vendredi 16 septembre 2011

Habitat d'urgence // Le Havre (2/3)

Baraquements le long du bassin du Commerce, carte postale photographie Fernez

Après la liste de quelques habitations ayant survécu (Habitat provisoire // Le Havre 1/3), voici leur histoire racontée par Bernard Esdrass-Gosse, un journaliste havrais qui s'est consacré à défendre la Reconstruction de la Ville par Auguste Perret. Médiateur de l'époque, il est connu pour ses cahiers où il recueille chaque détail de la destruction et de la réédification, une somme qu'il résume dans deux livres. Autant il s'enthousiasme pour Perret, autant il se désole du cafouillage concernant l'habitat provisoire ! Liste des remarques extraites d'Alors, les Havrais rebâtirent leur ville, tome 1, publié en 1951 par l'Entr'Aide...

After the list of a few houses that survived (1/4), here is their story told by Esdrass Bernard-Gosse, a journalist who has devoted himself to defend the Reconstruction of Le havre by Auguste Perret. Mediator, he is known for its notebooks in which he collects every detail of the destruction and rebuilding, he summed up in two books. Much enthusiasm for it Perret, as he laments the mess on temporary housing! List of notes taken from Alors les Havrais rebâtirent leur ville, Volume 1, published in 1951 by Entr'Aide ...


Juste après les bombardements de septembre 1944, les Havrais connaissent la période du provisoire. Des centaines de baraquements s’insèrent la ville et dans ses environs. Quatre étapes forment grossièrement une suite chronologique  : tout d'abord les cités commerciales et les sièges d'entreprises (1944-1945), les baraques "catastrophes" et "françaises" (1945-46), les maisons importées de Suède, Finlande, Suisse, Canada, Etats-Unis (1946-47), puis l'aménagement des camps "cigarettes" laissés par les soldats américains (1947-48). Bien entendu, tout ceci se chevauche au gré des hésitations politiques ! Une histoire écrite, un peu dans le désordre, par Bernard Esdrass-Gosse dont les extraits suivent... En 1949, le provisoire s'arrête et les seules maisons construites sont "définitives" !




Cité commerciale Thiers, collection GG

[p.32] : 1944 - Comblement de bassin et cité commerciale

Un peu partout s’élèvent des constructions provisoires. Nulle part on n’en voit de terminées. Là aussi, la construction est fort lente parce que les entrepreneurs ne disposent pas de bois de charpente nécessaire.
Restent les baraquements, la seule solution pratique maintenant, parce que rapide. Au 19 juin 1945, cinq cents avaient été demandés. Une quarantaine sont arrivés, mais aussitôt, un ordre du Ministère de la Reconstruction a enjoint de les envoyer dans les régions minières dévastées qui, elles aussi, ont bien besoin d’abriter les travailleurs parce que de la production de nos houillères dépend la fabrication des matériaux indispensables à la reconstruction. Mais pour les Havrais, le problème n’en reste pas moins posé et sans atténuation de gravité : avant l’hiver il faut absolument que cinq cents baraquements, de trois pièces chacun, soient implantés. Pour beaucoup de femmes et d’enfants c’est une question de vie ou de mort.

Au lendemain de la libération on pouvait croire que c’en était fini des destructions, des ruines, et que les Havrais n’avaient pas absolument tout perdu puisque subsistaient encore quelques-uns de leurs souvenirs, quelques lieux de la ville qui constituaient non seulement des témoins du passé mais aussi une parure.
Pourtant, aux ravages de la guerre se substitua la menace des démolisseurs et ceux qui n’étaient pas « nés natifs » du Havre entreprirent de combler son berceau, le bassin du Roy, malgré la décision d’un ministre qui avait compris le caractère de la cité, des hommes de la cité et les avis d’un maire qui voulait bâtir et non détruire. [[p.33] dessin Ruines du Musée des Beaux-Arts [p.34] [p.35]] Parmi les amis du Vieux Havre, les écrivains et les artistes, ce fut une belle émotion qui se traduisit par des protestations et des interventions qui, heureusement, malgré une malencontreuse campagne de presse, à ‘laquelle une autre répondit d’ailleurs, parvinrent à sauver ile bassin du Roy et son voisin du Commerce, qu’également l’on voulait combler avec’les décombres provenant du déblaiement. Ces décombres qui, par la suite, furent si précieux pour la voirie et la construction provisoire.

Cependant, faute de pouvoir envisager la reconstruction définitive dans un avenir proche, on s’organisa dans le provisoire. Et c’est ainsi que naquit l’idée d’une cité commerciale. Si le relogement provisoire de tous les sinistrés havrais posait un problème dont la solution se heurtait à de nombreuses difficultés, le relogement des commerçants sinistrés n’en rencontra pas de moindres. C’était également un problème irritant puisqu’on connait le risque de créer deux catégories bien distinctes : ceux qui avaient de l’argent et ceux qui n’en avaient plus. Un logement ne se vend pas, mais, en principe, la cession d’un local à usage commercial dans tous les cas, comporte une transaction. Et l’on put voir que rares étaient les firmes importantes dont les magasins avaient été totalement détruits, qui n’avaient pas eu la possibilité de reprendre une activité commerciale souvent fort étendue. La victime c’est toujours le petit.

