vendredi 8 décembre 2017

Gustave Gautier // les cousines de Lorient

aquarelle du peintre amateur Gustave Gautier pour ses cousines m...

Une très belle vente s'annonce demain, à Lorient (chez Maître Dorothée Galludec, 25 rue Paul Guieysse, 56100 Lorient), avec un ensemble particulièrement complet de Gustave Gautier. La provenance transparaît discrètement dans une aquarelle signée par le décorateur, datée de 1949 et intitulée "Les lavandières". Elle est dédicacée au dos "À mes cousines m... et m... affectueusement" par le cousin Gustave Gautier.

Né à Nantes, Gustave Gautier conserve des liens familiaux dans la région et il n'est donc pas étonnant de le retrouver dans cette ville, particulièrement sinistrée, où l'on peut aujourd'hui découvrir un incroyable village-musée sur les baraquements provisoires imaginé par Mickael Sendra et réalisé par l'association Mémoire de Soye. Mais revenons à cette vente. On y trouve les modèles que Gautier tente d'éditer en série pour la reconstruction, dont un fauteuil avec assise et dossier réglables, une modèle relativement rare que le décorateur a visiblement offert à ses "cousines m..." Il va ensuite continuer à les aider en matière de décoration puisque l'on découvre également des créations plus récentes, comme les fauteuils de salon en skaï, déjà vu dans l'ancienne villa de Picasso réaménagée en1961 (Gustave Gautier // Villa de la Californie). Les images sont à découvrir ci-après.

lundi 20 novembre 2017

René Gabriel // révolution de 1934

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Heureux de rouvrir le blog pour signaler une découverte exceptionnelle, faite dans une salle des ventes à Soissons : il s'agit d'un discret petit fauteuil bas qui montre toute la singularité de l’œuvre de René Gabriel. Celui-ci apparaît dans une publicité à l'allure " révolutionnaire " publiée en juin 1934, où l'auteur s'inspire de François d'Assise en proclamant que le " luxe des vrais riches " (sic) réside dans une simple formule : " modestie, authenticité, allégresse, poésie ". La messe est dite ! Et voici avoué l'idéal qui a secrètement mené ce créateur vers l'alliance du dépouillement et de l'élégance, dans le but explicite d'atteindre l'essentiel en éliminant le superficiel...

René Gabriel assume ainsi un net tournant vers le social au début des années 1930, au milieu du Salon des artistes décorateur que l'on suppose trop rapidement conservateur. Là se trouve donc la véritable révolution - cette présence avant-gardiste à la SAD. Provisoirement séduit par le modernisme et le métal, après que les CIAM en aient démontré la pertinence et le faible coût à Francfort, il est l'un premiers décorateurs modernes au monde (avec Charlotte Perriand en France) à délaisser ce matériau pour revenir au bois, prenant en compte la crise industrielle et la condition ouvrière. Il dessine alors des modèles ultra-économiques aux lignes mécanisantes assumées, facilement exécutables en série dans son propre atelier et, possiblement, de ses propres mains... La démonstration est simple : il est possible de fabriquer des meubles modernes, élégants, en grande quantité et abordables (pour rappel 130 francs de 1934 correspondent à seulement 90 euros) avec des moyens réduits et des matériaux simples - tout un ensemble de contraintes sociales associées à la Grande Dépression et qui le conduisent, avec vingt ans d'avance, à inventer le style qui s'affirmera pendant la Reconstruction et deviendra celui des "années 1950".

Et ce n'est surtout pas un luxe qu'il réserve aux gens dits modestes. Pour preuve, en 1935, il installe dans son propre domicile une variante de ce fauteuil en lanières de cuir et annonce ainsi ce qui deviendra un " style " après la Libération : massivité de la structure, pieds "Directoire" cambrés grâce à une simple ligne brisée, généreux accotoirs, lanières de cuir tressées, etc. Tout est en bois avec une ossature chêne consolidée par des barreaux en hêtre de section ronde, laqués dans les tons bruns. Les photographies sont visibles dans l'article...

vendredi 16 juin 2017

Eric Touchaleaume // utopie plastic




Suite à une récente rencontre, dans la bonne humeur et l'émulation, avec Eric Touchaleaume - officiellement galeriste, mais en réalité aventurier et défricheur connu pour ses multiples découvertes dans les domaines du design et de l'architecture du Mouvement moderne, ainsi que pour son travail de restauration de l'Hôtel Martel, rue Mallet-Stevens - j'ai été heureux d'apprendre l'ouverture d'une exposition qu'il prépare en ce moment même à Marseille, avec son fils Elliot, sur la FRICHE DE L’ESCALETTE - Parc de sculptures et d’architectures légères (friche-escalette.com) : Utopie plastic. Pendant les deux mois d'été à venir, les visiteurs pourront découvrir trois modèles exemplaires d'habitation en plastique : La Futuro house de Matti Suuronen (1968), la Bulle six coques de Jean-Benjamin Maneval (1968) et l'Hexacube de Georges Candilis (1972) ; il sera également possible de suivre, en direct, le délicat travail de restauration d'une de ces maisons, et d'entrer pour découvrir quelques exemples remarquables de mobilier plastique. Les chanceux lecteurs de l'Art utile pouvant se déplacer jusqu'à Marseille seront les bienvenus à l'inauguration, le 23 juin à partir de 17 heures.

