mardi 6 mars 2012

Gustave Gautier // tables gigognes

tables gigognes de Gustave Gautier, collection GG

Dans le paysage des créateurs de la Reconstruction, Gustave Gautier (cf. biographie sur Docantic) s'associe à l'idée de robustesse en utilisant de larges sections de chêne et de solides assemblages. Cependant, il existe un domaine où il allège avec bonheur ses lignes : les "petites tables volantes" gigognes servant de porte-plantes ou de dessertes. Il donne ainsi sens à ce type de tables souvent plus décoratives qu'utiles... Un bref historique et quelques photographies.

Among the designers of Reconstruction, Gustave Gautier (see biography on Docantic) supported the idea of ​​robustness using large sections of solid oak and assemblies. However, there is one area where it lightens with happiness his lines: "small nasting tables" using pull-door plants or cofee tables. A brief history and some photographs from the GG collection.


C'est au Salon des artistes décorateurs de 1949 qu'il présente pour la première fois une table basse de forme très allongée avec plateau en glace. Il y ajoute tout d'abord une seconde table très longue et plus épaisse afin de former un vaste porte-plante sous lequel se glisse une petite desserte servant d'appoint. Enfin, la série des trois tables gigognes pouvant s'assembler librement apparaît en 1950 dans une exposition qui va faire date aux Galeries Lafayette et nommée "intérieurs jeunes", suivant l'idée des grands magasins qui justifient la simplicité extrême du moment en l'associant à une clientèle "jeune" (qui a donc peu de moyens et de petites surfaces de logement)... Certains critiques en admirent aussi la robustesse, l'honnêteté, c'est le cas du Décor d'Aujourd'hui qui le décrit ainsi dans le numéro 76 de 1952-1953 (p.107) :

"Gustave Gautier dit toujours avec une robuste simplicité ce qu'il veut dire. Son art, féru de logique, essentiellement cartésien ne se preocctue pas de mode. Il est bien français et ne va pas chercher en Suède ou en Italie un assouplissement de ses formes. Son bois suit l'architecture du mur et aucune ressemblance au rognon ou à l’os de mouton ne vient en amollir l'aspect. Cette tendance, qui provient directement des théories mises en œuvre par Francis Jourdain, Mallet-Stevens ou Herbst et qui fut fort en faveur parmi nos avant-gardes il y a trente ans, retrouve aujourd'hui un exceptionnel éclat, non seulement à cause du succès de Gantier, mais parce que de très jeunes artistes, ceux qui exposent à la galerie Mai, comme Loubaud par exemple, prônent à nouveau cette exemplaire correction architecturale et dépouillent, dans ce sens, leurs ouvrages. Et ce n’est point pour nous déplaire."



 
Le jeu des tables gigognes connaît un très grand succès pendant la Reconstruction. Le souci affirmé du gain de place conduit inévitablement à penser des meubles modulables et faciles à ranger mais il faut admettre que le format traditionnel est assez peu fonctionnel en dehors d'une desserte pour apéritif, (même s'il est souvent réutilisé comme chez Royère, Old, Raphaël ou Dumond). C'est finalement dans le meuble de jardin et le meuble métallique que ces petite table vont assumer leur usage de "table à apéritif" en réduisant leur taille (Cruège - voir Tables Partroy // Pierre Cruège, Hitier, Matégot), mais seuls deux décorateurs les ouvrent à un usage moins ponctuel : Marcel Gascoin qui augmente les dimensions afin que seule la plus petite table servent de desserte et que les deux autres puissent fonctionner comme bureau voire table de repas ; le second est Gustave Gautier qui s'en sert de porte-plante.

Ces tables-gigognes porte-plantes sont donc des exceptions dans le paysage du meuble. Leur construction est robuste et minimaliste : deux montants reliés par deux barres horizontales supportent une glace débordant suffisamment pour être stable. La construction évoque une recherche pour que la forte section de bois nécessaire à leur stabilité n'alourdisse pas la perception visuelle, chaque pièce s'affine donc vers le bord extérieur en passant de 2,5 cm à 1,5 cm, offrant un profilé remarquable sur les angles. Un travail qui montre cependant la difficulté d'exécuter ce type de meubles en grande série, Gustave fait appel à des ébénistes et ce n'est que bien plus tard qu'il édite des modèles véritablement en série (chez Eros).