Les premiers projets de relogement des commerçants comportaient tous des dépenses à la charge du sinistré parce que nés de l’initiative privée. Dépenses qui pouvaient mener loin puisque des baraques en cours de constructions, sur la chaussée Thiers par exemple, parties d’un prix unitaire de 120.000 francs, passèrent successivement à 130, l50, [p.36] pour atteindre 180.000 francs, aménagements intérieurs non compris, ceci pour une concession dune durée de trois ans. Dépenses disproportionnées, ne pouvant être récupérées sur la clientèle. Mesures qui avantageaient de façon flagrante le sinistré total ayant des réserves liquides par rapport au sinistré total ayant réellement tout perdu : remise en marche de son commerce, reprise des contacts avec la clientèle et celle de ses confrères non réinstallés, maintien de son enseigne commerciale, d’où avantages certains pour l’avenir. La concession des locaux provisoires à usage commercial ne devait donc pas être un privilège. S’il devait en être autrement. En toute justice, il convenait que l’attribution fut faite d’abord aux commerçants ayant tout perdu, aux plus défavorisés par le sort.

Dans un esprit plus égalitaire, la création d’une cité commerciale fut alors envisagée sur l’emplacement de l’ancienne caserne Kléber. Le projet comportait l’édification de baraques en dur, à cet emplacement et sur celui des maisons sinistrées situées sur la partie de la ville comprise entre la Gare et les ruines des Nouvelles Galeries, ceci pour une durée de vingt ans. En bordure du boulevard de Strasbourg, sur une profondeur de quinze mètres, se seraient élevées des constructions à un étage, réparties en cinq blocs destinés aux commerçants puis, derrière, d’autres constructions destinées à la population sinistrée.


Maisons catastrophes (fonds Musées Historiques)

Entre temps, s’élevaient sur la place Thiers, les petites baraques, dites « catastrophe », édifiées en briques de récupération et couvertes avec les baraques de bois qui, sur les plate-formes de D.C.A. allemandes servaient d’abris aux habits verts. [p.37] Ce qui gênait les animateurs du relogement c’était l’interdiction formelle de bâtir, même provisoirement, sur les emplacements sinistrés. Ceci pour ne pas gêner la reconstruction définitive qui pourtant, ne semblait pas envisagée là prompte échéance. Cette mesure, évidemment, avait pour principal résultat de léser gravement les commerçants des quartiers totalement’ sinistrés au profit de ceux des quartiers légèrement atteints.

L’interdiction ayant être rapportée et l’administration responsable de la reconstruction considérant l’éloignement assez considérable de la Caserne Kléber, par rapport aux quartiers habités, une autre solution fut alors étudiée. Le projet de Cité Commerciale ne fut pas abandonné, mais sa réalisation envisagée dans un quartier plus vivant, au profit de tous les commerçants sinistrés, et à la conception des cinq blocs on substitua celle d’un pâté de maisons, comportant boutiques intérieures et extérieures, pouvant recevoir cent commerçants, devant l’église Saint-Michel, dans l’angle des rues d’Ingouville et Diderot, jusqu’aux magasins Prix Uniques.


Sud du boulevard de Strasbourg (Kléber, Palais de Justice, Bourse)

D’autre part, on conserva le projet de constructions commerces et logements - sur les emplacements libres du boulevard de Strasbourg, du côté Bourse, ct de la rue Thiers, de façon à créer un courant d’affaires continu Une première attribution de dix baraquements de trente mètres chacun, d’une conception vraiment pratique, en plâtre, avec double cloisons, couches et matelas d’air, tempérant l’intérieur suivant les saisons, fut obtenue du ministère, mais ils ne répondirent pas à ce que l’on attendait d’eux si bien que l’on en revint à la construction en briques de récupération. Toutes ces constructions nouvelles, de même que celles réalisées avant, furent attribuées par le canal des Ponts et [p.38] Chaussées en accord avec la Chambre de Commerce et le Syndical Général du Commerce et de l’industrie; les groupements professionnels étant seuls habilités pour prendre les inscriptions et déterminer la répartition de ces locaux qui furent non plus attribués à titre onéreux mais loués.

Cependant, les Havrais n’avaient pas perdu tout espoir de voir bientôt relever leurs ruines de façon définitive et l’Association des Sinistrés du Havre s’employait à démarrer la reconstruction tout en aidant à la construction provisoire. C’est ainsi que sur son initiative, cinq cents étudiants parisiens arrivèrent au Havre en juillet 1945, consacrant une partie de leurs vacances à travailler sur les chantiers; un deuxième contingent venant relever le premier le mois suivant. C’est une tâche extrêmement lourde que celle qu’assuma à cette époque l’Association des Sinistrés du Havre, en raison de la diversité des problèmes posés par l’invraisemblable situation dans laquelle Le Havre avait été mis.

