit d'un motif central ou posé entre creux et bord. Motifs exécutés à la main, au pochoir ou à l'écran de soie, d'après des dessins d'un graphisme léger, naturaliste ou linéaire, l'or étant traditionnellement réservé pour les services de luxe en blanche porcelaine.
Pour harmoniser les différents éléments de la table, Jean Luce a étendu ses recherches à la verrerie et enfin pendant quelques années il s'est intéressé activement à la faïence et aux objets utilitaires.


MADOURA

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

MADOURA Suzanne Ramié est née à Lyon, le 15 janvier 1905.
A l'Ecole des Beaux Arts de Lyon, de 1922 à 1926, elle étudie la décoration et la céramique et y obtient le Prix Triennal du Ministère de l'Industrie. Après son mariage, elle part en 1936, pour la Provence, où elle apprend pendant deux années, auprès d'un vieux potier, les techniques artisanales.
En 1938, elle organise son propre atelier, à Vallauris. En 1939, l'atelier servant de cantonnement, elle continue cependant de travailler. La menace italienne en juin 1940 l'oblige à partir pour Lyon où elle fait une exposition dont le succès l'incite à rouvrir aussitôt que possible son atelier.
Tout étant à réorganiser, son mari décide de l'aider. Elle signera dès lors toutes ses oeuvres Madoura, anagramme de leurs deux noms. L'activité de l'atelier et ses réussites esthétiques servent bientôt d'exemple et, dès 1943, de nombreux centres artisanaux abandonnés reprennent vie.
Madoura a participé, depuis sa première exposition à Cannes, en 1941, à toutes les manifestations régionales importantes et en particulier à celle de Vallauris (Hall du Nérolium), depuis 1946. A Paris, elle expose au Salon de l'Imagerie à partir de 1946 et à ceux des Artistes Décorateurs depuis 1947, ainsi que dans des galeries : Mai, la Hune, la Roue, l'Arcade. A l'Etraner, à Lausanne, Stockholm, Vienne, Londres, Copenhague, Helsinki, Milan, Le Caire, Tokio, Mexico, etc.
Des pièces de Madoura ont été acquises par le Musée des Arts et Traditions Populaires et par ceux de Faenza, de Madison et de Providence (U.S.A.) et de Hambourg.
Suzanne Ramié (Madoura) a reçu une médaille d'or à Nice en 1942, une plaquette de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie en 1952 et le 1er Prix de la Céramique en 1954 à Paris (galerie la Roue).
Elle est Chevalier de la Légion d'Honneur depuis 1953. La personnalité de Madoura s'est imposée grâce à une volontaire humilité : elle a le respect de la terre qu'elle aime, magnifiée par des formes simples et pure de tout décor. Frappée par la noblesse robuste de la poterie provençale folklorique, elle s'est efforcée de ranimer cette vigoureuse sève qui fait la beauté des amples Gus, des Meulas et des Bouraches dont des générations ont, par le geste quotidien, fixé les formes utilitaires.
Elle a pratiqué les techniques allant de la poterie aux grès grand feu. Ses recherches sont axées sur la matière, les émaux et la création de formes dont l'inspiration lui vient d'une connaissance approfondie des céramiques archaïques et, en particulier pré-colombiennes.
Mais il est impossible de parler de Madoura sans évoquer la présence à Vallauris de Picasso. Intéressé par la céramique, pour lui nouveau champ d'expériences, ayant apprécié la qualité des oeuvres de Madoura à l'Exposition du Nérolium 1947, il vint à son atelier. Passionné, il s'installa à Vallauris pour continuer de travailler. Madoura l'initia à tous les procédés qu'il ne tarda d'ailleurs pas à enrichir de ses propres inventions. Picasso décore, modèle, sculpte ses pièces sur des formes tournées. Par la suite, il confia à Madoura l'édition de certaines séries qu'elle exécute personnellement d'après les originaux. L'aventure picassienne eût le retentissement que l'on sait et l'atelier devint bientot le lieu de rencontre et d'expériences des Plus célèbres peintres et littérateurs, eux aussi attirés par la céramique.
Collaboratrice « occasionnelle » mais directe de Picasso, Madoura est un des rares céramistes qui ait su résister à son influence et poursuivre, parallèlement à ses travaux, une oeuvre marquée par ses propres recherches, par ses conceptions, esthétiques et par un amour terrien de la nature.


MARINOT Maurice

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 4 de Janvier 1935

A première vue, Maurice Marinot ne se distingue pas du commun des mortels. Certes, un dynamisme puissant se lit sur sa face volontaire, un peu mussolinienne et l'on s'aperçoit vite que le regard de ses yeux clairs fixe un monde caché à la moyenne des hommes.
Si l'on sait par surcroît que ce peintre, curieux de formes et de couleurs, s'est soumis, un jour, sans abandonner ses pinceaux, mais avec une passion véhémente, à la rude pratique du verre, on admire en lui l'un de ces artistes exceptionnels qu'une sorte de prédestination voue chez nous à réveiller l'amour du beau métier.
Mais ce travail dont il s'est imposé le pénible apprentissage, dont il a longuement étudié la technique, il ne l'accomplit pas autrement qu'un bon ouvrier. Il emploie les mêmes outils : la canne d'acier avec laquelle il cueille au four la pâte incandescente et dans laquelle il souffle pour développer, creuser, arrondir la bulle irisée ; les formes en bois de dimensions multiples où il roule la pièce et en affermit le galbe ; les pinces qu'il utilise à ouvrir le col et à préciser son contour ; les lames de fer à l'aide desquelles il modèle la substance brûlante et molle.
Ses procédés n'ont rien de mystérieux : gravure à l'acide, qui ronge la dure matière ; taille, qui découpe dans les parois des cavités profondes, des arêtes aiguës ; polissage à la roue, qui aplanit les surfaces, y fait surgir des reflets ; tout cela, Marinot s'y conforme minutieusement, consciencieusement.
Pour découvrir soudain ce qui le distingue de ses pareils, il faut le voir à la besogne, dans la verrerie de Bar-sur-Seine, qui l'accueille chaque matin. Sans doute, ses gestes ne diffèrent pas de ceux d'un artisan ponctuel, mais il y a en eux bien autre chose.
On les sent animés par une flamme intérieure, une flamme créatrice. Déjà quand, sur d'innombrables feuilles, il jette des idées, cherche des harmonies de lignes, la sûreté, la prestesse de la main qui dessine laissent deviner la fougue de son inspiration.
C'est surtout à son banc, près de l'ardeur du four, en pleine lutte avec la matière, qu'il se révèle lui-même. Paisible pour commencer, il tend ses nerfs de plus en plus sous l'effort ; de tous ses muscles il manie la masse mouvante qui se dérobe ; de son souffle il la gonfle, de ses doigts il l'équilibre ; son visage se contracte, son front ruisselle.
Cette matière en fusion qui semble vivre, il la maîtrise peu à peu, il la dompte, il la dirige à son gré, modifiant au besoin sa pensée première, improvisant souvent. Et la pièce naît, grandit, se métamorphose, se fige enfin, étincelante, au bout de la canne, lourde baguette de magicien dont elle a subi le pouvoir.
Une espèce de magie, vraiment, qui violente la nature ou plutôt se substitue à elle. Les oeuvres de Marinot semblent produites par des phénomènes naturels. Elles font penser à des blocs de glace, craquelés, givrés ; à des pierres transparentes teintées par des réactions spontanées, usées par de lentes érosions. Parfois elles ont la fluidité de l'eau qui coule dont elles mêlent les flots et retiennent les vagues, ou bien, dans la profondeur de leurs flancs, elles dévoilent les mystères de l'eau qui dort, ses rayonnements glauques, ses scintillements argentés. Or, une volonté clairvoyante et réfléchie a fait surgir du verre ces éléments que l'on dirait géologiques, tandis qu'une sensibilité d'artiste en accordait les tons, en ordonnait les volumes, leur imposait un rythme.
Magie... Tout au moins création au sens exact du mot, création qui varie sans cesse et jamais ne se répète. On n'eût pas trouvé une pièce dans la récente exposition de la galerie Hébrard qui n'apportât une impression nouvelle.
Chaque coupe, chaque flacon, chaque vase contient une trouvaille. Ils ont la diversité de l'infini qu'ils reflètent. Pourtant la forte empreinte de leur auteur les apparente tous. Chacun d'eux est l'expression complète de Marinot, mais d'un Marinot qui se transforme lui-même, au gré d'un souvenir fugitif, d'une inspiration passagère, d'un rêve prompt à s'évanouir.


MARROT Paule

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

Paule Marrot est née à Bordeaux le 17 avril 1902. Elle arrive à Paris à 4 ans. Ses parents reçoivent musiciens, peintres, chansonniers : elle apprend à connaître, à la fois, les chansons du folklore et celles de Montmartre, les lieds de Schubert et les poèmes de Villon.
Cette ambiance eut une influence heureuse sur son caractère, sa sensibilité et ses goûts. A 13 ans, elle commence à dessiner, à 14, elle entre à l'Ecole Supérieure Nationale des Arts Décoratifs que dirige alors Eugène Morand. A 17 ans elle choisit un métier : la gravure et elle commence à imprimer elle même des bouts d'étoffe. Elle travaille avec un maître remarquable P.-L. Dussouchet qui lui fait comprendre la composition et aimer l'art décoratif.
Paule Marrot expose depuis 1922 au Salon des Artistes Décorateurs, dont elle est sociétaire. A l'Exposition Internationale de 1925 elle présente des tissus imprimés qui témoignent déjà de sa personnalité et annoncent un style nouveau : le jury lui décerne une médaille d'or. En 1928, la Bourse Florence Blumenthal lui est attribuée qui lui permet de louer, aux Batignolles, une petite boutique atelier où elle imprime, sur linoléum, des tissus qui intéressent quelques amateurs français et étrangers. En 1929 elle obtient une bourse de voyage. En 1932, après une participation particulièrement brillante au Salon des Décorateurs, un industriel d'Alsace lui propose d'imprimer ses tissus et lui donne ainsi toutes facilités matérielles pour réaliser son oeuvre.
C'est une véritable collaboration que seule la guerre interrompra, mais qui se poursuit dans un même climat d'amicale confiance. Grand Prix à l'Exposition de 37 Paule Marrot est chevalier de la Légion d'honneur depuis 1951. Bibliographie : R. Moutard-Uldry, Paule Marrot. Coll. Les maîtres de l'art décoratif contemporain. Genève, Pierre Cailler, 1954.
Le thème de la récente exposition de Paule Marrot « La demeure joyeuse » (Pavillon de Marsan Novembre 1953 - Février 1954) définit exactement l'apport d'une artiste qui allie une technique très sûre de dessinateur, de peintre et de graveur, un sens poétique de la nature et une connaissance réaliste de son métier : chez elle la fantaisie et la raison font bon ménage.
Paule Marrot a rénové, car il eut, en France, ses grandes époques, l'art du tissu imprimé, percale, cotonnade, linon. Parisienne d'adoption elle a des goûts et une expérience de terrienne. Son domaine ce sont les bois, les près, les potagers, les jardins avec toutes leurs fleurs dont les couleurs, les espèces et les habitudes lui sont familières. Parce qu'elle aime la nature elle n'a point voulu, ni osé, la styliser : la rose, le jasmin, le coquelicot, la primevère, l'oeillet s'épanouissent au long de ses tissus et y attirent oiseaux et papillons.
Ses gerbes, ses guirlandes, ses buissons, ses champs de blé, ses frondaisons sont à l'image de la nature l'i, tels les bouquets de fleurs fraîches, ils s'accordent avec tous les aspects de la maison citadine ou villageoise, aux meubles anciens ou modernes. Mais l'art de Paule Marrot ne se limite point à cette amicale fidélité :
En peintre elle harmonise les tonalités, e1l constructeur elle répète, alterne rythmes et valeurs. On aimerait affirmer que Paule Marrot, habituée à concevoir architecturale ment l'ordonnance intérieure de la maison, s'est consacrée au tissu fleuri parce qu'elle était convaincue à l'avance de sa nécessité esthétique et expressive et du rôle qu'il était appelé à jouer dans nos demeures. Ainsi Paule Marrot, depuis bientôt un quart de siècle a fait, de la modeste cotonnade imprimée, une oeuvre d'art complète, élément majeur de la décoration contemporaine.


MARTIN Etienne-Henri

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955
Etienne Henri Martin est né à Paris le 7 avril 1905. Elève à l'Ecole Boulle, il y étudie spécialement le métal. Collaborateur d'Edgar Brandt de 1923 à 1928 il expose, dès cette époque et à ce titre, au Salon des Artistes Décorateurs.
En 1925, à l'Exposition Internationale des Arts décoratifs, il est chargé par le Directeur de l'Ecole Boulle, de la décoration du Salon de réception de la Ville de Paris : il obtient un Grand Prix. Il travaille successivement à l'Atelier Primavera du Printemps, aux Services de Décoration du Louvre qu'il dirige ; Chef d'agence et collaborateur de René Prou, il est enfin Directeur artistique et technique aux grands magasins du Bon Marché à Bruxelles où il reste jusqu'en 1950.
Etienne Henri Martin qui a été lauréat du Prix Blumenthal, a obtenu aux Salons des Artistes décorateurs, auxquels il a participé depuis 1931, et à l'Exposition Internationale de 1937, Grands Prix, diplômes et médailles de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie. Depuis son retour de Belgique, il a repris ses participations aux Salons des Artistes Décorateurs et des Arts Ménagers. Il est membre du Comité de la S.A.D. dont, il est trésorier. En dehors de nombreuses installations privées et d'établissements publics en France et en Belgique, il a collaboré à l'aménagement de paquebots ainsi qu'à la décoration de la Salle du Conseil de la Société des Nations avec René Prou.
E.-H. Martin qui est professeur honoraire de l'Ecole des Arts appliqués et, depuis 1950, professeur à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, a reçu commande par le Mobilier National du bureau de Robert Rey, à la Direction des Arts et Lettres. L'un de ses meubles, acquis par l'Etat, figure au Musée d'Art Moderne.
Etienne-Henri Martin par ses diverses activités a acquis une sérieuse expérience des problèmes de l'art décoratif contemporain dont il mesure l'importance, tant du point de vue national que de ses propres responsabilités, vis-à-vis de ses élèves. Si de son passage à l'Ecole Boulle il a conservé le goût de la belle ébénisterie, de sa collaboration avec Edgar Brandt il a gardé celui du métal et le sens de sa valeur ornementale.
A l'occasion il aime réaliser des meubles de luxe pour lesquels il allie les piétements en bronze doré ou des éléments en métal sculpté à la préciosité d'un beau bois ou aux délicates et sourdes colorations de la laque. Par ailleurs Etienne-Henri Martin est convaincu, il Y travaille depuis 1937,du rôle actuel et futur du meuble de série dans l'art décoratif. Mais il estime qu'il faut, en ce domaine comme en tous autres, rester fidèle à une tradition de bonne et solide fabrication, adaptée aux techniques actuelles.
Etienne-Henri Martin a pu comparer, au cours de ses nombreux voyages, la qualité matérielle et les prix de ce qui se fait en Suède, en Italie ou en Suisse et il croit fermement, que le public français, très averti, et qui sait apprécier la qualité technique, ne boude point tant de meuble de serie pour son aspect extérieur que pour sa mauvaise résistance au temps et à l'usage.
Parce qu'il a beaucoup expérimenté, il sait le prix d'une loyale exécution et quant au style il préfère à l'originalité forcée, a des combinaisons compliquées et onéreuses, les recherches de formes simples, bien adaptées a leur fonction et qui ainsi, matériellement et esthétiquement, auront toutes chances de Plaire et de durer.


