vendredi 1 juillet 2011

Auguste Perret // la reconstruction



Redécouvert grâce à la patrimonialisation de son œuvre, souvent perçu comme un "constructeur"
et parfois même regardé comme un "simple technicien", on étudie trop peu le regard qu’Auguste Perret porte sur les usages et les intérieurs. Impossible de parler simplement de fonction car il n’est pas fonctionnaliste : un handicap - aujourd’hui encore - face au troupeau d'architectes et de designers ânonnant la-forme-suit-la-fonction ! Fouillons la question. Partons du premier numéro du Décor d'aujourd'hui publié après la guerre, au début de l'année 1946, relisons l'introduction puis l'article d'Auguste Perret. Regardons ensuite comment se construisent de tels propos à travers quatorze extraits - ni plus ni moins - tirés d'un ouvrage de référence : Auguste Perret, Anthologie des écrits, conférences et entretiens (Christophe Laurent et al., éditions du Moniteur, 2006). Un livre très complet où il ne manque que l'article du Décor d'aujourd'hui... On découvre ainsi la complexité du personnage qui n’est pas un inventeur mais un architecte, au sens noble du mot : celui qui organise en toute conscience, puise dans le passé et le présent, cherche les méthodes et les compétences permettant d’exprimer au mieux l’Art de bâtir. Sans doute l’une de ses principales "découvertes méthodologiques" consiste à articuler structure et remplissage, relier le domaine scientifique de la matière (donc d’une vérité tiré du matériau, de la gravitation, du climat, de la technique productive) avec le domaine subjectif des usages (disons le relativisme des sciences sociales, des normes), l'un proche de l'immuabilité et l'autre de la flexibilité. Dans cette oeuvre, forme et fonction ne jouent pas dans les mêmes temporalités, l'architecture apparait donc comme l'art de trouver les plus justes "points d'appui".



Introduction à la réédition du Décor d'Aujourd'hui. La "grande série" : fruit de l'union des artistes et des industriels est le seul moyen de reconstruire la France


Le « Décor d'Aujourd'hui» reparaît. La catastrophe qui a ensanglanté notre planète et qui se solde pour le monde par un désastre sans précédent, pose aujourd'hui, avec une acuité encore accrue, les problèmes pour lesquels nous avions entrepris, voici treize ans, notre combat. Un combat pacifique.

Nous pensions, et nous pensons toujours, que toutes les turpitudes sont possibles et presque fatales dans un monde où rien de vraiment utile et sincère n'est fait en vue de l'éducation des masses. Et dans le domaine précis et restreint où se limite notre lutte, nous souhaitions que l'homme pût évoluer dans le confort et la beauté, et non dans le désordre et la laideur. Nous voulions que, parmi 1'abondance à quoi le machinisme 1'avait fait parvenir, et dont il ne pouvait ou ne savait profiter, il souhaitât de se créer un cadre conçu pour soi, pour ses besoins les plus matériels et les plus élevés, où ses aspirations les plus hautes pussent se développer dans l'harmonie.

Nous pensions que l'homme dont l'enfance et toute la vie se passent dans des volumes mesquins, sans fleurs, sans soleil et sans que l'amour de son prochain ne vienne entourer son progrès de rythmes heureux, de proportions choisies, ne pouvait remplir dignement sa mission.

Et le drame, surgi, nous a montré combien tout cela était vrai.

Nous voulons maintenant reprendre la lutte.

Autour de nous, partout, des ruines, la misère. Toutes les misères, physiologiques, matérielles, morales... Alors que l'abondance était à nos portes, alors que notre Économie allait pouvoir, cessant d'être mercantile, devenir distributive. Voilà où nous ont conduit les égoïsmes, qu'ils s'appellent orgueil, volonté de domination ou de lucre.

Mais trêve de regrets superflus! Il faut reconstruire et non pas au hasard, comme cet entrepreneur qui jetait sa casquette vers un point du chantier pour indiquer à ses compagnons où s'élèverait le mur, mais d'après des plans sérieusement établis et où le développement harmonieux de l'homme aura enfin la part majeure.

Notre action se déroule sous le titre : le Décor d'Aujourd'hui, or, « aujourd'hui » signifie pour nous la ville verte où les enfants et les fleurs doivent vivre, et dans cette ville, le logis où l'homme peut accéder aux diverses conditions qui lui permettent le bonheur. C'est la maison où les femmes ne sont plus occupées tout le jour aux besognes serviles, où l'électricité, l'eau, la vapeur sont distribuées de telle sorte qu'elles autorisent, en même temps que la T.S.F., les machines à balayer, à laver le linge ou la vaisselle, à éplucher les légumes, à nettoyer les chaussures. C'est la maison où ces progrès sont à la disposition de chacun, qu'il soit pauvre ou riche, comme une sorte de minimum nécessaire à la [p. 4] vie, comme cet air que l'on respire et sur lequel jadis 1'État, méconnaissant sa fonction, percevait, par l'impôt des portes et fenêtres, une dîme inadmissible et que 1'on n'admet plus. C'est la ville ou les maisons ne sont plus construites pour rapporter aux propriétaires le plus gros intérêt possible, mais pour satisfaire à leur fonction, qui est de donner aux hommes des logis convenables. C'est le logis enfin dont les éléments vitaux nécessaires à chacun ne seront plus bannis et où l'on pourra entrer en n'y apportant que les objets personnels sur lesquels on se couche, on s'assoit, grâce auxquels on mange, on boit, on s'habille, on se nourrit.

Et c'est pourquoi nous voulons que l'Industrie, enfin associée aux artistes, vienne au secours de l'homme pour lui donner un habitat où il se plaise et qui ne l'oblige plus à chercher hors de son milieu naturel qui est la famille, les joies et les distractions auxquelles il a droit.

C'est donc pénétrés de l'importance que prennent, aujourd'hui, du point de vue social, le confort et l'esthétique du logis, de leur rôle éducatif primordial, que nous avons voulu connaître la doctrine des pouvoirs publics en ce qui concerne la Reconstruction. Dès l'abord, nous nous sommes heurtés à une confusion, à un désordre extrêmes. Les responsabilités sont réparties sur trois Ministères... et, entre le Comité du Bois, la Commission du Meuble de France, la Ligue Urbaine et Rurale... que sais-je encore, on ne sait où frapper. Celle-ci tente à juste titre de réglementer la profession de fabricant de meubles et d'y introduire un minimum d'obligations esthétiques. Mais les fabricants de meubles veulent conserver leur privilège de pouvoir, à leur guise, être des éducateurs honnêtes et sains ou des empoisonneurs du goût public. Et dans un moment dramatique, où chacun devrait être au service d'une seule idée, celle de reconstruire la France pour le plus grand bien des Français, on assiste à des rivalités mesquines, à des luttes d'intérêts, à des gestes guidés par des préoccupations sans noblesse.

