ARCHITECTURE ET MOBILIER après 1945


mercredi 27 août 2014

Psychanalyse urbaine // traumatisme et réappropriation


Dieppe bombardé - 1694, fonds médiathèque Jean-Renoir

Un long moment studieux consacré, pour le service "Unesco - Ville d'art et d'histoire", à la préparation de la journée de conférences du 12 septembre ayant pour sujet la psychanalyse urbaine, avec un sous-titre qui peut être considéré comme un cycle vital : traumatisme, reconstruction, réappropriation. Si cette approche paraît originale en France, une psychanalyste new-yorkaise me signalait encore récemment que la chose était d'une banalité à pleurer dans sa ville, où tout projet sérieux doit s'accompagner d'une interprétation psychanalytique. Cependant, nous sommes en France, très exactement de l'autre côté de l'Atlantique, au Havre ! Ici, pour marquer les 70 ans des bombardements, l'Université organise un colloque sur les bombardements en eux-mêmes (Cirtai), cherchant à établir le pourquoi du comment. Il s'agit d'un travail nécessaire mais on a le droit de le trouver excessivement premier degré ; un esprit fin pouvant y voir la marque d'un traumatisme non-encore assumé. On cherche une explication, une justification. Elargissons donc le sujet en lisant Thomas Hippler, Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires, 2014) où l'on découvrira qu'il n'y a jamais une raison mécanique. Tutto è cosa mentale. Pour passer au pourquoi du pourquoi, afin de surpasser le vide et de réinvestir le lieu dans son présent (vivant au Havre et non ailleurs), voici le programme complet de notre journée : soyons nombreux !

vendredi 1 août 2014

Leboncoin // foire contemporaine

 
Parmi les millions de photographies en ligne sur leboncoin.fr, il y a tout ça ! Cependant, les yeux qui surveillent ces annonces sont légions et les plus incroyables trouvailles disparaissent vite... Du fait-main, retirées une par une, avec cette même phrase : "je prends tout de suite". Et Hop ! C'est ainsi que le tableau de chasse s'assimile à la compulsion, faisant se toucher la préciosité et la vulgarité (meubles d'urgence // René Gabriel 1/2). Cependant, contrairement à la complexité demandée quand il s'agit d'aimer la banalité, la quète du rare et du précieux est évidente pour tout le monde : la beauté - à l'instar de la bonté - est la norme la mieux partagée. Nous aimons tous jouer à la chasse au trésor... Heureusement, pour chasser cette évidence, Wikipedia cite Jacques Le Goff dans la rubrique Leboncoin.fr et ouvre une amusante dimension anarco-médiévale : "D'une certaine façon, leboncoin.fr est au XXIe siècle ce que la foire était au Moyen Âge. À cette époque, il n'y avait pas tellement de boutiques, ni en ville ni à la campagne. Le grand centre où les gens se procuraient de tout, c'était les foires. J'analyse plutôt l'essor du Bon Coin comme une expression de la « débrouillardise » française. C'est cet état d'esprit qui a attiré un nombre incalculable de gens vers Paris très tôt. Le site démocratise l'acquisition de produits dont une grande partie du prix peut être liée aux intermédiaires. Il propose un retour à la vie de qualité médiévale, avec convivialité et entraide. Il apparaît également très efficace sur le marché de l'immobilier, de l'automobile et de l'emploi, ce dernier point étant particulièrement important actuellement." Ajoutons un nouveau marché de l'art où chacun devra apprendre à être son propre expert, à exprimer son goût ! En attendant, voici des trésors photographiques où le préciosité est banalisée. Soyons certains que les lecteurs de ce blog en gardent dans leur ordinateurs : qu'ils n'hésitent pas à nous les transmettre afin de compléter cette exposition...

dimanche 20 juillet 2014

Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947


Voici enfin redécouvert le Catalogue officiel de l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation de 1947. Sur 296 pages, tous les stands sont décrits, tous les participants cités ; de longues listes exhaustives qui évoquent bien la rigueur de Paul Breton, l'organisateur, de même que le format, le papier et le plan reprennent le catalogue du Salon des arts ménagers. Cependant, l'architecture devient bien plus complexe que les appareils ménagers et cette première grande exposition reflète la montée en puissance de ce domaine : cet évènement est sans rapport avec la petite "Exposition de l'habitation" visible avant-guerre en marge du Salon des arts ménagers. C'est une vaste "Exposition internationale" avec 54 classes réunies en 5 groupes posant successivement le problème du logement (n°1) puis urbanisme (n°2), habitation (n°3), a construction (n°4 avec matériaux, construction, équipement, exécution), jardin (n°4bis) et enfin l'information (n°5 avec la codification, la presse spécialisée et la "propagande éducative")... Les illustrations de Jacques Nathan/Garamond sont impressionnantes, autant que le texte d'introduction d'André Hermand qui mérite d'être cité : "En même temps que le nombre des hommes et des femmes vivant sur la terre augmentait brutalement jusqu'à presque tripler, un exode immense et spontané déplaçait les populations des campagnes vers les villes. Et aujourd'hui, alors que l'humanité est plus riche de connaissance, de puissance et de moyens nouveaux qu'elle ne l'a jamais été, des millions d'hommes et de femmes souffrent et peinent parce que leur logis est insuffisant, surpeuplé, vétuste, malsain, ruiné, malcommode, bruyant, privé des équipements les plus élémentaires, manquant d'air, de lumière et de soleil, ouvert sur des rues étroites ou des cours sombres, ou perdus dans des lotissements sans voiries, sans eau, dans le désordre de l'improvisation. Et la guerre est venue ajouter de terribles blessures et une confusion nouvelle dans ce drame de l'habitation humaine." La solution est illustrée par les appartements types reconstitués au premier étage sur les balcons nord-est et sud-est, du "groupe-4 classe-40" avec son comité prestigieux : présidence René Gabriel (président de la SAD), vice-présidence et présentation de Marcel Gascoin (directeur de l'UAM), rapporteur Paul Beucher (Ecole Boulle)...

