mardi 28 juin 2016

Reynold Arnould // ....

Chloé regardant Cracking Port-Jérôme, série "Forces et rythmes de l'industrie", Reynold Arnould, 1958-1959, fonds MuMa Le Havre 







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Texte de l'article retiré à la demande des commissaires de l'exposition ...
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mercredi 8 juin 2016

Georges-Henri Pingusson // maison préfabriquée

projet de l'UAM au Salon d'automne 1946, Décor d'aujourd'hui n°36

La galerie Bouvier-Le Ny (sous-titrée " Mouvement moderne et Reconstruction ") se fait une fierté de présenter, dans son tout nouveau et tout beau local de la rue de Tournon, une chaise de Georges-Henri Pingusson. Les meubles de cet architecte sont rares, ainsi que ses réalisations architecturales. Pour le découvrir, on peut aller sur l’île de la Cité, revoir le Mémorial des martyrs de la déportation qui vient d'être restauré (article d'AMC). Mais il faut aussi connaître sa maison préfabriquée, conçue en 1946, pour l'Union des artistes modernes. La revue Décors d'aujourd'hui en résume le principe : " l'architecte Pingusson. observant qu'en mécanique théorique, la courbe analytique des moments de flexion d'une poutre posée sur deux appuis présentait en deux points de cette courbe, une valeur nulle, a imaginé un système utilisant des poutres préfabriquées en béton réunies en ces deux points par des éclisses en acier [brevet FR 1005213 A]. Les avantages que présente ce système pour la série diversifiée et, partant, pour la reconstruction française, sont immenses ". Elle suit un module carré de 78 cm définissant les caissons du plafond, et des travées de 2,34 mètres de large. Les montants de ciment armé préfabriqués sont placés entre les baies, faits de pièces séparées et facilement transportables, réunies par des éclisses. La maison, ainsi conçue, a été construite l'année suivant derrière le Grand Palais, lors de l’Exposition internationale (Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947), dans un projet réalisé pour le Gouvernement militaire en Sarre, en association avec la Société Silix (Metz) et les Entreprises Sarroises Associées. Les façades sont inclinées, avec " des baies destinées à recevoir le soleil comme une serre " qui évoquent les futures maison Prouvé de Meudon et de Royan (†). La revue indique encore " la volonté d'évidence de la construction ", une intelligibilité qui caractérise cette période, à l'inverse de la société de consommation dont le design d'emballage aura pour seul but de " masquer " la pauvreté du produit au détriment des pauvres gogos-acheteurs (et au bénéfice des riches actionnaires-possesseurs) ! La règle de transparence constructive est également validée dans le mobilier de Pingusson qui mélange modernité et pragmatisme, dans des modèles très architecturés, dont le dessin est simplifié à l'extrême et d'une excellente logique structurelle. Le "plywood" s'impose également, suivant la mode instaurée par les meubles pour sinistrés de René Gabriel, en reprenant les techniques en faveur dans la fabrication des avions...

mardi 31 mai 2016

Early Webbed Chairs // sangles et lanières

Elias Svedberg, fauteuil en teck blond verni et sangles en jute de teinte naturelle, vers 1950 (collection GG)

Pour répondre à une question posée par Stephane Danant, voici un petit morceau de la négligeable histoire des sangles dans l'aventure oubliée de la "modernité sociale", celle qui va aboutir sur le "style reconstruction" après la Seconde guerre mondiale. Aujourd'hui encore, à 25 centimes le mètre linéaire, les sangles en jute permettent de fabriquer les sièges les moins coûteux, soit 5 € pour couvrir une assise et 10 € pour tout un siège avec dossier. Il est donc logique de les retrouver aujourd'hui encore dans les productions industrielles (depuis Artek jusqu'à La Redoute). Toutefois, à l'époque de son invention moderne, aux yeux du décorateur, il y a un côté nudiste dans ces sangles (ou ces lanières de cuir pour les modèles de luxe) : c'est en effet une "assise de tapissier" dépouillée de tout, sans toile, ni crin, ni bourrelet, ni tissus - presque une insulte pour le métier. Ne reste, finalement, que le support souple en quadrillage. Le premier modèle moderne semble remonter au Bauhaus, avec l'extraordinaire chaise cantilever (wiki) dessinée par Mart Stam en 1926 dont les premières assises sont en lanières entrecroisées, idéales pour un peu de souplesse dans ces meubles tout en ossature du "rationalisme clinique". On la retrouve logiquement chez Alvar Aalto qui l'adopte au début des années 1930. En même temps, Bruno Mathsson produit la chaise longue Permilla et la chaise Eva (1934) dont le "design organique" si original est indissociable du jeu des bandelettes en tissu qui épousent parfaitement les formes du bois courbé. Au même moment, en France, René Gabriel utilise des lanières sur ses chaises en bois qu'il présente une première fois au SAD. Son souci est alors économique, assumons l'idée d'un "rationalisme social". Mais il faut attendre la Seconde Guerre mondiale pour que la technique se généralise dans un objectif pragmatique : c'est la création du "mythe guerrier" de la Firme Knoll (knoll.com), justifiant le retour au bois (cerisier) à cause des priorités de guerre avec réutilisation des surplus militaires (sangles pour parachute), des contraintes qui aboutissent sur la fameuse série 600 de Jens Risom (1942/43) et se prolongera dans d'autres modèles utilisant des sangles, comme ceux dessinés par Abel Sorenson (1946). Mais, alors que le temps passe, la découverte devient un geste, le "projet moderne" se transforme en "style moderniste", et le souci d'abaisser les coûts perd son objectif social pour basculer du côté des marges bénéficiaires des entreprises... L'utilisation des sangles est encore fréquente à la fin des années 1940, par exemple en Suède avec Elias Svedberg ou aux Etats-Unis avec Klaus Grabe. Il faudrait en comparer les coûts, les marges et les prix de vente... Ci-dessous, quelques classiques à retenir, avec des images pour la plupart puisées dans 1stdibs...