MARTINEAU-DAUSSET

Texte extrait de la revue Images de France N° 109 de Juin 1944

L'émail, cette matière vitreuse aux somptuosités rares, est un des éléments d'ordre décoratif qui sont en mesure de présenter les plus antiques lettres de noblesse. En effet,les tombes étrusques ont livré les spécimens de bijoux émaillés les plus anciens que nous connaissions.
Toutefois, c'est seule-ment au Ille siècle de notre ère que l'émail conquit vraiment droit de cité, et c'est en Gaule qu'il le fit. Les émailleurs cel-tiques nous ont laissé de nombreux témoignages de leur savoir -faire : agrafes de manteau, boucles de ceinture, etc.
Le métal qui servait alors de support à l'émail était le bronze.
A la chute de l'empire romain, l'art de l'émail se réfugia à Byzance. C'est de là que nous réimportâmes au moyen âge cet art cependant né sur notre sol.
Le moyen âge, comme il se trouva l'être pour le vitrail, fut aussi la grande époque de l'émail ; celle où il prit ses aspects les plus caractéristiques ; celle où se forma une technique qui, depuis, n'a guère varié.
L'art de l'émailleur consiste essentiellement à recouvrir une plaque de métal, cuivre rouge, argent ou or, d'une ou de plusieurs couches de poudres de verre diversement colorées par des oxydes de cuivre ou de fer qu'une rapide cuisson à feu vif transforme en un glacis vitrifié d'une grande dureté.
En partant de ce principe constant de vitrification sur métal, on distingue plusieurs sortes d'émaux, parmi lesquels les émaux « cloisonnés », les pre-miers en date et dont le règne va du Ille au XIIIe siècle ; les émaux « champlevés », du XIe au xve siècle, et qui touchèrent leur perfection au XIIIe siècle ; les émaux de « basse taille », qui s'échelonnent princi-palement sur le XIVe et le xve siècle ; et enfin les émaux « peints », qui firent leur apparition au xve siècle et assurèrent la réputation des artisans émailleurs de Limoges.
Or, l'art de l'émail peint est aujourd'hui malheu-reusement en décadence, malgré les efforts d'artistes de bonne inspiration comme le docteur Jouhaud et M. Bonnaud.
De leur côté, des artistes comme M. Serrière et Mme Martineau-Dausset, dont nous reproduisons quelques oeuvres, s'attachent à créer à Paris des oeuvres originales portant la marque de leur tempé-rament respectif tout en restant dans la ligne de l'orthodoxie du procédé.
généralement une plaque de cuivre rouge de quelques dixièmes de millimètre d'épaisseur.
Cette plaque est travaillée au marteau jusqu'à ce qu'elle acquière un certain bombé, sans cesser pour cela de porter sur tous les points de son pourtour.
Elle est ensuite chauffée à température modérée (500 degrés environ), puis décapée dans l'acide nitrique.
Elle subit alors une première cuisson entre 800 et 1.000 degrés, après avoir été revêtue préalablement, sur les deux faces, d'un « fon-dant » ou couche de fond constituée par une poudre de verre très fusible. On fait adhérer sommairement cette poudre au métal au moyen d'une solution très légère de gomme adragante.
Cette vitrification sur les deux faces de la plaque, alors qu'une seule sera travaillée ultérieurement, a pour but d'éviter le gauchissement du métal lors des successifs passages au feu.
La plaque sort du four revêtue d'un émail blan-châtre ou translucide qui correspond à l'enduit de fond d'un tableau. C'est sur ce fond que le dessin est reporté à l'encre grasse, à la sanguine, à la grisaille ou autrement.
L'émailleur commence alors à recouvrir les différentes parties du motif avec des couches de verre pilé de cou-leurs appropriées, additionné ou non d'oxydes métal-liques.
Ce verre pilé doit être en général lavé de façon à éliminer la poudre trop fine et à ne garder que la matière conservant encore la forme de petits cristaux.
Cette grenaille de verre est appliquée sur la plaque au moyen d'une spatule. Comme la présence de tout agglutinant nuirait à la pureté des tons, on ne peut se servir que d'eau distillée pour donner au verre pilé une cohésion suffisante pour sa mise en place. Tout au plus, cette eau peut-elle être additionnée d'une pointe
de gomme. On imagine le tour de main qu'il faut pour com-poser un motif décoratif avec une matière aussi instable, éviter que les teintes ne se chevauchent, étancher cons-tamment l'excès d'eau, etc.
Il faut aussi penser aux diffé-rents points de fusion des diverses sortes de verre et combiner son dessin en consé-quence. Les verres les plus durs seront employés les premiers.
Les retouches des huit à neuf cuissons successives que com-porte en général le traitement de l'émail emploieront des verres d'une dureté décrois-sante. Ceci afin d'éviter de faire couler les couches les plus anciennes.
Toutes les retouches doivent se faire pratiquement par addition de matière, la vitri-fication ne permettant pas le grattage.
La cuisson se fait aujourd'hui au four électrique. Les plus beaux émaux s'obtiennent .à partir d'un feu vif. Malgré cela, il arrive parfois que les tons restent sourds, étouffés par suite d'impuretés incorporées dans la pâte. Dans ce cas, un rapide décapage dans un bain d'acide fluorhydrique suffit en général à restituer aux teintes leur pureté. Pour ces travaux, on emploie deux sortes d'émaux : les émaux translucides, comme ceux employés à peu près exclusivement par M. Serrière, qui laissent trans-paraître toutes les couches sous-jacentes ; les émaux opaques, qui ont la préférence de Mme Martineau-Dausset, dont les tonalités gagnent peut-être en éclat ce qu'elles perdent en profondeur.
Certains effets heureux sont obtenus par la combinaison de ces deux pro-cédés.
Tels sont, brièvement résumés, les éléments dont se compose la palette du maître émailleur. Le reste est affaire de goût, de sens de l'harmonie et de l'équilibre ; en un mot : de talent.
Il est à souhaiter que nombre de jeunes artistes en quête d'une voie se penchent sur l'émail. C'est une belle matière, une matière qui se prête aux compo-sitions décoratives les plus souples, les plus simples, les plus somptueuses, que chacun peut marquer au coin de sa personnalité, tout aussi bien que dans l'art du bijou.

MATEGOT Mathieu

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Mathieu MATEGOT est né le 4 Avril 1910 à Tapio-Sully en Hongrie.
Il passe quatre années, de 1925 à 1929, à l'école des beaux arts de budapest, entreprend ensuite des voyages en Italie, aux USA et, en 1931, se fixe en France.
Il débute comme étalagiste aux Galeries Lafayette et à la Toile d'avion, puis à partir de 1933, fait des meubles en rotin monté sur métal : Travaux importants mais anonymes. A la guerre il s'engage, est fait prisonnier, et reprend une activité nouvelle en 1945. Il crée des modèles d'objets décoratifsou usuels en métal transparent, dont il industrialise la fabrication ;
Il monte une petite usine à Paris puis à Casablanca. D'autre part également, depuis 1945, il dessine des cartons de tapisseries édités à Aubusson par Tabard.
A partir de 1952, il expose aux salons des Artistes Décorateurs et d'Automne dont il est membre sociétaire, aux Indépendants, à la maison de la pensée Française, au pavillon de Marsan ( Les Arts de la table ), et participe à toutes les grandes expositions à l'étranger, Amérique du nord et du sud, Varsovie, londres, Biennale de Venise, etc…
Membre actif de la société d'encouragement à l'Art et à 'industrie, de l'association des peintres cartonniers, une tapisserie de Matégot a été acquise par l'état Matégot a deux activités rigoureusement indépendantes et opposées :
Décorateur, il a choisi comme matériau le rotin, mais en use selon une technique personnelle : alliance fréquente du fer laqué et du rotin mais dans tous les cas, la fibre tressée est toujours montée sur métal ;
Coloriste, il oppose le rotin noir ou naturel aux tons pur et éclatants de tissus rustiques ( récente installation du bar, salle de lecture et terrasse de l'aérodrome de Tit Mellil à Casablanca ) .
D'autre part, et complément de ces ensembles mobiliers, Matégot est l'inventeur de charmants objets usuels :
Tables roulantes
Porte-parapluie
Paniers
Corbeilles
Porte-fleurs
Cache pots
etc…
en métal transparent, tole perforée ou rigitulle parfois plissé comme un tissu. Pour tous ces objets mineurs et souvent désuets, il a conçu des formes nouvelles, pratiques, amusantes et usant d'un matériau manufacturé, il l'a traité dans son petit atelier de la Vilette selon une technique et avec un soin artisanal. Peintre, Décorateur de Théatre, dans le même temps, Matégot, habitué à l'optique murale choisi un mode d'expression plus satisfaisant pour sa personnalité d'Artiste : La Tapisserie.
Ami de Jean Lurçat , il a commencé après avoir adopté les principes de la rénovation de cet Art, gros point et nombre restreint de tons, par subir son influence puis s'en est libéré pour adopter une conception rigoureusement abstraite.
Il ne s'agit pour Matégot, ni de mode ni de choix : il ne peut s'exprimer que par des signes, des rythmes, des jeux de couleurs magnifiés, mieux, sensibilisés par la beauté naturelle de la fibre laineuse.


MAYODON Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Mayodon est né à Sèvres le 29 décembre 1893 ; n'a reçu aucune formation spécialisée mais a vécu dans un milieu d'artistes.
Enfant il aimait à dessiner et reçut les conseils de son voisin, le graveur Bracquemond ; plus tard il connut Henri Cros , Claude Monet , Isadora Duncan et chez elle, Rodin et Bourdelle qui lui firent aimer l'antiquité. Son père voulant qu'il apprit l'anglais l'envoya en Angleterre où il resta deux ans chez un antiquaire : il y fait de la restauration de meubles, peintures et objets d'art ; il développe ainsi son habileté naturelle et ses dons.
De retour en 1912 il réalise ses premières céramiques qu'il cuit chez des voisins puis installe ses fours dans sa maison natale, son actuelle demeure. A partir de 1920 il expose aux Salons d'Automne, de 1922 des Artistes décorateurs, de 1930 de la Nationale des beaux-arts, de 1936 des Tuileries.
Il participe à toutes les Expositions Internationales, (vice-Président de la classe de céramique, à Paris, en 1937) et à l'Etranger où il remporte diplômes et grands Prix.
vice-président de la Société des Artistes Décorateurs, Trésorier des Tuileries, Directeur artistique de la Manu-facture de Sèvres en 1941-1942, membre de son Conseil Artistique et Technique depuis 1942, professeur de céramique à l'Ecole Elisa Lemonnier de 1935 à 1937, il a été invité, avec un groupe d'artistes français, par le Gouvernement Egyptien en 1948. Il a donné des conférences sur la céramique et des cours dans les Ecoles des Beaux Arts du Caire et d'Alexandrie.
Oeuvres dans les musées de Paris et à l'Etranger et dans de nombreuses collections privées ; commandes de l'Etat et de la Ville de Paris, travaux pour les paquebots « Normandie » , « Flandre », « Pasteur », etc.
Mayodon, Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1931 a été promu Officier en 1954.
Mayodon, à part les Pièces monumentales (Piscines, fontaines, vases de jardin) pour lesquelles il a adopté le grès émaillé, a choisi pour moyen d'expression la faïence fine dont les décors peints sont toujours rehaussés ou voilés d'or.
De successives cuissons et de savants procédés techniques, où se retrouve l'influence de Jean Metthey qu'il a connu et considère comme l'un des maîtres de la céramique contemporaine, donnent à ses ObJets, vases, coupes, Plats dont les formes et le décor s'inspirent de l'antiquité, une somptuosité qui évoque celle de tissus brodés d'or et de soies.
Par ses thèmes, arabesques de corps nus, envols de danseuses, animaux stylisés, s'exprime son goût pour la sculpture aussi bien que pour la peinture, qu'il cultive d'ailleurs en même temps que la céramique.
Son sens des volumes et des rythmes l'a incité à concevoir, des plaques, des ornements en ronde bosse et même des Pieds de meubles, véritables. sculptures émaillées et dorées pour les décorateurs.. il a ainsi collaboré, en particulier, avec Ruhlmann et Jallot .
La préciosité de certains motifs aux colorations de gemmes vert-jade, bleu turquoise, leur ont également donné parfois place dans l'orfèvrerie de Jean Després . Epris des multiples ressources d'un métier dont il connaît tous les secrets, Mayodon a, dans un tout autre ordre de recherches, composé d'innombrables carreaux décorés et émaillés pour salle de bains de luxe où se retrouve, comme dans ses objets de vitrine, l'influence première et durable de l'art antique et singulièrement des vases grecs sur l'évolution de sa personnalité.


MESSAGER . M

IL faut voir M. Messager dans son atelier, devant sa table, assemblant des motifs de bois aux veines ombrées, de nacre aux doux reflets de la mer, ou menant la scie aux dents ténues qui tourne sur le chevalet.
Comment l'artisan a-t-il été conduit jusqu'à ce métier d'art dans lequel il surpasse aujourd'hui d'illustres précurseurs ?
Très simplement, il le confie. A six ans ce petit Parisien de Ménilmontant ramasse les éclats de bois du marqueteur voisin et s'essaie à les joindre comme il l'a vu faire. A douze ans il doit gagner sa vie. Le voilà commis, il tape sur du cuivre pendant deux années. Puis neuf années suivent à fabriquer « du travail courant ». Ce n'est pas encore l'art, mais il acquiert la dextérité et son rêve d'enfant persiste : il veut faire de la marqueterie pour le meuble moderne.
1918, Messager revient de la guerre avec deux éclats d'obus dans le poumon gauche, mais il est plein d'ardeur pour se remettre au découpage. Il a un atelier, Il travaille pour les décorateurs.
Il fait des wagons royaux, des meubles précieux, Et, tout à coup, c'est la crise de 1928 à 1938. On a supprimé l'ornement, qui donne un charme particulier aux meubles. L'artisan, malgré les temps difficiles, ne se décourage pas ; une autre occupation lui permet d'attendre que la marqueterie reprenne sa place.
Ce jour est venu, MM. Leleu, Dufrêne, Jallot, Pascaud retrouvent cet homme qui est maintenant le seul à connaître encore ce métier.
C'est, en effet, dans son atelier que se réalise le beau travail renaissant avec une technique méti-culeuse et précise.
Quels soins ne faut-il pas pour mener à la perfection le découpage, qui doit être d'une exactitude telle qu'aucun trait de scie ne soit perceptible entre le panneau et l'ornement ! Les scies mêmes sont façonnées par l'artisan, car il n'en pourrait découvrir d'aussi fines dans le commerce.
En travaillant sous nos yeux M. Messager nous communique l'attrait du travail manuel ; il nous émerveille par la finesse de ses ouvrages, par la préci-sion des assemblages. Ainsi apparaissent des fleurs aux pistils déliés, des guirlandes aux chutes élégantes, des chasseresses et des amours créés dans des essences rares.
Cet art aussi vieux que le monde reprend une vie neuve. Et l'artisan, après quarante-huit années d'application, reçoit sa plus grande récompense dans l'accomplissement de son métier retrouvé.
Texte de Marina Paul-Bousquet
Meuble d'appui de Jules LELEU


MONTEREAU Germaine

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Germaine Montereau, née le 31 décembre 1892, à Sully-sur-Loire, n'est passée par aucune école d'art. A Paris, elle vit dans un milieu d'antiquaires, se familiarise avec des objets d'art de toutes origines et fréquente assidûment les musées.
En 1917 un accident l'oblige à partir pour Berck où elle restera cinq ans ; elle se plonge dans l'étude des livres d'art et complète une culture assez exceptionnelle. Remise, elle vit à la campagne et dessine. Un jour elle brode une fleur qui décidera de sa vocation, En 1924, Paul Rodocanachi voit ses essais et lui commande la garniture d'un mobilier Louis XVI. Elle s'inspire des techniques anciennes et réalise de précieuses broderies de velours à l'aiguille ; elle travaille désormais pour lui, pour Arturo Lopez et pour des acheteurs étrangers.
Elle forme des brodeuses et organise, à Beaugency, ses ateliers. En 1925 le peintre américain A.B. Davies, lui confie l'exécution de tapisseries : elle s'initie au métier avec un artisan des Gobelins et entreprend, avec ce fastueux amateur, une collaboration, riche en inventions de toutes sortes, qui ne cessa qu'avec la mort de ce dernier. Elle oriente alors ses recherches dans le domaine qui sera le sien : le tissage à la main. En 1932, première exposition : Louis Chéronnet et Albert Lévy la découvrent et lui demandent, en 1933 et 1934, d'exposer dans leur galerie rue de l'Echelle. 1935, exposition chez Rouard ; 1936, installation de l'Institut de beauté du Dr Payot et participation à une exposition à Milan.
De 1932 à 1936, elle collabore avec les décorateurs J.M. Frank, Paul Bry, Gascoin, Sognot, travaille pour Daniel Rops, François Mauriac, le Dr Hemmerdinger, réalise avec Jean Hugo ses tapisseries « Les Métamorphoses » pour Emilio Terry et pour Hermès, donne libre cours à sa fantaisie. Fin 1936 elle part pour le Maroc et se remet au tissage, forme des artisans chleuls et, d'abord à Mogador, puis à Casablanca, installe de riches demeures privées et des magasins de grand luxe.
Pendant la guerre, utilisant le coton filé par les indigènes, réalise de très beaux tissus d'habillement. Rentre en 1946 à Beaugency ; en 1947 fait une dernière exposition à « la Crémaillère », puis, pour raison de santé, doit renoncer à tout travail, à toute création. Bien que l'activité de Germaine Montereau n'ait guère duré Plus d'une vingtaine d'années, que la partie la Plus importante de sa production soit à l'étranger ou au Maroc, sa personnalité, son goût, ses inventions techniques ont marqué, dans le domaine du tissage, l'art de notre temps. La première elle a osé faire des tapis de sol et des tissus entièrement blancs, elle a réhabilité la splendeur des rouges de Chine et lancé les tons ( tomate ). S'inspirant des chefs-d'œuvre anciens elle a créé les Plus modernes des tissus usant, avec une somptueuse fantaisie, de fils de soie de Chine ou de métal fin, des belles fibres naturelles mais aussi des Plus rustiques - aloés, rabane - et des fibres artificielles. elle tissa les premières soies aigrettes, la Cellophane, les ficelles laquées, inventées chez Kuhlmann.
Chéronnet pouvait affirmer qu'elle avait tout tissé et elle fit des milliers d'échantillons qu'on eut souhaité voir figurer au musée des tissus de Lyon. Elle a fait des vitrages ajourés en fin coton ou en fils de brillante rayonne mais fut surtout inlassable créatrice dans l'art du tapis. Tapis au point noué en belle laine serrée, à motifs ciselés, ou a longues mèches souples, profondes, ébouriffées comme une toison. Si, au temps de sa grande vogue à l'étranger, elle s'est livrée à toutes sortes d'inventions, - a réalisé des mosaïques de laine à la manière copte et conçu des tapis en reliefs de trois ou quatre épaisseurs sur un fond de tapisserie, - ce que nous connaissons de son œuvre a une beauté Plus austère même dans la préciosité.
Elle ne demande Plus alors le secours d'aucun décor. la vertu de la matière mise en valeur par l'infinie variété de ses points, par les rencontres les Plus imprévues, les accords de couleurs pures, donnent à ses tissages un caractère d'opulente rusticité.
Malgré sa culture et ses voyages Germaine Montereau est demeurée typiquement - au moral comme au Physique - attachée au « val de Loire dont elle a recueilli la tradition artisanale et terrienne.


