jeudi 3 novembre 2011

Alfred Manessier // Appartement témoin

vestibule : Petit paysage néerlandais, 1955, huile sur toile, 73 x 43.5 cm, coll. particulière
via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris

"Dans l'intimité du peintre Alfred Manessier. Les années de reconstruction (1945-1964)" - l'exposition est déjà en situation au Havre. Alfred Manessier apparait donc dans l'appartement témoin Perret aux côtés des meubles de Marcel Gascoin. En exclusivité, voici l'exposition photographiée par Patrice Le Bris pour le service ville d'art et d'histoire - Unesco.

"Private life of the painter Alfred Manessier. Reconstruction period (1945-1964)" - the exhibition is in position now. Alfred Manessier appears in Appartement témoin Perret (le Havre), alongside Marcel Gascoin furniture. Exclusively, the exhibition is photographed by Patrice Le Bris.



Manessier au Havre. Un véritable évènement, ou un retour puisque l’artiste est ami avec Reynold Arnould et Henri-Georges Adam - donc un proche du futur Musée Malraux. Deux œuvres étaient déjà présentes au Havre : l’huile sur toile Apaisée, de 1952 acquise par Reynold Arnould en 1953 (placée dans les réserves du MuMa puis exposée entre 2006 et 2010 à l’Appartement témoin Perret) et une grande œuvre tissée, Espace sous-marin, réalisée pour le Port autonome du Havre entre 1964 et 1965.

L’exposition, dans une muséographie réalisée par Christine Manessier et Elisabeth Chauvin, présente une douzaine d’œuvres. Certaines sont très précoces (Noël et Le Bignon la nuit), d'autres plus tardive appartiennent à la période hollandaise (Petit paysage néerlandais et La péniche en fête), la majorité se situant autour de l’année 1950 pour correspondre à la chronologie de l’Appartement témoin Perret (1947-1954). A la liste présentée ci-dessous, s’ajoute deux œuvres dans la chambre des enfants (Voulez-vous danser la gavette ? A ma fille, Christine, huile sur toile, 1949, 46 x 55 cm, coll. particulière et Hiver enfantin, 1952, huile sur toile, 46 x 65 cm coll. particulière) et une dans la petite chambre (Passion selon Saint-Matthieu (étude), 1948, huile sur toile, 46 x 36 cm, coll. particulière.), ainsi que des maquettes et des photographies de l’artiste et de sa famille.

Cuisine : Le Bout de la jetée, 1953, huile sur toile, 57 x 57 cm, coll. particulière.
via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris
  
Salle à vivre : à gauche Noël, 1946, huile sur toile, 65 x 33 cm, coll. particulière;
à droite,  Le Bignon, la nuit, 1945, huile sur toile, 65 x 81 cm, coll. particulière.

 via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris


Bureau à gauche : Espace matinal (étude), 1949, huile sur toile, 38 x 46 cm, coll. particulière;
à droite : Les Signaux marins,1951, tapisserie - tissage Plasse Le Caisne, 150 x 80 cm, coll. particulière.
via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris


Salle à vivre : La péniche en fête, 1956, huile sur toile, 60 x 116 cm, coll. particulière.
via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris

Chambre des parents : Printemps Clair, 1952, huile sur toile, 81 x 100 cm, coll. particulière ; berceau famillial
 via Ville d'art et d'histoire © Patrice Le Bris



J’ai, pour l’occasion, retrouvé le numéro 50 de Connaissance des arts daté du 15 avril 1956 et consacré à l’artiste suite à l’obtention du prix Carnegie. Le Salve Regina de 1945 s’impose en couverture (acquis en 1947 par le Musée de Nantes). A l’intérieur, l’article est très bien rédigé et l’on y détaille presque en temps réel l’intérêt de cette « Nouvelle école de Paris » dans les années 1940-1950 qui intègre la modernité de l’abstraction sans pour autant renoncer totalement à l'espoir d'une impression sensible partageable, même confuse, ce que l’on classe dès lors en peinture non-figurative. Par exemple, pour évoquer le paysage de la ville du Havre, voici la description d’une illustration donnée en couleur dans ce numéro (p.35) :

« "Le petit port", toile carrée de 113 x 113 cm, est une des plus récentes peintures de Manessier. Comme dans toutes ses œuvres, le peintre a voulu traduire une impression ressentie devant un spectacle de la nature. Le tableau ne représente pas un port, mais il tend à donner la même impression que le spectacle d’un port : miroitement d’eau, animation de personnages, passage de bateaux, maisons au bord d’un quai. Le regard est rejeté sans arrêt d’un motif sur l’autre, d’une couleur sur l’autre, provoquant un effet d’animation qui peut être similaire à la vision que l’on ressent devant le spectacle d’un port. Les couleurs froides évoquent plus spécialement un ciel du Nord. Mais l’interprétation n’est pas limitée : l’impression que Manessier a reçue devant un port peut éveiller d’autres images pour d’autres personnes. C’est la position particulière de la peinture non-figurative qui demande au spectateur d’analyser ses propres sentiments devant un tableau. »





via Connaissance des arts, avril 1956, p.34-35.