Lors d’un entretien accordé à la presse par M. Robert Le Chevalier, président de l’Association, un rapide bilan put être dressé trois mois plus tard, qui surprit ceux qui n’envisageaient le problème que sous l’angle de leur cas particulier. D’abord, il convenait de définir nettement les données du problème, c’est-à-dire d’établir une distinction essentielle et de prendre les questions, nom pas par ordre d’importance, mais par ordre chronologique. 1° Le reclassement immédiat dans les conditions provisoires d’existence par un dépannage mobilier et vestimentaire, Ce fut le rôle de l’Entr’aide Française. 2" Le relogement provisoire, qu’on a tenté’ de réaliser par un effort important sur trois points : obtention de [p.39] baraquements - plus de deux cents sinistrés relogés - ; maisons provisoires en dur - cinq cents logements attribués aux prioritaires - ; enfin les maisons réparées - nombre infime de relogés, la plupart de ces maisons étant déjà occupées par les anciens propriétaires ou locataires.

Si l’on n’a pu obtenir de meilleurs résultats, c’est surtout une question de matériaux et là encore, aux réunions hebdomadaires qui se tiennent à, la Sous-Préfecture, la ténacité du représentant de l’Association a permis une amélioration surtout pour leur obtention, le transport échappant le plus souvent à toute règle logique. Il faut presque suivre un à un chacun de ces matériaux et surtout ne pas perdre la piste. Le financement des travaux intervient également. Tous les entrepreneurs ont fait d’importantes avances et l’argent ne rentre pas régulièrement. Quant aux travaux effectués par les particuliers, pour lesquels l’Etat devait faire des avances, on en est encore à attendre le premier versement. Enfin, gros obstacle encore : l’incompréhension ou le manque d’organisation de la production industrielle. Des matériaux existent pour lesquels on ne peut obtenir de bons de déblocage parce que la production ignore la plupart des stocks, se basant sur des statistiques généralement fausses. C’est une bataille de chaque jour qu’il faut livrer, heureux lorsqu’il est possible d’obtenir des bons de déblocage de confiance, en lassant l’adversaire. Ceci, c’est l’action d’ensemble de l’Association, le détail étant l’affaire des Comités de quartiers, en liaison avec le délégué de chaque canton siégeant au Comité directeur. En dehors de ce travail d’urgence, reste à régler le sort futur des sinistrés pour les remettre dans la vie normale, faire valoir leurs droits.

[p.50] 1945 - L’absence de maisons préfabriquées françaises

Enfin, les Halles-Centrales seraient transférées au Palais des Expositions ; le Rond-Point verrait la construction d’une maison des Syndicats, qui abriterait également la Bibliothèque Municipale; et la Bourse serait réédifiée au même endroit. Un historien relatait, après la démolition des archaïques fortifications en 1852 : « Pendant quinze jours, Le Havre n’est plus qu’un chantier immense, une fourmilière où chacun a sa tâche tracée. Une ville neuve s’élève comme par enchantement avec ses boulevards et ses squares. » A près d’un siècle de distance, pour d’autres raisons, la même tâche attend les Havrais qui, déjà dans leur ville donnent le même spectacle d’activité obstinée. Si l’on jetait les premières bases de la reconstruction future, le problème du relogement n’en était pas résolu pour cela et les erreurs de la construction provisoire commençaient à se révéler.

L’erreur initiale, d’où découla l’importance de celles qui devaient suivre et dont certaines - celles-ci étant la conséquence de celle-là - ne pouvaient être évitées, ce fut, au lendemain de la libération, l’interdiction ministérielle de réparer ce qui pouvait l’être. Si bien qu’après l’hiver, des centaines d’immeubles ont dû être abattus qui, normalement, à, cette époque auraient dû être réhabilités. L’erreur fut totale en ce sens que non seulement on ne répara pas ces immeubles mais que, à part les briques, les matériaux utilisables tirés des décombres, ne furent pas récupérés en vue de la reconstruction, provisoire ou définitive, mais vendus comme bois de chauffage. Et l’on put voir cette chose navrante : des prisonniers de guerre [p.51] allemands ou des administrations débitant de superbes pièces de bois de charpente pour leur chauffage de l’hiver, des portes, fenêtres, parquets, livrés au feu des tuiles, des ardoises servant â remblayer. Tous matériaux devant faire gravement défaut par la suite. Conséquence de cette imprévoyance, la construction provisoire de maisons en briques récupérées n’était guère évitable bien qu’elle constituât elle aussi une erreur.

En l’absence de tout plan, elles ont été édifiées la où l’on croyait qu’elles constitueraient la moindre gêne pour la reconstruction, ce qui, dans nombre de cas, ne fut pas la réalité. Pour obvier à la pénurie de ciment et utiliser au mieux les maigres attributions, le liant normal a été remplacé par un mélange à base d’argile, d’une durée très limitée, d’autant plus que .le sable utilisé fut du sable de mer, qui ne sèche pour ainsi dire jamais. D’où des constructions froides, humides, inconfortables et dont L’achèvement fut souvent arrêté par manque de bois de charpente et de menuiserie - ce bois récupéré si inconsidérément détruit. De plus, c’est la plus mauvaise opération qui pouvait se faire. Un placement à fond perdu, très onéreux, dont on ne pourra pour ainsi dire rien récupérer lorsqu’elles seront devenues inutiles. Mais, il faut bien le répéter, c’était là une erreur inévitable, consciente pourrait-on dire. En l’absence de tout envoi de baraquements, de toute réparation d’immeubles destinés à la population sinistrée, il fallait bien tenter quelque chose.