Here finally rediscovered the Official Catalogue of the International Exhibition 1947 of Urban Development and Housing. On 296 pages, all stands are described, all participating cities; long exhaustive lists that really evoke the rigor of Paul Breton, the organizer, as well as the format, paper and plan show the catalog of Ideal Home Exhibition. However, the architecture becomes more complex as household appliances and this first major exhibition reflects the rise in this area: this event is unrelated to the small "Fair Housing" visible prewar margin Ideal Home Exhibition. That's a big "International Exhibition" with 54 classes combined into 5 groups successively posing the problem of housing (1) and Urban Planning (2), home (No. 3), Construction (No. 4 with materials construction, equipment, execution), garden (No. 4a) and finally information (No. 5 with coding, specialized press and "educational propaganda") ... the Jacques Nathan-Garamond illustrations are impressives, like the introductory text of André Hermand which deserves to be quoted: "at the same time that the number of men and women living on the Earth increased sharply to nearly triple, a huge and spontaneous exodus moving populations the countryside to the cities. and today, when humanity is richer knowledge, power and new ways it has never been, millions of men and women suffer and struggle because their home is inadequate, overcrowded, dilapidated, unhealthy, ruined, cumbersome, noisy, deprived of the most basic equipment, lacking air, light and sun, open on narrow streets or dark courtyards, or lost in subdivisions without roads, without water, in the disorder of improvisation. And the war has added terrible injury and further confusion in this drama of human habitation. "Solution is illustrated by show flats apartments on the Grand Palais north-east and south-east first floor balconies,the " Group 4 - class 40 " with its prestigious committee: Chair René Gabriel (President of the SAD), Vice-President and presentation Gascoin Marcel (director of UAM), rapporteur Paul Beucher (director of the Ecole Boulle) ...

lundi 7 juillet 2014

Gustave Gautier // portrait d'un décorateur

une armoire de Gustave Gautier de 1953

Habitant des ISAI du Havre, Samuel adhère au petit cercle des admirateurs de la Reconstruction et de son mobilier. Déjà possesseurs d'un bahut "BB" de Marcel Gascoin, il tient par ailleurs de sa grand-mère cette solide armoire dotée de deux portes coulissantes et de poignées raidisseuses dont le profil en "aile d'avion" s'ajuste exactement à celui des montants latéraux. Une silhouette qui fait signature ! Pour l'identifier, outre une étiquette de la marque "Eros", la puissance constructive du meuble, la lourde section des planches, la parfaite finition du chêne clair ne laissent aucun doute : Gustave Gautier. Profitons de l'occasion pour revenir sur ce personnage connu pour ses tables gigognes (Gustave Gautier // tables gigognes). Il est d'abord l'adepte du "style reconstruction" préféré des critiques proches de la SAD, aussi bien illustré dans Mobilier et Décoration et Ensembles modernes que dans le Décors d'aujourd'hui et le Journal de l'ameublement. S'il fallait un classement par fréquence de représentation, il occuperait une très bonne position... Ses meubles font consensus car il est non seulement un radical, membre de l'UAM, adepte de la forme pure et de l'ossature lisible, mais il défend aussi une générosité dans les finitions et les matières, ce qui rassure pleinement les défenseurs de certaines "valeurs bourgeoises" qui formaient alors le noyau dur de la critique française. Cependant, cette surépaisseur n'est plus la prétentieuse démonstration d'une puissance de classe mais elle se réinvente dans l'objectif de reconstruire un monde sobre et robuste, agréable et durable. Il ne faut pas oublier que Gustave Gautier sort d'un camp de prisonnier et, qu'après cela, il abandonne l'architecture extérieure pour aller vers celle de l'intérieur, cherchant à inventer une ambiance protectrice, suivant un réflexe très identique à celui observé chez Guillerme et Chambron (Lille//Guillerme et Chambron). Gustave Gautier laisse se dévoiler la psychologie d'une condition et d'un temps : la modernité d'après-guerre ne peut plus tolérer un monde froid, instable, uniformisé, il fallait protéger, enkyster, "encapsuler", le vide inquiétant de la condition humaine.