Pourtant, s'il y a un Ministère qui a bien compris sa tâche, c'est celui de la Reconstruction. L'un de ses directeurs, M. Prothin, nous a communiqué les notices par lesquelles il renseigne les architectes sur les caractéristiques minima des habitations qu'ils doivent construire. Voici son avant-propos :

« L'habitation doit permettre le développement harmonieux de la famille. L'air et le soleil doivent y pénétrer largement. L'habitation ne constitue pas qu'un abri. Elle est aussi une protection contre le froid, contre la chaleur, contre le bruit. Les travaux ménagers doivent y être aisés. Enfin, l'espace intérieur doit y être judicieusement distribué pour que la vie commune y soit agréable et que la vie individuelle ne soit pas étouffée. »

Puis, après avoir prévu la composition du logement, les pièces nécessaires et leurs dimensions minima, il suppose les espaces verts, détermine 1'orientation des pièces, s'étend longuement sur l'équipement de l'habitation en ce qui concerne l'alimentation, l'hygiène corporelle et le lavage du linge, le rangement.

Par ailleurs (revue « Échange », février 1946), cet animateur excellent avait publié les directives suivantes « En somme, ce qui caractérise presque toujours les logements et les quartiers populaires, ce sont : la laideur, la pauvreté, le désordre, la tristesse. Or, il est certain que le « bistrot » restera le salon du travailleur tant que le logis ne sera pas devenu plus attrayant, plus confortable, plus sain.

« L’initiative privée, livrée presque entièrement à elle-même jusqu'à maintenant, a cherché son profit immédiat et ne s'est guère souciée d'apporter le bonheur aux habitants. Et cette initiative était d'ailleurs bien insuffisante. Seul le gouvernement peut, à l'heure actuelle, dominer le problème de l'habitation, l'envisager dans son ensemble et dans son avenir. Cela ne veut pas dire qu'il doive, en tout et partout, se substituer à l'initiative privée, mais il est nécessaire qu'il la surveille de façon à faire concorder l'intérêt de chacun avec le bonheur de tous... Un minimum de règles très simples évitera aux architectes de construire des taudis neufs ou des villas « Sam'suffy ». Il ne faut plus de ces lotissements ou de ces cités sans âme... En partant du principe que la maison est construite par l'architecte, mais pour ses habitants, on aura des pièces de [p. 5] séjour où entreront abondamment l'air, la lumière et le soleil, des cuisines commodes, bien éclairées et bien équipées, des cabinets de toilette comportant tout au moins la douche, qui est une nécessité et non un luxe. Ainsi conçus, les logements pourront alors abriter des familles gaies et saines, car il y fera bon vivre.

« Mais pour qu'un tel programme puisse devenir une réalité, il est nécessaire que tout le monde comprenne que la « rentabilité » peut quelquefois se mesurer en vies humaines et en économies sur les frais d'exploitation des hôpitaux, des sanatoria et des prisons, autant qu'en dividendes. C'est dans ce sens que le Ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme entreprend son action. »

Ce que n'avait osé jusqu'à présent aucun organisme gouvernemental est enfin exprimé par un des responsables de la Reconstruction de la France.

Le Décor d'Aujourd'hui qui depuis sa création a toujours œuvré dans ce sens, applaudit à ce geste et souhaite qu'on étende les pouvoirs de ce Ministère à tout ce qui concerne le dessin et la fabrication du mobilier de série. Ainsi ne seront pas laissées sans emploi les immenses forces créatrices de ce pays, tous ces artistes prestigieux dont le Décor d'Aujourd'hui a voulu à nouveau, dans ces pages, montrer le talent, les connaissances techniques, le génie inventif. Ainsi sera canalisé l'effort créateur vers l'effort producteur, et jointes ces deux rivières en un fleuve majestueux; ainsi sera reconquise, pour notre pays, sa primauté dans un domaine où, si l'on n'y prend garde, il aura bientôt perdu tout prestige.

Voici donc bien défini ce point primordial de notre doctrine : l’union de l'artiste et de l'industriel en vue de construire et d'équiper la maison d'aujourd'hui, union dont l'influence sur l'éducation et le comportement des masses doit être salutaire. Nous ne négligerons donc rien de ce qui peut servir au succès de la « bonne série », c`est-à-dire celle qui tend vers des fins humaines, par opposition aux productions nocives d'un machinisme dirigé uniquement vers des fins mercantiles, Car ce machinisme-là est haïssable; il donne des armes à 1'actuel snobisme qui tend à mépriser l'objet de série parce qu'il ne comporte pas cette « trace de la main », privilège des œuvres artisanales. Certes, nous ne savons nous-mêmes nous défendre de l'agrément que suscite un bel ouvrage d'artisan, mais nous croyons n'avoir pas le droit de donner libre cours à notre joie tant que, l'abondance n'étant pas revenue, l`artisanat ne pourra être annexé au domaine des loisirs.

Et c'est de propos délibéré que nous voulons mettre à l'honneur la machine et ses productions les plus dignes. Nous serons suivis par ceux pour qui elle résoud un problème nouveau et capital : depuis la riche bourgeoise qui, n'ayant plus pour la servir que d'intermittents domestiques - avant de n'en plus trouver du tout ¬ et se voyant contrainte le plus souvent à faire elle-même sa cuisine et son ménage, accueillera d'enthousiasme tous les progrès, fussent-ils machinistes, capables d’alléger sa besogne, jusqu'à l'ouvrière libérée du taudis et qui pourra élever ses enfants, dans son home fleuri et ensoleillé, parmi l'ambiance heureuse due à la « bonne série ». Nous susciterons par contre, nous le savons, la réprobation des esthètes, attardés au culte aveugle du passé et de tous ceux qu'attendrit cette sentimentalité contemplative, destructrice de l’action. - Tant pis! Une certitude nous anime.


0 - Auguste Perret. Propos sur la Reconstruction. Le Décor d'aujourd'hui, p.6.

Nous avons voulu connaître les idées du maître Auguste Perret à propos de l'équipement du logis. On sait que l'architecte prestigieux à qui l'on doit, entre autres chefs-d'œuvre, le Théâtre des Champs-Élysées, l'Église du Raincy, le Musée des Travaux publics, a été chargé de reconstruire Le Havre. Nous sommes heureux de publier ici l'interview qu'il nous a accordée :

- “Quelle part, mon cher maître, faites-vous à 1'homme dans votre architecture?

- L'homme? C'est non seulement la raison de mes ouvrages, mais aussi leur but; c'est mon souci, ma préoccupation constante. Ce sont les ,besoins de l'homme qui me guident. Mais connaissez-vous ma définition de l'architecte? L'architecte est le constructeur qui satisfait au passager par le permanent. Il est celui qui, par la grâce d'un complexe de science et d'intuition, conçoit un vaisseau, un portique, un abri souverain, capable de recevoir dans son unité la diversité des organismes nécessaires à la fonction.

- Et que pensez-vous de l'équipement des logis ?

- Pour Le Havre, c'est des 1'avant-projet que nous avons prévu l'équipement du module. Je pense que nous manquerons de tout pour faire des meubles. Moins les logis reconstruits en exigeront, mieux ils seront adaptés aux circonstances. Je prévois donc des placards pour remplacer buffets et armoires. Les seuls meubles nécessaires seront les lits, les tables, les sièges.

- Et qu'entendez-vous par « module » ?

- J'appelle ainsi l'élément grâce auquel sera construite la ville. Ma composition est conçue pour pouvoir répéter cent fois, mille fois, ce bâtiment élémentaire sans engendrer la monotonie. Bien entendu, l'étude en sera poussée jusqu'au plus intime détail et chacune de ses parties devra pouvoir être préfabriquée en grande série. Ainsi pour les fenêtres, portes, blocs-eau, etc...

