ARCHITECTURE ET MOBILIER après 1945


lundi 22 juin 2015

Exposition 2015 // René Gabriel


Salle de séjour de l'Appartement témoin aménagée pour l'exposition "René Gabriel"

Le 4 juillet à 11h : inauguration de l'exposition sur René Gabriel, à la Maison du patrimoine du Havre. Toujours la même équipe en action, à mes côtés, me soutenant, me supportant : Denis Bréault et son fils, Quentin, à la manœuvre, Elisabeth Chauvin, aux commandes, Patricia Dubuc, à l'accueil, et ce très cher complice, Eric Garzena, à l'arrière cette fois. Je ne vais pas faire semblant d'être optimiste car rien ne s'y prête. Malgré tout, cet aménagement semble être le plus beau (il succède à d'autres expositions sur Marcel Gascoin et sur Jacques Hitier, qui ne sont pas des moindres dans mon souvenir). Il y a pourtant un supplément d'âme chez le père spirituel de la « modernité sociale ». Sans un compromis, c'est franciscain, avec quelque-chose d'ancestral. Il se dégage une esthétique terreuse, méditerranéenne, atavique, immédiatement sensible dans les tons dominants, les bois bruts, les céramiques, la tapisserie, substrat aride sur lequel poussent trois plantes vertes. Voici le plein été où la terre grise affleure entre les touffes d'herbes racornies et, avec elle, la paille jaune, le bois sec, la sieste du chasseur. Une inquiétude : pas le moindre bruit, aucun grillon à l'horizon. Il y a quelque chose de lourd qui survit dans cette ambiance brûlante, comme si un Grand Ancien - peut-être Cthulhu lui-même - restait tapi sous le parquet. Oui, l'été, c'est aussi la saison où l'on découvre les agarics des trottoirs nés dans les profondeurs de la terre, poussant sous le gravier ou le bitume, dans l'absence de lumière, pour jeter leurs spores dans le soleil de juillet (avant qu'une foule aveugle ne les piétine). Il semblerait que l'avenir appartienne toujours aux générations suivantes. Les « rhizomes » de Deleuze ne sont que du mycélium, ses « dehors » des sporophores. Tout est lent, épais, résistant, du moins tout ce qui cache la véritable nouveauté, l'univers à venir, l'air libre. Un changement s'annonce, il n'a pas encore adopté une forme précise.

lundi 9 mars 2015

Boncoin.fr // nouveaux arrivages


 
Actuellement occupé à rédiger un ouvrage "imposant", je n'ai plus trop de temps libre pour m'occuper de ce blog mais, heureusement, des amis pensent à moi et me confient leurs dernières trouvailles sur le Boncoin... Je réactualise donc ce message posté le 1er août 2014 en ajoutant deux belles annonces.

Parmi les millions de photographies en ligne sur leboncoin.fr, il y a tout ça ! Cependant, les yeux qui surveillent ces annonces sont légions et les plus incroyables trouvailles disparaissent vite... Et Hop ! C'est ainsi que le tableau de chasse s'assimile à une compulsion collective, faisant se toucher la préciosité et la vulgarité (meubles d'urgence // René Gabriel 1/2). Cependant, contrairement à la complexité demandée quand il s'agit d'aimer la banalité, la quète du rare et du précieux est évidente pour tout le monde : la beauté - à l'instar de la bonté - est la norme la mieux partagée. Nous aimons tous jouer à la chasse au trésor... Heureusement, pour balayer cette évidence, Wikipedia cite Jacques Le Goff dans la rubrique Leboncoin.fr et ouvre une amusante dimension anarco-médiévale : "D'une certaine façon, leboncoin.fr est au XXIe siècle ce que la foire était au Moyen Âge. À cette époque, il n'y avait pas tellement de boutiques, ni en ville ni à la campagne. Le grand centre où les gens se procuraient de tout, c'était les foires. J'analyse plutôt l'essor du Bon Coin comme une expression de la « débrouillardise » française. C'est cet état d'esprit qui a attiré un nombre incalculable de gens vers Paris très tôt. Le site démocratise l'acquisition de produits dont une grande partie du prix peut être liée aux intermédiaires. Il propose un retour à la vie de qualité médiévale, avec convivialité et entraide. Il apparaît également très efficace sur le marché de l'immobilier, de l'automobile et de l'emploi, ce dernier point étant particulièrement important actuellement." Ajoutons un nouveau marché de l'art où chacun devra apprendre à être son propre expert, à exprimer son goût ! En attendant, voici des trésors photographiques où le préciosité est banalisée.

