ARCHITECTURE ET MOBILIER après 1945


jeudi 25 septembre 2014

Style Reconstruction // Commission du Meuble de France

"placard" apposé par René Gabriel au SAD de 1947

C'est un fait nouveau - n'en soyons pas peu fiers -, les écrits dans l'histoire des arts citent de plus en plus fréquemment le style Reconstruction. La découverte d'un texte mis en ligne en 2012 par un conservateur du Mobilier National et d'Orsay (Yves Badetz sur c-royan.com) m'a fait repenser à un évènement fondateur... Yves Badetz présente ainsi la Commission du Meuble de France (CMF) comme point de départ : ce n'est pas faux, le principe est ouvertement calqué sur le modèle administratif de l'Utility Furniture Advisory Committee, reconnu en Grande-Bretagne comme point de départ du "design" (Gordon Russell // Utility Furniture). On peut nuancer en affirmant que ce mouvement débute auparavant, quand la Grande Dépression provoque le déclassement du modernisme radical, en faisant ressurgir les fondamentaux Arts & Crafts, mais il est certain que la CMF marque un début en France. Le paysage créatif était jusqu'ici brouillé par des querelles et une absence de soutien administratif (les initiatives se réduisant le plus souvent à l'échelle individuelle), lorsque les protagonistes du mobilier produit "en série" s'unissent une première fois autour de cette commission ; ce sont des décorateurs inscrits à la Société des Artistes décorateurs (SAD) et financés par le ministère de l'Industrie. En observant leurs projets, on remarque une lourdeur rustique et une part importante accordée à la décoration car le terme "industrie" désigne ici l'artisanat du luxe plus que l'efficacité d'un mode de production. Suivant ce paradoxe, on comprend la brève durée de la CMF qui naît en 1946 pour disparaître l'année suivante. Son principal responsable, René Gabriel, jette l'éponge en affichant publiquement l'échec du projet au Salon des décorateurs de 1947 et abandonne la direction de la SAD à Jacques Adnet. C'est heureux car il va alors renouer avec la modernité ! D'autant plus qu'il obtient un meilleur accueil chez les ex-UAM, petits protégés du ministère de la Reconstruction et de l'Urbanisme, comme Marcel Gascoin qui est alors en charge de la section ameublement dans l'Exposition internationale (Exposition de l'urbanisme et de l'habitation // 1947), autre événement fondateur, s'il en faut, avant la réouverture du grandiose Salon des arts ménagers (Meubles de série // Arts ménagers 1948).

mercredi 17 septembre 2014

collection gg // présentation générale


Cinq ans qu’Éric et moi cheminons ensemble : pour fêter l'événement, nous avons décidé d'un nouveau lieu où stocker les trois cents meubles de notre "collection gg"... Pourquoi cette collection et cette période, la Reconstruction ? Disons que l'aventure débute en 2001 quand je tombe sur un article de la revue Maison Française intitulé "Ils ont trouvé un appartement neuf au Havre" avec le mobilier d'un certain Marcel Gascoin. C'est la fin du mythe voulant qu'il n'y ait pas d'intérieur dans l'architecture d'Auguste Perret : Le Havre n'est plus seulement un paysage... Pour ne pas l'ignorer, il fallait sortir de la grande histoire de l'architecture et pénétrer dans la petite histoire de la décoration. C'est ainsi que nous avons rencontré le style reconstruction situé derrière un "point aveugle" de notre mémoire entre Modernisme et Art déco. Il marque notre obsession parce qu'il imposait d'échapper au préjugé d'une modernité radicale, inventée "contre" : contre l'histoire, l'usage, la tradition, contre les formes et les matières du passé, et même contre l'art et l'utile ! Ce progrès qui abandonne tout derrière lui est heureusement apaisé après la guerre, une nouvelle modernité va s'épanouir hors des luttes en assumant ses héritages et ses liens à venir. C'est à ce moment que surgissent d'excellents créateurs qui imaginent un artisanat "en grande série", une mécanisation à échelle humaine fuyant la froide efficacité autant que l'ostentatoire ou le luxe ; ils redécouvrent des matériaux et des formes simples, sans pour autant reproduire le passé à l'identique. Aujourd'hui encore, le temps est venu de regarder sereinement notre héritage, admettre notre condition naturelle, notre emprisonnement sur une terre délicate, notre enfermement aux côtés du passé, et, malgré toute cette pesanteur, notre capacité à inventer un futur léger, meilleur plus que différent... une sereine joie de vivre... Bonne visite.