La maison provisoire idéale, si l’on peut s’exprimer ainsi, c’est la maison de bois - pas le baraquement, la maison parce qu’elle seule présente des qualités de confort: et petit être utilisée à d’autres fins par la suite. Mais là aussi une erreur a été commise, qui provient peut-être de cette [p.52] funeste tendance qu’ont les Français à admirer tout ce qui vient de l’étranger. Les maisons préfabriquées américaines qui ont été attribuées au Havre en sont un exemple typique. Peut-être conviendraient-t ’elles au climat californien ou ã celui de la Côte d’Azur mais, édifiées dans un pays à climat humide comme le nôtre, elles font montre de qualités pour le moins curieuses. Gonflées par l’eau, leurs parois de gyprock doublent, et même triplent, d’épaisseur, et naturellement, perdent leur consistance première en s’acheminant vers un état voisin de la pourriture. Ces constatations, d’autres ont dû d’ailleurs les faire avant les Havrais puisque ces maisons nous sont arrivées après un séjour en Angleterre d’où, gentiment, les Anglais nous les ont cédées. Et chacun sait que les Anglais ont eux aussi un urgent besoin de maisons provisoires.

Par contre. les maisons suédoises et canadiennes répondent fort bien à ce que l’on attend d’elles. Les françaises aussi d’ailleurs, mais on n’en voit peu, disons même qu’on n’utilise pas toutes les possibilités de la production. Témoin ce constructeur qui présente un modèle conçu de telle façon que tout, charpente et aménagements intérieurs, est démontable, sans dépradations, pouvant convenir indifféremment à un commerce ou à un logement, et qui n’a pu obtenir lu moindre commande bien que son prix de revient soit inférieur aux baraques d’origine étrangère, et qu’il ne demande aucune attributions de matière première pour une production annuelle de mille baraquements.

Le plan d’urbanisme Brunau ayant été approuvé, après quelques modifications sur le projet initial, par le Conseil Municipal, réuni le 28 février 1946, fut ensuite « révélé ›› aux personnalités havraises trois jours après. [p.53] Devant une assemblée représentant les diverses activités de la ville, administrations, sociétés, groupements et corps constitués, « l’assemblée des notables » ainsi que l’appelle M. Pierre Voisin, maire, fut donc présenté le fameux plan d’urbanisme Brunau, tel qu’il a été pris en considération par M. Billoux, ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, après quelques modifications apportées par M. Marrast, inspecteur général de l’Urbanisme. En l’absence de ce dernier, retardé dans son voyage par le mauvais temps, M. Pierre Voisin rappela brièvement la suite des événements qui se sont produits depuis le 24 octobre dernier, date à laquelle l’Assemblée communale s’était prononcée pour l’adoption du plan Brunau, à condition que soit reconsidérée la partie concernant le Sud du boulevard Foch et du boulevard de Strasbourg.

M. Auguste Perret avait alors fait connaître ses vues qui se traduisaient surtout par le fameux projet de surélévation et, prétendant que le plan Brunau ne lui permettrait pas la réalisation de ses ensembles architecturaux, avait demandé des modifications profondes. Après diverses interventions, rendues plus difficiles par la menace de M. Dautry de mettre au ralenti la reconstruction du Havre s’il n’était pas souscrit à certaines exigences, M. Pierre Voisin obtint que la partie non réservée du plan soit prise en considération.
Puis ce fut le départ de M. Dautry et une entrevue avec M. Billoux le nouveau ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, qui, faisant siennes les conclusions des techniciens sur le projet de surélévation - lequel eut nécessité une dépense supplémentaire de deux milliards et trente mille tonnes de ciment - décida son abandon et donna son accord pour l’adoption du plan Brunau, tout et autant que des modifications de détail seraient apportées pour...

[p.62] 1946 – question des camps américains, maisons suédoises

… Après avoir manifesté le plaisir que cause à la population tout entière la visite du ministre de la Reconstruction et de l’Urbanisme, et l’en remerciant, M. Pierre Voisin fit un bref exposé de la situation critique du problème du relogement. Il dit notamment les déboires procurés par l’utilisation des maisons préfabriquées américaines, qui ne correspondent pas aux conditions spéciales d’habitat imposées par notre climat, avant de présenter trois solutions qu’il préconise pour amener un soulagement des misères endurées par une population qui a déjà prouvé sa ténacité, son endurance, mais semble être allée à l’extrême limite des sacrifices.

D’abord, l’acquisition par l’Etat du camp Philip-Morris et du camp boulevard François-Ier pouvant, à eux deux, loger quinze mille personnes. Ensuite l’implantation de maisons préfabriquées du type suédois, afin de pousser la reconstruction définitive.

M. Pierre Voisin demande également l’attribution de rations supplémentaires en viande et en charbon, absolument nécessaires pour que la population sinistrée puisse participer d’efficace façon à la renaissance de notre ville qui doit s’opérer à la même cadence que celle du port.