MOTTHEAU Jacques

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

Jacques Mottheau est né à Paris le 19 mai 1899. De 1915 à 1917, il est à l'École spéciale d'Architecture, puis est mobilisé Jusqu'en 21. Pendant trois années, il travaille dans la fabrique de bronzes de son père, puis passe une année chez le décorateur A.A. Rateau et entre en 1927 chez D.I.M, dont le directeur, a une grande influence sur son orientation artistique.
En 1930, il s'établit avec le peintre Boberman. Il expose au Salon d'Automne depuis 1932, et au Salon des Décorateurs à partir de 1933. En 1935, Jacques Mottheau est nommé professeur à l'École des Beaux Arts de Rennes et se fixe en Bretagne. Jusqu'à la guerre il y exerce son métier, installe, entre autres, un Rendez vous de Pêche et un hôtel à Rennes, mais surtout se voue à l'étude de l'artisanat breton. Enquêtes, conférences, cours, etc.
A l'Exposition de 37, il prend une part importante à l'organisation du Pavillon de Bretagne et présente une Auberge de la Jeunesse dans le Pavillon des Décorateurs. Mobilisé en 37, il retourne ensuite à Rennes qu'il quitte en 42. Il est nommé Chef adjoint du Bureau des expositions au service de l'artisanat, participe à l'enquête sur le mobilier traditionnel avec G.-H. Rivière et P.-L. Duchartre. En 1948 il est nommé professeur à l'École américaine des beaux-arts de Fontainebleau, en 50 au Collège technique de la rue Duperré, à l'École Normale Supérieure de l'Enseignement Technique et chargé de cours à l'École Normale Supérieure des Arts Décoratifs.
Membre du Comité supérieur de l'Enseignement des arts décoratifs, Jacques Mottheau qui a reçu des commandes de l'État, notamment pour l'Élysée, est Président de la Société des Artistes Décorateurs depuis 1950 et Chevalier de la Légion d'honneur depuis 53. Bibliographie : Jacques Mottheau, Meubles usuels, 3 recueils, Paris, Albert Lévy, 1951. Jacques Mottheau a mis en pratique les principes esthétiques résultants de son expérience artisanale en Bretagne. Dans ses meubles, d'une vigueur rustique, en beau bois de France se retrouvent, dépouillés, simplifiés les rythmes traditionnels et une logique adaptation de certaines moulurations et éléments dont il a apprécié la valeur décorative dans cet art breton, si bien connu, qu'il est presque devenu sien.
Cependant, bien qu'il ait participé depuis 1932 à toutes les manifestations d'art décoratif, Jacques Mottheau a toujours tendance à donner, dans ses activités, le pas à l'enseignement et surtout aux causes d'un intérêt général. De 35 à 42 il s'est consacré aux problèmes de l'artisanat breton dont il s'est efforcé de ranimer et d'actualiser la vitalité. Il ne s'est pas plus soucié d'encourager d'habiles artisans à répéter des formes et motifs ornementaux maintenant vides de sens, qu'à leur imposer des modèles.
Il a entrepris de les guider, de les mettre à même de répondre à des problèmes nouveaux en utilisant les techniques régionales. Tâche audacieuse qui a exigé autant de connaissances que de volonté et de goût.
Ce zèle combatif, depuis qu'il en est Président, Jacques Mottheau l'a mis au service de la Sté des Artistes Décorateurs. La Société, selon ses très logiques convictions, ne doit point avoir pour seule fin l'organisation de salons annuels : elle doit devenir un laboratoire d'essai de l'art décoratif français ; une fédération de toutes ses disciplines. Tous les efforts doivent être centrés sur l'élaboration d'un style répondant à une évolution sociale et à des besoins nouveaux.
Des rapports constants avec les artistes étrangers doivent s'établir afin d'élargir le champ des recherches. Lourde tâche que, modestement, Jacques Mottheau estime plus importante que l'oeuvre personnelle qu'en partie il sacrifie à cet apostolat.


NAVARRE Henri

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

De souche Béarnaise devenue parisienne en fin du XVIII" siècle, d'une lignée d'architectes, Henri Navarre est né à Paris le 4 avril 1885. Initié, sur les chantiers par les siens, architectes et décorateurs, qu'il perd de bonne heure, Alexandre, Didier et Valentin Navarre ont été ses maîtres.
Sculpteur sur bois en 1902, à l'École Bernard Palissy, ciseleur, orfèvre, ouvrier d'art, en 1905, il est reçu à l'École Supérieure Nationale des beaux-arts dont il s'écarte pour rechercher l'enseignement technique du Conservatoire des Arts et Métiers (atelier Lucien Magne). Il y étudie le vitrail et la mosaïque.
De 1906 à 1911, il pratique la taille de la pierre sur des façades d'immeubles, modèle de grandes figures en terre cuite.
En 1911, il prend part au concours de Rome comme médailleur ; en 1922, participe au Monument de la Pointe de la Grave ;
En 23 exécute celui de Guynemer ;
En 24 les sculptures et verrières de « l'Intransigeant » ;
En 25 le bas-relief des Métiers pour la porte d'honneur de l'Exposition ;
En 26, le fronton de scène du Théâtre de la Michodière ;
En 27, le Christ en verre pour la chapelle de « l'Ile-de-France » ;
En 34, le buste d'Alain ;
En 36, Christ en bronze pour l'abbaye de Saint-Benoît-sur-Loire ;
En 38, Grand vase pour le Pavillon de France à l'Exposition de New York ;
En 40-44, recherches de l'emploi de terres à briques de Sologne qui aboutiront au « Porche des Béatitudes » à Montargis ;
En 50, porte de verre de la Monnaie en collaboration avec Jacques Dumond.
Henri Navarre, sociétaire du Salon d'Automne et de la Société des Artistes Décorateurs dont il est vice-président, est membre du Jury de l'École Supérieure Nationale des beaux-arts, du concours de Rome du Conseil supérieur de l'Enseignement des beaux-arts. Il est Officier de la Légion d'honneur depuis 47. Orfèvre, verrier, graveur en médailles et sculpteur Henri Navarre est, à sa manière un homme de la Renaissance : un artiste complet. Bien qu'il soit d'une culture peu commune et attiré par la Philosophie de l'art.
« Les entretiens chez le sculpteur, » d'Alain ont été écrits après les séances de pose, il y a chez cet artiste un goût artisanal pour la matière, pour le métier. « Tout part des mains », affirme-t-il.
A ses conceptions esthétiques il faut des moyens d'expression logiques obtenant du support : bronze, verre, pierre ou terre à briques, la concordance sensible avec l'idée et c'est en sculpteur qu'il signera les vases en verre dont s' honorent maintes collections.
C'est ainsi que médailleur il a renoncé à la réduction mécanique de la maquette en plâtre pour revenir à l'ancienne gravure directe en creux du « coin » d'acier et qu'il a imaginé ses sculptures en verre, non point taillées mais estampées, telles des céramiques dans le moule.
En jouant de toutes les incidences créées par la matière fluide, vivante, il obtient des zones brillantes, des éclats de transparence ou une matité rugueuse qui font de chacun de ses masques, de ses torses et en particulier du grand Christ de l'Ile de France une oeuvre dans laquelle la pâte du verre et le feu collaborent intimement avec la volonté créatrice de l'artiste.
Expérimentateur toujours en éveil, c'est à la suite de l'exécution d'une peinture murale, variation sur les Ballets de Diaghilev, qu'il adapte la couleur à la forme et reconnaîtra que la polychromie, renouant ainsi avec une tradition séculaire, est la Plus haute expression en cet art.
Qu'il travaille ou conçoive en verrier ou en sculpteur Henri Navarre affirme une étroite dépendance, conséquence de sa formation première, avec l'architecture : « Pas plus que le fruit ne peut naître loin de l'arbre, prendre forme et saveur hors des branches et du climat des feuillages, la sculpture ne peut être, avoir vie et esprit, sans venir de source de l'architecture ».


NOLL Alexandre

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Alexandre Noll est né à Reims le 19 mai 1890 de parents alsaciens. Après des études secondaires il fait du tissage à Reims puis, bien qu'il ait toujours marqué un goût très vif pour le dessin, il devient employé de banque.
Son service militaire est suivi par la guerre qu'il fait dans l'armée serbe, en Orient, d'où il rapporte d'innombrables croquis. A son retour il entreprend de travailler le bois avec lequel la gravure l'avait déjà familiarisé. De 1920 à 25 il tourne des manches d'ombrelles et de parapluies, fait des pieds de lampes gravés... Mais en même temps commencent ses recherches personnelles. A l'Exposition Internationale de 25 il présente des laques gravées puis expose aux salons d'Automne et des Artistes Décorateurs et présente régulièrement, depuis 27 ses œuvres à « La Cremaillere ». Dès 1935 s'annonce, avec des coupes, plateaux, pichets, son œuvre de sculpteur.
Il participe à l'Exposition de 37, prend une part importante au Salon des Décorateurs de 39. En 43 ses premiers meubles sont présentés à la Compagnie des Arts Français. Depuis 1946 il expose aux Salons des Réalités nouvelles et cette même année chez Colette Allendy.
En 47 première exposition particulière, à la Pyramide, rue d'Artois, meubles et sculptures ; suivi d'une à la Gentilhommière ; 1950 participe à la Triennale de Milan, au Salon des Artistes Décorateurs, est invité à l'Exposition Il La sculpture de Rodin à nos jours ", à la maison de la Pensée Française et, au Pavillon de Marsan, à celle des Il Arts de la Table " avec une importante participation au stand de Jacques Adnet . A pris enfin part, depuis 1950à de nombreuses expositions à l'étranger : Munich, Madrid, Vienne, Londres, Varèse, etc.
Alexandre Noll a fait du bois son unique moyen d'expression. Rien ne semblait l'y préparer si ce n'est une compréhension instinctive. Parce qu'il aime le bois, en subit le pouvoir magnétique, il en respecte la force élémentaire et peu à peu sa technique et son art prennent le caractère d'un culte exclusif, auquel participent la main qui taille, sculpte, poli le bois et l'esprit qui conçoit et organise les formes.
Pour atteindre à l'audacieuse liberté d'expression des objets, des meubles et surtout des sculptures il fallait d'abord que Noll parvint à cette virtuosité, moyen et non fin, qui le rendit maître de la matière. Les obscurs travaux que la nécessité l'obligea à entreprendre, à ses débuts, le rompirent à toutes les difficultés Sans aucune connaissances du métier ni des outils il fit lentement son apprentissage et apprit ainsi à découvrir les vertus, les beautés, les réactions des différentes essences. bois rustiques de nos vergers ou précieux des forêts tropicales.
il les traite, dès lors, avec une sorte de ferveur faite de connaissance et d'amour. Les premiers objets-plateaux, coupes, Pichets voire boîtes et salerons sont déjà sculptures en puissance et pour réaliser ses meubles, taillés à mêmes billes et Plateaux, aux assemblages organiques, sans colle ni aucune adjonction de métal, inspirés par la logique constructive de la nature, Noll ne connaît d'autres lois qu'une entière soumission à cette force qui jaillit de la terre, dont inlassablement il cherche à exalter la secrète beauté. L'art de Noll est à la fois objectif et abstrait toute son œuvre répond à une nécessité d'ordre spirituel.
elle matérialise les mystérieux cheminements d'une pensée hantée par les problèmes philosophiques. pour s'exprimer Noll a inventé des signes, des rythmes, des volumes, des oppositions de pleins et de vides, des enroulements sans fin auxquels le bois prête sa réalité formelle.


OLD Maxime

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

Maxime Old est né le 13 décembre 1910 à Maisons-Alfort. Après quatre années passées à l'École Boulle, il entre chez Ruhlmann où il restera jusqu'en 1934.
Ancien vice-président de la Société des Artistes Décorateurs, ancien professeur de décoration au Centre Art et Technique de l'Union centrale des Arts Décoratifs, Maxime Old est professeur de décoration à l'École Normale Supérieure de l'Enseignement technique et chargé de cours à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Maxime Old a exposé au salon des Artistes Décorateurs depuis 1935, aux salons d'Automne, de la Société Nationale des beaux-arts et aux Arts Ménagers. A l'Étranger, à Lisbonne en 49, à Copenhague et au Venezuela en 50, à New York en 52.
Il A remporté diplômes, médailles d'or et prix. Le Mobilier National lui a commandé des ensembles mobiliers pour l'Hôtel de Ville et le Ministère des Finances, pour l'Ambassade de France à La Haye et pour la Légation d'Helsinki. Il a collaboré à l'aménagement des paquebots « Atlantique », « l'Ile de France », « Liberté », « Ville de Marseille », « Flandre », « Antilles ». Il a exécuté le bureau du Directeur général des Établissements Schneider & Cie, la salle du Conseil et les bureaux de direction de la Régie Autonome des Pétroles, différentes salles et bureaux de la Chambre Syndicale de l'Ameublement et d'une maison de Champagne, à Épernay ; pour la Compagnie Paquet, l'Hôtel Marhaba, à Casablanca et dans le même temps de nombreuses installations privées.
Maxime Old fils et petit-fils d'ébéniste, ancien élève de l'Ecole Boulle aime le bois et conçoit ses meubles. dépourvus de tous décors ou ornements, en sculpteur. Il a appris à connaître les secrets du beau métier et sait jouer de la valeur expressive d'une technique habile.
Auprès de Ruhlmann, dont il a su retenir l'admirable et exemplaire leçon, il a compris la nécessité première d'un fonctionnalisme qui doit se faire oublier par la pureté des formes, la sensibilité des galbes. Il a le goût d'un certain raffinement : listels de bronze doré, serrures, Pieds ou sabots de métal qui, tout en soulignant les rythmes constructifs, déterminent une élégance, une préciosité discrète. Fidèle à une tradition dont il apprécie les vertus.
Maxime Old étudie et réalise volontiers de petits meubles coiffeuses, bureaux de dame aux multiples et charmantes combinaisons, travailleuses, lutrin, répondant à des conditions précises de rangement ou de présentation pour lesquelles il trouve des solutions rationnelles, ingénieuses et aimables. Mais technicien du meuble il le conçoit rarement, à part ces exceptions particulières, isolément mais en rapport avec les Pièces dont il ordonne l'architecture intérieure en réservant Place aux tableaux, tapisseries, objets qui en humanisent l'ambiance.
S'il a le goût du beau bois, de meubles très composés correspondant, nous pensons à certain bureau directorial, à une noble importance exigée par l'usage, Maxime Old s'intéresse aussi volontiers à des problèmes exceptionnels mais aussi complexes : ceux de l'exécution en série de meubles pour un hôtel, en cours de réalisation à Casablanca, où s'exprime dans un domaine tout à fait différent, son attirance pour les solutions rationnelles que, là encore, il marque d'un sens pratique nuancé d'inventive fantaisie.


