ARCHITECTURE ET MOBILIER après 1945


samedi 29 novembre 2014

Le Cube Rouge // style reconstruction

 
Sur le boulevard Raspail, nous sommes tout juste face à la Fondation Cartier, à l'Ecole spéciale d'architecture et à Camondo... Entre art, architecture et design, c'est l'endroit idéal pour découvrir le style reconstruction - dans toute sa splendeur discrète - à la galerie "Le Cube rouge". C'est la première fois dans Paris qu'un ensemble aussi important de cette période est rassemblé et il faut remercier chaleureusement Jérôme Godin d'avoir découvert et mis en scène ces trésors à l'occasion de la sortie officielle de L'utopie domestique (éd. Piqpoq). Nous pouvons donc découvrir pendant quelques temps beaucoup de meubles de Marcel Gascoin : armoire trois portes, buffet, table, chaises, étagère, fauteuil, divan-lit ; René Gabriel est également bien représenté avec l'aide d'un petit prêt de la collection gg ; Jacques Hauville dans une série de petites étagères accompagnée d'un meuble-élément aux belles et rares proportions... Voici quelques images de Carole et de Vincent en attendant. Mais, vraiment, je conseille plutôt d'aller sur place, même aux timides qui - comme moi - n'osent généralement pas fréquenter les galeries, car Jérôme est aussi sympathique qu'abordable, ce qui ne le rend pas moins expert et compétent. Bravo Jérôme, merci pour ton travail !

lundi 3 novembre 2014

Lina Zervudaki (1890-1950) // créations en rotin

Les mannequins "Caroline" de Lina Zervudaki au 26ème SAD, in Art et décoration t.65, 1936 p.173

Pour poursuivre l'enquète sur l'introduction du rotin dans la reconstruction (Louis Sognot // créations et rotin), voici un autre exemple montrant comment ce matériau a été réinventé comme un luxe en partant du rustique, à la manière de la poterie de grès (Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie). Le principe de la "tradition modernisée" de la Reconstruction repose en effet sur des techniques jusqu'ici considérées comme dépassées ou rurales comme la poterie utilitaire, la vannerie en rotin, la tapisserie murale... Ces arts pauvres, rustiques, anciens, apparaissent comme le support d'une liberté alternative associée à une économie de moyen, suivant Georges-Henri Rivière qui assimile les "arts et traditions populaires" à une culture en perdition face à une industrialisation qui entre elle-même en crise. Tristement récupéré par la doctrine nazi qui veut associer la race au terroir et à l'artisanat, ce principe survit sous l'Occupation et certains élèves brillants des grandes écoles esquivent grâce à cela le S.T.O. en prétextant étudier le folklore ; mais ces jeunes créateurs vont bouleverser les codes plutôt que de rechercher une soi-disant vérité ancestrale. La technique et la matière restent à leurs yeux des supports pour la création moderne. C'est ainsi que le territoire mental de l'après-guerre est prêt à accepter à bras ouverts cette invasion néo-artisanale. C'est également ainsi que la vannerie se trouve modernisée. D'ailleurs, l'art du vannier n'est plus en osier mais en rotin, comme l'indique René Chavance dans le catalogue du Salon des arts ménagers de 1951, ce matériau a toutes les qualités, "sa flexibilité d'abord, qui se plie sans dommages aux plus capricieux décors ; sa légèreté qui permet de déplacer facilement les meubles qu'il compose ; sa solidité, son commode entretien, car il est lavable. Et nous ne sommes pas au bout. Il est imputrescible et inattaquable par les vers, il supporte sans broncher toutes les intempéries : humidité ou sécheresse, froidure ou chaleur. Enfin, il est agréable au toucher, d’une demi-élasticité confortable, plaisant aux regards, d’aspect jeune et gai". Rappelons donc qu'il a été redécouvert par trois précurseurs dans les années 1930 : Louis Sognot, Colette Guéden et, peut-être moins connue, Lina Zervudaki. Ci-après, sa biographie résumée et ses principales créations.