samedi 21 mai 2016

Mondineu 1950 // desserte " Bocado "

en situation dans le logement de l'UAM, au salon Arts Ménagers de février-mars 1954, revue Arts ménagers n°59, novembre 1954

Marie-Françoise Mondineu, née Vele, dépose le brevet de cette petite desserte roulante et pliante "Bocado", sous la référence FR1023477D, le 8 décembre 1950. Mme Mondineu produit ensuite quatre autres brevets, porte-bouteille, pieds de tables pliants, dispositifs de fixation et de pliage. Par la suite, c'est son mari, Rémy Mondineu, diplômé de l'ENSAD, qui signe les inventions afin de perfectionner le modèle. En 1958, il l'adapte à un cadre métallique, probablement pour lutter contre la concurrence de la Textable avec ses indestructibles plateaux suisses "Platex". Mais l'objet perd alors son charme, entrant brusquement dans l'esthétique des sixties. Quoiqu'il en soit, ce qui est remarquable à cette époque, c'est cette facilité à produire des idées et cette faculté à les transformer en réalité industrielle. Tout juste protégé par le premier brevet, délivré en décembre 1952, la desserte Bocado en bois est diffusée et aussitôt publiée dans une publicité du prestigieux décorateur Caminelle. Marie-Françoise et Rémy Mondineu disposent alors d'un important atelier de production qui va éditer cette petite table pendant une vingtaine d'années dans différents modèles, montants chêne ou acajou, plateaux en stratifié. Le moment de gloire arrive en 1954, lorsque la table est sélectionnée par l'UAM au Salon des arts ménagers. L'intérêt de l'invention est parfaitement décrit dans le texte du brevet : " On connaît déjà des tables (fig. 1) comportant deux plateaux mobiles, susceptibles de se ranger dans le même plan ou au contraire de se superposer, afin de réduire la largeur de l'ensemble pour passer dans les couloirs étroits et les portes. Le passage de l'une de ces positions à l'autre s'effectue par pivotement autour d'un axe. Un système de parallélogramme articulé assure la stabilité des plateaux, quelle que soit leur position. Malgré ce système de superposition des plateaux les tables de ce genre conservent un encombrement assez important qui ne peut être réduit pratiquement au-delà de la largeur de chaque plateau. La présente invention a notamment pour but d'éviter cet encombrement. Elle concerne, à cet effet, à titre de produit industriel nouveau, une table caractérisée par un cadre rigide sur lequel sont articulés un ou plusieurs panneaux susceptibles de se rabattre pour constituer des plans destinés à supporter des objets quelconques ou au contraire de se replier contre le cadre, la table étant alors réduite à un ensemble très plat facilement logeable et transportable ". Notons que les Ateliers Mondineu semblent être encore en activité, spécialisés dans l'encadrement d’œuvres d'art et installés dans le Marais (Ateliers Mondineu). Ci-dessous, des images du brevet, les premières publicités et deux annonces du Boncoin pour se procurer l'objet à petit prix !

dimanche 8 mai 2016

Robert Desnos // résistance et déportation

Robert Desnos, un ultime portrait en juin 1945

Tout le monde connaît ce tweet (à moins qu'il ne soit déjà oublié) : « parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir ». Pour Paul Éluard (poème utile // Liberté), c'est différent. Dans un discours qu'il prononce lors de la remise des cendres du poète surréaliste Robert Desnos, en octobre 1945, il affirme : « Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues. » Je l'aime beaucoup, Robert Desnos, pour ce qu'il représente et ce qu'il a fait, pour ce qu'il a été et ce qu'il aurait pu être. Et j'y suis attaché pour une autre raison : il était dans le convoi du 27 avril 1944, partant de Compiègne pour aller à Auschwitz-Birkenau, avant de partir vers Buchenwald. S'il avait survécu, peut-être aurait-il produit une poésie plus épaisse, plus rassurante, plus concrète, plus infantile, plus généreuse : une poésie de reconstruction. Mais il meurt avec le numéro 185443 tatoué sur l'avant-bras gauche, et, cousu sur la poitrine, un autre matricule surmonté d'un triangle rouge basculé sur la pointe, un "F" au centre. Je connais d'autres victimes de ce convoi, ayant la même tenue, probablement le même triangle, peut-être en couvrait-il un second d'une autre couleur. Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais. J'ose imaginer qu'ils se sont rencontrés avant les Marches de la mort, quand ils avaient la force de résister. Internet permet de retrouver des liens inattendus, de rentrer dans une micro-histoire qui croise les ouragans de la grande histoire, avec ses épisodes horribles et ses moments d'espoirs. Peut-être, désormais, allons-nous cesser de rechercher un ancêtre glorieux, un grand duc ou un petit bâtard, pour enfin construire une histoire retournée, un arbre généalogique ayant le tronc en haut et les branches vers le bas, avec un feuillage touffu où nos ancêtres croisent les poètes, se battent pour la Liberté et ne meurent plus dans l'oubli ! Chacun peut chercher un nom, désormais, dans le Livre-mémorial de la Fondation pour la mémoire de la déportation.