PASCAUD Jean

Un des Meilleurs Décorateurs du XXe siècle
Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954
Jean Pascaud est né à Rouen le 25 janvier 1903. Il est Ingénieur des Arts et Manufactures et licencié en droit.
Malgré une formation de base d'orientation technique et juridique, il s'oriente dès sa sortie de l'Ecole vers les arts appliqués et réalise ses premiers travaux sous la direction d'Auguste Bluysen à l'époque, Président de la Société des Architectes Modernes.
Sociétaire du Salon d'Automne, de la Nationale des Beaux-Arts et des Artistes Décorateurs, il prend part à leurs manifestations mais surtout expose régulièrement depuis 1931 au Salon des Artistes Décorateurs puis aux Arts Ménagers. Grand Prix à l'Exposition Internationale de 1937, il participe à toutes les grandes expositions à l'étranger. En dehors d'ordonnances architecturales et décoratives, il convient de citer parmi les œuvres de Jean Pascaud, le monument de la Place de Landhaus à Insbrock (45-48) et celui du Col de l'Arlberg (46). Jean Pascaud a exécuté le bureau de M. Jean Zay et le Salon d'attente au Ministère de l'Education Nationale en 38, puis ultérieurement des travaux personnels pour ce même ministre.
Il a reçu des commandes de la Ville de Paris exposition de 37 - et pour le Mobilier National en 44, 46 et 48 ; d'importants travaux lui ont été confiés en 38-39, puis continués en 50-51 par l'Administration de la Caisse Autonome d'Amortissement ; pour les Légations de Suède, de Tchécoslovaquie et l'Ambassade de France au Mexique ; depuis 51 pour le Haut-Commissariat de France en Sarre et au Château de Rambouillet l'aménagement de la Tour François 1er ; il a en outre réalisé l'Architecture intérieure de la Compagnie Saint-Gobain pour son nouvel immeuble de l'avenue Matignon.
Enfin en dehors de nombreuses installations privées Jean Pascaud a collaboré à l'aménagement de différents paquebots : " Normandie ", " Pasteur " et récemment " LAOS " et a exécuté la décoration intérieure de six pétroliers. Jean Pascaud est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1952. Grâce à sa formation initiale, Jean Pascaud aborde les problèmes auxquels il consacre depuis Plus de 20 ans ses activités sous un angle particulier avec une singulière indépendance d'esprit.
Bien qu'il apporte tous ses soins à la création des meubles, c'est l'ordonnance architecturale qui d'abord l'intéresse. Il collabore continuellement avec les architectes et c'est en fonction de l'espace et des volumes qu'ils doivent animer ou servir, qu'il compose les éléments mobiliers et décoratifs. Ses bureaux, meubles d'appui ou commodes, dépouillés, rectilignes, d'une rigueur volontaire, de formes assez massives mais logiquement équilibrées, demandent à des raffinements d'exécution, ou à un judicieux emploi de couleurs pures, une somptuosité de bon aloi. Jean Pascaud aime à rompre l'uniformité des grandes surfaces Planes de bois généralement précieux et sombres, par des jeux de fond, fins réseaux géométriques voire incrustation de cuivre d'un libre et très moderne graphisme inspiré par la savante technique à laquelle l'ébéniste-sculpteur Boulle a donné son nom.
Bien qu'il ait surtout réalisé des installations de luxe, le problème du meuble de série, dont il a présenté un important ensemble au Salon des Arts Ménagers de 1954, retient son attention, et c'est en Ingénieur autant qu'en Décorateur que Jean ,Pascaud s'efforce d'y apporter des solutions valables des doubles points de vue de l'esthétique et de la réalisation industrielle.


PICART LE DOUX Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 8 Novembre 1954

Jean Picart Le Doux, né à Paris le 31 janvier 1902, n'a reçu aucune formation professionnelle spécialisée : après quelques cours suivis dans des académies privées, il fait ses débuts dans la reliure et l'édition.
En 1933 il abandonne l'édition pour les Arts graphiques et la publicité. Il expose ses premières oeuvres en 1935, à la Galerie Billiet-Vorms et jusqu'en 1940, étendant dans ce domaine ses activités, participe à différentes manifestations et obtient, au Salon de l'Imagerie, le 1er Prix de l'Affiche de théâtre. La rencontre en 1940 avec Jean Lurcat fut pour lui déterminante : il s'intéresse dès lors passionnément au renouveau de la tapisserie sans toutefois renoncer aux arts graphiques, et exécute en 1944, pour Leleu, ses premiers cartons (décoration du paquebot le « La Marseillaise », et, en 1946, prend part à la grande exposition du Musée d'Art Moderne.
En dehors d'expositions particulières à Paris, ( Galerie de France, 1950 ) à Lausanne et à Zurich, Jean Picart Le Doux participe à toutes les présentations de groupes en province et à l'étranger aussi bien qu'aux Salons des Indépendants, d'Automne et des Artistes Décorateurs.
Vice Président de l'Association des Peintres cartonniers, membre du Comité de la Société des Artistes décorateurs, du Salon d'Automne, de l'Union des Arts Plastiques et du Conseil d'administration de la Maison de la Pensée française, Jean Picart Le Doux a reçu d'importantes commandes de tapisseries pour la Chambre de Commerce de Paris, la Compagnie générale transatlantique, les Messageries maritimes, la Fondation Salomon de Rothschild, le Lycée français à Lisbonne.
Quelques-unes déjà de ses tapisseries ont été acquises par le Musée d'Art moderne, le Mobilier National, la Manufacture des Gobelins et l'une d'elles, le « Cérés » par l'Etat Polonais.
Bien qu'il se soit, comme tous les cartonniers et artistes qui participent, à la suite de Jean Lurçat, à l'actuelle renaissance de la tapisserie, scrupuleusement soumis aux contraintes de la technique traditionnelle des hautes époques, gros point, nombre restreint de tons purs et solides, optique essentiellement monumentale, la personnalité de Jean Picart Le Doux, ses goûts, son imagination, sa sensibilité, apparentent davantage ses oeuvres aux « Nobles pastorales », aux poétiques et apaisantes scènes de la « Vie seigneuriale » conçues et réalisées dans les ateliers des bords de la Loire qu'à l'admirable mais fabuleux bestiaire du Moyen Age.
Il semble que l'artiste, marqué par ses recherches graphiques y ait gagné un sens exceptionnel de la composition, de la « mise en page », allant parfois jusqu'à un certain dépouillement linéaire qu'adoucit la chaleur de la fibre laineuse et l'harmonieux accords de tonalités rares.
Les fleurettes, les herbes stylisées animent des fonds curieusement scandés de points blancs où, sorte de marque personnelle, presque toujours se cache discrètement la grâce d'un oiseau familier, Ce style si caractérisé admet, tout en préservant ses éléments essentiels, une grande variété de thèmes. Personnages uniques : « L' Hiver », « le Dieu marin », « l'Arlequin » centrés au milieu d'un foisonnant décor d'arbres dépouillés, d'algues ou de feuillages ; certaines compositions cèdent à une inspiration Plus intellectuelle et c'est « Cosmogonie », avec ses grandes Plages de silence rythmées par la lettre ; ce sont de somptueuses et denses natures mortes : « Les nourritures terrestres », « la Musique » ou « le Jardin à la française », d'un noble classicisme, la fantaisie féerique et architecturale de « Paris », l'inoubliable poésie de « Neiges » ou le joyeux frémissement d'ailes de cette tenture aux grâces primitives et d'une mélodieuse harmonie « les Oiseaux s'envolent ».


PIERRE André-Louis

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

André-Louis Pierre est né à Chartres, le 9 août 1905. Licencié es lettres, diplômé de l'Institut d'Art et d'Archéologie, de l'Ecole du Louvre, ancien élève de l'Ecole des Chartes, élève de l'Ecole pratique des Hautes Etudes (sciences religieuses, art chrétien, iconographie et liturgie), décorateur peintre verrier et mosaïste, agréé des Beaux Arts, attaché à la Restauration des Monuments Historiques, vice-président de la Société des Artistes Décorateurs, il participe, depuis 1942, à ses salons. Il avait exposé depuis 1924, au Salon des Indépendants.
Pendant la guerre à la Nationale des Beaux-Arts et en 1911 au Salon d'Automne. C'est de 1922 à 1928, à Chartres, dans l'atelier de Lorin, chargé de la restauration des vitraux de la Cathédrale qu'il a commencé d'apprendre le métier ; de 1928 à 1930, il travaille chez Barillet ; de 1931 à 1934, chez Gaudin, puis prend son indépendance et organise, après la Libération, son propre atelier.
De 1928 à 1930, il exécute à la Basilique Notre Dame de Lorette, mosaïques et fresques ;
en 1930, à Hénin Liétard, il fait ses premières réalisations en dalles de verre et ciment ;
de 1934 à 1939, il réalise les vitraux du Monastère des Franciscaines, rue Marie-Rose, à Paris ;
en 1938, de la Cathédrale Sainte-Catherine, à Alexandrie ;
en 1944, l'Etat lui confie ceux des chapelles Saint-Joseph à Montrouge et Saint-Jean à Cachan.
Il a exécuté de nombreux ensembles de mosaïques, peintures, fresques et vitraux pour les Monuments Historiques. Entre autres pour l'église de Saint-Pierre et Saint-Paul à Montdidier, à Saint-Nicolas-du-Port, à Damvillers, Beaugency, Blamont, Zetting, enfin toutes les verrières de la Basilique des Pères du Sacré-Cœur à Issoudun.
Professeur d'histoire et des techniques d'art à l'Ecole supérieure des Travaux publics, membre du Conseil supérieur des Beaux Arts au Ministère de l'Education Nationale, André Pierre est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1952.
L'art du peintre verrier requiert les connaissances les plus étendues et les Plus complexes.
De toute évidence il doit se familiariser avec les exigences liturgiques et, pour alimenter son inspiration, même dans le cas fréquent où les grandes étapes du thème sont imposées par le clergé, l'artiste doit pouvoir les animer de tous les épisodes de l'Ancien et du Nouveau Testament sans oublier les trésors poétiques de la Légende dorée.
Mais il doit surtout connaître les ressources techniques, matérielle, d'un art dont les innombrables chefs-d'œuvre constituent une somme de principes essentiels.
Quelle que soit la liberté d'écriture, d'interprétation des thèmes traités cet art est dominé par des lois auxquelles le peintre-verrier doit humblement se soumettre qu'il réalise lui-même, ou confie à un technicien, l'exécution de son carton. C'est parce qu'homme de métier, André Pierre en a étudié, par la restauration des vitraux anciens, les secrets manuels et spirituels, qu'il sait demeurer dans l'authentique tradition.
La tenue générale d'une verrière est le résultat d'un certain équilibre entre l'échelle des morceaux de verre la constituant. Cet équilibre est fonction également des données d'éloignement, d'éclairage, d'orientation, en un mot des dispositions architecturales dans lesquelles la verrière s'intègre. Figuratif ou abstrait, religieux ou civil, un vitrail peut répondre, quel que soit son sujet à sa mission de paroi translucide et il apparaîtrait logique qu'une Place importante lui soit réservée, comme à la tapisserie et à la fresque, dans l'architecture contemporaine.
Le petit vitrail, inspiré par Rimbaud et destiné à une bibliothèque, qu'André Pierre avait présenté au Salon des Décorateurs de 1947 témoignait de façon intéressante, et riche en possibilités de toutes sortes, de son éventuel retour dans nos demeures privées.


POILLERAT Gilbert

Texte extrait de la revue Images de France N° 98 de Juillet 1943

IL faut quelquefois remonter aux sources mêmes des êtres pour définir l'orientation de leur art.
Nul doute que Gilbert Poillerat Décorateur-Ferronnier, né à la limite de la Beauce et de la Sologne, n'ait gardé des rapports avec l'aimable climat tourangeau.
Son oeuvre nous découvre sa sensibilité, ses goûts, puisés sous un des plus beaux ciels de France.
Sa voix tranquille nous fait entendre l'écho des plaines où court le ruban azuré de la Loire.
Rien de heurté dans le travail ni dans l'homme, Bien au contraire, une harmonie entre l'artiste et l'oeuvre.
Après l'école Boulle, d'où il sortit en 1921, et huit années passées chez Brandt tout jeune encore, ce qui veut dire dans la meilleure force de l'existence, le voici classé au premier rang des praticiens du fer.
Pourtant, ce n'est qu'après s'être consacré à la ciselure et à la peinture qu'il se passionna pour cet art. Demandez-lui le style qu'il préfère dans l'ornement du fer, Il vous répondra :
Le XVIIe siècle, car c'est l'époque qui animait les plus beaux ouvrages de ferronnerie. Un simple balcon, une rampe d'escalier portaient la marque de l'élégance et de l'esprit français.
C'est dans cet ordre que Gilbert Poillerat conçoit ses oeuvres, Les arabesques de ses balustrades l'ont fait connaître au public. Elles sont, comme une écriture ailée, traversées de souvenirs et de douces visions de l'enfance.
Ses hauts vantaux de bronze, décorés de motifs robustes et gracieux, tournent sans secousse.
On passe des heures à regarder ses dessins précis, ses recherches de chaque jour, dont nous regrettons qu'une partie aussi infime ait été réalisée.
C'est en examinant ces graphiques que l'on comprend le travail du créateur. L'escalier, la porte, le lampadaire, la table, Gilbert Poillerat les éclaire en décidant de leurs formes et de leurs volumes, car il ajoute à son art de décorateur les connaissances techniques de la forge.
Il est en effet essentiel que les plans soient cotés au millimètre, donnant tous les détails de construction de chaque ouvrage. La perspective, l'épaisseur, qui dans chaque dessin graphique échappent à l'oeil du profane, sont indiqués par des chiffres auxquels doivent se conformer le chef d'atelier et, sous ses ordres, les ouvriers ferronniers.
Ce travail du ferronnier proprement dit est sensiblement le même dans une grosse firme métallurgique. comme celle qui édite toutes les oeuvres de Gilbert Poillerat, et chez l'artisan ferronnier, bien que celui-ci ne possède pas le matériel indispensable à l'édition des grands ornements d'architecture.
Les barres, les profilés arrivent des laminoirs à l'usine, cette cité vibrante de martelage où les hommes, méthodiquement, rabattent, cintrent, percent, tournent, soudent à l'aide de puissantes machines actionnées par l'électricité. Là, les scieuses tranchent d'énormes barres de fer avec la même facilité que s'il s'agissait d'un vulgaire madrier.
POILLERAT Gilbert
Décorateur Ferronnier, il excelle dans l'Art de la ciselure des médailles
Texte extrait de la revue Images de France N° 98 de Juillet 1943
C'est dans ce domaine que, depuis 1918, explique Gilbert Poillerat, l'outillage des industries mécaniques a permis des réalisations audacieuses, surtout dans la ferronnerie de bâtiment ; car un édifice construit avec des moyens perfectionnés monte en quelques mois et doit suivre la cadence accélérée du chantier.
Est-ce à dire que l'art de la ferronnerie est plus spécialement appliqué au bâtiment ? Nous ne le pensons pas. L'architecture moderne semble de plus en plus repousser les ornements de fer forgé et, à part les imposantes portes des musées et des immeubles de sociétés de capitalisation, nous ne voyons que très rarement des constructions nouvelles pourvues de balcons et de rampes d'un dessin délicat.
Il semble que ces ornements restent l'apanage d'hôtels particuliers, de studios d'artistes, de maisons de campagne qui cherchent dans le raffinement une parure, un style.
Trouvera-t-on jamais un style neuf et durable qui réponde vraiment au goût français ?
Lorsqu'on songe à tous les essais, à ces unions mal assorties entre le ciment et l'ornement de fer, on aime à se reporter à la valeur sans égale des demeures anciennes où le balcon, la terrasse, la rampe ajoutent les prunelles de l'intelligence au visage de la pierre.
Cela revient à dire que bien souvent l'artiste est tributaire de l'architecte qui ordonne la décoration de l'édifice qu'il construit.
Suivons seulement aujourd'hui le Maître ferronnier.
Ses dessins nous prouvent jusqu'où peut aller sa conception toujours en éveil. A côté des ornements d'une maison, d'une église, d'un musée, voici des enseignes exposées au Salon de l'imagerie.
A l'extrémité de la potence se balance la gerbe mûre, sous laquelle est suspendu un croissant doré, qui invite à entrer chez le boulanger. Le cochon de lait de la charcuterie parle à qui veut entendre, et la marmite entourée de flammes signale le restaurant corporatit.
Les médailles, dans lesquelles Gilbert Poillerat excelle, avec tout l'art délicat de la ciselure montrent une autre partie de la diversité de son talent , sans oublier la peinture et les dessins de paysages de Touraine qui, dans la précision du détail, du trait, nous font refermer le cycle à son point culminant : la Ferronnerie.
Ces artisans, que nous avons nommés plus haut en parlant de l'usine, exécutent dans leur atelier, sur des plans donnés, des oeuvres d'égale valeur.
Dans un hangar où jaillissent les flammes de la forge, en quelques instants la barre de fer est devenue malléable. L'artisan qui la tient sur l'enclume modèle un feuillage, une biche, un pilastre.
Il ne faut pas moins de cinq années pour acquérir la sûreté de main d'un bon ouvrier. Il faut savoir conserver sa souplesse au fer tourmenté par le marteau, éviter l'écrasement de la barre en dehors de la partie à travailler, ou bien, s'il est nécessaire, prendre cette barre à deux mains et la tasser violemment alors qu'elle est encore rougeoyante.
Mais s'il se sert encore aujourd'hui des mêmes outils qu'un forgeron de l'Empire, l'artisan ne dédaigne pas l'aide du marteau-pilon électrique, qui remplace deux hommes tapant à tour de rôle, ni la soudure à l'arc ou à l'autogène.
Ce métier de Ferronnier-artisan est sans doute un peu abandonné actuellement. de même que se trouve isolée la situation du créateur, seul ornemaniste d'une époque éprise de nudisme et de pauvreté. Mais ceci n'implique pas un retrait de cet art appliqué. Il suffit pour que revivent les belles périodes du fer forgé de n'admettre aucune routine, aucune monotonie.
Le Fer ne demande pas à être un accessoire, c'est un ornement.


