ARCHITECTURE ET MOBILIER après 1945


lundi 14 avril 2014

Gautier Delaye // Week End Chair

chaise Week-End, Pierre Gautier Delaye, collection GG

Bien que cette chaise ait 60 ans, on peut passer à côté sans la voir, on peut la croire des années 1980 avec sa couleur pin doré, on peut même la négliger comme s'il s'agissait d'un modèle récent sans excentricité. Et c'est là son génie, suivant l'aphorisme d'Auguste Perret : « Celui qui, sans trahir les matériaux ni les programmes modernes, aurait produit une œuvre qui semblerait avoir toujours existé, qui, en un mot, serait banale, je dis que celui-là pourrait se tenir pour satisfait. » Quelle est donc son histoire ? D'après une anecdote, elle se situerait au croisement d'un premier souvenir de Pierre Gautier-Delaye en vacances dans la montagne et d'un second de l'éditeur Vergnères en voyage dans les landes... Cela sent la légende car nous avons du mal à croire qu'ils n'aient pas été informés de l'existence de Charlotte Perriand ! D'autre part, si Charlotte Perriand s'inspire bien d'un mobilier économique artisanal en alliant formes rustiques, pin de section ronde et paille, c'est dans une boutique de Saint Germain des Prés qu'elle le découvre, ce style, et ce n'est qu'après son passage à Méribel que ce genre de mobilier devient un "style chalet"... L'aveu de Pierre Gautier-Delaye permet de constater qu'en montagne le "style Perriand" (Maison Minia // Perriand et Nelson) remplace le "style Le Même" (Henry-Jacques Le Même // Luxe rustique) au milieu des années 1950. Quoiqu'il en soit, le modèle de Pierre Gautier-Delaye suit sa propre histoire, allant toujours vers plus de démocratisation (et moins de confort, il faut le dire). Exposé une première fois au printemps 1954 à l'occasion du Salon des artistes décorateurs, la chaise est légèrement modifié (assise redessinée avec ses trois bandes paillées) et présentée deux ans plus tard au Salon des arts ménagers dans un ensemble au nom évocateur : "Week-End". Très remarqué, Pierre Gautier-Delaye remporte alors le prestigieux Prix René Gabriel 1956.

Although this chair was drawn there exactly 60 years can pass by without seeing it, you can believe the 1980s with his golden pine color , you can even neglect as if it were a recent model without eccentricity . It's the genius of the thing, following aphorism of Auguste Perret : "Whoever , without betraying the materials nor the modern programs have produced a work that seems to have always existed , which , in a word, would be banal , I say that one could stand satisfied. " What is his story? According to a legend, it is located at the intersection of a first remembrance of Pierre Gautier-Delaye on vacation in mountains and a second of his editor, Vergneres, traveling in pine forest... It feels good because it'simpossible that they are not aware of the existence of Charlotte Perriand . On the other hand, if Charlotte Perriand inspired many a craft economic combining rustic furniture forms , pine straw and round section is in a boutique of Saint Germain des Prés she discovers this style and only after the passage of the latter in Méribel this kind of furniture becomes " mountain cottage style " ... the confession of Peter Gautier-Delaye allows therefore to see that mountain " Perriand style " replaces " the Le Même style " (search Henry-Jacques Le Même in this blog) in the mid- 1950s. Nevertheless , the model of Pierre Gautier- Delaye will follow its history, always toward more democratization. Exposed for the first time in spring 1954 in the Salon of decorators artists , the chair is slightly modified ( redesigned with three bands) and presented two years later at the french Ideal Home Exhibition in a series aptly named " weekend ". Succesfull , Pierre Gautier- Delaye wins the prestigious "Prix René Gabriel".

samedi 15 mars 2014

Auxitec // Paul Chemetov

Siège social d'Auxitec, 171 boulevard Amiral Mouchez, Atelier Chemetov et 9bis, 2009