- Vous acceptez donc la série?

- Non seulement je l'accepte, mais je la monte sur le pavois, je la crois nécessaire, indispensable, fatale. Nous devrons réaliser en grandes, en immenses séries, ou ne ferons rien de bon.

- On nous a dit que vous aviez l'intention de surélever les nouvelles constructions du Havre de sept mètres et que la dépense exigée augmentait vos devis de quelques milliards?

Le visage du maître s'épanouit dans son collier de barbe blanche.

- Voici la vérité : le sous-sol du Havre est dans l'eau. Celle-ci affleure parfois au-dessous de la chaussée. Impossibilité de faire des caves, grandes difficultés pour passer les canalisations. J'ai donc préconisé de bâtir les nouvelles constructions, dans la partie de la ville entièrement détruite, au-dessus d'un réseau de voies en béton surélevées à trois mètres cinquante du sol et non sept mètres. je fais passer sous ce réseau l'eau, les égouts, [p. 7] le téléphone, la vapeur… Les canalisations peuvent être examinées, réparées à tout instant, sans boulverser les voies, sans creuser de trous. Vous avez vu, en venant ici, que la rue Raynouard est barrée. Derrière ces barrages, d’énormes excavations, un boulversement de séisme. Voici plusieurs mois que cela dure. Savez-vous pourquoi ? On répare le téléphone….

Et de rire… Il poursuit :

- Quant aux quelques milliards dont on vous a parlé, nous avons en effet établi des devis. Notre réseau de voies surélevées, avec ses canalisations coûterait un milliard deux cent illions. Mais savez-vous combien coûterait l’établissement des canalisations sous terre sans le réseau ?

- J’imagine que les services de la reconstruction se sont ralliés d’enthousiasme à cette idée ?

Léger haussement d’épaules, puis :

- A cette place, j’ai reçu l’autre jour une délégation d’architectes américains. Je leur ai exposé mon idée : « courage, m’ont-ils dit, luttez. Il faut que cette lumière nous vienne de France. »

Il se lève.

- Enfin, que diable ! il faut bien mettre les gens au sec ! Avez-vous construit des chenils ? Non. Eh bien quand je construis un chenil, dès que le box est fini, j’y mets une planche ! Une planche pour que les chiens soient au sec.

- Les chiens… ce qu’il y a de meilleur dans l’homme !


 

 

 

 

 

1 - Les cathédrales de la cité moderne. Jean Labadié, L’Illustration, 12 aout 1922 [p.114]


Il n'est question que de la crise des domestiques. Mais qu'importeraient les domestiques à un ménage simplement aisé qui disposerait, dans ses quatre ou cinq pièces, du chaud et du froid à tous les degrés, du vide pour enlever le peu de poussière capable de monter jusqu'au vingtième étage, de trémies automatiques évacuant les déchets, de tubes pneumatiques pour recevoir et transmettre le courrier, d'un restaurant coopératif envoyant par ! monte-charge le plat demandé, à l'heure choisie, et remportant aussi automatiquement la vaisselle à laver, d'une garderie et d'une école à domicile pour les enfants, d'une infirmerie modèle, de grands magasins offrant tout l'assortiment désiré, d'un garage collectif, enfin, où les voitures seraient entretenues et lavées au prix minimum.

- Mais c'est un vrai phalanstère que vous décrivez là !

- Oui, mais un phalanstère entièrement conçu pour sauvegarder la liberté individuelle, même celle des serviteurs, par la taylorisation et la mécanisation des besognes les plus... terre à terre. Il n’a rien de commun avec celui de Fourier. Dans la troisième dimension (que l'homme commence à peine à conquérir) la vie se transforme, en effet, d'une manière autrement positive que dans l'imagination des sociologues. Placé au-dessus du bruit et de la poussière, l'homme jouira d'un immense horizon et d'une perspective autrement émouvante que celle d'un quelconque boulevard Raspail.

Car, il faut bien, enfin, y arriver : la maison ainsi conçue, c'est, ni plus ni moins, le risorgimento de toute l'architecture. On l'a déjà écrit : « Le poteau et la poutre de béton armé sont un retour au poteau et au linteau qui formèrent le temple. » [...]

2 - M. Auguste Perret nous parle de l’architecture au Salon d’automne. Guillaume Baderre. Paris Journal, 7 décembre 1923 [p.116+118]


« Les jeunes architectes commettent au nom du volume et de la surface les mêmes fautes que l’on commettait dans un récent passé au nom de la symétrie, de la colonnade, ou de Façade : ils donnent trop d'importance à un détail aux dépens de l'ensemble. Le volume les hypnotise, ils ne pensent qu’à ça et, dans un déplorable esprit de système, s’attachent à créer leurs combinaisons de lignes sans se préoccuper du reste; or ce reste est important : c’est l'a. b. c. du métier qu'ils oublient, construire avant tout une maison habitable.

« Ainsi Adolf Loos, un Autrichien, présente au Salon d'automne un projet d’hôtel destiné à la région de Nice, qu’il appelle le Babylone Hôtel : imitant dans ses grandes lignes la physionomie fameuse des jardins suspendus de Babylone, c'est une superposition de sections de cube qui s’étagent en pyramide régulière et forment sur quatre faces d’égales dimensions, comme un escalier dont chaque étage est une marche, servant de terrasse à la marche supérieure. L’effet en est barbare et prodigieux. Mais je prétends que si l’on construit jamais cet hôtel, à Nice surtout, il ne sera possible d’y loger que sur une seule des quatre façades, celle qui sera exposée au midi; les autres, ne profitant pas du soleil, seront glaciales en toutes saisons. Il est de première nécessité pour une maison d’habitation sur la Côte d’Azur, d’avoir une forme allongée permettant à toute sa partie vivante de faire face du bon côté.  […]

« Ces manquements aux principes utilitaires sont curieux à constater chez Le Corbusier, par exemple, l'architecte utilitaire type ou qui s'en vante.

« La raison profonde des erreurs de toute cette école de faiseurs de volumes dont il est l'un des disciples, c'est justement leur trop grand amour du volume, c'est l'esprit de système : il ne faut pas s'enfermer dans une formule, c'est une maladie qui pousse ceux p qu'elle atteint à la stérilité. L'architecture vraiment vivante doit savoir évoluer dans un contact perpétuel avec l'expérience : il faut que la fonction crée l'organe. Mais il ne faut pas que l'organe dépasse sa fonction. Une fenêtre est faite pour éclairer, pour donner du jour à un intérieur, c'est là sa raison d'exister, sa qualité première. Elle a d'autres qualités secondes dont l'une est par exemple d'agrémenter la façade par les formes variées que peut prendre son ouverture; mais ceci n'est qu'un détail et il serait absurde, prenant en quelque sorte la partie pour le tout, de considérer une fenêtre uniquement comme un motif ornemental.