Le maire souligne encore .la nécessité de la décentralisation entreprise par M. François Billoux et souhaite qu’elle se poursuive jusqu’à l’échelon de l’arrondissement, car nous ne vivons pas ici au même rythme que Rouen et souffrons par trop des lenteurs administratives à l’échelon départemental. [p.63] D’autre part, la répartition des matériaux attribués n’est pas logique, qui prévoit 2/5 pour Rouen, 2/5 pour Le Havre et 1/5 pour Dieppe et Neufchâtel. Le Havre, plus fortement sinistré dans sa ville et dans son port, peut prétendre à cinquante pour cent de ces attributions, l’autre moitié allant à Rouen et au reste du département. Par ailleurs, la reconstruction officielle ne peut disposer de matériaux qui existent en stock, mais qu’on ne distribue pas. Les règlements aux entrepreneurs sont longs et actuellement la construction est virtuellement arrêtée faute de ciment. Mille tonnes par mois seraient nécessaires. Cinq cents sont attribuées mais, en réalité deux cents seulement sont perçues.

En terminant, M. Pierre Voisin exprime à M. François Billoux les remerciements de toute une population pour son action énergique qui a abouti à l’acceptation du plan d’urbanisme, et rend hommage à la qualité des efforts cle MM. Marrast, Brunau et Auguste Perret. M. François Billoux remercie alors M. Pierre Voisin de ses cordiales paroles d’accueil et d’avoir posé un certain nombre de questions qui peuvent servir de base à la séance de travail qui doit suivre. Malgré qu’il soit partisan d’une reconstruction définitive accélérée, le ministre croit utile de prévoir encore du provisoire. Le mieux serait d’utiliser ce qui existe, les camps américains par exemple. La seule question qui se pose est de savoir si ces camps sont utilisables par la population sans grands travaux. Cette réserve faite, M. François Billoux se déclare en principe d’accord pour adopter cette solution si la municipalité ne doit pas y trouver de difficultés nouvelles.

[p.84] 1946 – baraques internationales (amérique, suède, finlande)

A eux s’étaient joints MM. Auguste Perret, architecte en chef de la reconstruction du Havre ; Jean Mairey, préfet de la Seine-lnférieure ; Labbé, délégué départemental du M.R.U. à Rouen. Ce fut réellement une journée d’études et de travail au cours de laquelle des décisions furent prises, dont on ne saurait se dissimuler l’importance. On était loin, évidemment, d’obtenir une satisfaction totale à tous les besoins et à tous les désirs, mais cette journée n’en restera pas moins une journée marquante dans l’histoire de la reconstruction du Havre parce que ce fut la première fois qu’après un exposé de chaque question urgente des engagements formels furent pris pour des dates précises. Après une visite des chantiers, la délégation s’était entretenue, au cours de différentes réunions, avec les représentants qualifiés des services locaux de la reconstruction, avec les techniciens, les délégués des différents groupements et organismes intéressés à une reconstruction rapide du Havre puis - à huis clos - en avait délibéré.

Si importants et si poussés furent ces travaux que l’horaire du tableau de travail fut quelque peu bousculé et qu’il fallut se résoudre à tenir la conférence de presse, prévue pour 18 h. 30, avec la séance qui, devant débuter à 18 heures, commença en fait deux heures plus tard dans la Salle des Mariages de la mairie provisoire. En présence de MM. Pierre Voisin_ maire ; Pierre Courant et Siefridt, députés ; Roger Séverie, sous-préfet; Roger Meunier, président de la Chambre de Commerce et du Port Autonome ; Pierre Callet, directeur du Port [p.85] Autonome, des représentants des différentes activités havraises, comités de défense (les quartiers sinistrés et techniciens de la reconstruction, et sous la présidence de Nl. Jean Mairey, préfet de la Seine-inférieure, les membres de la commission d’étude firent connaître les décisions prises.

Première mesure importante : La commission a décidé de doter les services locaux Je la plus large autonomie passible et d’accorder au Havre une priorité absolue pour les matériaux sur l’ensemble de la France. Et dès maintenant, sur les terrains où doivent s’élever les l.S.A.I., les travaux de battage et de forage vont commencer pour permettre la mise en route, au début de septembre des travaux de fondation. En ce qui concerne le logement provisoire, trois citées sont actuellement en cours d’achèvement. La Hêtraie d’abord, constituée par des maisons préfabriquées américaines. Celles-ci sont montées et il ne reste qu’à les relier à un égout qui devra être construit, et à amener le gaz. Les tuyaux nécessaires à ces canalisations étant difficiles à trouver, les services ministériels vont donc rechercher les usines ayant reçu des commandes de tuyaux de cette sorte et feront annuler leur destination première pour les attribuer au Havre. Ces maisons doivent être mises à la disposition des sinistrés le l5 octobre.