mercredi 27 août 2014

Psychanalyse urbaine // traumatisme et réappropriation


Dieppe bombardé - 1694, fonds médiathèque Jean-Renoir

Un long moment studieux consacré, pour le service "Unesco - Ville d'art et d'histoire", à la préparation de la journée de conférences du 12 septembre ayant pour sujet la psychanalyse urbaine, avec un sous-titre qui peut être considéré comme un cycle vital : traumatisme, reconstruction, réappropriation. Si cette approche paraît originale en France, une psychanalyste new-yorkaise me signalait encore récemment que la chose était d'une banalité à pleurer dans sa ville, où tout projet sérieux doit s'accompagner d'une interprétation psychanalytique. Cependant, nous sommes en France, très exactement de l'autre côté de l'Atlantique, au Havre ! Ici, pour marquer les 70 ans des bombardements, l'Université organise un colloque sur les bombardements en eux-mêmes (Cirtai), cherchant à établir le pourquoi du comment. Il s'agit d'un travail nécessaire mais on a le droit de le trouver excessivement premier degré ; un esprit fin pouvant y voir la marque d'un traumatisme non-encore assumé. On cherche une explication, une justification. Elargissons donc le sujet en lisant Thomas Hippler, Le gouvernement du ciel. Histoire globale des bombardements aériens (Les Prairies ordinaires, 2014) où l'on découvrira qu'il n'y a jamais une raison mécanique. Tutto è cosa mentale. Pour passer au pourquoi du pourquoi, afin de surpasser le vide et de réinvestir le lieu dans son présent (vivant au Havre et non ailleurs), voici le programme complet de notre journée : soyons nombreux !

vendredi 1 août 2014

Leboncoin // foire contemporaine

 
Parmi les millions de photographies en ligne sur leboncoin.fr, il y a tout ça ! Cependant, les yeux qui surveillent ces annonces sont légions et les plus incroyables trouvailles disparaissent vite... Du fait-main, retirées une par une, avec cette même phrase : "je prends tout de suite". Et Hop ! C'est ainsi que le tableau de chasse s'assimile à la compulsion, faisant se toucher la préciosité et la vulgarité (meubles d'urgence // René Gabriel 1/2). Cependant, contrairement à la complexité demandée quand il s'agit d'aimer la banalité, la quète du rare et du précieux est évidente pour tout le monde : la beauté - à l'instar de la bonté - est la norme la mieux partagée. Nous aimons tous jouer à la chasse au trésor... Heureusement, pour chasser cette évidence, Wikipedia cite Jacques Le Goff dans la rubrique Leboncoin.fr et ouvre une amusante dimension anarco-médiévale : "D'une certaine façon, leboncoin.fr est au XXIe siècle ce que la foire était au Moyen Âge. À cette époque, il n'y avait pas tellement de boutiques, ni en ville ni à la campagne. Le grand centre où les gens se procuraient de tout, c'était les foires. J'analyse plutôt l'essor du Bon Coin comme une expression de la « débrouillardise » française. C'est cet état d'esprit qui a attiré un nombre incalculable de gens vers Paris très tôt. Le site démocratise l'acquisition de produits dont une grande partie du prix peut être liée aux intermédiaires. Il propose un retour à la vie de qualité médiévale, avec convivialité et entraide. Il apparaît également très efficace sur le marché de l'immobilier, de l'automobile et de l'emploi, ce dernier point étant particulièrement important actuellement." Ajoutons un nouveau marché de l'art où chacun devra apprendre à être son propre expert, à exprimer son goût ! En attendant, voici des trésors photographiques où le préciosité est banalisée. Soyons certains que les lecteurs de ce blog en gardent dans leur ordinateurs : qu'ils n'hésitent pas à nous les transmettre afin de compléter cette exposition...

