vendredi 17 février 2012

Meuble Oscar // Maison Française

éléments Oscar, illustration d'après Maison française, numéro de février-mars 2012, via dlcdlv_blog

Le dernier numéro de la revue Maison française s'attache au "vintage" et ce n'est pas une mauvaise idée : les riches amateurs d'art sexagénaires cédant leur place à quelques jeunes peu satisfaits des produits actuels et préférant le prix, la solidité, le côté bricolable et la simplicité esthétique du "vintage". Ils se revendiquent ainsi acteurs d'un "avenir différent" plus que victimes désignées de la consommation. Ils sont "nous". Maison française s'adresse donc à nous dans un bel article où la revue revient sur son histoire : celui-ci est consacré aux bibliothèque et meubles par éléments Oscar, de vieux amis aujourd'hui en vente au Cube rouge, où Jérôme Godin re-compose, un demi-siècle après, des meubles sur-mesure avec des éléments "vintage". Il faut aussi citer Metavita-Oscar, autre adorateur d'éléments de tous genres ...

The latest issue of the magazine Maison française attaches to "vintage" and it's not a bad idea: the rich art collectors yielding their place to some young people dissatisfied with the present products and preferring the price, the strength, the side serviceable and aesthetic simplicity of "vintage". They claim as a "different future" than intended victims of consumption. They're "us". Maison française is thus addressed to us in an article tells her story. This one is dedicated to Oscar elements, old friends now on sale at Cube Rouge Antiques, where Jerome Godin re-composed, half a century, furniture bespoke with "vintage" elements.


Le nom du créateur d'OSCAR est Didier Rozaffy (voir Meuble Oscar // Didier Rozaffy) mais il n'apparait pas dans les publications de l'époque  : beaucoup des dessinateurs de modèles de série au début des années 1950 disparaissent ainsi sous une marque. Le premier design n'a pas encore le culte de la personnalité et préfère le support démocratique de l'enseigne à celui d'un individu-créateur-décorateur quelque peu divinisé, comme nous en voyons foultitude désormais. Ne critiquons cependant pas cette manoeuvre extensive du marketing mettant en avant le nom du créateur puisque celle-ci a été grandement inventée par Marcel Gascoin, pour lequel nous avons la plus grande admiration... La publicité n'a pas toujours été destinée aux gogos : au début des années 1950, tout s'invente, le marketing et la qualité peuvent se confondre - ignorant encore que le premier peut se passer totalement du second !

Oscar est l'un de ces produits où le sens de la promotion rejoint celui de la qualité et de la modernité. Il y a une volonté de vente évidente derrière cette marque qui cherche à s'imposer à la place de son concurrent né avant-guerre et suivant encore la lourdeur esthétique de l'Art déco : la marque MD. Un rude concurent qui va finalement remporter le marché et absorber son adversaire. La défaite d'Oscar nous conduit une fois de plus à réfléchir sur la difficulté qu'ont les créateurs de série à imposer une esthétique contemporaine plus légère et plus économique. Malgré l'intégration de ces éléments dans les prestigieux stands de l'UAM à partir de 1950 et dans ceux de l'ACMS jusqu'en 1960, rien n'y fait ! Le côté cossu et charpenté des éléments MD a toujours plus de succès que la légèreté et le minimalisme d'Oscar...





extraits du catalogue 0SCAR, fin des années 1950

Les publicités OSCAR publiées par la Maison française entre 1950 et 1955 sont très nombreuses et permettent de voir l'évolution des modèles. Au milieu des années 1950, la marque OSCAR tente de se diversifier et crée des meubles dits "individuels". Leur modernisme est particulièrement poussé avec un bureau à la Perriand, une chaise et un lit à la Gascoin... Mais la plus belle invention de cette nouvelle gamme est très certainement la table entièrement escamotable inspirée du modèle traditionnel de la table de berger, et déjà visible dans les éléments Meyer présentés en 1948 au Salon des arts ménagers (Meubles de série // Arts ménagers)

publicités dans Maison Française, numéros de décembre 1950

publicités dans Maison Française, numéros de mars 1954 et de mars 1955

Pour en savoir un peu plus sur les avantages d'Oscar, on peut consulter le numéro de mai 1950 de Maison française ou le n°54 de la revue Décor d'Aujourd'hui. Un article intitulé "Une étonnante solution du meuble conçu par éléments" reproduit les premiers descriptifs donnés lors de l'Exposition de l'UAM aux Arts Décoratifs dans le Pavillon de Marsan au début de l'année 1950 :

"Comme nous l'avions prévu, le meuble conçu par éléments démontables, juxtaposables, superposables devient l'expression la plus humaine du meuble en série. Il était évident que, du jour où ce genre de meubles pourrait être réduit en un jeu de planches et de chevilles, il serait alors facile de lui donner, grâce à la multiplicité de combinaisons possibles, de bonnes proportions. C'est le progrès que vient de réaliser le système "Oscar" que nous présentons ici.