mercredi 24 décembre 2014

Auguste Perret // Reconstruction de Mulhouse

 
Merci à Sandrine et Hervé pour cette découverte : voici Le Havre ! Mais il y a vingt ans, avant la mode, bien avant la protection patrimoniale, avant même l'existence d'une charte paysagère... Nous sommes ici à Mulhouse, dans un quartier encore peu considéré par ses habitants bien qu'il soit en plein centre ville et dans l'une des architectures les plus élégantes du XXe siècle. Oui, c'est bien signé par Auguste Perret avec sa "marque" dans l'urbanisme, dans l'architecture ainsi que dans tous les détails de construction : son béton grésé, bouchardé, lavé avec ses gravillons en grès rose, en quartzite et en calcaire blanc ; ce sont aussi ses ferronneries, huisseries, corniches, claustras ; tout y est car, en 1950, il obtient un contrat de "conseiller technique pour la reconstruction de Mulhouse" (cf. cité de l'architecture) et d'ingénieur. Il influence donc très fortement les architectes chargés du "carrefour de Bâle", Pierre Lauga (ici sur archipostcard) et Daniel Girardet dans l'urbanisme, Henri Perrin et R. Schmitt dans les opérations. Tout y est superbe et surtout "dans son jus", sans le moindre ravalement ! Un bon support pour se sensibiliser à l'architecture du Mouvement moderne en n'ignorant surtout pas que Mulhouse a ses chances dans ce domaine puisqu'elle est située à une demi-heure du Vitra Design Museum et à peine plus de la Fondation Beyeler. Ci-dessous, une promenade avec une vingtaine de photographies suivant l'itinéraire recommandé : depuis la gare, passez devant le "bâtiment annulaire" heureusement déjà célèbre, remontez un peu la rue du Sauvage pour ensuite redescendre et filer à l'est du boulevard Clemenceau, finir par la rue Poincaré pour enfin revenir vers la gare en passant par la rue du Havre ! Tiens, un appartement à louer ? Non, vraiment, quand tout converge à ce point, il n'y a plus de coïncidence possible...

samedi 29 novembre 2014

Le Cube Rouge // style reconstruction

 
Sur le boulevard Raspail, nous sommes tout juste face à la Fondation Cartier, à l'Ecole spéciale d'architecture et à Camondo... Entre art, architecture et design, c'est l'endroit idéal pour découvrir le style reconstruction - dans toute sa splendeur discrète - à la galerie "Le Cube rouge". C'est la première fois dans Paris qu'un ensemble aussi important de cette période est rassemblé et il faut remercier chaleureusement Jérôme Godin d'avoir découvert et mis en scène ces trésors à l'occasion de la sortie officielle de L'utopie domestique (éd. Piqpoq). Nous pouvons donc découvrir pendant quelques temps beaucoup de meubles de Marcel Gascoin : armoire trois portes, buffet, table, chaises, étagère, fauteuil, divan-lit ; René Gabriel est également bien représenté avec l'aide d'un petit prêt de la collection gg ; Jacques Hauville dans une série de petites étagères accompagnée d'un meuble-élément aux belles et rares proportions... Voici quelques images de Carole et de Vincent en attendant. Mais, vraiment, je conseille plutôt d'aller sur place, même aux timides qui - comme moi - n'osent généralement pas fréquenter les galeries, car Jérôme est aussi sympathique qu'abordable, ce qui ne le rend pas moins expert et compétent. Bravo Jérôme, merci pour ton travail !