PONS Geneviève

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 9 Decembre 1955

Geneviève Pons est née le 21 septembre 1924. Entrée en 1941 à l'Ecole nationale supérieure des Arts décoratifs elle en sort en 1944 avec le Diplôme de fin d'études.
Elle a passé deux années, de 1944 à 1946 au Centre d'art et technique du Musée Nissim Camondo.
De 1946 à 1948 elle travaille à l'Atelier Primavera, des Magasins du Printemps, dirigé par Colette Guéden. Après un voyage aux Etats-Unis elle fait un stage d'une année à Ottawa, dans un grand magasin. De retour à Paris, elle s'installe à son compte et en mars 1952, elle est appelée à diriger « La Maitrise » des Galeries Lafayette, et à organiser un département de vente de meubles et objets créés et sélectionnés à cet effet.
Geneviève Pons qui a réalisé des installations privées a reçu diverses commandes du Mobilier national.
Membre de la Société des Artistes Décorateurs elle a participé à ses salons depuis 1947 et y a reçu, en 1948 le Prix Plumet, pour sa chambre d'enfants et différentes plaquettes de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie. Geneviève Pons a exposé depuis 1952 aux Salons des Arts ménagers.
Geneviève Pons affronte avec sa jeunesse et une évidente expérience, les problèmes de la maison, sous leur aspect le Plus actuel, Elle est la décoratrice des jeunes foyers qui doivent s'organiser, presque toujours dans un espace limité, avec un minimum de moyens et elle utilise avec goût et ingéniosité les moyens d'expression que lui offrent la science et la machine d'aujourd'hui et ceux de l'artisanat d'autrefois toujours vivace et propre à adoucir la rigueur des productions industrielles.
C'est ainsi qu'elle allie les tubes métalliques aux fibres et lianes lissées. Elle oppose volontiers les bois de pays de colorations différentes, frêne et noyer, auxquels elle adapte de rustiques garnitures de paille naturelle ou teintée de tonalités vives. Si la salle de séjour aux multiples utilisations lui inspire d'amusantes et pratiques dispositions, le domaine de l'enfance, depuis la nursery jusqu'aux chambres à deux lits, curieusement superposés et dont l'accès par une échelle perchoir a l'attrait d'un jeu, compte parmi ses meilleures réussites.
Bien qu'elle ait eu l'occasion de réaliser des ensembles mobiliers à destination particulière et précise elle s'ingénie surtout à composer des modèles de meubles pour l'exécution en série et conçus en fonction des nécessités actuelles : Canapé-Divan, Coiffeuse-Bureau, Banquettes-Lits, Tables-Portefeuilles, Etc.
Toutes ces combinaisons rationnelles savent garder une grâce aimable, juvénile. Des revêtements muraux ou de légères cloisons en lattes de frêne ou d'ormeau, des poteries, des tissages à la main, des meubles ou objets en vannerie prouvent, avec une singulière aisance que la fabrication mécanique et le travail artisanal peuvent concourir simultanément à l'agrément du foyer.


PRE Maurice

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

Maurice Pré, né à Paris le 22 mai 1907, a reçu l'enseignement technique de l'Ecole Boulle dont il sort en 1924 pour entrer chez Ruhlmann où il restera jusqu'à la mort de ce dernier, c'est-à-dire huit années. Il part alors pour la Suisse où il travaille avec l'architecte Laverrière . A son retour à Paris, en 1934, il exécute en qualité de décorateur, d'importants travaux avec les architectes Patout, Démaret et Porteneuve.
A partir de 1935, il prend son indépendance, présente des ensembles mobiliers à L'exposition Internationale de 1937 et expose aux Salons des Artistes Décorateurs, d'Automne, de l'Imagerie et des Arts Ménagers. La guerre, puis un nouveau séjour en Suisse, interrompent son activité à Paris qu'il ne reprend qu'après la Libération. Il participe alors avec quelques camarades à la fondation de l'Union des Artistes Décorateurs Créateurs d'Ensembles U.A.D.C.E dont il est trésorier.
Membre actif de la S.A.D, il en est le délégué auprès de la Confédération des travailleurs intellectuels et auprès du Syndicat de la propriété artistique. En 1946 il succède à René Gabriel à l'Ecole des Arts appliqués et, en 1947 il est nommé professeur de composition à l'Ecole Nationale des Beaux Arts de Nancy. Maurice Pré a réalisé de nombreuses installations publiques entre autres et privées en France, en Suisse, en Italie et aux U.S.A. et a reçu commande, par le Mobilier National, de plusieurs ensembles pour le Palais de l'Elysée.
Maurice Pré, par sa formation à l'Ecole Boulle est un technicien averti et par nature curieux de toutes les ressources offertes non seulement par une connaissance expérimentale du métier mais aussi par les techniques et les matériaux nouveaux qu'il se Plaît à étudier avec leurs spécialistes et créateurs.
Maurice Pré, aux côtés de Ruhlmann, a pris, le goût de la belle ébénisterie, d'un fonctionnalisme humain, et, éprouvé la valeur décorative de formes et de volumes purs, logiquement équilibrés il a su également entendre la leçon des architectes avec lesquels il a collaboré. Il a ainsi acquis des convictions précises auxquelles il entend demeurer fidèle.
Selon lui, il convient, évidemment, de s'adapter à la personnalité de l'usager mais, tout en lui laissant une « initiative dirigée » il faut savoir lui imposer les conceptions de l'architecte décorateur, auquel il s'est confié. Cette autorité persuasive permet à Maurice Pré d'étendre ses activités dans tous les domaines où ses goûts l'entraînent maquettes de tapis, objets de série, appareils de d'éclairage, décoration de faïences et de porcelaines pour la Manufacture de Sèvres enfin même, peintre et dessinateur, il complète parfois, à la demande de ses clients, ses ordonnances intérieures par certaines de ses oeuvres Picturales qui concourent ainsi à l'unité recherchée.
S'il fut un temps le spécialiste de somptueuses salles de bains il n'abandonna pas pour autant les meubles de série et le récent agencement d'un confortable et luxueux living room, dans les sous sols d'un pavillon champêtre, l'intéressa d'autant Plus qu'il posait de multiples et complexes problèmes aussi bien à l'architecte qu'au décorateur.
Quels que soient les cas, Maurice Pré aime à opposer à la difficulté qui l'attire, des solutions apparemment simples.


PRESTON André

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

André Preston est né à Paris, le 4 juin 1892, d'une famille d'artistes : son père était ingénieur-architecte. Doué pour le dessin et ayant tout jeune manifesté un goût pour la décoration, il entre en 1907, comme élève, chez Jémont, grand ébéniste de l'époque où il étudiera et pratiquera toutes les spécialisations du métier ; de l'ébénisterie à la ciselure et à la dorure.
Après son service militaire et la guerre il entre, en qualité de collaborateur, chez le décorateur Robert Poulet, puis dirige la succursale parisienne de Majorelle .
En 1932, il s'établit à son compte et réalise des installations de magasins et la décoration intérieure d'appartements à Paris et de villas en province. Sociétaire des Artistes décorateurs depuis 1926 et secrétaire du Bureau de la Société depuis 1952 il a commencé à exposer aux Salon des Artistes Décorateurs après la Libération et régulièrement à ceux des Arts Ménagers.
L'Etat lui a acheté bahuts et mobiliers de salon et commandé 80 chambres pour le Foyer des Lycéennes du Ministère de l'Education Nationale. Preston a reçu les plaquettes de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie, le Prix des membres honoraires de la Société des Artistes Décorateurs et au Salon des Décorateurs de 1953, axé sur l'hôtellerie, le Prix du Touring Club de France. Il a été en outre membre fondateur de l'Union des Artistes Décorateurs Créateurs d'ensembles.
André Preston a conservé de sa formation première le goût de la belle ébénisterie et des raffinements techniques traditionnels. Il aime les bois exotiques et les bois de pays, de préférence clairs. Il croit à la valeur décorative de la marqueterie mais conçue selon l'esthétique moderne. il enrichit volontiers ses meubles de bronze doré ou oxydé mais lui assigne moins un rôle ornemental que de protection. listels, sabots, entrées de serrures, etc. Bien qu'il soit convaincu de la nécessité pour le décorateur, d'intervenir dans l'ordonnance architecturale de la demeure et qu'il conçoive ses meubles en fonction de cette ordonnance, il aime le meuble pour lui-même et entend lui conserver sa valeur individuelle et d'œuvre d'art.
Si par goût Preston préfère les meubles de qualité voire de luxe, parfois recouverts de tapisserie dont les cartons lui sont fournis, aussi bien que ceux des tapis, par Mme Preston, le problème du meuble de série l'intéresse et il a donné tous ses soins à la réalisation en équipe - avec Jacques Dumond, Lesage, Caillette et Hitier des chambres pour le Foyer des Lycéennes. Depuis la couleur des murs, les meubles, jusqu'au choix des tissus, ils ont conçu tous les éléments de ces chambres « fonctionnelles » mais ils ont tenu à créer - malgré l'économie des moyens - une atmosphère harmonieuse, colorée, aimable qu'André Preston estime primordiale, dans l' œuvre du décorateur, quelle que soit la rigueur ou la somptuosité du problème à résoudre. Traditionnel dans ses goûts, Preston apprécie les matériaux synthétiques et les techniques nouvelles qui souvent simplifient le travail, sont économiques et concourent à l'agrément et à la solidité du meuble.


PRINTZ Eugène

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

Eugène Printz, né à Paris le 1 er juin 1889, n'a reçu aucun enseignement scolaire spécialisé. C'est dans l'atelier de son père, Faubourg Saint-Antoine, atelier dont il prendra la direction à la mort de ce dernier, qu'il apprit, en exécutant des copies de meubles anciens, tous les secrets du métier.
A partir de 1920, il commence des recherches d'ordre moderne. A l'Exposition Internationale des Arts Décoratifs de 1925, où il expose avec Pierre Chareau, se situent les premiers débuts de son œuvre personnelle. A partir de 1926, il expose aux Salons des Artistes Décorateurs, d'Automne et des Tuileries ; en 1931, à l'Exposition Coloniale, il présente le bureau du Maréchal Lyautey ; à l'exposition de 37 il participe au Pavillon des Artistes Décorateurs et organise l'éclairage au Pavillon de la Lumière.
Printz, qui a reçu de nombreuses commandes du Mobilier National et de la Ville de Paris, a des meubles dans les musées d'Art Moderne et des Arts Décoratifs. Il a réalisé d'importants ensembles mobiliers pour l'Amérique, le Mexique. l' Angleterre et la Belgique ; il a, d'autre part, aménagé les appartements privés de la princesse de La Tour d'Auvergne au Château de Gros-Bois et les bureaux personnels de Jeanne Lanvin à Paris.
Très intéressé par le luminaire, lustres, torchères, éclairage indirect - il a travaillé à ce titre pour les peintres Marquet et. Enfin, en dehors de ses activités d'ensemblier, il a conçu pour Louis Jouvet, des décors de théâtre, en particulier pour « Domino » et « Jean de la Lune ». Eugène Printz, qui était Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1937, est mort à Paris, le 27 mars 1948.
Eugène Printz n'était pas seulement un parfait technicien du meuble, il en avait le culte et dès sa jeunesse il se familiarisa, par de constantes visites dans les musées, avec les chefs-d'œuvre anciens qui déterminèrent sa vocation. Pour lui le meuble était un objet de luxe digne des Plus beaux matériaux, des Plus savants raffinements. Il le voulait en même temps bon serviteur de l'usager et se Plut à inventer toutes sortes de combinaisons ingénieuses, inattendues et pratiques.
S'il usa des bois exotiques les plus rares, et aussi du palmier, rehaussés de bronze doré, patiné, incrustés de précieux émaux de Jean Serrière, de grands panneaux d'argent, de cuivre délicatement travaillés par Jean Dunand ou entièrement recouverts de laques de Chine par ce même artiste - dont le fils Pierre Dunand, continuera la collaboration - fidèle à une tradition de belle ébénisterie inlassablement expérimentée, tous ses meubles étaient intérieurement gainés de sycomore, soyeux et lisse, comme un satin.
Il recherchait particulièrement les volumes élégants, parfois chantournés, de meubles qu'il aimait à présenter sur un piétement de métal aux savantes volutes. Les sièges, les vitrines, les petits meubles furent pour lui objets de constant intérêt. Et si toutes ses œuvres étaient exécutées dans son atelier par des artisans spécialisés, il établissait toujours lui-même, à grandeur, avec tous les éléments décoratifs, la première maquette.
Il concevait d'ailleurs l'ordonnance architecturale destinée à recevoir ses meubles et dessinait aussi bien les cartons de précieux tapis ciselés. Passionné pour son métier, pour son art, d'un caractère très personnel, Eugène Printz entendait prévoir jusque dans leurs moindres détails les aménagements intérieurs qu'il organisait avec une fastueuse imagination.