Si vous cherchez à visiter un bâtiment contemporain au Havre, évitez la facilité. Oublions les réhabilitations massacrantes et autres oeuvres navrantes du starchitecte, chacune à 50 millions d'euros... Voyons un bâtiment dix fois moins cher, fait pour durer un siècle : le siège d’Auxitec. C’est la construction post-Perret la plus intéressante de la ville, par sa volonté d’économie, sa discrétion, son intelligence et - surtout - son intelligibilité… Nous y reviendrons ! Fondée au Havre en 1964, Auxitec organise aujourd'hui même, à 15h et 15h45, la visite de ses locaux pour fêter ses 50 ans dans le cadre du mois de l’architecture. Le bâtiment me séduit et je vais donc m'occuper du guidage. Comme je ne cesse pas de perdre mes notes, j’ai décidé de laisser mon "brouillon" sur ce blog. Cette visite se divise en trois étapes : 1) la présentation de la société dans l’espace d’accueil ; 2) la présentation de Paul Chemetov avec un rappel historique de son oeuvre dans la salle de réunion ; 3) Un parcours dans le bâtiment lui-même, construit par Paul Chemetov et Laëtitia Comito avec les architectes locaux de l'Atelier 9bis Architecture, Cyril Leroux et Sébastien Potel...

If you are looking to visit a contemporary building in Havre, avoid ease. Forget destructive rehabilitation and other distressing works of The french starchitect, each at € 50 million ... Let a building ten times cheaper, built to withstand a century, the head office of Auxitec enterprise. This is the most interesting post-Perret city building, for commitment to economy, discretion, intelligence and - most importantly - its intelligibility ... We'll be back! Founded in 1964 in Le Havre, Auxitec organized today at 15h and 15.45 visit its premises to celebrate his 50 years during the event "month of architecture". The building attracted me and I will take care the tour. Since I don't stop wasting my notes, I decided to leave my "draft" on this blog.

lundi 3 mars 2014

Hall d'entrée au Havre // visite privée


entrée sur l'avenue Foch avec l'oeuvre de Louis Leygue

Visite atypique en compagnie du célèbre architecte d'intérieur Pierre Yovanovitch et d'une architecte de son agence, Christine Lili Cheng : par chance, nous avons pu pénétrer dans le hall d'un immeuble qui borde à la fois la place de l'Hôtel-de-Ville et la rive nord de l'avenue Foch. La porte est aisée à repérer grâce à la sculpture en aile d'oiseau de Louis Leygue qui la surmonte. Dans le goût des I.S.A.I. du Havre, ce bâtiment ne s'adressait cependant pas aux familles moyennes mais aux favorisés ; on peut ainsi y découvrir le même soin constructif mais avec une plus grande générosité dans les volumes et les détails, son coût de construction étant plus élevé. Comme il est également dessiné par des membres de l'Atelier de la Reconstruction du Havre, dirigé par Auguste Perret, les réflexions qui découlent de son observation sont multiples : déjà, la construction qu'impose Auguste Perret (né en 1874) reste bien "de son temps" et n'est comparable, dans son esprit et ses finitions, qu'à celui d'autres grands précurseurs comme Adolf Loos (né en 1870) ou Frank Llyod Wright (né en 1867). Il ne faut pas confondre avec les modernistes qui font leurs armes plus tardivement... Ce qui est particulièrement saisissant, c'est l'extrême sensation de luxe procuré par le béton armé - matériau pourtant pauvre -. L'effet semble lié à la puissante présence de la structure, à la finesse d'imbrication des éléments de remplissage, à la subtilité des variations dans les constituants (grès rose, quartzite blanche, silex roux, liants teintés), ainsi qu'au contraste entre les surfaces avivées à la boucharde et celles où le mortier est laissé brut (à peine rehaussé par un "ciment pur" qui lui donne un ton légèrement plus foncé). Un constat s'en dégage : la sensation de préciosité ne s'obtient pas avec des artifices, ni des ornements, ni une matière originale, ni du rare, ni même du supposé "riche", mais seulement par l'oeil et la main de l'homme. Plus encore, l'utilisation d'une matière pauvre apparaît comme l'unique garantie de la qualité voire du génie - celui qui n'a pas à chercher à leurrer ! Ci-dessous, les photographies de Pierre Yovanovitch et Christine Lili Cheng.