« Or, c'est un peu la tendance de Le Corbusier, pour faire des effets de volumes il rassemble ses fenêtres par paquets laissant de larges surfaces tout à fait aveugles; ou bien, toujours par bizarrerie trop voulue, de son dessin, il torture les ouvertures en les allongeant exagérément soit dans la verticale, soit dans l'horizontale. L'effet obtenu à l'extérieur est très original, mais je crains que l'effet intérieur ne le soit bien plus: la moitié des chambres doit manquer complètement de lumière, ce qui est pousser un peu loin l'originalité.

« Si j'insiste tant sur les côtés pratiques de la question, conclut M. Perret, c'est que l'importance en est primordiale en architecture, où la science du métier, plus que dans tous les autres arts, doit soutenir solidement le talent proprement dit. Les productions architecturales ne peuvent atteindre à la Beauté, je le répète, que si elles sont strictement subordonnées à l'usage auquel elles sont destinées.

« L'observation de cette première règle donne à l'œuvre une première qualité qui est le caractère.

« Le style s'obtient ensuite par l'emploi judicieux d'un minimum de matière.

« Mais le rôle de l’architecte ne s’arrête pas là : une fois qu’il a rempli les deux premiers devoirs, il doit encore rechercher l’harmonie des proportions et tenter l’œuvre d’art. C’est alors qu’il peut lâcher la bride à son talent dans les limites que lui tracent le caractère et le style. »

3 - Le logis selon M. [Auguste] Perret. René Richard, La Revue française, 23 décembre 1923 [p.119 et 120]


« Vous me parlez du goût de l'intimité. Mais, c'est avec joie que nous le servons, que nous le provoquons. On ne veut - et l'on ne peut - plus vivre dans les vaisseaux solennels qu'aimait le Second Empire. Dans une pièce de dimension moyenne, nous voulons créer des « coins » où notre place habituelle est marquée, où nous tenons notre occupation familière. Rien ne donne-plus d’agrément à l'aspect d'un salon. Mais ces gracieux refuges de notre vie la plus intime, on ne peut les demander au seul tapissier; leur véritable créateur, c'est l'architecte, car architecture et décoration ne font qu'un.

« La surcharge des ornements, pâles copies bourgeoises des fastes royaux, n'était pas seulement une disgrâce, mais encore une indiscrétion. La décoration disposait à l'avance de nos goûts, du choix de notre mobilier; elle s'imposait et il fallait subir ces dorures, bon gré, mal gré. Or la simplicité de l'architecture est la condition première d'un art personnel du logis. Nos surfaces nues sont un mur blanc sur lequel on peut tout écrire, tout effacer, tout changer. Imitons ces Japonais polis qui, aux murailles du logis, suspendent et décrochent des décors divers suivant l'hôte qu'ils accueillent. Sur ces volumes polis et nus des salles que nous construisons, la vie de chacun posera sa griffe et se refléteront les couleurs des jours et des pensées.

« Les bâtisses moisies nous empoisonnent; le cœur de Paris est vermoulu: on a voulu imiter l'atrium romain dominé d'un étage, puis on a entassé les étages et la cour est devenue un puits infect d'où monte la puanteur. Dégageons les horizons: on a de belles vues, bien souvent, dans Paris. Et abandonnons, désaffectons le centre qui se gonfle, se tord et semble prêt d’éclater sous la pression d’une circulation sans cesse accrue. […]

« Un dernier point, ajoute M. Perret en nous retenant. Ne croyez pas que, pour être moderne, il faille nourrir le dessein d'étonner. Ce n'est pas mon but. Le goût de l'étrange et de l'absurde gênera et retardera la création du style que nous cherchons. Ne remplaçons pas les rangées de feuilles d'acanthe par des frises où s’enlacent des lépidoptères et ne tuons pas le banal pour le loufoque. Ce serait pire. Ceci dit à l'adresse de ceux qui n'ont d'autre souci que de scandaliser... »

4 - Que sera, demain, le logis ? L’avis de M. Auguste Perret. Guillaume Janneau, Le Bulletin de la vie artistique, 1er septembre 1924 [p.131]


« L’architecture, observe le maître, n’est plus enfermée dans un cercle étroit de possibilités. Les moyens dont elle dispose aujourd’hui : la soudure électrique, les aciers spéciaux, le ciment armé, favorisent des solutions que nul esprit raisonnable n’eût, hier, imaginée. L’outillage et les matériaux modernes sont créés : à quoi les appliquer ? Quels sont les programmes modernes, les besoins de l’homme contemporain ? Il a deux ennemis : le bruit, qui le fatigue, et les poussières qui l’empoisonnent. Comment le préserver de leur double atteinte ? Il n’y a qu’un remède : c’est d’élever son logis au-dessus des régions agitées de l’atmosphère. A Paris même il est possible de respirer l’air pur : il faut seulement l’aller chercher plus haut qu’un sixième étage.

«- La Ville future. dont il devient urgent d'élaborer les plans, adoptera par nécessité le système des maisons hautes, comme elle établira. pour régulariser ses grands services. le système des voies superposées à des sous-sols réservés, l'un aux égouts, l'autre aux canalisations, le troisième aux transports. Les habitations formeront-elles des tours isolées ? C'est là un programme que j'ai recommandé voici longtemps déjà. Nombre de mes confrères l'ont admis ; certains l'ont même transformé, voire dénaturé, selon leurs conceptions personnelles.

« Dans ce logis. les énergies scientifiquement captées fourniront toutes les commodités ; la mécanique même cloit y trouver son application. Pourquoi, dans certains cas, ne poserait-on pas l'appartement sur galets, de manière que tour à tour, suivant l'heure et les besoins, la salle de bains, le cabinet de travail et la chambre vinssent prendre jour au midi, par l'unique baie ménagée dans la muraille. La mécanique offre d'excellents moyens au constructeur : nos devanciers en faisaient grand cas, témoin la chambre aux poisons de Blois et les grottes machinées de Saint-Germain.

« L'intérieur de l'appartement? Nu. Aucun décor fixe. Rien que des proportions justes. C'est à l'habitant de décorer son logis ; et j'imagine que ce décor sera variable. Contempler sans répit les mêmes formes, c'est entendre quotidiennement le même poète. ll y a de quoi le rendre odieux. L'architecte moderne saura mieux respecter la personnalité de l'habitant: j'aime à penser qu'on utilisera les tableaux comme les japonais font leurs kakémonos. Les meubles même changeront nécessairement de caractère: ils seront dans l'avenir aussi pratiques que possible, avec aussi peu de matière que possible. L'exposition de 1925 va nous démontrer d'une manière éclatante le néant du décor pour le décor : utile et bienfaisant enseignement. Nous serons prêts à l'entendre, ayant épuisé la formule proprement décorative...

5 - Interview d’Auguste Perret à l’Exposition des Arts décoratifs. Marie Dormoy, l’Amour de l’art, mai 1925 [p.133]


- Et la question des meubles, comment la résolvez-vous?

- On les supprimera peu à peu pour en arriver aux grands placards réservés dans les murs de telle sorte que les pièces seront entièrement démeublées, sauf pour les sièges et les tables.

« Mais nous n'en sommes pas là. Il faut encore construire des meubles, et je suis stupéfié du manque d'invention des décorateurs. Pourquoi, puisque la mécanique est toute puissante et qu'elle est arrivée à un tel point de perfection, ne pas s'en servir! Quand on pense qu'il y a cette merveille qu'est le roulement à billes et que personne n'a jamais eu l'idée de s'en servir pour un meuble!