Ensuite Aplemont. Maisons préfabriquées américaines également, mais moins avancées qu’à La Hêtraie. Peinture et vitrerie font défaut, alors qu’elles figuraient dans les commandes passées aux Américains.
Elles seront disponibles pour le premier novembre. A ce moment, elles n’auront pas reçu tous les aménagements mais seront habitables. [p.86] Enfin la cité définitive d’Aplemont. Le ministre est D’accord pour que les maisons suédoises, construites ou a construire, soient considérées comme définitives. Vingt-sept logements restent à bâtir. Ils seront édifies sur caves et dotes d’un cellier. Reste à résoudre le problème des parcelles et des piquetages. Les travaux commenceront le l2 août. Dès maintenant, le Service du Logement est autorisé à procéder à des pré-attributions.Deux constructions définitives commencées ont été  interrompues et les chantiers abandonnés, leur coût était trop cher pour permettre un loyer normal. La responsabilité de l’architecte est engagée et un délai de quinze jours à été imparti pour présenter un projet acceptable par l’administration. Enfin l’implantation de soixante maisons est également prévue à Aplemont. Dès que seront passés les marchés, les travaux commenceront.

D’autre part cent soixante-dix baraques ont été attribuées au Havre en supplément du contingent tout d'abord prévu. Elles se répartiront ainsi : aux Neiges, 90 baraques à la disposition de la délégation locale sous quinze jours. Plus 30 autres dont l’arrivée est imminente. Ces 120 baraques seront édifiées et mises à la disposition du Service du Logement pour le 1er décembre. Cinquante maisons finlandaises - les Premières reçues en France - seront mises à la disposition dès leur dès leur réception et il sera possible d’atteindre rapidement le chiffre de deux cents baraques supplémentaires

Un problème grave se présente également : il est urgent de remplacer par des couvertures définitives le carton bitumé [p.87] couvrant les maisons sinistrées et les constructions provisoires. Les contingents de matériaux nécessaires seront passés au Havre en priorité.


Camp François-Ier, fonds Musées historiques

Quant à l’aménagement du camp américain Herbert-Tareyton, il présente des difficultés. Un premier appel d’offres a donné des résultats inadmissibles et les entrepreneurs soumissionnaires devront revenir devant l’administration. Sur les quatre lots dont il est divisé, un seul est adjugé et les travaux sont commencés. Les trois autres le seront prochainement. Engagement est pris de livrer le camp Herberl Tareyton le premier décembre aux sinistrés. Pour le camp François-ler, c’était surtout une question de crédits. Le principe des travaux a été décidé, cette question crédits ayant été résolue; mais le camp est encore en possession des Américains et on ne sait quand il sera livré. Chaussée Thiers, les travaux de la Cité Commerciale sont très avancés et les entrepreneurs s’emploient activement à terminer les aménagements intérieurs et à clore les boutiques. La première moitié sera disponible le l5 aout et la seconde à la fin du même mois.

Le plan d’urbanisme a été « pris en considération » il y a deux mois, ce qui permet de déclarer d’utilité et d’urgence certains travaux de voirie et de commencer le tiers des travaux prévus pour 1946. S’il n’a pas encore été soumis à l’enquête d’utilité publique, c’est qu’il était désirable que la copie du plan qui sera communiquée soit exacte, ce qui a nécessite un travail assez long. La dernière feuille du plan est parvenue au Havre il y la quelques jours et le tout sera remis à l’enquête au début du mois d’août.

[p.116] 1946 - La qualité des baraques

…Et de ces solutions, M. Lefebvre, président du Comité de défense des intérêts généraux et des sinistrés de Graville, en propose, en abordant le nœud du problème à dénouer en ce qui concerne les différentes étapes de la reconstruction future de ce quartier. La crise financière, où se débat notre pays menace d’être fort longue, constate-t’il d’abord, et la situation des sinistrés est de plus en plus critique.

La pénurie de logements va croissant, les habitants reviennent à une cadence accrue, car le manque de travail dans les départements d’accueil les oblige le plus souvent à retourner dans leur ville où ils ont l’espoir de vivre mieux et plus facilement. Ces causes de retour sont d’ailleurs multiples : le mal du pays, le travail, la suppression des allocations aux réfugiés, l’espoir de reconstituer un foyer qu’ils n’ont pu recréer ailleurs, la vie de famille beaucoup plus économique aussi, qui fait que beaucoup de femmes avec leurs enfants sont venues rejoindre le père qui, par son travail au Havre. assure le pain quotidien. Il ne serait d’ailleurs pas humain de fermer les portes de notre ville à ses propres enfants. Il y a au contraire intérêt à reconstituer sa force économique par le regroupement des habitants. Et puis, il y a aussi les travailleurs étrangers à la ville. C’est un fait indéniable que la crise du logement s’est accrue par suite de l’arrivée de nombreux ouvriers venus travailler à la reconstruction du Havre. Mais là, encore, nous ne pouvons empêcher ceux qui viennent nous aider à relever [p.117] nos ruines de demeurer dans nos murs, car nous avons besoin de bras et l’ouvrier d’élite ne se sépare jamais de sa compagne. Chacun sait que le Français n’est pas volontiers migrateur : pour avoir de bons ouvriers, il faut des logements sains et confortables. C’est à cette condition que nous pourrons disposer de main-d’œuvre hautement qualifiée. Depuis deux ans, de gros efforts ont été faits dans le quartier de Graville-Centre mais qui n’ont apporté qu’un soulagement passager, car les constructions qui ont été édifiées ne sont que des constructions provisoires vouées à une destruction assez rapide, surtout si l’on considère que leur prix de revient fait leur amortissement irréalisable, leur entretien coûtant plus cher que le montant de leur valeur locative.