It's rare that I mention in this blog my " tour guide " vacations but the opportunity present to a visit with the famous interior designer Pierre Yovanovitch and architect of his agency , Christine Cheng Lili . A pleasant meeting which inevitably leads to reflections. Luckily, we were able to enter in a building between Place de l'Hotel de Ville and Avenue Foch . The door is easy to spot with a sculpture of wing aircraft by Louis Leygue . In the style of famous ISAI , this building is , however, a further quality because it was aimed at well-off and not the " average family " . One can thus discover the same constructive care but with a more generous volumes and details for its construction cost would certainly be higher. As it is also designed by the members of the Atelier de Reconstruction du Havre, directed by Auguste Perret , the reflections arising from its observation are many: already , Auguste Perret (born 1874) is a man of his time and style construction is comparable in quality craftsmanship as the other major precursors such as Adolf Loos (b. 1870) or Frank Lloyd Wright ( b. 1867). It is important do not to confuse those men with young modernists who make their weapons during 1930s or 1950s ... Then, what is particularly striking here is the extreme feeling of luxury that gives the material - however poor - what the concrete . This seems related to the powerful presence of the structure, finesse nesting filling elements , the choice of components ( pink sandstone , white quartzite , brown flint, binders tinted) , and the contrast between the surfaces heightened and those where the mortar is left rough ( enhanced by a "pure cement" which gives a slightly darker it). One thing emerges : the feeling of preciousness is not obtained with the artifice of an original , rare or rich material , but only by the human eyes & hands. Furthermore, the use of poor material appears as the only guarantee of true genius - one who does not try to deceive ! Below , photographs of Pierre Yovanovitch and Christine Lili Cheng.

vendredi 21 février 2014

Affaire Charlotte Perriand // fin du litige

Mobilier d'une chambre d'étudiant à la Maison de la Tunisie de Charlotte Perriand, édité par les 'Ateliers Jean Prouvé', 1952-1953 


Admiratif du travail que Jacques Barsac mène aux côtés de Pernette Perriand, je ne peux m’empêcher d'informer les lecteurs de ce blog qu'un arrêt du 19 février 2014 de la Cour de Cassation marque la fin définitive du litige qui les opposaient à d'importantes sociétés, notamment des célèbres marchands d'arts. Pour moi, le choix est toujours évident entre ceux qui étudient leur histoire et ceux qui défendent de gros intérêts financiers mais, pour la justice, il a quand même fallu attendre plus de dix ans. Chacun sait les traumatismes qu'imposent ces procédures interminables. Pour éviter le post-trauma, il faut regarder du côté de la Lumière. Heureusement, ils en ont l'occasion puisque Jacques Barsac vient juste de publier le tome 1 du "Charlotte Perriand Complete Works" chez Scheidegger und Spiess et écrit en ce moment même le tome 2...

Admiring the work of Jacques Barsac with Pernette Perriand, I must inform readers of this blog a judgment dated of 19 February 2014, the Supreme Court marks the definitive end of the litigation that opposed them to major corporations, including arts dealers. For me, the choice is obvious between those who study history and those who defend the financial interests but, for french justice, it still took fifteen years ! Everyone knows the trauma imposed these lengthy procedures. To avoid post-trauma, we must look the Light. Fortunately, they have the opportunity Jacques Barsac just published first Volume of "Charlotte Perriand Complete Works" in Scheidegger und Spiess, and writing the second volume at this moment ...