« Que n'auraient fait, avec de pareils moyens, les artisans du XVIII‘ siècle, si ingénieux, si habiles, que certains meubles de cette époque sont de véritables miracles. »

6 - Nos enquêtes. Vers l’affranchissement féminin. Peut-on espérer, sous un proche avenir, libérer la femme des servitudes domestiques ? Charles Michel, Excelsior, 22 juin 1934 [p.237]


« Le problème des servitudes domestiques, nous répond Auguste Perret, c'est un peu comme, il y a cent ans, la question de l'esclavage; il y a beau temps que tous les pays civilisés avaient condamné cette pratique par leur législation, et pourtant, il restait des esclaves; le plus fort, c'est que beaucoup de Noirs le restaient volontairement, par une crainte maladive de la liberté.

« Ainsi en est-il aujourd'hui dans le domaine qui vous occupe : les intéressés font preuve d'une résignation, d'un obscurantisme tels qu'on est bien obligé de conclure qu'une éducation du public est nécessaire pour lui faire faire l'apprentissage de la liberté.

« C'est notre rôle à nous, constructeurs, de faire cette éducation; quand j'ai construit le théâtre des Champs-Élysées, l'on me reprochait les foyers trop vastes, les dégagements trop larges, l'ampleur de tous les passages publics : place perdue, disait-on. Il a fallu un quart de siècle pour que tout cela fut considéré non pas seulement comme un luxe de bon aloi, mais comme une nécessité vitale.

« L'architecte d'aujourd'hui, lorsqu'il dresse les plans d'un appartement, doit s'attacher tout spécialement à la cuisine: ce n'est plus comme jadis une pièce de second rôle reléguée dans «les communs » ; c'est un point stratégique de la vie domestique, où il faut lumière, espace, outillage bien adapté.

« Voyez cet immeuble que je viens de terminer sur cette colline, encore tout imprégnée du charme romantique, au bord même du jardin de Balzac, eh bien, j'ai essayé d'en faire un exemple de tous les perfectionnements domestiques. L'électricité y est reine. Dans le domaine du confort intérieur, le grand miracle de notre temps, en effet, c'est l'électricité : c'est elle qui doit être l'artisan de l'affranchissement de la femme, et cela, il faut le démontrer aux femmes, là où elles sont plus spécialement « chez elles », à la cuisine.

« Tenez, venez avec moi ; voyez ces cuisines... Rien de comparable avec ces réduits archaïques à l'air surchauffé, chargé de poussières et de vapeur, où la seule note claire d'une batterie de casseroles, entretenues à force de patience, témoignait de la netteté indispensable en ce lieu. Cet immeuble est entièrement équipé par l'électricité : eau chaude, chauffage, chauffe-bains. Il était juste que de même la cuisine fût électrique. À tous les étages, chaque appartement est muni d'une cuisinière électrique.

7 - Textes pour l’Encyclopédie française, juillet 1939, rubrique « l’habitation de demain » - armoire et placard [p.383]


Dans la maison de demain, l'architecte construira des armoires de belle épaisseur, formant murs de séparation entre certaines pièces, et dont la face occupera la paroi tout entière, quitte, au moyen d'une séparation intérieure, à être affectées en partie à une pièce ou à une autre. La face de ces armoires sera en lambris de beau bois laissé apparent, ou de bois ordinaire, sapin, peuplier, hêtre ou contre-plaqué, peint ou laqué, avec des panneaux vitrés s'il est nécessaire. Les jointures et fermetures en seront exactement ajustées pour éviter toute intrusion des poussières, sporules, des germes ou insectes. Il sera également loisible de disposer à l'intérieur des ingrédients dégageant des vapeurs favorables à la conservation des objets conservés, vêtements, fourrures, livres, etc.

C'est surtout entre la salle à manger et la pièce contiguë, office des grands appartements, cuisine des appartements modestes, que s'impose la construction d'un buffet établi selon ces principes. Ce buffet sera à double face et s'ouvrira sur chacune d'elles de manière à permettre à la ménagère d'y prendre, de l'intérieur de la salle à manger, la vaisselle et les couverts au moment de mettre la table, puis d'y placer ces ustensiles, dès le repas terminé, afin de les nettoyer; et également, de l'intérieur de l'office ou de la cuisine, de prendre tous ces objets pour faire la vaisselle; enfin, cette opération terminée, de ranger toutes les pièces de vaisselle et du couvert sans avoir à rentrer dans la salle à manger. L'intérieur du buffet sera divisé en y ménageant un passe-plats, un frigidaire si possible, le filtre a eau, peut-être la machine à laver la vaisselle, mue par l'électricité et accompagnée de son égouttoir, des tablettes et des casiers horizontaux et verticaux, naturellement tous accessibles sur les deux faces, et en nombre assez nombreux pour que chaque objet ait sa place distincte, de manière à éviter tout empilement : assiettes et plats seront rangés comme des livres dans une bibliothèque, tasses suspendues par l'anse. Des tiroirs peu profonds mais divisés en casiers recevront l’argenterie, les cristaux et verres, le linge de table et d'office, les épices, etc. Le personnel ménagé passera peut-être un peu plus de temps, en apparence, a ranger ainsi méthodiquement tous ces objets, chacun à la place qui lui est expressément destinée, mais ce temps sera largement compensé par celui gagné à ne pas faire d’innombrables allers et retours d'une pièce à l’autre et à rassembler ou ranger les objets nécessaires en des points souvent éloignés les uns des autres dans les appartements disposés suivant les anciens errements.

De la disposition du buffet à double face résultera aussi une économie certaine de la fatigue occasionnée par le transport d'objets souvent lourds, toujours fragiles, et aussi celle résultant de la diminution de la « casse ».

La construction de tous ces buffets ou armoires et placards entraînera certes une dépense importante de premier établissement mais celle-ci sera généreusement compensée par les économies résultant d'une utilisation plus complète du terrain ou du cube de l’immeuble, du temps gagné ou tout au moins non perdu en besognes fastidieuses et monotones, de l'inutilité d'acquisition de meubles encombrants, coûteux, et trop souvent d'un style faux, désuet, voire inesthétique parce que sans style.

Épilogue

Tels sont les éléments du bien-être moderne, c’est-â-dire les moyens à employer pour vivre la vie élégamment, avec un minimum d'efforts inutiles, étant bien entendu que, disent les philosophes, le bien-être matériel ne doit pas être une fin en soi, mais un adjuvant, ni débiliter par excès l'individu en le sevrant de toute endurance. La lutte contre les intempéries et les difficultés de l’existence est une des formes de l'activité, sans quoi, il n'est ni santé ni vigueur. Habitations collectives Nombreux sont les citadins des deux sexes que la crise domestique et économique astreint journellement à des besognes ménagère.

8 - La grande pitié des artistes de France – Les Nouveaux Temps, 25 janvier 1941 [p.405]


Et, comme j’admirais qu’il lui fût si aisé, si habituel de s'occuper de ces détails:

« Vous avez tort de vous étonner, me dit Auguste Perret : le métier, tout le métier, c'est encore la meilleure source d’inspiration. La décadence de l'art commence dès que l'on se pique de le considérer comme dégagé.de toute servitude matérielle, sociale, utile. À cet égard, je ne puis être que l'adversaire de ceux qui persistent à considérer l'architecture d'abord comme un décor plus ou moins pompeux, comme l'expression d'une opinion d'ordre esthétique. Construire, c'est, avant tout, servir.