Une évidence raccorde ces projets de "science fiction" à la modernité d'après-guerre, quand il s'agissait de créer un habitat économique en s'ouvrant à tous les moyens techniques possibles. Le ton n'est cependant plus celui du minimum normatif, plutôt psychorigide, que dictait l'urgence. Dans les années 1960, la recherche est celle d'une "alternative", des vacances ouvrant à la libération des individus et des mœurs... S'il fallait trouver un point d'origine à ces maisons en apesanteur, dont l'âge d'or se situe entre 1968 et 1973, il faut aussi se tourner vers les hippies... C'est pourquoi je vous propose de replonger ci-dessous chez les grands ancêtres des Zadistes, architectes libre-penseurs et "artistes récupérateurs", grâce à un article publié dans la très officielle Architecture d'aujourd'hui, en décembre 1968 (pp.82-84), entièrement consacré à la communauté de Drop City, Colorado (wiki). Belle époque, où l'alternative ne consistait pas à revenir le plus en arrière possible, mais au contraire à trouver dans un passé proche l'autre façon d'inventer l'avenir...


jeudi 27 avril 2017

SAM à Bordeaux // Société auxiliaire du meuble

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Après deux articles consacrés aux Galeries Barbès et à leur "moderne bombé" qui a envahi l'industrie du meuble jusqu'aux années 1950, voyons maintenant le moment où celles-ci épousent le "style reconstruction". Parmi elles, la S.A.M. fait son apparition très tardivement. Après ABCle Printemps ou Polymeubles en 1954, et surtout après Lévitan et de nombreux grands magasins en 1955, c'est au tour de cette entreprise bordelaise - la S.A.M. (Société auxiliaire du meuble) - de rajeunir sa ligne en s'inspirant des Gascoin, Hauville, Perreau et autres précurseurs... Située en bout de chaîne, la S.A.M. semble vouloir tenir tête à sa catégorie afin de se faire une petite place. Toutefois, son arrivée tardive sur ce marché de gamme moyenne reste un handicap qui ne lui permet pas de s'imposer auprès des grands créateurs de séries. D'autant plus que les nouveaux entrants préfèrent un modernisme plus assumé, avec du métal, du stratifié, sans se limiter au seul bois. Ainsi, la S.A.M. figure dans les revues pour industriels de l'ameublement et ses produits semblent très bien diffusés, mais cette marque ne pénètre pas les magazines de décoration ni les emplacements prestigieux des salons d'exposition. Son histoire aurait été difficile à écrire sans un précieux témoignage publié dans le journal Sud-Ouest, le 6 novembre 2012. Véronique Perot, descendante du fondateur des miroirs et glaces Marly à Bordeaux, y signale qu' "en 1939, Gabriel Marly prend en charge la Société auxiliaire du meuble qui, sur d’importants terrains de cinq hectares et demi, entre la rue Tauzin et la rue Gallieni, fabrique des meubles de luxe, contreplaqués, portes et panneaux…" À cette date, l'entreprise porte toujours le nom de son fondateur, les "établissements André Harribey" puis la SARL est renommée "Auxiliaire du meuble", probablement au moment de l'épuration. Les deux noms figurent encore dans un dépôt de brevet daté de 1949 pour un "contreplaqué-latté allégé" (FR986286). Cette innovation technique est très intéressante, malgré cela la S.A.M. ne se convertit pas au style contemporain ni à la diffusion de masse ; celle-ci débute dix ans plus tard, révélée par une montée en puissance des publicités publiées au tout début des années 1960. Le contexte économique est certainement bien meilleur mais l'ambiance créative s'avère moins favorable. Dans cette décennie de la technicité, les innovations se sont stabilisées dans les bois et contreplaqués car les grands créateurs et leurs éditeurs s'orientent préférentiellement vers les matériaux synthétiques et des combinaisons complexes avec du métal. Les dessinateurs de S.A.M. se trouvent ainsi contraints d'assembler des formes ayant dix ou vingt ans d'âge. Leurs meubles présentent les caractéristiques d'un rationalisme dépassé, exagéré à outrance afin d'adhérer à un style reconnaissable par tous. Avec les pieds compas, les joues pendantes et divers débordements géométriques, le baroquisme moderne s'affirme en assumant des ligne et des proportions dont l'amplification finit par provoquer un déséquilibre qui échappe à la vieille logique rationnelle... D'autre part, les panneaux allégés, l'épaisseur des lattes et des placages, les sections des ossatures atteignent ici un minimum critique qui peut faire douter les clients quant à la qualité du produit. Techniquement, cette réduction est rendue possible grâce au verni polyester qui non seulement évite les taches sur les plateaux, mais surtout rigidifie les parois et limite les décollements de placages. Se voulant rassurante, la devise de SAM change en 1963, ce ne sont plus "des meubles de votre époque à vos mesures" mais "des meubles qui durent"... Est-ce suffisant ? Peut-être pas, car le nombre de publicité décroit et l'histoire ne conserve par la suite que deux épisodes dramatiques : le 2 août 1969, quand les locaux du cours Gallieni brûlent pour la troisième année de suite et provoquent plusieurs millions de dégâts (Sud-Ouest, 2 août 1969, p.1) ; en 1982, quand l'entreprise est revendue suite au décès de Gabriel Marly et de son fils John... Aujourd'hui, pour se souvenir, ils nous restent quelques images d'ensembles que l'on peut découvrir au milieu des publicités imprimées entre 1959 et 1962...