lundi 17 février 2014

Lille // Guillerme et Chambron

Page d'accueil du site internet http://www.votre-maison.com/


En avril 2013, une première enquête de Nicolas Le Du - qui fouille sur internet avec un talent fou - avait conduit à retrouver les traces de l'activité de la marque Votre Maison, célèbre atelier de la métropole lilloise fondée par Robert Guillerme et Jacques Chambron. En chêne ciré, massif ou placage ébénisterie, ce mobilier représente parfaitement la branche robuste et subtilement rustique qui se greffe sur le tronc du Mouvement moderne après-guerre. Aujourd'hui même, Bernard Defraeye, qui a racheté le nom "Meuble Votre Maison" pour maintenir le service client et la distribution, m'a sympathiquement contacté pour me donner des précisions sur le devenir de l'entreprise. Celle-ci a été liquidée au milieu des années 2000 mais elle reste en activité en tant que Menuiserie Carfep et elle est toujours implantée à l'emplacement du siège historique, le 69 bis de la rue Jean-Jaurès à Ronchin. Si la fabrication initiale est stoppée (les modèles sont la propriété d'Hervé Chambron, successeur et ayant-droit), les amateurs seront heureux d'apprendre qu'ils peuvent aller à cette adresse pour restaurer, ou remettre des mousses, ou des tissus neufs, sur leur anciens "Guillerme et Chambron". Enfin, n'oublions pas que la galerie Maison Bananas, spécialisée dans cette marque, a décrit les multiples modèles de la marque Votre Maison dans un catalogue en ligne. Mais regardons déjà ce qu'en disent les responsables de l'atelier sur leur site ; ils y décrivent parfaitement leurs origines et plus largement celles d'un "style Reconstruction" :

"L'histoire de Votre Maison commence en 1940, en Prusse Orientale, au bord des lacs mazuriens... Un stalag, un baraquement de bois... Réunis par les absurdes conséquences d'une guerre, des hommes venus d'univers différents sont là et, parmi eux, Jacques Chambron et Robert Guillerme ... ensemble, ils livrent un combat quotidien pour vivre, pour préserver ce qui leur parait essentiel : la dignité humaine... La guerre s'éternise... Pour mieux supporter le présent, ils échafaudent des projets d'avenir... Hiver 1944, la guerre touche à sa fin, les troupes soviétiques font éclater le front de l'est, alors que les alliées avancent vers le Rhin... Viennent alors les années d'après guerre, avec les restrictions, les tickets de rationnement, le pays qu'il faut reconstruire, le quotidien qu'il faut encore et toujours assurer... Robert Guillerme et Jacques Chambron reprennent leurs anciennes activités professionnelles... Guillerme est retourné à Lille exercer son métier d'ensemblier-décorateur. Diplômé de la promotion 1934 de l'école Boule, il excelle dans l'architecture et la création de meubles d'intérieur et met son talent au service des ateliers Rogier, l'une des maisons les plus réputés de la région. De son coté, Chambron , diplômé de l'école des Arts Appliqués de Reims, a repris son activité de peintre-décorateur dans son atelier parisien de la rue Nollet... Malgré le temps et la distance, les contacts restent étroits, et les projets élaborés pour vaincre la détresse des camps deviennent ceux de la fraternité... En 1948, Jacques Chambron et sa famille quittent Paris et viennent s'installer à Lille. Le projet initial prend forme, se concrétise. Guillerme et Chambron rencontre Emile Dariosecq , propriétaire d'un atelier d'ébénisterie à la recherche de nouveaux débouchés industriels..."

The story of "Votre Maison (Your House)" begins in 1940, in East Prussia, along the mazurians lakes ... A stalag, a wooden hut ... Gathered by the absurd consequences of war, men from different worlds are there and among them Jacques Chambron and Robert Guillerme ... Together they deliver a daily struggle to live, to preserve what seems to them most: human dignity ... The war drags on ... To better support this, they devleop future projects ... Winter of 1944, the war comes to an end, Soviet troops shatter the Eastern Front, while the Allied advance to the Rhine ... Then come the post-war years, with restrictions, ration, it is necessary to rebuild the country, the daily need and yet still ensure ... Jacques Guillerme and Robert Chambron found their old professions ... Guilherme returned to Lille exercise his profession decorator. 1934 graduate of the promotion of the Ecole Boulle, he excels in architecture and creation of interior furniture and put his talent to workshops Rogier, one of the most famous factory in the region. For his part, Chambron graduated from the Applied Arts School in Reims, resumed his work as a painter and decorator in his Paris studio of the Rue Nollet ... Despite the time and distance, the contacts remain strong, and projects designed to overcome the distress of those camps become the fraternity ... In 1948, Jacques Chambron and his family leave Paris and came in Lille. The initial project is taking shape happen. Guillerme and Chambron met Emile Dariosecq owned a woodworking shop in search of new industrial opportunities ...