9 - Enquête sur la Reconstruction. La Maison de demain, mai 1945 [p.422]


Quel sera le rôle de l'architecte? À cette dernière question M. Auguste Perret répond :

« Il faut que les architectes français se guérissent de la rage de faire œuvre personnelle. L'œuvre collective s’impose, le travail doit se faire par équipe ou atelier, et il faut une doctrine que tout le monde suivra ». Un sourire éloquent du maître nous laisse comprendre que cette doctrine est celle-là même qui découle de sa féconde carrière.

10 - Quel visage aura la France de demain ? Les Nouvelles littéraires artistiques et scientifique, 19 juillet 1945 [p.426]


- Êtes-vous partisan du gratte-ciel ?

- Non. J'ai, étant jeune, préconisé, chanté la maison-tour. J'ai, depuis, changé d'avis. Quand on loge au 12e ou au 15e étage, on se sent d'abord exalté, puis accablé de solitude. On s'ennuie à mourir. L'homme a besoin de garder le contact avec le sol. C'est pourquoi je ne bâtirai pas de maisons ayant plus de quatre étages. Quatre étages sans ascenseur, cela se monte très facilement. C'est la bonne mesure. Les tours peuvent convenir pour des bureaux. Rien de mieux pour une bibliothèque publique ou un hôpital. J'estime, au surplus, que la présence de quelques hauts immeubles parmi des maisons plus basses, en créant des décrochements, peut être d'un heureux effet pour la silhouette d'une ville.

- Et maintenant, puis-je vous demander ce que l'on doit faire, selon vous, là où d'anciens édifices sont restés debout parmi les ruines ?

- Vous voulez parler des chicots ? C'est ainsi que je les appelle. Ils créent, je le reconnais, une situation très délicate. Eh bien, s'ils en valent la peine, il faut les restaurer tels qu'ils étaient, voila tout.

- Et le raccord avec les nouvelles constructions voisines ?

- Que voulez-vous faire ? Tâcher de créer une harmonie. »

Ayant effleuré ainsi ce qui a trait aux cités, nous en venons aux campagnes. « Nous nous retrouvons ici, dis-je au maître, dans la même situation : ou il ne reste plus rien, ou les destructions sont partielles. Dans le premier cas...

- Nous sommes devant le problème de la maison préfabriquée. Elle nous menace et s'impose. Nous allons vers un état de choses où l'homme trouvera naturel de changer de maison comme il change de costume. En Amérique, l'administration des usines Ford est installée dans des camions automobiles parqués en villes éphémères qui se disloquent et se déplacent aussi facilement qu'une foire. Elle peut ainsi changer de province à volonté et garder des bureaux toujours neufs, ceux-ci n'étant que des véhicules aisément remplaçables et sans cesse remplacés. La maison préfabriquée et de courte durée, bien qu'étant moins mobile, sera comme ces véhicules : elle fera de nous des nomades.

- Mais n'est-ce pas un danger pour notre civilisation ?

- Cela serait la fin de notre vieille civilisation latine. C'est pourquoi je suis partisan d'une maison préfabriquée, si l'on veut, mais durable. II faut que la maison puisse acquérir un passé. Il faut créer du passé. Pour cela, rien ne vaut le béton, car sa durée est infinie. Je construis donc des maisons rurales, très solides, en pans de béton armé. À cette carcasse peuvent s'adapter des éléments préfabriqués. Mais la maison reste une demeure qui peut vieillir.

11 –Auguste Perret nous dit : «Il faut faire du Havre une grande ville moderne» Pierre Aubery, Havre-Éclair, 29 octobre 1945 [p.433 ]


Nous avions lu récemment clans un hebdomadaire parisien, que la grande idée d'Auguste Perret, le fameux architecte chargé d'établir les plans d'ensemble pou: la reconstruction du Havre, c'était de sauver la ville de l'inondation (?) en la bâtissant sur un immense plateau en béton à 3,50 m du niveau du sol. C'était assez inquiétant et, devant un tel projet, on pouvait se demander â bon droit, combien d'années les sinistrés devraient attendre pour retrouver un logement décent.

Un coup de téléphone. Rendez-vous près de Passy : une rue qui dessert l'ensemble architectural le plus moderne de Paris. Nous sommes chez Auguste Perret. En une courbe gracieuse, l'escalier descend vers le bureau situé en contre-bas de la rue. Une vaste pièce où la lumière pénètre largement par d'immenses baies vitrées ouvertes sur la Seine, qui coule au pied du coteau. Nous attendons quelques minutes et Auguste Perret, majestueux et familier à la fois, avec sa barbe blanche étalée sur sa poitrine, s'avance vers nous la main tendue.

Un malentendu éclairci. « Les Havrais, lui disons-nous, s'étonnent un peu de votre projet de reconstruire la ville sur une plate-forme en béton.

- Je n'ai jamais dit cela, nous répond-il, on a dépassé ma pensée. Mon projet est beaucoup plus simple et d'ailleurs, il a enthousiasmé M. Dautry.

« Ce que je veux, c'est faire quelque chose de neuf et de durable. Puisque nous sommes à zéro, il faut en profiter pour partir sur des bases nouvelles qui permettront de faire face à l'avenir de grande ville et de grand port que Le Havre a devant lui. Vous savez que dès qu'on creuse le sol à plus de 80 cm, on trouve la vase, la gadoue, l'eau. Je ne veux pas qu'on touche â la croûte solide superficielle qu'est le sol du Havre.

« Il faut qu'on construise un réseau de rues à 3,50 m du sol. Les rues nouvelles seront en dalles de ciment supportées par des piliers en béton. J'ai 11 kilomètres de rues à élever. Il me faut pour cela 20 à 25 000 tonnes de ciment, soit le chargement de deux Liberty-ship, une misère...

« Alors vous aurez au Havre un système vraiment pratique. Les canalisations de l’eau, du gaz, des égouts, les câbles électriques et ceux du téléphone seront facilement accessibles et réparables, de plus toujours au sec.

« On m’objectera que l'exécution de ce travail coûtera un milliard; soit. Mais je vous épargne pour trois milliards de terrassements. En outre, j’emploierai pour clore le coffre de mes rues, les blocs de ciment provenant de la démolition des blockhaus et de la gare maritime qui, sans cela, auraient été perdus.

- Et les maisons ?

- Les maisons seront construites également à 3,50 m du sol, sur pilotis en béton. Vous voyez les énormes possibilités que cela ménage pour installer des entrepôts, des garages, etc.

- Quelle physionomie voyez-vous au Havre futur ?

- Il faut que Le Havre accueille dignement les voyageurs venus de l'étranger. Il faut que leur premier contact’ avec la terre de France les impressionne favorablement. Il faut que nous montrions que nous avons toujours le sens de la grandeur et de la beauté. je vois un « front de mer » qui grouperait tous les monuments de la ville et escorterait les navires jusqu'à leur entrée au port. De hautes tours abriteraient les bureaux des grandes compagnies de navigation, des négociants, des industriels. Elles s'élèveraient bien au-dessus des maisons de la ville, qui ne dépasseraient pas 5 ou 6 étages.