To extend the previous article , here is another example of rustic luxury invention. The principle of " renewed tradition " during "Reconstruction" (immediate postwar) is indeed based on techniques previously considered outdated or rural : utilitarian stoneware pottery , rattan basketry , wall tapestry ... These poor , rustic , aboriginal arts , appear as supporting a free alternative , continuing the ideas of Georges- Henri Rivière , equating Folk Art at any craft timeless. The principle survives during the war- when folklore pretext allows some brilliant students to dodge the "Service du Travail Obligatoire" (Mandatory work service) to study the land - but young designers prefer upset codes rather than to seek the truth of the Ancients. Technical and material thus remain what they are: media ! Thus the mental territory of postwar accept the invasion by a modernized basketry , art weaver who will no longer rattan wicker but . As stated René Chavance said in 1951 , it has all the qualities " flexibility first, that bends without damage to most capricious decorations ; lightweight for moving easily . . furniture he made ​​, its strength , its convenient maintenance , because it is washable and we are not at the end It does not rot and unassailable by worms , it supports all without flinching weather : humid or dry heat or coldness . Finally, it is pleasant to the touch , a comfortable semi-elasticity , pleasing to the eyes , to look young and gay . " So remember it was rediscovered by three pioneers in the 1930s : Louis Sognot , Colette Gueden and Lina Zervudaki . Below, his biography and his creations.

mercredi 22 octobre 2014

Le Corbusier à Marseille // vs style 1940



Suite à un sympathique mail de David Liaudet, rédacteur du blog archipostalecarte, voici pour identification une chose inimaginable dans l'Unité d'habitation de Marseille. Difficile de retrouver le créateur des meubles mais nous constatons immédiatement une distance avec Perriand ou Prouvé, autant qu'avec Gascoin ou Gabriel, mais une grande proximité avec le "style 1940"... L'ambiance affirme un luxe bourgeois en dégageant l'espace tout en montrant des sections épaisses, avec une excentricité si bien mesurée qu'elle évoque plutôt l'exposition de 1937 que de 1947. Et puis la touche rustico-anglo-coloniale et le masque sur le mur afin de montrer qu'on s'y connaît et qu'on aime l'aventure, qu'on a de l'argent et qu'on est puissant. Le logement idéal pour le caniche royal, soit à l'opposé de la révolution moderne, qu'elle soit radicale ou sociale. Allons plus loin et jouons le jeu en imaginant la vie d'un propriétaire pleinement satisfait d'acheter un appartement du Corbu, avec vue, et très fier de devenir par là même un homme moderne, comme il faut, sans savoir exactement ce que tout ça signifie. Il téléphone donc à un artiste décorateur de ses amis, très chic et fréquentable, qui fait venir les plus belles choses dans le goût actuel, simple mais confortable, original mais supportable. Satisfait de lui-même, l'ensemblier conseille à son client de faire photographier cette décoration qui doit remettre la mode sur le droit chemin. C'est si parfait, si léger, si équilibré dans ce cadre si original. Le photographe arrive mais le chien reste là. Tant mieux, gardons-le, il ne dépeint pas. "Ah ! Par contre, la table basse ne cadre pas tout à fait, pouvez-vous la faire tourner légèrement vers ma droite ? Merci... reculez... là... c'est parfait..." Puis la conversation se poursuit : "En faire une carte postale, vous pouvez, oui ? Oh ! Oh ! Oh ! Comme c'est amusant !" Allez, constatons que notre bonhomme a bien de l'avance : non dans la photographie, ni dans l'ameublement (où l'on note tout de même un certain décalage) mais, osons le dire, dans le profil des habitants de l'Unité... Ici comme ailleurs, hier comme aujourd'hui, le social n'est qu'un mythe destiné à séduire une élite bien plus qu'une réalité quantifiable ou mesurable. Ce cas extrême illustre une situation passée en sourdine qui mériterait pourtant d'être interrogée ! Ci-après, pour se soigner, les photographies du "véritable" appartement témoin, ouvert en juin-juillet 1949 (article du Décor d'aujourd'hui n°52), avec un mobilier qui n'était guère plus "social" mais dans un autre genre...

