vendredi 30 décembre 2011

Chahuts // blogosphère


René Gabriel, Marcel Gascoin, Jacques Hauville, Le Havre, Perret, Lods, etc. arrivent sur un site internet, mais ce n’est pas ce blog – sachons-le – tout ça pousse actuellement chez une très sympathique décoratrice parisienne (que nous allons nommer Mme S.) et fait fleurir une mine d'informations. Allons-y, même s’il est en construction - CHAHUTS.com - et fouillons. Pour jouer le rôle (ridicule) du jaloux et du possessif, faisons un petit reproche : le choix de "modernisme" en keyword, ce n'est pas la faute à Chahuts car c'est l'appellation légale, elle a cependant le défaut de laisser accroire qu'il n'existe qu'un code-langage... Mais nous savons bien que la chose est complexe.

Gabriel, Gascoin, Hauville, Le Havre, Perret, Lods, etc.. While on a website, our dream, right? Yes, but It is Not this blog - know it - now it grows from a Parisian gallery (an assembler, hidden yet) but you can believe the pipe: "It's big, big, big" . Come, even if it is under construction, on chahuts.com - take a good look down, look around a bit. Well, go, as I have to play the role of jealous, I'll make a small complaint: Reconstruction is "modern" and not "modernism." This is a project of society and not a language code (say before a fracture in 1954-1955). But I feel I'm going to meddle with the thing ...


Le site est né en décembre, dans une zone test, cherchant son webdesigner. Visiblement dans un certain raz-le-bol de voir toujours les mêmes noms-phares destinée à "faire vendre" dans la logique libérale d'un monde qui renforce les plus forts, enrichit les plus riches et médiatise les plus médiatiques. Aussi la redécouverte et réédition des Prouvé, Perriand, Paulin finissent par lasser, d'autant qu'elle étouffe la différence, et souvent les esthétiques qui obéissaient à des logiques moins visuelles... Que dire de plus.


Si Chahuts se spécialise visiblement dans les créateurs et les entreprises de meubles de série post-reconstruction, on y trouve la référence longtemps oubliée aux grands créateurs de l'immédiate après-guerre (Gabriel, Gascoin, et quelques autres) avec des définitions sympathiques qui se tourne largement vers des idées oubliées. Il y a encore quelques approximations mais c'est inévitable, c'est un très vaste territoire qu'il nous faut explorer !


Allez, en avant-goût, voici le texte offert en introduction :

Depuis (presque) la nuit des temps, la France, comme l'Italie, s'est positionnée comme un acteur majeur dans l'univers de (l'architecture), de la création de mobiliers et de la forme nouvelle.
Chaque roi (de l'Henri au Louis), chaque empereur (du 1er au 3) mais aussi chaque région (de l'intérieur normand à l'armoire bordelaise) a créé son style, un style facilement identifiable qui fait la part belle au décor, encore au décor, toujours au décor et à la taille imposante.
Après la seconde guerre mondiale, déjà forte de ce passé, la France réussit un nouveau virage, un virage cette fois à 190 degrés de sa tradition. Après quelques vicissitudes, des problèmes de traduction et (un brin) de franchitudes, ce nouveau virage dans la forme nouvelle prend le nom de Design.

Ne pouvant se rapprocher ni d'un roi, ni d'un empereur, ni d'une région, le mot finit par s'imposer de lui-même et ce d'autant que la France devient, après-guerre, un pays phare (si ce n'est le pays) du Design. Elle restera ce pays phare jusqu'à la fin des années 60, dépassée ensuite par le Danemark (l'élève ayant surpassé son ami en normalisant - aussi - sa production), l'Italie (qui réussit tout) puis par les Etats-Unis (qui, sans lourd passé historique à gérer, démarreront en trombe).
Rompant avec tous les codes, de l'ébénisterie, de la taille imposante, du cœur de cible en matière de clientèle et - surtout - de la bienpensance en matière de définition du beau, le Design made in France est porté par le Modernisme.

Profondément libre et attaché à cette idée, profondément humain et humaniste, profondément chahuteur, carrément contestataire, le Modernisme est à l'image de son époque. Il évolue avec un monde qui, au lendemain de 1945, (re)découvre la démocratie, la liberté individuelle, le vote des femmes et les indépendances avec, cerise sur le gâteau, cercle vertueux de la croissance et 30 Glorieuses aidant, un pouvoir d'achat en constante augmentation

Parce que créé pour les autres dans une véritable démarche du "au service de", parce que porté par des éditeurs - distributeurs chahuteurs aujourd'hui disparus, parce que né dans un pays où la grosse pièce (un brin) monumentale dorée et re-dorée est (quand même) reine, le Design made in France, malgré l'importante influence qu'il a eu à travers le monde, malgré le succès qu'il a rencontré dans les foyers, malgré son caractère carrément génial, (r)évolutionnaire à tous les niveaux, est tombé dans l'oubli.

