samedi 21 mai 2016

Mondineu 1950 // desserte " Bocado "

en situation dans le logement de l'UAM, au salon Arts Ménagers de février-mars 1954, revue Arts ménagers n°59, novembre 1954

Marie-Françoise Mondineu, née Vele, dépose le brevet de cette petite desserte roulante et pliante "Bocado", sous la référence FR1023477D, le 8 décembre 1950. Mme Mondineu produit ensuite quatre autres brevets, porte-bouteille, pieds de tables pliants, dispositifs de fixation et de pliage. Par la suite, c'est son mari, Rémy Mondineu, diplômé de l'ENSAD, qui signe les inventions afin de perfectionner le modèle. En 1958, il l'adapte à un cadre métallique, probablement pour lutter contre la concurrence de la Textable avec ses indestructibles plateaux suisses "Platex". Mais l'objet perd alors son charme, entrant brusquement dans l'esthétique des sixties. Quoiqu'il en soit, ce qui est remarquable à cette époque, c'est cette facilité à produire des idées et cette faculté à les transformer en réalité industrielle. Tout juste protégé par le premier brevet, délivré en décembre 1952, la desserte Bocado en bois est diffusée et aussitôt publiée dans une publicité du prestigieux décorateur Caminelle. Marie-Françoise et Rémy Mondineu disposent alors d'un important atelier de production qui va éditer cette petite table pendant une vingtaine d'années dans différents modèles, montants chêne ou acajou, plateaux en stratifié. Le moment de gloire arrive en 1954, lorsque la table est sélectionnée par l'UAM au Salon des arts ménagers. L'intérêt de l'invention est parfaitement décrit dans le texte du brevet : " On connaît déjà des tables (fig. 1) comportant deux plateaux mobiles, susceptibles de se ranger dans le même plan ou au contraire de se superposer, afin de réduire la largeur de l'ensemble pour passer dans les couloirs étroits et les portes. Le passage de l'une de ces positions à l'autre s'effectue par pivotement autour d'un axe. Un système de parallélogramme articulé assure la stabilité des plateaux, quelle que soit leur position. Malgré ce système de superposition des plateaux les tables de ce genre conservent un encombrement assez important qui ne peut être réduit pratiquement au-delà de la largeur de chaque plateau. La présente invention a notamment pour but d'éviter cet encombrement. Elle concerne, à cet effet, à titre de produit industriel nouveau, une table caractérisée par un cadre rigide sur lequel sont articulés un ou plusieurs panneaux susceptibles de se rabattre pour constituer des plans destinés à supporter des objets quelconques ou au contraire de se replier contre le cadre, la table étant alors réduite à un ensemble très plat facilement logeable et transportable ". Notons que les Ateliers Mondineu semblent être encore en activité, spécialisés dans l'encadrement d’œuvres d'art et installés dans le Marais (Ateliers Mondineu). Ci-dessous, des images du brevet, les premières publicités et deux annonces du Boncoin pour se procurer l'objet à petit prix !

dimanche 8 mai 2016

Robert Desnos // résistance et déportation

Robert Desnos, un ultime portrait en juin 1945

Tout le monde connaît ce tweet (à moins qu'il ne soit déjà oublié) : « parfois résister c'est rester, parfois résister c'est partir ». Pour Paul Éluard (poème utile // Liberté), c'est différent. Dans un discours qu'il prononce lors de la remise des cendres du poète surréaliste Robert Desnos, en octobre 1945, il affirme : « Jusqu'à la mort, Desnos a lutté. Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues. » Je l'aime beaucoup, Robert Desnos, pour ce qu'il représente et ce qu'il a fait, pour ce qu'il a été et ce qu'il aurait pu être. Et j'y suis attaché pour une autre raison : il était dans le convoi du 27 avril 1944, partant de Compiègne pour aller à Auschwitz-Birkenau, avant de partir vers Buchenwald. S'il avait survécu, peut-être aurait-il produit une poésie plus épaisse, plus rassurante, plus concrète, plus infantile, plus généreuse : une poésie de reconstruction. Mais il meurt avec le numéro 185443 tatoué sur l'avant-bras gauche, et, cousu sur la poitrine, un autre matricule surmonté d'un triangle rouge basculé sur la pointe, un "F" au centre. Je connais d'autres victimes de ce convoi, ayant la même tenue, probablement le même triangle, peut-être en couvrait-il un second d'une autre couleur. Je ne le sais pas, je ne le saurai jamais. J'ose imaginer qu'ils se sont rencontrés avant les Marches de la mort, quand ils avaient la force de résister. Internet permet de retrouver des liens inattendus, de rentrer dans une micro-histoire qui croise les ouragans de la grande histoire, avec ses épisodes horribles et ses moments d'espoirs. Peut-être, désormais, allons-nous cesser de rechercher un ancêtre glorieux, un grand duc ou un petit bâtard, pour enfin construire une histoire retournée, un arbre généalogique ayant le tronc en haut et les branches vers le bas, avec un feuillage touffu où nos ancêtres croisent les poètes, se battent pour la Liberté et ne meurent plus dans l'oubli ! Chacun peut chercher un nom, désormais, dans le Livre-mémorial de la Fondation pour la mémoire de la déportation.