Residing in the "ISAI" of Le Havre, Samuel joins the small circle of admirers of Reconstruction and furniture. Already owners of a Marcel Gascoin chest, he also wishes his grandmother this solid cabinet with two sliding doors and handles with a stiffening profile "airplane wing" fits exactly to the the lateral uprights. This figure is a time signature! To identify, in addition to a brand label "Eros", the constructive power of furniture, heavy section plates, the perfect finish of light oak leaves no doubt: Gustave Gautier. Take the opportunity to return to this character known for its nesting tables (Gustave Gautier / / nested tables). It is the preferred décorator SAD in the "style reconstruction", both illustrated in Mobilier et Décoration, Ensembles modernes, Décors d'aujourd'hui and the Journal de l'ameublement. If we had ranked by frequency of performance, it would occupy a good position ... His furniture is consensus because it is not only a radical member of the UAM, a follower of pure form and frame readable but it also defends generosity in finishes and materials, which fully reassured advocates some "bourgeois values​​" which then formed the core of the French criticism. However, this allowance is not pretentious demonstration power class but it reinvents itself with the aim of reconstructing a simple and robust world, nice and durable. We must not forget that Gustave Gautier fate of a prison camp, and after that, he gave up the external architecture to go to that inside, trying to invent a protective atmosphere, following a very similar reflex that observed in Guilherme and Chambron. Gustave Gautier allowed to reveal the psychology of a condition and a time: the post-war modernity can no longer tolerate a cold world, unsteady, uniform, should be protected, encysted, "encapsulating" the disturbing empty the human condition.

lundi 23 juin 2014

Exposition 2014 // Habitat provisoire

 
Samedi 28 juin à 17h30, chaque lecteur de ce blog est cordialement invité à l'inauguration d'une nouvelle exposition consacrée à l'habitat provisoire (deux ans après l'Exposition 2012 // Habitat d'urgence). Un moment important car l'Atelier Perret accueille les premiers éléments d'un baraquement MRU (type 534.10) reconstitué. Le choix du module s'est porté sur la version la plus large (éléments de 120 x 240 x 12 cm) avec des blocs spécifiques (trois "fenêtres" et une "porte"), le tout réalisé en deux semaines dans l'Atelier de notre ami constructeur Denis Bréault pour un coût de 8.000 euros (3.000 bois + 1.000 huisseries + 1.000 transport et petit matériel + 3.000 en main d'oeuvre). Cette dépense représente les deux-tiers de la façade, soit le cinquième du prix total en considérant le plancher, la toiture et les fermes. Ces chiffres indiquent que ce prototype de 65m2 revient aujourd'hui à 40.000 euros sans équipement... Le provisoire ne coûte donc pas si cher sachant qu'il peut durer très longtemps puisque les modèles de 1945 tiendraient encore tous debout s'ils avaient été mieux "traités", notamment contre le feu. Ajoutons que la reconstitution est légèrement plus grande mais surtout plus solide, mieux isolée et faite pour être montée/démontée (comme pour une yourte, il n'y a donc pas besoin de permis de construire). Bref, le rêve : maison neuve à moins de 50.000 euros, écolo-déplaçable, bricolo-artisanale : mais qu'attends-t'on pour agir ? Signalons enfin que les amateurs de meubles ne seront pas déçus car ils retrouveront René Gabriel derrière la façade, avec des pièces rares de la collection GG : variantes de la série 120 (buffet 120, table 121, chaise 123), chambrée de réinstallation (armoire 154, lit 155, chevet), des pièces bien moins connues que la salle à manger de la série 150 (Meubles d'urgence // René Gabriel) ou que la désormais célèbre chaise n°103 (René Gabriel // chaise économique)...

Saturday, June 28 at 17:30, every reader of this blog is cordially invited to the opening of a new exhibition devoted to the temporary habitat (two years after a first exhibition). An important moment for the Atelier Perret hosted the first elements of a restored MRU house's (534.10 Type). The choice of module is focused on the larger version (120 meters x 240 x 12 cm) with specific blocks (three "windows" and a "door"), all made ​​in two weeks in the "atelier" of our friend Denis Breault - manufacturer at a cost of 8,000 euros (3,000 wood + 1,000 frames + 1.000 transport and small equipment + 3,000 in labor). This expense represents two-thirds of the facade, the fifth of the total price considering the floor, the roof and farms. These figures indicate that this prototype is now up to 65m2 40,000 euros without equipment ... The draft does not cost so much knowing that it can last a very long time since the 1945 models would take all still standing if they had been better "treated", especially against fire. Adding that the reconstruction is slightly larger but also stronger, better insulated and made to be mounted / dismounted (as a yurt, so there is not need permission). In short, the dream of new home for less than 50,000 euros, eco-movable-handyman: Finally, note that the furniture lovers will not be disappointed because they find René Gabriel behind the facade, with rare pieces from the GG Collection: variants of the 120 series (buffet 120 , table 121, seat 123), chambered resettlement (cabinet 154, bed 155 , bedside table), much less known than the dining room of the 150 series parts or the now famous chair Number 103...