jeudi 10 mai 2012

Restaurant témoin // La Saladière de Matégot

façade du restaurant la Saladière, via Joie et beauté dans la maison, p.29

Toujours pour illustrer la rupture de 1955, la création à Paris du restaurant la Saladière : les végétariens, végétaliens et amateurs de smoothies découvriront que cette tendance alimentaire n'est pas si neuve. On parle alors d'un "restaurant témoin", le premier du genre et il se doit donc de marquer la surprise dans un kitsch moderne où les couleurs retentissent sur fonds noir et doré, les formes étonnent, la légèreté se fait omniprésente... On est loin de l'auberge aux nappes Vichy et à la nourriture carnée bien cuite et copieusement saucée ! On est même - très exactement - à l'opposé...

Always to illustrate the rupture of 1955, creation of the restaurant "La Saladière": vegetarians, vegans and smoothie lovers will find that this food trend is not so new. This is known as a "witness restaurant", the first of its kind and it should mark the surprise in a modern kitsch where colors echo of black and gold funds, forms astonish, lightness is omnipresent. The sunlight. A far cry from the rustic inn with Vichy tablecloths and eating meat cooked to perfection and copious downpour!

"En haut, la façade transparente de "la saladière" dans un encadrement noir, s'ouvre par de grande baies de verre sur l'avenue des Ternes. " "Dans le restaurant "La saladière", l'on ne sert ni viande ni poisson"...

Mathieu Matégot est une figure à part dans la jeune génération des décorateurs. Comme Jacques Hitier et Gustave Gautier, la guerre coupe sa carrière et il se trouve emporté dans la "soif" d'ameublement et de décoration du logement qui suit la Seconde Guerre mondiale. Débutons par les informations que l'on peut trouver sur tous les sites internet : peintre et tapissier, il débute dans l'aménagement des décors provisoires aux Folies Bergères et aux Galeries Lafayette., et caetera

Mais (sur ce site), on évite de répéter ce qui est dit partout ailleurs alors nous allons plutôt fouiller la réception de son oeuvre dans les revues de décoration, Mathieu Matégot n'apparaît qu'en 1949 après le Salon de l’imagerie, où naît une certaine fraîcheur créative dans le mobilier de jardin. Il y présente un mobilier en tube de métal laqué blanc (Cap d’Ail) accompagné d’un paravent en tôle tréflée sur lequel s’accrochent des cache-pot eux-mêmes en tôle. Mais C'est en 1952 qu'il se fait véritablement connaître en multipliant les petits produits en tôle perforée : corbeilles, dessertes roulantes, et ses premiers intérieurs aménagés avec un mobilier que l'on réservait jusqu'ici aux "extérieurs".

Cette surprise crée par la légèreté d'un mobilier de jardin utilisé en intérieur lui vaut un succès croissant alors même que le meuble robuste et en chêne de la reconstruction finit par lasser les critiques. Matégot invente à ce moment des noms pour évoquer cette souplesse - comme du rotin - et cette finesse - comme de la tulle - du métal, c'est le ferrotin et la rigitulle !

Il séduit et apparaît donc de plus en plus souvent et, entre 1954 et 1956, il est omniprésent dans les revues de décoration. C'est alors qu'il reçoit les plus importantes commandes et renforce sa production à échelle quasi-industrielle. C'est dans ces dates que l'on voit que Matégot n'appartient pas à la génération des "créateurs de série" mais bien à celle des "designers" - ce que confirme ses démarche de création et de diffusion : favorisant des meubles-objets isolés, les effets sculpturaux et artistiques, les jeux de couleurs et d'ombres, le tout dans une production industrielle qui se présente sous l'angle du luxe et de l'originalité...





Intérieur de la saladière, via Décor d'Aujourd'hui n°98


En 1955, pour réaliser le restaurant "La Saladière" (avenue des Ternes, Paris, 17e arr.), Mathieu Matégot ne lésine pas sur la couleur et l'on sent que le style Knoll de l'exposition du Printemps impacte pleinement (voir Knoll France // Printemps 1955). Toutes les couleurs possibles apparaissent, y compris dans les ampoules colorées au-dessus du bar, ou dans un pan de mur intégralement doré.


Si un généreux collectionneur souhaite refaire l'intérieur de ce restaurant témoin, il trouvera son bonheur à la galerie Jousse (jousse-enterprise) s'il souhaite du vintage. Mais Matthieu Matégot est aussi une vedette qui a sa monographie (toujours chez Jousse), ses catalogues d'expositions, sa page Wikipedia.org et même son Facebook... Il est tellement bien connu parmi les designers des années 1950, que nous pouvons donc le trouver en réédition de qualité sur mathieu-matégot-furnitures.

Quand l'on voit la difficulté de meubler l'appartement témoin Perret au Havre et de retrouver les objets des débuts de la reconstruction - avec des décorateurs oubliés et des meubles trop sobres pour faire le bonheur des antiquaires - on peut se demander pourquoi Paris ne voit pas renaître ce "restaurant témoin". Il ne manquerait pas de succès dans un décor intemporellement surprenant et une nourriture toujours aussi branchée, plus de cinquante ans après !



meubles présents dans la Saladière, actuellement à la galerie Jousse