« Je vois également un ensemble administratif qui remplacerait l'ancien hôtel de ville, trop petit. Car, malgré la tradition, nous ne referons pas du faux Renaissance. À l'emplacement du théâtre, nous bâtirons un ensemble qui sera le centre de la vie intellectuelle et artistique du Havre.

- Et les sinistrés, comment pensez-vous les reloger ?

- Nous referons de l'habitation à l'hectare. Nous leur demanderons de choisir l'équivalent de ce qu'ils possédaient avant.

« Comme nous construisons en grande série, nous pourrons leur en donner plus et plus confortable.

- Mais, dans l'avenir immédiat, pour les mois d'hiver, que croyez-vous qu'on puisse faire pour eux ?

- Il faut que les constructions provisoires soient implantées sur les boulevards, sur les places, mais surtout pas sur les espaces à bâtir sinon, on ne s'en sortira pas.

« Dites-leur, insiste Auguste Perret, qui s'exprime avec une véhémence malicieuse et une truculence que je n'ai malheureusement pas su rendre, dites-leur que nous voulons leur faire Ÿ ! «du neuf et du raisonnable», selon le mot du général. Il faut certes attendre, mais le résultat que nous escomptons en vaut la peine. ' Z240 – p.435

« Qu'ils aient confiance, je ne suis pas un illuminé, un rêveur, moi. Ce que je veux faire sera simple et pratique.

- Quand pensez-vous que la reconstruction entrera dans une phase active ? Auguste Perret nous répond par un mot :

- Charbon, charbon, charbon.

« Mais, ajoute-t-il, dès que la production aura démarré, la France sortira des quantités formidables de ciment, de plâtre, de tuiles, de briques.

« Pour faire du ciment, il faut du calcaire et de l'argile. Il y en a partout en France.

- Et le plan d’urbanisme?

- Le plan d’urbanisme ne va [pas] 1 être accepté, sauf en ce qui concerne la partie détruite, car j’ai mon mot à dire là-dessus. »

Après nous avoir montré quelques plans : une perspective du front de mer, la place Gambetta entourée de portiques, des maisons d’un style tout à fait classique, avec balcon débordant de 1,40 m, ce qui permettra de circuler dans les rues à l’abri des averses, Auguste Perret nous quitte. De son pas lent et digne, il s'en va vers d'autres rendez-vous.


12 - Pour ou contre la préfabrication, S. Gille-Delafon, Arts, 27 décembre 1946 [p.437]


Rappelons brièvement les quatre questions qui ont été posées aux architectes au murs de notre enquête sur la préfabrication : 1" Êtes-vous pour ou contre la préfabrication ? 2° Que préconisez-vous pour ou contre la préfabrication ? 3° la préfabrication ne revient-elle pas plus cher que les anciens procédés ? 4° Du point de vue de l'esthétique, quelles peuvent être les conséquences de la préfabrication ? L'avis du grand et splendide constructeur qu'est Auguste Ferret semblait particulièrement important à connaître. On verra que ce continuateur de la grande lignée des bâtisseurs, loin de redouter l’évolution actuelle, ne craint pas d’affirmer sa foi en son époque :

« La préfabrication s'impose. D'ailleurs elle remonte à la plus haute antiquité : en fabriquant la première brique, l'homme a inventé la préfabrication.

« Actuellement, l’Angleterre nous montre l'exemple. Les Anglais ont commandé trente mille maisons préfabriquées en aluminium à une firme, cinquante mille maisons préfabriquées en béton à une autre firme. De tels chiffres commencent à être de la série. Ici, tout le monde en parle, tout le monde y pense, mais personne ne fait rien. D'ailleurs, il n'y a que l'État qui puisse s'attaquer à des problèmes de cette ampleur. Ce ne sont que des modèles que nous verrons à Exposition de l'urbanisme et de l'habitation qui aura lieu en 1947.

« En réalité, la préfabrication n'existe pas encore en France. Quant à son prix de revient, que l'on dit ridiculement élevé, il est ce qu'il doit être. Si Citroën n'avait fabriqué qu'une seule voiture au lieu de faire toutes ses séries, il lui aurait fallu vendre cette voiture des millions. Or, du grand car à l'habitation, il n'y a qu'un pas, il suffit de retirer les roues. C'est d'ailleurs ce qu'ont fait les Américains pour leurs villes de guerre. Il en est pour les maisons comme pour les automobiles : ce n'est que par la multiplication des exemplaires que l'on arrivera au prix de revient.

« Le bon ménage de la préfabrication et de l'esthétique ? Mais pourquoi pas ? Bien plus, je crois que tout le passé sera largement dépassé. Une Citroën, ce modèle de la préfabrication tiré à des milliers d'exemplaires, est un petit chef-d’œuvre de précision et d'esthétique. Il en sera de même pour la maison préfabriquée. Mais seule la grande industrie est susceptible d'arriver a ce résultat, et non pas le travail artisanal. L'artisan ne peut faire que l'œuvre unique. »

13 - Esquisse d'une ville Auguste Perret, 1946 [p.438]


Lorsque nous avons commencé nos études pour Le Havre, nous ne nous sommes pas préoccupés de la productivité, parce qu'elle résulte tout manuellement de la santé et du bien-être de l'habitant. Nous avons seulement voulu que, par la distribution des locaux, la mère de famille, tout en accomplissant ses travaux domestiques, participe à la vie de ses enfants, de son mari, qu'elle ne soit plus reléguée dans un lieu isolé où elle mène une vie d'esclave.

Pour satisfaire à ces conditions, nous avons â notre disposition plusieurs formes d'habitation : il y a l'habitation individuelle que chacun souhaite, la petite maison dans un jardin de 500 m2, mais c'est dans l'état actuel de la construction, la solution la plus chère. Il faudrait abaisser de moitié le prix de ces pavillons et pour cela construire à sec en usine quelques types reproduits par dizaine de milliers d'exemplaires.

Il y a le bloc collectif de quatre appartements par étage, comportant rez-de-chaussée et quatre étages sans ascenseurs, c'est à cette solution qu'en viennent les Américains grands amateurs de Pavillons isolés qui exigent une grande surface de terrain, qui augmente les distances et veut un système de viabilité, de distribution d'eau, de gaz fort coûteux d'établissement et d'entretien.

Le bloc collectif pourra s'élever jusqu'à 10 étages et même plus, il sera muni d'ascenseurs. Mais rien ne nous oblige à n'employer qu'une seule de ces dispositions. Une ville harmonieuse pourra se composer de blocs à grande hauteur avec ascenseurs, de blocs à trois ou quatre étages sans ascenseurs et de Pavillons à rez-de-chaussée entourés de jardins.

Pour établit le réseau de nos voies et répartir nos blocs, nous nous sommes servis d'une trame orthogonale à maille de 6,24 m qui couvre la ville. Les grandes avenues, les places, les placettes, les rues, les cours, les immeubles ont des largeurs qui sont fonction de cette trame. Les grandes Avenues ou Boulevards sont bordés de jardins promenades; les rues moyennes sont bordées de portiques ou protégées par des balcons très larges, placés en haut des rez-de-chaussée.