lundi 3 novembre 2014

Lina Zervudaki (1890-1950) // créations en rotin

Les mannequins "Caroline" de Lina Zervudaki au 26ème SAD, in Art et décoration t.65, 1936 p.173

Pour poursuivre l'enquète sur l'introduction du rotin dans la reconstruction (Louis Sognot // créations et rotin), voici un autre exemple montrant comment ce matériau a été réinventé comme un luxe en partant du rustique, à la manière de la poterie de grès (Pierre Pigaglio // Royère, Jouve & Cie). Le principe de la "tradition modernisée" de la Reconstruction repose en effet sur des techniques jusqu'ici considérées comme dépassées ou rurales comme la poterie utilitaire, la vannerie en rotin, la tapisserie murale... Ces arts pauvres, rustiques, anciens, apparaissent comme le support d'une liberté alternative associée à une économie de moyen, suivant Georges-Henri Rivière qui assimile les "arts et traditions populaires" à une culture en perdition face à une industrialisation qui entre elle-même en crise. Tristement récupéré par la doctrine nazi qui veut associer la race au terroir et à l'artisanat, ce principe survit sous l'Occupation et certains élèves brillants des grandes écoles esquivent grâce à cela le S.T.O. en prétextant étudier le folklore ; mais ces jeunes créateurs vont bouleverser les codes plutôt que de rechercher une soi-disant vérité ancestrale. La technique et la matière restent à leurs yeux des supports pour la création moderne. C'est ainsi que le territoire mental de l'après-guerre est prêt à accepter à bras ouverts cette invasion néo-artisanale. C'est également ainsi que la vannerie se trouve modernisée. D'ailleurs, l'art du vannier n'est plus en osier mais en rotin, comme l'indique René Chavance dans le catalogue du Salon des arts ménagers de 1951, ce matériau a toutes les qualités, "sa flexibilité d'abord, qui se plie sans dommages aux plus capricieux décors ; sa légèreté qui permet de déplacer facilement les meubles qu'il compose ; sa solidité, son commode entretien, car il est lavable. Et nous ne sommes pas au bout. Il est imputrescible et inattaquable par les vers, il supporte sans broncher toutes les intempéries : humidité ou sécheresse, froidure ou chaleur. Enfin, il est agréable au toucher, d’une demi-élasticité confortable, plaisant aux regards, d’aspect jeune et gai". Rappelons donc qu'il a été redécouvert par trois précurseurs dans les années 1930 : Louis Sognot, Colette Guéden et, peut-être moins connue, Lina Zervudaki. Ci-après, sa biographie résumée et ses principales créations.

To extend the previous article , here is another example of rustic luxury invention. The principle of " renewed tradition " during "Reconstruction" (immediate postwar) is indeed based on techniques previously considered outdated or rural : utilitarian stoneware pottery , rattan basketry , wall tapestry ... These poor , rustic , aboriginal arts , appear as supporting a free alternative , continuing the ideas of Georges- Henri Rivière , equating Folk Art at any craft timeless. The principle survives during the war- when folklore pretext allows some brilliant students to dodge the "Service du Travail Obligatoire" (Mandatory work service) to study the land - but young designers prefer upset codes rather than to seek the truth of the Ancients. Technical and material thus remain what they are: media ! Thus the mental territory of postwar accept the invasion by a modernized basketry , art weaver who will no longer rattan wicker but . As stated René Chavance said in 1951 , it has all the qualities " flexibility first, that bends without damage to most capricious decorations ; lightweight for moving easily . . furniture he made ​​, its strength , its convenient maintenance , because it is washable and we are not at the end It does not rot and unassailable by worms , it supports all without flinching weather : humid or dry heat or coldness . Finally, it is pleasant to the touch , a comfortable semi-elasticity , pleasing to the eyes , to look young and gay . " So remember it was rediscovered by three pioneers in the 1930s : Louis Sognot , Colette Gueden and Lina Zervudaki . Below, his biography and his creations.