lundi 13 octobre 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire 02

 
Retour sur l'exposition "Habitat provisoire - la vie quotidienne après 1944" car elle ne reste visible dans l'Atelier Perret que seulement deux petites semaines. Après un premier volet consacré au montage du baraquement (Exposition 2014 // Habitat provisoire 01), nous en proposons donc un second ayant pour sujet le mobilier. Les amateurs du genre ne seront pas déçus car ils retrouveront René Gabriel derrière cette sobre façade avec quelques pièces rarissimes : des variantes de la salle en série 120 (buffet 120, table 121, chaise 123) et l'inédite chambrée de réinstallation (armoire 154, lit 155, chevet). Ces meubles sont moins célèbres que la fameuse salle à manger de "réinstallation" (Meubles d'urgence // René Gabriel) ou que la chaise avec caillebotis, très recherchée depuis qu'elle a été publiée sur ce blog (René Gabriel // chaise économique)... Signalons enfin que la plupart des modèles exposés, contrairement aux types, n'ont pas été édités en très grande série et ont dessinés auparavant, en 1941, quand René Gabriel travaille pour le Service des constructions provisoires à destination des sinistrés de la "première reconstruction" (après l'invasion allemande). Comme beaucoup, René Gabriel reste actif en "zone libre" mais il va disparaître après la fin de la ligne de démarcation (novembre 1942). Il ne reviendra qu'au tout début de l'année 1944 pour présenter ces derniers modèles, attentant la seconde reconstruction, celle qui doit suivre le débarquement et la Libération...

vendredi 3 octobre 2014

Louis Sognot // créations en rotin

canapé, table basse, tabouret et paravent en rotin de Louis Sognot devant le garage gg

Souvenons-nous... Louis Sognot (1892-1970) est l'un des créateurs modernes qui exposent à l'UAM en 1930 ; proche de Le Corbusier, Pierre Chareau, Francis Jourdain, Rob' Mallet-Stevens, il se spécialise initialement dans le mobilier métallique... Cependant, lors de la crise des années 1930, il se tourne régulièrement vers le rotin. Après un premier essai mené sur une chaise métallique en 1932, il l'utilise de plus en plus fréquemment à destination des petites collectivités (restaurant, bar, hôtel) et dans la décoration des villas. Après-guerre, il l'intègre aussi dans un ensemble luxueux avec un lit bateau en moëlle de rotin qu'il dessine pour la fille de Paule Marrot en 1946 dont la ligne souple lui servira régulièrement de modèle. La même année, on retrouve le rotin dans un projet pour la CMF (Style reconstruction // Commission du Meuble de France), dans l'assise d'une petite chaise qui évoque son premier essai de 1932 mais sur une ossature bois car le métal manque. Enfin, il s'affirme définitivement comme le spécialiste au Salon des arts ménagers en 1951, dans le stand sur les "nouveaux matériaux". Après cet évènement, Louis Sognot sort de la phase expérimentale où il mélangeait le rotin à des structures en métal ou en bois et l'assume dans les montants - comme il l'avait fait dans un ensemble économique pour chambre d'hôtel présenté au Salon des arts ménagers en 1939 -, créant des meubles souples et vigoureux où sa patte reste identifiable même s'il se tourne parfois vers des formes traditionnelles, proches des styles Empire et Art Nouveau. A partir de 1954, des luminaires de Mouille accompagnent systématiquement ses meubles et offrent une ambiance contrastée dans les tons et les matières, à la fois rustique et précieuse, légère et chaleureuse.