QUINET Jacques

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

Né à Lisieux le 5 avril 1918, Jacques Quinet, après avoir commencé des études d'architecture, est mobilisé en 1940. Depuis 1946, il se consacre définitivement à l'architecture intérieure et à la décoration. A partir de 1947 il participe aux expositions d'Art et Industrie, du Siège au Pavillon de Marsan, du Salon des Artistes décorateurs, puis les années suivantes, à diverses manifestations en France et à l'Etranger. En 1954, il a été chargé par le Ministère de la Marine Marchande, d'organiser la participation de la France à l'Exposition internationale de la Navigation à Naples où ses réalisations obtinrent un diplôme d'honneur.
En 1950, la Compagnie des Messageries Maritimes lui confie l'architecture du paquebot « La Bourdonnais » et, en 1954, celle des cargos « Godavery » et « Moonie ».
Il a réalisé d'importants travaux pour le siège, rue de Varenne, et pour le centre du Bouchet de l'Énergie atomique, les bureaux d'un des délégués de l'O.E.C.E. ; les colonies de vacances de Oye Plage et de Saint Cergues les Voirons pour la Société Louvroil Montbard Aulnoye et la polychromie et l'architecture intérieure de la Société des Eaux d'Evian.
En collaboration avec l'architecte Louis Aublet, il a aménagé le Siège des Potasses d'Alsace à Paris et, avec l'architecte Novarina, le nouveau théâtre d'Evian, la polychromie d'immeubles collectifs à Pont Audemer et de l'Ecole d'Illeville, avec Novarina encore, il travaille à la décoration intérieure de l'église d'Alby sous Chéran et, en collaboration avec Benzène, Ubac et Chagall, à celle de l'Église de Villeparisis.
A côté de sa participation en qualité d'architecte d'intérieurs et de décorateur à d'importants travaux où les problèmes de la couleur et de son rôle fonctionnel prennent une grande place, Jacques Quinet a organisé l'ameublement de nombreuses installations privées en France, en Amérique et en Iran et s'intéresse tout particulièrement au meuble.
Il aime la belle ébénisterie et s'efforce de donner à ses meubles une harmonie de rythmes et de volumes voire des raffinements ornementaux décors en bronze sculpté ou ciselé, dans la tradition classique.
Deux de ces meubles, un argentier entièrement gainé intérieurement de chamois et une commode, l'un et l' autre en sycomore, ont été acquis par le Mobilier National. Bien qu'il ait un temps étudié des modèles de meubles pour l'exécution en série, Jacques Quinet, par goût est attiré vers le meuble de luxe. S'il aime les bois clairs, délicats, soyeux, il use volontiers de l'acajou de Cuba mais recherche aussi par des revêtements de laques unies, de couleurs douces et graves, de précieux effets de matière. Appelé à collaborer avec des architectes qui conçoivent la demeure, selon l'esthétique et les habitudes propres à des modes de vie nouveaux, Jacques Quinet, tout en restant fidèle aux principes constructifs qu'il considère comme essentiels et dont il ne songe point à renier les sources d'inspiration, se soumet à l'influence de cette ordonnance architecturale, à la fois fonctionnelle, dépouillée et singulièrement exigeante dans ses rapports logiques et affectifs avec les meubles.
Il a été ainsi amené à concevoir ses ensembles mobiliers avec Plus de rigueur et Plus de liberté, tout en réservant à la beauté de la matière ou à des raffinements techniques, un caractère décoratif que l'ornement ne peut Plus assumer.


RENOU André & GENISSET Jean-Pierre

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

André Renou est né le 24 mai 1912 à Perigny sur Yerres (S & O). Il est élève à l'École Boulle où enseignait alors Sognot, de 1926 à 1930 et y étudie particulièrement la sculpture.
Il participe à l'Exposition Internationale de 1937. Entre à la Crémaillère en 1930 et en devient Président Directeur Général en 1941 et depuis cette date travaille en étroite collaboration avec Genisset et leurs activités ne peuvent être dissociées. André Renou, membre du Comité de l'U.A.M., Sociétaire du Salon d'Automne, a été Vice-Président de la Société des Artistes Décorateurs de 1950 à 1953 et chargé de cours, en 1951, à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs.
Jean Pierre Génisset est né le 16 novembre 1911 à Paris. Il a été élève à l'École des Arts Appliqués de 1928 à 1931 et à l'École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de 31 à 34. Il a participé à l'organisation de l'Exposition de Liège en 29, de Berlin en 31, au titre des Écoles de la Ville de Paris. A fait les décors pour « Pauline ou l'écume de mer », de G. Aroux et pour « les oeufs de l'autruche » de Roussin (Théâtre de la Michodière). Membre de l'U.A.M., de la Société des Artistes Décorateurs et du Salon d'Automne, il est entré à la Crémaillère en 1933, où il collabore étroitement avec Renou depuis 41.
Renou et Génisset ont exposé ensemble depuis 1946 au Salon des Artistes Décorateurs, au Salon des Arts Ménagers en 50, 51 (présentation Formica) et 52 ; aux expositions « Preuves » « Les fleurs dans la maison » en 1952 ; ils étalent chargés de la présentation d'une section aux Artistes Décorateurs, et de l'Exposition « Preuves » ; ils ont été sélectionnés pour la Triennale de Milan en 51. L'État leur a commandé (Mobilier National) le bureau pour un ministre ; ils ont réalisé des ensembles mobiliers pour le roi Iben Séoud, aménagé un hôtel et de nombreuses résidences privées à Dakar.
La collaboration de Renou et Génisset est née d'une communauté de goûts, de convictions et de princiPes tendant à la réalisation d'une oeuvre dans laquelle chacun, tout en particiPant à l'ensemble affirme, selon sa formation première, sa personnalité. Renou est le technicien du bois, Génisset le coloriste, imaginatif, s'intéresse plus particulièrement à la présentation. Tous deux sont également foncièrement attachés à l' U.A.M. Ils aiment l'équilibre, la logique et la pureté, La logique, sous entendant un nécessaire fonctionnalisme.
Bien qu'ils aient définitivement répudié le décor, tout juste bon à rompre la pureté des volumes ou à masquer la beauté de la matière, ils cherchent à humaniser leurs oeuvres qu'ils veulent sensibles, animées par des jeux de couleurs et de rythmes.
ils attachent enfin une importance capitale à l'intimité de l'atmosPhère. Ils ont la même attirance pour les matériaux nouveaux : plastiques, formica, rilsan, canage de nylon sans pour autant exclure le métal, la glace ou le rotin. Ils souhaitent enfin, par l'heureux équilibre des proportions et par des raffinements techniques, donner à leurs réalisations un caractère d' humaine authenticité qui leur permette de durer sans se démoder ou vieillir.
Ajoutons que la Crémaillère est devenue une sorte de banc d'essai de l'art décoratif : alliant une curiosité compréhensive à un goût assez audacieux ils ont, alors qu'elles étaient encore peu connues, distingué des oeuvres d'artistes maintenant renommés, Noll, Roulot, Fjerdjigstade, Bakst et tout récemment Jean Colin. Ainsi par leurs propres oeuvres d'abord, par ces apports venus de l'extérieur et par la qualité des présentations réalisées dans les expositions et dans les vitrines de la Crémaillère, Renou et Génisset assument un rôle déterminant dans l'évolution de l'art décoratif d'aujourd'hui.


REVOL Guy Charles

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 115 de Janvier-fevrier 1946

A trente-trois ans, Guy Charles Revol a étudié la sculpture avec bien des maîtres. Leurs différentes techniques, dont aucune ne correspondait complètement à son propre tempérament, ont contribué par leur diversité même à la formation de sa personnalité.
Déjà sa collaboration au pavillon de la France à l'Exposition de San Francisco, en 1939, avait été remarquée. Comme Jean-Denis Maillart, il rêve d'orner églises et palais, mais par d'autres moyens. Peut-être un jour se disputeront-ils les nudités de quelque monu-ment ; aujourd'hui, ils sont unis à la fois par l'amitié, par l'escalier (cet escalier C de l'immeuble du boulevard Malesherbes où Guy- Charles Revol occupe lui aussi un atelier) et par le téléphone qui leur est pratiquement commun, l'atelier de Maillart n'en possédant pas.
En attendant que les circonstances lui permettent de satisfaire ses goûts pour l'ornementation architecturale, Revol se livre à des activités diverses.
Naturellement, il sculpte, et ses bustes attirent l'attention par la sensibilité dont ils font preuve.
Mais il dessine aussi, et il oublie souvent alors qu'il est sculpteur pour travailler comme s'il ne se servait jamais que de crayons et ignorait le ciseau. On retrouve dans ses croquis sa sensibilité, mais une sensibilité un peu alourdie de sensualité et que l'on a presque envie d'appeler réceptivité.
Avec René Drouet, il imagine un jour le cadre d'une boutique de frivolités dont le nom : « Ondine », s'il rappelle qu'un simple filet de pêcheur suffit pour parer une jolie femme, évoque surtout le théâtre, pour lequel Guy Charles Revol se passionne, : il a exécuté les maquettes de décors de la Sauvage, de Jean Anouilh, à la Comédie des Champs-élysées, et sur ce chevalet ce sont d'autres maquettes en préparation.
Autour de nous voici les dernières oeuvres du sculpteur : les bustes de Paul Colin, de Leleu, de Monelle Valentin. Voici encore une statuette en bronze doré d'Antigone dressée dans son refus obstiné, et voici Monelle Valentin elle-même, venue bavar-der avec ses amis Revol et Maillart.
Corps frêle, petit visage ardent sous la masse des cheveux fauves elle descend les quelques marches qui conduisent à l'atelier et rit de se voir deux fois comme dans un double miroir.
Etrange rencontre où les deux images de pierre et d'or semblent presqu' aussi vivantes que la femme de chair et rendent témoignage à l'artiste qui les a créées.


ROYERE Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 2 de 1954

Jean Royère est né le 3 juillet 1902 à Paris, d'un père breton et d'une mère lorraine ; tous deux grands voyageurs et de forte culture artistique. Il termine à Cambridge des études peu brillantes faites dans divers collèges parisiens.
Aucun enseignement d'art ni aucunes connaissances techniques. Il passe cinq ans au Havre s'occupant d'affaires d'exportation et commence à faire de la décoration en amateur. Puis à 29 ans, en 1931, il renonce à une situation brillante pour entreprendre sa carrière de décorateur. Il accomplit un stage de deux années dans une fabrique de meubles pour s'initier au métier et en 1933 il réalise une des grandes brasseries des Champs-Élysées.
En 1934, il entre chez Gouffé, qui reste pendant huit ans son éditeur et le fait exposer en 34 au Salon d'Automne et en 35 à celui des Artistes Décorateurs. Depuis il n'a cessé de participer à toutes les grandes expositions en France et à l'Étranger ; à l'Exposition Internationale de 37, Il avait 22 stands. Partout il obtient la série des habituelles récompenses. Dès après la guerre, il fut le premier décorateur français à essayer de fonder des maisons de décoration à l'Étranger et d'y défendre le renom français.
Il ouvre une maison au Caire en 46, à Beyrouth en 47. Il réalise en ces pays d'Importantes installations officielles ,et privées : Consulat de France à Alexandrie, Résidence d'été de l'Ambassade de France au Liban et exécute des travaux dans la plupart des pays du Moyen-Orient, en particulier pour le roi Séoud d'Arabie et l'ex-roi Farouk. Jean Royère se manifeste par des activités à Paris, en province, en Angleterre, Belgique, Hollande, Suisse, Suède, Amérique du Sud, U.S.A. et en Finlande où il a décoré la Légation de France.
L'oeuvre de Jean Royère est à son image : celle d'un fantaisiste. Sans aucune formation spécialisée il est devenu décorateur parce que l'aventure l'amusait ; il a voulu cette aventure sans principes sans règles ; il l'a entreprise avec une sorte de passion ; le mauvais élève est devenu un travailleur acharné qui a étendu son champ d'action à peu près aussi loin que l'avion, qui permet de ne pas perdre une minute, pouvait l'entraîner.
Mais il ne s'est pas contenté de porter ses conceptions hors de nos frontières ; il a enregistré la leçon d'habitudes. de techniques nouvelles, souvent mal connues en France, a su les assimiler et sa curiosité toujours en éveil s'est enrichie de ces multiples expériences.
Il y a un style Jean Royère marqué d'abord par l'utilisation de matériaux les Plus variés : il en use suivant l'occurrence, tout en s'accordant avec la personnalité et les habitudes du « client » : bois, bambou, liège, métal laqué, paille et fleurs d'herbiers ; il a même fait des meubles en briquettes et tendu des Plafonds et murs en tissu éponge ! mais cette fantaisie connaît,quoi qu'il en dise,si ce n'est des lois au moins des préférences.
Jean Royère ne conçoit guère de meubles isolés, mais ordonne d'abord le cadre architectural très rythmé et dépourvu de décors et où les tableaux sont rarement prévus ; il leur préfère les tissus aux couleurs vibrantes et très ornés. La cheminée trouve toujours, avec des solutions amusantes, Place dans ses Pièces et les luminaires légers, aux multiples branches métalliques se dressent, telle une curieuse flore.
Les intérieurs réalisés par Jean Royère sont gais, jeunes et pleins d'innovations imprévues.


RUHLMANN Jacques Emile

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 4 de Janvier 1935

Le nom de Ruhlmann est encore trop présent à nos mémoires pour chercher à établir ici une sorte de biographie de celui que tous ceux qui s'intéressent à l'évolution de l'art moderne considèrent comme un chef et qui demeure un grand initiateur pour l'ensemble du public.
Quand on a eu le privilège de suivre ses conférences ou de l'approcher dans son intimité, Ruhlmann représente une entité bien rare : celle du Créateur - Architecte, il a apporté dans toutes ses oeuvres une technique admirable.
Artiste de grand talent, il a su adapter cette technique à des formes d'une proportion si justement harmonieuse qu'elles nous ravissent devant chacun de ses meubles. Les matières, les couleurs sont le fait d'un raffinement tel, l'exécution, dans ses moindres détails, est si parfaite, la fantaisie même est si bien adaptée que nous ne pouvons pas resister à appliquer cette formule :
Meubles d'art et d'intelligence.
Un an à peine après sa disparition s'ouvrent les portes du pavillon de Marsan devant celui que l'on peut appeler le maître de l'école décorative contemporaine, et c'est là un juste hommage.
Le succès grandissant, le talent s'accentue, la production s'accélère, toujours renouvelée et conçue avec un rationalisme admirable. C'est le plein épanouissement de l'art de Ruhlmann, la complète perfection de l'ébénisterie, de la compréhension utilitaire, d'un remarquable équilibre de lignes et d'un exquis raffinement.
Toutes ces formes sont gracieuses, mais jamais grêles, denses, pleines, fermes, mais jamais massives : les contours sont tous d'une extrême pureté.
Avec l'évolution du goût vient celle de l'emploi des matières. Les nécessités techniques, de plus en plus exigeantes, sont réalisées avec une telle habileté qu'elles deviennent une nécessité esthétique : c'est là qu'apparaît éclatant le merveilleux sens d'adaptation de Ruhlmann, « architecte décorateur ».
On sent dans la production de Ruhlmann cet esprit passionné, toujours à la recherche d'un détail nouveau, d'une perfection renouvelée, d'une originalité sure.


SALA Jean

Texte extrait de la revue Images de France N° 102 de Novembre 1943

Tandis que le four flamboie et que dans le creuset la matière ressemble à de l'or fluide, Jean Sala se souvient de ses jeunes années.
A huit ans il balançait les cannes de fer et s'exerçait à souffler. Il faisait son apprentissage au côté de son père, verrier comme tous les Sala. Malgré l'Ecole des beaux-arts et la peinture, qui reste son délassement, Jean Sala est demeuré fidèle au four près duquel lui ont été transmis les procédés des vieux verriers véni-tiens.
Il étudie le travail des Phéniciens, des Romains, des Arabes. Mais copier ne suffit pas l'artiste dessine les pièces, en cherche le volume, l'élégance, la cou-leur. Lier la fantaisie de ses trouvailles au sable ardent du creuset est une de ses joies. Il choisit avec soin les oxydes métalliques et dispose ses touches dans le feu... Au milieu de l'atelier le four en briques réfrac-taires, partagé en deux étages, se dresse tout-puissant : la base contient le creuset et la partie supérieure est l'arche où se fait la cuisson.
Le verrier surveille la matière, composée du sable le plus fin, qui provient de la forêt de Fontainebleau, auquel il mêle ses propres compositions. Peu à peu, alors que le four atteint 1.300 degrés, il en débande la bouche, et avec la canne, qu'il tourne sans jamais s'arrêter, cueille une orange de feu, palpitante, dont il forme le noyau de l'oeuvre future. .
Puis il retrempe celui-ci à plusieurs reprises dans la masse incandescente jusqu'à ce que la canne porte à son extrémité une charge de verre qui, roulée et balancée, s'arrondit ou s'allonge en passant du pourpre au mauve bleuté.
Cette boule féerique deviendra-t-elle un vase cou-leur de jade, une coupe orangée, un oiseau bleu ?
Elle s'effile dans un mouvement rythmé qui l'abaisse vers le sol. Le souffle de l'artiste gonfle l'objet. Et s'il décide de créer un poisson fantastique nous verrons l'animal se former, ouvrir la bouche, se parer d'ouïes, d'yeux, d'écailles.
Avec d'énormes pinces le verrier ondule les nageoires et chaque fois qu'il ajoute un ornement présente la pièce au feu pour la maintenir à une haute tempé-rature. Puis, dans un suprême balancement, il fait prendre à la queue l'inclinaison d'un gouvernail, afin d'imprimer à la bête le mouvement de la vie.
Le poisson est né. Carpe ? Monstre japonais ? Qu'importe ! Il vivra s'il résiste à la cuisson. Aussi que de précautions pour le placer dans l'arche !
La température du four de cuisson est à ce moment-là de 800 degrés et devra tomber progressivement. Le verrier, avant de quitter son atelier, le soir, s'assu-rera donc que l'arche se refroidit lentement. Et au matin l'oeuvre sera parfaite ou... brisée.
Jean Sala est un des rares artistes qui aient encore recours à cette méthode traditionnelle des souffleurs de verre. Car un long apprentissage de dix années est indispensable aux jeunes ouvriers. Et encore, au bout de ce temps, l'adolescent devenu homme n'est-il spécialisé que dans la fabrication des bou-teilles ou des verres et répète-t-il en série, avec l'aide des moules, les modèles mis au point par un artiste verrier.
Autre travail est celui de Jean Sala ; seul dans son atelier, en attendant que son jeune fils continue la lignée, c'est lui qui place le creuset, chauffe le four, verse le sable additionné de manganèse, d'urane, de minium, selon les teintes qu'il veut obtenir. Ainsi viendront au monde la pâle améthyste, le jade de la Chine, le blanc translucide dont il a le secret.
A regarder tant de créations diverses on découvre la passion de l'artiste pour les couleurs. Chaque oeuvre répond à une inspiration nouvelle, à une recherche de tonalité. Avec une maîtrise acquise par
des années de travail il se sert des cannes, des fers et des ciseaux qui sont les outils ancestraux de tous les verriers.
Mais il a sa façon de les manier et sa notoriété est si étendue qu'un amateur tel que Gabriele d'Annunzio, quand il séjournait à Paris, devenait son élève dans ce même atelier où le jour tombe
grisonnant sur le faîte du four.