Les constructions provisoires en briques hourdées à l’argile, qui sont humides, ne dépasseront pas dix à douze ans dans nombre de cas. Beaucoup moins, suivant leur exposition ou la nature du terrain sur lequel elles sont implantées. De plus, elles occupent une place considérable pour le logement qu’elles donnent.
Les maisons de plâtre, qui sont très humides et insalubres, doivent être abattues dans un délai assez rapproché. Elles constituent un danger public, tant pour le locataire que pour l’employé qui y travaille lorsqu’elles sont à usage de bureau.

Les constructions américaines sont d’une assez bonne condition, mais d’une solidité relativement faible, Leur montage nécessite de gros frais et leur entretien sera très coûteux, ces constructions n’étant pas conçues pour nos régions humides. De plus, leur prix d’achat est assez élevé er nécessite des devises étrangères.
Restent les constructions provisoires en bois. Plusieurs types ont été édifiés et de beaucoup la suédoise est la meilleure, lorsqu’elle a été montée avec soin, ce qui n’est pas toujours le cas ; le montage de ces baraquements ayant [p.118] été confiés à des entrepreneurs qui n’étaient pas toujours qualifiés pour exécuter un travail demandant beaucoup de précautions. D’autre part, la lenteur d’exécution des travaux en a compromis la solidité, les bois se sont échauffés et il est possible qu’ils pourrissent avant les délais prévus. Le prix d’achat de ces maisons préfabriquées est également élevé et exige des devises étrangères.

Le type « finlandaise » encore peu connu, une seule maison ayant été montée comme échantillon, donne à peu près tous les avantages d’une maison ordinaire d’une surface de soixante-douze mètres carrés. Mais son prix est très élevé et doit aussi être réglé en devises étrangères. Avec la même somme on aurait pu construire en dur avec des matériaux français, une surface de plancher égale à la sienne.

[baraques françaises] Pour tous les autres types de baraquements en bois, il y a beaucoup à dire. En général, ils sont faits avec des bois de mauvaise qualité, en sapin ou en pin des Landes pour la plus grande partie, c’est-à-dire en bois qui a été sucé de toute sa résine, ce qui compromet sa conservation. Il n’est à remplacer. De plus, le bois de ces baraques est très léger et l’épaisseur des cloisons de deux parties pleines, de dix, à douze millimètres, maintenues _à un écartement par un chevron de 4/4 ou une planche de six à huit centimètres en vingt-deux millimètres, fait en bois vert et mal joint. La toiture, les plafonds et les parquets ne sont pas doublés et il a fallu pour assurer un isolement thermique contestable, les doubler, entièrement avec des matériaux de cloisonnement coûtant très cher - gyprock, amiante compressée faisant à peu près défaut en France, qui n’en produit que 20 % de ses besoins, le reste, ou les matières les composant, devant être acheté à l’étranger.

[p.119] 1949 - Du provisoire qui coûte cher...

Certainement, la situation au lendemain de la Libération était on ne peut plus critique et il fallait y remédier au plus vite en constituant du provisoire avec les matériaux qui étaient sur place, et surtout avec ceux récupérés. Mais maintenant ? Mais aujourd’hui ?

Depuis deux ans, on a édifié du provisoire qui coûte cher, a pris une place considérable et menace de gêner le remembrement et l’application du plan d’urbanisme, sans pour cela apporter un soulagement notable, comparativement aux sommes formidables qui ont été dépensées. La crise du logement ne sera pas résolue avant vingt ans, si tout va bien. Donc, il faut passer du provisoire au transitoire, c’est à-dire que si l’on ne peut aborder partout le définitif, faire encore du provisoire mais mieux qu’on ne l’a fait jusqu’ici, et, en employant des matériaux français, faire du solide qui ne demandera pas d’entretien onéreux ct pourra être amorti par sa valeur locative.

Il faut penser que les propriétaires fonciers qui avaient des locataires, ne pourront pas reconstruire avant que leurs dommages de guerre leur soient intégralement réglés, à moins que des crédits leur soient ouverts jusqu’à la reconstruction complète de leur immeuble. Avec la législation actuelle - loi d’octobre 1946 - il est prévu le remboursement intégral des dommages jusqu’à deux millions avec une ouverture de crédits de 60% du montant des dommages à l’époque de la reconstruction du sinistre mis en cause. Le reste, par la suite, à une date non déterminée et selon les possibilités financières. Il est donc à prévoir que de nombreux petits propriétaires ne pourront pas faire l’avance des fonds nécessaires à l’achèvement de leur immeuble.
Pour le propriétaire qui avait des locataires et un ou plusieurs immeubles d’une valeur supérieure à deux millions,...


