mercredi 28 mars 2012

Henri Lancel // Lévitan 1955

catalogue Lévitan, 1955

La fin de la modernité sociale correspond à son assimilation effective par l'industrie et les grands magasins de meubles, phénomène qu'accompagne une lassitude de la critique face à la banalité des modèles primés par le ministère (Centre technique du bois // concours 1954 & 55) et une fascination pour le modernisme états-unien (Knoll France // Printemps 1955). Alors qu'architectes et décorateurs font leur shopping chez Knoll, les fabricants de meubles s'approprient la Reconstruction en tant que "style". En 1954, Henri Lancel crée plus de 150 modèles et une maison préfabriquée en bois pour les grands magasins du Printemps (Henri Lancel // Printemps 1954). En 1955, il dessine une centaine de meubles pour "Lévitan jeune" ("boilavable" et "boimétal") où l'on retrouve les marques de ses prédécesseurs. Toutefois, contrairement aux difficultés que présentaient les premières recherches, l'industrie lui offre la possibilité d'innombrables variations grâce à ses moyens d'usinage et ses budgets. À la différence de René Gabriel, Jean Prouvé, Marcel Gascoin, qui ont consacré leur vie à affiner un seul modèle optimisé pour "la série", Henri Lancel n'a besoin que de quelques mois pour en créer des dizaines concrètement produits par l'industrie. Inutile de s'acharner sur un détail, une finition, une matière, une méthode, ces petites économies n'ont plus aucun sens. Les créateurs perdent alors leur légitimité pour revendiquer une forme vraie adapté à l'industrie : elle n'existe pas. L'illusion du Bauhaus n'est plus possible et la modernité se trouve ainsi condamnée à devenir un style. Le "mobilier industriel" retrouve sa légitimité et reprend ses habitudes d'imitation, le copiage reposant désormais sur le moderne (qui remplace l'ancien) : si certains meubles de Lancel sont de véritables créations, la plupart apparaissent comme des copies ou mixtures (le bureau 953 est, par exemple, à mi-chemin de Jacques Hauville et d'Alain Richard). Quoiqu'il en soit, la création réside moins dans l'invention d'un langage moderne que dans la manipulation d'une grammaire moderniste pré-inventée. Le créateur de modèle de série n'est plus un maître dont la signature graphique est reconnaissable mais un grammairien anonyme qui sait se saisir des inventions graphiques passée pour en faire la synthèse dans une gamme (au service d'une marque)...

1955: Reconstruction style is dying and the light wood passed into disuse among creators, industry takes hold of this last trend that had been designed just for that. Among the brands in that capture, Levitan is one of the first, after undertaking Henri Lancel. Thus were born the lines "boilavable" and "boimétal" ... Included lessons of Gascoin, Bessie, Landault, Hauville, Hitier, etc.. If reporters initially shows her enthusiasm, then soon forgets: so too much, although it is acknowledged that good taste finally enters into mass market ...

extrait du catalogue Lévitan de 1955

Henri Lancel pour Lévitan, séjour de 1955, via Joie et couleur dans la maison









extraits du catalogue Lévitan, 1955









illustrations via Décor d'aujourd'hui, n°95


"Ce living-room de Lancel a fait sensation chez Lévitan. Pour 100.000 francs seulement! Pour ce prix sont fournis tous les meubles, le tapis et le luminaire ! Un buffet à portes coulissantes (éventuellement laquées de couleur), une table à deux allonges recevant jusqu'à dix couverts, quatre chaises, un fauteuil, une table basse, un divan avec sommier, matelas, traversin et housses. Tout cela pour le prix d'un réfrigérateur ! Il fallait, pour concevoir ces meubles, un décorateur de talent. Mais il fallait aussi, pour les réaliser correctement, un fabricant de valeur, afin qu'ils puissent, à coup sûr, être garantis pour longtemps."

Joie et couleur dans la maison (p.50) :


"Le décorateur Lancel, dont nous avons déjà signalé la triomphante intrusion dans le rayon de meubles du Printemps (nous ne parlons pas ici de Primavera qui a toujours donné l'exemple du souhait le plus séduisant de recherches esthétiques) vient de faire, chez Levitan, lequel n'avait pas toujours donné l'exemple d'une aussi haute compréhension des efforts de nos décorateurs modernes, une petite révolution."

Décor d'aujourd'hui, n°95, p.275


Les meubles " boilavable " sont fabriqués selon une technique entièrement nouvelle vous assurant toute satisfaction et un usage encore inconnu.
- Le séchage des bois est contrôlé avant leur utilisation.
- La colle spéciale employée peut subir indéfiniment les effets de l'humidité ou de la chaleur.
- Nos vernis cellulosiques à haute résistance ne s'altèrent pas au contact même répété de l'eau. des alcools et acides comestibles. des colorants ou des corps gras. Ils permettent ainsi un entretien facile: un simple coup de chiffon et vos meubles sont impeccables.
- Un emploi rationnel des matières plastiques de couleurs apporte une note de clarté et de gaieté.
Ces ensembles ainsi mis au point dans l'esprit nouveau ne sont ni des copies, ni des inspirations de productions étrangères et sont traités dans les grandes règles d'élégance et de qualité de l'ébénisterie française, tout en répondant aux besoins de place et d'usage fonctionnel. Les meubles « boilavable» sont particulièrement recommandés pour les climats chauds et humides. Une expérience concluante a été faite : une pièce de bois employée couramment dans la fabrication de ces meubles a été plongée complètement dans l'eau pendant plus d'un mois ; il a été constaté qu'elle n'avait absolument pas souffert de ce séjour et un coup de chiffon a suffi pour lui redonner son éclat primitif.



Extrait du catalogue Lévitan, 1955