En partant d'éléments très simples, pièces de menuiserie de formes brutales ou finement moulurées : socles, tablettes, montants. fonds, coulisses, etc., ce système permet, grâce à plusieurs jeux de hauteurs et de profondeurs, et seulement trois largeurs, une quantité de combinaisons telle qu'il est toujours possible, dans une dimension donnée, de composer un meuble parfaitement proportionné. Ces éléments peuvent être facilement exécutés en séries massives et les prix sont donc extraordinairement bas. D'autre part, une technique fort ingénieuse a permis, par l'usage d'une simple coulisse, de supprimer un montant sur deux, donc de résoudre la difficulté essentielle du doublage des montants, qui s'opposait jusqu'à présent à ce que le meuble conçu par éléments fût économique.

L'allègement des bords des tablettes par une mouluration heureuse, l'adjonction de cache-joints sur les divisions des parois latérales des meubles, la possibilité de jouer avec les surfaces de portes coulissantes en glaces ou en bois, avec l'ombre puissante aussi que donne l'absence de portes, font que le meuble ainsi constitué peut toujours être un beau meuble. Enfin la fonction est satisfaite sans que s'impose à l'esprit cette impression de sécheresse pauvre, de rigueur inhumaine que donne toujours le machinisme lorsqu'il n'est pas parfaitement adapté à la souplesse de nos formes et à la mollesse de nos chairs. Lorsqu’il n'est pas enfin hausse jusqu'à l'humain.

Nous considérons ce système comme l'un des aboutissements les plus prestigieux d'une formule qui est celle de l'avenir puisque, industrielle par essence, elle satisfait à la fois aux exigences de la matière et aux souhaits de l'esprit."





éléments Oscar, le Décor d'aujourd'hui n° 54, 1950

On peut également naviguer sur la toile pour chercher les informations. On en trouve chez quelques antiquaires qui ont découvert cette marque : à voir, entre autres, celui de metavita (petite histoire des meubles OSCAR). Mais, attention, quelques conseils avant d'acquérir des éléments : la marque ayant produit pendant une vingtaine d'années, on peut remarquer une évolution qualitative dans la production. Les premiers éléments édités, au début des années 1950, possèdent des finitions très poussées et des placages de grande qualité : on peut aisément les reconnaitre aux bords entièrement adoucis des poignées-raidisseurs des portes coulissantes. A partir de la fin des années 1950, les coupes sont plus franches. Dans les années 1960, le placage perd en épaisseur et n'est plus collé sur un latté mais sur un bois aggloméré - il est évidemment beaucoup moins résistant... Enfin, dans les années 1970, les rainures où glissent les portes sont renforcée par des baguettes plastiques. Les socles et la découpe des vitres évoluent également mais tout reste compatible...

Concernant le choix du bois et des finitions, le chêne clair (ou moyen) ciré est bien entendu celui qui correspond le mieux au style reconstruction. Il est plus simple à intégrer dans un ensemble de la même période bien qu'il soit plus rare car il correspond au lancement de la production, avant que la vogue du chêne clair ne s'atténue... Quand la marque OSCAR diffuse plus largement, de la fin des années 1950 aux années 1970, l'acajou (Sipo) moyen ciré apparait comme la nouvelle mode - sans doute parce qu’il s'assimile au teck scandinave - et les ensembles sont donc plus fréquents et souvent agrémentés de verres peints en couleur. On peut juste déconseiller les éléments en acajou fonçé ou verni, souvent tardifs, où le rapport à la matière est tristement gommé par les finitions. Enfin, particulièrement rare, nous avons également rencontré des éléments en frêne blanc chez un architecte ami d'André Lurçat, sans doute sur-mesure...

Pour la taille, il existe trois épaisseurs, trois largeurs (60, 75, 98) et trois hauteurs (23, 37, 46).

Il ne faut pas oublier qu'au début de la production, les fabricants d'OSCAR revendiquent un rapport au client de type ensemblier. Les "experts" d'OSCAR se déplaçait chez l'acheteur pour prendre les mesures et faire des propositions, puis ils venaient ensuite poser ou transformer le meuble... Ce "service clientèle" explique certainement le soin accordé à la fixation murale par de lourdes équerres et à l'insertion des goujons, qui se retirent très facilement aujourd'hui encore grâce à une fine couche de talc. Si l'idée du meuble facile à monter soi-même est omniprésente dans la publicité, on en est encore assez loin dans les années 1950 !


pochettes dossier suspendu avec la marque OSCAR

équerres pour éléments à suspendre, métal et métal avec sabot en frêne

finitions des éléments produits au début des années 1950

cache-joints en frêne blanc, chêne clair, chêne moyen, chêne moyen verni, acajou moyen verni, acajou foncé verni







Oscar, unité avec table escamotable, 1955, collection GG