Baraques de Graville, fonds Musées historiques

[p.124] 1946 - Graville

…moins quatre ans pour remembrer, si l’accord se fait entre les services intéressés et les propriétaires.
La situation, à ce sujet, dans le quartier de Graville, est très difficile à résoudre et nous venons d’être avisés que les plans périmétraux venant d’être à nouveau modifiés, nous devons attendre que ceux-ci soient visés par le ministre de la Reconstruction de l’Urbanisme.

Attendre. Toujours attendre. Pendant ce temps, des cheveux blanchissent et de pauvres vieux sont mal logés, dans la misère, et quelquefois obligés de négocier leur sinistre à des prix bien inférieurs à la valeur réelle de ce qu’ils possédaient. Il faut donc dans ce domaine trouver un remède qui ne peut être autre que celui que nous avons toujours préconisé : ouvrir la période de reconstruction immédiatement et réaliser le remembrement rapide de notre quartier.

Nous savons que nous ne sommes pas les seuls, mais la situation de Graville est particulière car nous devons supporter le plan d’urbanisme qui nous dépossède de trop de terrain. Le quartier ne peut s’étendre ni au Sud, ni à l’Ouest, ni au Nord, limité par Aplemont, ni à l’Est par Harfleur. Trop d’emprises sont encore retenues et le manque de terrains de compensation nous laisse à penser que nous ne pourrons pas remembrer un grand nombre de propriétés. C’est pourquoi, le Comité de Graville-Centre a étudié un mode de constructions provisoires que nous avons soumis à la commission locale de reconstruction, après étude des constructions provisoires édifiées actuellement. Il est apparu que leur coût atteint et même dépasse 5.000 francs le mètre carré. Ces constructions, réalisées en tout ou en partie avec des matériaux achetés à l’étranger, n’assureront pas un logement sain et salubre pendant toute la période de reconstruction et seront d’un grand entretien.

[p.125] Il nous faut donc rechercher les terrains neutres sur lesquels on pourrait implanter des constructions provisoires en dur sans gêner le remembrement et la reconstruction définitive. Le manque de place se fait sentir pour reloger les locataires et il est nécessaire de réquisitionner des terrains dans la zone industrielle où l’on pourrait édifier du provisoire qui resterait le temps prévu pour son amortissement. La construction que nous préconisons a l’avantage de ne pas dépasser le prix de certaines baraques qui nous sont données à titre provisoire. D’un entretien presque nul pendant de longues années, elle assure un maximum de confort et de sécurité. Réalisée avec des matériaux neufs, elle résistera mieux aux intempéries et mieux que tout ce qui a été fait jusqu’à ce jour, elle assurera un plus grand nombre de logements pour la surface occupée.

Pour la réalisation de cette conception, nous avons recherché l’architecte qui nous a donné le plus de satisfaction et l’entrepreneur qui travaille le mieux et au meilleur prix. Nous sommes assurés que son prix de revient ne dépassera pas six mille francs le mètre carré et qu’aucun des matériaux employés ne nécessitera d’achat à l’étranger et par conséquent ne privera pas notre pays de précieuses devises étrangères.
En résumé, nous demandons : l° L’arrêt des constructions provisoires en bois qui n’assurent pas une durée maximum et qui ne pourront être amorties ; 2° L’application du plan d’urbanisme, mais qu’il soit revu dans le cas où de grosses économies seraient possibles en y apportant de légères modifications et une diminution des emprises ainsi que la réduction de la zone industrielle...


Cité Kleber, maison réhaussée, fonds Musées historiques

[p.160] doublement en hauteur des maisons à Génestal et Kléber

...revenir à une pratique qui, si elle. n’est pas idéale, n’en constitue pas moins une solution, même provisoire, même d attente. A la demande de la délégation havraise du ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme, une expérience a été tentée sur une maison provisoire construite en briques récupérées, avec un liant d’argile et de ciment, rue des Martyrs.

Conception nouvelle : il s’agit non plus d’implanter de nouvelles constructions provisoires mais de doubler la capacité de logement de celles qui existent par l’adjonction d’un étage en bois. Ce que l’on peut traduire de façon simpliste par : placer un baraquement sur une maison en briques. C’est là une méthode américaine, adoptée par l’Union Coopérative des Constructeurs, d’une grande rapidité d’exécution. Les éléments préfabriqués en usine sont montés sur place en cinq jours par une équipe de huit hommes, arasage de la maison primitive compris, c’est-à-dire l’enlèvement du toit.

Les constructeurs possèdent trois usines qui peuvent produire chacun des éléments nécessaires à l’agrandissement de 60 à 70 maisons. La sécurité est totale, le poids ajouté étant réparti sur l’ensemble de la construction et les deux parties, assemblées par une ceinture en béton armé, étant fixées par un ancrage sur les pignons. De plus, un système d’isolation spécial permet la même protection contre le froid qu’un mur de quarante centimètres en pierre. Rue Jacques-Louer, un autre essai fut tenté suivant le même principe, mais utilisant l’aggloméré au lieu du bois.  Et les deux procédés ayant été étudiés par les services du M.R.U., le premier fut retenu et les maisons provisoires [[p.161] Les ISAI de Graville en construction [p.162] [p.163]]de la cité Henry-Génestal et de la cité Kléber furent dotées d’un étage ainsi que quelques autres en divers points de la ville.