Qui connaît aujourd'hui Jacques Dumond, Jean Prouvé, René-Jean Caillette, Marcel Gascoin, Jacques Hauville, Pierre Guariche, Charlotte Perriand, André Simard, Pierre David, Pierre Geoffroy, Alain Richard, Gérard Guermonprez, Pierre Paulin ou (par un grand bond en avant), Marc Berthier ou Olivier Mourgue ?
Allez, si, peut-être Jean Prouvé, Pierre Paulin et, maintenant, Charlotte Perriand ont-ils mieux résisté à l'oubli parce qu'emmenés par une pub, opérations à tiroirs top réussies, à grands renforts de gros coups de canons tirés par leurs ré-éditeurs respectifs, peu soucieux d'éditer du nouveau modernisme. Qui connaît aujourd'hui ces immenses créateurs fabricants qu'étaient SAM, Polymeubles, Polysièges (qui a fabriqué la plus belle des chaises-fauteuils de la seconde moitié du XXème siècle) ou Votre Maison ?

C'est pour rendre à ces immenses Césars (les Picasso du Design) ce qui leur appartient que Chahuts s'est lancé dans une chahuteuse aventure titanesque, lourde à porter, celle d'une plateforme explicative et interactive. Cette plateforme se présente sous la forme d'albums thématiques. Ces albums ont vocation à donner quelques clefs pour comprendre ou mieux comprendre ce qu'est le Design moderniste (français ou danois) et à être sans cesse enrichis.

En marketteur chahuteur, Chahuts a choisi d'alimenter ces albums avec un maximum de documents d'époque, y compris vidéos. Pas toujours fun, parce que loin des couleurs actuelles léchées en studio et retouchées sur logiciel ad hoc, ces documents (pas fun, donc) ont pour but de vous inviter à aller voir les meubles modernistes, in-situ, de visu, en direct-live. Dès lors, en allant les voir, vous comprendrez de vous même, sans besoin d'aucun discours ni autre bla-bla...

N'engueulez pas trop Chahuts. D'abord marchand, antiquaire et assembleur d'intérieurs modernistes, il ne peut, faute de temps, qu'avancer doucement sur la constitution des albums ... mais promet de tout faire pour (essayer) de respecter les deadlines indiquées et de consacrer un peu plus de temps au partage de ses connaissances et (dans le genre pas fun du tout) au scannage des documents.

Vous pouvez néanmoins engueuler Chahuts (pas trop quand même ...) puisque le site, se voulant le plus fidèle possible à l'esprit moderniste, est interactif. Vous pouvez y laisser tous vos commentaires, vos remarques, vos "j'aime", "j'aime pas", vos "pas d'accord", vos "d'accord" ... Chahuts vous souhaite en tout cas bonne lecture, bonne écoute des vidéos et espère que vous trouverez sur son site, qui n'est pas une plateforme de vente, au moins une réponse à vos questions.

Que ce site vous emmène (au moins un tout petit peu) à apprécier le mobilier moderniste, qui s'inscrit dans une grande et belle histoire, laquelle histoire a fait de lui un mobilier toujours innovant, toujours fonctionnaliste, toujours démocrate. Bref, un mobilier profondément BeAu mais pas BliNg bLiNg pour deux sous !
 "

Et puis cette définition du meuble moderniste : on y reconnait des principes qui se distinguent des critères habituels de jugement. Ce n'est pas seulement la fonctionnalité ou la nouveauté qui sont indiqués mais aussi l'économie, l'accessibilité, la production et la diffusion !

(1) un meuble / objet obligatoirement "démocrate", au prix accessible.

(2) un meuble (éclairage, lampe, siège compris) qui doit être conçu dans un ensemble cohérent (salon, salle à manger, chambre, bureau ...), jamais comme un élément isolé.

(3) un meuble qui doit répondre à un besoin.

(4) un meuble / objet, expression la plus proche possible du besoin, un meuble fonctionnaliste. Comme le précise Charlotte Perriand " Tout objet impose à la base une idée constructive. Avant toute idée constructive doit être parfaitement défini l'usage répondant à un besoin : la fonction".

(5) un meuble / objet, sans décor ni ajout décoratif superfllu. "L'étude du mobilier repose sur des principes logiques. Tous les efforts qui tendent à l'enjoliver sans raison utile doivent être évités. Sa beauté doit résulter de la composition rationnelle de ses éléments" (Charlotte Perriand). Marcel Gascoin dit la même chose : "La vraie beauté d'un objet résulte de sa parfaite adaptation à sa destination."

(6) un meuble / objet innovant par sa forme ; un meuble qui ne doit rien emprunter aux répertoires classique et de l'Art Nouveau : pas de forme galbée, pas de marqueterie (répertoire classique), pas de décors liés à la nature (répertoire de l'Art Nouveau).

(7) un meuble qui doit être fabriqué dans des matériaux jugés non nobles (reniant le répertoire des Arts Décoratifs) et qui doit intégrer les nouveaux matériaux. C'est l'ingéniosité, la créativité et la fabrication qui doivent rendre le meuble "beau", non le matériau.

(8) un meuble / objet qui (de fait) doit obligatoirement être produit industriellement, en série (qui n'est pas la même chose qu'en kit, à monter soi-même et livré en carton plat), aux éléments clairement identifiables et dont on doit voir la logique constructive.