SAVIN Maurice

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

Maurice Savin né le 17 octobre 1894 à Moras (Drôme) entre, à la fin de ses études secondaires, à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs. Peintre, il expose depuis 1920 au Salon d'Automne, dont il est membre du Comité. De ses toiles figurent au Petit Palais et dans les musées d'Art Moderne à Paris, d'Orléans, Valence, Grenoble, Alger, Tunis, Varsovie, New - York, etc. Membre de la Société des Peintres Graveurs, il a également illustré de nombreux livres et son œuvre de graveur est présente dans les musées de France et à l'Etranger.
Notons d'autre part, parmi de nombreuses décorations murales, les panneaux sur toile marouflée pour Montélimar, pour le Sanatorium , des Etudiants à Saint-Hilaire-du-Touvet et pour le Pavillon des Arts-et-Métiers à la Cité Universitaire. une décoration intérieure et une extérieure, en dalles de béton, à Montluçon. Dans le même temps, la tapisserie et la céramique retiennent une part importante de son temps. Le mobilier National a commandé à Savin, en 1941, quatre tentures « Plaisirs et travaux champêtres » et en 1945, les « Douze mois de l'année », tissées les unes et les autres aux Gobelins.
Des tapisseries de Savin figurent dans des collections privées et dans les musées du Caire, de Lausanne et de Londres. Depuis sa première exposition particulière, en 1938, Savin a toujours poursuivi son activité de céramiste. Le Petit Palais, le musée d'Art Moderne et ceux de Grenoble, Sèvres, Stockholm, Goteborg et Faenza, ont acquis de ses pièces.Il faudrait encore ajouter à cette œuvre, aussi variée que féconde, des Médailles, éditées par la Monnaie, et des études de vitraux.
Maurice Savin est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1948. Chez Savin, malgré les différences fondamentales de techniques, les moyens d'expression du peintre, du céramiste, du cartonnier ou du graveur sont intimement apparentés. les uns et les autres concourent à un même désir de traduire la force généreuse de la nature qu'il aime et comprend, non point en intellectuel compliqué, mais en terrien sensible à la noblesse des travaux des champs, à la foie débordante d'une fête paysanne ou à la silencieuse sérénité d'un beau soir d'été.
Il y a dans ses toiles, dans ses opulentes tapisseries, aussi bien que dans ses céramiques aux colorations joyeuses et sonores, la marque d'une vitalité heureuse. Pour chacune des techniques qu'il aborde Savin se soumet avec une humble ferveur aux exigences matérielles du métier. Pour ses tapisseries, il veut une belle fibre de laine filée à la main et teinte, selon la tradition, avec des colorants naturels végétaux. Le nombre restreint des tons purs et fondamentaux dont il sait la richesse décorative et murale a, par ailleurs, eu de curieuses mais logiques répercussions sur sa palette de peintre. Céramiste, bien qu'il ait fait des fontaines en grès, il use presque exclusivement de la faïence stannifère dont il monte les formes au colombin.
Qu'il dresse avec vigueur de rustiques bouteilles, modèle des oiseaux, compose une précieuse série de pots de pharmacie pour le Dr Debat ou fasse œuvre de sculpteur avec des bustes (de Mme Rosa Granoff et de Mme Savin, entre autres qui eux réclament une très savante technique, toutes ces Pièces, comme d'ailleurs ses tapisseries sont uniques.
Mais Savin ne se limite pas à des genres précis. si un temps il a imaginé des pieds de table en céramique pour Jacques Adnet il a réalisé, avec Kohlmann, pour s'accorder avec une de ses tapisseries, un grand meuble d'appui entièrement en bois sculpté et peint dont il modela les maquettes.
Savin peintre et graveur n'est point de ceux qui méprisent le beau métier d'artisan et toutes ses œuvres naissent autant du travail de ses mains que des conceptions de son esprit.


SEBASTIEN

Texte extrait de la revue Plaisir de France N° 112 de Août Septembre 1945

IL était une fois trois Mages qui vivaient dans le désert de leurs royaumes. Il y a des siècles de cela. Le jour, assis sous un cèdre, ils rendaient la justice et sépa-raient le blé de l' encens.
Le soir, ils enlevaient leur couronne parce qu'elle leur donnait une légère migraine et ils regar-daient les étoiles, plus nombreuses que leurs diamants.
Un soir où il neigeait sur tous les pays, sauf sur les leurs, une de ces étoiles fit un signe à ces rois qui étaient des rois de bergers, et les uns et les autres suivirent ce signe.
Et ils s'entretinrent pour la première fois d'un cadeau de Noël, qui serait le premier.
De la myrrhe ? dit Gaspard, c'est bien pharmaceutique. Et puis, cette étable a-t-elle besoin d'être parfumée ?
De l'or ? dit Melchior. S'il est l'en-fant que nous espérons, il sait déjà la valeur des deniers et il n'en comptera que trop.
Des moutons ? dirent les bergers. Il tette encore sa mère... Et c'est l'agneau de Dieu.
Alors les bergers et les Mages passèrent le temps dont les Evangiles futurs leur offraient la prémonition, et firent, longtemps avant Marco Polo, tout doux, le tour du monde.
Ils parvinrent ainsi à une grande forêt de sapins illuminée par des milliers de cierges, une forêt sans fin où se promenaient, entre les perce-neige, trois messieurs en redingote mordorée, M. Andersen et les frères Grimm.
Ceux-ci reconnurent les Rois Mages à leur teint qui tranchait un peu sur la neige et leur firent mille civilités. Et, avec beaucoup de respect, ils leur indi-quèrent comment trouver ce qu'ils cherchaient. Le matin de leur arrivée à Vallauris, il ne restait au ciel que leur étoile à eux.
Un adolescent sans âge, qui était pieds nus, vendait sur le pas de sa porte, des poteries.
Elles sont réfractaires, dit-il.
Moi je m'appelle Sébastien.
Ils entrèrent dans sa chambre, et là ils n'eurent que l'embarras du choix.
D'abord, ils virent leurs portraits, qui les surprirent beaucoup. Comme ils ne s'étaient jamais mirés que dans la mer Morte, ils ne s'imaginaient pas que leurs lèvres avaient cette moue gourmande et leurs yeux cette absence d'iris et cet étonnement peureux. et enchanté.
Ils ne se doutaient pas non plus que tant d'êtres puissent leur ressem-bler, être éblouis malgré la servitude hu-maine, ni garder dans la majesté l'innocence d'un chérubin.
Ils ignoraient encore la persistance de l'enfant dans l'adulte, que Sébastien leur révélait, et n'imaginaient pas que l'alliance pût être si heureuse du charme, de la virginité et de la barbe blanche.
Et, tout comme le santon qui passe la tête au « fenestroun » des crèches et lève le bras au ciel, ils étaient ravis.
Sébastien leur montrait une jeune fille, vêtue comme une vague, penchée sur un coeur tombé du ciel et qu'elle avait reçu dans les plis de sa robe, un coeur, têtard adorable, qui a déjà deux petites mains.
Sébastien leur montrait encore une verte petite sirène, gentil fretin, toute surprise, et un pauvre pêcheur à capuchon de bure, assis sur sa barque, portant à sa bouche, ou, vérité, un hareng saur et sec, ou, symbole, le poisson eucharistique.
Sébastien leur montrait tout ce qu'il avait médité, puis modelé, avec un tantinet d'humour et beaucoup plus d'amour, et qu'il avait instinctivement marqué du signe de la mélancolie du court bonheur.
Et, comme tout a une fin, même les contes, les Rois Mages quittèrent Vallauris en em-portant tout ce qu'ils avaient vu chez l'artiste aux pieds nus.
Arrivés à Bethléem, ils posèrent sur la paille, auprès de l'enfant Dieu, ces façons de jouets, et, avec eux, toute la tendresse de la terre qui avait pris figure grâce à Sébastien.
SEBASTIEN ( SEBASTIEN GABRIEL SIMONET Dit )


SERRIERE Jean

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 5 Juin 1954

Jean Serrière est né le 26 février 1893 à Nancy ; en 1900 il vient à Paris pour y faire ses études, puis, se refusant à entrer à l'Ecole des Beaux Arts dont l'enseignement ne correspondant pas à ce qu'il recherchait, il va peindre à la Palette, rue du Val-de-Grâce, atelier indépendant où professaient J .-E. Blanche, Desvallières, Cottet, Laprade ; ensuite il fréquente l'Académie Lejeune à Montparnasse où il connaît Guindet, Gromaire, Dubreuil ; il a travaillé aussi avec le décorateur Karbowsky.
Jean Serrière fut attiré, après la guerre de 1914, par la dinanderie cuivre et argent martelé - et vers 1922, il fait des meubles qu'il expose au Pavillon de Marsan. Son inépuisable curiosité, et sans doute le contact du peintre avec le métal, l'incitent à étudier les émaux à la technique desquels il s'initie par la lecture d'ouvrages spécialisés ; vivant à la campagne, il y construit son premier four à coke. Son œuvre d'émailleur commence.
Depuis 1921 il expose au Salon des Artistes décorateurs, dinanderie et ensuite ses premiers émaux, alors que le peintre est toujours présent au Salon d'Automne. En 1922 une Bourse de voyage lui est attribuée ; aux expositions de 1925 et de 1937 il obtient prix et diplômes. De 1920 à 1933, il participe aux expositions permanentes chez Hébrard avec Metthey, Marinot, Degas, Bourdelle, Pompon, etc. Jean Serrière qui a des œuvres dans de nombreuses collections particulières et dans les musées de France et de l'etranger, est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1938.
Si Jean Serrière apparaît tel le maître de l'émaillerie contemporaine il ne faut point oublier la diversité de ses dons. toujours demeuré peintre, le meuble et surtout la dinanderie, ont été marqués par sa personnalité. Aucune formation spécialisée n'est intervenue dans son orientation, vers l'émail. une suite de recherches, d'expériences lui ont révélé les secrets d'un métier aussi précis que rigoureux.
Du jour où il s'est consacré à cet art, il a conçu ses émaux en fonction de la matière qu'il choisissait comme son nouveau mode d'expression. Traitant rarement le paysage, il compose des scènes inspirées de l'antiquité et des sortes de féeries où, dans la splendeur dense, complexe et foisonnante des couleurs, apparaissent des figures qui rappellent Monticelli mais surtout d'admirables natures mortes dont les « objets » sont réduits à de profondes et sensibles résonances, aux colorations généreusement harmonisées. Observateur attentif et amusé de la gent animale Serrière, pour garder leur pureté linéaire à ses canards, oiseaux ou gazelles qui parfois évoquent la précision de Pisanello, adopte, pour ces thèmes, la technique du cloisonné.
On dessine au fil de cuivre ou d'argent, on modèle avec la main. Coloriste autant qu'habile technicien Jean Serrière laisse souvent apparaître les tons roux de la plaque de cuivre que le « fondant » adoucit jusqu'à des roses ambrés.
Il sait jouer avec l'art de l'opacité ou de la transparence de cette poudre de verre colorée aux oxydes métalliques que la chaleur du four, au cours de six ou sept brèves cuissons, va fondre, mêler, transposer, et d'où naîtra la mystérieuse et inaltérable beauté de la plaque émaillée.
Il semblerait que Jean serrière soit décédé le 20 décembre 1968 à Paris dans la 14ème arrondisement. Il était alors âgé de 75 ans ( Information apportée par V.TIFFAGOM dans notre Forum ).
Photo : le cavalier et la fortune ( Jahan ) Photo de jean Serriere devant son four ( Jahan ) Extrait de la revue Images de France N° 109 de juin 1944


SOGNOT Louis

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 4 Mai 1954

Louis Sognot est né à Paris le 25 mal 1892 ; ancien élève de l'Ecole Bernard Palissy, après son service militaire et la guerre, démobilisé en août 1919, il entre en 20 à l'Atelier Primavera des Grands Magasins du Printemps dont, après la mort de René Guilleré, il assume la direction aux côtés de Mme Chauchat-Guilleré.
En 1923 il présente au Salon d'Automne des meubles édités par Primavera ; depuis il y expose régulièrement ainsi qu'au Salon des Artistes Décorateurs et depuis 1930 à l'U.A.M. Grand Prix et diplôme d'honneur à l'Exposition des Arts Décoratifs de 25 ; Bourse Blumenthal en 26, Louis Sognot participe à toutes les grandes expositions :
Coloniale en 31 ;
Internationale en 37 où il est Président du groupe des Etalagistes au Palais de la Publicité ; Internationale de l'Urbanisme et de l'Habitation en 47 ; il a reçu grands prix, diplômes d'honneur, plaquettes de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie et au salon des Décorateurs de 52, le 1 er Prix du Rotin.
Professeur de décoration à l'Ecole Boulle depuis 26, ancien professeur au Collège technique de la rue Duperré, professeur à l'Ecole des Arts appliqués à l'Industrie depuis 38, professeur-chef d'atelier à l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs depuis 47, directeur artistique en remplacement de René Prou, décédé, à l'Ecole de l'Union centrale des Arts Décoratifs, envoyé en mission en 51 au Canada ; membre fondateur de l'U.A.D.C.E. (Union des artistes décorateurs, créateurs, ensembliers) ; membre de l'Institut d'Esthétique industrielle, Louis Sognot est chevalier de la Légion d'honneur depuis 36.
L' oeuvre de Louis Sognot, malgré son importance, la diversité des problèmes à résoudre - de l'atelier de Jean Carlu à la Bibliothèque du Dr Roussel, des installations pour le Maharajah et la Maharanée d' Indore au Cabinet du Syndic de la Ville de Paris, d'un avion Nieuport aux décors de théâtre pour Henry Bernstein " Félix " et " Le Venin ", de mobiliers métalliques pour cabines d'officiers à bord d'un cuirassé à la chambre en rotin pour une jeune danseuse - toutes ces réalisations. parmi tant d'autres, répondent à une ligne de conduite précise, sorte de lent travail de laboratoire au cours duquel s'élabore une des Plus pures expressions du style de notre temps.
Louis Sognot recherche l'originalité mais non la fantaisie, fidèle à la tradition il s'efforce de l'adapter à la vie actuelle et à ses multiples exigences " quels que soient les matériaux employés, bois précieux exotiques ou rustiques de France, métal ou rotin, matières plastiques ou dalles de glace, le même goût pour la mesure, la sobriété, commande toutes ses conceptions. Mais surtout il cherche, pour ses ordonnances intérieures à créer des meubles dont les rythmes, les volumes soient harmonieux " le décor est incorporé à la forme et les solutions les Plus simples ont une grâce naturelle, telles ces chaises aux dossiers évasés en javelles ou ce lit profond et équilibré comme une charrette à foin !
En un mot il s'inspire, quelles que soient les fins de ses meubles, parfois d'un raffinement de grand luxe de proportions immuables à l'échelle humaine ou fixées par l'usage.
Toutes ses connaissances techniques, son goût pour la nouveauté, pour les problèmes particuliers, difficiles ses audaces mêmes sont soumises à une sensibilité qui discrètement se cache. Louis Sognot entend donner à son oeuvre une expression durable et humaine. Il sait le prix du bonheur et veut l'enclore dans les demeures dont l'ordonnance lui est confiée.