dimanche 21 février 2016

Le Havre // sauvé par les Monuments historiques

Les îlots d'habitation V40 et V41 de l'Atelier Perret "Monument historique"

C'est un scoop de France-3 Baie de Seine (15 février). Il faut féliciter Fred et Pascal, résidents et défenseurs des "ISAI" (blog ISAI-lehavre), à l'initiative de cette demande, et tous les autres copropriétaires qui ont approuvé à l'unanimité. Nous le savons, tous, ici et ailleurs, malgré l'Unesco, le Label XXe, l'AVAP, "Ville d'art et d'histoire", et toutes les initiatives prises par la Ville depuis quelques années, le centre reconstruit n'était pas à l'abri des destructions et des restaurations destructrices. Beaucoup les ont remarquées le long de la rue de Paris où les finitions, qui signent la qualité du béton Perret (banché, ciselé, grésé, bouchardé, lasuré), ont été effacées par un sablage grossier ou cachées sous un indécrottable barbouillage de peinture grisâtre ou marronnasse. Il fallait en revenir aux bons vieux "MH" qui marquent l'aboutissement d'un travail de valorisation, et un soulagement car on peut aujourd'hui compter sur les habitants pour défendre indépendamment leur patrimoine. Quelque soit l'avenir, la reconstruction n'est plus sous la menace d'une incompétence de décision ou d'expertise. Non seulement les façades sont protégées, mais aussi les espaces communs (cours, halls, escaliers), l'intérieur du café "Au Caïd", ainsi que deux logements, dont l'Appartement témoin Perret. Question prestige, chaque lieu va pouvoir arborer la célèbre plaque émaillée au labyrinthe. Quant aux arguments, inutile de les lister, ils sont illustrés dans les photographies ci-dessous : la bonne préservation du bien et la continuité entre intérieurs et extérieurs, depuis l'échelle monumentale des perspectives donnant sur l'église Saint-Joseph et l'Hôtel de Ville, jusqu'aux détails qui entourent chaque porte d'entrée. Un exemple, pour l'anecdote, les poignées dans les halls : en acier peint dans les immeubles bas et en inox dans les tours, en fonction du nombre de passage. C'est un cas parmi tant d'autres, permettant d'illustrer le sens tout "perretien" de l'économie et du détail....

France-3 Television News : two buildings in Le Havre have been registered as a historical monument. Congratulate Fred and Pascal, residents and defenders of Perret (blog ISAI-lehavre), on the initiative of this application, and all owners have unanimously approved: they saved ISAI of Le Havre, two blocks, the V40 and V41. We know, despite Unesco, the rebuilt city is not safe from destruction or destructive restorations (as can be seen along the Rue de Paris where concrete –  shuttered, chiseled, bushhammered – were removed by violent sandblasting or hidden under a brow painting). For ISAI, it will not be the same register, and one can rely on residents to defend their position in front of administration, in every detail. Not only the facades were classified but also public areas (courses, halls, stairs), inside the cafe "Au Caïd" and the Perret Show flat with furniture. This is, for me and for others, a relief: whatever the future of this heritage, it no longer belongs only to the Municipality initiatives. Finally, a question of prestige, each of these places will soon be able to wear the famous enamelled plate maze. As for the arguments validated by the commission, they are shown in the photographs below: the preservation of the property (only windows have been replaced) and continuity between interior and exterior, from the monumental scale given by prospects on Saint-Joseph Chuch and Hotel de Ville, to details and finishes around all doors. A small example for the record, the door handles: in painted steel for low buildings, in stainless steel for towers, spends more people ... One case among many other, but it shows that even the smallest nooks, is found everywhere the Perret principle.