dimanche 20 juillet 2014

Exposition de l'Urbanisme et de l'habitation // 1947


Voici enfin redécouvert le Catalogue officiel de l'Exposition internationale de l'urbanisme et de l'habitation de 1947. Sur 296 pages, tous les stands sont décrits, tous les participants cités ; de longues listes exhaustives qui évoquent bien la rigueur de Paul Breton, l'organisateur, de même que le format, le papier et le plan reprennent le catalogue du Salon des arts ménagers. Cependant, l'architecture devient bien plus complexe que les appareils ménagers et cette première grande exposition reflète la montée en puissance de ce domaine : cet évènement est sans rapport avec la petite "Exposition de l'habitation" visible avant-guerre en marge du Salon des arts ménagers. C'est une vaste "Exposition internationale" avec 54 classes réunies en 5 groupes posant successivement le problème du logement (n°1) puis urbanisme (n°2), habitation (n°3), a construction (n°4 avec matériaux, construction, équipement, exécution), jardin (n°4bis) et enfin l'information (n°5 avec la codification, la presse spécialisée et la "propagande éducative")... Les illustrations de Jacques Nathan/Garamond sont impressionnantes, autant que le texte d'introduction d'André Hermand qui mérite d'être cité : "En même temps que le nombre des hommes et des femmes vivant sur la terre augmentait brutalement jusqu'à presque tripler, un exode immense et spontané déplaçait les populations des campagnes vers les villes. Et aujourd'hui, alors que l'humanité est plus riche de connaissance, de puissance et de moyens nouveaux qu'elle ne l'a jamais été, des millions d'hommes et de femmes souffrent et peinent parce que leur logis est insuffisant, surpeuplé, vétuste, malsain, ruiné, malcommode, bruyant, privé des équipements les plus élémentaires, manquant d'air, de lumière et de soleil, ouvert sur des rues étroites ou des cours sombres, ou perdus dans des lotissements sans voiries, sans eau, dans le désordre de l'improvisation. Et la guerre est venue ajouter de terribles blessures et une confusion nouvelle dans ce drame de l'habitation humaine." La solution est illustrée par les appartements types reconstitués au premier étage sur les balcons nord-est et sud-est, du "groupe-4 classe-40" avec son comité prestigieux : présidence René Gabriel (président de la SAD), vice-présidence et présentation de Marcel Gascoin (directeur de l'UAM), rapporteur Paul Beucher (Ecole Boulle)...

Here finally rediscovered the Official Catalogue of the International Exhibition 1947 of Urban Development and Housing. On 296 pages, all stands are described, all participating cities; long exhaustive lists that really evoke the rigor of Paul Breton, the organizer, as well as the format, paper and plan show the catalog of Ideal Home Exhibition. However, the architecture becomes more complex as household appliances and this first major exhibition reflects the rise in this area: this event is unrelated to the small "Fair Housing" visible prewar margin Ideal Home Exhibition. That's a big "International Exhibition" with 54 classes combined into 5 groups successively posing the problem of housing (1) and Urban Planning (2), home (No. 3), Construction (No. 4 with materials construction, equipment, execution), garden (No. 4a) and finally information (No. 5 with coding, specialized press and "educational propaganda") ... the Jacques Nathan-Garamond illustrations are impressives, like the introductory text of André Hermand which deserves to be quoted: "at the same time that the number of men and women living on the Earth increased sharply to nearly triple, a huge and spontaneous exodus moving populations the countryside to the cities. and today, when humanity is richer knowledge, power and new ways it has never been, millions of men and women suffer and struggle because their home is inadequate, overcrowded, dilapidated, unhealthy, ruined, cumbersome, noisy, deprived of the most basic equipment, lacking air, light and sun, open on narrow streets or dark courtyards, or lost in subdivisions without roads, without water, in the disorder of improvisation. And the war has added terrible injury and further confusion in this drama of human habitation. "Solution is illustrated by show flats apartments on the Grand Palais north-east and south-east first floor balconies,the " Group 4 - class 40 " with its prestigious committee: Chair René Gabriel (President of the SAD), Vice-President and presentation Gascoin Marcel (director of UAM), rapporteur Paul Beucher (director of the Ecole Boulle) ...