Balzac avait proposé, en 1844, d'obliger tous les propriétaires de Paris à munir leurs immeubles d'un balcon dit « balcon-abri », mais en 1844 c’était un coûteux tour de force alors qu'aujourd'hui, c'est facile. On circulera à pied sec dans la partie commerçante de la ville.

Pour compléter ce système de circulation, nous avions proposé de surélever de 5,50 m tout le réseau de voies, créant ainsi sous chaque rue des galeries pour l'enlèvement des ordures ménagères, et la distribution de toutes les énergies. Plus de rues défoncées et redéfoncées.

Dans une ville qui est parfaitement de niveau et où l'eau est à ! 60 centimètres du sol, où toutes les fouilles se font dans l'eau, où le téléphone est partout immergé, on n'a pas aperçu qu’avec le réseau surélevé, toutes les fouilles des immeubles étaient faites, payant ainsi largement le prix de la surélévation et logeant une importante partie de la population sinistrée, notre projet fut abandonné; nous aurions cependant réalisé dans cette partie du Havre la ville la plus perfectionnée du monde.

14 - Grâce à deux grands bâtisseurs, la France va construire les immeubles les plus modernes du monde Christian Mégret, Carrefour, 9 mars 1948 [p.440]


Membre de l'Institut, auteur (en collaboration avec son frère) du théâtre des Champs-Élysées, de l'église du Raincy, du musée des Travaux publics, M. Auguste Perret, qui a donné ses lettres de moderne noblesse au béton des Anciens, est un des princes de la construction - et sa grandeur, à lui, n’est contestée par personne. Il a le maintien et la barbe olympiens, la cravate Restauration et ses vêtements de tweed attestent un goût très personnel, et infaillible. C’est au Havre, principalement, que M. Auguste Perret participe a la Reconstruction. Interrogé sur les caractères de cette entreprise-là, M. Auguste Ferret répond :

« Normalisation d’abord. Il faut partir de ceci : qu’il n’y a plus de domestiques. Et donc que la femme ne doit plus être reléguée dans son trou, que ses travaux ne doivent pas l'empêcher de participer â la vie de famille. De là la conception des logis que je bâtis au Havre, qui est caractérisée par ce que j’appelle le «séjour», c’est-à-dire une grande pièce commune où tient toute la vie familiale, et qui comprend la cuisine. Le père peut faire sa correspondance ou lire le journal, les enfants jouer ou faire leurs devoirs; la mère, elle, reste avec eux, même quand elle prépare les repas. Il faut en finir avec l’esclavage domestique des femmes.

« Le groupe du Havre, dont j'assure la construction, comprend 350 appartements, d’une à six pièces. Au rez-de-chaussée les boutiques, dans les trois étages inférieurs les appartements pour familles, au-dessus les célibataires. Dix étages au total. Je réserve les trois étages inférieurs aux familles parce que les enfants sont la mort des ascenseurs. Ils volent les rondelles de caoutchouc de la canne de fermeture, ils attachent le câble à la poignée. Nul ascenseur ne résiste aux enfants. Habitant au troisième et au-dessous, les enfants pourront se passer d’ascenseur ! »

Je m’enquiers de la toiture et M. Perret éclate :

« La toiture ? Mais elle est morte depuis longtemps ! Nos petits-enfants ne comprendront pas comment leurs devanciers ont pu, pendant des siècles, couronner leurs maisons par des châteaux de cartes ! L'argument météorologique ne tient pas. Les Américains, depuis plus de cent ans, ne font plus de toits ! Moi, depuis cinquante ans, je n’en ai jamais fait. Une terrasse protège de la pluie aussi bien qu'un toit. Mais c‘est plus calé à faire, évidemment. Une bonne terrasse est étanche. J’ai bâti, en 1903, rue Franklin, une maison à terrasse qui tient encore, qui tiendra toujours. Un étage terminal carré est moins cher qu'un toit, avec ses lucarnes, ses tabatières, et il a sur le toit cet avantage d’être habitable.

« J'emploie au Havre, comme toujours, le « béton bouchardé », qui est plus beau, plus durable, et aussi noble que la pierre. En outre il vieillit bien, aussi bien que la pierre, c’est-â-dire que, dans nos climats, il noircir au nord et blanchit au sud, comme l'Arc de Triomphe. Parce qu'au nord il ne pleut presque jamais chez nous. »

Nous revenons aux appartements du Havre et M. Auguste Perret me dit :

« Je voulais aller plus loin encore dans la voie des commodités de la cuisine. Je rêve depuis cinquante ans de la cuisine communautaire qui fournirait d'un plat du jour tous les locataires d'un immeuble. le hors-d'œuvre, les desserts, étant laissés a l'initiative privée pour satisfaire au goût de l'individualisme. Mais même le plat du jour par maison, c'est encore trop tôt. Quelle simplification, pourtant ! Pour le chauffage, « air pulsé », centrale a mazout ou charbon... »

Je demande : - Et quoi de la lumière ?

« Mais des fenêtres parbleu ! répond M. Auguste Perret. Non pas de ces baies horizontales, de ces fenêtres à l'envers qui biffent l'homme. La verrière c'est fait pour un atelier, pour des machines-outils. Pour l'homme, il faut des fenêtres verticales, qui sont le vrai cadre humain. L'horizontale exprime le repos, la mort; la verticale est la station de vie. Si j'ai eu des difficultés ? Ah oui ! nombreuses. Nous n'avions rien pour loger les familles des ouvriers, au Havre. Et les grèves n'ont pas arrangé les choses. Nous avons manqué d'acier, de ciment. Mais, après deux ans d'efforts, nous en sommes au 7e étage.

« Sans compter la déficience de la main-d'œuvre. Savez-vous qu'en 1914, la corporation du bâtiment comptait 1 200 000 ouvriers, et qu'elle n'en compte plus maintenant que 600 000. Mussolini, jadis, a rappelé chez lui les centaines de milliers d'ouvriers du bâtiment italiens qui travaillaient chez nous. Enfin nous venons de perdre les prisonniers allemands, qui travaillaient bien.

« Aussi, c'est fini, l'artisanat fignolé. J'ai 3 500 fenêtres au Havre, toutes pareilles. Ce sont des machines qui nous fournissent, prêts au montage, les éléments de construction. Un détail encore : je ne dispose en façade que les locaux où l'on vit. Les WC, les salles de bains n'ont pas la lumière du jou.r : à quoi bon? Et ils sont ventilés par des tuyaux. Savez-vous que quand un WC est ainsi ventilé par tuyau, toutes les poussières d'un appartement s'en vont au WC .7 »

Je fais mention d'un certain immeuble de 24 étages que M. Perret doit entreprendre à Amiens.

« On a écrit beaucoup de bêtises, me répond-il, sur cette maison-là. Je fais 24 étages à Amiens parce que ces pays du Nord sont des pays à beffrois. Au lieu que mon beffroi ne serve qu'à porter une horloge et des cloches, il sera habité, voilà tout. 20 étages d'habitations, 4 de services publics, 104 mètres de haut. C'est un beffroi, et voilà tout. »