mercredi 27 janvier 2016

Concours 1955 // Centre technique du bois

ARP, 1er Prix du CTB

Probablement insatisfaits par les choix du ministère en 1954 (concours 1954-1955 // Ministère de la reconstruction), les créateurs de meubles effectuent un rattrapage au Salon des arts ménagers en mars 1955. Ils exerçent certainement des pressions sur le Centre technique du bois (CTB, fondé en 1952) afin qu'il organise un concours parallèle. Il s'agit de sortir des propositions où les techniques avancées par Gascoin et Gabriel sont exagérées et s'appauvrissent dans un "style social", au lieu de s'améliorer et de s'ennoblir comme le désiraient les fondateurs. Un problème anticipé par Jacques Viénot avant-guerre, celui-ci voyant le meuble économique comme une équation aux solutions rares... Mais il imagine aussi une sortie tournée vers l'avenir. Si les budgets minimalistes obligent une réduction au départ (économie des matières, des gestes, etc.), il faut tabler sur un enrichissement futur, grâce aux investissements industriels et au pouvoir d'achat d'une clientèle élargie. C'est le pari de ce second concours présenté en 1955, où les prix sont relevés de 50% à 100%. Débarrassés d'une contrainte financière excessive, les candidats montrent une créativité débordante. Toutefois, un basculement se perçoit dans cette réorientation. La puissance de séduction ne réside plus dans l'idée d'un luxe accessible à tous, moins encore dans la quête classique d'une esthétique fondée sur une logique intemporelle. On ne rêve plus d'un idéal de société mais de nouveauté. Dans cette logique de mode, la modernité passe dans l'apparence et l'innovation pèse plus que la personnalité ou la qualité. Dernier changement, le ministère ne va promouvoir que ses propres candidats, sans s'occuper des résultats du nouveau concours. C'est le début d'un divorce entre État providence et marché libéral. Bien que le bois domine encore, l'événement est sur le corde raide, dans un " style reconstruction " (classique, utopique, porté par l'État) prêt à basculer dans le " style 50 " (moderne, artistique, d'essence libérale). Ci-dessous, en illustration, les ensembles primés illustrés dans Meubles et décors d'avril 1955 avec ARP, Roger Landault, Robert Debièvre, René-Jean Caillette, Louis Paolozzi, Jacques Hitier, Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

Probably dissatisfied with the awards distributed by the Ministry of Housing and reconstruction, at the end of 1954, the Association des créateurs de modèles (ACMS) makes a catch in 1955 Salon des arts ménagers, certainly weighing on the Technical Centre of Wood and Furniture (CTBA, founded in 1952) that he organizes another competition. It is out of such proposals where the advanced methods by René Gabriel and Marcel Gascoin are visible but getting poorer and sink in a "social style", instead of ennobling both as desired founders. In fornt of industry that has gripped in pragmatic ways, mannered and material of reconstruction, we must rebound. In the CTBA competition, Rate undergo an increase of 50% to 100% with the avowed aim of promoting prospective, focused towards new techniques. Around Gascoin, candidates show boundless creativity. However, tipping is perceived in this shift: the power of seduction lies not in the idea of ​​a luxury for all, still carrying a classic principle but in a radically modern force of renewal. The creators are faced with the obligation to invent: the furniture definitely enters a mode logic, where innovation weighs more than the personality or quality. Other failover, the ministry will continue to promote their own candidates while the second contest will remain in relative anonymity. All this clearly marks the transition between the "style reconstruction" (classic, helped by the government) and "style 1950" (modernist, liberal). Below, illustrationfrome Meubles et décors in April 1955 with ARP, Roger Landault Robert Debiève René-Jean Caillette Louis Paolozzi, Jacques Hitier Gustave Gautier, Louis Sognot, André Simard, etc.