mardi 14 mars 2017

Galerie Barbès [2/2] // le moderne bombé


Après la période glorieuse qui suivit l'Exposition de 1925, reprenons l'histoire des Galeries Barbès pour rejoindre l'époque de la Reconstruction. Il faut d'abord constater que, du milieu des années 1930 à la fin des années 1940, la couverture des catalogues montre notre "bonhomme Ambois" installé confortablement dans un large fauteuil. Ce choix marketing évoque une orientation vers une idée normative du confort. Le "style Barbès" s'est trouvé. Pour d'aucuns, il se serait plutôt perdu dans une option qui va ringardiser la marque, avant de provoquer sa perte. Une étude statistique montre que les recettes habituelles s'épuisent graduellement. Les meubles historiques, qui représentaient encore les deux tiers des offres en 1926, disparaissent. Les reliquats de l'Art nouveau subissent le même sort. Le Rustique résiste un peu mieux et occupe cinq pages parmi les quarante que comprend, par exemple, le catalogue de 1949. Indatable, par conséquent indémodable et rassurant, le rustique est voué au succès dans les moments de bouleversement... Quant à l'espace libéré par ces grandes extinctions, il est occupé par des styles dits "modernes". Durant l'Entre-deux-guerres, il s'agit principalement du style 1925 et de ses variantes tardives (cf. Galerie Barbès [1/2] // dictionnaire des styles) proches des formules inventées par les grands artistes décorateurs. Par la suite, cet "Art déco" se singularise, avec des lignes exagérément déployée dans une "modernité" auto-revendiquée, mais qui ne l'est plus du tout... Et c'est là le second bouleversement enregistré par les Galeries Barbès : après avoir introduit en 1925 les styles contemporains dans les productions populaires, ce grand magasin va déployer à partir de 1935 une ligne esthétique singulière pleinement adaptée à son public. Il s'agit du "moderne bombé", où la "modernité" semble bomber le torse et se couvrir de tatouages...

lundi 6 mars 2017

Galeries Barbès [1/2] // dictionnaire des styles


Voici un article exceptionnellement long car le sujet est prétexte à une leçon sur l'histoire du meuble et de l'architecture. Reflet de la demande populaire, le catalogue des galeries Barbès de 1930 fait l'effet d'un véritable Dictionnaire des styles allant de la Haute époque jusqu'à la dernière actualité... Malgré le mépris que peuvent exprimer les critiques vis-à-vis de ce genre de grands magasins, il faut reconnaître que les productions "Art déco" qui côtoient les "meubles de style" dans les Galeries Barbès épousent avec une certaine aisance l'esthétique du moment, probablement avec plus de facilité que les orgueilleux artisans qui reproduisent encore à l'identique l'ébénisterie de l'Ancien Régime. Plutôt que de comparer les deux qualitativement, il est plus intéressant d'utiliser ce catalogue pour réviser une histoire de l'ameublement, où se reflètent les grands moments de l'architecture, de la céramique, des bijoux et même de la mode vestimentaires ; d'autant plus que ces "styles" ne s'arrêtent pas au passé ancien, les tendances récentes dominent même les propositions (à 60%). C'est une nouveauté. Avant 1925, le "moderne" restait réservé à quelques privilégiés, les grands magasins populaires n'offrant rien de comparable... Voyons maintenant chronologiquement quels sont ces styles que l'on trouve enregistrés dans le catalogue Barbès. Notons en premier lieu l'absence du néogothique passé de mode depuis un certain temps, à tel point qu'il est même interdit dans la reconstruction après la Première Guerre mondiale. C'en est fini des égarements romantiques ! L'histoire commence donc par ce moment glorieux de la Renaissance française, que l'on désigne souvent par "style Henri-II". Ce sont des meubles en chêne ciré foncé, chargés très lourdement par les éléments décoratifs de la Première Renaissance, avec ses colonnes-candélabres, ses arabesques, ses rinceaux, ses feuillages, ses vasques. Au centre de la façade, le portrait équestre du roi est généralement remplacé par des scènes romantiques, galantes ou pastorales. Un chevalier monte vers son château où l'attend à l'occasion une princesse, parfois c'est une scène de chasse, un troubadour, des animaux... Très à la mode depuis la fin du XIXème siècle, le "buffet Henri-II" accompagné de chaises excessivement jacobéennes représentent l'ennemi des modernes qui s’exaspèrent de voir ainsi l'industrie gaspiller le temps et la matière dans des productions jugées laides et inadaptées. Que l'on compare ces ensembles à ceux du Bauhaus présenté la même année au SAD (Bauhaus // réception française en 1930).