SPADE Batistin

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Baptistin Spade est né à Marseille le 13 mars H191. De 1905 à 1908, il travaille à l'École des beaux-arts de Marseille. Se fixe à Paris en 1908 où il continue à étudier dessin, peinture et sculpture et en 1910 s'Installe modestement en qualité de décorateur : peu à peu Il monte ses propres ateliers d'ébénisterie, de tapisserie, bureaux de dessin.
Spade a réalisé dans une carrière déjà longue et très remplie, des points de vue de l'architecture Intérieure et du mobilier, de très importants travaux pour des particuliers, à Paris et en Province : appartements, villas, châteaux, et à l'Étranger : Belgique, Suisse, Amérique du Nord et du Sud. Il a également aménagé des bureaux pour les grandes Compagnies de navigation, d'assurances et pour des banques. Dans le même temps, Spade a travaillé pour le Mobilier National qui lui a acheté des meubles pour différents ministères ou lui a confié l'exécution d'ensembles plus importants pour les ministères du Travail, de la Marine Marchande, des P.T.T. et des Finances et une partie de l'Installation des Ambassades de France, à Varsovie et à Ottawa.
Enfin Spade a collaboré à la décoration et à l'ameublement d'une trentaine de paquebots pour les Compagnies Générale Transatlantique, de Navigation mixte, Paquet et pour la Société générale des Transports maritimes, etc.
Il a réalisé entre autres la salle à manger de 1ere classe, pour le « De Grasse » ; les salles à manger de 1ere classe et de la classe cabine, l'appartement du Commissaire Principal pour « l'Ile de France » ; le grand salon de 1ere classe et les salons de musique et de bridge pour le « Liberté » ; le fumoir, le lido et la piscine de 1ere classe, la grande descente et le hall, appartements de luxe pour le « Flandre », différents ensembles pour la « Ville d'Alger » et pour la « Ville de Tunis ». Des locaux de 1ere classe des paquebots « Kairouan », « Lyautey » et « El Djezair ».
Spade estime que la France est dans tous les domaines de l'art, et particulièrement dans ceux de l'ébénisterie et de la décoration, un pays de grande tradition, de goût et de technique : il convient donc, tout en s'adaptant à des conditions nouvelles et au style de notre temps, de rester fidèle à ces bases solides et d'y puiser l'essentiel des thèmes constructifs et ornementaux. Spade, qui n'est resté peintre que pour son Plaisir personnel, aime les meubles de qualité et uniques mais il étudie, quand les circonstances l'imposent, les problèmes plus modestes et d'une actuelle nécessité en rapports avec l'exiguïté des appartements et le nombre restreint de Pièces.
Il a toujours préféré les bois clairs en particulier le frêne de fil, mais use volontiers du noyer et du palissandre dont il s'efforce d'atténuer la gravite par l'emploi judicieux de couleurs, tissus, tentures, tapisseries et tapis dont il dessine les maquettes.
Il emploie, à chaque fois que l'usage ou le style le permettent, des matériaux nouveaux. Mais ses préférences le portent à user, surtout pour les ensembles de luxe, de la laque, rehaussée de frottis d'or, unie ou gravée, pour les revêtements muraux et certains meubles.
Spade enfin fait souvent appel à la collaboration des maîtres de l'art décoratif contemporains, qui participent ainsi à la somptuosité ou aux raffinements des ensembles décoratifs dont il assure l'ordonnance.


TEMPLIER Raymond

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 de 1954

Raymond Templier, fils, petit fils et arrière petit fils de bijoutiers joailliers, est né à Paris, le 22 avril 1891.
Elève à l'école Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de 1909 à 1912, dès 1911 il expose au Salon des Artistes Décorateurs, puis participe aux Salons d'Automne et des Tuileries.
Fondateur en 1929 avec René Herbst, Robert Mallet Stevens, Puiforcat, Hélène Henry et Pierre Chareau de l'Union des Artistes Modernes (U.A.M.), il a pris également une part importante aux Expositions Internationales de 1925, et 1937 à Paris.
Raymond Templier, vice-président du Salon d'Automne, au titre des Arts Décoratifs, Membre du Conseil Supérieur de l'Enseignement des Arts Décoratifs, du Conseil de la Chambre Syndicale des Fabricants Joailliers, Bijoutiers, Orfèvres, est Expert auprès du Tribunal de 1ere Instance. A côté de ses activités essentielles de dessinateur et de créateur de modèles pour la joaillerie, il convient de signaler tout un ensemble d'objets se rattachant au Sport, entre autres des ceintures de boxe, commandées par l' « Auto » et le « journal » « Les Sports » de Bruxelles, challenges de natation, basket ball, ski, etc., et de golf pour son Excellence le Glaoui et affiches pour la Fédération de tennis.
Raymond Templier, dont les oeuvres figurent aux Musées d'Art Moderne et des Arts Décoratifs de Paris et au Metropolitan Muséum de New York, est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1938. Joaillier dessinateur Raymond Templier a été un des premiers a donner au bijou, Plus particulièrement que d'autres objets sujets aux fluctuations des modes, un style aux principes rigoureux mais qui n'excluent point la part de fantaisie voire de sensibilité nécessaire à un élément capital de la parure féminine. Raymond templier est à l'avant-garde de son temps : sa participation en tant que joaillier à la fondation de l'U.A.M. est pour le bijou une victoire, pour l'artiste une prise de position à laquelle il restera toujours fidèle.
Avec lui le bijou, quelles que soient ses dimensions, toujours minimes, est conçu volume dans l'espace telle une sculpture. Les lois qui commandent sa construction sont aussi absolues que celles auxquelles se soumettent l'architecte, le sculpteur ou le musicien.
« La composition d'un bijou doit être à la fois libre, jaillissante et condensée, enfermée », explique Raymond Templier. Rien de gratuit, de superflu ne doit intervenir dans des rythmes qui s'offrent aux jeux de la lumière. Les Pierres précieuses n'interviennent jamais au hasard et pour leur propre éclat mais sont disposées aux points sensibles où elles prennent, par rapport aux courbes, enroulements, galbes, volutes, une expression satisfaisant la raison aussi bien que le regard.
Résolument libéré de tout répertoire anachronique Raymond Templier demande ses thèmes, dépouillés de vains ornements, au langage esthétique de son temps riche, pour qui sait le comprendre, d'inépuisables ressources décoratives. Cette conception novatrice du bijou a entraîné l'artiste à s'engager dans le domaine des objets destinés aux compétitions sportives traités en sculpture, réalisés en argent, acier inoxydable.
Ils sont réduits à de savants jeux de volumes, de lignes propres à exalter, en un audacieux schématisme, le geste de l'athlète vainqueur.
Ainsi Raymond Templier, élargissant le champ de ses recherches, oppose à la coupe banale et anonyme, un symbole vivant, actuel, explicite : une authentique Oeuvre d'art.


THURET André

Texte extrait de la revue Mobilier et Décoration N° 1 Fevrier 1955

André Thuret est né le 3 novembre 1898 à Paris. Ses études secondaires terminées il s'engage, en 1916 ; démobilisé en 1919, il passe sa licence ès-sciences et sa licence en droit et occupe, à partir de 1922, des postes d'ingénieur aux verreries de Bagneux, puis de Bezons.
Participe à ce titre à l'Exposition des Arts Décoratifs de 1925 et obtient, personnellement, un diplôme d'honneur. Depuis 1926, assistant, puis chef de travaux, de la chaire de Chimie appliquée aux Industries de la céramique et de la verrerie au Conservatoire National des Arts et Métiers et Expert près de la Cour d'Appel de Paris, il partage son activité, axée sur le verre, entre son enseignement, la recherche scientifique et sa production d'artiste.
Il expose au Salon d'Automne en 1928 et 1932 et obtient sa première plaquette de la Société d'Encouragement à l'Art et à l'Industrie puis est invité à participer aux Etats-Unis, en 1929-1930, à l'Exposition « Verres et Tapisseries ». Depuis la Libération il expose régulièrement aux Salons des Artistes Décorateurs, d'Automne et dans diverses galeries et, en 1951, prend part à l'Exposition du Verre, au Pavillon de Marsan. Quelques-unes de ses pièces ont été acquises par l'Etat. Membre du Comité de la S.A.D., de l'U.A.M., Sociétaire du Salon d'Automne, André Thuret est Chevalier de la Légion d'honneur depuis 1947.
Cas assez exceptionnel, c'est par la science qu'André Thuret est venu à l'art. Ce sont en lui l'ingénieur et le chimiste qui servent l'artiste et déterminent, expérimentalement, les divers stades de son évolution. Le savant met à la disposition du créateur de formes, de rythmes et de couleurs la beauté fluide et transparente du verre et les réactions des oxydes métalliques. Tous les vases, coupes ou flacons de Thuret sont des Pièces uniques, soufflées et travaillées selon la technique traditionnelle à une température excédant 1.000 degrés.
A ses débuts André Thuret soufflait la « paraison », masse de verre fluide, dans des moules dont les décors en creux s'inscrivaient en reliefs sur la forme, reliefs colorés ensuite par « roulage » sur le marbre chargé d'oxydes métalliques. Ainsi créait-il, vers 1925 ces décors internes qu'un nouveau « cueillage » enrobait de transparence ...
De 1940 à 1950, il renonce à ces décors pour s'appliquer à des recherches de formes aux parois lisses .. les premières Pièces sont blanches, puis le chimiste intervient pour les colorer. Plus récemment, afin de réaliser des conceptions Plus subtiles, ce sont presque des procédés manuels de sculpteurs qui interviennent.
Thuret part toujours de la première paraison, en verre transparent et fluide, qu'il souffle à la forme requise. D'autre part il modèle des cordons de verre qu'il a colorés sur le marbre et qu'il fixe, selon des rythmes préalablement conçus puis travaille et modèle aux fer, et Pincettes avant le « cueillage » d'une dernière couche de verre lisse et blanc.
Ainsi s'obtiennent des Pièces aux transparences externes et internes au coeur desquelles jouent des tonalités rares, violine, bleu, vert, gris, même parfois rouge enfermées dans une vie originairement indépendante.
Art aussi savant que précis malgré la mystérieuse fantaisie des apparences.


VILAR Andrée

Andrée Vilar dans son atelier. Si l'appareil l'a saisie parmi ses créations récentes : plats, coupes, tables, panneaux et plaques pour décor mural, il reste que sa production ne s'arrête pas à ces deux types d'oeuvres, Les tons raffinés que crée Andrée Vilar en un mélange de matières douces et rugueuses sont toutefois inséparables de ses gra-phismes-formes,
Le renouveau de l'argile confiée au maître à surprises qu'est le potier, s'est accusé depuis quelques années avec la complicité d'un public qui s'enchante des trouvailles conjuguées de l'artiste et du feu.
Tout se passe comme si en balance avec tant de matières neuves aux noms étranges qu'on jetterait volontiers dans un poème sur-réaliste, le public instinctivement, trouvait bon de se raccrocher à ce qui lui paraît le soutien même de son équilibre, cette bonne vieille terre dont on lui a appris qu'il était fait.
Elle quitte les vitrines d'objets d'art ou les socles, où reposaient encore magnifiques et isolées, les pièces de nos céramistes du début du siècle, Elle revient dans nos mains, sur nos tables, s'inscrit dans nos murs, sous nos pas, reprend enfin un rôle familier de service et d'agrément du décor.
Faut-il redire ici qu'on ne peut que s'élever à ce propos contre la véritable entreprise de décadence du goût de l'acheteur, qui sévit en ce domaine ? Les efforts de nombreux artistes et artisans de métier sont submergés par une production industrialisée qui a pris pour tremplin le courant d'intérêt créé par les potiers de mérite, sans leur demander en échange - comme on peut le voir en Suède - la création de modèles de série d'une qualité esthé-tique indiscutable.
Il en résulte un avilissement des formes et des matières dont la laideur s'étale aux rayons des magasins de large clientèle, là justement où Francis Jourdain, réclamait que d'emblée prenne sa place, la beauté de l'objet utile. Le fait est d'autant plus navrant que cette production sordide s'impose à des prix qui égalent souvent ceux consentis pour des pièces uniques par les potiers,
Qu'apporte Andrée Vilar, à ce témoignage de la recherche et de la réussite dans l'art de transformer la terre commune en un objet unique ?
L'expression d'une force profonde et complexe servie par un métier solide.
Ce service que rend à l'artiste une technique sûre n'est pas négligeable, Andrée Vilar a derrière elle un passé de graphiste, de graveur même. Elle s'est pliée à des disciplines de travail sévères, de celles qui épuisent des élans moins affirmés... Et pourquoi ce choix de la terre pour donner libre cours à son besoin de créer ?
Si la valeur originale d'une oeuvre d'art livre les mouvements cachés de l'artiste, on peut dire que ce qui sort du four d'Andrée Vilar est la synthèse des grands courants qui se confondent dans sa propre personnalité.
A la Suisse sont peut-être redevables ces chemins sûrs de gra-phiques enlevés comme au burin, des recherches de clartés et de matières lisses qui font penser aux masses des glaciers, à l'eau des torrents. A la Méditerranée, celle qui côtoie l'Espagne, sont apparentées des terres qui se retrouvent avec le toucher des coquil-lages, des perforations de madrépores, des formes comme adoucies par le balancement des vagues.
Les tons, en accord avec le caractère marqué du traitement de la matière, sont ceux des galets roulés, des rochers humides, des coraux, des coquilles, des trans-parences marines et de la peau des poissons.
Le sens graphique d'Andrée Vilar trouve un de ses meilleurs thèmes d'exploration dans la composition de panneaux à base de carreaux assemblés. Destinés au revêtement mural. ils devraient toujours être intégrés au plan du mur, former avec celui-ci une surface lisse, et non pas être traités à la manière d'un tableau encadré et suspendu au mur. L'architecture des pièces modernes se prête admirablement à cette solution, comme le montrent les croquis de l'artiste,
Composés sur le même principe du carreau (ceux de 0,30 m. de coté permettent de nombreuses interprétations d'application), des plateaux de tables, grandes ou petites sont étudiés par Andrée Vilar, comme aussi des carreaux de diverses grandeurs pour che-minées et autres éléments d'un décor adapté au caractère particulier de toute habitation.
Les pièces utilitaires ou décoratives isolées ne manquent pas toutefois dans l'atelier d'Andrée Vilar, et il ne nous paraît pas inutile de rappeler que selon la tradition des potiers, elle complète sa production spontanée par des études commandées pour des programmes bien définis allant de l'intégration à l'architecture aux plus simples éléments du décor de la maison et du service de la table.


WIINBLAD Bjorn

Texte extrait de la revue Mon Jardin et Ma Maison N° 146 de 1970

De multiples voyages appellent Bjorn Wiinblad en Suisse, en Allemagne, en France, aux Etats-Unis.
Sa production, quoique très importante, est entièrement réalisée par lui-même. Ses principales sources d'inspiration proviennent de Java et de Perse et chaque décor qu'il crée raconte une histoire, d'où la richesse des détails qu'il est impossible de copier. De grands plats et des vases décorés d'oiseaux exotiques ou de visages comiques de conte de fée font la renommée de Bjorn Wiinblad.
Pour la manufacture de porcelaine de Rosenthal, il créa dernièrement un merveilleux service sur le thème de « la Flûte enchantée ». Lignes pures, très droites ou très rondes, chaque pièce de ce service représente une scène de l'opéra de Mozart avec le texte correspondant. C'est peut-être le meilleur travail que l'artiste danois a fourni jusqu'à présent.
Il lui a fallu trois ans pour que la « Flûte enchantée » artistiquement et techniquement arrive à sa maturité. Bjorn Wiinblad est un grand amateur de musique - Mozart, Rossini, Monteverdi sont ses fidèles et indispensables compagnons de travail. Il semble d'ailleurs travailler jour et nuit sans dormir.
Bjorn Wiinblad raconte, à ce sujet que lorsqu'il était jeune, il travaillait si tard qu'il avait toujours peur de ne pouvoir se réveiller le lendemain.
Il gagnait sa vie à ce moment-là en étant typographe. Il fit alors placer son lit près de la porte d'entrée. Chaque matin, il se faisait réveiller par le facteur qui ne manquait pas de lui remettre une lettre qu'il s'envoyait tous les jours. La journée, commençait ainsi par ces quelques mots « bonjour Bjorn ».
Pour de nombreuses productions théâtrales et chorégraphiques, il dessine des décors et des costumes dans un style féerique et toujours très coloré. Bjorn Wiinblad est un homme de grand talent et un artiste aux multiples facettes.
« Gaie, souriante, ouverte », une expression qu'il retransmet à ses drôles de personnages !
Simple mais riche dans le décor le service de « La Flûte enchantée » est une mélodie d'opéra devenue porcelaine.