samedi 23 janvier 2016

Candilis II... le retour // vente Leclere

Présentation du mobilier Georges Candilis de la galerie Clément Cividino

Après un article rédigé il y a presque deux ans (Candilis // Artcurial vente du 19 mai), il faut revenir sur ce sujet qui fait boule de neige depuis la préemption du Centre Pompidou. Un article de L'Indépendant a depuis donné les circonstances de cette redécouverte : " Pour en arriver là, il a fallu le lent et minutieux travail de Clément Cividino, l'artisan de la renaissance de l'Hexacube de Candilis qui a conçu l'exposition présentée à Leucate pour le centenaire de l'architecte en juillet 2013. "En 2004, tout ce qui était encore sur place aux Carrats a été jeté dans deux bennes avant que la saison ne commence. Ce mobilier en bois ne correspondait plus aux exigences des normes de sécurité", raconte Clément Cividino qui a retrouvé, quelques années plus tard, lors de ses recherches sur Candilis, les rares chaises et tables abandonnées sur place dans des placards. Personne ne s'intéressait alors à Candilis… Mais la passion et la détermination ont fini par porter leurs fruits pour ce collectionneur atypique. " Il faut toujours en passer par cette phase de rejet, de détestation, de re-normalisation, parfois de destruction, pour ensuite re-découvrir. Chacun comprend désormais l'intérêt de l'hyper-simplicité du brutalisme rationnel de Georges Candilis et d'Anja Blomstedt. Qui peut, aujourd'hui, ne pas avoir de sympathie pour ce moment où l'on voulait réduire, démultiplier, alléger l'habitat, et finalement s'en désaliéner afin d'être toujours plus libre et plus humain. Un sommet atteint plus tard, visible en détail à travers deux beaux articles consacrés aux Hexacubes, dans As-tu-déja-oublié  et dans archipostalecarte. Après la redécouverte, chacun attend désormais la renaissance. Mais ces beaux meubles scolaires qui nous replongent dans les Goldens Sixties, ne doivent pas faire oublier que les Seventies qui vont suivre étaient plutôt une utopie pour adultes. Peut-être la fin de la projection du rêve encore normatif issu de la reconstruction ? Mais voilà presque 50 ans que nous rétro-pédalons. Le monde s'enferme, s'encombre, s'alourdît pour se protéger d'un je-ne-sais-quoi qui a fini par devenir quelque-chose, suivant le principe de la prophétie autoréalisatrice. Maintenant, ça suffit. Souhaitons que cet intérêt soit le signe précurseur d'un intelligent retournement. Ci-après le mobilier de la vente Leclere du 9 février 2016...

After an article published two years ago, we must return to this subject that snowballed since the acquisition by the Centre Pompidou. An article in L'Independent gives the circumstances of this discovery: "To get there, it took the slow and painstaking work of Clement Cividino, the architect of the renaissance of Hexacube who Candilis designed, an exhibition in Leucate for the architect's centenary in July 2013. "In 2004, everything was still there to Carrats was thrown into two buckets before the season begins. The wooden furniture no longer met the requirements of safety standards, "said Clement Cividino who found a few years later, during his research on Candilis, the few chairs and tables abandoned in place in cupboards. Nobody s' so interested in Candilis ... But the passion and determination finally pay off for this atypical collector." Always go through that rejection phase of detestation, re-normalization, sometimes destructive and then re-discover. Everyone now understands the value of brutalism and hyper-rational simplicity of Georges Candilis and Anja Blomstedt. Who can today have no sympathy for that moment when you wanted to reduce leverage, reduce habitat, and eventually alienate in order to be ever more free, more human. A peak later visible in detail through two fine articles on the Hexacubes in  As-tu-déja-oublié and archipostalecarte. After the rediscovery, everyone expects rebirth. But these beautiful school furniture that take us back in the Sixties Goldens, must not forget that the Seventies that followed were rather a utopia for adults. Perhaps the end of the projection of the dream still normative resulting from the reconstruction? But now, almost 50 years that we back-pedaling. The world is locked up, is a hitch, gets heavier to protect anything that eventually become something much, according to the principle of self-fulfilling prophecy. Now is enough. Let us hope that this interest is the early sign of a smart turnaround. Below Leclere sale, February 9, 2016 ...